Le Temps passe...

  • Affaire Maudet -suite

    Affaire Maudet suite

    Au moins , nous avions apprécié les choses avec plus de réalisme que d’autres. Quand l’affaire Maudet a éclaté, au sujet du voyage inopportun, , nous avions écrit, ici même, que la charge médiatique contre lui était démesurée, sentait l’acharnement et l’excitation journalistique; alors que l’erreur commise avec ce voyage n’était vraiment pas pendable. On pourrait en dire un peu autant d’un excès de zèle du Ministère public. Qu’en appel, sur cette affaire, Pierre Maudet soit acquitté ne nous étonne pas. La justice, ici, a su raison garder. Pierre Maudet n’est pas un délinquant. Tant mieux pour lui que cette accusation soit écartée.


    Mais, pour nous, l’affaire Maudet relevait de l’éthique politique. Et c’est pourquoi, ensuite, nous avons souhaité sa démission. Afin de se débarrasser rapidement de cette histoire, le magistrat s’est enfoncé dans une suite de mensonges: à ses collègues, à la direction de son parti, à tout le monde. Or, l’équilibre politique et la substance démocratique sont basés sur la confiance. Cette confiance a été rompue. Nous ne pouvions pas suivre et nous ne pouvons toujours pas suivre ceux qui ont minimisé cet aspect et qui ont estimé que tant ses collègues que son parti n’auraient pas dû chercher noise à cet homme politique talentueux et volontaire; qu’ils auraient dû passer l’éponge, et basta.  Pour nous , Pierre Maudet n’avait rien d’un délinquant mais ne répondait plus à la franchise  attendue d’un magistrat. Excès de rigidité sur la morale en politique ? Nous le ressentons plutôt comme la conscience d’une exigence de confiance envers les élus, nécessaire à la solidité des institutions et au fonctionnement sain de la démocratie. Ce n’est pas , ici, du rigorisme moral ou du puritanisme bien pensant; fort loin de notre nature.  C’est une réflexion et une inquiétude relevant de la politique. L’affaire Maudet a coûté un siège au PLR genevois au Conseil national et lui a fait perdre un siège au Conseil d’Etat. Tout porte à croire qu’un retour électoral en 2003 d’un homme désireux de revanche prolongerait les difficultés de son ancien parti , dont il était pourtant auparavant un chef de file. Et cela prolongerait un déséquilibre au détriment de la droite; car un tel retour favoriserait très probablement la gauche en divisant à droite; ce qui s’est évidemment produit lors de l’élection partielle.

    Alors on aimerait que Pierre Maudet, satisfait à juste titre de voir ceux qui ont dramatisé cette histoire de voyage, qui ont imaginé des combines à ce sujet et en ont répandu le soupçon: oui, que Pierre Maudet, satisfait sur ce point, reconnaisse néanmoins ses fautes de comportement personnel et politique dans ce qui a suivi; fautes ayant sapé la confiance.  On aimerait qu’il utilise ses qualités et son énergie indéniables en s’engageant autrement, dans une perspective d’efficience, plutôt que de revenir sabre au clair , avec un risque réitéré de nuisance. Bien sûr, c’est notre opinion. Pour la justice, la parole est au juge. En politique, la parole reste au peuple. Mais il y aurait de la noblesse dans un renoncement à toute revanche, avec un esprit de lucidité et de responsabilité. On verra...  

    Jacques-Simon Eggly

  • Non à la cancel culture

    L’humoriste Claude -Inga Barbey renonce à ses vidéos humoristiques sur le sire du journal le Temps . Dommage que ce journal ne la défende pas bec et ongles contre les inquisiteurs, prêtres de la bien pensance sur les réseaux sociaux. Dommage aussi que même des personnalités qu’on n’attendait pas sur cette pente donnent des signes de symptômes au virus de la cancel culture. On est tombé sur la tête. On  se fait manipuler le cerveau, ce qui ouvre la porte à une sorte de dictature des minorités. On brade tout un héritage de liberté d’expression qui faisait une des valeurs de nos démocraties. Nous n’oubliions pas que les Etats-Unis ont sauvé l’Europe. Et nous devons le jazz aux afro-américains. Malheureusement, c’est aussi de là que viennent les rétrécissements de la pensée qui  débarquent chez nous.

     Claude-Inga Barbey aurait blessé la minorité chinoise de Suisse. Elle explique que son sketch visait l’organisation policière de la société chinoise par le régime politique. Ce n’est pas une attaque contre les Chinois en tant que tels, précise-t-elle.. Nous pensons à Béate karlsfeld. Elle souffrait de se sentir, allemande, fille de Hitler , Himmler etc... mais elle n’oubliait pas qu’elle était fille de Goethe, Beethoven...La grande culture allemande annihilée par les Nazis. Aurait-il fallu censurer Chaplin pour son film le dictateur? Et sur la société stalinienne. Oh, bien sûr, va-t-on nous répondre.  Comment osez vous comparer? Nous ne comparons pas un instant sur le fond. Nous disons que vouloir éliminer les mots qui vous dérangent de manière étroite procède déjà d’un totalitarisme de la pensée. Et qu’il faut absolument résister.

