05/06/2014

Jura: la deuxième mort de Roland Béguelin

Jura : la deuxième mort de Roland Béguelin

Il était l’âme du Rassemblement jurassien. Il était l’éditorialiste flamboyant du <Jura libre>. Il fut le Premier Président du Parlement jurassien.  Roland Béguelin, le Saint Just de Delémont, n’était pas pleinement heureux en fêtant la  création du Canton du Jura. En effet, une procédure de plébiscite en cascade permit aux trois districts du Sud d’exprimer leur volonté de demeurer bernois. Une procédure scélérate clama Roland Béguelin, un reniement d’une histoire ancestrale qui postulait l’unité des six districts francophones, à réunir dans le nouveau canton. Mais les oppositions de religion, de tempérament, d’intérêts économiques aussi l’emportèrent sur la communauté de langue française. Le Jura fut coupé en deux. Ah si, à l’époque on avait pu mettre sur pied un statut d’autonomie au sein du Canton de Berne, comme l’avait imaginé Max Petitpierre,  quitte à ouvrir pour le futur une perspective d’indépendance complète ! Aurait-on évité la division ?

Cette lutte jurassienne entre séparatistes et anti séparatistes fut âpre. Depuis ces années septante, il y eut maintes tentatives pour faire évoluer la situation. Finalement, l’année dernière et avec l’accord des autorités bernoises, une consultation de tous les Jurassiens eut lieu. La question : voulez vous effacer le Canton du Jura actuel, réduit aux anciens districts du Nord,  afin de créer un nouveau Canton  comprenant le Nord et le Sud ? Eh bien, au Nord, on a voté oui, mais sans les trépidations héroïques rythmées à l’époque par feu Roland Béguelin. Mais au Sud, on a récidivé dans le non et la volonté de demeurer bernois ; sauf en ville de Moutier, de peu.

Désabusé, voulant tourner la page, le Gouvernement jurassien vient de faire savoir que la réunification n’était plus son objectif et que la collaboration serait le chemin à suivre. Dire que le Projet de Constitution jurassienne avait contenu, d’abord, un article exigeant l’engagement du Gouvernement dans un combat en vue de la réunification. Les Chambres fédérales ne l’acceptèrent pas car il était contraire à la paix confédérale. L’article voulu par Roland Béguelin n’eut donc aucune valeur juridique.

Les temps ont changé. La passion n’est plus au rendez vous. Tout reste en l’état. Pour Roland Béguelin, l’idéologue romantique de la francophonie, c’est comme une deuxième mort. Mais non, ne concluons pas ainsi. Il restera à jamais le héros consacré dans l’histoire jurassienne.  On n’oubliera simplement pas que cette création du Canton du Jura a finalement été une démonstration de vitalité pour nos Institutions confédérales, lesquelles ont su résorber une crise grave.

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26/05/2014

Europe: mal aimée incontournable

S’il est un parti suisse qui se réjouit de la percée des Droites nationalistes en France, au Royaume Uni, au Danemark et en Autriche c’est bien l’UDC , avec son vieux Chef de file Christoph Blocher en tête. Mais qu’ils ne rêvent pas. Cette poussée  ne changera pas les données fondamentales du Parlement européen. Et la Suisse, demain comme hier, devra bien s’arranger avec l’UE, sa Commission, les Gouvernements des pays membres afin d’établir des relations de partenariat évitant l’isolement. Il n’y a pas eu d’ouragan général balayant la construction européenne.

C’est évidemment le résultat français qui a frappé nos esprits, alors que les résultats allemand et italien sont fort convenables. On peut d’ailleurs sourire du fait que Marine Le Pen a exulté dimanche soir dans une salle de Nanterre située rue des Suisses… Cela ne s’invente pas. 

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19/05/2014

Responsables politiques malmenés

S’en prendre, même un peu, à l’expression de notre démocratie directe est presque commettre un sacrilège. Lorsque le Président allemand, en visite officielle, a émis des doutes sur l’étendue de cette démocratie directe helvétique en regard des interactions internationales, le Président de la Confédération s’est vu obligé de répondre que, pour nous Suisses, elle était comme le sang qui nous irrigue. Bien répondu. Et pourtant, une interrogation plus raisonnée qu’émotionnelle est-elle illégitime ?

