04/02/2015

Le mal au coeur de l'homme

Le mal au cœur de l’homme

 

Ceci devient une bonne habitude : Sur la scène du Grand théâtre l’avocat Marc Bonnant retrouvait l’intellectuel médiatisé Bernard-Henri  Lévy pour un échange d’appréciations différentes au sujet du mythe d’Iphigénie. Le personnage a fait l’objet de nombreuses tragédies, la plus connue étant celle d’Euripide. Le texte support, cette fois, était celui de Goethe. Le propos n’est pas, ici, de rendre compte de cette soirée captivante mais seulement de s’arrêter sur un aspect qui incite à la réflexion. Goethe évoque lui aussi la malédiction poursuivant la famille de Tantale, dont étaient issus Agamemnon, sa fille Iphigénie et son fils Oreste. Tout devrait donc finir en bain de sang. Or, Goethe offre une fin heureuse. La malédiction est levée, l’humanité et l’amour triomphent. Une fin qui énerve et choque Bernard-Henri Lévy. Euripide, lui au moins, ne fait lever la malédiction que par un jugement des Dieux et il en restera toujours comme une trace d’où pourrait ressurgir le drame. Chez Lévy pèsent évidemment le poids de son identité juive et de la mémoire de la Schoah.  Comment ne pas penser, après Auschwitz, qu’une malédiction poursuit les hommes et que le mal n’est jamais éradiqué. A toutes les époques, en différents lieux il jette ses griffes mortelles. Il faut regarder celle réalité en face afin d’être lucide ; mais aussi, bien sûr, de l’affronter sans cesse en gagnant des batailles partielles et temporaires Le pire est sans doute que les sociétés, au cours de l’histoire, ont très souvent voulu cimenter leur cohésion en sacrifiant des boucs émissaires. Là-dessus, les mythes et les récits religieux en disent long. Dieu n’a pas définitivement empêché cela en refusant au dernier moment le sacrifice d’Isaac par son père Abraham. Les Juifs sont bien là pour en témoigner, notamment septante ans après la libération du camp d’Auschwitz. Le terrible aussi advient lorsque les pires atrocités, comme actuellement, sont commises au nom de Dieu. Alors, faut-il admettre un Dieu qui aurait admis le mal et l’aurait laissé s’ébattre au milieu des hommes ? Non, bien sûr. C’est l’espèce humaine qui, en développant ses atouts de survie individuelle et collective a développé aussi, dans tous ses raffinements, les actions de domination, d’exclusion et d’élimination. Mais c’est l’homme qui a aussi ouvertes les portes à la raison, au sentiment d’humanité et surtout à l’amour. Ce choc entre le mal et l’amour, dans son horizontalité humaine et une verticalité tissant un rapport entre l’homme et le divin a trouvé sa fulgurance la plus éclatante dans la personne et l’histoire de Jésus.  La mal qui ravage l’humanité est pris en compte mais on s’en sauve par l’espérance donnée qui transcende cette pauvre humanité. Hélas que de crimes ont aussi été commis au nom de cette histoire d’amour suprême. C’est peut être Marc Bonnant qui a effleuré en conclusion cette espérance envers et contre tout. Il est pourtant un agnostique déclaré. Mais il voit dans le cœur de l’homme une possibilité d’aspirer au bien. Peu importe que cette aspiration s’inspire d’une foi religieuse ou seulement d’un besoin d’améliorer la condition humaine. L’important tient à cette espérance et à cet engagement qui ne glissent jamais dans le déni du mal mais qui ne nous laissent pas sombrer dans la désespérance. Alors, finalement et n’en déplaise à Bernard-Henri Lévy, si Goethe offre une fin heureuse à une tragédie évoquant la malédiction, tant mieux dès lors que l’on n’y trouve pas matière à l’angélisme mais un moment de soulagement et de sourire. Sur les peintures et les sculptures qui la représentent on voit souvent Marie sourire. Dieu que cela fait du bien.

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28/01/2015

Suisse: pas de richesse solitaire

Suisse : pas de richesse solitaire

 