     La Cancel culture a aussi d’’autres formes , où l’inquiétant se mêle au ridicule. Dans une école primaire d’une commune genevoise un enseignant de sociologie, ou quelque chose comme cela à l’université ,serait invité dans une classe pour un jeu de rôle: les petits garçons devraient venir en jupe et les petites filles en  pantalon. L’idée, déconstruire les schémas des différences sexuelles. Un gag? Pas du tout. Un enseignant, fonctionnaire fort bien payé grâce à nos impôts, invité par des fonctionnaires enseignants dans une classe primaire. Faut-il en rire ou en pleurer? Où sont les grands philosophes, les grands théologiens, les grands penseurs   dans notre université plutôt que ces bureaucrates idéologues qui déconstruisent  l’humain. Curieusement nous sortons de la lecture d ‘un livre de Charles Pépin sur l’identité par la rencontre. Il évoque notamment la pensée de Freud sur la constitution de l’enfant: Relation à la mère , puis au père puis à des modèles. Nous avons soutenu le mariage  pour tous en raison de notre attachement libéral profond à la liberté personnelle; mais non  sans préoccupation sur la formation psychique de l’enfant. En revanche, aligner la généralité des cas sur la minorité des situations est une inversion des choses toxique et inquiétante. Que des toilettes soient réservés pour des jeunes ou des personnes ne se qualifiant pas dans un genre: soit. Mais que l’on supprime les locaux offerts aux masculins et d’autres aux féminins: quelle stupidité et même quelle régression. Comment des féministes, qui prétendent protéger les filles et les femmes et assurer leur confort peuvent-elles marcher là dedans.

     Et ce n’est pas tout. Une membre de la Commission européenne a demandé que partout, à Bruxelles et dans les pays de l’UE, on ne prononce plus ni n’écrive le mot Noël. Discriminant pour les non Chrétiens, provocateur, blessant. Au secours! heureusement , elle aurait été obligée de revoir sa directive . Connaissez vous un village de France, par exemple, qui n’ait pas une église marquant l’histoire spirituelle et culturelle plus que millénaire de l’Europe? Si cette commissaire idéologue voulait donner un coup de pouce à Eric Zemmour,  bien que lui soit pourtant juif, elle ne pouvait pas mieux faire. Oui, tous les habitants d’un pays européen, fussent-ils musulmans  ou athées doivent respecter l’histoire, la tradition , l’âme du pays qui les a accueillis. Étant entendu qu’eux doivent être respectés dans leurs pratiques religieuses propres.

     Bref, les dérives citées ici, —-il y en a bien d’autres,— doivent nous faire réagir. L’année qui vient devrait être, à cet égard, une année de résistance. Que la cancel culture ait, dans un mouvement de balancier explicable, répondu à nombre de dérives anciennes, —racisme, sexisme...—, ne justifie en rien que l’on ne stoppe pas ce balancier avant qu’il ne nous entraine vers une tyrannie d’une soit-disant bien pensance. Il y a assez de dictateurs et d’inquisiteurs , de policiers des bonnes mœurs dans le monde! Restons ce que nous sommes: des démocrates acceptant largement la liberté d’expression, favorisant l’humour même lorsqu’il nous déplaît et affirmant sans gêne ni complexe nos idées, notre genre et notre liberté . Arrière, la cancel culture. S’il vous faut un refuge obscurantiste et névrotique: retraversez l’Atlantique! 

    Jacques-Simon Eggly

  • Un Conseil fédéral suiveur

    Je suis leur chef donc je les suis. Voilà une phrase moqueuse à laquelle n’aurait jamais pensé, naguère, l’historien André Siegfried lorsqu’il écrivait: en Suisse le Conseil fédéral est roi. Il avait observé que le Parlement puis le peuple ratifiaient le plus souvent les choix du Gouvernement. Au début de l’Etat fédéral, le Président de la Confédération dirigeait en même temps le Département des affaires étrangères. Ces dernières étaient bien moins absorbantes. Puis, il a fallu une continuité à la tête de ce Département. Puis, il y a eu, et il y a toujours, la composition dite de formule magique du Conseil fédéral. Certes, elle a ses vertus , ses avantages et elle épargne à la Suisse les crises qui secouent d’autres pays. Lorsque l’on assiste à l’ambiance de la campagne présidentielle française, on conclut d’autant plus que le fonctionnement institutionnel et politique helvétique mérite des éloges. Toutefois, il y a des moments où ce système démocratique a des ratés . Nous vivons un de ces moments. La cause n’en est pas due au système comme tel mais à ceux qui s’y diluent en oubliant leur devoir de meneur de jeu.

    Nous pensons bien sûr aux membres du Conseil fédéral par rapport à nos relations avec l’Union européenne. Une chronique récente de l’ancien ambassadeur François Nordmann , dans le journal le Temps, vise très juste. L’abandon, après des mois de discussions, du projet d’Accord cadre avec Bruxelles  fut une grosse erreur. Pourtant des sondages laissaient entendre que le peuple aurait pu l’accepter. La peur l’a emporté. Le  Conseil fédéral , drôle de meneur de jeu, a pris piteusement le chemin des vestiaires. Depuis, il pleurniche  parce que l’UE ne l’écouterait pas. Or, à Bruxelles, on attend logiquement des propositions claires de la Suisse ; lesquelles ne peuvent pas être le maintien du statu quoi , soit des adaptations sectorielles, par domaine, avec des accords au coup par coup. Alors quoi? Moins que le projet abandonné mais quelque chose qui réponde quand même en partie à la demande de l’UE? On attend de  voir ce que Berne sortira du chapeau l’année prochaine.