 

Franchement, l’Initiative contre l’immigration massive, qui mettait à mal un traité liant la Suisse, devait-elle être jugée recevable sans autre hésitation ? Evidemment, baigné dans la politique à température chaude, le Parlement n’ose quasiment jamais déclarer une initiative irrecevable, bien que ce soit de sa compétence. Et comme l’on considère que des juges ne sauraient être au- dessus du peuple suisse, le Tribunal fédéral n’a pas le droit d’écarter une initiative violant par exemple le droit international ou contredisant un Traité. Or, quel que soit le respect à ressentir envers le peuple, donner à l’Initiative et au Référendum une puissance apte à tout balayer sur leur passage pourrait bien revenir à introduire un ver destructeur à terme dans un fruit rare et précieux. Nous sommes de ceux qui aiment la démocratie directe dont les péripéties sont souvent excitantes ; mais aussi de ceux qui pensent qu’elle doit s’insérer dans un cadre juridique et politique lui conférant une assise et permettant à l’Etat d’assurer une continuité.

 

Tout cela pour dire qu’une Cour constitutionnelle aux réflexes prudents mais aux notions claires serait sans doute bienvenue. Elle n’est pas pour demain. En attendant… Le Parlement devrait prendre la mesure de sa responsabilité. L’initiative sur les minarets n’aurait pas dû être déclarée recevable. L’initiative contre l’immigration de masse non plus, en tout cas pas avant que la question de la libre circulation avec l’UE n’ait été éclaircie. Certes, on a beaucoup vanté la sagesse du peuple suisse. Le refus du salaire minimum légal et la confiance dans les Conventions collectives en donneraient une preuve. Mais en plusieurs occasions et nettement plus souvent qu’auparavant le caractère émotionnel du vote s’affirme.

 

Dimanche, le Conseil fédéral a été battu deux fois. L’échec du Gripen vient sans doute d’une série de couacs qui ont marqué les esprits. Il n’y a pas péril immédiat en la demeure mais cet échec n’en est pas moins préoccupant si l’on envisage la continuité d’une défense moderne et crédible. Pourquoi diable avoir créé ce fonds spécial pour l’aviation en l’ancrant dans une loi ? Le peuple doit se prononcer sur les principes de la politique de sécurité. Mais quelle idée de l’appeler aux urnes pour le choix d’un avion ! En revanche, l’acceptation de l’Initiative interdisant tout contact professionnel avec des jeunes à quiconque aura violé la loi dans ce domaine n’est pas une surprise. Ici c’est au Législateur et aux Juges de d’entamer leur propre examen critique. Notre Code pénal n’est pas du tout assez sévère envers les criminels dangereux et l’on a beaucoup trop sacrifié à l’idéologie de la réinsertion, en relativisant trop l’acte criminel et en ne prenant  pas assez en compte la justice qu’attendent les victimes et leurs proches.  C’est le manque de sensibilité en amont qui provoque ce raidissement en aval. On pourrait dire la même chose à propos d’un autre domaine sensible : précisément celui de l’immigration.

 

Dimanche, on a remarqué le vote des Genevois. Sur les TPG, il n’est pas raisonnable. Qui paiera pour le manque à gagner ou bien quelle stratégie de développement des prestations devra être revue ? Plus grave est le refus de cofinancer des parkings en France voisine. C’est pourtant dans l’idée qu’on trouverait de tels parkings dégorgeant les accès routiers vers Genève que l’on avait voté pour le CEVA. Bref, ici on ne saurait mettre en cause la légitimité des votes. En revanche, Genève illustre le fossé qui se creuse entre le peuple et ses élus. Pour le Gouvernement, le Parlement, les Partis habitués à des consensus majoritaires, le défi est grand.

 

En résumé, oser tracer des limites explicables aux droits populaires ; remettre en cause un héritage législatif et judiciaire trop laxiste envers les criminels ; enfin, expliquer sans relâche les nécessités de cohérence dans l’action  politique : tels sont les efforts indispensables.  Oui, il y a de quoi faire pour redresser la barque, assurer solidité, crédibilité et pérennité à notre  démocratie directe.     

