22/04/2015

Le cimetière marin: que faire?

Le cimetière marin : que faire ?

 

Avec l’âge il faut essayer de gagner en honnêteté intellectuelle. Les naufrages tragiques et les noyades affreuses en méditerranée nous frappent, nous choquent mais ne nous empêchent pas de dormir. La succession sans relâche des informations sur les drames du monde éveille parfois nos consciences, par à coups, mais anesthésie malheureusement nos sensibilités dans la durée. Il y a d’abord notre vie, ici et maintenant. Ce n’est pas cynique de dire cela, c’est réaliste et, oui, un peu honnête. Ah , pour ceux notamment qui sont nourris de culture chrétienne il y a cette image du Christ souffrant qui s’agite dans les têtes. J’étais migrant et vous m’avez accueilli, aurait-il dit en substance. C'est-à-dire que chaque porte ouverte au réfugié le serait au Christ. Quel rappel et quel appel ! Mais on pense aussitôt au passage des frères karamazoff de Dostoïevski. Le grand inquisiteur qui dit à Jésus revenu sur la terre : tu nous assommés avec un message d’Amour total et tu nous a laissés nous débrouiller pour organiser la vraie vie des hommes, avec tout ce que cela comporte de difficultés, de complications, d’affrontements, d’équilibres à trouver.

Bien sûr qu’il faut des messages forts rappelant des valeurs essentielles. Bien sûr que c’est l’oubli, l’indifférence qui ont permis tant d’atrocités. Le procès de l’ancien comptable d’Auschwitz illustre la triste conclusion d’une Hanna Arendt : la banalité du mal. Mais la réponse ne peut sérieusement pas être d’accueillir toute la misère du monde en acceptant sans autre tous les migrants qui veulent gagner l’Europe. On dit souvent que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Imaginez que des flux ininterrompus se déversent vers l’italie puis vers les autres pays européens, venus d’une Libye en plein chaos institutionnel et politique. Allons faisons d’abord un peu d’auto critique. Il fallait sans doute empêcher Kadhafi de massacrer son peuple. Mais fallait-il le casser totalement en n’ayant rien pour le remplacer ? Il avait promis que sa chute entrainerait une migration incontrôlable, que lui endiguait. Ce n’était pas faux. De même, on voit le résultat de l’élimination d’un Saddam Hussein dont on sait qu’il n’avait pas d’armes de destruction massive. C’est triste de se demander si la présence de ces personnages odieux n’était pas moins nocive que leur élimination brusque sans vraie et fiable solution de rechange. On en vient à se dire qu’un professionnel réaliste sans états d’âme comme Henry Kissinger a eu une influence plus bénéfique sur les équilibres mondiaux qu’un Bernard Henry Lévy appelant à la croisade contre les Diables. Eh oui, ce n’est pas simple la politique à l’échelle du monde.

Toutefois, la migration est là. On ne peut l’ignorer, ni par souci d’humanité ni par réflexion sur notre sécurité à moyen et à long terme. Il y a ces passeurs odieux qu’il faudrait éliminer militairement. Il y a cette Libye qu’il faut remettre sur pied et remettre en mesure de collaborer au reflux des migrants utilisant son territoire. Il ne s’agit pas de rejouer le scénario de la barque pleine comme lors du refus de Juifs fuyant le nazisme. Mais qui ne voit que de très nombreux migrants viennent non pas pour fuir les persécutions mais pour trouver un avenir meilleur que nous ne pouvons pas, globalement, leur offrir ! Qui ne voit les déséquilibres et les situations explosives de ghettos dans nombre de villes européennes ! Qui ne voit le risque que ces pressions, et la non maitrise du problème  n’exacerbent les réactions nationalistes et xénophobes ! Oui il faut aider l’Italie. Oui il faut une collaboration et une coordination des pays européens, dont la Suisse. Oui, il ne faut pas oublier le cœur. Mais comprenons que l’affaire est très compliquée, pleine d’éléments qui se contrarient et qu’il n’existe pas de solution simple. Comprenons qu’il ne s’agit pas seulement de trouver des parades et des ouvertures à court terme mais qu’il s’agit d’évaluer les conséquences à long terme pour nos sociétés, pour leur équilibre.

Alors, merci à ceux et celles qui secouent notre indifférence. Mais que ceux-là admettent la difficulté de trouver er de mettre en œuvre les moins mauvaises solutions.    

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14/04/2015

Vers l'écologie sans les écologistes?

