Le Temps passe...

  • Ce que disent les sous-marins et les avions

    La France est fâchée et s’emporte contre la fourberie de l’Australie, le manque de respect et l’esprit hégémonique des Etats-Unis , l’opportunisme bien connu de la Grande Bretagne. Comme on la comprend. Mais comme cela donne la mesure du poids des acteurs actuels dans les  enjeux mondiaux. Depuis 1940, la France seule, malgré le sur- jeu d’un prestigieux de Gaulle, n’est plus un acteur principal des équilibres géo-stratégiques. La victoire de 1918 fut la dernière salve réunissant une réalité et l’illusion. Dur à encaisser pour la France et ceux qui l’aiment envers et contre tout.

    Mais oui la France a raison d’exprimer son dépit et sa colère, soutenue, bien que timidement, par d’autres pays européens et les autorités de l’UE. Pacta sunt servanda, apprend-on en faculté de droit. Un contrat signé doit être respecté. Le Gouvernement Australien justifie sa volte face par des raisons de sécurité  dans la région, face à la Chine dont la menace s’est accentuée et précisée durant les dernières années. Ainsi, les sous-marins français projetés, à propulsion classique, seraient moins performants, rassurants, que les sous-marins nucléaires promis par les Américains. Et la Grande Bretagne mettra à disposition sa technologie dans le domaine. Et puis, quand même, on se parle anglais, avec des racines culturelles communes...

    La justification rencontre l’ironie française. Les sous-marins américains seront à disposition des Australiens un bon nombre d’années plus tard. Et tout porte à croire que leur maniement nécessitera des Américains aux commandes. Donc, adieu l’indépendance, bonjour un lien de vassalité renforcé . Soit, mais la réponse tient au pari que la Chine ne va pas passer à court terme de la pression à la guerre, et que l’annonce de cet arsenal à moyen terme est déjà dissuasif. En effet, la Chine, probablement inquiète de ce retour d’influence américaine , a tout de suite protesté.

    Quoi que l’on pense , sur le fond, du revirement australien et d’une manière de faire très déloyale, on doit prendre acte du fait que seule l’Amérique , tristement libérée du fardeau afghan, offre l’image d’une protectrice crédible en cas de choc militaire frontal avec la Chine. Ce serait dans cette région, dans ces mers chaudes que se concentreraient les risques les plus grands. Plus en Europe;  la Russie n’étant plus une super-puissance terrifiante. Encore que....En effet, des pays de l’UE, naguère dans le giron soviétique, continuent de ne voir que dans les États- Unis  la suprême garantie.

    Et l’Europe?... a-t-on envie de crier. Autour de la France et de l’Allemagne, ne pourrait-on pas construire une véritable Europe de la Défense? Si l’Europe doit exister et peser sur la marche du monde, ne faudrait-il pas enfin articuler un tel volet militaire?  Micheline Calmy Rey n’y croit pas et suggère à l’Union européenne une position de Neutralité active à la Suisse; jouant un rôle de référence et de disponibilité au service des valeurs, du droit, de la paix. Pas réaliste aux yeux de son contradicteur en débat, François Hollande. L’Europe ne pèsera vraiment qu’avec un poids stratégique. Alors, l’impasse, étant donné que les membres de l’UE n’ont pas de vision commune à ce sujet? On en revient à l’idée d’une Europe à plusieurs cercles, un noyau motivé de pays membres se regroupant pour construire un ensemble politique et militaire faisant le poids. Seulement , il y faudrait un certain renoncement à la stricte autonomie nationale. la France, la première, n’y est pas prête.

    Toutefois, l’histoire a des accélérations mais aussi un temps long. Peut être que l’on verra une évolution. Peut être que, les États Unis montrant de plus en plus que l’Europe n’est pas leur priorité, celle-ci trouvera la volonté et l’énergie de s’inventer une identité militaire crédible.

    Un mot enfin sur la Suisse. Nous n’aurions jamais voté pour François Hollande. Mais ce qu’il dit sur le choix du Conseil fédéral d’acheter un avion de combat américain est très juste. Nous allons dépendre d’un partenaire lointain, assez imprévisible, pouvant cesser de fournir les pièces essentielles à notre flotte aérienne. Surtout, au moment où nous avons déjà commis l’erreur d’enterrer l’Accord cadre, nous diminuons encore un courant d’empathie avec nos partenaires européens, la France au premier chef, dont nous avons pourtant bien besoin à maints égards. L’achat de cet avion ne devait pas répondre à des critères uniquement  d’évaluation technique. Une Suisse évoluant en danseuse sur la ligne de touche du terrain de l’Europe aurait dû faire intelligemment, instinctivement un choix aérien européen. Car, même sans plus de prééminence dans le monde , l’Europe est notre famille. 

  • Un droit à l’enfant discutable.