 

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11/05/2014

On ne vote pas seulement sur le Gripen

Dimanche prochain on saura si le Gripen a décollé pour emporter le oui du peuple suisse. Rien n’est moins certain. Ceux qui hésitent encore devraient réfléchir : il ne s’agit pas que du choix d’un avion par rapport à d’autres qui eussent été possibles. Au demeurant, est-ce bien normal que les citoyens se prononcent sur un type d’avion de combat ? Jusqu’ici, les crédits pour les avions militaires, comme les autres crédits militaires étaient de la compétence du Parlement. Ils faisaient partie d’un programme de défense nationale dont le principe, approuvé par le peuple, est inscrit dans la Constitution. Et les citoyens ont à plusieurs reprises sèchement remis à leur place ceux qui remettaient en question cette défense nationale. Une fois, c’est vrai, les adversaires de l’armée ont, par Initiative, voulu interdire l’achat des FA18. Seul moyen à leur disposition puisque le Référendum facultatif n’existait pas en la matière. Drôle d’idée du Conseil fédéral et du Parlement d’avoir voulu consolider la légitimité et la solidité du support financier et politique pour l’aviation de combat en créant un fonds spécial basé sur une loi. D’où, soudain, une possibilité de Référendum facultatif qui fut saisi par les adversaires chroniques de l’armée, désireux d’enfoncer un coin dans l’édifice à défaut de pouvoir jeter le tout. Or, ces « anti-armée » ont vu avec plaisir des gens les rejoindre contre le Gripen avec des motifs évidemment différents. C’est ce que Lénine appelait des alliés conjoncturels objectifs à utiliser. En fait il les qualifiait d’une formule que l’on ne retiendra pas ici. En effet, il y a ceux qui doutent de l’utilité d’une aviation de combat ; ceux qui pensent que l’on pourrait attendre avant de lancer le mécanisme de renouvellement de la flotte actuelle ; ceux, enfin, qui ne sont pas convaincus par le choix du Gripen et qui auraient voulu un autre type d’avion. Ces derniers, ayant cueilli au passage quelques avis sceptique,  s’érigent en experts improvisés. Cette coalition pourrait coller au sol mouvant de notre démocratie directe ce Gripen suédois de la dernière génération.

Pour nous, l’équation est pourtant simple. Il nous faut une politique de sécurité, de Neutralité armée. Elle postule une armée de milice, avec un noyau de professionnels. Il y faut une formation des hommes , mais aussi des armes modernes de prévention et de combat qui soient crédibles. L’aviation en est un élément essentiel. La protection de notre ciel lors d’événements sur notre sol est de notre responsabilité (conférences diplomatiques et autres…)  Tous les états majors qui nous observent attendent de la Suisse qu’elle ait une aviation d’interception et de combat à la hauteur. A défaut, c’est toute la crédibilité de notre défense, de notre volonté d’indépendance qui serait entamée. Il faut donc, à un moment donné, commencer le processus de renouvellement de la flotte. C’est un processus lent. D’ici à ce que les Gripen soient opérationnels chez nous, les avions qu’ils devront remplacer seront vraiment en bout de vie, avec des pièces de rechange se raréfiant. Et croit-on que si le crédit est refusé, on trouvera rapidement un consensus pour un autre type d’avions ? Croit-on qu’un Référendum ne sera pas à nouveau lancé par ceux qui se réjouissent de toute cette incertitude affaiblissant notre défense ; ce qui est leur but.

Vraiment, il serait plus que raisonnable de laisser de côté irritations, hésitations et autres sentiments : Ce serait faire preuve de sens politique, de responsabilité que de donner le feu vert au Gripen.    

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04/05/2014

Salaires en danger

Salaires en danger

 

L’Initiative pour un salaire minimum  illustre l’adage selon lequel le mieux peut être l’ennemi du bien. C’est d’ailleurs pourquoi des politiciens de gauche et des syndicalistes marquent un certain embarras lorsqu’ils la défendent. Evidemment, lorsque l’on entend parler de bas salaires au -dessous de 4000 frs par mois et qu’on les met en regard du coût de la vie en Suisse on ne peut qu’admettre les difficultés de personnes  face au quotidien. Toutefois, les analyses nuancent le tableau général des bas salaires. Il y a beaucoup de couples concernés. Avec deux fois un salaire minimum de 4000 frs sur 13 mois ils arriveraient à quelque 10.000 frs par mois ; ce qui change les données.

