29/10/2015

Blocher-Widmer-Schlumpf: paranthèse fermée?

Blocher –Widmer-Schlumpf : parenthèse fermée

 

La Conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf a réussi sa sortie. Digne, porteuse de sa fonction mais modeste, juste émue mais retenue comme toujours, ne manifestant aucune nostalgie à l’idée de quitter la scène publique, s’éloignant déjà vers sa sphère privée discrète, avec le sentiment du devoir accompli et de l’ambition assouvie : bref, le meilleur du style suisse qui frappe encore tellement les observateurs étrangers. Oui, devant cette non scène des adieux, chapeau bas, Madame.

En revanche, on n’a pas fini de discuter au sujet de son action durant ses huit ans de mandat. Sans aucun doute, bien des aspects méritent l’éloge. D’autres moins. Si la pression était devenue trop forte pour maintenir le secret bancaire contre vents et marées, fallait-il céder si vite aux Américains sans recevoir de garantie de réciprocité, d’égalité de traitement ? Certainement non.

Toutefois, le moment n’est plus ou pas encore au bilan. Il est dans la préparation de la succession. Ici, il faut remettre les événements dans leur contexte et voir les choses clairement. En 2003, il était logique que le Parlement donnât un deuxième siège à l’UDC après sa victoire électorale spectaculaire. On adaptait la répartition à l’esprit de la formule magique établie en 1959. Et le PDC perdit logiquement son deuxième siège. Il était compréhensible que le Parlement, même inquiet, acceptât l’élection de la figure de proue, Christoph Blocher , pour occuper ce deuxième siège. On espérait le voir soluble dans la collégialité gouvernementale.  Le complot PDC-socialiste visant à empêcher sa réélection en 2007 a réussi. Le Parlement a élu Eveline Widmer –Schlumpf. On connait la suite, qui n’avait pas vraiment été prévue par les comploteurs. L’élue  aux nerfs d’acier, exclue de l’UDC tout comme sa section grisonne, a suscité la création du petit Parti bourgeois démocratique (PBD). Et elle a tenu bon. Mais comment ne pas reconnaitre une anomalie politique due aux circonstances ? Le Parlement devra élire un deuxième UDC le9 décembre. C’est évident. Toutefois, le Groupe UDC serait bien inspiré de présenter, par exemple, deux candidats, offrant un choix aux Chambres. De toute façon, il faudra que le ou les candidats s’engagent clairement à respecter la collégialité, à limiter au maximum les propos publics dissidents et partisans. Ueli Maurer ne s’en est pas mal tiré à cet égard. On pense aux relations avec l’Union européenne, aux décisions sur l’immigration, notamment. Après tout, les Socialistes sont habitués à cette tension entre leur parti et leurs conseillers fédéraux. C’est inhérent à la formule magique.

Reste à observerqui seront lescandidats. Quelle que soit l’estime dont bénéficie le Vaudois Guy Parmelin, on voit mal un autre qu’un Suisse allemand occuper ce siège, les Romands en ayant déjà deux. Si un latin devait émerger, ce serait bien le tour d’un Tessinois. Mais croyons plutôt à une succession logique : les uns et les autres désirant fermer la parenthèse Blocher-Widmer-Schlumpf : ennemis dans leur vie politique, accouplés dans les annales de la petite histoire suisse.  

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19/10/2015

Respecter l'équilibre politique

Respecter l’équilibre politique

Christian Levrat ,le Président du PS, a une dialectique spécieuse. Pour justifier un refus de laisser un deuxième siège au Conseil fédéral à l’UDC, il argue du fait qu’au Conseil des Etats cette dernière n’est pas si forte que cela, qu’il faut tenir compte des deux Chambres et que, par conséquent, deux PLR plus deux UDC au Gouvernement, ce serait trop. Que voilà une argumentation d’occasion. Durant toutes les législatures qui ont suivi, en 1959, l’instauration de la formule magique, il aurait donc fallu refuser un deuxième siège aux Socialistes du fait qu’ils n’avaient que très peu de sièges au Conseil des Etats. Allons, il faut trouver autre chose monsieur Levrat. Avoir des réticences par rapport à la politique de fond, soit. Mais pas de contorsion arithmétique. Eveline Widmer Schlumpf a été élue comme UDC contre Christoph Blocher il y a huit ans. Depuis elle s’appuie sur le petit PBD créé alors. Cela ne peut durer ainsi. L’UDC, premier parti en suffrages électoraux a droit à deux sièges au Conseil fédéral si on veut respecter l’idée d’une formule magique reflétant les forces électorales respectives des partis. Ou à aucun siège si l’on estime que cette formation n’a pas sa place au Gouvernement au vu de ses positions. Mais on s’est souvent posé la question à propos des Socialistes, et même au sein de ce parti. Franchement, le peuple comprendrait mal un refus du deuxième siège UDC. Eveline Widmer Schlumpf a eu sa justification, son rôle et son temps. Il faut tourner cette page.

