15/06/2015

Service public:oui mais

Service public : oui mais

 

Les nouvelles modalités de la redevance servant à financer les médias ont donc été  approuvées  de justesse par le peuple. La généralisation de la perception arrange tant la SSR que les radios ou télévisions locales. On pouvait discuter des ces modalités techniques et financières. Or le débat a largement dévié de l’objet pour tourner autour de la SSR en tant que service public. Sa protection particulière correspond-elle à la valeur de ses prestations ? La mérite-t-elle ? Et c’est, en effet toute la question du service public qui a été posée. D’ailleurs, la conseillère fédérale Doris Leuthard a souligné aussitôt que ce débat ne faisait que commencer.

Alors, sans prétention et brièvement, une réflexion à ce sujet. Lorsque l’on est libéral, on apprécie la concurrence. Il est passé le temps où la SSR avait un monopole de droit et de fait. Mais un Libéral sait aussi garder à l’esprit certains repères. La cohésion du pays, la couverture médiatique suffisante dans toutes les régions, et une série d’obligations pour la SSR liées à la concession dont elle bénéficie : par exemple le respect du fédéralisme, une information complète et objective, une mise en valeur de la diversité des opinions et des sensibilités ; toutes choses auxquelles les médias privés, locaux ne sont pas astreints. A la SSR est donc attachée une certaine valeur d’identité nationale. D’ailleurs, la majorité des Suisses de l’étranger qui ont voté ne s’y sont pas trompés. Elle a voté oui. Ne serait-ce pas elle, entre autres, qui aurait déterminé l’issue du scrutin ? Pour les Suisses de l’étranger, la SSR, avec son volet Swissinfo, crée un lien avec le pays, renforce son identité, donc leur identité.

Il faut le dire. Une concurrence est saine. Le paysage médiatique ne va pas cesser d’évoluer. Mais, à la fin, envers et contre tout, l’existence et la pérennité d’une SSR d’envergure nationale,  aux antennes linguistiques et régionales est nécessaire à ce pays. Alors, que le Parlement discute de l’équilibre à tenir, pour ce qui la concerne, entre sa liberté et ses obligations : fort bien ! Qu’un vaste débat politique s’engage sur la notion même de service public au milieu d’un ensemble protéiforme et en mouvement constant : très bien ! En revanche, relativiser trop la légitimité et la nécessité de ce service public, affaiblir trop les capacités de la SSR ne serait pas dans l’intérêt général et du pays. Dans ce débat opportun, que les éléments à considérer, à peser montent sur la scène parlementaire. En revanche, que les rognes diverses et variées restent au vestiaire. La SSR n’a pas un droit à la vie pour elle-même. Mais la Suisse a besoin qu’elle vive.  

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29/05/2015

Successions: une valeur non fiscale

Successions : une valeur non fiscale

 

La Gauche pare de vertus son Initiative visant à introduire obligatoirement dans tous les cantons un impôt sur les successions, que les héritiers soient en ligne directe ou non. Certes, l’Initiative laisse une marge de manoeuvre au Parlement pour la loi d’application. Certes elle prévoit des conditions d’exemption et d’atténuation. Il n’empêche que cette Initiative entrainerait des effets financiers et économiques négatifs. En outre, sa référence morale est tout à fait discutable.

Les défauts. Une rétroactivité inacceptable. Alors que l’article constitutionnel entrerait en vigueur en 2017, les successions advenues dès 2012 seraient touchées. C’est à se demander si le Parlement n’aurait pas dû invalider cette Initiative pour ce motif déjà. Deuxième défaut majeur : l’atteinte à la souveraineté des cantons. Ceux-ci la voient progressivement diminuer sous le coup des injonctions fédérales. Or, en politique tout passe par la fiscalité. A chaque canton de trouver un équilibre. A chacun d’évaluer comment retenir les grosses fortunes générant de gros revenus, le tout amenant des suites économiques et des recettes essentielles. Ce n’est pas un hasard si presque tous les cantons ont supprimé cet impôt pour les successions entre conjoints et en ligne directe.

Et puis il y a les entreprises. Certes, l’Initiative prévoit des réductions mais à condition que le patron héritier soit obligé de poursuivre l’exploitation durant dix ans au moins. Exigence bureaucratique faisant fi des aléas de la conjoncture et qui provoquerait un contrôle administratif lourd, compliqué.

