Le Temps passe...

  • Exercer la raison

    Dans la vie des peuples comme dans celle de chacun, il y a un champs vaste laissé à l’émotion. Les dirigeants des régimes totalitaire l’ont toujours bien compris. Ils ont su exploiter cette émotivité collective qui peut faire entrer chacun dans une dynamique de masse. Hitler disait clairement s’adresser aux masses qu’il voulait exalter. La personne individuelle n’avait pas de valeur. Le fameux congrès nazi de Nuremberg est un chef d’œuvre du genre. Goebbels a été un artiste et un technicien de la propagande mobilisatrice. Les exemples analogues tirés de l’histoire foisonnent. Les exemples d’aujourd’hui, parfois moins spectaculaires, démontrent un savoir faire en la matière.


    On dira que, pour une démocratie dite libérale, ces dérives appartiennent à un monde étranger. Certes, le danger n’est en rien comparable. Toutefois, en démocratie, le risque est réel que la raison soit submergée par l’émotion . Bien sûr, il y a toute une construction institutionnelle avec des pouvoirs limités et des contre pouvoirs. En Suisse, au sommet ou à la base—-comme on veut—de cet édifice, il y a le peuple souverain. Notre démocratie semi-directe est une réussite particulière et historique. Cependant , un bon fonctionnement postule quelques exemplarités. Évoquons en quelques-unes. Un Gouvernement représentatif de la diversité fédéraliste et politique ; mais qui a la force d’éclairer le chemin à suivre. Un Parlement qui joue son rôle de représentation de l’électorat, qui débat publiquement ; mais qui sait, à la fin, entraîner le pays vers les décisions nécessaires. Une justice fédérale et cantonale qui donne confiance dans l’Etat de droit. Et puis, naturellement, le Peuple : informé et influencé par les partis, les partenaires sociaux, les grands groupes d’influence, les associations de toutes sortes et les médias. A chaque échelon, au-delà de la défense de points de vue et d’intérêts légitimes, la tentation de jouer sur l’émotion est présente. Prenons les médias. Quiconque a pratiqué le journalisme dira que c’est un beau et noble métier : appelant une capacité de compréhension, de curiosité et un talent d’expression. Mais tout journaliste qui résiste à la griserie de tenir un pouvoir, à la prétention et à l’excitation d’être un petit puissant conviendra que ce métier demande une grande conscience de son devoir et de sa responsabilité. Si un journalisme d’enquête, d’investigation est précieux pour la démocratie, il n’assume son rôle bénéfique que s’il se plie au devoir d’objectivité, de mesure, de mise en place dans le contexte d’une relation de faits. A cette condition, le journalisme est civique, il aide la personne à laquelle il s’adresse à réfléchir, en même temps qu’il l’informe. Ce journalisme de qualité est un stimulant pour la raison et non pas un excitant émotionnel.


    Il ne s’agit évidemment pas d’un appel au conformisme, comme si tous les acteurs évoqués de la vie du pays devaient penser et dire finalement la même chose. Surtout pas. L’information et le débat incluent La critique. Mais c’est une question de maitrise, de conscience civique qui, dans la diversité, sauvegarde l’équilibre général . C’est ainsi que peuvent se dégager les corrections, les visions, les décisions, les réformes progressives nécessaires. Il n’est que de se brancher sur l’actualité. On dira que l’après virus devrait nous ramener à ces principes fondamentaux. Beaucoup de commentaires ont été faits sur le besoin de réajuster la mondialisation économique sans jeter le bébé avec l’eau du bain ; sur un resserrement souhaitable de secteurs industriels stratégiques. Et puis, que d’orientations à mieux définir ! Dans le domaine énergétique, pour la protection écologique. Et cela sans mettre en péril les bienfaits d’une économie libérale ouverte. En privilégiant le meilleur du multilatéralisme, en rejetant tout nationalisme étroit, étouffant. Ce n’est pas simple. Il faudra beaucoup de discussions démocratiques, parfois vives. On a besoin d’une confrontation des opinions aboutissant à des décisions équilibrées ; pas de simplifications et d’une choc de slogans visant l’émotionnel.


    A la fin, une démocratie solide, efficace, évitant les dérives et préparant l’avenir sera celle qui s’adressera à la raison, à la réflexion, à la responsabilité du citoyen. On n’exluera jamais la part d’émotivité inhérente à l’homme et à une société ; mais le contrôle doit rester à la raison de chacun et de tous. La substance de la démocratie est liée à son exercice. N’est-ce pas aussi intéressant qu’honorable ?