Les commentateurs n’ont pas manqué de relever les résultats de l’élection cantonale à Zurich. Non seulement parce que tout ce qui se passe à Zurich concerne toute la Suisse ; mais à cause du nouveau recul électoral du Parti des Verts. Les Verts libéraux ne font guère mieux. Est-ce à dire que les récentes préoccupations d’ordre économique, financier et social ont pris le pas de manière irréversible sur les préoccupations écologiques ? Les craintes sur le nucléaire, le réchauffement climatique et ses conséquences ne feraient-elles plus recette ? Les choses ne sont pas si simples. Mais on peut se poser d’emblée une question originelle. Les Verts n’auraient-ils pas dû rester un mouvement fort, accroché à un signal d’alarme, exerçant un effort continu sur les autorités et tous les partis, qu’ils fussent de gauche ou de droite ? Au lieu de cela, les Verts sont devenus un Parti de gauche, que  sa teinte écologique certes forte n’apparente pas moins à la Gauche socialiste. Franchement, qu’est-ce qui différencie clairement, par exemple, la Conseillère nationale écologiste Adèle Thorrens, qui ne manque pas de charisme, d’une Géraldine Savary Conseillère aux Etats socialiste qui n’en manque pas non plus ? La première déclinait l’autre jour à la radio ses positions à propos de la sécurité sociale, de l’asile et autres dossiers qui auraient pu aussi bien être exprimées par la seconde. Or, les temps économiques moins faciles qu’aborde la Suisse sont  de nature à rendre plus convaincants les partis de droite et du centre. Sans doute existe-t-il les Verts libéraux. Eux sont moins étatistes et plus attentifs aux mécanismes du marché. Ils n’en ont  pas moins des abcès de fixation , telle leur idée d’impôt écologique, qui a aussi hérissé nombre d’électeurs. Et finalement, ils sont un peu assis entre deux ou plusieurs chaises ; même s’ils rêvent d’un rassemblement allant des Verts au PDC dont ils seraient le pivot. On peut toujours rêver.

En fait , la politique est compliquée. Les problèmes écologiques qui grandissent sont graves à terme et exigent des options, des directions. Mais des virages sur l’aile à 180 degrés ne seraient pas possibles sans mettre en danger l’approvisionnement énergétique, la compétitivité économique, l’emploi et donc la prospérité laborieusement acquise, même si tous n’en cueillent pas les meilleurs fruits. Il y a donc des équilibres à définir et à trouver. Mais pour cela il faut des pressions. Les avocats compétents de l’écologie constituent et doivent constituer un groupe de pression indispensable. Quant aux Partis traditionnels ( notamment le PLR et le PDC) ils ont besoin de fortes discussions internes incluant la dimension écologique. Sur leurs listes électorales aussi, il est ou serait salutaire que figurent des personnalités bien en phase avec les enjeux économiques et financiers, mais motivés pour proposer des pistes écologiques dynamisant les entreprises et l’innovation en général.  On a besoin, encore une fois, de discussions ouvertes incluant les différents points de vue. Rien ne serait plus regrettable que de baisser le nez sur le guidon et de ne pas vouloir qu’une maturation démocratique propose des équilibres, cela dans une vision à moyen et à long terme.

Alors, la question se pose. Des citoyens pénétrés de sensibilité et de réflexion écologique, il en faut et il en faudrait de plus en plus. Mais Les Verts et même les Verts libéraux, en tant que partis qui se plongent à s’y perdre dans toute la mare politique, apportent-ils vraiment une plus value spécifique au grand débat qui s’impose à tous ? C’est une question.

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24/03/2015

Extrême droite: combattre sans diaboliser

La France a voté et votera à nouveau dimanche prochain. Ces élections départementales ont une importance de proximité mais ne présentent pas un enjeu crucial. Pourtant nous avons assisté à une véritable psychose autour des prédictions sur une vague déferlante du Front national : une vague bleu marine. Le FN a marqué des points mais la déferlante n’a pas eu lieu. La Droite et le Centre reprennent du poil de la bête, la Gauche recule mais ne sombre pas corps et bien. Mais voici que la courte campagne pour le deuxième tour reprend le mot d’ordre : faire barrage à cette extrême droite qui foulerait aux pieds les valeurs républicaines. Contre elle, appel solennel du  Premier ministre. Tout ça pour ça ! 

En Suisse, il n’y a pas de grand parti diabolisé de la sorte en tant qu’extrême droite. Pourtant l’UDC déroule un programme qui séduit beaucoup Marine Le Pen. Mais un Christoph Blocher conjugue son nationalisme avec son goût professionnel pour la globalisation des affaires. En revanche les campagnes politiques ont eu leur lot de dérapages. Souvenons  nous des moutons noirs. Et le MCG à Genève, qui compte des électeurs et des élus très estimables, en compte aussi quelques uns dont on se demande ce qu’ils auraient été dans les années trente : dont leur chef de file Eric Stauffer qui a une notion très personnelle quant à la dignité de sa fonction. Quant à l’UDC elle pousse aux limites du système suisse sa double position de parti gouvernemental et de parti d’opposition, dressant plus souvent qu’à son tour le peuple contre les autorités. Toutefois, l’incroyable démocratie helvétique absorbe en quelque sorte ces tensions sans jamais en faire des secousses au parfum révolutionnaire. Cela ne signifie pas que ce harcèlement mené par l’UDC ne soit pas à la longue un danger pour le fonctionnement de notre système politique.