    Mais, précisément , l’année prochaine , Ignazio Cassis sera à la fois notre ministre des Affaires étrangères et Président de la Confédération. Rassurant? Franchement non. Récemment, à une question sur l’impasse diplomatique actuelle, qu’a-t-il répondu? Que le Gouvernement politiquement composite  a forcément des difficultés à choisir et à tenir une ligne d’action. Mais, dit-il,  il n’est pas le seul. Les associations économiques, les syndicats mais aussi les partis ne se retrouvent pas dans un consensus. Il y a une responsabilité collective dans cette affaire, dont le Conseil fédéral n’a qu’une partie. En somme, le Gouvernement attendrait d’y voir plus clair sur le sentiment du pays. Notre presque Président (dans à peine plus de deux semaines) se rend-il compte de la faiblesse de ses propos? On n’est plus dans l’esprit des institutions et dans un bon fonctionnement politique. Que le Gouvernement consulte sur une position qu’il décide, soit! Mais qu’il attende que lui soit offert un consensus pour trouver le sien et agir: c’est un peu consternant. C n’est plus un gouvernement mais une caisse enregistreuse!

    Oui, le système suisse a ses atouts mais aussi ses pesanteurs démocratiques. Raison de plus pour que le Gouvernement composite se resserre sur une position commune , affirmée comme étant celle du Conseil fédéral; et qu’ensuite il joue à fond son rôle d’incitateur, de meneur de jeu , qu’il déploie sa capacité de persuasion. Un Président de la Confédération en même temps ministre des Affaires étrangères devrait être le moteur d’un tel fonctionnement. Il devrait y trouver sa stature à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Les propos incroyables du Conseiller fédéral tessinois ne sont pas de bon augure. Parfois la fonction révèle des qualités insoupçonnées d’une personne. On aimerait avoir l’année prochaine cette bonne surprise. Mais , sur un point Ignazio Cassis a raison. Ils sont sept au Gouvernement. A eux sept, ensemble, affranchis de leurs partis respectifs,  de retrouver une dynamique collégiale à la hauteur de leur devoir!  

    Jacques-Simon Eggly

  • Résister aux attaques contre la liberté d’expression!

    Saisi d’une pétition , le Conseil administratif de la ville de Genève  ne veut pas qu’une salle soit mise à disposition d’Eric Zemmour, dont la venue pour une prise de parole appuyant la diffusion de son dernier livre est prévue pour le 24 novembre. Le Conseil administratif fait , du même coup, pression sur le Conseil d’Etat afin que le polémiste soit déclaré 'personna non grata.' Heureusement, le Gouvernement cantonal résiste à cette pression. Car l’époque appelle à la résistance contre tous ceux qui ne se contentent pas de dénoncer une opinion contraire mais veulent l’excommunier et la réduire au silence.

    Oh que l’on ne vienne pas nous dire que nous avons des complaisances envers l’extrême droite. Nous n’aimons pas Eric Zemmour!

    Il met le doigt sur des réalités que l’on a trop refusé de voir. Mais la plupart de ses propositions, extrêmes, sont mauvaises sinon inapplicables. Il dénonce les institutions et les compétences de l’Union européenne, alors que tous les pays européens deviendront de petites choses dans le monde si l’UE se dilue.  Reprenons une des dernières phrases politiques de François Mitterrand , - que nous n’aimions pas beaucoup par ailleurs, - "le nationalisme , c’est la guerre". Et à propos de guerre , son utilisation de Pétain, lui le Juif, pour minimiser la persécution des Juifs par les régimes allemand et de Vichy conjugués est insupportable, Et puis sa récupération de de Gaulle à propos de l’immigration et des Musulmans est insupportable aussi, alors que de Gaulle fut condamné à mort pour avoir appelé à poursuivre la lutte; même si le Général a effectivement dit, à propos d’une Algérie demeurant française qu’il craindrait de voir  "Colombey les deux églises devenir avec le temps, démographie aidant, Colombey les deux mosquées".  Et puis sa déclaration au sujet  de la tragédie du Bataclan était  indécente et très choquante. Bref, en un mot comme en cent, si nous étions français, nous appellerions très fortement à ne pas voter Zemmour! 

    En revanche, de quel droit les bien pensants veulent-ils l’interdire de parole, de séjour? Qui sont ces nouveaux inquisiteurs de la bonne pensée? Jusqu’où veulent-ils nous amener? Sait-on que, dans certaines universités et bibliothèques américaines, des ouvrages historiques ne reflétant pas la vision accusatrice actuelle du passé sont interdits de consultation?  Pire, dans certains cas, ces ouvrages dénoncés ont été brûlés publiquement. Cela ne vous rappelle rien? Il y a des documents filmés sur ce genre de choses en Allemagne, en 1933. Nous ne faisons pas ici d’amalgame. Mais il y a une pente bien pensante nocive et toxique. Cela contredit nos démocraties qui impliquent le débat contradictoire  admis et assumé. Quand les universités prônent la pensée unique, il y a péril en la demeure. La liberté d’expression est cruciale. Elle n’est pas sans limite.  Le Code pénal, par exemple, interdit ne nier le génocide juif, ou de tenir des propos directement racistes. Mais si l’on ose plus dire que l’immigration en nombre et la difficulté de nombre de Musulmans à intérioriser les valeurs de laïcité sont un danger pour l’avenir des équilibres sociologiques, culturels et démographiques en Europe, - Suisse comprise- , alors c’est que nos démocraties pour lesquelles tans de gens se sont battus, sont morts a de nouveau mal aux pieds.