  • Au nom du progrès

    C’est le titre d’un documentaire qui a passé dimanche dernier sur RTS2. Impressionnant et troublant.On apprend, par exemple, que des préoccupations écologiques avaient cours bien avant notre époque. Ainsi, l’extraction du charbon a été, en partie, choisie afin d’éviter l’utilisation intensive du bois, soit une déforestation provoquant de gros problèmes. Et voilà une accélération énorme de la pollution. Mais le charbon, trop dépendant du travail et des humeurs de la main d’œuvre, a été supplanté par le forage pétrolier , source de fortunes colossales pour des sociétés capitalistes et pour des pays sortis soudain du désert. Et puis l’agriculture. Le passage à une agriculture intensive, hautement mécanisée, avec recours massif aux pesticides a permis des rendements extraordinaires. Des préoccupations humanitaires n’étaient pas absentes de ce choix. Toutefois, cette exploitation intensive à grande échelle a laissé de côté des régions entières et appauvri la biodiversité. On l’a vu en Afrique mais aussi, spectaculairement, en Inde. C’est tout un équilibre socio- économique de petites exploitations assurant une subsistance locale qui a été remis en cause.

    Continuons cette revue. Il y a ce mélange trouble entre les développements scientifiques, industriels et financiers en temps de guerre, et leurs prolongements une fois revenu le temps de paix. La chimie allemande a inventé les chambres à gaz, puis elle a stimulé de nombreuses applications bénéfiques. Il y a enfin, cette prodigieuse utilisation de l’énergie atomique et les débuts de l’exploration du cosmos dans une ambiance de guerre froide. Simultanément, ,—les Etats-Unis donnant le rythme—, on a vu la formidable augmentation de la consommation dans la vie quotidienne. L’homme jouissant de plus en plus de l’énergie domestiquée. Cette explosion de la consommation a évidemment été encadrée et dirigée par les grands groupes d’intérêts, ce qui a fait manquer des rendez-vous qui eussent pu être décisifs. Sait-on, qu’aux Etats-Unis, les tramways électriques ont été acculés à la faillite pour laisser place aux véhicules privés et publics à essence. Sait-on que le Président Carter, dont on a sous-estimé la valeur, avait osé préconiser une consommation moins effrennée, plus sobre et un transfert progressif vers les énergies propres, notamment le solaire. Après sa défaite à la présidentielle, cette idée de meilleure orientation des choses a explosé en plein vol. Et dire qu’on y revient aujourd’hui !


    Bref, ce document multiplie des exemples et des analyses. On y trouve le positif et le négatif inextricablement mêlés. Surtout, on regarde, comme dans un film, la capacité de l’homme à pousser toujours davantage son élan, sa maîtrise des éléments, mais sans avoir une vue d’ensemble, un souci de mettre en balance . —et en anticipant—, les effets bénéfiques et les effets pervers. Bien des personnalités lancent des cris d’alarme. L’homme grandit, et se multiplie, sur une planète qu’il domine, mais qu’il appauvrit et dont il détruit des équilibres peut être vitaux ; peut être jusqu’à compromettre sa propre pérennité, si l’on admet que l’espèce humaine , sans doute parvenue au sommet du vivant, n’en est pas moins liée à toute la panoplie de ce vivant.

     

    Voilà pour un constat. Qu’en est-il des chances d’un redressement ? Osons une réflexion toute personnelle. L’histoire montre que les régimes autoritaires, propulsés par l’obsession de domination, s’enferment finalement dans le couloir étroit de leurs idéologies. Hitler, Mao, Staline et tous les autres. On peut se demander si la Chine, qui stupéfie le monde par son accession au premier cercle des puissants, n’implosera pas un jour ou l’autre. Trop de gens regardent ce pays inquiétant comme Mowgli hypnotisé par le boa de la jungle. Mais, les acteurs de nos démocraties occidentales n’ont-ils pas été souvent défaillants ? Tocqueville déjà, au milieu du dix-neuvième siècle, s’inquiétait du fonctionnement politique, économique et sociétal dans la jeune démocratie américaine. Même en Suisse, avons -nous toujours eu un Gouvernement suffisamment solide pour éclairer le chemin et y entraîner les forces vives du pays ? Question semblable à l’adresse du Parlement, des partis, des grands acteurs économiques, financiers, syndicaux, intellectuels, scientifiques du pays. Ajoutons toutes les associations qui constituent une part du tissus sociétal.


    Pourtant, seules les démocraties ont les composantes nécessaires à la recherche des équilibres. Alors, osons une espérance trempée dans un pari de relatif optimisme. Imaginons , qu’en ce siècle, une conscience collective et individuelle se développe plus et mieux. La Suisse a pour cela de bons instruments. Imaginons des gouvernants aux yeux ouverts, regardant loin et des deux côtés, capables d’ouvrir des voies, d’appeler à une cohhésion sociale, à des concordances sur les grands enjeux bien définis (économiques, écologiques, sociaux, scientifiques, politiques, humains…). Imaginons, qu’autour des centres de décision institutionnels, se vivifie un libéralisme responsable, et qu’une habitude de participation aux réflexions et aux décisions se fortifie ; chaque acteur portant à la fois la défense des intérêts qu’il représente et la volonté de concourir à l’intérêt général dans une dynamique de concertation. Du sommet de l’échelle jusqu’à la base, mais aussi en sens inverse, se renforcerait une démocratie de participation à réinventer un peu, évitant le mouvement mécanique et construisant des avancées de lucidité et d’équilibres. Ah oui, imaginons !


