Être Chrétien autrement

La semaine sainte. Vendredi saint. Dimanche de Pâques. On a peine à le croire , poursuivis que nous sommes par le virus né en Chine et longtemps honteusement caché par le régime. Mais on n’entend guère,—tout au moins à haute voix—, des gens nous dire que c’est un châtiment divin. La Bible est pleine de textes étranges. Job mis à l’épreuve. Noé qui reçoit la promesse que leSeigneur n’engloutira plus jamais les hommes. Et puis, ce Jésus qui serait, à la fois, le fils de l’homme et le fils unique de Dieu, donné et sacrifié pour la rémission des péchés passés, présents et à venir. Que de controverses théologiques, parfois sanglantes, sur le sujet. Ayons tout respect pour la foi littérale de nombreux Chrétiens, pour autant que cette foi soit tolérante envers les autres.


En cette semaine sainte, osons poser une série de questions dérangeantes. Peut-on être Chrétien si on ne croit pas à la naissance divine de Jésus ? Peut-on être Chrétien si on ne croit pas à la résurrection proprement dite, charnelle de l’homme cloué sur La Croix. Peut-on être Chrétien si les miracles ne sont pas vus comme étant le résultat d’une force surnaturelle indépendante de la personne qui en bénéficie ? Diable, celui-là serait-il en plein reniement, en pleine hérésie ? En quoi celui qui raisonnerait ainsi serait-il encore concerné par la semaine sainte ?

 

Alors, reprenons. D’après les récits, le cortège des apôtres n’était nullement représenté au pied de La Croix. Il n’était pas rassemblé en chantant des louanges devant le tombeau vide. Lorsque le récit nous dit que Jésus, ressuscité, chemine au côté de deux disciples, ils ne le reconnaissent pas, cet homme qu’ils connaissaient bien. Il a faillu le rite du pain pour que leur yeux s’ouvrent sur une présence. Avant de disparaître à tout jamais, dans sa forme déjà immatérielle, aux yeux des apôtres, Jésus leur dit, en substance, qu’ils le connaîtront et reconnaîtront mieux pour ce qu’il est vraiment, ce qu’il a apporté lorsqu’ils ne sera plus leur compagnon de route. Il était physiquement proche mais source de malentendus. Le voici introduit, comme une présence invisible, dans la personne de chacun. Présence invisible, ressentie comme réelle, reçue complètement dans le récit de Pentecôte. En somme, pourquoi ne pas concevoir Jésus comme un être yperspirituel , connecté à la dimension transcendantale, apportant un message d’amour, offrant une possibilité d’homme amélioré ? Et si cela suffisait pour interpréter cette notion floue de fils de Dieu ! Et si cela suffisait pour recevoir avec émotion l’indication que la mort n’est pas le néant, qu’il y a un mystère de prolongement, d’une forme de résurrection dont l’histoire de Jésus peut donner l’espérance. Les hommes d’église ont trop voulu définir ce prolongement. On peut se contenter du mystère. Quant aux miracles, on peut en accepter le récit en admettant qu’une force vitale peut être réveillée, soulever un malade : et que cette force peut même être stimulée par la ferveur de prières et d’intercession autour de lui. N’est-ce pas d’ailleurs dans ce sens que Jésus, d’après les récits, concevait ses miracles ? Autrement dit, le miracle pourrait s’apparenter à un mécanisme spirituel de résurrection intérieure.

Le Christianisme, isssu, —ne l’oublions jamais— du Judaisme, est bien autre chose qu’une péripétie historique et une morale. Le risque a toujours été de rigidifier le message, au lieu de le laisser pénétrer en chacun dans l’acceptation du mystère ; sans le lester constamment de précisions dogmatiques humaines. Oui, on peut croire en un souffle créateur ayant mis en mouvement toutes choses, et que l’on peut appeler Dieu. Oui, on peut croire à la possibilité d’être relié, d’être en filiation intime avec cela ; comme l’a marqué le passage éphémère, mais au retentissement inouï d’un homme appelé Jésus. Il a incrané ce lien. Oui, on peut ressentir l’histoire de sa passion et l’idée de sa résurrection comme une démonstration que l’homme peut être conduit au pire , mais qu’une espérance existe ; même pour ce qui suit la mort visible et charnelle.


Alors oui, même avec une interprétation aussi peu orthodoxe, on peut se dire Chrétien. Alors oui, Vendredi saint, Dimanche de Pâques et Pentecôte sont bien davantage que des étapes rituelles. Même en écoutant les paroles collées au texte et les interprétations littérales avec respect mais distance, on peut leur trouver un sens. Derrière les mots, il y a le souffle, le témoignage, l’indication d’un chemin, l’espérance. Bonnes Pâques !