La décision compréhensible et même logique de la Banque nationale a fait vaciller les certitudes d’une Economie helvétique pourtant assez confiante dans sa force et ses atouts. Sans être le moins du monde compétent en la matière, ne doit-on pas rappeler que la décision de la BNS de fixer un seuil plancher de change par rapport à l’Euro ne pouvait être opportune et bienfaisante que durant une période limitée. En somme, aucun artifice ne pouvait nous prémunir durablement contre les péripéties agitant la zone Euro. A cet égard, deux événements ont marqué les esprits. Il y a eu la décision de la Banque européenne de racheter des dettes souveraines. L’idée est de pousser encore l’Euro à la baisse et de stimuler la croissance. Et puis il y a la victoire électorale, en Grèce, du parti qui combat depuis six ans le corset de l’austérité imposé au pays. Le nouveau Gouvernement veut renégocier les conditions du remboursement de la dette grecque, auprès de l’UE particulièrement ; dette qui est énorme. Comment ne pas comprendre les réticences de l’Allemagne. Voilà un pays qui a accompli des efforts de modération budgétaire et d’adaptation structurelle de son économie tout à fait considérables. Cet effort a été soutenu par une large entente politique. Aussi la cure pénible de désintoxication de la Grèce ne peut-elle que lui paraitre aussi légitime qu’indispensable. Et si l’UE cède trop, ne sera-ce pas un mauvais signe en direction de l’Espagne, du Portugal, de l’Irlande, de l’Italie et de la France ?  En revanche, trop de rigidité sans appel d’air stimulant la croissance, donc un certain retour à l’emploi, ne risquerait-elle pas de pousser à des explosions sociales et politiques ? Autrement dit l’Allemagne aussi a intérêt à ce que la Grèce, --c’est à dire le peuple grec durement touché,-tienne le coup. Il y a beaucoup de paramètres à doser. C’est compliqué et les donneurs de leçon trop péremptoires ne sont pas très utiles. Toutefois, une chose est certaine : les coups de pouce monétaires ne sont jamais des remèdes durables. Celui de la Banque européenne ne sera efficace que si les efforts budgétaires et structurels des Etats se prolongent et même s’accentuent. Ce sont les investissements productifs qui doivent être encouragés et non pas les excroissances artificielles (par exemple le nombre de fonctionnaires dans certains secteurs mal organisés et les contraintes en tous genres pesant sur les entreprises). Souvent, des commentateurs disent que la création de l’Euro, mêlant des Etats aux économies si différentes de niveau, a été une erreur. D’un strict point de vue économique, peut être. Mais, ce lien d’essence politique n’est-il pas un élément de solidarité et de coopération poussant à la fin vers une consolidation économique de l’Europe en général ? Avec la mondialisation, face aux grands ensembles émergeants en Asie, en Amérique, le temps pour les pays européens du chacun pour soi, avec des dévaluations de monnaies nationales en guise de drogue pour les exportations, n’est-il pas révolu ?  

Autrement dit, l’Allemagne de demain ne sera pas riche si ses partenaires européens s’appauvrissent inexorablement. Et cela vaut pour la Suisse. Enormément dépendante de ses exportations mais aussi de ses importations de et vers l’UE, elle doit tout faire afin d’aiguiser sa compétitivité propre; mais elle doit également prier pour une bonne santé de cette Union européenne à laquelle un cordon ombilical vital la rattache. Au fond, l’économie à la fois si rationnelle et  irrationnelle, si régie par ses lois d’airain et pourtant travaillée par des pulsions qui la dépassent, n’échappe pas à la condition humaine. On est responsable de soi mais aussi des voisins ; autonome mais imbriqué. Ceux qui disent que tous et chacun, avant de se lancer dans leur vie et celle des autres, devraient commencer par des cours de philosophie n’ont probablement pas tort.    

 

 

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21/01/2015

Un service national obligatoire?

Un Service national obligatoire ?

Et si les vieilles obligations du temps passé étaient les meilleures recettes pour les temps nouveaux ? Dans la plupart des pays démocratiques, sauf en Suisse, on a supprimé le Service militaire  obligatoire. En Suisse, il existe mais cohabite avec un Service civil de remplacement. Toutefois, nombre de jeunes citoyens échappent à cette obligation militaire, pour diverses raisons plus ou moins bonnes, de diverses manières. En France, c’est Jacques Chirac qui a mi fin à la conscription automatique des jeunes Français. Il y avait une logique. Il fallait une armée de professionnels aguerris, aptes à intervenir sur divers terrains d’opération : Afrique, Afghanistan, Syrie etc… Même dans la conception de défense du territoire, les exigences techniques, les limites financières, la nécessité de compétences et de résistance à un niveau élevé plaidaient en faveur de ce grand changement. Et si cela avait été une grande erreur ?

Il faudrait en conclure que le Service militaire, avec toutes ses pesanteurs et ses travers nombreux, n’en était pas moins un facteur d’identification nationale. Ce n’est donc pas étonnant qu’en France, par exemple, la question ressurgisse. Le Gouvernement semble vouloir élargir le champs du Service civil. L’opposition (qu’en pense Jacques Chirac ?) évoque un Service national. L’idée, d’ailleurs, avait aussi  intéressé Ségolène Royal lors de sa campagne présidentielle de 2007. Il y a des retournements amusants. Mais oui, il faut l’envisager. On l’a dit, dans les banlieues, auprès des jeunes français issus de l’immigration et travaillés par des extrémistes qui se réclament de leur culture et de leur religion, il y a nécessité impérieuse d’une éducation citoyenne ; dans leur parcours scolaire particulièrement. Mais ensuite, un Service national , mêlant cours théoriques et engagements pratiques profitables à la communauté, ne serait-il pas une chance pour ces jeunes ? On pourrait y tenir compte, dans la constitution des groupes, d’une mixité sociale. On pourrait y imposer des conditions d’hébergement convenables mais spartiates. On pourrait commencer les journées avec l’hymne national et drapeau flottant au vent. Et puis ce qu’il faudrait d’exposés sur les valeurs de la République ( droits individuels, laïcité, liberté d’expression, devoirs citoyens…) Rien de trop lourd mais juste assez pour que cela marque.