    Utopie, vœux pieux que tout cela ? Peut être. Mais l’histoire démontre que le progrès en droite ligne n’existe pas. Toute avancée a ses risques d’effets pervers. Toute performance peut avoir bousculé des rendez-vous, du coup manqués. Aujourd’hui, plus qu’hier, et dans le cadre ouvert qu’offrent les démocraties, on a de quoi prendre conscience de cette réalité : il n’y a pas de progrès avec une majuscule. Seule une perception large des enjeux, soupesant le positif et le négatif, peut nourrir une participation dessinant un avenir raisonnable. Si une telle évolution des esprits et des actions est possible, ce sera dans le cadre de nos démocratie et sous leur impulsion dans l’ensemble du monde. Il ne saurait y avoir de gouvernance mondiale, mais on peut souhaiter des convergences de lucidité et de responsabilité à une dimension mondiale. L’Athènes antique, avant de sombrer dans ses travers, avait inventé sa démocratie limitée. Un exemple à méditer. Alors oui, osons le pari de la confiance. Que, de nos démocraties, se lève une meilleure conscience de l’homme pour assumer sa vocation de gardien du royaume d’ici bas et de ses équilibres subtils.

  • Après le virus

    En politique, il faut choisir ce que l’on préfère : des continuités aveugles, des évolutions contrôlées, des révolutions radicales. C’est un peu caricatural , d’accord. Mais il y a un peu de cela. Souvent, au fil de l’histoire, des régimes, des pays pris au piège de l’immobilisme, s’enfonçant dans des continuités rigides et sans issues sont allés vers le mur : et souvent, ce dernier explose, ouvre la voie à l’illusion du meilleur, tirant à elle le pire. Cette réflexion générale seulement afin de nous interroger sur ce qui pourrait être l’après coronavirus.

    Reprendre complètement le cours des choses tel qu’il se déroulait avant ? Ce serait plus que dommage, peu responsable. Imaginer que tout changera de fond en comble, que l’économie mondialisée sera morte, que notre nouvelle manière de vivre enchantera les mânes de Jean-Jacques Rousseau ? Voilà qui n’a aucune crédibilité et qui, d’ailleurs, entraînerait une catastrophe sociale. Alors quoi ? Eh bien, dans le meilleur des cas, il s’agira d’inflexions parfois fortes, de réajustements, de rééquilibres, de comportements collectifs et individuels plus conscients des grands enjeux.


    Relevons quelques pistes. La mondialisation et le libéralisme d’ouverture des fontières ont eu beaucoup de retombées positives. Le virus n’est pas l’ange exterminateur d’un Tout puissant punitif. Ce n’est pas le mythe du déluge. Ce virus est une saleté, issu peut être, à l’origine, d’un manque crasse d’hygiène dans une province chinoise ; à moins qu’il faille croire à cette rumeur d’une fuite dans un laboratoire sis dans la même province. Il semblerait, qu’en Chine, cette affaire ait donné un coup d’accélérateur à des efforts d’éducation pour davantage d’hygiène et une relation nutritive plus saine avec certains animaux. A suivre. Mais, pour nous en Europe, il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain en proclamant la mort de la mondialisation économique et celle du libéralisme d’ouverture. Il s’agit d’en repenser les termes. Est-il normal que, pour des raisons de coûts de production, nos pays européens en soient arrivés à dépendre tellement de fabrications faites en Chine ? A lévidence non. Une logique économique de rentabilité maximale a sacrifié des exigences stratégiques de sécurité et d’autonomie. Que nos hôpitaux européens, pris soudain à la gorge, aient dû, par différents canaux, importer de Chine des quantités considérables de masques, voilà un fait qui sera jugé sévérement par les historiens. Il faudrait parler aussi de tous ces éléments essentiels à notre modernité qui viennent d’Asie : on pense aux batteries pour les voitures électriques, aux puces de nos instruments de connunication, à l’emprise sur le numérique. L’Europe ne peut pas se laisser glissser dans une situation cachée de colonie, perdant gravement sa marge de manœuvre et son indépendance économique ; perdant les pouvoirs de décision en matière industrielle et financière. Le risque est réel. Autrement dit, sans tomber dans un protectionnisme destructeur de croissance, en gardant des échanges ouverts avec le monde, mais dans des équilibres de réciprocité, il y a les priorités stratégiques à rétablir. La politique de sécurité n’est pas que militaire. Elle est économique, sanitaire, identitaire. Elle est énergétique mais aussi écologique.

    Oui, l’écologie, précisément. Lorsque les écologistes réclament des changements brutaux et parlent de décroissance, ils font bon marché des effets économiques et sociaux qu’aurait un coup de barre irréfléchi. Sur ce point, la Gauche socialiste plus classique et une Droite connectée à l’économie ont une plus grande conscience des enjeux. En revanche, une majorité politique devrait déplacer le curseur afin que l’on passe d’une vision du court terme à une vision dirigée sur le long terme. Progressivement, il faut que les investissements privés et publics augmentent pour les énergies renouvelables, qu’une indépendance industrielles et financière suffisante soit assurée. Cette vision à long terme n’implique pas seulement le monde politique mais aussi les chercheurs, les entrepreneurs, les financiers et, finalement, l’ensemble de la population qui peut s’exprimer démocratiquement .