 Soit, ce n’est pas une réponse pour bien d’autres. Mais là encore, nuance.  Les passants peuvent voir les affiches habiles mais réalistes montrant des jeunes qui disent en substance : «  Voulez-vous me priver de mon premier salaire, parallèlement à ma formation et dans une perspective d’intégration au marché du travail ? ». Car, en effet, ce sont nombre de premiers petits emplois pour ces jeunes qui disparaîtront.

Mais revenons aux emplois durables peu rémunérés. Il est illusoire de croire que l’on pourrait, d’un coup d’un seul, remonter les minimaux actuels sans relever logiquement ceux qui sont au-dessus. Comment une personne ayant, par exemple, suivi une formation spécialisée de plusieurs années, peut-être en ayant travaillé à côté, et qui ne gagne guère plus que 4000 frs par mois, pourrait-elle trouver normal que sa voisine sans aucune formation gagne presque autant pour un emploi de base ? Autrement dit, le salaire minimum obligatoire et général, c’est un coup de pouce fort pour élever une partie de l’échelle des salaires vers le haut, toutes branches confondues.

C’est là que le bât blesse. Nombre de branches, nombre d’entreprises, voire d’indépendants ne sont pas en mesure d’encaisser cette évolution dirigiste, contrainte et forcée. La conséquence prévisible sera une diminution de l’embauche, voire des licenciements. Au pire, quelquefois, des fermetures par exemple de petites PME. Ce n’est pas peindre le diable sur la muraille. Des témoignages de petits patrons sont clairs à ce sujet.

Enfin, qu’ont les syndicats à gagner dans ce coup porté à la réussite enviée du partenariat social en Suisse ? Avec la souplesse, l’adéquation aux possibilités de rémunération branche par branche, les négociations et les conventions collectives de travail sont un élément de la paix sociale et d’une prospérité qui se greffe sur un équilibre entre une compétitivité préservée, non entravée par des coûts excessifs et une redistribution salariale adéquate. Le résultat peut être mesuré par la comparaison avec l’Etranger. Envions-nous la France et sa presque non culture du partenariat social ? Avec son Etat intrusif à tout va ?

Il y a des arguments en faveur de l’Initiative qui ne laissent pas indifférents. Il n’est pas mauvais non plus de rappeler aux nantis que des gens, des voisins doivent se débrouiller avec peu face à des charges incontournables. On peut être agité de sentiments divers à cet égard. Mais à la fin, la question se pose ainsi : un salaire minimum tel que proposé par l’Initiative, aurait-il un effet dominant positif ou négatif ? Il y a assez d’éléments d’appréciation qui démontrent la dominante de l’effet négatif. Une majorité du peuple devrait le comprendre et rejeter cette fausse générosité.  

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26/04/2014

Ukraine:guerre mondiale?

Ukraine :guerre mondiale ?

 

Le Premier ministre du Gouvernement provisoire à Kiev, non reconnu par Moscou, a déclaré sur un ton dramatique que Poutine poussait ses pions jusqu’au risque réel d’une troisième guerre mondiale. A l’Ouest personne ne croit vraiment à ce risque et l’on voit dans ces propos une surenchère verbale d’acteurs des événements qui sont à bout de nerfs. Toutefois, celui qui s’intéresse à l’histoire réfléchit souvent à des exemples d’escalades incontrôlées. On s’occupe, cette année, du centième anniversaire du déclanchement de la première guerre mondiale. Lors du Traité de Versailles, qui mit l’Allemagne à genoux, il fut établi que cette dernière était seule responsable de toute la tragédie. Aujourd’hui, les analyses sont plus nuancées. Guillaume 2 n’espérait-il pas une réponse serbe à l’ultimatum autrichien qui eût fait descendre la pression ? Si la réponse venue avait été connue plus tôt les deux Empires centraux n’eussent-ils pas accepté une négociation générale ? A Moscou Nicolas 2 n’a-t-il pas, d’abord, incité son cousin allemand à la modération, avant d’être l’otage du parti de la guerre ? En Angleterre même, le Premier ministre et son entourage ne la désiraient-ils pas ? En France, le rêve d’une revanche et d’une récupération de l’Alsace et de la Lorraine ne fut-il pas déterminant ? Sans compter, ensuite de part et d’autre,  l’engrenage des alliances.