    Le mariage pour tous va passer. C’est comme si c’était fait. Sacrée évolution des esprits dans notre société. En fait, la principale raison de dire oui est donnée par la Conseillère fédérale Karin Keller- Suter: "l’Etat n’a pas à dicter les comportements et les mœurs". Au fond, c’est très libéral, Don acte. Toutefois, quitte à provoquer et à nous attirer des foudres ajoutons ceci:

    Oui, que chacun vive comme il l’entend mais fiche la paix aux autres. Ces affirmations collectives de LGTB, transgenres et autres genres deviennent agaçantes. Oui, que chacun vive à sa guise, mais sans exhibition. La sphère privée est une grande valeur libérale. La liberté d’opinion et d’expression aussi. Il faut l’affirmer dans une époque où l’on voit fleurir les porteurs du politiquement correct , les censeurs et défenseurs de la moderne bien pensance. Un mot perçu comme étant de travers et vous voilà taxé d’homophobe, de raciste, de fasciste,  avec qui il ne faut même pas discuter. Il y a chez nous des sortes de talibans inversés. Or, Il n’y a pas de démocratie sans débat contradictoire dans le respect des contradicteurs. Ainsi, nous respectons ceux qui s’opposent au mariage pour tous. Mais , à nos yeux, la liberté personnelle l’emporte.

    Pourtant, un aspect nous gêne; celui de la parentalité.  Dans la logique d’une égalité de traitement, l’une des deux femmes en couple pourra bénéficier d’un don de sperme. Et l’autre femme sera la deuxième parente. Heureusement,  on sait que la Suisse ne veut pas de l’anonymat du donneur et que l’enfant pourra, à sa majorité, savoir de qui il s’agit. Évidemment, avec un couple d’hommes, opération difficile...Mais il y a la voie de l’adoption.  Ah cette différence biologique têtue que l’idéologie ne peut pas effacer! Ici relevons un droit au débat. On nous dit que , pour l’enfant, c’est le désir de l’avoir et l’amour qui importent. C’est une opinion. Il y a des psychologues, pas forcément des moindres,  qui disent que la question de l’identité se pose pour un jeune garçon ou une jeune fille . Et que l’on pourrait bien voir fleurir des clients pour psychanalystes. Nous ne prétendons pas trancher dans ce débat, faute de compétence. Mais tant mieux si certains l’ouvrent. Et tant pis si d’autres le trouvent hors de propos, branchés sur leurs certitudes dans un domaine si délicat.

    Finalement, cet qui nous gêne dans toute cette histoire, c’est l’affirmation qui en ressort d’un droit à l’enfant. Si la manière de vivre doit être libre, cela implique-t-il que l’on puisse de toutes les manières et dans toutes les configurations de vie obtenir un enfant?  D’autant plus qu’il y a l’adoption, laquelle était déjà connue des Romains. Eh bien oui, cet élargissement du droit à l’enfant et des moyens  de le réaliser nous laisse philosophiquement  songeur.  Allons-nous être voué aux gémonies et être qualifié de dinosaure réactionnaire par les nouveaux gardiens de la bonne pensée est des nouvelles mœurs pour oser écrire cela? 

    Nous voici donc à prendre acte d’une liberté de la vie privée, mais en ressentant un malaise en regard de la filiation. On nous dit que la Suisse interdit le recours aux mères porteuses, avec le commerce que cela peut être. Fort bien. Mais jusqu’à quand si , peu à peu en Europe la pratique devenait usuelle ? Oui un progrès dans la liberté individuelle est à saluer. Mais il faut savoir qu’il n’y a jamais de progrès total et qu’il y a toujours aussi des effets discutables, négatifs. Alors, bon vote, avec malaise ou non. 

    Jacques-Simon Eggly

  • L’Afghanistan insaisissable

    Évidemment, devant les événements, c’est la stupéfaction, la consternation et la grande inquiétude qui vous submergent. Les commentateurs l’ont dit: que vont devenir les femmes et les jeunes filles afghanes? L’obscurantisme et la répression, se réclamant hélas de la religion, vont-ils tuer toute liberté individuelle, toute affirmation personnelle, toute vie civile un peu élaborée?

    Et puis, bien sûr, on a peine à y croire: vingt ans d’efforts occidentaux, particulièrement américains, des morts pour rien, des sommes gigantesques dépensées en pure perte! Les experts américains ont cru que les autorités qu’ils soutenaient, les soldats afghans qu’ils armaient tiendraient les Talibans à distance. Or, dès le début du mouvement de retrait des troupes d’intervention, tout à montré très vite la faiblesse de ces autorités et d’une armée portée a bout de bras. La lenteur administrative de Washington, dès la débâclé imminente, va probablement coûter très cher aux Afghans trop compromis aux yeux des vainqueurs et qui n’auront pas eu le temps d’être évacués.

    Bon, tout cela a été dit. Mais si on essayait aussi un regard en longue vue. Parfois, on se demande si les service de renseignement sophistiqués ont suffisamment de connaissances historiques. Ils auraient compris et admis que l’Afghanistan est un pays insaisissable. Au dix-neuvième siècle, l’Angleterre impériale s’y est cassée les dents. La Russie, alors soviétique, s’y est embourbée, déjà notamment contre des Talibans soutenus par les USA (quelle ironie). Et maintenant voilà!

    Oh, remettons-nous dans le contexte d’il y a vingt ans. L’Afghanistan était le refuge d’Al-qu’aida  et de Ben-Laden. Ce fut le terrible attentat des tours à New-York. Il fallait riposter à fond; éliminer les branches de la pieuvre ignoble. L’Occident était en guerre contre le terrorisme. Il fallait faire comprendre aux talibans que tout appui aux terroristes ne pouvait qu’enclencher  une riposte avec tous les moyens à disposition. On peut penser que ce but, —au moins pour une période,—a été en partie atteint.  Au delà de la débâcle d’aujourd’hui, , les Occidentaux, Américains en tête, devront êre clairs. Tour indice d’abri pour des terroristes enclenchera une riposte fulgurante. Cela, l’OTAN en a les moyens. Et la Russie n’a pas d’intérêt à soutenir un régime qui abriterait des terroristes fanatiques. Après tout, elle l’a montré en Syrie contre l’autoproclamé État islamique.