Allons, c’est assez dire qu’il faut rejeter ce projet. Toutefois, relevons le défi de l’argumentation sur le volet moral. Qu’un héritier touche de ses parents défunts une fortune, une entreprise qu’il n’a pas acquise, développée lui-même : voilà qui  serait choquant, injuste. Que l’Etat prélève au moins sa bonne part ne serait que justice. Ce genre d’arguments a cours aux Etats Unis, par exemple. Chacun a sa chance, chacun doit faire ses preuves, il y a course effrénée entre les meilleurs performeurs. Et que les jeunes repartent de zéro le mors aux dents.  Eh bien une argumentation contraire est parfaitement défendable. La succession marque une continuité familiale, une transmission tranquille d’un patrimoine mais aussi de valeurs, Bien sûr, il y a des fils à papa, des enfants gâtés qui choquent. Mais dans la plupart des cas de figure, il y a un désir des parents de transmettre le fruit de leur travail, de leurs investissements et une conscience des enfants qu’il y a dans ce passage de témoin une charge affective et un mandat de responsabilité. La Suisse est forte de sa forte classe moyenne. Et dans cette frange là, le désir de continuité familiale est grand. Or, cette continuité est un pivot de notre société. Finalement, l’attitude des héritiers témoigne de  leur position dans la vie, vis à vis d’eux mêmes, de leurs proches et de la société. C’est leur histoire. Que l’Etat ne vienne pas jouer au percepteur pour raisons morales. Le message ne passe pas. Les successions : une valeur stabilisatrice qui n’est pas d’ordre fiscal.

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21/05/2015

Najat-Attila : l’herbe ne repoussera pas

En France, des intellectuels de haut vol s’insurgent contre les projets de réforme scolaire et la direction que la ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem veut imposer à l’école. Jean D’Ormesson évoque Attila. Bien sûr la comparaison parait énorme. La jeune ministre a un frais visage et une expression innocente. Elle est pleine de <bonnes intentions>. Egalité des chances, rencontre de l’école avec la diversité culturelle : une réalité de la France d’aujourd’hui. Mais ce que Jean d’Ormesson évoque est la fameuse phrase : là où Attila passe l’herbe ne repousse jamais. Autrement dit, si l’école voit ses programmes être chamboulés, des pivots traditionnels être relativisés c’est toute une orientation de la formation et de la culture françaises qui en sera durablement sinon inexorablement modifiée. En guise de réplique aux intellectuels qui la contestent, la ministre a déclaré qu’elle préférait l’excellence républicaine à l’excellence dynastique. Le message est clair. Ces d’Ormesson et autre privilégiés sociaux voient dans le latin, le grec, l’histoire nationale, avec ses repères de toujours, le socle autour duquel cette élite de naissance, ce cercle restreint monopolisent la culture, les parcours scolaires et universitaires (grandes écoles), les réseaux, le langage codé des initiés. Or, cette République nourrie de ses diversités, de son métissage croissant, de la cohabitation entre plusieurs héritages historique, religieux et philosophique dont aucun n’a droit à une prééminence n’aurait plus besoin des critères de cette  excellence dynastique. Le vécu et le ressenti personnels de la jeune ministre issue de l’immigration sont évidemment frappants dans toute cette démarche. Mais cette dernière est cautionnée sans grande réflexion par le Président et le Premier ministre.

Alors oui, Jean d’Ormesson et les autres ont raison de crier au feu. Que serait la France sans ses racines grecque et romaine qui ont forgé sa langue ? Que serait-elle sans le Moyen âge chrétien qui a laissé une église dans quasiment tous ses villages et des cathédrales dans ses grandes cités ? Que serait-elle sans le long effort vers l’unité à travers les crises les guerres civiles, les rois, les républiques successives. Mais que serait la France sans l’emprunte artistique et culturelle de la renaissance, sans la trace vive du siècle des lumières ?

Evidemment qu’il y a eu sans cesse les apports des immigrés. Mais, jusqu’à il y a peu, les uns et les autres, sans perdre leurs particularités, étaient absorbés par cet héritage. L’Africain Léopold Senghor voisinait à Normale sup avec Georges Pompidou pour l’agrégation de lettres. Il n’en avait pas pour autant, que l’on sache, renié ses origines. Que beaucoup d’élèves, et évidemment ceux dits des banlieues, n’aient cure du grec, du latin, des églises romanes, et de tout le reste n’enlève rien à la valeur de ces repères, à une culture qui donne une emprunte à l’ensemble. L’excellence élitaire peut aspirer une méritocratie de la République. Personne ne dit que le défi soit facile. Mais la réponse ministérielle est assurément destructrice du cœur français.

On dira peut être que ce propos sur la France est déplacé de la part d’un Suisse, d’un Genevois. N’avons-nous pas nos propres débats ? Non, cette affaire ne nous est pas étrangère. La France nous influence, nous imbibe. L’évolution des programmes d’histoire dans la perspective des maturités cantonales est inquiétante. Avec un temps de retard nous risquons de suivre les mêmes dérives, d’être gagnés par les mêmes mouvements de dilution, de perte d’identité historique et culturelle. La résistance à tout cela doit être aussi notre combat.