    De plus en plus de gens, surtout de gauche, appellent à réduire le plus possible la liberté d’expression. Il est temps que d’autres personnes, notamment des intellectuels non formatés idéologiquement, appellent sérieusement à la résistance contre cette tendance sournoise et funeste. Eric Zemmour n’est  pas notre tasse de thé. Vraiment pas. Mais, avec les mânes de Voltaire, nous résisterons à ceux qui, en d’autres temps mais tels qu’ils fonctionnent intimement, l’enverraient bien au bûcher. Oui, résistons aux Torquemada en baskets et aux Talibans inversés qui commencent à fleurir un peu trop sous nos latitudes. 

    Jacques-Simon Eggly

  • Banaliser le mot liberté

    Lorsque l’on aime quelque chose, lorsqu’il constitue un socle de votre engagement politique, on s’irrite d’autant plus de voir cette référence utilisée à mauvais escient . Ainsi en est-il du mot "liberté" brandi comme un slogan contre les autorités à propos de la loi et des mesures anti Covid. On a même voulu et entendu, ,—le pas de l’indécence étant franchi,—certains excités évoquer l’étoile jaune imposée au Juifs dans les temps monstrueux. Certes, à l’instar de Voltaire, sous  réserve de limites graves à ne pas franchir et qu’il ne faut jamais trop resserrer, on doit se battre pour que des opinions qui vous déplaisent aient le droit d’être exprimées. La liberté d’expression est une valeur fondamentale à défendre. Mais alors, on a le droit et surtout le devoir de dénoncer ceux qui défigurent les mots.

    Non, avec ses mesures de protection contre le virus, la Suisse n’est pas tombée dans une dictature. Non, on n’a pas versé dans une chasse aux sorcières pourchassant ceux qui ne veulent ni des gestes barrières, ni les masques ni surtout les vaccins. Il y a, simplement, des prises de décision comportant des désagréments indéniables afin de venir à bout d’une pandémie. Tous les pays du monde sont impliqués; la question principale tenant à un meilleur partage des vaccins entre eux. Bien sûr, il n’y a pas la voie parfaite contre le chemin empoisonné. Il y a des gens qui font des réactions au vaccin. Il y en a même qui  doivent manifestement l’éviter. Être vacciné ne garantit pas de ne pas attraper le virus. On peut en être porteur , sans dommage pour soi mais en le transmettant. Tout cela a été expliqué Mais on doit prendre un peu de hauteur et avoir une approche générale. Malgré ce que prétendent les  dissidents, la plupart des acteurs médicaux se retrouvent  sur un constat vérifiable: les non vaccinés sont les patients qui  subissent le plus gravement le virus. Ce sont eux , très majoritairement sinon souvent exclusivement, qui se retrouvent aux soins intensifs, mobilisent médecins et soignants, occupent excessivement les espaces hospitaliers. On nous dit que ce n’est pas vrai, que des salles ont mêmes été fermées. Mieux vaut croire les responsables directs dans les hôpitaux. Il y a eu surcharge en maints endroits, fatigue du personnel médical poussant aux arrêts maladie. Or, surtout dans la période qui s’annonce, il n’y a pas que le Covid. Il s’agit d’offrir des soins médicaux et hospitaliers à la population en regard de toutes les affections et maladies qui sont les dangers habituels. Bref, en un mot comme en cent , les mesures requises afin de diminuer les cas graves de Covid et, à terme, d’en faire une menace limitée et maîtrisable sont indispensables. Non seulement les autorités on le droit de les imposer; elles en ont le devoir.

    N’allez pas dire à un Libéral qu’il est insensible aux conséquences pénibles pour les acteurs de l’économie, surtout les acteurs de proximité: restaurateurs, petits commerçants, patrons de lieux culturels, festifs et autres. Oui, certains conséquences pour certains font mal au cœur. Dès que l’on pourra,  que l’on jette toutes ces entraves par dessus bord! Mais quand on le pourra. Il y faudrait un taux de vaccination plus haut, dont on n’est pas encore assez proche. D’ci là, l’exigence du pass sanitaire vérifiant la vaccination est légitime, comme le masque dans des contextes définis et des interdictions de rassemblement le cas échéant. Sans doute est-il possible de se faire vérifier constamment afin de prouver que l’on est négatif. Cette manière de remplacer le vaccin n’est pas des plus pratiques.

    Dictature? Discrimination intolérable? Désignation indigne de pestiférés? Allons donc! Si tel était le cas, on pourrait, par exemple, refuser l’hospitalisation à ceux qui ont refusé le vaccin. On a entendu cela. Il n’en est évidemment pas question. Cela contredirait nos valeurs de solidarité et le devoir d’offrir des soins à tous. En revanche, que les non vaccinés ou les non porteurs d’un certificat quasi quotidien prouvant l’absence de virus, ou les non porteurs de masque dans les contextes définis soient interdits d’entrée dans les cafés, restaurants, cinémas et autres lieux, interdits  de participation à des événements: voilà qui n’a rien de choquant. Il n’y a pas d’obligation vaccinale, soit. Mais que les réfractaires voient leur vie quotidienne très désagréablement entravée: c’est le prix de leur choix individuel contraire à l’intérêt général.