En Suisse, le débat mérite d’être posé. Dans les années soixante, le professeur Jacques Freymond, directeur des HEI et par ailleurs Colonel, préconisait déjà un tel Service national obligatoire, incluant ce qu’on appelle le Service civil de remplacement pour objecteurs de conscience et ne supprimant pas l’obligation de principe du service militaire. Un tel Service national pourrait collaborer avec des institutions économiques et sociales. L’obligation de mettre ainsi quelques mois à  disposition de l’Etat ne devrait-elle pas s’appliquer également aux jeunes filles de vingt ans ?

Concentrés que nous sommes sur les questions de stratégie et de moyens militaires, on a oublié le rôle intégrateur  de l’engagement citoyen.  Et, depuis mai 68, on a oublié que l’individu n’a de sens que dans une liberté responsable. Mais ce binôme ne va pas de soi, surtout si l’on n’y est pas habitué dès l’enfance. Il y faut de la connaissance et de l’éducation. Il ne s’agit pas d’un retour à la Nation fermée sur elle-même. On n’est pas chez Pétain avec le slogan travail, patrie, famille. On est en démocratie pleine et entière. Mais la Nation, le Pays ont de quoi redevenir des repères, des piliers de nos démocraties : lesquelles sont appelées à collaborer les unes avec les autres en défendant des valeurs communes acquises au travers de l’histoire, et en menant une guerre conjointe pour casser le terrorisme.   

Alors oui, En France, ailleurs, en Suisse aussi pourquoi ne pas créer une Service national obligatoire ?

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17/01/2015

Formation citoyenne dans les banlieues

Formation citoyenne dans les banlieues

 

Depuis le jour où l’horreur terroriste s’est répandue à Paris, l’émotion est demeurée vive. Toutefois la période des controverses s’est ouverte, surtout depuis la sortie du Charlie Hebdo post tragédie que l’on s’est arraché. Il a provoqué des réactions violentes dans plusieurs pays musulmans et des critiques diverses dans les pays occidentaux. Jusqu’où peut aller la satire, la caricature ? Peut-on rire de tout ? Le contexte politique, psychologique, émotif impose-t-il des limites ?

Il convient d’avoir une position claire à cet égard. En principe, la liberté d’expression doit être la plus large possible. Les tribunaux se doivent, dans notre démocratie, d’être très prudents sur les condamnations. Il faut vraiment qu’un groupe spécifique, Juifs, Musulmans,  soit insulté, cible d’une parole haineuse pour que l’Etat ait devoir d’intervention. Même devoir si une personne est attaquée spécifiquement à ce titre. Pour dire les choses autrement, répétons que Charlie Hebdo était dans son droit démocratique en publiant ses caricatures. L’excès, voire le mauvais goût, le non respect d’une référence  religieuse ne sauraient être interdits. Cela appartient au cadre  de nos valeurs fondamentales ; il en va de la liberté individuelle, du principe de laïcité aussi. Il s’agit d’être intransigeant sur ce point face aux réactions, aussi violentes soient-elles-

Cela étant, la liberté inclut la responsabilité. Cela étant, il est permis sinon nécessaire de plaider, non pour une autocensure par crainte mais quelquefois pour une retenue par sensibilité. Dans la Tribune de Genève de samedi, le caricaturiste Hermann explique très bien cela.  Les, humoristes, par les mots, les écrits ou les dessins ont droit à leur liberté la plus large ;  mais ils ne peuvent afficher fièrement une totale irresponsabilité. Ils ont à y réfléchir.

Ces lignes n’enlèvent rien au fait que ces actes horribles doivent être condamnés pour ce qu’ils sont. Et c’est ici que se propage un malaise. Beaucoup de Musulmans interrogés ont déclaré que les terroristes avaient sali l’Islam. Tant mieux qu’ils disent cela.  Mais on aurait aimé les entendre plus dire  que ces actes étaient les pires menaces contre les valeurs de la démocratie dans laquelle ils vivaient et dont ils profitaient. L’autre jour, on pouvait écouter un bon débat sur France culture. Il y était question du refus de nombreux jeunes des banlieues de respecter la minute de silence à laquelle leurs écoles les appelaient. Une enseignante a même éclaté en sanglots à l’antenne en évoquant la rudesse de son métier.  De ce débat ressortait des éléments alarmants. Enorme difficulté de nombre de ces jeunes à simplement discuter avec des mots, à les définir, à prendre acte de notions telles que démocratie, nation, liberté individuelle et d’expression, renoncement à la violence : tout cela sur fond de désespérance et de repli soit disant identitaire. La connexion de ces jeunes avec un extérieur se concentre souvent, hélas, sur des réseaux internet où ils trouvent des messages de propagandistes islamiques.