Eviter l’escalade irrémédiable était-il possible ? Jusqu’à quel moment ? Une guerre limitée débouchant rapidement sur une négociation était-elle envisageable, comme beaucoup le pensaient à Vienne et à Berlin, tandis que d’autres voulaient affaiblir durablement la Russie et mettre la France ko pour le compte. On était bien loin de Bismarck et de son habileté à maitriser des virages contrôlés.

Alors l’Ukraine ? Toute crise à des causes immédiates et des causes antérieures. Le statut de l’Ukraine au sein de feu l’URSS, la répartition démographique, linguistique, culturelle au sein de son territoire : autant de facteurs à considérer. Comme il faut bien voir que l’éclatement de l’URSS a été un événement traumatisant pour de nombreux Russes, dont Poutine. Et il faut aussi redire que l’Ouest, de Berlin à Washington en passant par les autres pays de l’actuelle Union européenne n’ont pas eu l’intelligence, l’instinct, la vision politique et culturelle de tout faire pour établir une relation confiante avec les Russes qu’il eût été indispensable d’aider à fond, économiquement et financièrement. Erreur peut être historique.

A kiev, le nouveau Gouvernement issu des grandes manifestations populaires n’a rien eu de plus pressé que d’interdire l’usage de la langue russe dans les écoles et pour les démarches officielles ; cela dans les régions très largement russophones. Aberrant. Enfin, soyons lucides. Au sein de la coalition qui a pris le pouvoir à Kiev, il n’y a pas que des enfants de cœur et des démocrates fiables. L’extrême droite a une présence certes très minoritaire mais inquiétante.

Cela étant, les manoeuvres de Poutine pour soutenir les séparatistes de l’Est sont évidemment graves. Après avoir obtenu la Crimée, il aurait dû, au plus,  réclamer une évolution fédéraliste en Ukraine sans jouer en même temps avec les infiltrations de ses forces secrètes et camouflées. Cet ancien du KGB, formé aux coups tordus et adepte des épreuves de force, nostalgique de l’URSS, tendu vers un but de reconstitution d’un ensemble euro-asiatique sous dominante russe, imprégné de rancune (explicable) envers l’Occident est évidemment un personnage dont on se demande si la pulsion n’obscurcit pas le raisonnement. Tant l’Union européenne que les Etats Unis se devaient de réagir. Mais ne faudrait-il pas, dans un équilibre des pressions, agir aussi su Kiev, avec l’aide de l’OSCE, afin d’ouvrir une perspective de fédéralisation de l’Ukraine sans la faire exploser ; une perspective de rétablissement progressif d’une coopération avec la Russie sans la couper de ses liens économiques avec l’UE ?

Non, il n’y aura pas de guerre mondiale à cause de l’Ukraine. Mais un retour de tensions débouchant sur une remilitarisation de part et d’autre, des conséquences énergétiques, économiques : ce sont déjà de gros dégats. Y a-t-il une possibilité d’une diplomatie forte mais concertée et intelligente afin de recadrer tout cela ? C’est la question.

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10/04/2014

Le respect devrait habiter la politique

Le respect devrait habiter la politique

La semaine qui s’achève a été marquée par le discours de politique générale du nouveau Premier ministre Manuel Valls. L’opposition avait le droit et le devoir de relever des contradictions, des imprécisions et des illusions. Il est évident que le Président et le Premier ministre sont écartelés entre leur analyse de la réalité et les turbulences agitant une majorité qui est de moins en moins homogène. En fait, c’est toute l’ambiguïté de la campagne présidentielle ayant porté François Hollande au pouvoir qui éclate au grand jour.

Il n’empêche qu’un effort, une tentative de redressement, un engagement réel émanent du Président et de son Gouvernement. Il aurait donc été normal, qu’avant de critiquer le discours de Manuel Valls, l’opposition l’écoutât avec l’attention requise par l’événement et le respect dû à la fonction. Au lieu de cela, l’opposition s’est excitée à l’Assemblée nationale, faisant monter les décibels à un niveau digne d’un chahut estudiantin. Les téléspectateurs n’auront pu qu’être consternés par cette ambiance. Leur estime pour la politique et les politiciens aura encore baissé d’un cran.