    Il y a aussi une autre exigence : le partage et l’éthique. En fait, et contrairement à ce que l’on entend souvent, ces notions sont à la source du vrai libéralisme philosophique, avec celle de La Liberté responsable. Il ne peut y avoir de sécurité, d’évolution maîtrisée sans des équilibres stabilisateurs. Un meilleur partage des richesses dans le monde, des investissements et des échanges plus justes avec des régions fragiles : c’est de la sécurité pour tous. Pensons au redoutable problème de la migration économique. Sans parler, bien sûr d’une sécurité collective pour la paix, qui était le rêve lors de la création de l’ONU. Hélas…Cela dit, l’idée de l’éthique en économie et en finance semble faire son chemin. Qu’elle le creuse toujours plus dans les années qui viennent !


    Enfin, il y a l’homme. Le confinement aura mis chacun de nous un peu plus face à lui-même ; non sans risque, d’ailleurs. Il aura offert une possibilité temporelle et géographique d’approfondissement intérieur ; peut-être quelquefois d’élévation au dessus du mouvement mécanique incessant de nos existences. Ce sale virus détestable, qui fait des victimes et met des personnes dans la difficulté, nous rappelle évidemment notre condition de mortels. La conscience de notre fragilité peut nous relier mieux au mouvement de la création qui va sans cesse de la mort à la naissance ; nous relier mieux à un souffle créateur cosmique, mais soulevant aussi, au creux de nos intimités, le mystère de nos âmes. Cette perception du non définissable peut nous aider à mieux définir les grandes questions et le sens de nos vies.

  • Des libres et responsables

    L’esaiyste français Pascal Bruckner a poussé ce qu’on appelle un coup de gueule. Il s’est insurgé contre un projet gouvernemental d’exclure les ainés du déconfinement envisagé. Le Président Macron semblerait avoir entendu monter la protestation. Il renoncerait à cette discrimination. En Suisse, il n’y a pas eu d’obligation en ce sens, mais le discours insistant s’adressant aux plus de soixante-cinq ans a été et demeure une invitation pressante à se confiner chez eux ; et cela pour encore un bon bout de temps. Et quelle insistance ! C’est revenu à presque chaque conférence de presse du Conseil fédéral. On ressent le besoin, ici aussi, de s’écrier : assez ! Assez de cette idée de mise à l’écart, fût-ce dans les meilleures intentions. Si déconfinement il y a , il doit être au bénéfice de toute la population.

    Il est vrai qu’il y avait un argument fort pour demander aux aînés de se calfeutrer chez eux ; celui du risque qu’ils surchargent les hôpitaux, particulièrement les service de soins intensifs. On sait que les plus âgés (mais aussi, par exemple, les trop gros) Courent plus de danger d’avoir des effets sévères, graves, mortels du virus. Oui, donc, un risque d’engorgement des hôpitaux, de manque du matériel nécessaire, d’accroissement du stress pour un personnel médical surmené. Mais s’il se confirme que ce risque d’engorgement, de rupture s’éloigne de plus en plus, on aura toutes les raisons d’en revenir au principe essentiel de non discrimination.


    Et tout d’abord, quand devient-on vieux ? Il ne s’agit pas de nier l’horloge biologique. Toutefois, la réponse est très individuelle. Si telle personne est usée et vulnérable dès la soixantaine, telle autre sera en forme et encore robuste à quatre-vingt ans. Il faut donc insister sur une recommandation générale quant à l’hygiène de vie, quant à l’utilité de veiller sur sa santé. Au temps où l’on retrouvera une normalité relative, sortons donc des catégories fixées en chiffres. La normalité, c’est que chacun, dans ses mouvements, soit libre et responsable. Oui, une personne dite âgée est invitée à prendre la mesure de son état physique et à y adapter son quotidien ; mais en étant partie prenante de la société. D’ailleurs, ce principe de non discrimination en regard de l’âge et de responsabilité individuelle est d’autant plus important qu’il y aura de plus en plus de personnes âgées. Certes, pour nombre d’entre elles, il arrive un moment où une dépendance protectrice s’impose. C’est l’un des devoirs et des défis redoutables qui se profilent à l’horizon de nos sociétés. Mais, tant que l’on a affaire à des gens indépendants, aptes à s’assumer eux-mêmes, on doit leur reconnaître cette liberté responsable qui est aussi leur dignité ; cela également en regard du risque de maladie et de mort.

    Dès lors que, d’une part, les hôpitaux ne seront plus saturés à cause du virus et que, d’autre part, il va falloir vivre plus ou moins avec lui peut être assez longtemps, faisons confiance à tous, jeunes et moins jeunes pour se déconfiner intelligemment, avec certaines précautions persistantes.