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02/05/2015

A propos du racisme

A propos du racisme

 

La question du racisme et de l’action contre le racisme n’a jamais été autant discutée qu’aujourd’hui. Pour ce qui est de l’Europe on s’en réfère souvent au terrible souvenir du nazisme et de la Schoah. Il est évident que cette monstruosité historique ne devra jamais être oubliée. Aujourd’hui , surtout en regard du fanatisme d’Islamistes radicaux , on parle de racisme antimusulman. Et puis, stimulées par la crainte d’une immigration massive, la méfiance et la réticence envers les Africains courent dans nos populations. Evoquons aussi les Roms, les Kosovars. Bref, le racisme ordinaire lié aux cohabitations en partie subies de la vie ordinaire.

Alors, faut-il, à l’instar de certains qui sont bardés de bonnes intentions, intensifier à fond la lutte contre le racisme sous toutes ses formes ? Elargir la notion, alourdir les sanctions ? Voilà qui mérite de beaucoup y réfléchir. Et si, au-delà de ce qui est indispensable, un excès de zèle allait à fin contraire, rognant trop la liberté d’expression, invitant à l’abus de la dénonciation, engendrant des crispations inavouées ?

Prenons quelques exemples. Un succès phénoménal du cinéma français a été le film Rabbi Jacob. Un délire de plaisir devant un film qui n’était pas, dans sa légèreté, sans instiller une conclusion morale. Le réalisateur, Gérard Oury, était d’ailleurs juif. Pourtant, oserait-on aujourd’hui sortir un tel film sans craindre d’être taxé d’antisémite ? Voire aussi d’esprit colonial vis à vis de l’Afrique ? Dans un registre plus grave, vous pouvez bien avoir un grand respect,  une attirance intellectuelle et spirituelle pour le judaïsme : si vous critiquez la politique de l’Etat d’Israël vous aurez tôt fait d’être qualifié d’antisémite. Venons-en à l’Islam. Le défi de la cohabitation culturelle ouvre la porte à un danger : celui d’entamer l’acquis de la laïcité de l’Etat et des établissements publics (dont l’école), de pratiquer l’autocensure afin de ne pas blesser, choquer… Autrement dit, tout un acquis intellectuel, culturel, démocratique lentement développé dans nos sociétés occidentales pourrait être peu à peu rétréci. Une peur rampante d’être accusé de discrimination de racisme. Paralyserait les esprits.  Il s’agit surtout ici de la relation avec l’Islam et les Musulmans résidant dans ces vieux pays européens pétris par une si longue histoire. L’histoire, précisément. L’enseigner de manière chronologique, insister sur l’emprunte décisive du christianisme, sur les lumières : enseignement discriminatoire ? Attaque contre la diversité culturelle dans nos écoles ? Racisme sous-jacent ? On entend de plus en plus ces inquiétantes aberrations.

Oui, nous en sommes à ce point. Nos sociétés ont comme peur d’elles-mêmes. On veut apaiser ce qui pourrait nous menacer ; par gain de paix, esprit d’ouverture aussi, sans doute. Mais en offrant une sorte de ventre mou, on n’apaisera rien du tout. Faute de limites clairement posées, les atteintes, même non agressives, au socle qui a fondé nos sociétés augmenteront progressivement. On pourrait parler d’un <Munich culturel et mental> par allusion aux funestes accords de Munich en 1938. Allusion excessive et déplacée ? On aimerait le croire.

Oui, nous sommes en danger de dilution, de non résistance dès lors que nous ne serions plus reliés à notre histoire, aux valeurs qui en découlent, à une identité définissant et déterminant notre manière de vivre ensemble. Il importe de reprendre et de regarder en face les différents mots qui dansent devant nous dans le désordre. Le racisme, c’est la discrimination avérée et injustifiée, l’incitation à la haine ; rien de moins mais rien de plus. En deca de cette ligne rouge, notre liberté et notre devoir tiennent à la connaissance et à l’affirmation de ce qui a construit nos sociétés, nos Etats et aux valeurs à défendre qui en découlent. Cela doit s’imposer à quiconque veut partager notre existence collective. Certes, une telle fermeté, qui n’est pas rigidité, ni refus d’ouverture, heurtera certains et provoquera des tensions. Mais à la fin, --c’est en tout cas notre conviction--, elles seront moins graves dans la durée que ce qui pourrait résulter de notre faiblesse, de notre inconsistance, de nos abandons. On ne respecte que ce qui a de la  substance.