    En revanche, vouloir transformer en profondeur le fonctionnement de ce pays était une erreur et n’était pas la bonne assurance tous risques. Il faut que l’Occident renonce à imposer par la force ses valeurs! Certes, durant  vingt ans, des progrès timides ont eu lieu pour les femmes, la vie civile , dans le domaine de la santé, de l’éducation. Mais croit-on que les Talibans n’ont eu que leurs armes pour reprendre du poil de la bête? Dans les montagnes, au fond des vallées, et même dans des villes, ils ont pu  s’appuyer sur des traditions, des habitudes ultra conservatrices, s’inspirant d’une interprétation du Coran tournant le dos à toute modernité. Ajoutons à cela les corruptions et les incompétences au sein de l’administration officielle en place, le manque de convictions profondes chez les gouvernants, vus par beaucoup comme des valets de l’étranger, et l’on  comprendra mieux les événements.

    Certes, il n’est pas question pour nous de relativiser certaines valeurs qui devraient être universelles concernant  les droits humains. On peut les proclamer, exercer dans les limites du possible des pressions politiques, essayer d’aider les personnes qui, à leurs risques,  les défendent, espérer que , peu à peu, malgré à tout, des évolutions aient lieu dans des pays comme l’Afghanistan. Et puis, nos pays vont être confrontés à un nouveau flux de réfugiés; ce qui, n’en déplaise à certains, pose de vrais problèmes d’intégration. Mais ayons la lucidité de l’acceptation du temps long et des différences inhérentes à l’histoire. Nous ne pouvons façonner des pays comme l’Afghanistan à notre image; des pays qui viennent d’ailleurs et sont ailleurs. L’Afghanistan insaisissable donne une leçon difficile, douloureuse de réalisme , voire de modestie historique.

     

    Jacques-Simon Eggly.                                                                                                            

  • Le ping-pong trompeur de Poutine

    La conférence de presse donnée par Vladimir Poutine juste après sa rencontre avec Joe Biden,  donna toute la mesure de son habileté. A chaque question posée sur la violation des droits de l’homme, la répression contre des opposants et des organisations critiques dans son pays, le Président répondait en pointant du doigt les violences policières aux Etats- Unis,  l’assaut contre le Capitole et les sanctions en suivant ( pas de ça chez nous..), le fait que bien davantage de cyber attaques viendraient du sol américain, que ce sont les États Unis qui ont qualifié la Russie d’ennemi et pas le contraire, que ce sont eux qui soutiennent des organisations en Russie contestant les lois etc...

    Oui habile, et de nature à ébranler sinon convaincre des esprits occidentaux. Et si la Russie n’était pas le pays méchant par définition! Et si les états Unis, voire les autres pays occidentaux n’avaient pas bien des choses à se reprocher ! Ne devraient-ils pas s’abstenir de se draper dans le manteau de la vertu et de faire la leçon à Moscou?

    Ici, comme souvent, l’observateur doit remettre les choses sur leur vraie assise et ne pas se faire manipuler. Encore faut-il posséder une vraie colonne vertébrale et avoir les idées claires. Une des valeurs, en démocratie, est une possibilité et une capacité d’exercer une réflexion critique. Non, tout n’est pas, aux États Unis et ailleurs, sans ombres, bavures, injustices , discriminations, détresses sociales et on en passe. Cela fait l’objet de débats, quelquefois de corrections ou d’améliorations. Tant que le chemin n’est pas celui de la violence, la liberté d’expression, de manifestation est garantie. Aucun opposant n’est marginalisé, entravé dans son existence pourvu qu’il respecte le cadre légal établi démocratiquement. La Défense de ce cadre est  aussi La Défense des libertés fondamentales.

    Il n’y a donc pas d’équivalence avec les critères moscovites, n’en déplaise au champion du ping-pong qu’est le président Poutine. En Russie, des opposants non-violents sont emprisonnés, des journalistes sont victimes d’étranges accidents, des organisations, des journaux sont neutralisés. Les éléments formels de démocratie sont largement sous contrôle du pouvoir. L’expression critique est surveillée, au besoin neutralisée. On ne voit pas comment se feraient rapidement  jour des corrections, des améliorations. Non, le renvoi de balle du Président Poutine ne convaincra que les spectateurs et auditeurs malléables peu capables de mettre les choses à leur place et en perspective. Il est droit dans ses bottes, cet ancien responsable du KGB. Un vrai démocrate l’est aussi.

    En revanche, on peut s’interroger sur l’attitude des pays occidentaux depuis l’éclatement de l’URSS et l’effondrement du régime communiste. On peut être de ceux qui pensent qu’il y a eu erreur d’analyse et d’action. N’aurait-il pas fallu mieux tendre la main à cette Russie émergente ? Ne peut-on pas comprendre un sentiment russe d’être menacé par une alliance de l’OTAN à dominante américaine, qui a placé des pions aux frontières même de la Russie, en Ukraine, en Géorgie, ailleurs. Lors d’un voyage politique et de rencontres en Russie, juste avant l’ère Poutine, nous avions ressenti que beaucoup d’interlocuteurs éprouvaient le sentiment d’être dans le viseur de l’OTAN et d’être d’éternels suspects rejetés par l’Europe. Un de Gaulle avait dit qu’il fallait éviter ce piège en évoquant une Europe de l’Atlantique à l’Oural. Il pensait aussi que les pays européens, —qui ne comprenaient pas encore les  satellites de l’URSS aujourd’hui membres de l’UE—, devaient avoir des liens directs avec la Russie, indépendamment des États Unis.