Commentaires

  • Excellente réflexion! Mais attendez-vous à un débarquement de ceux qui se disent athées, ceux qui vomissent la Bible juive et chretienne, sans oublier les trolls de tous poils!

    Bonnes Pâques à vous aussi!

  • Vous décrivez d'une manière très vivante et percutente la différence entre la vie religieuse et la vie spirituelle. La religion a beaucoup mis en dogmes et en rituels ce que la vie spirituelle transmet dans un souffle subtil (dans "spirituel" il y a "respirer"!).

  • Le Christ ne demandait pas à ceux qui le suivaient d'être chrétiens, ce qui n'existait pas encore, mais de faire la volonté divine. Un ami prêtre le disait rabbin libéral mais qui ne pouvait pas se taire confronté aux injustices sociales.

    Le fils de Marie dénonçait la mauvaise foi et les cœurs rabougris tout en se présentant médecin présent pour les malades non pour les bien-portants.

    Le concernant nous avons à choix la version correspondant au Credo ou celle le coran qui prétend que Jésus se serait enfui au moment où Simon de Cyrène le déchargeait du poids de l'une des poutres de la croix, les condamnés n'en portaient qu'une, et que ce serait ce même Simon de Cyrène qui aurait été crucifié à sa place.

    Par G. Messadié Jésus de Srinagar se présentant comme un roman mais ouvrage fouillé Jésus aurait été crucifié mais comme de nombreux crucifiés (Jésus et Israël par Jules Isaac) ne serait pas mort en croix.

    Totalement désemparé il serait parti en Inde étudier d'autres religions.

    L'Inde voit en Jésus un mahatma non une incarnation divine mais un MIROIR tendu en nous invitant à nous interroger non sur lui mais sur nous.

  • Je ne plagie jamais pour "analyser".... un article - surtout quand il est de haut niveau - et dont je ne suis experte!

    Le dernier seder pascal de Jésus
    Publié par Abbé Alain Arbez le 8 avril 2020

    - La veille de sa passion, au soir du jeudi saint, Jésus n’a pas célébré la première « eucharistie chrétienne ».

    "Il a simplement commémoré la Pâque juive avec ses amis, au cours du repas rituel traditionnel. Et c’est dans ce cadre bien précis qu’il a inclus son propre geste rituel confié aux apôtres comme mémorial (zakhor) valable pour l’après Golgotha. Ce geste est porteur du désir de Jésus de confier sa propre Pâque à ses disciples, comme nourriture spirituelle actualisant sa mort et sa résurrection."

    La suite: https://www.dreuz.info/2020/04/08/le-dernier-seder-pascal-de-jesus/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+drzz%2FPxvu+%28Dreuz%29

  • En complément: selon Jésus de Srinagar Jésus aurait été touché par le bouddhisme.

    Matthieu Ricard scientifique devenu moine traducteur du Dalaï lama estime que nous sommes appelés simplement à nous améliorer.

    Bonnes Fêtes de Pâques à vous, Monsieur Eggly, à vos proches et commentateurs.

  • Merci Myriam B, à vous également.

    Faites bien attention à vous, et ne sortez qu'avec des gants et masquée.

  • Les omissions – qu’elles concernent la politique ou la vie humaine – peuvent être plus préjudiciables que les actions. Réfléchissons au système de soins actuellement surchargé. C’est une grande préoccupation. L’idée, c’est qu’il y aura des individus que nous aurions pu sauver et que nous allons laisser mourir parce que le système est surchargé – et on se demande comment il est possible que nous ayons permis au système d’en arriver là. Et en particulier, comment il est possible que certaines sociétés possédant des richesses et des capacités immenses en soient arrivées là.

    Ou de cette stupidité d’un mode de pensée qui laisse croire que demain sera la réplique exacte d’hier. Il y a un manque de vigilance qui coûte beaucoup trop cher, que ce soit dans le quotidien et ailleurs.

    "Machiavel avait dit que toutes les sociétés seraient à la merci de la Fortune – des sécheresses [et autres circonstances dépassant leur contrôle]. Mais les sociétés se mesurent par leur capacité à résister à de telles crises"

  • Et vous pouvez même allez faire un ou deux petit footing dans nos magnifiques pacs !!

  • Etre chrétien et hypocrite, être chrétien et censurer pour cultiver en silence faire comme le font actuellement les musulmans avec les chrétiens, Est-ce la fin de l'empire romain, il était temps !

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