Où peuvent s’affirmer la prévention, la thérapie, l’éducation ? Dans les familles d’abord qu’il faut soutenir ; dans les écoles, les filières d’apprentissage. Pour ce qui est des écoles, les accents doivent à l’évidence être mis sur une maitrise du langage : des notions de vocabulaire de base aidant à définir précisément les mots et ce qu’ils impliquent ; et sur une véritable éducation citoyenne. Que veut dire un pays démocratique, quelles libertés il porte, comment affirmer ses convictions, dénoncer ce qui vous choque en le faisant dans les règles du jeu démocratique qui est ouvert à tous. Bref, s’il s’agit de la France, comprendre que l’on peut être Musulman, Juif, Chrétien ou toute autre chose mais d’abord et surtout Français ou résident en France : donc coresponsable du fonctionnement d’un Etat laïque qui impose des règles de vie en commun. Cela vaut bien sûr en Suisse, même si le malaise y est pour l’instant moins lourd.

En ce qui concerne les banlieues françaises, est-ce trop tard ? Les pires troubles sont-ils à craindre ? Et nos pays sont-ils pour longtemps en guerre contre les foyers terroristes extérieurs et contre les groupes à l’intérieur, lesquels se nourrissent des replis identitaires de jeunes abandonnés à eux-mêmes et aux poisons reçus par internet. Un paradoxe de notre époque : une formidable ouverture technologique, d’envergure mondiale, qui favorise des enfermements mentaux et de terribles rétrécissements de l’esprit.   Trop tard ? L’avenir le dira. Mais le devoir est là, au cœur de nos démocraties : transmission des bases du langage permettant la discussion et surtout forte éducation citoyenne. On renoue avec la référence de la Cité grecque dont nous sommes les héritiers, mais avec une exigence vitale de non discrimination, d’intégration. Et dans ce défi, il y a finalement l’affrontement entre les pulsions de vie et de mort ; entre la capacité de vivre ensemble et les perspectives de guerres civiles.     

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07/01/2015

Nos valeurs face à l'horreur

Nos valeurs face à l’horreur

Nous sommes tous horrifiés par l’attaque meurtrière et monstrueuse contre les rédacteurs et dessinateurs de Charlie Hebdo. L’indignation, la dénonciation, la compassion et la solidarité sont les premiers mots qui viennent à la bouche. Cela étant, relevons qu’il s’agit d’un choc frontal entre , d’une part, une pointe acérée de notre monde démocratique et, d’autre part, l’extrémisme fanatique qui secoue le monde musulman. C’est un choc tragique aux frontières de deux civilisation ; aux frontières et, Dieu merci, non pas au cœur. Charlie Hebdo, qu’on l’apprécie ou non, s’en prend à tout ce qui lui parait critiquable et risible à tout ce qui passe devant son cham de vision. Il le fait avec une verve polémique tant par l’écriture qu’au travers des caricatures. Mahomet n’y est pas plus étrillé que Jésus ou le Pape. En fait, dans son genre qui n’est pas celui qu’apprécie le plus un vieux Libéral genevois,  Charlie Hebdo a sa place dans notre cohérence démocratique,  en ce sens qu’il use largement de cette valeur fondamentale qu’est la liberté d’expression. Et si cette dernière peut être limitée par le Droit dans certains cas ( diffamation, calomnie…) elle ne saurait l’être de manière générale.  Une auto censure par peur et devant la pression serait déjà un échec de notre démocratie.

A l’inverse, Les Musulmans fanatiques illustrés en Irak et en Syrie par le soit disant Etat islamique n’ont qu’une idéologie politico-religieuse absolument totalitaire. Dans les illustrations de nos valeurs démocratiques, ils ne voient que décadence, blasphème et pourriture. Le monde occidental est un Satan à détruire. Mais les Etats musulmans dits modérés ou vus comme complices des Occidentaux sont aussi des renégats à pousser en enfer. Souvenons nous du massacre des enfants au Pakistan. Même horreur. Il n’y a donc pas de compréhension, de compromis possible entre ces deux positions. Nous sommes en guerre contre les Islamistes fanatiques. Ce qui s’est passé à Paris peut advenir demain à Genève.  Nous sommes en guerre au côté des Musulmans qui se trouvent être également leurs cibles.

Naturellement, comme nous y invitent les grands dignitaires religieux, gardons nous de tout amalgame, de toute généralisation. La majorité des Musulmans de France et d’Europe sont aussi étrangers que nous à cette horreur. Toutefois, ils le seront aux yeux de tous à condition de se rallier pleinement aux valeurs fondamentales des pays démocratiques dans lesquels ils vivent : la la laïcité émanant de l’Etat et des administrations publiques, écoles publiques comprises,  droits égaux entre hommes et femmes et acceptation du grand principe de la liberté d’expression même choquante, sous réserve de protection individuelle.

Nous devons, en Europe, être beaucoup plus clairs et plus fermes sur nos valeurs et nos principes, sans mollesse complaisante aux allures d’engrenage vers une dilution de nos assises. Il faut dire non à l’instrumentalisation populiste de ces faits contre les étrangers ; mais il importe d’affirmer que tout résident dans nos pays démocratiques doit accepter nos règles de vie en commun, quitte à supporter quelque distance avec certaines habitudes culturelles amenées avec lui.  

