Confinés en appel d’air

Le mot est clair dans le dictionnaire. Être confiné, c’est être enfermé, chez soi dans le meilleur des cas. Le dictionnaire parle aussi d’un air non renouvelé Cela évoque une sensation d’étouffement. Actuellement, on imagine ce qu’il peut en être dans des locaux exigus : risques augmentés de tensions, d’affrontements domestiques, de violences. Il y a de la matière pour les psychologues et les psychiatres. D’ailleurs, certains expriment leurs craintes à ce sujet. On pense à cette phrase de Sartre dans sa pièce <huis clos> : l’enfer c’est les autres. Il faut dire que Sartre a été, certes, un philosophe et un écrivain, mais aussi un théoricien de l’engagement dans un cadre idéologique rigide de lutte des classes ; tout le contraire d’un Albert Camus. C’est une belle revanche que le premier soit quasiment tombé dans les oubliettes, avec sa redoutable Simone, tandis que le second, exemple d’humanisme, soit tellement présent dans nos cœurs et nos esprits.


Mais revenons au confinement. Si l’on pense à des philosophes et à des écrivains , on constate que certains ont eu a bougeotte, qu’ils ont eu besoin de l’air du large pour stimuler leurs neurones, aiguiser leurs sensibilités. Un Joseph Kessel, un Blaise Cendrars sont illustratifs. D’autres ont été très sédentaires, laissant leur esprit , leur imagination s’envoler. Un Marcel Proust bien sûr, mais aussi, par exemple, un Jules Vernes. Chez les philosophes on a eu des voyageurs mais on sait qu’un Emmanuel kant a fait toute sa vie la même promenade circulaire autour de chez lui, à la même heure. Or, la pensée de ce bureaucrate des jambes s’est élevée aux plus hautes sphères de la réflexion philosophique. Jésus était un prédicateur en marche, mais nombre se ses fidèles serviteurs, au cours des siècles, l’ont adoré dans le confinement pieux des monastères. Bref, il n’y a pas de généralité. Le confinement peut conduire au rétrécissement du corps et de l’esprit. Il peut aussi, par une sorte de compensation, rassembler les forces dans une concentration dépassant le corps et sublimant l’esprit. Cela dépend du contexte et de sa propre nature.

Dès lors, dans la situation actuelle, on souhaiterait que chacun puisse assumer , le temps qu’il faudra, les inconvénients parfois lourds (pensons au confinement dans un HLM) et tirer de lui-même (peut être en ouvrant la fenêtre à l’heure d’applaudir les soignants) un souffle qu’il ne se connaissait pas. Facile à dire et sans doute un peu théorique. Chacun de nous, dans cette situation, vit dans un contexte plus ou moins favorable. Chacun a son caractère, son humeur. Toutefois, en regard, précisément, de l’engagement impressionnant et à risque des soignants, on a envie de dire : que ceux qui le peuvent ouvrent aussi leurs fenêtres intérieures, pour un appel d’air vivifiant qui, lui, était resté jusqu’ici un peu confiné.

Commentaires

  • Le pire, ce sont tous ces billets où les commentaires sont fermés, où les blogueurs assènent leurs vérités sans oser se confronter à l'avis des autres. Je trouve cela de plus en plus minable, et je suis un peu effrayé de constater que c'est le cas de la plupart des blogueurs de cette plateforme...
    ça, c'est du confinement. De la pensée...

  • Ce confinement est une détention avec évasion en cas de sortie pour se défouler…

    On peut rendre malade en semant la panique.
    La cause de la maladie est psychique: psychosomatique.

  • Des clients de grandes surfaces en venaient aux mains pour mettre leur dévolu sur des pack de 72 rouleaux de p.q. !!

    Le premier réflexe grégaire de nos concitoyens sont parfois surprenant, je ne sais pas, j'entend parler d'une catastrophe annonçant une éventuelle pénurie, en admettant qu'il me vienne l'idée d’accourir dans ces nouveaux lieux de culte de consommation forcée, me viendrait-il à l'idée de me précipiter sur le rayon des touchotes anales ?

    Premièrement, j'ai investi dans des wc avec jet d'eau incorporé, ce qui m'autorise à ne pas lâcher mon quotidien, bénit soit-il, ensuite, en admettant que même si je n'étais pas pareillement équipé, est-ce que l'obsession de manquer de cette denrée encombrante lors des achats, je mettrai la priorité sur cette forme de confinement ?

    Certes que non, je me jetterai sur le rayon décoration, bien-sûr, car une fois confiné, toute mon attention serait portée par un besoin d'évasion, même illusoire !

    Par ces temps où il est plus suspect et je pèse mes mots, de tousser que de pétarader, je ne vais pas divulgacher publiquement !

  • «Les blogs, c'est la voix de la médiocratie»: du moins, était-ce l'opinion de Marc Bonnant il y a une dizaine d'année et il est difficile de le contredire sur ce point aujourd'hui. Mon opinion est plus nuancée, par ce qu'elle voit dans les blogs la possibilité de combler un vide par quelque chose de creux, ce qui est le propre de mon commentaire ici et de l'ontologie phénoménologique dans l'histoire de la pensée : «Nous ne sommes nous qu'aux yeux des autres et c'est à partir du regard des autres que nous nous assumons comme nous» (Jean-Paul Sartre, "L'Etre et le Néant", 1943).

  • Je ne me sens pas confinée mais "consignée" jusqu'au moment où nous pourrons tous/toutes sortir et ... vivre !

    Consignée parce qu'une fois le litige réglé, on retrouve sa liberté d'avant :-)))

    Belle journée à vous

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