L’ancien ministre de droite et commentateur de philosophie, Luc Ferry, ne s’y est d’ailleurs pas trompé ; il a dénoncé avec colère ce comportement. Non, le débat politique, dans une démocratie saine, n’autorise pas l’ensevelissement de toute éducation. Oui la confrontation vive est l’essence du parlement. Mais elle n’empêche pas une maitrise de soi qui ne perde jamais de vue le respect des contradicteurs en tant que personnes et le respect de leur fonction. En Suisse, les débats parlementaires dérapent un peu moins. Oh, il ne s’agit pas de prôner le silence religieux. Quelques éclats de protestation, de rire même, des gestes d’irritation et un certain bruit de fond sont dans la nature des choses. Mais au-delà, c’est la politique et ses acteurs qui perdent le respect et la confiance. Or la démocratie mérite des citoyens et des représentants dignes d’elle.  

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16/03/2014

Suisse contre et par l'Europe

Suisse contre et par l’Europe

C’est peut être une marotte mais au vu de l’incertitude où est plongée la Suisse depuis le 9 février on a envie de se référer à l’histoire pour se remettre les idées en place. Etre fidèle à la Confédération c’est admettre qu’il n’y a pas de plus Suisses que d’autres : ni les Alémaniques par rapport aux Romands ni les ruraux par rapport aux urbains ni les gagnants du 9 février par rapport aux battus. La Suisse n’a cessé d’être tiraillée entre des opinions et des sentiments contraires. Sa réussite est d’avoir trouvé des équilibres et des mécanismes de vie en commun.  

Mais ce qui retient l’attention ici c’est le fil historique de ses relations avec l’Europe environnante. L’ancien Conseiller fédéral Georges-André Chevallaz, historien patriote, avait dérouté beaucoup de monde lorsqu’il avait pris position en 1992 contre l’Accord sur l’EEE, alors qu’il était à la retraite et que son successeur, Jean-Pascal Delamuraz, se battait comme un beau diable en faveur de cet Accord. C’est que le premier y décelait un danger pour la libre décision de la Suisse, pour sa souveraineté. Aurait-il voté l’Initiative UDC le 9 février ? Chevallaz voyait dans le destin helvétique une nécessité d’être toujours certes en articulation avec l’Europe environnante mais aussi à juste distance, en contre point comme il disait. Or, l’Union européenne rechercherait les alignements.

En fait, n’en déplaise à la mémoire de cet historien et homme politique de haut vol, les choses ont été et sont plus compliquées. Tous les débuts de ce que l’on appelle la Suisse se sont construits dans un cadre européen mouvant, soit le St. Empire romain germanique. Et si la prise de distance a été progressive pour une Confédération en consolidation il y a bel et bien eu une histoire singulière fortement imbriquée dans une histoire européenne. Et puis cette construction n’aurait peut être pas tenue sans l’influence protectrice de la France, dès le 16 ième siècle. Enfin, que serait devenue cette Confédération sans Bonaparte en 1803 et sans les grandes puissances de la Restauration en 1815 ? Et c’est bien en partie grâce à cette sorte d’utilité pour l’Europe reconnue par les puissances voisines que la Suisse a traversé les tragédies du vingt ième siècle. Sa propre volonté d’indépendance, déterminante assurément, n’eût cependant pas suffi à elle seule.

Au fond, c’est à une sorte d’endormissement général que l’on a assisté depuis plus de vingt ans. Au Conseil fédéral de négocier bilatéralement avec l’Union européenne des accords sectoriels, et à l’opinion de ne pas trop réfléchir, de ne pas trop débattre sur la nature et l’avenir de notre relation avec l’Europe. Pragmatisme : voilà quel était le maître mot. Or, il est évident que des questions se posent. Peut-on sauvegarder sa souveraineté, sa libre décision, par exemple sur l’immigration, en préservant ses intérêts au travers des échanges de toutes sortes tellement  cruciaux avec l’Union européenne ? Qu’est-ce que la souveraineté dans un tel contexte ? Est-elle mieux protégée en reprenant après coup des acquis communautaires ou en pesant sur l’élaboration des décisions ? L’Autriche, la Suède sont-elles moins souveraines que la Suisse, plus vulnérables dans les domaines délicats (immigration, sécurité…) moins attachées à leur identité nationale et à leur manière de vivre en commun ?