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22/04/2015

Le cimetière marin: que faire?

Le cimetière marin : que faire ?

 

Avec l’âge il faut essayer de gagner en honnêteté intellectuelle. Les naufrages tragiques et les noyades affreuses en méditerranée nous frappent, nous choquent mais ne nous empêchent pas de dormir. La succession sans relâche des informations sur les drames du monde éveille parfois nos consciences, par à coups, mais anesthésie malheureusement nos sensibilités dans la durée. Il y a d’abord notre vie, ici et maintenant. Ce n’est pas cynique de dire cela, c’est réaliste et, oui, un peu honnête. Ah , pour ceux notamment qui sont nourris de culture chrétienne il y a cette image du Christ souffrant qui s’agite dans les têtes. J’étais migrant et vous m’avez accueilli, aurait-il dit en substance. C'est-à-dire que chaque porte ouverte au réfugié le serait au Christ. Quel rappel et quel appel ! Mais on pense aussitôt au passage des frères karamazoff de Dostoïevski. Le grand inquisiteur qui dit à Jésus revenu sur la terre : tu nous assommés avec un message d’Amour total et tu nous a laissés nous débrouiller pour organiser la vraie vie des hommes, avec tout ce que cela comporte de difficultés, de complications, d’affrontements, d’équilibres à trouver.

Bien sûr qu’il faut des messages forts rappelant des valeurs essentielles. Bien sûr que c’est l’oubli, l’indifférence qui ont permis tant d’atrocités. Le procès de l’ancien comptable d’Auschwitz illustre la triste conclusion d’une Hanna Arendt : la banalité du mal. Mais la réponse ne peut sérieusement pas être d’accueillir toute la misère du monde en acceptant sans autre tous les migrants qui veulent gagner l’Europe. On dit souvent que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Imaginez que des flux ininterrompus se déversent vers l’italie puis vers les autres pays européens, venus d’une Libye en plein chaos institutionnel et politique. Allons faisons d’abord un peu d’auto critique. Il fallait sans doute empêcher Kadhafi de massacrer son peuple. Mais fallait-il le casser totalement en n’ayant rien pour le remplacer ? Il avait promis que sa chute entrainerait une migration incontrôlable, que lui endiguait. Ce n’était pas faux. De même, on voit le résultat de l’élimination d’un Saddam Hussein dont on sait qu’il n’avait pas d’armes de destruction massive. C’est triste de se demander si la présence de ces personnages odieux n’était pas moins nocive que leur élimination brusque sans vraie et fiable solution de rechange. On en vient à se dire qu’un professionnel réaliste sans états d’âme comme Henry Kissinger a eu une influence plus bénéfique sur les équilibres mondiaux qu’un Bernard Henry Lévy appelant à la croisade contre les Diables. Eh oui, ce n’est pas simple la politique à l’échelle du monde.

Toutefois, la migration est là. On ne peut l’ignorer, ni par souci d’humanité ni par réflexion sur notre sécurité à moyen et à long terme. Il y a ces passeurs odieux qu’il faudrait éliminer militairement. Il y a cette Libye qu’il faut remettre sur pied et remettre en mesure de collaborer au reflux des migrants utilisant son territoire. Il ne s’agit pas de rejouer le scénario de la barque pleine comme lors du refus de Juifs fuyant le nazisme. Mais qui ne voit que de très nombreux migrants viennent non pas pour fuir les persécutions mais pour trouver un avenir meilleur que nous ne pouvons pas, globalement, leur offrir ! Qui ne voit les déséquilibres et les situations explosives de ghettos dans nombre de villes européennes ! Qui ne voit le risque que ces pressions, et la non maitrise du problème  n’exacerbent les réactions nationalistes et xénophobes ! Oui il faut aider l’Italie. Oui il faut une collaboration et une coordination des pays européens, dont la Suisse. Oui, il ne faut pas oublier le cœur. Mais comprenons que l’affaire est très compliquée, pleine d’éléments qui se contrarient et qu’il n’existe pas de solution simple. Comprenons qu’il ne s’agit pas seulement de trouver des parades et des ouvertures à court terme mais qu’il s’agit d’évaluer les conséquences à long terme pour nos sociétés, pour leur équilibre.

Alors, merci à ceux et celles qui secouent notre indifférence. Mais que ceux-là admettent la difficulté de trouver er de mettre en œuvre les moins mauvaises solutions.    

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14/04/2015

Vers l'écologie sans les écologistes?