Cette même idée d’équilibre reflétant les diverses sensibilités au sein des électeurs devrait conduire à ce que l’un des deux sièges au Conseil des Etats, dans le Canton de Genève et dans le Canton de Vaud revienne à la droite. Dans les deux cas c’est l’élu écologiste actuel qui devrait être écarté. Toutefois, bien sûr, il y faut un rassemblement de la Droite sans, pour autant, la moindre confusion sur les convictions, les positions et le langage. Mais ici, ce sont les électeurs qui décideront. On verra bien.

Naturellement, ce respect d’une logique arithmétique conforme au système suisse ne doit pas faire oublier les problèmes de fond. Oui, un durcissement politique sur la question européenne pourrait être une conséquence regrettable de ces résultats. Au Parlement, une majorité claire devra défendre les négociations bilatérales avec l’UE et trouver le moyen de sauvegarder la libre circulation. Oui, la question énergétique est essentielle. Il faudra trouver des majorités balisant les transitions nécessaires pour s’affranchir progressivement du nucléaire sans provoquer une impasse face aux besoins. Et tant d’autres sujets encore. Mais, en Suisse, on doit rechercher des équilibres, des compromis avec les forces existantes, telles qu’elles sont ; à condition que des règles de collégialité soient fidèlement observées dans les exécutifs et que les grands partis privilégient finalement la discussion plutôt que la confrontation permanente.

Respecter une logique d’arithmétique électorale mais réinsuffler un esprit correspondant au fonctionnement de nos instituions : voilà comment devrait s’amorcer la nouvelle législature fédérale.

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08/10/2015

Vw-Fifa: libéral malgré eux

Vw-Fifa :libéral malgré eux

 

Le coup de Volkswagen, on se pince pour y croire. Comment peut-on être aussi bête ? Penser que la tricherie au test antipollution pour l’homologation des voitures diesel ne serait jamais découverte ? Il y a deux fautes graves, l’une en regard de la légalité, l’autre est d’ordre moral. Faire croire que des voitures sont écologiques alors qu’elles ne le sont pas, alors que le lutte contre la pollution est devenue une priorité mondiale, oui cela est une faute morale et une expression d’irresponsabilité aux fins de gagner le plus possible et le plus vite possible des marchés commerciaux. N’allons pas pour autant faire des Américains des anges vertueux. Jusqu’à maintenant ils restent parmi les plus gros pollueurs de la planète. Et rien ne leur fait plus plaisir que d’affaiblir leurs concurrents, qu’il s’agisse de banques, de technologies de pointe ou de l’automobile. Mais cela n’enlève rien à la faute qui sidère et scandalise.

Et la Fifa, cette énorme association du football mondial dont le siège est en Suisse et que préside un Suisse ! Oh, là on est moins stupéfait. On sait que l’argent y règne en maître, que les fédérations nationales monnaient leurs appuis au gré des cadeaux qu’elles reçoivent. Rien n’étonne mais tout attriste. Cette énorme Organisation privée mondiale devrait être la garante du rêve sportif, d’une incitation à l’énergie, à la réussite mais aussi au fair-play pour les jeunes. C’était l’engagement d’un Adolf Ogi, par exemple, sous le drapeau de l’ONU. Or, que le Président suisse Sepp Blatter soit directement coupable d’un délit ou non, le mal est fait : tout le monde est convaincu que la FIFA est gangrénée jusqu’à l’os par l’argent et la corruption. Oui, c’est triste.