Il faut cependant équilibrer l’analyse. En France, aux Pays bas, au Danemark, ailleurs et en Suisse les électeurs qui votent pour des partis aux programmes extrêmes traduisent leurs inquiétudes et leurs réflexes défensifs. La question de l’immigration mal contrôlée, en partie subie provoque ces réactions et des amalgames simplificateurs. Que serait la Suisse sans l’apport des étrangers ? Mais elle ne saurait sans risque ouvrir ses portes à toutes les personnes en quête d’un sort meilleur. Un point d’équilibre politique difficile à définir et à tenir. Ignorer les soucis des citoyens serait une faute grave. Courir trop après les propositions excessives : une faute tout aussi grave.

Et puis soyons clair. On parle toujours de l’extrême droite. Mais les mêmes qui dénoncent des collusions même tacites s’offusquent beaucoup moins des programmes d’extrême gauche. Que l’on sache les communistes, les marxistes dits révolutionnaires, les chantres du Front de gauche n’ont pas grand-chose à envier à l’extrême droite. Leur attachement réel, profond à la démocratie, qu’ils qualifient souvent de formelle,  mérite autant de scepticisme. N’oublions jamais, pour citer une référence historique épouvantable, que Staline et Hitler furent alliés avant d’être des ennemis mortels. Et que tous deux méprisaient également toutes les valeurs qui nous sont chères. Alors, là aussi un peu d’équilibre.

 

Certes, il y a des digues à préserver et des dérapages à dénoncer comme tels. Des propos racistes évidents, des résurgences antisémites visibles sont à contrer par le verbe et, s’il le faut, par la justice. Mais n’allons ni trop vite ni trop loin dans ces réactions car cela finirait par énerver une grande partie de l’opinion. Là encore, trouver la bonne mesure. En effet, l’essentiel tient à ceci. Il faut accepter la confrontation, voire le dialogue sur certains points avec tous les acteurs de la démocratie. Il faut éviter toute diabolisation de principe. M ais il faut tenir sur sa ligne, et ne jamais se laisser contaminer par la propagande extrémiste martelée. Fermeté sur le fond, comportement solide mais sans agressivité inutile: Voilà qui est digne de la démocratie. Information et pédagogie sans se lasser :  les citoyens y ont droit face aux problèmes difficiles et avec leurs inquiétudes légitimes. Oui, il y a une éthique et une méthode au service de convictions fortes. Ce sont les meilleurs antidotes aux drogues populistes. Manuel Vals joue les toréadors face au taureau Marine Le Pen ( miracle de l’égalité des sexes). Préférons la confrontation démocratique sans complaisance mais sans excommunication. En Suisse on sait encore mieux faire.  

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09/03/2015

Pour les policiers test de respect

Il est rageant pour des battus d’une votation de perdre à une poussière de voix près. Et la satisfaction est un peu grinçante pour les vainqueurs à ce compte-là. Mais la démocratie a ses règles et c’est ainsi. Contester une victoire étroite, --dès lors que le résultat vérifié  est confirmé--,  serait affaiblir cette démocratie précieuse, clé de voûte de notre vie nationale avec le fédéralisme. Après tout, l’Initiative fédérale contre l’immigration de masse a passé avec une marge infime à l’échelle suisse. Et s’il est un corps qui a le devoir de protéger nos valeurs c’est bien celui de la police. Les forces de l’ordre, dans un pays comme le nôtre, sont une garantie essentielle de notre ordre démocratique, précisément. On leur doit estime et soutien. Mais on les veut exemplaires et strictement fidèles aux autorités politiques.

 

Certes, il y a les syndicats et le dialogue entre partenaires sociaux. Mais, en ce qui concerne Genève,  on a l’impression que dans cette relation, les syndicats de police ont apporté parfois davantage d’instinct  pour le rapport de force que de conscience du devoir, de la fidélité et du service avant tout. Au travers de plusieurs péripéties au cours des dernières décennies, on a pu s’en étonner, jusques dans les autres cantons et dans les couloirs de la Berne fédérale. Une <Genferei> de plus.

Vu de l’extérieur aussi, on constate combien les fonctionnaires de police genevois, et les fonctionnaires en général, dont les enseignants, bénéficient d’avantages professionnels importants,  remarqués loin à la ronde. Salaires, avancement et annuités, âge de la retraite, conditions financières de cette retraite et on en passe…Si l’on y ajoute la garantie de l’emploi il y a de quoi établir des comparaisons avec l’ensemble des travailleurs du secteur privé. Il est étonnant de voir certains journalistes défendre systématiquement et idéologiquement les avantages de la fonction publique, eux qui savent pourtant ce qu’est la fragilité de leurs positions dans leur propre branche.