  • Être Chrétien autrement

    La semaine sainte. Vendredi saint. Dimanche de Pâques. On a peine à le croire , poursuivis que nous sommes par le virus né en Chine et longtemps honteusement caché par le régime. Mais on n’entend guère,—tout au moins à haute voix—, des gens nous dire que c’est un châtiment divin. La Bible est pleine de textes étranges. Job mis à l’épreuve. Noé qui reçoit la promesse que leSeigneur n’engloutira plus jamais les hommes. Et puis, ce Jésus qui serait, à la fois, le fils de l’homme et le fils unique de Dieu, donné et sacrifié pour la rémission des péchés passés, présents et à venir. Que de controverses théologiques, parfois sanglantes, sur le sujet. Ayons tout respect pour la foi littérale de nombreux Chrétiens, pour autant que cette foi soit tolérante envers les autres.


    En cette semaine sainte, osons poser une série de questions dérangeantes. Peut-on être Chrétien si on ne croit pas à la naissance divine de Jésus ? Peut-on être Chrétien si on ne croit pas à la résurrection proprement dite, charnelle de l’homme cloué sur La Croix. Peut-on être Chrétien si les miracles ne sont pas vus comme étant le résultat d’une force surnaturelle indépendante de la personne qui en bénéficie ? Diable, celui-là serait-il en plein reniement, en pleine hérésie ? En quoi celui qui raisonnerait ainsi serait-il encore concerné par la semaine sainte ?

     

    Alors, reprenons. D’après les récits, le cortège des apôtres n’était nullement représenté au pied de La Croix. Il n’était pas rassemblé en chantant des louanges devant le tombeau vide. Lorsque le récit nous dit que Jésus, ressuscité, chemine au côté de deux disciples, ils ne le reconnaissent pas, cet homme qu’ils connaissaient bien. Il a faillu le rite du pain pour que leur yeux s’ouvrent sur une présence. Avant de disparaître à tout jamais, dans sa forme déjà immatérielle, aux yeux des apôtres, Jésus leur dit, en substance, qu’ils le connaîtront et reconnaîtront mieux pour ce qu’il est vraiment, ce qu’il a apporté lorsqu’ils ne sera plus leur compagnon de route. Il était physiquement proche mais source de malentendus. Le voici introduit, comme une présence invisible, dans la personne de chacun. Présence invisible, ressentie comme réelle, reçue complètement dans le récit de Pentecôte. En somme, pourquoi ne pas concevoir Jésus comme un être yperspirituel , connecté à la dimension transcendantale, apportant un message d’amour, offrant une possibilité d’homme amélioré ? Et si cela suffisait pour interpréter cette notion floue de fils de Dieu ! Et si cela suffisait pour recevoir avec émotion l’indication que la mort n’est pas le néant, qu’il y a un mystère de prolongement, d’une forme de résurrection dont l’histoire de Jésus peut donner l’espérance. Les hommes d’église ont trop voulu définir ce prolongement. On peut se contenter du mystère. Quant aux miracles, on peut en accepter le récit en admettant qu’une force vitale peut être réveillée, soulever un malade : et que cette force peut même être stimulée par la ferveur de prières et d’intercession autour de lui. N’est-ce pas d’ailleurs dans ce sens que Jésus, d’après les récits, concevait ses miracles ? Autrement dit, le miracle pourrait s’apparenter à un mécanisme spirituel de résurrection intérieure.

    Le Christianisme, isssu, —ne l’oublions jamais— du Judaisme, est bien autre chose qu’une péripétie historique et une morale. Le risque a toujours été de rigidifier le message, au lieu de le laisser pénétrer en chacun dans l’acceptation du mystère ; sans le lester constamment de précisions dogmatiques humaines. Oui, on peut croire en un souffle créateur ayant mis en mouvement toutes choses, et que l’on peut appeler Dieu. Oui, on peut croire à la possibilité d’être relié, d’être en filiation intime avec cela ; comme l’a marqué le passage éphémère, mais au retentissement inouï d’un homme appelé Jésus. Il a incrané ce lien. Oui, on peut ressentir l’histoire de sa passion et l’idée de sa résurrection comme une démonstration que l’homme peut être conduit au pire , mais qu’une espérance existe ; même pour ce qui suit la mort visible et charnelle.


    Alors oui, même avec une interprétation aussi peu orthodoxe, on peut se dire Chrétien. Alors oui, Vendredi saint, Dimanche de Pâques et Pentecôte sont bien davantage que des étapes rituelles. Même en écoutant les paroles collées au texte et les interprétations littérales avec respect mais distance, on peut leur trouver un sens. Derrière les mots, il y a le souffle, le témoignage, l’indication d’un chemin, l’espérance. Bonnes Pâques !