Au-delà des pistes que le Conseil fédéral, le Parlement, les partis vont devoir ouvrir et expliquer durant ces prochains mois le temps  n’est-il pas venu d’un débat démocratique plus large, plus approfondi ? Cela dans toutes les régions du pays. L’idée du Conseil fédéral était l’approche pragmatique, à petits pas, n’effrayant pas. Or, on voit que l’UDC fait de chaque pas un débat national émotif. Donc ce cheminement en clair obscur ne suffira plus. A plusieurs reprises au cours de son histoire la Suisse n’a plus très bien su où elle en était :ni en elle-même ni par rapport aux autres. Les décennies qui viennent devraient forcer à un vrai débat politique. La Suisse existant par l’Europe ou contre elle ? Ou un peu des deux manières mais alors dans quel équilibre ? La réponse n’est pas simple mais les questions ne peuvent plus être diluées sinon escamotées. Etre ou ne pas être ; ou plutôt quelle Suisse demain et comment ?

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08/03/2014

Crimée: comprendre un peu les Russes

Crimée : comprendre un peu les Russes

 

D’accord, Wladimir Poutine n’est pas rassurant. Certes, il ne craint pas l’épreuve de force. Sans aucun doute, son protégé, le Président ukrainien déchu et corrompu jusqu’à l’os ne méritait-il pas un meilleur sort. Et puis l’ordre international, donc la sécurité générale, postule le respect des entités nationales constituées, des intégrités territoriales. Mais les Occidentaux sont-ils très crédibles en donneurs de leçon se référant au droit et au respect de la souveraineté d’un pays ? Dans leur condamnation des velléités séparatistes ? Lorsque la Yougoslavie a éclaté on les a vus reconnaitre bien vite les différentes nouvelles Républiques indépendantes. Lorsque le Kosovo a voulu se séparer de la Serbie, on les a vus l’encourager, Micheline Calmy Rey parmi les premiers, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Quant aux Etats Unis, leur politique n’a cessé de viser à une sphère d’influence garantissant leurs marges de sécurité stratégique et leurs approvisionnements économiques, énergétiques. Alors, de grâce, pas trop d’hypocrisie.

On sait qu’il y a de mauvais souvenirs quant à la sécurité en Europe. Les Anglais et les Français laissant Hitler récupérer la minorité allemande de la Tchécoslovaquie : ce fut Munich qui l’encouragea à la suite. Mais Poutine présente-t-il le même risque d’engrenage vers une guerre de conquête ? Il faut tout de même se souvenir que la Crimée n’a été rattachée à l’Ukraine que dans les années cinquante, laquelle Ukraine était alors une République intégrée dans l’URSS. Il fait savoir que toute la politique séculaire de la Russie a tendu vers une maitrise de cette région, pour des raisons stratégiques, économiques et par rapport à l’identité des populations concernées.

Alors, bien sûr, on aimerait qu’une partition de l’Ukraine soit évitée et que Russes, Américains, Européens, l’OSCE que préside actuellement la Suisse s’entendent avec Kiev pour un apaisement et une solution de compromis. A cette fin, le nouveau pouvoir à Kiev

doit revenir sur des gestes malheureux et neutraliser ses nationalistes extrémistes.  Décréter que dans tout le pays, y compris dans les régions à majorité russophone, seule la langue ukrainienne serait langue officielle, langue enseignée dans les écoles, utilisée pour les contacts avec l’administration était une provocation qui a mis le feu aux poudres. Imaginons que Fribourg ou le Valais, cantons bilingues, décrètent que les Alémaniques devront apprendre et utiliser uniquement le français.

Il faut aussi se situer dans une perspective plus large. L’Occident s’est réjoui de l’éclatement de l’URSS et de l’effondrement du communisme. Il n’a pas tendu la main aux Russes autant qu’ il aurait fallu. Il ne les a pas suffisamment aidés. L’extension de l’UE et de l’OTAN jusqu’à leurs frontières les a secoués. Il y a de l’humiliation chez les Russes. Poutine joue sur un sentiment de fierté retrouvé et il lui doit sa popularité envers et contre tous les aspects critiquables. Il serait bon que les Occidentaux trouvent ici, avec lui, un compromis et ne cherchent pas une victoire diplomatique humiliante qui n’ouvrirait pas des lendemains rieurs, ni du point de vue économique, ni sous l’angle de la sécurité. Les Russes ne sont pas nos ennemis potentiels ; ils sont des partenaires à respecter jusques dans leur histoire et leurs émotions.