Quant à la résistance absolue contre les fous de Dieu elle doit être commune, intransigeante, avec des réactions et des sanctions à la hauteur de la menace et de nos valeurs. Il n’est plus question de réinsertion. Unis derrière nos autorités aux responsabilités, nous sommes en guerre au nom du droit de vivre  libres : libres aussi de nous référer à un Dieu d’amour et non de haine obscurantiste.    

 

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12/12/2014

Présent insaisissable avenir inconnu

Présent insaisissable avenir inconnu

Peut être est-il confortable de ne pas trop réfléchir au sens des choses, de ne pas vivre le présent en nous liant à une interrogation sur l’avenir. Mais les animaux qui n’anticipent pas ne sont pas épargnés par l’émotion et l’angoisse. Chez les hommes, il y a des philosophies qui prônent le détachement, mais elles se posent dans les marges de l’histoire humaine en marche. Et puis, finalement, c’est le poids mais également l’intérêt de la condition humaine que de s’interroger sur le présent et sur l’avenir qui se prépare.

Voilà ce que l’on se disait en écoutant, l’autre soir à la Société de lecture, une conférence du penseur et économiste  Thierry Malleret, invité par un Groupe de réflexion dont Yves Oltramare a eu l’idée. Beaucoup d’éléments ont évidemment passé dans cet exposé. La puissance de la Chine mais aussi les risques pour elle-même et donc pour le monde. Le poids croissant d’autres pays émergents, Brésil, Inde… La puissance persistante des Etats-Unis mais confrontée à un monde multipolaire empêchant tout ordre imposé. Un facteur démographique qui fait de plus en plus surgir l’importance de l’Asie, de l’Afrique. Des crises et des conflits qui éclatent un peu partout, rapides, contagieuses, quand bien même les causes profondes viennent souvent d’événements historiques lointains. Une Europe qui vieillit, qui cherche laborieusement à articuler sa structure. Des flux migratoires qui font peur. Des réactions populistes dont on ne sait pas jusqu’où elles pourraient aller. Nos systèmes démocratiques à l’épreuve devant  cette immédiateté, cette transparence laissant peu de place au temps de la pensée, cette accélération de tout qui provoque des réactions plutôt que des actions nourries de réflexions qui permettraient des stratégies coordonnées, cohérentes et continues. Bref, les acteurs nominalement responsables, politiciens, chefs d’entreprises, banquiers… ont-ils encore prise sur le cours des choses ou bien de ne sont-ils que des figurants prenant des postures et s’agitant au bord d’un flux de l’histoire qui leur échappe ?

Oui, après avoir écouté ces propos, on sortait bien songeur à l’air frais. Et la question d’un auditeur résonnait dans les têtes : bon et alors qu’est-ce que l’on fait ?

A chacun sa réponse. Exprimons en une ici, en cette période où se commémore l’Escalade. Lorsque tout devient insaisissable, c’est le moment de s’accrocher d’abord à des valeurs fortes et simples, à ce qui fonde nos identités. La culture de la vie en commun, une liberté individuelle trempée dans un sens de la responsabilité, l’apport à la recherche de solutions collectives aux divers échelons : proximité, national, continental, mondial. Osons dire que c’est un peu cela l’esprit dit de Genève. Et puis il faut associer deux jumeaux en soi : celui qui sait que tant de choses lui resteront inconnues et celui qui pourtant s’engage résolument au nom de ses valeurs, dans le sens de ce qu’il croit être le mieux pour le présent et pour préserver l ’avenir. A vrai dire, tout au long de l’histoire des hommes il y a eu de ces engagés qui ne savaient pas vraiment comment les événements allaient tourner et qui se sentaient si minuscules. A la fin cette cohorte d’hommes et de femmes s’exposant sans peur et sans reproche devant le présent ont contribué, sans que cela soit mesurable, à la marche de l’histoire. C’est vrai, beaucoup nous échappe. C’est vrai, modeler l’avenir est de plus en plus aléatoire. Mais tant qu’il y aura des hommes et des femmes voulant observer, réfléchir, se regrouper afin de donner du sens à leur vie et à la vie, le pire ne sera pas certain et des lueurs d’espoir éclaireront le  chemin broussailleux que nous offre l’avenir.  