    Comment oublier également la participation culturelle russe essentielle au patrimoine européen? Et mondial. Qui de plus grand que Tolstoi, Dostoïevski, Tchaikovski...Il faut aussi admettre que la Russie n’a pas de passé démocratique. A son égard, il faut être ferme sur la question des droits de l’homme, oui. Mais il convient  d’être un peu réaliste sur le fonctionnement démocratique possible.

    En conclusion, dire au Président Poutine: ne cherchez pas à nous faire prendre des vessies pour des lanternes, nous ne sommes pas manipulables. Mais nous n’oublions pas que la Russie est notre grande cousine dans notre grande famille européenne.

    Jacques-Simon Eggly

  • Être protégé pour être libre

    Chaque fois, dans une démocratie attachée au Droit, que sont proposées des mesures policières impliquant des restrictions de liberté, il y a lieu de réfléchir. On ne doit pas imaginer un pays où tout le monde marcherait au pas de l’oie. Puissions-nous ne jamais ressembler à la Chine , dont il est triste de penser qu’elle est la deuxième ou première puissance économique du monde. Les libertés individuelles sont largement mises à mal sur notre mère terre.  Les avocats genevois qui s’opposent au projet de loi sur les nouvelles mesures policières de lutte contre le terrorisme ont évidemment ce fait à l’esprit.  Toutefois, en se polarisant sur un risque d’excès d ‘atteinte aux liberté individuelles et à l’Etat de droit, ils épousent trop étroitement un angle de vue , oubliant le véritable risque, le véritable enjeu.

    Oui, dans notre pays, il faut vouloir que tous ceux qui adhèrent à nos valeurs démocratiques, au respect des personnes jouissent des plus grandes libertés possibles. Pour cela, ils ont droit au maximum de sécurité possible, garantie de leurs existences face aux menaces de ceux qui en actes, en préparation d’actes, en complicité plus ou moins active n’adhèrent en rien à tout cela.  Il y a des gens  qui rêvent de nous apporter la terreur et des soutiens qui partagent leurs rêves.  L’Etat a un devoir premier de nous protéger. Il a besoin, à cette fin, d’une législation lui donnant suffisamment de moyens. Or, ils s’avèrent insuffisants; comme l’a très bien expliqué la Conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, forte aussi de son expérience d’ancienne ministre de justice et police à St-Gall.

    La nouvelle loi définira les personnes visées par les nouvelles mesures comme montrant des indices visibles d’adhésion aux activités terroristes.  Il peut donc y avoir obligation de répondre à des questions, interdiction d’avoir des contacts avec des milieux terroristes, avec des tiers soutenant clairement de tels milieux. Cela  peut aller Jusqu’à  des assignations à résidence, et à la détention en vue d’expulsion d’étrangers porteurs de risques évidents.

    Franchement, vous trouvez cela excessif ou plutôt rassurant? La majorité du peuple suisse sera très probablement satisfaite de cet élargissement législatif. D’autant plus que ces mesures seront appliquées  de cas en cas et nullement dans une volonté d’élargir le cercle à l’aveugle. Elles devront être limitées dans le temps, en regard des risques évalués.  Pas d’assignation à résidence sans l’approbation d’un tribunal; donc pas de feu vert à un arbitraire ou excès de zèle policier. Enfin, ,—avocats rassurez-vous—, chaque mesure peut faire l’objet d’un recours au Tribunal administratif fédéral.

    Oui, franchement, ceux qui dénoncent une atteinte inacceptable aux libertés individuelles ne sont pas convaincants. Ceux qui estiment que la législation actuelle suffit ne le sont pas non plus. Pourquoi diable, y aurait-il ce projet si aucun besoin ne s’était fait sentir? Juste pour se faire peur? Allons donc! Il faut savoir que le risque de terrorisme en Suisse, avec les personnes en soutien derrière, est réel. Trop de gens nous ont entonné , de manière générale, le refrain selon lequel  un sentiment émotionnel d’insécurité ne correspondrait  pas à la réalité. Dans nos démocraties européennes ces anesthésistes de la parole ont ajouté un risque aux risques. Une démocratie aux mains trop hésitantes et molles face à ceux qui la détestent et la méprisent défend mal citoyens et  habitants qui l’aiment, qui la font vivre et qui en attendent protection.

    Certes, il faut une proportionnalité, un cadre, des recours ouverts; ils sont là. Toutes raisons de voter oui en lucidité et en bonne conscience.

    Jacques-Simon Eggly

  • Un Conseil fédéral boiteux

    Certains jubilent et parlent du courage du Conseil fédéral. Aux yeux des consternés, dont nous sommes, cela sonne comme un trait d’ironie.

