Après le virus

En politique, il faut choisir ce que l’on préfère : des continuités aveugles, des évolutions contrôlées, des révolutions radicales. C’est un peu caricatural , d’accord. Mais il y a un peu de cela. Souvent, au fil de l’histoire, des régimes, des pays pris au piège de l’immobilisme, s’enfonçant dans des continuités rigides et sans issues sont allés vers le mur : et souvent, ce dernier explose, ouvre la voie à l’illusion du meilleur, tirant à elle le pire. Cette réflexion générale seulement afin de nous interroger sur ce qui pourrait être l’après coronavirus.

Reprendre complètement le cours des choses tel qu’il se déroulait avant ? Ce serait plus que dommage, peu responsable. Imaginer que tout changera de fond en comble, que l’économie mondialisée sera morte, que notre nouvelle manière de vivre enchantera les mânes de Jean-Jacques Rousseau ? Voilà qui n’a aucune crédibilité et qui, d’ailleurs, entraînerait une catastrophe sociale. Alors quoi ? Eh bien, dans le meilleur des cas, il s’agira d’inflexions parfois fortes, de réajustements, de rééquilibres, de comportements collectifs et individuels plus conscients des grands enjeux.


Relevons quelques pistes. La mondialisation et le libéralisme d’ouverture des fontières ont eu beaucoup de retombées positives. Le virus n’est pas l’ange exterminateur d’un Tout puissant punitif. Ce n’est pas le mythe du déluge. Ce virus est une saleté, issu peut être, à l’origine, d’un manque crasse d’hygiène dans une province chinoise ; à moins qu’il faille croire à cette rumeur d’une fuite dans un laboratoire sis dans la même province. Il semblerait, qu’en Chine, cette affaire ait donné un coup d’accélérateur à des efforts d’éducation pour davantage d’hygiène et une relation nutritive plus saine avec certains animaux. A suivre. Mais, pour nous en Europe, il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain en proclamant la mort de la mondialisation économique et celle du libéralisme d’ouverture. Il s’agit d’en repenser les termes. Est-il normal que, pour des raisons de coûts de production, nos pays européens en soient arrivés à dépendre tellement de fabrications faites en Chine ? A lévidence non. Une logique économique de rentabilité maximale a sacrifié des exigences stratégiques de sécurité et d’autonomie. Que nos hôpitaux européens, pris soudain à la gorge, aient dû, par différents canaux, importer de Chine des quantités considérables de masques, voilà un fait qui sera jugé sévérement par les historiens. Il faudrait parler aussi de tous ces éléments essentiels à notre modernité qui viennent d’Asie : on pense aux batteries pour les voitures électriques, aux puces de nos instruments de connunication, à l’emprise sur le numérique. L’Europe ne peut pas se laisser glissser dans une situation cachée de colonie, perdant gravement sa marge de manœuvre et son indépendance économique ; perdant les pouvoirs de décision en matière industrielle et financière. Le risque est réel. Autrement dit, sans tomber dans un protectionnisme destructeur de croissance, en gardant des échanges ouverts avec le monde, mais dans des équilibres de réciprocité, il y a les priorités stratégiques à rétablir. La politique de sécurité n’est pas que militaire. Elle est économique, sanitaire, identitaire. Elle est énergétique mais aussi écologique.

Oui, l’écologie, précisément. Lorsque les écologistes réclament des changements brutaux et parlent de décroissance, ils font bon marché des effets économiques et sociaux qu’aurait un coup de barre irréfléchi. Sur ce point, la Gauche socialiste plus classique et une Droite connectée à l’économie ont une plus grande conscience des enjeux. En revanche, une majorité politique devrait déplacer le curseur afin que l’on passe d’une vision du court terme à une vision dirigée sur le long terme. Progressivement, il faut que les investissements privés et publics augmentent pour les énergies renouvelables, qu’une indépendance industrielles et financière suffisante soit assurée. Cette vision à long terme n’implique pas seulement le monde politique mais aussi les chercheurs, les entrepreneurs, les financiers et, finalement, l’ensemble de la population qui peut s’exprimer démocratiquement .