Bien sûr, le Conseil d’Etat en tant qu’employeur doit mener des négociations avec les partenaires sociaux que sont les syndicats. Bien sûr il ne peut s’agir pour lui de mettre sur la table des projets  en faisant la sourde oreille aux préoccupations et revendications de ces partenaires. Toutefois, le Conseil d’Etat est responsable de l’Etat dans son ensemble, en regard des intérêts du Canton et de la population dans son ensemble. La fonction publique n’est pas une corporation sans lien avec le contexte général. Le Gouvernement et le Parlement doivent notamment tenir le budget, garder une fiscalité qui n’entrave pas la vitalité économique, seule source de prospérité. Les décisions politiques allant dans ce sens, prises démocratiquement, déterminent un cadre général dans lequel les discussions particulières doivent obligatoirement s’inscrire. Les syndicats de la fonction publique ne peuvent imposer leurs revendications en ignorant ce cadre général. Que les négociations portent sur des adaptations, des modalités, des délais, des étalements dans le temps, des nuances, soit : mais les autorités politiques responsables et démocratiquement légitimées ne sauraient trahir leur serment de servir les intérêts de la République : cela sous l’effet de pressions syndicales visant à faire plier le Gouvernement comme dans un tournoi en champs clos.

 

Pour autant que le résultat de dimanche soit confirmé, on attend des policiers au service de la communauté qu’ils prennent acte avec respect de la décision du peuple. Et on attend du Conseil d’Etat, du Grand conseil qu’ils avancent sans peur et sans reproche sur le chemin d’une rationalisation des conditions cadre régissant la fonction publique car tel est sans aucun doute l’un de leurs devoirs vis à vis  des citoyens qui les ont démocratiquement élus.   

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24/02/2015

Une police qui nous plaise et nous rassure

 

Après les événements tragiques de Paris on a vu des policiers être applaudis par la foule. Ce n’était pas le moindre des développements positifs ayant suivi le drame. Sans désirer bien sûr un tel choc ayant suscité une réaction théâtrale, on aimerait vivre tous aux côtés d’une police qui nous plaise et nous rassure. On la veut proche, impeccable, efficace, disciplinée. Ainsi à Genève et pour les habitants de Genève. La loi soumise au verdict du peuple répond  à cette demande. Certes, il arrive que des policiers tracassent de braves citoyens pour des peccadilles : stationnement prolongé, vitesse à peine excessive et autres…Ce sont des cas où un abord correct, respectueux devrait être toujours de mise. Tout abus d’autorité, toute approche brusque et autoritaire de la personne devraient être absentes de ces cas là. En revanche, nous voulons sentir la protection des policiers contre les délinquants, les criminels qui s’en prennent aux patrimoines et aux personnes. Nous voulons les remercier et les honorer. Nous voulons défendre les forces de l’ordre, --nos forces pour notre ordre démocratique et nos libertés--, contre les attaques et les dénigrements qui partent trop souvent des effluves politiciennes.  Envers les délinquants et les criminels nous souhaitons une police efficace et une justice sévère, sans aucune complaisance.

 

Cette police doit nécessairement être sous la responsabilité et le contrôle de l’autorité politique. Les policiers devraient comprendre, ressentir l’impératif d’une organisation rationnelle, d’une discipline  logiquement apparentée à la discipline militaire. Les syndicats de la police genevoise ont trop pris de mauvaises  habitudes revendicatrices, ont trop oublié la caractéristique de leur charge qui implique avant tout l’esprit de service. On leur demande une haute tenue de comportement et d’image. La fameuse grève de l’uniforme a été très mal perçue dans la population.  Aux yeux de certains défenseurs toujours fidèles de la police, tel l’auteur de ces lignes, cette manifestation avait presque quelque chose de honteux. On ne voudrait plus jamais voir cela. Eh oui, mesdames et messieurs les policiers, parce que l’on a une très haute idée de votre mission au service de la population on vous désire exemplaires. 

 

Alors, bien sûr, il faut examiner les éléments de la loi avant de voter ; particulièrement les nouveautés. Elles sont clairement très bienvenues. Mais au-delà de ces points concrets, nous attendons de cette loi un esprit nouveau, un corps apaisé connaissant ses droits mais conscient avant tout de son devoir. Oui nous voulons une police respectée, qui nous plaise et nous rassure.

 

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17/02/2015

Nous sommes tous un peu juifs

Nous sommes tous un peu juifs

 

Après l’attentat au Danemark et la profanation de sépultures juives en France, le premier ministre israélien a répété son appel aux Juifs d’Europe. Il leur dit combien les faits montrent qu’ils ne sont plus en sécurité. Il les invite à s’installer en Israël, leur vraie patrie. Cet appel est explicable mais il est nocif. On aime cent fois mieux le dernier discours à Lyon de Robert Badinter. Avec lui on doit penser qu’acculer les Juifs à la peur, les inciter à émigrer ce serait comme une victoire posthume de Hitler et des siens. Une victoire des terroristes islamiques radicaux qui font ressurgir, sous un autre vocabulaire idéologique, cette haine du Juif de sinistre mémoire et qui a marqué un sommet de la honte et de l’horreur pour l’Europe entière.