    Dans d’autres pays, les gouvernements peuvent forcer autoritairement la démarche.. Pas en Suisse où la démocratie est au cœur de notre vie publique. Si le peuple devait refuser le projet de loi Covid, eh bien on fera avec les contamineurs et les contaminés. Si le peuple donne mission aux autorités de prendre les mesures adéquates, eh bien les récalcitrants devront se plier à la décision démocratique. Il y a, dans le monde, des gens torturés, éliminés pour avoir défié des dictatures. Chez nous, la liberté individuelle large, —et qu’il faut défendre certes au quotidien—, ainsi que la  participation de chacun aux débats démocratiques sont des privilèges formidables. Elles méritent le respect, même lorsque les décisions prises vous contrarient. A certains moments, se réclamer de sa liberté personnelle et dénoncer une dictature, cela contre un intérêt général de santé publique  largement perçu comme tel, résonne comme une insulte aux martyrs de la liberté. 

    Jacques-Simon Eggly

  • Ce que disent les sous-marins et les avions

    La France est fâchée et s’emporte contre la fourberie de l’Australie, le manque de respect et l’esprit hégémonique des Etats-Unis , l’opportunisme bien connu de la Grande Bretagne. Comme on la comprend. Mais comme cela donne la mesure du poids des acteurs actuels dans les  enjeux mondiaux. Depuis 1940, la France seule, malgré le sur- jeu d’un prestigieux de Gaulle, n’est plus un acteur principal des équilibres géo-stratégiques. La victoire de 1918 fut la dernière salve réunissant une réalité et l’illusion. Dur à encaisser pour la France et ceux qui l’aiment envers et contre tout.

    Mais oui la France a raison d’exprimer son dépit et sa colère, soutenue, bien que timidement, par d’autres pays européens et les autorités de l’UE. Pacta sunt servanda, apprend-on en faculté de droit. Un contrat signé doit être respecté. Le Gouvernement Australien justifie sa volte face par des raisons de sécurité  dans la région, face à la Chine dont la menace s’est accentuée et précisée durant les dernières années. Ainsi, les sous-marins français projetés, à propulsion classique, seraient moins performants, rassurants, que les sous-marins nucléaires promis par les Américains. Et la Grande Bretagne mettra à disposition sa technologie dans le domaine. Et puis, quand même, on se parle anglais, avec des racines culturelles communes...

    La justification rencontre l’ironie française. Les sous-marins américains seront à disposition des Australiens un bon nombre d’années plus tard. Et tout porte à croire que leur maniement nécessitera des Américains aux commandes. Donc, adieu l’indépendance, bonjour un lien de vassalité renforcé . Soit, mais la réponse tient au pari que la Chine ne va pas passer à court terme de la pression à la guerre, et que l’annonce de cet arsenal à moyen terme est déjà dissuasif. En effet, la Chine, probablement inquiète de ce retour d’influence américaine , a tout de suite protesté.

    Quoi que l’on pense , sur le fond, du revirement australien et d’une manière de faire très déloyale, on doit prendre acte du fait que seule l’Amérique , tristement libérée du fardeau afghan, offre l’image d’une protectrice crédible en cas de choc militaire frontal avec la Chine. Ce serait dans cette région, dans ces mers chaudes que se concentreraient les risques les plus grands. Plus en Europe;  la Russie n’étant plus une super-puissance terrifiante. Encore que....En effet, des pays de l’UE, naguère dans le giron soviétique, continuent de ne voir que dans les États- Unis  la suprême garantie.

    Et l’Europe?... a-t-on envie de crier. Autour de la France et de l’Allemagne, ne pourrait-on pas construire une véritable Europe de la Défense? Si l’Europe doit exister et peser sur la marche du monde, ne faudrait-il pas enfin articuler un tel volet militaire?  Micheline Calmy Rey n’y croit pas et suggère à l’Union européenne une position de Neutralité active à la Suisse; jouant un rôle de référence et de disponibilité au service des valeurs, du droit, de la paix. Pas réaliste aux yeux de son contradicteur en débat, François Hollande. L’Europe ne pèsera vraiment qu’avec un poids stratégique. Alors, l’impasse, étant donné que les membres de l’UE n’ont pas de vision commune à ce sujet? On en revient à l’idée d’une Europe à plusieurs cercles, un noyau motivé de pays membres se regroupant pour construire un ensemble politique et militaire faisant le poids. Seulement , il y faudrait un certain renoncement à la stricte autonomie nationale. la France, la première, n’y est pas prête.

    Toutefois, l’histoire a des accélérations mais aussi un temps long. Peut être que l’on verra une évolution. Peut être que, les États Unis montrant de plus en plus que l’Europe n’est pas leur priorité, celle-ci trouvera la volonté et l’énergie de s’inventer une identité militaire crédible.

    Un mot enfin sur la Suisse. Nous n’aurions jamais voté pour François Hollande. Mais ce qu’il dit sur le choix du Conseil fédéral d’acheter un avion de combat américain est très juste. Nous allons dépendre d’un partenaire lointain, assez imprévisible, pouvant cesser de fournir les pièces essentielles à notre flotte aérienne. Surtout, au moment où nous avons déjà commis l’erreur d’enterrer l’Accord cadre, nous diminuons encore un courant d’empathie avec nos partenaires européens, la France au premier chef, dont nous avons pourtant bien besoin à maints égards. L’achat de cet avion ne devait pas répondre à des critères uniquement  d’évaluation technique. Une Suisse évoluant en danseuse sur la ligne de touche du terrain de l’Europe aurait dû faire intelligemment, instinctivement un choix aérien européen. Car, même sans plus de prééminence dans le monde , l’Europe est notre famille. 