Les commentateurs n’ont pas manqué de relever les résultats de l’élection cantonale à Zurich. Non seulement parce que tout ce qui se passe à Zurich concerne toute la Suisse ; mais à cause du nouveau recul électoral du Parti des Verts. Les Verts libéraux ne font guère mieux. Est-ce à dire que les récentes préoccupations d’ordre économique, financier et social ont pris le pas de manière irréversible sur les préoccupations écologiques ? Les craintes sur le nucléaire, le réchauffement climatique et ses conséquences ne feraient-elles plus recette ? Les choses ne sont pas si simples. Mais on peut se poser d’emblée une question originelle. Les Verts n’auraient-ils pas dû rester un mouvement fort, accroché à un signal d’alarme, exerçant un effort continu sur les autorités et tous les partis, qu’ils fussent de gauche ou de droite ? Au lieu de cela, les Verts sont devenus un Parti de gauche, que  sa teinte écologique certes forte n’apparente pas moins à la Gauche socialiste. Franchement, qu’est-ce qui différencie clairement, par exemple, la Conseillère nationale écologiste Adèle Thorrens, qui ne manque pas de charisme, d’une Géraldine Savary Conseillère aux Etats socialiste qui n’en manque pas non plus ? La première déclinait l’autre jour à la radio ses positions à propos de la sécurité sociale, de l’asile et autres dossiers qui auraient pu aussi bien être exprimées par la seconde. Or, les temps économiques moins faciles qu’aborde la Suisse sont  de nature à rendre plus convaincants les partis de droite et du centre. Sans doute existe-t-il les Verts libéraux. Eux sont moins étatistes et plus attentifs aux mécanismes du marché. Ils n’en ont  pas moins des abcès de fixation , telle leur idée d’impôt écologique, qui a aussi hérissé nombre d’électeurs. Et finalement, ils sont un peu assis entre deux ou plusieurs chaises ; même s’ils rêvent d’un rassemblement allant des Verts au PDC dont ils seraient le pivot. On peut toujours rêver.

En fait , la politique est compliquée. Les problèmes écologiques qui grandissent sont graves à terme et exigent des options, des directions. Mais des virages sur l’aile à 180 degrés ne seraient pas possibles sans mettre en danger l’approvisionnement énergétique, la compétitivité économique, l’emploi et donc la prospérité laborieusement acquise, même si tous n’en cueillent pas les meilleurs fruits. Il y a donc des équilibres à définir et à trouver. Mais pour cela il faut des pressions. Les avocats compétents de l’écologie constituent et doivent constituer un groupe de pression indispensable. Quant aux Partis traditionnels ( notamment le PLR et le PDC) ils ont besoin de fortes discussions internes incluant la dimension écologique. Sur leurs listes électorales aussi, il est ou serait salutaire que figurent des personnalités bien en phase avec les enjeux économiques et financiers, mais motivés pour proposer des pistes écologiques dynamisant les entreprises et l’innovation en général.  On a besoin, encore une fois, de discussions ouvertes incluant les différents points de vue. Rien ne serait plus regrettable que de baisser le nez sur le guidon et de ne pas vouloir qu’une maturation démocratique propose des équilibres, cela dans une vision à moyen et à long terme.

Alors, la question se pose. Des citoyens pénétrés de sensibilité et de réflexion écologique, il en faut et il en faudrait de plus en plus. Mais Les Verts et même les Verts libéraux, en tant que partis qui se plongent à s’y perdre dans toute la mare politique, apportent-ils vraiment une plus value spécifique au grand débat qui s’impose à tous ? C’est une question.

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24/03/2015

Extrême droite: combattre sans diaboliser

La France a voté et votera à nouveau dimanche prochain. Ces élections départementales ont une importance de proximité mais ne présentent pas un enjeu crucial. Pourtant nous avons assisté à une véritable psychose autour des prédictions sur une vague déferlante du Front national : une vague bleu marine. Le FN a marqué des points mais la déferlante n’a pas eu lieu. La Droite et le Centre reprennent du poil de la bête, la Gauche recule mais ne sombre pas corps et bien. Mais voici que la courte campagne pour le deuxième tour reprend le mot d’ordre : faire barrage à cette extrême droite qui foulerait aux pieds les valeurs républicaines. Contre elle, appel solennel du  Premier ministre. Tout ça pour ça ! 

En Suisse, il n’y a pas de grand parti diabolisé de la sorte en tant qu’extrême droite. Pourtant l’UDC déroule un programme qui séduit beaucoup Marine Le Pen. Mais un Christoph Blocher conjugue son nationalisme avec son goût professionnel pour la globalisation des affaires. En revanche les campagnes politiques ont eu leur lot de dérapages. Souvenons  nous des moutons noirs. Et le MCG à Genève, qui compte des électeurs et des élus très estimables, en compte aussi quelques uns dont on se demande ce qu’ils auraient été dans les années trente : dont leur chef de file Eric Stauffer qui a une notion très personnelle quant à la dignité de sa fonction. Quant à l’UDC elle pousse aux limites du système suisse sa double position de parti gouvernemental et de parti d’opposition, dressant plus souvent qu’à son tour le peuple contre les autorités. Toutefois, l’incroyable démocratie helvétique absorbe en quelque sorte ces tensions sans jamais en faire des secousses au parfum révolutionnaire. Cela ne signifie pas que ce harcèlement mené par l’UDC ne soit pas à la longue un danger pour le fonctionnement de notre système politique.