Les Juifs de France, d’Allemagne, du Danemark, de Suisse, de Genève et d’ailleurs sont totalement les concitoyens de ceux qui partagent leurs droits et leurs devoirs dans leurs pays respectifs. Pour qui a eu la chance de travailler en politique avec des personnalités de confession juive cette évidence ne devrait même pas susciter un rappel. On pourrait observer que ces personnalités puisent souvent dans leur enracinement spirituel et culturel un surcroît d’engagement civique. A propos d’arrière fond spirituel, culturel et des raisons de fraternité, nous nous réjouissons de lire ce livre tout juste reçu : <les enfants d’Abraham— un Chrétien, un Juif et un Musulman dialoguent.>. Eh oui, il n’est personne en Europe, Chrétien, Musulman ou agnostique qui ne doive son origine personnelle à l’histoire des Hébreux. L’antisémitisme n’est pas seulement un dévoiement de l’esprit et du cœur ; il est un contre sens fondamental. Sans nier les différences qui nourrissent la diversité on peut vraiment affirmer que nous sommes tous un peu juifs et qu’il est salutaire de le ressentir ainsi.

Autrement dit, nos Etats doivent tout entreprendre afin de lutter contre le terrorisme anti juif et tout faire pour que les Juifs de chez nous et d’ailleurs aient confiance en leur patrie. Ayant écrit cela avec conviction, qu’il nous soit permis d’aborder la question du lien avec Israël. L’acteur Roger Hanin, qui vient de s’éteindre, disait qu’il se sentait d’Algérie où il était né et où il est enterré, de France, et d’Israël parce que Juif. Ce lien avec Israël est parfaitement compréhensible. Cet Etat fut imaginé durant une période d’anti sémitisme aigu. Il s’est créé, douloureusement et contre les Arabes de la région, mais dans une suite et une réaction logiques après la deuxième guerre mondiale et l’extermination de près de six millions d’êtres humains. Il est donc naturel que tout Juif ait Israël dans son cœur, son esprit et la pérennité de son existence dans sa volonté. Toutefois, il y a une contradiction et une ambiguïté. Etre attaché à Israël ne devrait pas forcément signifier être d’accord avec la politique des autorités israéliennes. D’ailleurs on voit heureusement des personnalités de ce pays critiquer vivement et lucidement cette politique. L’implantation de plus d’un demi million de Colons dans les territoires occupés est inacceptable et politiquement désastreux. Cela rend très difficiles les efforts en faveur d’une paix juste et la création de deux Etats contigus : hébreux et palestinien. On ne peut nier que cette plaie non cicatrisée au Proche orient a des répercutions politiques nocives à l’échelle du monde.  Cela n’atténue en rien l’horreur du terrorisme et l’ignominie de l’anti sémitisme. Mais les personnalités juives respectées de chez nous ont tort de dire que la politique d’Israël ne les concerne pas. Elle les concerne précisément en raison de leur attachement viscéral à Israël. Et ce lien hautement assumé devrait les légitimer particulièrement à critiquer ce qui doit l’être. Ce serait dans l’intérêt de ce pays de référence qui leur est intime, dans l’intérêt de leur liberté d’expression et de leur coresponsabilité citoyenne partout où ils résident. Au Proche orient ce sont les droits de l’homme, des peuples et la paix qui sont en jeu. Cela nous concerne et nous implique tous.  

Mais,  cela étant dit en complément d’analyse, l’essentiel est surtout de proclamer ici : l’antisémitisme est une aberration aux relents criminels et nous sommes tous un peu juifs, ce qui est une de nos chances historiques de civilisation.

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04/02/2015

Le mal au coeur de l'homme

Le mal au cœur de l’homme

 