  • Un droit à l’enfant discutable.

    Le mariage pour tous va passer. C’est comme si c’était fait. Sacrée évolution des esprits dans notre société. En fait, la principale raison de dire oui est donnée par la Conseillère fédérale Karin Keller- Suter: "l’Etat n’a pas à dicter les comportements et les mœurs". Au fond, c’est très libéral, Don acte. Toutefois, quitte à provoquer et à nous attirer des foudres ajoutons ceci:

    Oui, que chacun vive comme il l’entend mais fiche la paix aux autres. Ces affirmations collectives de LGTB, transgenres et autres genres deviennent agaçantes. Oui, que chacun vive à sa guise, mais sans exhibition. La sphère privée est une grande valeur libérale. La liberté d’opinion et d’expression aussi. Il faut l’affirmer dans une époque où l’on voit fleurir les porteurs du politiquement correct , les censeurs et défenseurs de la moderne bien pensance. Un mot perçu comme étant de travers et vous voilà taxé d’homophobe, de raciste, de fasciste,  avec qui il ne faut même pas discuter. Il y a chez nous des sortes de talibans inversés. Or, Il n’y a pas de démocratie sans débat contradictoire dans le respect des contradicteurs. Ainsi, nous respectons ceux qui s’opposent au mariage pour tous. Mais , à nos yeux, la liberté personnelle l’emporte.

    Pourtant, un aspect nous gêne; celui de la parentalité.  Dans la logique d’une égalité de traitement, l’une des deux femmes en couple pourra bénéficier d’un don de sperme. Et l’autre femme sera la deuxième parente. Heureusement,  on sait que la Suisse ne veut pas de l’anonymat du donneur et que l’enfant pourra, à sa majorité, savoir de qui il s’agit. Évidemment, avec un couple d’hommes, opération difficile...Mais il y a la voie de l’adoption.  Ah cette différence biologique têtue que l’idéologie ne peut pas effacer! Ici relevons un droit au débat. On nous dit que , pour l’enfant, c’est le désir de l’avoir et l’amour qui importent. C’est une opinion. Il y a des psychologues, pas forcément des moindres,  qui disent que la question de l’identité se pose pour un jeune garçon ou une jeune fille . Et que l’on pourrait bien voir fleurir des clients pour psychanalystes. Nous ne prétendons pas trancher dans ce débat, faute de compétence. Mais tant mieux si certains l’ouvrent. Et tant pis si d’autres le trouvent hors de propos, branchés sur leurs certitudes dans un domaine si délicat.

    Finalement, cet qui nous gêne dans toute cette histoire, c’est l’affirmation qui en ressort d’un droit à l’enfant. Si la manière de vivre doit être libre, cela implique-t-il que l’on puisse de toutes les manières et dans toutes les configurations de vie obtenir un enfant?  D’autant plus qu’il y a l’adoption, laquelle était déjà connue des Romains. Eh bien oui, cet élargissement du droit à l’enfant et des moyens  de le réaliser nous laisse philosophiquement  songeur.  Allons-nous être voué aux gémonies et être qualifié de dinosaure réactionnaire par les nouveaux gardiens de la bonne pensée est des nouvelles mœurs pour oser écrire cela? 

    Nous voici donc à prendre acte d’une liberté de la vie privée, mais en ressentant un malaise en regard de la filiation. On nous dit que la Suisse interdit le recours aux mères porteuses, avec le commerce que cela peut être. Fort bien. Mais jusqu’à quand si , peu à peu en Europe la pratique devenait usuelle ? Oui un progrès dans la liberté individuelle est à saluer. Mais il faut savoir qu’il n’y a jamais de progrès total et qu’il y a toujours aussi des effets discutables, négatifs. Alors, bon vote, avec malaise ou non. 

    Jacques-Simon Eggly

  • L’Afghanistan insaisissable

    Évidemment, devant les événements, c’est la stupéfaction, la consternation et la grande inquiétude qui vous submergent. Les commentateurs l’ont dit: que vont devenir les femmes et les jeunes filles afghanes? L’obscurantisme et la répression, se réclamant hélas de la religion, vont-ils tuer toute liberté individuelle, toute affirmation personnelle, toute vie civile un peu élaborée?

    Et puis, bien sûr, on a peine à y croire: vingt ans d’efforts occidentaux, particulièrement américains, des morts pour rien, des sommes gigantesques dépensées en pure perte! Les experts américains ont cru que les autorités qu’ils soutenaient, les soldats afghans qu’ils armaient tiendraient les Talibans à distance. Or, dès le début du mouvement de retrait des troupes d’intervention, tout à montré très vite la faiblesse de ces autorités et d’une armée portée a bout de bras. La lenteur administrative de Washington, dès la débâclé imminente, va probablement coûter très cher aux Afghans trop compromis aux yeux des vainqueurs et qui n’auront pas eu le temps d’être évacués.

    Bon, tout cela a été dit. Mais si on essayait aussi un regard en longue vue. Parfois, on se demande si les service de renseignement sophistiqués ont suffisamment de connaissances historiques. Ils auraient compris et admis que l’Afghanistan est un pays insaisissable. Au dix-neuvième siècle, l’Angleterre impériale s’y est cassée les dents. La Russie, alors soviétique, s’y est embourbée, déjà notamment contre des Talibans soutenus par les USA (quelle ironie). Et maintenant voilà!