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01/12/2014

Votations:réfléchir plus librement

La Suisse a ce privilège unique de connaitre une démocratie semi directe. Ainsi ce droit d’initiative depuis 1891. Il a été instauré alors comme instrument donné à des minorités trop peu représentées au Parlement. Il en est fait aujourd’hui un usage compulsif et abusif. Toutefois, le Conseil fédéral et le Parlement ont le devoir de respecter un vote populaire et de le traduire autant que possible dans la loi d’application et dans l’action politique. Ainsi pour la suite, difficile à maitriser, du 9 février. De manière réciproque, lorsque des auteurs d’initiatives perdent, ils ont le devoir de respecter le vote de la majorité et non pas d’affirmer aussitôt qu’ils reviendront à la charge rapidement d’une façon ou d’une autre. Le peuple a confirmé l’indépendance de la Banque nationale. Il a admis l’utilité des forfaits fiscaux et la compétence des cantons en la matière. Frappant a été le refus par le peuple genevois et de l’Initiative cantonale sur ce sujet et même du Contre projet du Conseil d’Etat et du Grand Conseil. Prenez en acte mesdames et messieurs les auteurs de ces initiatives. Respectez le peuple et la démocratie. Ce vote n’a pas été celui d’un cercle de privilégiés mais celui d’une très forte majorité de bon sens.

Reste Ecopop. Eh bien là aussi, il faut prendre acte et respecter le vote ; ce que certains membres du Comité d’Initiative ont du mal à faire. La réaction d’un Philippe Roch, au contraire, a reflété son respect de la démocratie. Mais ici, et en regard également du 9 février dernier, il y a évidemment des réflexions qui s’imposent. Tant mieux si la marge et la crédibilité du Conseil fédéral vis à vis de l’Union européenne en sortent renforcées. Mais la législation d’application devra bien s’en tenir au principe voulu des contingents, quitte à ce que ceux dévolus aux Européens rassurent ces derniers. Négociations difficiles. Cela étant, il est incontestable que l’augmentation de la population résidante en Suisse pose et posera des problèmes, nécessitera des mesures : sur l’aménagement du territoire, des villes, des infrastructures de transport permettant la mobilité sans charger trop le climat. A tout cela il convient de réfléchir plus librement, sans pression, mais de vraiment y réfléchir. Quant à l’immigration de masse que l’on ose ( même si ce n’est pas politiquement correct…) qualifier de non désirée, il s’agit de l’affronter en concertation européenne. Ni la Suisse ni les pays voisins ne peuvent accueillir sans danger des vagues croissantes issues de la misère du monde. En revanche, l’érection de remparts défensifs, les renvois inévitables ne peuvent qu’être une réponse partielle ; surtout dans une perspective à long terme. Si l’on observe l’Afrique, par exemple, le soulagement ne viendra que d’un meilleur équilibre économique et politique entre les deux côtés de la Méditerranée. Il n’y a pas de choix. Il faut aider les pays déstabilisés, aider les pays limitrophes submergés par des réfugiés, encourager les investissements sur place, les divers éléments clés de développement : dont la formation et la consolidation des Etats, des administrations. Une réussite progressive de l’Afrique, pour prendre cet exemple, est un facteur de sécurité et de stabilité pour nous. En menant une telle politique, à la fois de protection et d’ouverture, on ira à la rencontre des préoccupations légitimes portées par l’Initiative du 9 février et aussi par celle d’ECOPOP, aussi regrettable qu’ait été le succès de la première et aussi excessive qu’ait été la seconde. En définitive, on aimerait voir le Conseil fédéral, le Parlement, les Partis pivots être davantage dans la proposition, l’action que dans la réaction aux coups de sang populaires.

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30/10/2014

Ecopop: la tentation dangereuse

Ecopop :la tentation dangereuse

 

Il ne faut jamais mépriser ou dénigrer les motivations profondes et sincères de ceux dont on combat les propositions. Cela s’applique particulièrement à Philippe Roch, ancien Secrétaire d’Etat à l’environnement, lequel est la personnalité la plus marquante qui soutient l’initiative Ecopop. En fait l’homme a évolué. En quittant la vie publique il a endossé un rôle de prophète qui aimerait n’être pas de malheur. Il pointe du doigt tous les paramètres de notre vie sur cette planète, voit tous les clignotants virer au rouge et prédit une course vers le mur si nous ne changeons pas énormément nos repères, nos buts et nos comportements. Il s’agit bien sûr de sauvegarder notre environnement naturel et nos possibilités de vivre ensemble. Parmi les dangers il y a, selon lui,  cette augmentation continuelle de la démographie, due évidemment à une immigration que réclame sans relâche notre course non maitrisée à la croissance économique. Voilà, en condensé réducteur, la raison de son soutien étonnant à cette Initiative Ecopop sur laquelle le peuple et les cantons vont prochainement voter.