Alors, bien sûr, ceux qui ont toujours pensé que la liberté économique conduisait immanquablement à cela ricanent et s’exclament qu’ils l’avaient bien dit, qu’il ne pourrait pas en être autrement. Ce pourquoi, à leurs yeux qui louchent à gauche, il faut partout multiplier et alourdir les contrôles de toutes sortes, en tous lieux.

Un Libéral, lui, enrage de constater de telles dérives. Elles sont comme une blessure personnelle, une attaque dans le dos, perturbant son goût de la liberté responsable et  sa confiance dans le libéralisme économique : lequel a été  baptisé à l’origine dans une éthique religieuse. Faudrait-il donc renier sa foi libérale ? Nullement. Dans une vue globale constatons que cette liberté d’entreprendre, de créer de s’organiser est le grand facteur d’innovation, de développement, de prospérité. C’est d’ailleurs un sujet clé des élections fédérales. La Suisse a besoin de liberté, de moins de lois et de tracasseries administratives, particulièrement pour ses petites et moyennes entreprises. Avec toute la considération que l’on doit aux fonctionnaires zélés et compétents, ce n’est pas eux qui créent la richesse générale dont la population a besoin et  qui permet aussi la solidarité envers les plus faibles. Oui, nos sociétés ont fondamentalement besoin de la liberté et du libéralisme économique. Leur encadrement nécessaire ne doit pas conduire au découragement et à l’étouffement.

Finalement, la voie est clairement la suivante : garantir la liberté responsable et sanctionner la dérive irresponsable. Débusquer cette dernière peut prendre du temps. Bien des choses peuvent échapper à l’investigation. Dans la balance à tenir, mieux vaut cela que trop d’atteinte nocive à la liberté . En revanche, lorsque l’abuseur est démasqué, alors oui la sanction s’impose. Et un Libéral y tiendra plus encore qu’un Socialiste car c’est de sa propre philosophie de vie dont il s’agit.   

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29/09/2015

Elections: l'Europe absente

Elections : l’Europe absente

 

C’est assez étonnant. Durant la prochaine législature Le Conseil fédéral et le Parlement devront prendre des positions publiques difficiles sur les relations de la Suisse avec l’Union européenne :puis les défendre devant les citoyens. Or, tandis qu’il reste à peine plus de deux semaines avant les élections fédérales, tant les candidats que les partis sont d’une discrétion sur le sujet qui laisse pantois. La peur de s’exposer est palpable. L’Europe inquiète et se présenter comme pro-européen ne semble guère payant du point de vue électoral. Absence d’analyse, de pédagogie : la parole critique de l’UDC n’est que timidement contredite.

Pourtant, il y a des choses à dire. On parle beaucoup des crises de l’Union européenne. Le cas de la Grèce revient dans les propos. Il n’empêche que l’UE n’est pas passive dans cette affaire. Ses Etats membres ont été complètement bousculés par l’afflux effarant des migrants. Du point de vue politique, en amont, l’Europe a sa responsabilité quant aux événements qui ont conduit à cet afflux massif ; même si elle est un peu moins frappante que celle des Etats Unis. Que d’erreurs d’appréciation et de conflits que l’on a laissés pourrir. Toutefois retenons comme un point positif qu’une majorité forte des Etats membres de l’UE soit décidée à répartir des quotas, à établir des camps d’hébergement, à renforcer l’aide aux Etats voisins de premier accueil dans les régions ravagées par la guerre. Relevons aussi, que dans cette crise grave, la Suisse est partie prenante à la stratégie qu’il faut mettre en place. D’ailleurs pour ne pas voir les corrélations de toujours entre le Suisse et ses voisins européens, il n’y a que ceux qui ignorent notre histoire et se barricadent derrière des clichés simplificateurs.

Nous sommes traumatisés par le succès de l’Initiative contre l’immigration de masse ; succès auquel ses auteurs ne croyaient pas. S’il est un regret que l’on peut nourrir, il tient à la minceur de l’engagement contre cette Initiative, tant des élus que des partis. On s’est réveillé avec une gueule de bois sans avoir eu l’ivresse d’un débat intense qui aurait dû s’instaurer.