    Évidemment, au point de friture sur la ligne où on en était arrivé, la décision gouvernementale peut apparaître comme étant une clarification nécessaire. Mais si l’on met ce coup d’éclat en perspective, cela donne la vraie image: celle d’un Gouvernement suisse qui ne sait pas tenir le cap et qui tortille sa voile dans tous les sens par peur du peuple. Rappelons en effet que la discussion avec Bruxelles sur un Accord cadre dure depuis des années. Même si , au début, le projet était plus simple qu’il n’est devenu , la Suisse, tout du long,  semblait  jouer le jeu . Certes, à la fin , la Suisse n’avait pas obtenu satisfaction sur tout. Mais, rappelons-le  toujours, sur chaque développement d’un traité dans le cadre général de procédure adopté, la Suisse serait restée  libre de dire non au travers de ses instances de démocratie ( Conseil fédéral, Parlement, Peuple).

    Avant de revenir d’un mot sur les risques que fair courir cette décision, insistons sur ce flottement , ce manque de cohérence d’un pays qui négocie durant des années, donne à Bruxelles l’impression constante qu’il veut aboutir en dépit de quelques points d’accrochage, et qui finit par tirer la prise en déclarant qu’il faut repartir autrement , d’un meilleur pied. Notre Conseil fédéral pense-t-il vraiment que son attitude va inspirer crédibilité, confiance à nos partenaires européens. Un Gouvernement qui efface, en quelque sorte, le chemin diplomatique parcouru et des années de négociations, est-il encore un partenaire fiable?

    La vérité. C’est que le Conseil fédéral,  lui même divisé dans sa composition politique ici paralysante, a senti des oppositions bruyantes sur le front intérieur et qu’il a eu peur: peur de l’UDC, peur des syndicats qui ont joué la carte d’un populisme social, peur du peuple. Au lieu d’être un leader d’opinion montrant l’enjeu, il a amplifié la crainte d’un refus populaire: comme en 1992 sur l’Espace économique européen.

    Ceux qui jubilent aujourd’hui rappellent les Cassandre de ce temps. Or, ironisent-ils, les dégâts annoncés pour l’économie et donc pour l’emploi n’ont pas eu lieu. C’est oublier des éléments clés. Après 1992, la progression de notre produit intérieur brut, donc de notre richesse nationale, a subi un arrêt sévère; l’un des plus marquants en comparaison avec nos voisins. Mais Bruxelles et nos partenaires européens ont pris acte que le Conseil fédéral s’était engagé et que c’était le peuple qui l’avait désavoué. Il en était résulté une ouverture d’esprit positive ayant permis les deux blocs successifs de négociations bilatérales. Ainsi furent conclus nombre d’accords très profitables à la Suisse. Or, cette fois, c’est le Gouvernement suisse qui claque la porte. Le ressenti à Bruxelles et dans les pays membres ne peut plus conduire à la même compréhension. Nos Conseillers fédéraux disent qu’il faut tout de suite repartir sur de nouvelles négociations. Trop facile de s’en tirer ainsi pour faire bonne figure. Posons la question: si nous étions à la Commission de Bruxelles ou dans l’un des gouvernements des pays membres, aurions-nous envie de tendre rapidement la main à Berne et de retrouver, comme si de rien n’était, le temps et l’effort de négocier autrement, autre chose? Et que le Conseil fédéral ne vienne pas nous dire demain que sa bonne volonté n’a pas eu la réponse souhaitée, qu’il le regrette etc... , alors qu’il donnera l’impression d’un personnage ambigu qui avance avec une main tendue et l’autre dans le dos.

    Ou nous nous trompons fort, —et sincèrement nous le souhaitons—, ou la Suisse va subir des contre coups. Par exemple: suspension de la reconnaissance mutuelle des technologies médicales (1400 entreprises et 114 millions de francs de frais administratifs afin de surmonter cet obstacle), risque de suspension de l’Accord sur les machines outils concernant des entreprises dont la majorité des exportation va à l’UE. L’industrie des machines, des équipement électriques et des métaux ( 32.000 emplois) vient d’exprimer son inquiétude. Discrimination sur les opérations boursières.

    Et puis, les inquiétudes montent aussi dans les milieux des universités, de la recherche. Allons-nous être en partie déconnectés.  Il va bien falloir limiter les dégâts et renforcer des élans positifs. Améliorer encore, dans les structures et le fonctionnement, la capacité générale de notre économie. Etre plus dynamiques encore sur l’ensemble des marchés mondiaux. Enfin, oui, en trouvant des appuis comme en Allemagne notamment, essayer de renouer le dialogue , plaider pour la sauvegarde d’intérêts communs afin de renégocier dans pas trop longtemps des accords particuliers dans des domaines importants.

    Drôle de façon de défendre la souveraineté. La vraie défense ne consiste pas à se raidir dans des positions souverainistes desservant sa patrie mais elle consiste à trouver, en pleine réflexion autonome, le degré de relation qui la sert le mieux.  A cet égard, il s’agit d’un auto-goal.

    Voilà, le vin est tiré, il sent le bouchon mais il faut le boire. Ce Conseil fédéral aura marqué une étape de l’histoire suisse; mais lorsque l’on racontera les faits, il ne siégera pas au panthéon. Les ténors de l’UDC et les hauts responsables syndicaux non plus. Toutefois, après les regrets, la marche en avant doit reprendre; même si elle sera d’abord celle d’un boiteux. 