  • Confinés en appel d’air

    Le mot est clair dans le dictionnaire. Être confiné, c’est être enfermé, chez soi dans le meilleur des cas. Le dictionnaire parle aussi d’un air non renouvelé Cela évoque une sensation d’étouffement. Actuellement, on imagine ce qu’il peut en être dans des locaux exigus : risques augmentés de tensions, d’affrontements domestiques, de violences. Il y a de la matière pour les psychologues et les psychiatres. D’ailleurs, certains expriment leurs craintes à ce sujet. On pense à cette phrase de Sartre dans sa pièce <huis clos> : l’enfer c’est les autres. Il faut dire que Sartre a été, certes, un philosophe et un écrivain, mais aussi un théoricien de l’engagement dans un cadre idéologique rigide de lutte des classes ; tout le contraire d’un Albert Camus. C’est une belle revanche que le premier soit quasiment tombé dans les oubliettes, avec sa redoutable Simone, tandis que le second, exemple d’humanisme, soit tellement présent dans nos cœurs et nos esprits.


    Mais revenons au confinement. Si l’on pense à des philosophes et à des écrivains , on constate que certains ont eu a bougeotte, qu’ils ont eu besoin de l’air du large pour stimuler leurs neurones, aiguiser leurs sensibilités. Un Joseph Kessel, un Blaise Cendrars sont illustratifs. D’autres ont été très sédentaires, laissant leur esprit , leur imagination s’envoler. Un Marcel Proust bien sûr, mais aussi, par exemple, un Jules Vernes. Chez les philosophes on a eu des voyageurs mais on sait qu’un Emmanuel kant a fait toute sa vie la même promenade circulaire autour de chez lui, à la même heure. Or, la pensée de ce bureaucrate des jambes s’est élevée aux plus hautes sphères de la réflexion philosophique. Jésus était un prédicateur en marche, mais nombre se ses fidèles serviteurs, au cours des siècles, l’ont adoré dans le confinement pieux des monastères. Bref, il n’y a pas de généralité. Le confinement peut conduire au rétrécissement du corps et de l’esprit. Il peut aussi, par une sorte de compensation, rassembler les forces dans une concentration dépassant le corps et sublimant l’esprit. Cela dépend du contexte et de sa propre nature.

    Dès lors, dans la situation actuelle, on souhaiterait que chacun puisse assumer , le temps qu’il faudra, les inconvénients parfois lourds (pensons au confinement dans un HLM) et tirer de lui-même (peut être en ouvrant la fenêtre à l’heure d’applaudir les soignants) un souffle qu’il ne se connaissait pas. Facile à dire et sans doute un peu théorique. Chacun de nous, dans cette situation, vit dans un contexte plus ou moins favorable. Chacun a son caractère, son humeur. Toutefois, en regard, précisément, de l’engagement impressionnant et à risque des soignants, on a envie de dire : que ceux qui le peuvent ouvrent aussi leurs fenêtres intérieures, pour un appel d’air vivifiant qui, lui, était resté jusqu’ici un peu confiné.

  • Confinés en appel d’air

  • Le rêve d’un homme amélioré

    Le pasteur Vincent Schmid a terminé son dernier blog sur le site TDG par une interrogation : <vers l’homme amélioré> ? Il pensait, bien sûr, à ce que nous deviendrons au sortir du combat sanitaire qui restreint tellement le courant habituel de nos existences quotidiennes. Cette interrogation nous renvoie aux évocations d’un transhumanisme vertigineux ; lequel rêve d’un homme augmenté, en durée et en capacités, grâce aux technologies médicales, aux manipulations sur les cellules vitales, aux prodiges de l’intelligence artificielle, aux ouvertures de la numérisation, à l’assistance de robots incroyablement performants… Or, soudain, voici une pandémie qui nargue notre fragilité humaine. Il y a comme un air connu ayant traversé toute l’histoire de notre espèce. D’un côté la soif et l’élan du pouvoir humain. Les grands textes religieux et les grands mythes en parlent. Cela finit plutôt mal. De l’autre côté, précisément, de terribles coups d’arrêt. Adam et Eve, Prométhée, la Tour de Babel…Plus prosaïquement, ces pandémies dévastatrices au cours des siècles, telle la peste ou le choléra, qui ont déstabilisé les sociétés de leurs temps. Ne parlons pas des destructions, des hécatombes dues à l’action des hommes les uns contre les autres.

    Devant ce qui nous advient en cette période, il faut savoir raison garder et ne pas nous transformer en prophètes de l’apocalypse. Même un croyant d’aujourd’hui peut difficilement voir en ce fléau viral la main punitive du Créateur. À cause de nos péchés et de notre démesure ? Ce genre d’interprétation ne passe plus la rampe. Malgré la prière du Pape, il attendra encore moins que ce Dieu ressenti par la foi chasse soudain le virus, de par un seul coup de sa baguette divine. On peut chercher une spiritualité sans croire à un Dieu à la fois vengeur et compatissant. D’ailleurs, en fait de grands textes, rappelons la promesse du Dieu de Noé après le déluge : plus jamais cela. Toutefois, dans une réception et une interprétation symbolique des textes sacrés, on trouve de quoi réfléchir et méditer. Qu’il s’agisse de sagesse grecque ou de prescriptions religieuses, il y a toujours un appel à retrouver les chemin des équilibres.