Mais aujourd’hui ? Certains ont lancé une Initiative visant à un nouveau vote populaire sur la libre circulation des personnes avec l’UE ; vote qui pourrait annuler à cet égard celui de février 2014. Il y a un danger avec cette démarche précipitée.  Le peuple, ---même des citoyens qui avaient voté non ---, pourrait ne pas apprécier un manque de respect d’une décision prise par le souverain. Un sondage indique une réaction allant dans ce sens. Il faut que le Conseil fédéral aille jusqu’au bout de ses efforts de négociation avec Bruxelles dans le délai imparti. Si aucune marge de manœuvre ne se dégage, si l’impasse se confirme il sera alors temps, peut être en procédure d’urgence, de proposer un nouveau vote populaire. Enfin, telle est une façon de voir les choses. Cela mériterait discussions entre les candidats et les partis. En tout cas, on aimerait que les candidats, --non UDC bien sûr--, et les partis les portant osent mieux dire haut et fort que même si l’UE traverse des crises elle est indispensable ; que la Suisse, pour sa prospérité économique et financière source d’emplois, est concernée directement par ce qui se passe au sein de l’UE. Et puis, dans le registre d’une réflexion et d’une sensibilité plus historiques osons mieux affirmer que les problèmes de l’Europe sont largement les nôtres, que son destin est largement le nôtre. Soit, la question d’une adhésion n’est plus à l’ordre du jour ni évocable dans un calendrier prévisible. En revanche la question d’un lien institutionnel approprié avec l’UE, couvrant les accords bilatéraux et en permettant de nouveaux, relève, elle, d’une nécessité et d’une priorité politique. Même en attendant encore pour voir quelle piste serait ouverte dans les mois qui viennent entre l’application de l’Initiative contre l’immigration de masse et la relation avec l’UE, affirmons haut et fort que nous voulons cette relation et que nous nous   battrons afin qu’elle ne soit pas altérée ; afin qu’elle soit, au contraire renforcée. Ce combat, il va devoir être mené fortement au cours de la prochaine législature. Alors, de grâce, les sourdines à la cave, les porte-voix en évidence.  

 

 

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16/09/2015

Migrants: réagir à plusieurs niveaux

Migrants : réagir à plusieurs niveaux

 

L’afflux fou de migrants bouscule toute l’Europe. Politiciens et citoyens ne savent plus trop sous quel angle aborder un séisme humain et politique qui échappe à tout contrôle. Comment réagir ? Que faire ? Essayons une réflexion à plusieurs niveaux.

Il y a tout d’abord l’émotion, la compassion et la solidarité. Ces cohortes de migrants se pressant sur les routes, cherchant un refuge et un avenir en Europe occidentale ne sauraient nous laisser indifférents. Certes la Hongrie applique à la lettre la barrière de Schengen à la frontière serbe et roumaine. Mais Schengen comme tel a vécu. Il faudra réinventer les règles. Surtout, l’affaire demande la solidarité des Etats parties prenantes aux accords de Schengen, donc y compris la Suisse. Il est légitime et urgent de prévoir des quotas de migrants par pays selon des critères indiquant les possibilités de chacun. La position hongroise n’est humainement pas tenable.

Cela étant, on ne peut pas laisser ces migrants aller et s’installer où ils veulent sans autres formalités. Il faut bien les enregistrer et examiner leur requête et leur justification pour s’implanter dans les différents pays d’accueil. Il serait naïf de croire que tous ont fui le danger de mort ou de persécution et qu’aucun n’est venu afin de trouver un avenir matériel envié. Tous ne fuient pas la guerre. Il faudra bien, difficilement certes vu le nombre, opérer des distinctions.

Mais, précisément, vu l’ampleur de cette migration, cela ne sera possible que si, répartis dans les différents états et régions, de véritables villages d’enregistrement sont installés ; des lieux où les conditions d’hébergement et d’accompagnement dignes soient assurés. Des aides au retour devront être prévues ; retours éventuellement forcés qui soulèveront évidemment des tensions pénibles. Tout cela prendra du temps.  

Il y a aussi, bien sûr, une aide renforcée à donner aux pays limitrophes des régions en guerre et en chaos, tel le pauvre Liban par exemple.