Les effets négatifs de cette Initiative, si elle passait, seraient redoutables. Le Conseil fédéral, les partis politiques et les milieux économiques se mobilisent, saisis d’effroi. On doit déjà  surmonter les conséquences de l’Initiative acceptée le 9 février ! Laissons ici les arguments économiques qui seront largement développés et abordons l’affaire sous un autre angle. Il ne serait pas possible ni raisonnable de limiter arbitrairement le nombre d’habitants d’un pays et de régler sur un pourcentage minimum son augmentation annuelle. On ne va pas, à la chinoise, limiter le nombre de naissances. Quant à l’immigration régulière, elle répond au flux vital de nos pourrait brider trop sans s’isoler ni s’étrangler plus ou moins. En réalité, le grand danger ne vient pas d’une augmentation normale de la population, sur place et par l’immigration choisie. On doit pouvoir accompagner cette évolution par des mesures diminuant les effets négatifs sur l’environnement : production plus rationnelle d’énergie, incitation à une consommation moins dispendieuse, inflexion des comportements, aménagement intelligent des infrastructures. Non, le danger vient d’une immigration incontrôlée. L’arrivée massive, durant ce siècle, de personnes venant d’autres continents sera-t-elle une fatalité et une telle situation sera-t-elle  maitrisable ? On a lu et entendu récemment que selon des prévisions statistiques, l’Afrique aurait plus de deux milliards d’habitants dans quelques décennies, avant la fin du siècle. En contraste, les Européens disons de souche n’augmenteraient pas tellement. Ajoutons à cela les guerres, les déstabilisations d’Etats dont nous entendons parler tous les jours, la misère de tant de gens.  Alors oui, il y a un risque d’immigration débridée vers l’Europe avec toutes les conséquences imaginables. La Suisse, comme ses voisins, pourrait être entrainée dans une déstabilisation affolante. . Mais, mon cher Philippe Roch, ce n’est pas l’Initiative Ecopop qui nous protégera. Elle ne pourrait que casser notre ressort vital à relativement brève échéance. Et les solutions blochériennes radicales de rempart contre l’immigration ne résoudront pas le problème ; même si une réglementation légale stricte de l’immigration extra européenne est pourtant indispensable, n’en déplaise aux angéliques. Michel Roccard disait déjà que nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde. En revanche, tout montre que nous sommes impliqués jusqu’au coup dans les déséquilibres et les équilibres du monde : économiques, sociaux, politiques. Pour en revenir à l’Afrique, par exemple, le défi est que les pays africains réussissent à développer une économie, des structures, des Etats qui ouvrent des perspectives à leurs populations à leur jeunesse. Chimère ? On sait que certains de ces pays ont une forte croissance économique et que des ressources naturelles considérables s’y trouvent. Nos vieux pays développés et les pays émergeants ont un devoir et un impératif pour leur propre avenir : aider beaucoup plus au développement, inciter aux investissements dans ces pays, aider à les reconstruire, soutenir les Etats voisins des zones en tensions et en guerres dans leur accueil des réfugiés, bref accomplir tout ce qui est en leur pouvoir afin de diminuer les déséquilibres dans le monde et ainsi faire baisser une pression migratoire qui s’annonce redoutable. C’est à cette échelle internationale que se posera la question démographique, ses équilibres ou ses déséquilibres. C’est aussi à cette échelle que se posera toute la question de l’environnement. Alors, cher Philippe Roch, une fois cette Initiative écartée et vue comme un signal d’alarme, nous pourrons écouter à nouveau des propos lucides et prophétiques dont nous avons assurément besoin.  

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14/10/2014

Suisse-Europe: reprendre la main

Suisse-Europe : reprendre la main

 

Plusieurs réactions intéressantes viennent d’être observées à propos des relations de la Suisse avec l’Union européenne. Il ya d’abord celle de Christoph Blocher. Le tribun nationaliste n’exclut plus une solution qui permettrait de ne pas soumettre à de stricts contingents les immigrants venant de l’Union européenne.  Après tout l’Initiative du 9 février dernier ne parlait-elle pas de limites à l’immigration de masse, sans nommer expressément l’Union européenne ni même demander la fin d’accords bilatéraux avec cette dernière. En fait, Christoph Blocher a constaté que les sondages font ressortir une majorité de citoyens en faveur d’un Accord avec l’UE et que de nombreux milieux économiques commencent à donner de la voix. Ainsi, la victoire de l’UDC le 9 février pourrait ne pas être porteuse lors des élections fédérales de l’année prochaine. Il ya aussi le PLR qui invite à une interprétation de l’Initiative, devenue article constitutionnel. Pour lui, on devrait pouvoir respecter le vote du peuple en élargissant au maximum les contingents de personnes en provenance des pays de l’Union européenne et en rétrécissant d’autant les contingents venant de pays hors Union. C’est un peu la réalité actuelle mais en extension dans les deux sens. Le problème est que l’UE ne veut pas transiger sur le principe même de la libre circulation. Voici le Conseil fédéral nanti d’un mandat de  négociation. L’idée est qu’il essaye et puis on verra bien… Deux autres partis gouvernementaux, le PDC et le PS ne croient guère à tout cela. Il en va de même au PBD et chez les Verts. De ce côté on s’appuie sur les sondages et l’on pense qu’il faudra revenir prochainement devant le peuple en l’invitant à approuver à nouveau l’Accord sur la libre circulation avec l’UE et à exprimer son désir que se poursuive la voie des négociations bilatérales. Il se pourrait donc que la question européenne revienne au centre des débats dans la campagne électorale de l’année prochaine. Ce serait une bonne chose.