    Jacques-Simon Eggly

  • Dissonances idéologiques contre la musique

    Genève offre parfois un curieux spectacle. Alors que d’autres grandes villes ont mis sur pied des lieux culturels concentrés et rayonnants, une opposition étrange se dresse contre le projet d’une Cité de la musique. Relevons au passage que la votation sur le sujet est municipale; ce qui empêche une grande partie des électeurs du canton de Genève n’habitant pas la ville de se prononcer. Cela relance une question de compétences: les grands objets culturels ne devraient-ils pas ressortir d’une compétence cantonale: OSR, Grand-théâtre...

    Enfin, espérons que les électeurs de la ville vont approuver ce projet. N’insistons pas sur les détails , tant les explications ont été données, notamment dans le texte accompagnant les bulletins de vote. Relevons que la concentration en un lieu attirant et fonctionnel, d’aménagements et de locaux accueillant particulièrement la Haute école du musique et l’Orchestre de la Suisse romande sera une opération logique, fructueuse pour les artistes; une belle amélioration du cadre  pédagogique. On parle de démolition d’une maison non classée sur un terrain appartenant à l’ONU. Si le projet est refusé, l’ONU reprendra la maîtrise de son terrain, démolira et construira sans doute un immeuble. L’opposition de nature écologique a, ici,  une argumentation très faible.

    Certains regrettent que le support à la  musique classique soit privilégié par rapport à une musique plus contemporaine, voire expérimentale. Or, le projet lui fait une part, pour autant que l’on soit dans une expression de professionnalisme. En effet tout est tendu vers un but d’excellence . Et c’est bien en regard d’une offre rationnelle et stimulante favorisant cette recherche d’excellence que des fondations privées et des particuliers se sont engagés à fond. Ils ont à cœur le rayonnement culturel de Genève.

    Et c’est ici que nous voulons en venir. Beaudelaire parlait de la bêtise au front de taureau. C’est à quoi mène le sectarisme idéologique. Au lieu d’être  reconnaissants pour cet engagement privé, des opposants, mus bien davantage par une jalousie agressive que par une envie de servir l’intérêt général, estiment que de telles réalisations devraient être entièrement le fait de la puissance publique et que les mécènes et autre fondations à idéal culturel, suspects d’instincts dominateurs,  devraient être mis à l’écart. L’apport de ces porteurs de richesse serait impur. En revanche , bien sûr, que ces mêmes impurs participent à la prospérité économique et financière de notre collectivité, en  contribuant de manière décisive  aux rentrées fiscales: voilà qui leur semble être presque une punition équitable. Oui, vraiment, cet argument d’une certaine opposition est consternant. Il relève d’une idéologie étroitement étatiste, d’un sectarisme borné, d’un inconscient de l’esprit charriant des effluves agressives.

    Et bien  non, ce n’est pas cela le meilleur de Genève. Comme le disait Calvin, en substance, la richesse bien acquise est estimable si elle se met au service du bien commun. La coopération entre secteur privé et puissance publique est l’expression d’une conscience partagée, d’une responsabilité commune, d’une évaluation, en partenaires, de ce qui peut être bon pour la Cité au sens large du terme. Genève dans sa tradition culturelle, Genève dans sa grande tradition musicale, Genève comme centre de vie internationale ne pourra que se réjouir d’une telle Cité de la musique, précisément aux portes de l’ONU. Les musiciens de notre grand orchestre, ceux qui viennent se former, les désireux de qualité musicale offerte dans de bonnes conditions, tous enfin ne pourront que se dire: mais oui, il fallait cela. Et que les frais de construction, d’aménagement du parc soient pris en charge par un financement privé: quelle chance et merci. Quant aux grognons en proie à leurs dissonance intimes et troubles, tant pis pour eux.

    Enfin, c’est ce qu’il faut espérer. Un refus du projet serait tellement regrettable. Puissent les porteurs du oui voter en nombre.

    Jacques-Simon Eggly

  • La terre sainte en enfer

    Il arrive, devant les événements du monde, que l’on ait presque envie de pleurer. Ainsi devant ce que se passe en terre de Palestine, à Jérusalem, à Gaza, dans plusieurs villes d’Israël. Oh, que le poids de l’histoire et son lot de problèmes non résolus amènent de drames humains!

    Oui, le poids de l’histoire. Ben Gourions l’avait dit. La revendication de deux peuples sur une même terre ne peut que déboucher sur des affrontements. Avant de condamner les autorités israéliennes, prenons acte du fait que le Hamas envoie des missiles meurtriers de Gaza et qu’il persiste , dans une intransigeance idéologique, à ne pas reconnaître l’Etat d’Israël. Il y a du fanatisme et du terrorisme indéniables de ce côté là. Ne pas le reconnaître serait aussi injuste que disqualifiant une critique unilatérale d’Israël.

    Mais, évidemment, les Gouvernements successifs d’Israël, particulièrement l’actuel, font ou soutiennent des actes inadmissibles, contraires au Droit international et aux droits de l’homme. Il est tout de même incroyable que des Palestiniens puissent être expulsés de leurs maisons à Jérusalem- est,  afin de laisser la place à des Israéliens. Il est incroyable que l’on puisse entendre des Juifs dire, comme une évidence, qu’il étaient là avant les Arabes, il y a plus de deux mille ans, et que la présence de ces Arabes dans leurs maisons depuis plusieurs générations n’a aucune valeur. 