    Oh, remettons-nous dans le contexte d’il y a vingt ans. L’Afghanistan était le refuge d’Al-qu’aida  et de Ben-Laden. Ce fut le terrible attentat des tours à New-York. Il fallait riposter à fond; éliminer les branches de la pieuvre ignoble. L’Occident était en guerre contre le terrorisme. Il fallait faire comprendre aux talibans que tout appui aux terroristes ne pouvait qu’enclencher  une riposte avec tous les moyens à disposition. On peut penser que ce but, —au moins pour une période,—a été en partie atteint.  Au delà de la débâcle d’aujourd’hui, , les Occidentaux, Américains en tête, devront êre clairs. Tour indice d’abri pour des terroristes enclenchera une riposte fulgurante. Cela, l’OTAN en a les moyens. Et la Russie n’a pas d’intérêt à soutenir un régime qui abriterait des terroristes fanatiques. Après tout, elle l’a montré en Syrie contre l’autoproclamé État islamique.

    En revanche, vouloir transformer en profondeur le fonctionnement de ce pays était une erreur et n’était pas la bonne assurance tous risques. Il faut que l’Occident renonce à imposer par la force ses valeurs! Certes, durant  vingt ans, des progrès timides ont eu lieu pour les femmes, la vie civile , dans le domaine de la santé, de l’éducation. Mais croit-on que les Talibans n’ont eu que leurs armes pour reprendre du poil de la bête? Dans les montagnes, au fond des vallées, et même dans des villes, ils ont pu  s’appuyer sur des traditions, des habitudes ultra conservatrices, s’inspirant d’une interprétation du Coran tournant le dos à toute modernité. Ajoutons à cela les corruptions et les incompétences au sein de l’administration officielle en place, le manque de convictions profondes chez les gouvernants, vus par beaucoup comme des valets de l’étranger, et l’on  comprendra mieux les événements.

    Certes, il n’est pas question pour nous de relativiser certaines valeurs qui devraient être universelles concernant  les droits humains. On peut les proclamer, exercer dans les limites du possible des pressions politiques, essayer d’aider les personnes qui, à leurs risques,  les défendent, espérer que , peu à peu, malgré à tout, des évolutions aient lieu dans des pays comme l’Afghanistan. Et puis, nos pays vont être confrontés à un nouveau flux de réfugiés; ce qui, n’en déplaise à certains, pose de vrais problèmes d’intégration. Mais ayons la lucidité de l’acceptation du temps long et des différences inhérentes à l’histoire. Nous ne pouvons façonner des pays comme l’Afghanistan à notre image; des pays qui viennent d’ailleurs et sont ailleurs. L’Afghanistan insaisissable donne une leçon difficile, douloureuse de réalisme , voire de modestie historique.

     

    Jacques-Simon Eggly.                                                                                                            

  • Le ping-pong trompeur de Poutine

    La conférence de presse donnée par Vladimir Poutine juste après sa rencontre avec Joe Biden,  donna toute la mesure de son habileté. A chaque question posée sur la violation des droits de l’homme, la répression contre des opposants et des organisations critiques dans son pays, le Président répondait en pointant du doigt les violences policières aux Etats- Unis,  l’assaut contre le Capitole et les sanctions en suivant ( pas de ça chez nous..), le fait que bien davantage de cyber attaques viendraient du sol américain, que ce sont les États Unis qui ont qualifié la Russie d’ennemi et pas le contraire, que ce sont eux qui soutiennent des organisations en Russie contestant les lois etc...

    Oui habile, et de nature à ébranler sinon convaincre des esprits occidentaux. Et si la Russie n’était pas le pays méchant par définition! Et si les états Unis, voire les autres pays occidentaux n’avaient pas bien des choses à se reprocher ! Ne devraient-ils pas s’abstenir de se draper dans le manteau de la vertu et de faire la leçon à Moscou?

    Ici, comme souvent, l’observateur doit remettre les choses sur leur vraie assise et ne pas se faire manipuler. Encore faut-il posséder une vraie colonne vertébrale et avoir les idées claires. Une des valeurs, en démocratie, est une possibilité et une capacité d’exercer une réflexion critique. Non, tout n’est pas, aux États Unis et ailleurs, sans ombres, bavures, injustices , discriminations, détresses sociales et on en passe. Cela fait l’objet de débats, quelquefois de corrections ou d’améliorations. Tant que le chemin n’est pas celui de la violence, la liberté d’expression, de manifestation est garantie. Aucun opposant n’est marginalisé, entravé dans son existence pourvu qu’il respecte le cadre légal établi démocratiquement. La Défense de ce cadre est  aussi La Défense des libertés fondamentales.

    Il n’y a donc pas d’équivalence avec les critères moscovites, n’en déplaise au champion du ping-pong qu’est le président Poutine. En Russie, des opposants non-violents sont emprisonnés, des journalistes sont victimes d’étranges accidents, des organisations, des journaux sont neutralisés. Les éléments formels de démocratie sont largement sous contrôle du pouvoir. L’expression critique est surveillée, au besoin neutralisée. On ne voit pas comment se feraient rapidement  jour des corrections, des améliorations. Non, le renvoi de balle du Président Poutine ne convaincra que les spectateurs et auditeurs malléables peu capables de mettre les choses à leur place et en perspective. Il est droit dans ses bottes, cet ancien responsable du KGB. Un vrai démocrate l’est aussi.