Il y a aussi une autre exigence : le partage et l’éthique. En fait, et contrairement à ce que l’on entend souvent, ces notions sont à la source du vrai libéralisme philosophique, avec celle de La Liberté responsable. Il ne peut y avoir de sécurité, d’évolution maîtrisée sans des équilibres stabilisateurs. Un meilleur partage des richesses dans le monde, des investissements et des échanges plus justes avec des régions fragiles : c’est de la sécurité pour tous. Pensons au redoutable problème de la migration économique. Sans parler, bien sûr d’une sécurité collective pour la paix, qui était le rêve lors de la création de l’ONU. Hélas…Cela dit, l’idée de l’éthique en économie et en finance semble faire son chemin. Qu’elle le creuse toujours plus dans les années qui viennent !


Enfin, il y a l’homme. Le confinement aura mis chacun de nous un peu plus face à lui-même ; non sans risque, d’ailleurs. Il aura offert une possibilité temporelle et géographique d’approfondissement intérieur ; peut-être quelquefois d’élévation au dessus du mouvement mécanique incessant de nos existences. Ce sale virus détestable, qui fait des victimes et met des personnes dans la difficulté, nous rappelle évidemment notre condition de mortels. La conscience de notre fragilité peut nous relier mieux au mouvement de la création qui va sans cesse de la mort à la naissance ; nous relier mieux à un souffle créateur cosmique, mais soulevant aussi, au creux de nos intimités, le mystère de nos âmes. Cette perception du non définissable peut nous aider à mieux définir les grandes questions et le sens de nos vies.

Commentaires

  • Comment se fait-il qu'à la fin d'un tel billet, comme d'ailleurs avec la plupart de vos productions, je me sente vide. J'ai l'étrange sensation d'avoir avalé une quantité de mots qui pris séparément semblent profonds et évocateurs mais qui, alignés dans un défilé logorrhéique, me donnent surtout l'impression de vouloir sauver l'idéologie libérale dont la dérive est responsable de la plupart de nos maux sur cette Terre à notre époque. Et je passe sur la chute qui indique une certaine angoisse pour la suite dans une préoccupation existentielle pas même capable d'esquisser le moindre mea culpa, juste balancer des poncifs sans substance et créer l'illusion d'une certaine profondeur de pensée.

  • "Ce sale virus détestable" Curieuse qualification. Ce virus n'est ni sale ni détestable, qui sont des termes issus de la morale. Il n'y a pas de morale dans les processus naturels. La nature n'est ni bonne ni mauvaise, juste indifférente.
    Par ailleurs, ma remarque s'applique à l'humanité aussi et on devrait se questionner sur la véritable nature de l'humanisme. J'ai voulu le faire chez Mabut, il n'a bien entendu pas publié mon commentaire...

  • La Chine s'est arrêtée et ne va pas redémarrer sa cadence d'un seul homme, cela doit être compris, le reste, nous nous en accommoderont, tant bien que mal !

    Des pays comme la France, face à l'arrêt des exportations chinoise se retrouve avec des millions de chômeurs en plus de ceux qui galèrent depuis déjà des décennies, plane dans ce pays un certain niveau de mécontentement, voir certaines inégalités insupportables, et que personne ne vienne raconter que cela n'avait pas commencer sous le régime de Mitterrand, le socialiste Mitterrand, cette clique anti-libérale corrompue et oligarque par excellence, surnommée la "gauche caviar" !