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13/02/2014

Christoph Blocher est "unschweizerich"

Le jugement porté par Christoph Blocher sur les Romands a suscité des commentaires indignés. Pour un ancien Conseiller fédéral, dire que si les Romands en majorité ont refusé l’Initiative UDC contre l’immigration c’est parce qu’ils ont moins de sentiment patriotique, c’est insultant. Tous ceux qui ont consacré une partie de leur vie à servir leur pays de diverses manières ont de quoi être blessés.

 

En fait de patriotisme, ce fils de pasteur devrait mieux consulter notre histoire nationale. Jamais la Suisse n’a pu trouver son équilibre sans négocier ses relations avec l’extérieur, particulièrement avec le monde germanique et avec la France. En relation et en contre-point, là furent les deux éléments de sa cohésion et de sa pérennité.

 

Mais parlons de la cohésion. A plusieurs reprises ce sont des personnalités romandes qui se sont engagées afin de la préserver, tandis qu’elle était mise à mal. Sans remonter trop loin, qui a joué un rôle crucial en 1815 pour le retour de la Suisse à une vraie indépendance ? le Genevois Pictet de Rochemont. Qui a eu une action à la fois de combat rapide et de réconciliation lors de la guerre du Sonderbund ? Encore un Genevois, Guillaume-Henri Dufour. Qui ont lié la Neutralité suisse à sa vocation humanitaire, donnant à ce pays une sorte d’aura internationale ? Les fondateurs du CICR. Et en 1917, tandis que les Suisses allemands Hofmann au Conseil fédéral et Wille à la tête de l’armée se conduisaient de manière ambigüe, aux limites de la trahison envers la Confédération qui a rétabli le courant avec les alliés et l’honneur de la Suisse ? le Genevois Gustave Ador. Enfin, durant la seconde guerre mondiale, si le Conseiller fédéral Pilez Golaz a dérapé, qui a incarné la cohésion nationale sinon le Général Guisan, un Vaudois au patriotisme suisse chevillé au corps. Oui, sans les Romands, la Suisse existerait-elle encore ?

 

En outre, le jugement blochérien est simpliste car les villes de Zurich, de Berne, de Bâle, de Zoug ont voté comme la majorité des Romands. Donc c’est une analyse sociologique et psychologique qui s’impose en regard des villes et des régions rurales ; comme si souvent dans l’histoire suisse. Heureusement, le clivage linguistique n’est pas déterminant.

 

Ou disons : pourvu qu’il ne le devienne jamais. Il faut admettre, en effet, que le sentiment des Suisses alémaniques vis-à-vis des Romands perd en empathie. Tous ceux qui occupent des charges, assument des mandats dans un cadre confédéral l’observent. On a plus de peine à accepter des Romands à des fonctions dirigeantes, surtout s’ils parlent français dans les séances ; une langue qui est de moins en moins recherchée l par nos compatriotes. Leurs ainés trouvaient cette langue confédérale séduisante et sa connaissance nécessaire. Cela s’étiole. Les évolutions des programmes scolaires dans plusieurs cantons alémaniques en témoignent.

 

En Suisse, il ne peut y avoir de patriotisme fécond que dans un esprit fédéraliste. Ce dernier doit de nourrir de respect mutuel  et , précisément,  de la conviction qu’il n’y a pas de Confédérés plus suisses que d’autres ; cela au dessus de leur diversité d’opinions sur les divers sujets. C’est triste de le constater mais les commentaires de Christoph Blocher sont <unschweizerich> et , au contraire des grandes figures romandes citées plus haut, il est un réducteur et un diviseur. Même au sein de l’UDC, même chez toux ceux qui ont voté oui dimanche dernier il s’agit de prendre ses distances avec les mots et les réactions qui nuisent à l’entente confédérale, donc à la patrie suisse.  

 

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