Vivre avec l’Union européenne

En dépit de ce que les ténors de l’UDC répètent, la Suisse ne s’est pas construite contre l’Europe ou complètement en marge, mais avec l’Europe. Le développement des premiers cantons, quelles que fussent les péripéties militaires célébrées, s’est fait dans le cadre germanique de l’époque. Dès le quinzième siècle, la relation étroite avec la France a été déterminante. La consécration de la Neutralité,—déjà une habitude de vie pour les Suisses—, le fut en tant qu’élément du Traité européen de 1815 ; et la dite Neutralité, gage d’indépendance, fut comprise comme étant dans l’intérêt des puissances et d’un équilibre européen. La Croix- rouge internationale n’aurait pas vu le jour, ni les premières conventions, sans l’appui de Napoléon iii. Aujourd’hui, le siège dit européen de l’ONU indique une part de notre identité nationale et continentale.


Alors, sans doute, le destin helvétique est passé par une position en contre-point, exprimant une singularité et non un alignement pur et simple. Une place singulière, certes , mais connectée. Sans cette connexion historique, il n’y aurait pas eu de Suisse, Avec une connexion brouillée, il y aura une Suisse diminuée. Dresser cette toile de fond est nécessaire car l’Initiative contre la libre circulation des personnes entre l’Union européenne et la Suisse se base sur une interprétation fausse de l’histoire.


En fait , cette Initiative résulte d’une irritation et d’une frustration. La précédente du genre, dite contre l’immigration massive, incluait les pays de l’UE, mais sans que cela fût précisé clairement. Un trou de souris juridique qui a permis au Conseil fédéral et au Parlement de préserver cet Accord sur la libre circulation des personnes. Ce fut habile et nécessaire. La Suisse a pu affirmer des préférences cantonales sur le marché de l’emploi et consolider les ententes entre partenaires sociaux, afin d’empêcher un recours excessif à des travailleurs européens sur le marché du travail suisse ; cela avec des salaires à la baisse. Consolidée fut aussi la réglementation sur les travailleurs européens détachés par des entreprises de pays de l’UE effectuant des travaux en Suisse. Bref, notre Gouvernement a joué avec les limites ; ce qui lui a permis de garder le contact avec la Commision européenne et de voir venir pour les négociations ultérieures qui s’imposeront. Mais cette habileté n’a pas eu l’heur de plaire à l’UDC qui, du coup, a lançé l’Initiative sur laquelle nous devons voter. Soit, exige-t-elle, notre Gouvernement renégocie l’Accord sur la libre circulation en imposant plus de restrictions , soit il résilie cet Accord. Or, il est certain que l‘UE et ses pays membres ne céderont pas à cette pression et que la résiliation sera la suite logique. Or, six autres Accords, qui sont liés de naissance à celui-ci, auront tous les risques d’être, eux, résiliés par l’UE. Parmi ces derniers, il y en a qui sont de grande importance pour la Suisse, dans tous les domaines. Il vaut la peine d’en saisir un peu le détail dans la documentation reçue par chaque citoyen en vue de la votation. Il n’y a aucun doute : un succès de cette Initiative, qui prétend protéger et renforcer la Suisse, aboutirait à la fragiliser et à l’affaiblir.


A rebours de la véritable histoire nationale, bégayant sur le slogan d’une souveraineté mal comprise, contraire aux intérêts de notre pays, envoyant un pied de nez agressif à nos voisins et partenaires européens, cette Initiative mérite un rejet franc et net. Ses auteurs réclament de la clarté. Qu’ils la reçoivent à plein le 27 septembre sur leurs visages déconfits.

Commentaires

  • La population Suisse a fortement augmenté ces dernières années et ca va continuer car la situation financière actuelle de la Suisse attire de nombreux candidats et on peut les comprendre.
    Cependant si cette immigration apporte une richesse immédiate pour certains, elle soulève de sérieux et factuelles problèmes sur le long terme. (Pollution, crise du logement, bétonnage, conflits sociaux, transports difficiles, spéculation, etc...)
    Certains essaient de nous prévenir mais ils ne sont pas entendus, voire moqués un peu comme Cassandre
    Comme disait très justement Jean de la Fontaine dans « l’Hirondelle et les petits oiseaux »
    "Nous ne voyons le mal que quand il est venu ».

  • Le citoyen voit plus de bouchons, plus de bétons, une qualité de vie en baisse, une classe moyenne qui s'appauvrit.
    La préférence limite le chômage, mais n'empêche pas la stagnation des salaires malgré de bonnes conditions économiques.

    Ce qui se joue c'est la perception du deal gagnant-gagnant entre la Suisse et l'UE.
    Il ne s'agit pas de rejeter l'Europe, je suis partisan d'une Europe indépendante face aux puissances mondiales, mais de se poser la question : Le citoyen est-il perdant ou gagnant ? Nous avons été gagnant, mais maintenant, hors économie, l'avenir s'annonce sombre.