Enfin, comment ne pas considérer le gâchis politique. En Libye, il fallait bien sûr empêcher un dictateur de massacrer les habitants d’une ville ; mais fallait-il le renverser en soutenant des forces sans structures ?  Il en résulte un chaos ouvrant la voie à une migration débridée vers l’Europe, submergeant la pauvre Italie. En Irak, les Américains ont donné leur grand coup de balais mais où était leur râteau pour ramasser et rassembler les morceaux ? Et quels morceaux, d’ailleurs ? En Syrie, faute d’avoir pu soutenir une force d’opposition crédible en temps voulu et avec l’intensité voulue ( mais cette force existait-elle vraiment ?) les Occidentaux ne savent plus s’ils doivent renouer avec Assad contre l’Etat islamique ou pas. En fait, que cela déplaise ou non, c’est la position russe qui aura eu le plus de continuité et de cohérence. Mais le résultat est une discordance qui éloigne la solution et attise cette crise incontrôlée de la migration massive.  Le Commandant Charles de Gaulle, entre les deux guerres, était allé, disait-il, avec des idées simples vers l’Orient compliqué. Au moins, il avait d’emblée perçu la complication ; laquelle semble n’avoir jamais été vraiment analysée à Washington ni dans les capitales européennes. Comme il en est à propos d’événements plus anciens, les historiens, demain, jugeront sévèrement l’action diplomatique, politique et militaire des occidentaux.

Et puis, tout en prenant toutes la distance voulue par rapport aux nationalistes et aux Islamophobes, ayons la lucidité de voir les choses telles qu’elles sont. Sans parler des inévitables Islamistes infiltrés dans le flux, il est clair que beaucoup de nouveaux arrivants musulmans compliqueront encore un peu plus les termes de l’adhésion au contrat social dans nos pays. La laïcité, la liberté des femmes, le contenu de l’enseignement, notamment sur l’histoire du pays de résidence : toutes valeurs et exigences qui devront être clairement réaffirmées. Or, les autorités politiques européennes sont d’une fermeté très relative sur ces questions.

Bref, les défis sont là, pas d’emblée conciliables. Du cœur, mais de la lucidité, de l’ouverture mais de la fermeté : notre vieille Europe saura-t-elle trouver la voie ?

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01/09/2015

Crise de l’immigration : pas de simplisme

 

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19/08/2015

La démocratie s'apprend

La démocratie s’apprend

 

Les Suisses de l’étranger ont tenu leur Congrès annuel ; cette fois à Genève. L’événement fut marquant pour l’auteur de ces lignes puisque c’était le dernier qu’il présidait. Un succès par la fréquentation et aussi de par l’intérêt pour le sujet :< la démocratie et la formation citoyenne>.Que les congressistes, en grande majorité donc Suisses de l’étranger, aient croché sur ce sujet en dit long sur l’attachement du noyau de ces compatriotes à leur mère patrie.

Mais, sur le sujet retenons ici trois points.

La démocratie n’est pas un gêne qui vient avec la naissance. Elle s’apprend. Le premier instinct de l’homme réclame le clan, la hiérarchie. Dans l’histoire, postuler la liberté et la responsabilité du Citoyen n’allait pas de soi. Le chemin fut long et semé d’embûches. La démocratie, d’ailleurs, a ses vertus mais peut aussi produire des lois ou des actes injustes. Socrate nous l’a dit mais il a préféré se soumettre à ces lois injustes plutôt que de rejeter l’ordre établi. Aujourd’hui, il faut insister sur le respect des droits de l’homme, ce que des Démocrates peuvent aussi oublier.

Cela étant, la Suisse a poussé au maximum les institutions démocratiques. On en trouve des prémices dans les premiers pas des cantons mais la vraie consolidation date, bien sûr , de 1848. Lorsqu’on y songe, quelle avancée, et quels droits populaires sidérants avec le Référendum et l’Initiative ! Il y faut une culture politique, une maturité civique qui ont de quoi étonner loin à la ronde.

Or, précisément, cette culture et cette maturité ont besoin de citoyens au clair et motivés. Il y faut les connaissances requises et des exercices , si possible : cela dans le temps de la jeunesse.

Il importe donc que l’école apporte les connaissances , les repères. Les enseignants ont, --ou plutôt auraient--, un devoir de transmettre ces connaissances en histoire nationale. Ils ont,--ou plutôt auraient le devoir de transmettre les données de base sur le fonctionnement des institutions :soit une instruction civique, citoyenne suffisante. Disons le tout net, cette transmission est aujourd’hui très insuffisante dans les écoles publiques. Lacunes dans les programmes, absence de cadre imposé aux enseignants, lesquels devraient affirmer leur liberté dans la manière mais jamais dans le refus d’enseigner ce qui devrait l’être.

