10/02/2011

Suisse-UE: vérité différée

Le journal le Temps a un slogan publicitaire assez bon :<le Temps vous donnera raison>. Comment ne pas y penser à propos des discussions à Bruxelles entre la Présidente de la Confédération et la Commission européenne ?

Dès le début des relations entre la Suisse et l’UE, certains ont estimé que notre pays devait avoir la perspective d’une adhésion.  Il y avait l’idée que la Suisse pouvait jouer un rôle dans un processus de construction européenne historique. Peu à peu, la part d’idéal,  de politique au sens le plus élevé du terme a disparu du processus même d’élargissement de la Communauté. La vision de paix et de civilisation des pères fondateurs s’est noyée dans le flux des marchandages réalistes.

Après l’échec de l’Accord sur l’Espace économique européen, la voie bilatérale était assurément la seule possible pour la Suisse. Elle a remarquablement réussi. Mais le Conseil fédéral s’est cru très habile, sur le front intérieur, en reléguant la perspective, la vision d’une adhésion aux quasi oubliettes. Bilatérales, rien qu’elles, seulement elles. Parmi les opposants farouches à toute perspective d’adhésion, on comptait notamment les banquiers. Défense de la place financière et protection du secret bancaire obligeant… On a vu où l’on en arrivait par biais de diverses pressions qui n’eussent pas été plus fortes, --peut être moins--, si nous avions été un membre de l’UE.

Toujours est-il que la perspective, elle, d’une poursuite à l’identique de la voie bilatérale a l’air de se compliquer singulièrement. Sans doute, au vu des difficultés de l’UE elle-même et de l’état de l’opinion publique suisse sur la question, l’adhésion ne peut-elle pas être à l’ordre du jour. Mais la négociation d’un accord cadre semble indispensable à brève échéance. Ceux qui, il y a quelques années, parlaient d’un Accord d’association, sans adhésion pour un bon bout de temps, avaient peut être vu juste.

Dans ce registre, on peut imaginer toute une gradation pour un accord d’ensemble. Mais que l’on ne s’y trompe pas, comme l’UDC et d’autres s’y trompent tellement : d’une manière ou d’une autre, il s’agira toujours de négocier une reprise d’un acquis communautaire élaboré sans nous ; donc d’une perte de souveraineté réelle que l’on ne veut pas voir.

Soyons modeste. Il n’y a pas de solution vérité à proclamer ici. Mais il y a une nécessité : celle d’ouvrir, au Conseil fédéral, au Parlement , dans les partis, à travers les médias et devant l’opinion un véritable débat sur la politique européenne de la Suisse. Cette volonté du Conseil fédéral d’avancer à pas menus, en faisant le moins de bruit, de vaguelettes possibles n’est plus d’actualité. La Réalité demande la pensée et la parole, pas seulement un chapelet de négociations.

 

14:52 Publié dans Union européenne | Tags : bruxelles, ue, calmy-rey, banquiers, adhésion, bilatérales | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer | |  Facebook | | | |