    Pour les générations futures, il n'est pas possible de continuer ainsi.
    Soit on régule l'installation d'entreprises, soit on construit des métros et trains transfrontaliers qui limite l'immigration.

    Les suisses terriens et montagnards, n'accepteront pas un Singapour suisse. L'accord actuel est compté, je ne trouve personne enchanté par 10 millions d'habitants

    L'UDC va perdre cette votation, mais un frémissement de la gauche à la droite, pas du tout anti européenne, trouve le deal mauvais pour notre avenir.
    Face à notre responsabilité pour les prochaines générations, les accords actuels avec l'UE perdent de l'intérêts.

    Genève béton veut encore plus bétonner sous la colère des genevois. Lorsque cette colère traversera la Suisse, s'en est finis des bilatérales.
    Aux politiciens de devancer la colère suisse.
    Pour un statu quo, la Suisse doit investir des sommes colossales pour les transports transfrontaliers, avec des villes transfrontalières qui accueillent les nouveaux arrivants.

    Pour garder le deal, il ne suffira pas de faire peur ou de donner la liste des avantages. L'avenir d'une surpopulation fait trop peur, et nous sommes témoin de la destruction de notre environnement.

  • " Il n’y a aucun doute : un succès de cette Initiative, qui prétend protéger et renforcer la Suisse, aboutirait à la fragiliser et à l’affaiblir."

    Ah bon ?!
    Vous parlez donc au nom de cette majorité de Suisses dont se sont moqués les autorités en contournant la mise en oeuvre de la précédente votation sur le sujet, réduisant ainsi encore un peu plus la confiance dans les institutions.

    Nous verrons bien dans quelle mesure ils adhèreront à votre lecture, mais assener qu'il n'y a aucun doute sur les conséquence de ce choix participe de la méthode Coué. On assène une pseudo vérité en espérant qu'elle fasse son chemin dans l'inconscient collectif. Comme en 1992 avec le refus de l'EEE.

    Il est en outre malhonnête de miser sur la peur en suggérant que nous ne disposerions plus d'accords avec nos partenaires. Ils seront certes renégociés, mais accords il y aura pour répondre à la demande qui ne fléchit pas pour nos produits et services reconnus dans le monde entier. La réalité économique trouve toujours un chemin et se rit des obstacles provisoires. Les autorités sont devenus ses valets comme nous commençons à le vérifier de manière aveuglante avec la crise sanitaire.

    S'il est probable que les Suisses cèdent à vos sirènes le 27 septembre, ce ne sera que partie remise. Car il devient de plus en plus difficile de cacher la merde au chat. Le réveil sera brutal. Vous ne pourrez vous en prendre qu'à vous-même.

  • Europe, Suisse, sont des mots qui vont pas tout à fait ensemble !

    On pourrait donner un cours d'histoire, mais le phénomène est plutôt caractéristique de cette Europe divisée par tant de guerres et tant d'influences idéologiques sans parler des deux religions chrétiennes qui ne s'apprécient guère.

    Comme il y a plusieurs "Europe(s)", il y a également, plusieurs Suisses, je l'ai remarqué il y a peu en entrant dans une station service en Suisse-allemande avec mon masque sur la face, c'est tout juste si ils n'ont pas appeler la police croyant à un hold-up !

    Donc la Suisse semble autant divisée que cette Europe souffrant de rhumatismes aigus et chroniques. Il y a quelques chose de surprenant dans cette Suisse, certains cantons romands semblent plus royalistes que le roi, c'est-à-dire, plus disciplinés à la mode germanique que les germains eux-,mêmes.

    Mais que personne ne s'inquiète, la Suisse possède les moyens financiers pour faire face à ce type de contradictions, ce qui ne semble pas être le cas de cette Europe bien divisée économiquement, la politique n'est que très secondaire.

    Conclusion, si la Suisse apportait ses propres divisions à cette Europe de plus en plus morcelée, cela n’achèverait-il pas le reste de cohérence encore palpable dans ce géant aux pattes d'argile et au cerveau de plomb ?

  • Et cela se passe dans l'UE

    Une statue de Sainte Marie-Madeleine nue détruite, car jugée indécente

    Marie-Madeleine aura vraiment tout vu.

    Début août, le premier témoin de la Passion et de la résurrection du Christ – si l’on en croit les Évangiles – a été victime d’une profanation en règle. Sur les terres provençales où elle a fini ses jours, la sainte était depuis cinq ans honorée au sommet du massif de la Sainte-Baume, dans la chapelle du Saint-Pilon (Var) par une statue de plâtre signée José Silva da Fonseca.

    Une œuvre brisée en plusieurs morceaux. Les coupables ? Des iconoclastes, au sens littéral du terme, puisque ces tristes sires « ont laissé un mot disant qu’ils n’acceptaient pas qu’une grande sainte comme sainte Marie-Madeleine soit représentée de telle manière », a déclaré à France Bleu le frère dominicain Patric
    (...)
    https://www.causeur.fr/statue-marie-madeleine-saint-pilon-var-2-181511

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