    De manière générale, la grande faute fut de ne pas avoir avoir voulu et préparé une paix juste après la belle victoire de 1967. Le fait qu’Israël ait combattu pour sa survie et sa sécurité justifiait sa guerre et on pouvait applaudir son succès. Mais, le fait que, depuis lors, quelque 600.000 colons se soient installés en territoire conquis et occupé, sans compter le grignotage à Jérusalem- est: voilà qui est plus qu’une action contraire au Droit international; c’est une faute politique majeure dont les événements actuels sont une des conséquences. Car, depuis l’époque de la guerre, Israël a été reconnu par maints états arabes. Aucune coalition ne se profile à l’horizon pour le détruire. Il a toute sa place, avec ses points d’excellence impressionnants, sur la scène internationale. Simplement, il faudrait, dans cette région, une coexistence en paix et en collaboration de deux Etats, avec un arrangement équitable sur Jérusalem trois fois ville sainte. Or, par une suite de faits accomplis injustifiables, les autorités israéliennes ont rendu et rendent de plus en plus cette solution très difficile. Comment ne pas y voir une volonté délibérée de la rendre impossible. Dès lors, le résultat, c’est que la colère gagne non seulement les Palestiniens de la Cisjordanie occupée et de Gaza mais aussi, —et c’est nouveau,— les Arabes-citoyens israéliens.

    On aimerait un Etat d’Israël que l’on puisse admirer. Tout Européen, même suisse, ne saurait oublier les monstruosités abominables ayant découlé de l’antisémitisme. L’existence d’Israël est une belle chose. Pourquoi et comment les autorités israéliennes ont-elles réussi à en ternir l’image? Aux yeux de nombreux Juifs, aussi d’ailleurs, de là- bas et du monde. Est-il encore possible, avec l’Amérique de Biden, que la communauté internationale, en faisant la part des choses et en condamnant le terrorisme du Hamas, puisse lancer un processus conduisant à une paix juste avec deux Etats se respectant? A défaut , Jérusalem, la trois ville sainte, deviendra pour longtemps la ville où Satan jubilera devant la bêtise mortelle des hommes.

    Jacques-Simon Eggly

  • Napoléon et nous

    Lu plusieurs articles bien pensés et bien exprimés à l’occasion de la commémoration de la mort de Napoléon. Et, n’en déplaise aux détracteurs du Président, Emmanuel Macron a une nouvelle fois prononcé un discours remarquable de justesse, dans le forme et sur le fond.

    Nous, Suisses, aurions tort de ne voir en Napoléon qu’un tyran. En 1798, la Confédération de l’Ancien régime était à bout de souffle, ayant été incapable de se rénover. Le Directoire français, appelé d’ailleurs par des révolutionnaires suisses , n’avait eu aucune peine à envahir la Suisse et à lui imposer un régime centralisé copié sur le sien: la République helvétique . Quatre ans plus tard, ce fut l‘intelligence de Bonaparte, encore premier Consul, de comprendre qu’un tel régime était impossible dans une Suisse vivant historiquement et réellement de ses cantons Avec son Acte de médiation, il créa une Confédération de dix-neuf cantons ,—au lieu de treize. Vaud, Argovie, Thurgovie, St-Gall, les Grisons, le Tessin devinrent des cantons à part entière. Certes, la Suisse devenait un pays satellite de la France, mais tout n’était pas négatif.

    Ah oui, Genève annexée en 1798, devint encore plus ville française avec Napoléon; qui confirma pour Neuchâtel et annexa le Valais. Mais, À Genèver non plus, le patriarcat n’avait pas su évoluer. Et d’illustres personnalités, telle le futur Général Dufour, ne se trouvèrent pas si mal sous le joug de l’Empereur. Alors, quand on fête , à Genève, le départ des troupes françaises, fin 1813, ce n’est pas un hasard si nos vieux grenadiers de toutes les célébrations ont un furieux air de grognards de l’Empereur.

    En fait, si l’on veut bien replacer le personnage dans son époque, on doit reconnaître qu’il a réussi d’abord une conjonction entre l’héritage de la Révolution et un retour à l’ordre, à la paix civile.  En 1799, le retour sur le vieux trône du frère de Louis xv1 n’était guère pensable. L’idée d’un ordre européen nouveau, avec  des nations libérées des anciens régimes,  faisait tressaillir toute l’Europe. Goethe, Beethoven et d’autres applaudirent durant un moment le grand libérateur. Hélas, cette conscience d’être à un noeud historique fut submergée chez lui pas l’ivresse du pouvoir et de la conquête. A une Europe des nations sur pied d’égalité, il préféra une Europe à domination française . Sa nouvelle dynastie aurait pu irriguer durablement le continent. Il en fit un repoussoir et l’aventure ne dura que quinze ans, provoquant une coalition réconfortant pour longtemps les anciens régimes. Des réalisations durables lui sont pourtant imputables. La France vit toujours de sa réorganisation. Mais, comme Jean d’Ormesson, on a le droit de préférer le premier Consul à l’Empereur.

    Cela étant, le Président Macron a raison de dire que de vouloir éliminer de la mémoire une figure, des événements qui heurtent en partie les sentiments d’aujourd’hui est un grave contre sens. On doit connaître son histoire et ses figures marquantes. On doit la remettre et les remettre dans les contextes des époques considérées. On doit assumer l’héritage, avec esprit critique, certes, mais en s’éloignant d’une critique purement idéologique qui condamnerait tout en n’expliquant rien. Cela vaut même dans les exemples extrêmes, comme le Nazisme ou le Stalinisme. La condamnation , dans ces cas, doit être absolue mais intelligente; comment cela a-t-il été possible, pourquoi, dans quel contexte, après quelles erreurs des régimes précédents?