Ceci devient une bonne habitude : Sur la scène du Grand théâtre l’avocat Marc Bonnant retrouvait l’intellectuel médiatisé Bernard-Henri  Lévy pour un échange d’appréciations différentes au sujet du mythe d’Iphigénie. Le personnage a fait l’objet de nombreuses tragédies, la plus connue étant celle d’Euripide. Le texte support, cette fois, était celui de Goethe. Le propos n’est pas, ici, de rendre compte de cette soirée captivante mais seulement de s’arrêter sur un aspect qui incite à la réflexion. Goethe évoque lui aussi la malédiction poursuivant la famille de Tantale, dont étaient issus Agamemnon, sa fille Iphigénie et son fils Oreste. Tout devrait donc finir en bain de sang. Or, Goethe offre une fin heureuse. La malédiction est levée, l’humanité et l’amour triomphent. Une fin qui énerve et choque Bernard-Henri Lévy. Euripide, lui au moins, ne fait lever la malédiction que par un jugement des Dieux et il en restera toujours comme une trace d’où pourrait ressurgir le drame. Chez Lévy pèsent évidemment le poids de son identité juive et de la mémoire de la Schoah.  Comment ne pas penser, après Auschwitz, qu’une malédiction poursuit les hommes et que le mal n’est jamais éradiqué. A toutes les époques, en différents lieux il jette ses griffes mortelles. Il faut regarder celle réalité en face afin d’être lucide ; mais aussi, bien sûr, de l’affronter sans cesse en gagnant des batailles partielles et temporaires Le pire est sans doute que les sociétés, au cours de l’histoire, ont très souvent voulu cimenter leur cohésion en sacrifiant des boucs émissaires. Là-dessus, les mythes et les récits religieux en disent long. Dieu n’a pas définitivement empêché cela en refusant au dernier moment le sacrifice d’Isaac par son père Abraham. Les Juifs sont bien là pour en témoigner, notamment septante ans après la libération du camp d’Auschwitz. Le terrible aussi advient lorsque les pires atrocités, comme actuellement, sont commises au nom de Dieu. Alors, faut-il admettre un Dieu qui aurait admis le mal et l’aurait laissé s’ébattre au milieu des hommes ? Non, bien sûr. C’est l’espèce humaine qui, en développant ses atouts de survie individuelle et collective a développé aussi, dans tous ses raffinements, les actions de domination, d’exclusion et d’élimination. Mais c’est l’homme qui a aussi ouvertes les portes à la raison, au sentiment d’humanité et surtout à l’amour. Ce choc entre le mal et l’amour, dans son horizontalité humaine et une verticalité tissant un rapport entre l’homme et le divin a trouvé sa fulgurance la plus éclatante dans la personne et l’histoire de Jésus.  La mal qui ravage l’humanité est pris en compte mais on s’en sauve par l’espérance donnée qui transcende cette pauvre humanité. Hélas que de crimes ont aussi été commis au nom de cette histoire d’amour suprême. C’est peut être Marc Bonnant qui a effleuré en conclusion cette espérance envers et contre tout. Il est pourtant un agnostique déclaré. Mais il voit dans le cœur de l’homme une possibilité d’aspirer au bien. Peu importe que cette aspiration s’inspire d’une foi religieuse ou seulement d’un besoin d’améliorer la condition humaine. L’important tient à cette espérance et à cet engagement qui ne glissent jamais dans le déni du mal mais qui ne nous laissent pas sombrer dans la désespérance. Alors, finalement et n’en déplaise à Bernard-Henri Lévy, si Goethe offre une fin heureuse à une tragédie évoquant la malédiction, tant mieux dès lors que l’on n’y trouve pas matière à l’angélisme mais un moment de soulagement et de sourire. Sur les peintures et les sculptures qui la représentent on voit souvent Marie sourire. Dieu que cela fait du bien.

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28/01/2015

Suisse: pas de richesse solitaire

Suisse : pas de richesse solitaire

 

La décision compréhensible et même logique de la Banque nationale a fait vaciller les certitudes d’une Economie helvétique pourtant assez confiante dans sa force et ses atouts. Sans être le moins du monde compétent en la matière, ne doit-on pas rappeler que la décision de la BNS de fixer un seuil plancher de change par rapport à l’Euro ne pouvait être opportune et bienfaisante que durant une période limitée. En somme, aucun artifice ne pouvait nous prémunir durablement contre les péripéties agitant la zone Euro. A cet égard, deux événements ont marqué les esprits. Il y a eu la décision de la Banque européenne de racheter des dettes souveraines. L’idée est de pousser encore l’Euro à la baisse et de stimuler la croissance. Et puis il y a la victoire électorale, en Grèce, du parti qui combat depuis six ans le corset de l’austérité imposé au pays. Le nouveau Gouvernement veut renégocier les conditions du remboursement de la dette grecque, auprès de l’UE particulièrement ; dette qui est énorme. Comment ne pas comprendre les réticences de l’Allemagne. Voilà un pays qui a accompli des efforts de modération budgétaire et d’adaptation structurelle de son économie tout à fait considérables. Cet effort a été soutenu par une large entente politique. Aussi la cure pénible de désintoxication de la Grèce ne peut-elle que lui paraitre aussi légitime qu’indispensable. Et si l’UE cède trop, ne sera-ce pas un mauvais signe en direction de l’Espagne, du Portugal, de l’Irlande, de l’Italie et de la France ?  En revanche, trop de rigidité sans appel d’air stimulant la croissance, donc un certain retour à l’emploi, ne risquerait-elle pas de pousser à des explosions sociales et politiques ? Autrement dit l’Allemagne aussi a intérêt à ce que la Grèce, --c’est à dire le peuple grec durement touché,-tienne le coup. Il y a beaucoup de paramètres à doser. C’est compliqué et les donneurs de leçon trop péremptoires ne sont pas très utiles. Toutefois, une chose est certaine : les coups de pouce monétaires ne sont jamais des remèdes durables. Celui de la Banque européenne ne sera efficace que si les efforts budgétaires et structurels des Etats se prolongent et même s’accentuent. Ce sont les investissements productifs qui doivent être encouragés et non pas les excroissances artificielles (par exemple le nombre de fonctionnaires dans certains secteurs mal organisés et les contraintes en tous genres pesant sur les entreprises). Souvent, des commentateurs disent que la création de l’Euro, mêlant des Etats aux économies si différentes de niveau, a été une erreur. D’un strict point de vue économique, peut être. Mais, ce lien d’essence politique n’est-il pas un élément de solidarité et de coopération poussant à la fin vers une consolidation économique de l’Europe en général ? Avec la mondialisation, face aux grands ensembles émergeants en Asie, en Amérique, le temps pour les pays européens du chacun pour soi, avec des dévaluations de monnaies nationales en guise de drogue pour les exportations, n’est-il pas révolu ?  