    En revanche, on peut s’interroger sur l’attitude des pays occidentaux depuis l’éclatement de l’URSS et l’effondrement du régime communiste. On peut être de ceux qui pensent qu’il y a eu erreur d’analyse et d’action. N’aurait-il pas fallu mieux tendre la main à cette Russie émergente ? Ne peut-on pas comprendre un sentiment russe d’être menacé par une alliance de l’OTAN à dominante américaine, qui a placé des pions aux frontières même de la Russie, en Ukraine, en Géorgie, ailleurs. Lors d’un voyage politique et de rencontres en Russie, juste avant l’ère Poutine, nous avions ressenti que beaucoup d’interlocuteurs éprouvaient le sentiment d’être dans le viseur de l’OTAN et d’être d’éternels suspects rejetés par l’Europe. Un de Gaulle avait dit qu’il fallait éviter ce piège en évoquant une Europe de l’Atlantique à l’Oural. Il pensait aussi que les pays européens, —qui ne comprenaient pas encore les  satellites de l’URSS aujourd’hui membres de l’UE—, devaient avoir des liens directs avec la Russie, indépendamment des États Unis.

    Comment oublier également la participation culturelle russe essentielle au patrimoine européen? Et mondial. Qui de plus grand que Tolstoi, Dostoïevski, Tchaikovski...Il faut aussi admettre que la Russie n’a pas de passé démocratique. A son égard, il faut être ferme sur la question des droits de l’homme, oui. Mais il convient  d’être un peu réaliste sur le fonctionnement démocratique possible.

    En conclusion, dire au Président Poutine: ne cherchez pas à nous faire prendre des vessies pour des lanternes, nous ne sommes pas manipulables. Mais nous n’oublions pas que la Russie est notre grande cousine dans notre grande famille européenne.

    Jacques-Simon Eggly

  • Être protégé pour être libre

    Chaque fois, dans une démocratie attachée au Droit, que sont proposées des mesures policières impliquant des restrictions de liberté, il y a lieu de réfléchir. On ne doit pas imaginer un pays où tout le monde marcherait au pas de l’oie. Puissions-nous ne jamais ressembler à la Chine , dont il est triste de penser qu’elle est la deuxième ou première puissance économique du monde. Les libertés individuelles sont largement mises à mal sur notre mère terre.  Les avocats genevois qui s’opposent au projet de loi sur les nouvelles mesures policières de lutte contre le terrorisme ont évidemment ce fait à l’esprit.  Toutefois, en se polarisant sur un risque d’excès d ‘atteinte aux liberté individuelles et à l’Etat de droit, ils épousent trop étroitement un angle de vue , oubliant le véritable risque, le véritable enjeu.

    Oui, dans notre pays, il faut vouloir que tous ceux qui adhèrent à nos valeurs démocratiques, au respect des personnes jouissent des plus grandes libertés possibles. Pour cela, ils ont droit au maximum de sécurité possible, garantie de leurs existences face aux menaces de ceux qui en actes, en préparation d’actes, en complicité plus ou moins active n’adhèrent en rien à tout cela.  Il y a des gens  qui rêvent de nous apporter la terreur et des soutiens qui partagent leurs rêves.  L’Etat a un devoir premier de nous protéger. Il a besoin, à cette fin, d’une législation lui donnant suffisamment de moyens. Or, ils s’avèrent insuffisants; comme l’a très bien expliqué la Conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, forte aussi de son expérience d’ancienne ministre de justice et police à St-Gall.

    La nouvelle loi définira les personnes visées par les nouvelles mesures comme montrant des indices visibles d’adhésion aux activités terroristes.  Il peut donc y avoir obligation de répondre à des questions, interdiction d’avoir des contacts avec des milieux terroristes, avec des tiers soutenant clairement de tels milieux. Cela  peut aller Jusqu’à  des assignations à résidence, et à la détention en vue d’expulsion d’étrangers porteurs de risques évidents.

    Franchement, vous trouvez cela excessif ou plutôt rassurant? La majorité du peuple suisse sera très probablement satisfaite de cet élargissement législatif. D’autant plus que ces mesures seront appliquées  de cas en cas et nullement dans une volonté d’élargir le cercle à l’aveugle. Elles devront être limitées dans le temps, en regard des risques évalués.  Pas d’assignation à résidence sans l’approbation d’un tribunal; donc pas de feu vert à un arbitraire ou excès de zèle policier. Enfin, ,—avocats rassurez-vous—, chaque mesure peut faire l’objet d’un recours au Tribunal administratif fédéral.

    Oui, franchement, ceux qui dénoncent une atteinte inacceptable aux libertés individuelles ne sont pas convaincants. Ceux qui estiment que la législation actuelle suffit ne le sont pas non plus. Pourquoi diable, y aurait-il ce projet si aucun besoin ne s’était fait sentir? Juste pour se faire peur? Allons donc! Il faut savoir que le risque de terrorisme en Suisse, avec les personnes en soutien derrière, est réel. Trop de gens nous ont entonné , de manière générale, le refrain selon lequel  un sentiment émotionnel d’insécurité ne correspondrait  pas à la réalité. Dans nos démocraties européennes ces anesthésistes de la parole ont ajouté un risque aux risques. Une démocratie aux mains trop hésitantes et molles face à ceux qui la détestent et la méprisent défend mal citoyens et  habitants qui l’aiment, qui la font vivre et qui en attendent protection.

    Certes, il faut une proportionnalité, un cadre, des recours ouverts; ils sont là. Toutes raisons de voter oui en lucidité et en bonne conscience.

    Jacques-Simon Eggly