    Monsieur Eggly utilise le terme "mondialisation", un terme qui ne me dit guère, rempli de sous-entendus forgés d'une seule pièce à partie d'un moule fêlé par quelques hégémonies revanchardes, je préfère le terme " tentative de globalisation", d’uniformisation par le bas, au travers duquel nous retrouvons inlassablement les mêmes élites technocrates et une forme de recolonisation de nous-mêmes par nous-mêmes par quelques idéologues systématiquement en totale contradiction avec leurs théories, cette nouvelle classe d'individus aux discours rutilants truffés de mots prometteurs et enchanteurs semblables aux enseignes néons de maisons closes. Mis à part ce détail Monsieur Eggly ne participe justement pas à cette logorrhée à la qui mieux-mieux, sans doute ce que Pierre déplore ?

    Maintenant pour revenir dans la note du jour. Il y a le libéralisme et d'autres formes de régences, après un léger détour du côté de chez Karl nous finissons toujours par retomber, ou sur la tête ou sur les pieds dans 90% des cas. Nous pouvons l'observer ces jours, nous venons de passer des vacances forcées et si nous tendons l'oreille, peu importe laquelle, nous entendons des rumeurs venant de tous les experts, les mêmes, toujours les mêmes et plus ils parlent et moins ils savent, des torrents de combinaisons aux allures de prêtrises couvertes d’apanage de circonstance et de catalogues de vertus.

    Il s'agit de tous ces Trissotins et Divarius abonnés aux plateaux des chaines d'info continue et d’autres commerces de jésuitismes emballés au kilo. Ce ne sera que suite à ces tumultes sanitaro-globalisants que nous verrons si sans liberté de commerce et de non-interventionnisme comment l’économie va pouvoir redémarrer. Ce sera là que nous verrons si les avalanches normatives et si les décrets sans frontière remonteront dans les assiettes ?

  • J’avoue n’avoir pas bien compris certains des messages précédents, le dernier confondant dans ses tortueuses considérations le médicament Divarius avec le Diafoirius de Molière, le premier vous accusant vertement d’idéologie ... au nom de sa propre idéologie - la seule valable bien sûr !

    Quant à moi, libéral en économie mais protectionniste dans le domaine social mâtiné d’une fibre écologiste grandissante, je comprends parfaitement vos arguments, précis et pondérés, comme vous l’avez souvent été lors de votre carrière politique.

    En particulier l’idée que notre intérêt bien compris, au dela de notre devoir moral de simple humain, serait de réduire d’urgence les déséquilibres criants sur notre planète, au risque d’être submergés par le tsunami migratoire, me va droit au cœur.

    Ceci dit, l’avenir n’est jamais écrit, et les choses se déroulent rarement comme prévu. Nous verrons donc bien où tout ceci nous conduit, certainement à petits pas. L’important est que ce soit dans la bonne direction !

  • @Géo
    "on devrait se questionner sur la véritable nature de l'humanisme"
    Vous trouverez ce questionnement, traité très en profondeur, dans les livres de Yuval Noah Harari. Vous pouvez très bien commencer par le dernier "21 leçons pour le XXIè siècle".
    Je suis sûr que cette lecture vous inspirera bien des futures commentaires.

  • Macron et sa clique se sont protégés sans vergogne pour affronter l'après..... PLUS LÂCHES ON MEURT!

    "Le scandale continue: la loi pour amnistier Macron et ses ministres votée par le Sénat « Nul ne peut voir sa responsabilité pénale engagée du fait d’avoir exposé autrui à un risque de contamination par le coronavirus »

    « Nul ne peut voir sa responsabilité pénale engagée du fait d’avoir, pendant la durée de l’état d’urgence sanitaire, exposé autrui à un risque de contamination… » dit le texte.

    Après leur magnifique tours de force : 4e pays au monde en nombre de morts, ils se récompensent par une loi d’amnistie: (Impossible de passer le chapitre des dispositions modifiées)

    © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

    Source: projet de loi http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15b2902_projet-loi

    https://www.europe-israel.org/2020/05/le-scandale-continue-la-loi-pour-amnistier-macron-et-ses-ministres-votee-par-le-senat-nul-ne-peut-voir-sa-responsabilite-penale-engagee-du-fait-davoir-expose-autrui-a-un-risque-de-contami/

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