    L’auteur de ces lignes a été et demeure un Libéral convaincu, engagé. Pas question donc, ici, de nier l’apport décisif de l’économie libérale dans le développement économique et social ; cette économie dût elle être toujours accompagnée d’un cadre régulateur, à géométrie variable suivant les lieux, les nécessités et les oscillations politiques. Pas question non plus de nier les aspects positifs de la mondialisation. En tout cas, il faut écarter la tentation d’un protectionnisme nationaliste général, lequel serait très néfaste à la Suisse. Bon, mais cette remise en place ne doit pas effacer les points négatifs. Déséquilibres aux échelles internationale et nationales. Interconnexions créant des dépendances à risques multiples. Soyons précis. Que nos industries de toutes sortes soient devenues tellement dépendantes de la Chine, notamment, est-ce un succès pour nos économies européennes ? Même les batteries pour nos véhicules électriques d’avenir en dépendent. Pareil pour des éléments de nos branches phares, horlogère, textile, pharmaceutique, hôtelière…. N’en jetons plus. Pour combattre ce virus qu’ils ont caché longtemps et qu’ils ont diffusé, les Chinois viennent maintenant au secours des Italiens démunis de matériel. Un comble. Allons, avouons-le : nos industries ont cherché dans la mondialisation à diminuer les coûts de production, —ceux du travail particulièrement—. Le calcul fut de rentabilité. Au bénéfice de nos consommateurs, certes, mais en oubli de toute évaluation stratégique incluant les risques de crises. En fait, et sous divers aspects, n’avons -nous pas mis en danger notre indépendance ?


    Ici, il faut s’entendre. Ce n’est pas un appel à moins d’Europe mais au contraire à plus d’Europe. Ah, si celle-ci, incluant la Suisse, avait pu s’organiser, s’articuler mieux à tous égards, avant que ne se déploient tous azimuts, mécaniquement les tentacules de la mondialisation ! Avec la crise du climat, encore trop mal prise en compte, l’idée d’un certain retour, avec plus souvent une chaîne complète de production, au continental, au national, parfois au local ne serait-elle pas bonne à creuser ? Non pas tourner le dos à la qualité de dynamisme, d’interaction stimulante de la mondialisation ; mais en en pesant, mesurant les termes. Il y aura des pertes de marges bénéficiaires, des hausses de prix à la consommation, mais des gains de sécurité. Une vraie stabilité mondiale postule des partages, des échanges, des équilibres ; non pas des dépendances excessives et périlleuses à long terme. Il en va aussi d’une capacité de décision politique à préserver, plutôt que d’être pris dans des filets invisibles.

     

    Enfin, naturellement, cette crise virale interroge chacun de nous. Il y a matière à réflexion d’ordre philosophique, spirituel, écologique et tout simplement de bon sens souvent perdu. Le confinement ne va-t-il pas favoriser l’intériorité et, simultanément, la solidarité ? Ce sentiment de notre fragilité, redécouvrant notre finitude, ne va-il pas réanimer un peu une soif de meilleure clarté à donner à nos existences ? Ne soyons pas pompeux. On n’imagine pas une révolution culturelle. Mais si le virus maléfique pouvait malgré lui laisser dans son sillage une aspiration à un supplément d’âme, à une meilleure perception des choses qui comptent, à une volonté plus affirmée de maîtriser nos destins individuels et collectifs, à un plus grand besoin de trouver des équilibres humains, politiques, économiques et sociaux il y aurait dans ce vent mauvais un parfum de renouveau. En somme , plutôt que d’un homme augmenté , désaxé de lui-même et de la création, rêvons d’un homme amélioré, davantage en quête de sens.

  • Le drame des réfugiés et nous

    Le risque des échos et des images sur les drames humains est de stimuler un certain voyeurisme, alourdi d’une épaisse couche d’indifférence. Or, être indifférent au drame des réfugiés, actuellement éjectés par le Président turc Erdogan contre les barbelés protecteurs de la frontière grecque, serait rétrécir son cœur et son intelligence. On pense même, dans un coin de sa tête, à la politique suisse durant la deuxième guerre mondiale. <La barque est pleine> est une phrase dont, avec le recul, on n’est pas très fier. Seulement voici : une fois ému, attristé, on se doit aussi d’être lucide et honnête. Faudrait-il que à Grèce ouvre toutes grandes ses portes, et puis, en enfilade, que tous les pays européens fassent de même ? Imaginez que vous soyez grec, habitant d’une île déjà submergée. Etes- vous certain que vous ouvririez les bras ? Quant à l’Union européenne, elle est divisée. La Pologne, la Hongrie, la Bulgarie, pour ne citer qu’elles, ne veulent pas recevoir de régugiés qu’elles estiment inintégrables. La CDU d’Angel Merkel paie politiquement l’accueil massif et mal contrôlé de la vague de 2015. Non, ce n’est pas simple.