Il faut cependant équilibrer l’analyse. En France, aux Pays bas, au Danemark, ailleurs et en Suisse les électeurs qui votent pour des partis aux programmes extrêmes traduisent leurs inquiétudes et leurs réflexes défensifs. La question de l’immigration mal contrôlée, en partie subie provoque ces réactions et des amalgames simplificateurs. Que serait la Suisse sans l’apport des étrangers ? Mais elle ne saurait sans risque ouvrir ses portes à toutes les personnes en quête d’un sort meilleur. Un point d’équilibre politique difficile à définir et à tenir. Ignorer les soucis des citoyens serait une faute grave. Courir trop après les propositions excessives : une faute tout aussi grave.

Et puis soyons clair. On parle toujours de l’extrême droite. Mais les mêmes qui dénoncent des collusions même tacites s’offusquent beaucoup moins des programmes d’extrême gauche. Que l’on sache les communistes, les marxistes dits révolutionnaires, les chantres du Front de gauche n’ont pas grand-chose à envier à l’extrême droite. Leur attachement réel, profond à la démocratie, qu’ils qualifient souvent de formelle,  mérite autant de scepticisme. N’oublions jamais, pour citer une référence historique épouvantable, que Staline et Hitler furent alliés avant d’être des ennemis mortels. Et que tous deux méprisaient également toutes les valeurs qui nous sont chères. Alors, là aussi un peu d’équilibre.

 

Certes, il y a des digues à préserver et des dérapages à dénoncer comme tels. Des propos racistes évidents, des résurgences antisémites visibles sont à contrer par le verbe et, s’il le faut, par la justice. Mais n’allons ni trop vite ni trop loin dans ces réactions car cela finirait par énerver une grande partie de l’opinion. Là encore, trouver la bonne mesure. En effet, l’essentiel tient à ceci. Il faut accepter la confrontation, voire le dialogue sur certains points avec tous les acteurs de la démocratie. Il faut éviter toute diabolisation de principe. M ais il faut tenir sur sa ligne, et ne jamais se laisser contaminer par la propagande extrémiste martelée. Fermeté sur le fond, comportement solide mais sans agressivité inutile: Voilà qui est digne de la démocratie. Information et pédagogie sans se lasser :  les citoyens y ont droit face aux problèmes difficiles et avec leurs inquiétudes légitimes. Oui, il y a une éthique et une méthode au service de convictions fortes. Ce sont les meilleurs antidotes aux drogues populistes. Manuel Vals joue les toréadors face au taureau Marine Le Pen ( miracle de l’égalité des sexes). Préférons la confrontation démocratique sans complaisance mais sans excommunication. En Suisse on sait encore mieux faire.  

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09/03/2015

Pour les policiers test de respect

Il est rageant pour des battus d’une votation de perdre à une poussière de voix près. Et la satisfaction est un peu grinçante pour les vainqueurs à ce compte-là. Mais la démocratie a ses règles et c’est ainsi. Contester une victoire étroite, --dès lors que le résultat vérifié  est confirmé--,  serait affaiblir cette démocratie précieuse, clé de voûte de notre vie nationale avec le fédéralisme. Après tout, l’Initiative fédérale contre l’immigration de masse a passé avec une marge infime à l’échelle suisse. Et s’il est un corps qui a le devoir de protéger nos valeurs c’est bien celui de la police. Les forces de l’ordre, dans un pays comme le nôtre, sont une garantie essentielle de notre ordre démocratique, précisément. On leur doit estime et soutien. Mais on les veut exemplaires et strictement fidèles aux autorités politiques.

 

Certes, il y a les syndicats et le dialogue entre partenaires sociaux. Mais, en ce qui concerne Genève,  on a l’impression que dans cette relation, les syndicats de police ont apporté parfois davantage d’instinct  pour le rapport de force que de conscience du devoir, de la fidélité et du service avant tout. Au travers de plusieurs péripéties au cours des dernières décennies, on a pu s’en étonner, jusques dans les autres cantons et dans les couloirs de la Berne fédérale. Une <Genferei> de plus.