En effet, depuis des années, c’est l’UDC qui dicte l’agenda et le fond de ce débat. Subissant les Initiatives en cascade, le Gouvernement, le Parlement, les autres partis, les médias, bref un peu tout le monde sont en réaction, en défensive. Un groupe de personnalités venant de plusieurs horizons s’expriment maintenant haut et fort. Elles ont produit un véritable manifeste politique et intellectuel. Il y est affirmé la nécessité d’une vision, d’une stratégie, d’une communication claires sur nos relations avec l’Union européenne. Le mot magique de pragmatisme ne suffit plus à conduire et à faire approuver notre politique. La démonstration en a été faite le 9 février. Cette sorte de profil bas, loin de faciliter les démarches, de laisser mûrir l’opinion a laissé le champ libre aux Blochériens.  Ils interprètent l’histoire suisse en la déformant. Ils font croire à un avenir radieux dans le choix d’une voie solitaire avec des négociations au coup par coup. Tout indique que ce serait l’impasse diplomatique avec des conséquences dommageables pour la Suisse. Qu’importe : ils donnent l’impression d’avoir des convictions patriotiques et d’offrir une politique nationale. C’est assez tendance dans plusieurs pays européens. A d’autres occasions, des réflexions sur ce point mériteront d’être développées. Toujours est-il que l’heure a sonné d’un réveil intellectuel, civique et politique rassemblant des esprits lucides et décidés. Il faut définir une position, un mouvement au sujet de nos relations d’ensemble, institutionnelles avec l’Union européenne ; dans une vision de la place de la Suisse, à tous égards, au cœur de ce continent. Il faut définir et expliquer la nature et les degrés des liens à organiser avec le pôle européen. Oui, il faut reprendre la main dans ce domaine essentiel. Le Conseil fédéral, le Parlement, les partis y seront d’autant plus enclins que se manifestera un engagement citoyen au sein de la société civile.

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30/09/2014

Pas de fédéralisme occasionnel

Pas de Fédéralisme occasionnel

 

A peine connu le résultat du vote national sur l’Assurance maladie, les vaincus romands, mais vainqueurs chez eux, ont relancé la bataille pour la Caisse unique. On a entendu les Conseillers d’Etat vaudois et genevois, Pierre-Yves Maillard et Mauro Poggia, plaider en faveur d’une possibilité cantonale d’instituer une Caisse unique. En clair, Vaud, Genève, Neuchâtel et le Jura auraient le droit de l’instituer tandis que les autres cantons en resteraient au statu quo de la diversité des caisses ; statu quo tempéré par la nouvelle loi à bout touchant sur la surveillance des Caisses.

Afin d’obtenir une telle ouverture, il faudrait une modification de la loi fédérale. Les Cantons concernés pourraient demander cela au Parlement par voie d’initiatives cantonales. Mais cela ne suffirait pas. La discrimination entre assurés sur le territoire suisse serait très probablement contraire à la Constitution. Il faudrait donc modifier celle-ci. Et le chemin le plus direct serait une nouvelle Initiative populaire allant dans ce sens. On voit mal une majorité des Chambres fédérales accepter de modifier la loi de cette manière ni une majorité du peuple et des cantons modifier la Constitution. Et heureusement.

Cette réaction et cette proposition sont choquantes.  Tout d’abord relevons que les majorités acceptantes de la Caisse unique, notamment à Genève et Vaud, n’ont rien d’écrasantes. Mais ce n’est pas l’essentiel. On ne peut pas prôner ainsi un fédéralisme occasionel. Oui, il faut veiller à ce que les Cantons gardent assez de compétences propres. L’avenir du fédéralisme est à ce prix. En revanche, lorsqu’une compétence est devenue fédérale et que sa concrétisation fait l’objet d’un vote populaire à l’échelon national, ce vote doit être reconnu et assumé par les perdants comme par les gagnants. Les perdants peuvent enrager mais ne sauraient réclamer un fédéralisme d’opportunité. Sinon, les Cantons qui avaient accepté en 1992 l’Accord sur l’EEE auraient pu demander à en bénéficier eux seuls. Le Valais qui avait massivement refusé l’Initiative de Franz Weber sur les résidences secondaires aurait pu réclamer le droit de ne pas l’appliquer. Les Cantons majoritairement contre l’Initiative du 9 février contre l’immigration de masse auraient pu exiger le droit de ne pas l’appliquer chez eux etc…Dire que la question de l’Assurance maladie serait un cas unique ne convainc absolument pas. Un principe est un principe, sauf à instiller une insécurité dans le fonctionnement de nos instituions, de notre fédéralisme et imaginer un Etat à géométrie variable au gré des vents. Un vote de la majorité du peuple et des cantons suisses est un acte que personne, que nul canton n’a le droit de contourner. On peut assouplir des applications, non reprendre la proposition rejetée.

Il est curieux de voir un ministre cantonal socialiste se présenter ainsi en héraut d’un fédéralisme d’opportunité et d’occasions. Habituellement la gauche vise plutôt une centralisation. En l’occurrence, ce rebondissement du débat dépasse l’objet. Il s’agit vraiment d’un enjeu institutionnel sérieux. Puisse cette tentative s’enliser avant qu’il  ne faille à nouveau trancher en votation populaire.

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