    L’histoire est pleine de ces problèmes, de ces crises résultant de fautes ou de mauvaises solutions politiques. On pense aux mauvais réglements issus de la première guerre mondiale. Plus récemment,il y a eu la gestion calamiteuses des événements en Libye, la désastreuse invasion de l’Irak, l’absence de toute vision et d’action concertée au début de la dérive en Syrie. Sans ces lacunes si lourdes de conséquences, on aurait peut être assuré une transition maîtrisée à Damas. On aurait peut être évité Daech, les bains de sang, les flux énormes de réfugiés désespérés. Mais avec des si… Bien sûr, l’offensive du régime de Damas, appuyé par la Russie, afin de récupérer les dernières terres qui lui échappent provoque une tragédie humaine. Demandons nous, cependant, quel régime, dans n’importe quel pays, n’essayerait pas de récupérer l’entier de son territoire. Quant à la Turquie, la question humanitaire est le cadet de ses soucis. Elle est obsédée par le risque, selon elle, d’une base arrière en Syrie pour les opposants, notamment kurdes, à son régime.


    Alors que faire ? Sans doute tendre vers une concertation efficace pour trouver une solution politique et de paix en Syrie. Le manque de vision et de cohérence à Washington d’une part, la faiblesse politique et militaire de l’Union européenne d’autre part sont des facteurs de paralysie. Vladimir Poutine, lui, poursuit une stratégie russe. Avant donc une solution politique encore hors d’atteinte, il y a l’exigence humanitaire.

    Peut être que la seule démarche immédiate possible serait celle-ci. Organiser , à la lisière des frontières grecques et turques, des camps de réfugiés supportables, sous l’égide du HCR, du CICR, de l’ONU peut être, avec le concours d’organisations humanitaires diverses. Il y faudra de très gros moyens financiers et logistiques. L’Union européenne devrait particulièrement s’engager, et la Suisse prendre toute sa part. Ainsi pourrait-on également déterminer ceux qui, sans espoir et raison d’un quelconque retour, devraient être admis comme réfugiés et répartis dans les différents pays européens ; et ceux qui pourraient éventuellement attendre afin de rentrer dans une Syrie pacifiée et en reconstruction. Illusions que ces propos ? Quelle solution proposez-vous ? Et en évitant les simplifications uniquement de bonne conscience qui crèent à leur tour des effets pervers. Oui, il faut de l’émotion, de la compassion, de l’action solidaire. Mais il faut aussi de la lucidité, une vision politique, une action équilibrée.

  • Prudence sans panique

    Allons, commençons par une observation qui soulèvera des critiques. Une fois de plus, le coronavirus vient de Chine. Et, n’en déplaise au respect dû à une si vielle civilisation, à une si grande puissance, ce n’est pas étonnant. On sait que l’hygiène personnelle et collective des Chinois n’est pas leur fort. On sait que leur manière de se nourrir, de nourrir leurs animaux en les mélangeant est inquiétante. Tout est acquis pour la profusion et la diffusion de sales ennemis. Ce n’est pas une raison pour boycotter la Chine. Ce serait d’ailleurs impossible. Elle est partout dans l’économie mondiale, y compris en Europe et en Suisse. Cela pourrait tout de même susciter une réflexion. Ne pourrions nous pas produire davantage sur sol européen, dans des conditions claires ; et revoir nos conditions d’importation .

    Cela étant, il y a des quoi être un peu choqué par les réflexes de certains qui glissent de la prudence nécessaire à un début d’angoisse et de panique. Des gens qui se ruent dans les pharmacies pour acheter des masques largement inutiles. Les mêmes ou d’autres qui accumulent des provisions, comme aux plus beaux jours de la guerre froide. C’est presque indécent.


    Encore une fois, une prudence adéquate est de mise. Les pécautions simples recommandées par l’Office fédéral sont bienvenues. Le Conseil fédéral a suspendu pour un temps les grands rassemblements. Bien. Mais souvenons-nous que la grippe saisonnière tue aussi, particulièrement des personnes vulnérables. Quant à celles atteintes chez nous par ce virus, elles sont en grande majorité bien en vie. Et voici la science. On devrait attendre bientôt d’Amérique un vaccin, que l’on aura trouvé grâce à la découverte de notre récent prix Nobel, Jacques Durochet, honoré avec ses collègues. Pas mal, non !

    Donc un peu de recul, de grâce, de discipline calme, individuelle et collective et foin de la panique. Le médecin cantonal genevois, à la Radio, s’en est un peu pris aux médias qui répètent en boucle les informations alarmantes, laissant à l’arrière plan une mise en place de tous les paramètres. La bien connue mécanique médiatique.


    Enfin, ce virus chinois nous rappelle que, de tout temps, l’humanité a subi des épidémies. On est mieux armé aujourd’hui. Mais cela nous rappelle aussi que l’espèce humaine, comme les autres espèces, n’a pas de garantie absolue sur sa santé et sa pérennité. Elle n’a aucun droit à l’immortalité terrestre. Cette conscience d’une fragilité de nature a de quoi susciter quelques méditations sur le sens de la vie. Un François Cheng, (tiens un Chinois de naissance) nous le dit si bien.

    Ne nous moquons pas du coronavirus qui fait des victimes, mais ne le laissons pas être un virus qui altérerait nos esprits.