Vu de l’extérieur aussi, on constate combien les fonctionnaires de police genevois, et les fonctionnaires en général, dont les enseignants, bénéficient d’avantages professionnels importants,  remarqués loin à la ronde. Salaires, avancement et annuités, âge de la retraite, conditions financières de cette retraite et on en passe…Si l’on y ajoute la garantie de l’emploi il y a de quoi établir des comparaisons avec l’ensemble des travailleurs du secteur privé. Il est étonnant de voir certains journalistes défendre systématiquement et idéologiquement les avantages de la fonction publique, eux qui savent pourtant ce qu’est la fragilité de leurs positions dans leur propre branche.

Bien sûr, le Conseil d’Etat en tant qu’employeur doit mener des négociations avec les partenaires sociaux que sont les syndicats. Bien sûr il ne peut s’agir pour lui de mettre sur la table des projets  en faisant la sourde oreille aux préoccupations et revendications de ces partenaires. Toutefois, le Conseil d’Etat est responsable de l’Etat dans son ensemble, en regard des intérêts du Canton et de la population dans son ensemble. La fonction publique n’est pas une corporation sans lien avec le contexte général. Le Gouvernement et le Parlement doivent notamment tenir le budget, garder une fiscalité qui n’entrave pas la vitalité économique, seule source de prospérité. Les décisions politiques allant dans ce sens, prises démocratiquement, déterminent un cadre général dans lequel les discussions particulières doivent obligatoirement s’inscrire. Les syndicats de la fonction publique ne peuvent imposer leurs revendications en ignorant ce cadre général. Que les négociations portent sur des adaptations, des modalités, des délais, des étalements dans le temps, des nuances, soit : mais les autorités politiques responsables et démocratiquement légitimées ne sauraient trahir leur serment de servir les intérêts de la République : cela sous l’effet de pressions syndicales visant à faire plier le Gouvernement comme dans un tournoi en champs clos.

 

Pour autant que le résultat de dimanche soit confirmé, on attend des policiers au service de la communauté qu’ils prennent acte avec respect de la décision du peuple. Et on attend du Conseil d’Etat, du Grand conseil qu’ils avancent sans peur et sans reproche sur le chemin d’une rationalisation des conditions cadre régissant la fonction publique car tel est sans aucun doute l’un de leurs devoirs vis à vis  des citoyens qui les ont démocratiquement élus.   

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24/02/2015

Une police qui nous plaise et nous rassure

 

Après les événements tragiques de Paris on a vu des policiers être applaudis par la foule. Ce n’était pas le moindre des développements positifs ayant suivi le drame. Sans désirer bien sûr un tel choc ayant suscité une réaction théâtrale, on aimerait vivre tous aux côtés d’une police qui nous plaise et nous rassure. On la veut proche, impeccable, efficace, disciplinée. Ainsi à Genève et pour les habitants de Genève. La loi soumise au verdict du peuple répond  à cette demande. Certes, il arrive que des policiers tracassent de braves citoyens pour des peccadilles : stationnement prolongé, vitesse à peine excessive et autres…Ce sont des cas où un abord correct, respectueux devrait être toujours de mise. Tout abus d’autorité, toute approche brusque et autoritaire de la personne devraient être absentes de ces cas là. En revanche, nous voulons sentir la protection des policiers contre les délinquants, les criminels qui s’en prennent aux patrimoines et aux personnes. Nous voulons les remercier et les honorer. Nous voulons défendre les forces de l’ordre, --nos forces pour notre ordre démocratique et nos libertés--, contre les attaques et les dénigrements qui partent trop souvent des effluves politiciennes.  Envers les délinquants et les criminels nous souhaitons une police efficace et une justice sévère, sans aucune complaisance.

 

Cette police doit nécessairement être sous la responsabilité et le contrôle de l’autorité politique. Les policiers devraient comprendre, ressentir l’impératif d’une organisation rationnelle, d’une discipline  logiquement apparentée à la discipline militaire. Les syndicats de la police genevoise ont trop pris de mauvaises  habitudes revendicatrices, ont trop oublié la caractéristique de leur charge qui implique avant tout l’esprit de service. On leur demande une haute tenue de comportement et d’image. La fameuse grève de l’uniforme a été très mal perçue dans la population.  Aux yeux de certains défenseurs toujours fidèles de la police, tel l’auteur de ces lignes, cette manifestation avait presque quelque chose de honteux. On ne voudrait plus jamais voir cela. Eh oui, mesdames et messieurs les policiers, parce que l’on a une très haute idée de votre mission au service de la population on vous désire exemplaires. 