    Pour en revenir à l’évocation de Napoléon, qui n’était ni Hitler ni Staline, on ferait bien de réfléchir. Châteaubriand et Tocqueville étaient des conservateurs qui pensaient qu’un avenir devait se construire sur une continuité, une stabilité, mais sachant s’adapter. Châteaubriand fut désespéré par Charles x, Tocqueville par Louis-Philippe. Et Louis xvi, mal influencé par sa femme, qui ne comprit rien avant de mourir avec un grand courage, aurait peut être créé une monarchie constitutionnelle à l’anglaise s’il avait écouté Mirabaud. Avec des si... La France ne connait guère le mot adaptation. On passe de Louis XIX à Robespierre , puis  à Napoléon; de la quatrième république temple de l’instabilité à la République présidentielle  sans cesse contestée dans la rue. Alors, osons une conclusion. Si l’avenir le meilleur était le mieux construit par des conservateurs sachant guider les adaptations en temps voulu. Ah, si Bonaparte avait résisté au désir fou de devenir Napoléon le grand! L’Europe aurait peut être suivi un autre chemin.                                                                                                                                   

    Jacques-Simon Eggly

  • Maillard joue avec le feu

    Dans La Tribune de Genève du mercredi 14 avril, Pierre-Yves Maillard s’exprime au sujet du projet d’Accord cadre avec l’Union européenne. Avec l’allié objectif qu’est une Droite souverainiste, il s’apprête à en être l’un des fossoyeurs de ce projet; sous évidemment de bonnes raisons à ses yeux. L’audience de cette forte personnalité qu’est le Président de l’Union syndicale suisse est grande. La position du syndicat national qu’il dirige a et aura un fort impact.


    Ses raisons de refuser le projet d’Accord général, on les connait. Il ne veut pas que la Suisse doive reprendre le droit actuel et futur de l’UE sur la protection des salaires et le rôle de l’Etat. Avec d’autres accents, Christoph Blocher ne dit pas vraiment autre chose. Comme si, au cours de l’application des Accords bilatéraux, la Suisse n’avait pas cessé de reprendre le Droit communautaire dans son développement. Et cela dans son intérêt. Comme le souligne très bien le professeur Thomas Cottier (çf-le Temps du 14 avril) on s’enfonce dans les malentendus et l’on instruit de faux procès contre l’UE. Celle-ci a fait des concessions substantielles dans le projet d’Accord-cadre. Elle accepte notamment une Cour arbitrale paritaire traitant de litiges éventuels au sujet d’une application de l’Accord. Mesure-t-on l’ampleur du geste qui serait ainsi consenti par un ensemble de vingt-sept pays à l’égard du pays tiers qu’est la Suisse? Ce genre d’arbitrage pourrait concerner la question des salaires légitimement chère à Pierre-Yves Maillard.


    Le risque de braquer l’UE, n’en pouvant plus des complications et des blocages helvétiques, est réel. Le syndicaliste le minimise. <On verra, dit il> , comme un joueur de poker. Lui ne pense pas que nos grands voisins, qui ont besoin des échanges importants avec la Suisse, se braqueront et nous mettront en position défavorable. Il nous voit continuer avec bonheur au fil d’Accords bilatéraux, au coup par coup et sans danger pour les acquis. Cette idée, lourde d’un risque d’illusion, se répand dans la population. Le Conseil fédéral , pas unanime hélas sur le dossier, a manifestement peur du peuple, et d’un rejet de l’Accord cadre comme celui de l’EEE en 1992. Le Gouvernement s’est réfugié dans l’attentisme, comme s’il ne savait plus à quel saint se vouer. Ignazio Cassis est invisible et il est tout sauf un leader capable de connecter politique étrangère et politique intérieure.

    Nous pensons que des erreurs graves d’appréciation de la situation ont d’ores et déjà été commises. Pour des raisons compréhensibles Bruxelles ressent le besoin d’un cadre juridique, diplomatique dans lequel placer le processus des relations avec le pays tiers qu’est la Suisse. Dans son intérêt, et si elle veut rester une accompagnatrice  favorisée sur le cheminement européen, la Suisse doit regarder les réalités en face. Dans ce genre de rendez- vous , un gouvernement et des partenaires sociaux à la hauteur doivent, bien sûr , défendre solidement leurs points de vue. C’est normal. Mais, à un moment donné, ils doivent aussi mettre les éléments d’appréciation en balance, comprendre la position et les limites d’ouverture de l’interlocuteur. Ils seraient très imprudents de jeter le bébé avec l’eau du bain. Une tension durable avec l’UE, c’est un risque de remise en cause des accords acquis essentiels; et de difficultés à se brancher sur des coordinations futures. C’est un risque pour nos industries, notre secteur financier, notre recherche, nos universités , nos banques, notre agriculture etc...

    Que le Conseil fédéral essaye encore d’obtenir des explications, des assouplissements, par exemple sur les salaires des travailleurs détachés, soit! Mais, que sous pressions  et par peur du peuple il enterre ce projet d’Accord-cadre, voilà qui sera une bien mauvaise défense des intérêts de notre pays. Avec le recul, on dira même, peut être d’un Pierre-Yves Maillard qu’il aura égaré les travailleurs suisses qu’il voulait défendre. Est-il encore temps d’une lucidité courageuse?