Autrement dit, l’Allemagne de demain ne sera pas riche si ses partenaires européens s’appauvrissent inexorablement. Et cela vaut pour la Suisse. Enormément dépendante de ses exportations mais aussi de ses importations de et vers l’UE, elle doit tout faire afin d’aiguiser sa compétitivité propre; mais elle doit également prier pour une bonne santé de cette Union européenne à laquelle un cordon ombilical vital la rattache. Au fond, l’économie à la fois si rationnelle et  irrationnelle, si régie par ses lois d’airain et pourtant travaillée par des pulsions qui la dépassent, n’échappe pas à la condition humaine. On est responsable de soi mais aussi des voisins ; autonome mais imbriqué. Ceux qui disent que tous et chacun, avant de se lancer dans leur vie et celle des autres, devraient commencer par des cours de philosophie n’ont probablement pas tort.    

 

 

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21/01/2015

Un service national obligatoire?

Un Service national obligatoire ?

Et si les vieilles obligations du temps passé étaient les meilleures recettes pour les temps nouveaux ? Dans la plupart des pays démocratiques, sauf en Suisse, on a supprimé le Service militaire  obligatoire. En Suisse, il existe mais cohabite avec un Service civil de remplacement. Toutefois, nombre de jeunes citoyens échappent à cette obligation militaire, pour diverses raisons plus ou moins bonnes, de diverses manières. En France, c’est Jacques Chirac qui a mi fin à la conscription automatique des jeunes Français. Il y avait une logique. Il fallait une armée de professionnels aguerris, aptes à intervenir sur divers terrains d’opération : Afrique, Afghanistan, Syrie etc… Même dans la conception de défense du territoire, les exigences techniques, les limites financières, la nécessité de compétences et de résistance à un niveau élevé plaidaient en faveur de ce grand changement. Et si cela avait été une grande erreur ?

Il faudrait en conclure que le Service militaire, avec toutes ses pesanteurs et ses travers nombreux, n’en était pas moins un facteur d’identification nationale. Ce n’est donc pas étonnant qu’en France, par exemple, la question ressurgisse. Le Gouvernement semble vouloir élargir le champs du Service civil. L’opposition (qu’en pense Jacques Chirac ?) évoque un Service national. L’idée, d’ailleurs, avait aussi  intéressé Ségolène Royal lors de sa campagne présidentielle de 2007. Il y a des retournements amusants. Mais oui, il faut l’envisager. On l’a dit, dans les banlieues, auprès des jeunes français issus de l’immigration et travaillés par des extrémistes qui se réclament de leur culture et de leur religion, il y a nécessité impérieuse d’une éducation citoyenne ; dans leur parcours scolaire particulièrement. Mais ensuite, un Service national , mêlant cours théoriques et engagements pratiques profitables à la communauté, ne serait-il pas une chance pour ces jeunes ? On pourrait y tenir compte, dans la constitution des groupes, d’une mixité sociale. On pourrait y imposer des conditions d’hébergement convenables mais spartiates. On pourrait commencer les journées avec l’hymne national et drapeau flottant au vent. Et puis ce qu’il faudrait d’exposés sur les valeurs de la République ( droits individuels, laïcité, liberté d’expression, devoirs citoyens…) Rien de trop lourd mais juste assez pour que cela marque.

En Suisse, le débat mérite d’être posé. Dans les années soixante, le professeur Jacques Freymond, directeur des HEI et par ailleurs Colonel, préconisait déjà un tel Service national obligatoire, incluant ce qu’on appelle le Service civil de remplacement pour objecteurs de conscience et ne supprimant pas l’obligation de principe du service militaire. Un tel Service national pourrait collaborer avec des institutions économiques et sociales. L’obligation de mettre ainsi quelques mois à  disposition de l’Etat ne devrait-elle pas s’appliquer également aux jeunes filles de vingt ans ?

Concentrés que nous sommes sur les questions de stratégie et de moyens militaires, on a oublié le rôle intégrateur  de l’engagement citoyen.  Et, depuis mai 68, on a oublié que l’individu n’a de sens que dans une liberté responsable. Mais ce binôme ne va pas de soi, surtout si l’on n’y est pas habitué dès l’enfance. Il y faut de la connaissance et de l’éducation. Il ne s’agit pas d’un retour à la Nation fermée sur elle-même. On n’est pas chez Pétain avec le slogan travail, patrie, famille. On est en démocratie pleine et entière. Mais la Nation, le Pays ont de quoi redevenir des repères, des piliers de nos démocraties : lesquelles sont appelées à collaborer les unes avec les autres en défendant des valeurs communes acquises au travers de l’histoire, et en menant une guerre conjointe pour casser le terrorisme.   

Alors oui, En France, ailleurs, en Suisse aussi pourquoi ne pas créer une Service national obligatoire ?