 

Alors, bien sûr, il faut examiner les éléments de la loi avant de voter ; particulièrement les nouveautés. Elles sont clairement très bienvenues. Mais au-delà de ces points concrets, nous attendons de cette loi un esprit nouveau, un corps apaisé connaissant ses droits mais conscient avant tout de son devoir. Oui nous voulons une police respectée, qui nous plaise et nous rassure.

 

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17/02/2015

Nous sommes tous un peu juifs

Nous sommes tous un peu juifs

 

Après l’attentat au Danemark et la profanation de sépultures juives en France, le premier ministre israélien a répété son appel aux Juifs d’Europe. Il leur dit combien les faits montrent qu’ils ne sont plus en sécurité. Il les invite à s’installer en Israël, leur vraie patrie. Cet appel est explicable mais il est nocif. On aime cent fois mieux le dernier discours à Lyon de Robert Badinter. Avec lui on doit penser qu’acculer les Juifs à la peur, les inciter à émigrer ce serait comme une victoire posthume de Hitler et des siens. Une victoire des terroristes islamiques radicaux qui font ressurgir, sous un autre vocabulaire idéologique, cette haine du Juif de sinistre mémoire et qui a marqué un sommet de la honte et de l’horreur pour l’Europe entière.

Les Juifs de France, d’Allemagne, du Danemark, de Suisse, de Genève et d’ailleurs sont totalement les concitoyens de ceux qui partagent leurs droits et leurs devoirs dans leurs pays respectifs. Pour qui a eu la chance de travailler en politique avec des personnalités de confession juive cette évidence ne devrait même pas susciter un rappel. On pourrait observer que ces personnalités puisent souvent dans leur enracinement spirituel et culturel un surcroît d’engagement civique. A propos d’arrière fond spirituel, culturel et des raisons de fraternité, nous nous réjouissons de lire ce livre tout juste reçu : <les enfants d’Abraham— un Chrétien, un Juif et un Musulman dialoguent.>. Eh oui, il n’est personne en Europe, Chrétien, Musulman ou agnostique qui ne doive son origine personnelle à l’histoire des Hébreux. L’antisémitisme n’est pas seulement un dévoiement de l’esprit et du cœur ; il est un contre sens fondamental. Sans nier les différences qui nourrissent la diversité on peut vraiment affirmer que nous sommes tous un peu juifs et qu’il est salutaire de le ressentir ainsi.

Autrement dit, nos Etats doivent tout entreprendre afin de lutter contre le terrorisme anti juif et tout faire pour que les Juifs de chez nous et d’ailleurs aient confiance en leur patrie. Ayant écrit cela avec conviction, qu’il nous soit permis d’aborder la question du lien avec Israël. L’acteur Roger Hanin, qui vient de s’éteindre, disait qu’il se sentait d’Algérie où il était né et où il est enterré, de France, et d’Israël parce que Juif. Ce lien avec Israël est parfaitement compréhensible. Cet Etat fut imaginé durant une période d’anti sémitisme aigu. Il s’est créé, douloureusement et contre les Arabes de la région, mais dans une suite et une réaction logiques après la deuxième guerre mondiale et l’extermination de près de six millions d’êtres humains. Il est donc naturel que tout Juif ait Israël dans son cœur, son esprit et la pérennité de son existence dans sa volonté. Toutefois, il y a une contradiction et une ambiguïté. Etre attaché à Israël ne devrait pas forcément signifier être d’accord avec la politique des autorités israéliennes. D’ailleurs on voit heureusement des personnalités de ce pays critiquer vivement et lucidement cette politique. L’implantation de plus d’un demi million de Colons dans les territoires occupés est inacceptable et politiquement désastreux. Cela rend très difficiles les efforts en faveur d’une paix juste et la création de deux Etats contigus : hébreux et palestinien. On ne peut nier que cette plaie non cicatrisée au Proche orient a des répercutions politiques nocives à l’échelle du monde.  Cela n’atténue en rien l’horreur du terrorisme et l’ignominie de l’anti sémitisme. Mais les personnalités juives respectées de chez nous ont tort de dire que la politique d’Israël ne les concerne pas. Elle les concerne précisément en raison de leur attachement viscéral à Israël. Et ce lien hautement assumé devrait les légitimer particulièrement à critiquer ce qui doit l’être. Ce serait dans l’intérêt de ce pays de référence qui leur est intime, dans l’intérêt de leur liberté d’expression et de leur coresponsabilité citoyenne partout où ils résident. Au Proche orient ce sont les droits de l’homme, des peuples et la paix qui sont en jeu. Cela nous concerne et nous implique tous.  

Mais,  cela étant dit en complément d’analyse, l’essentiel est surtout de proclamer ici : l’antisémitisme est une aberration aux relents criminels et nous sommes tous un peu juifs, ce qui est une de nos chances historiques de civilisation.

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