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17/01/2015

Formation citoyenne dans les banlieues

Formation citoyenne dans les banlieues

 

Depuis le jour où l’horreur terroriste s’est répandue à Paris, l’émotion est demeurée vive. Toutefois la période des controverses s’est ouverte, surtout depuis la sortie du Charlie Hebdo post tragédie que l’on s’est arraché. Il a provoqué des réactions violentes dans plusieurs pays musulmans et des critiques diverses dans les pays occidentaux. Jusqu’où peut aller la satire, la caricature ? Peut-on rire de tout ? Le contexte politique, psychologique, émotif impose-t-il des limites ?

Il convient d’avoir une position claire à cet égard. En principe, la liberté d’expression doit être la plus large possible. Les tribunaux se doivent, dans notre démocratie, d’être très prudents sur les condamnations. Il faut vraiment qu’un groupe spécifique, Juifs, Musulmans,  soit insulté, cible d’une parole haineuse pour que l’Etat ait devoir d’intervention. Même devoir si une personne est attaquée spécifiquement à ce titre. Pour dire les choses autrement, répétons que Charlie Hebdo était dans son droit démocratique en publiant ses caricatures. L’excès, voire le mauvais goût, le non respect d’une référence  religieuse ne sauraient être interdits. Cela appartient au cadre  de nos valeurs fondamentales ; il en va de la liberté individuelle, du principe de laïcité aussi. Il s’agit d’être intransigeant sur ce point face aux réactions, aussi violentes soient-elles-

Cela étant, la liberté inclut la responsabilité. Cela étant, il est permis sinon nécessaire de plaider, non pour une autocensure par crainte mais quelquefois pour une retenue par sensibilité. Dans la Tribune de Genève de samedi, le caricaturiste Hermann explique très bien cela.  Les, humoristes, par les mots, les écrits ou les dessins ont droit à leur liberté la plus large ;  mais ils ne peuvent afficher fièrement une totale irresponsabilité. Ils ont à y réfléchir.

Ces lignes n’enlèvent rien au fait que ces actes horribles doivent être condamnés pour ce qu’ils sont. Et c’est ici que se propage un malaise. Beaucoup de Musulmans interrogés ont déclaré que les terroristes avaient sali l’Islam. Tant mieux qu’ils disent cela.  Mais on aurait aimé les entendre plus dire  que ces actes étaient les pires menaces contre les valeurs de la démocratie dans laquelle ils vivaient et dont ils profitaient. L’autre jour, on pouvait écouter un bon débat sur France culture. Il y était question du refus de nombreux jeunes des banlieues de respecter la minute de silence à laquelle leurs écoles les appelaient. Une enseignante a même éclaté en sanglots à l’antenne en évoquant la rudesse de son métier.  De ce débat ressortait des éléments alarmants. Enorme difficulté de nombre de ces jeunes à simplement discuter avec des mots, à les définir, à prendre acte de notions telles que démocratie, nation, liberté individuelle et d’expression, renoncement à la violence : tout cela sur fond de désespérance et de repli soit disant identitaire. La connexion de ces jeunes avec un extérieur se concentre souvent, hélas, sur des réseaux internet où ils trouvent des messages de propagandistes islamiques.

Où peuvent s’affirmer la prévention, la thérapie, l’éducation ? Dans les familles d’abord qu’il faut soutenir ; dans les écoles, les filières d’apprentissage. Pour ce qui est des écoles, les accents doivent à l’évidence être mis sur une maitrise du langage : des notions de vocabulaire de base aidant à définir précisément les mots et ce qu’ils impliquent ; et sur une véritable éducation citoyenne. Que veut dire un pays démocratique, quelles libertés il porte, comment affirmer ses convictions, dénoncer ce qui vous choque en le faisant dans les règles du jeu démocratique qui est ouvert à tous. Bref, s’il s’agit de la France, comprendre que l’on peut être Musulman, Juif, Chrétien ou toute autre chose mais d’abord et surtout Français ou résident en France : donc coresponsable du fonctionnement d’un Etat laïque qui impose des règles de vie en commun. Cela vaut bien sûr en Suisse, même si le malaise y est pour l’instant moins lourd.

En ce qui concerne les banlieues françaises, est-ce trop tard ? Les pires troubles sont-ils à craindre ? Et nos pays sont-ils pour longtemps en guerre contre les foyers terroristes extérieurs et contre les groupes à l’intérieur, lesquels se nourrissent des replis identitaires de jeunes abandonnés à eux-mêmes et aux poisons reçus par internet. Un paradoxe de notre époque : une formidable ouverture technologique, d’envergure mondiale, qui favorise des enfermements mentaux et de terribles rétrécissements de l’esprit.   Trop tard ? L’avenir le dira. Mais le devoir est là, au cœur de nos démocraties : transmission des bases du langage permettant la discussion et surtout forte éducation citoyenne. On renoue avec la référence de la Cité grecque dont nous sommes les héritiers, mais avec une exigence vitale de non discrimination, d’intégration. Et dans ce défi, il y a finalement l’affrontement entre les pulsions de vie et de mort ; entre la capacité de vivre ensemble et les perspectives de guerres civiles.     

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