Certes, la transmission scolaire peut avoir quelque chose d’abstrait et nombre d’élèves n’en seront pas motivés pour autant. Cela ne garantit donc pas forcément la formation citoyenne. Nous dirions : absolument nécessaire mais pas toujours suffisant. Il y a alors des valeurs ajoutées possibles. Le Canton de Genève, par exemple, organise ou soutient des réunions où des jeunes abordent un sujet d’actualité, se distribuent des rôles et défendent des positions. Au Congrès des Suisses de l’étranger, des jeunes de l’étranger ont fait cette démonstration. Ce fut captivant. Ils vont d’ailleurs créer un Parlement des jeunes Suisse de l’étranger, comme il y en a en Suisse. Et l’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE) offre une plateforme internet permettant notamment de tels échanges politiques.

Alors ? Plutôt la transmission de base ou plutôt des stimulations branchées sur l’actualité ? La réponse est évidente. Il faut les deux. Mais organiser les stimulations n’est pas simple et ne peut atteindre tout le monde. La transmission des connaissances de base en histoire suisse et en instruction civique devrait, elle, atteindre le plus grand nombre. Transmettre, toucher à vif : il n’y a pas contradiction mais complémentarité. Encore faudrait-il que la formation citoyenne soit reconnue comme devant être une priorité indispensable à la pérennité de notre démocratie.   

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26/06/2015

bus genevois:bravoet merci

Bus genevois : bravo et merci

Le Bus affrété par la Fondation pour Genève boucle son tour de Suisse. Quelle aventure ! Tous les cantons visités. Des échanges avec leurs Gouvernements, les autorités des villes hébergeant le bus, des personnalités du lieu. Des Genevois exerçant des fonctions publiques ou simples adhérents à l’exploit qui retrouvaient l’équipe au fil des étapes. Quelle équipe,  engagée dans un travail de logistique, de planification, d’organisation, de contacts ne permettant pas la moindre pause. Oui, c’est remarquable.

Il faut en premier lieu mettre en évidence Ivan Pictet, le Président de la Fondation pour Genève. Car c’est lui qui a eu l’idée, qui fut l’instigateur. Une fois de plus, ce banquier s’est engagé. Ce fut l’opération Genève gagne avec la Chambre de commerce. Ce fut la promotion de Genève place financière. Ce sont les relations privilégiées avec des personnalités internationales attachées à Genève, tels les Secrétaires généraux de l’ONU. Et bien d’autres choses. Ici, une fois encore, on a vu éclore l’idée, s’affirmer une capacité de convaincre qu’elle était bonne, de motiver, de former une équipe et de persévérer dans une action minutieusement préparée, de surmonter les accrocs qui n’ont pas manqué de se produire. Et voilà le résultat.

Verra-t-on encore des sceptiques dire : tout cela pourquoi ? Eh bien la réponse est évidente. La Suisse ne serait pas ce qu’elle est sans l’apport de Genève : son rôle sur la scène internationale, sa place dans le monde financier, sa vocation culturelle. Réciproquement, Genève doit ce qu’elle est à la Confédération. Des personnalités ont incarné ce lien consubstantiel  Dufour, Dunant, Gustave Ador, Rappard et bien d’autres. Leurs expériences à l’étranger, leurs liens avec des figures de proue sur la scène européenne et mondiale : ces Genevois les ont utilisées pour servir leur pays. Ouverts oh combien vers l’extérieur, profondément Genevois et profondément Suisses. Nos Confédérés n’ont pas toujours conscience du fait que nous sommes précisément Confédérés autant qu’eux, que nous partageons la même histoire avec ses péripéties et ses mythes, lesquels  forgent notre patriotisme commun en dépit des différences.  Dans certains cantons Genève peut sembler sinon exotique tout au moins périphérique. Les Députés genevois aux Chambres fédérales l’ont souvent constaté. Une action originale, pédagogique, conviviale, sympathique de présence et de promotion à travers le pays aura donc été tellement fondée, opportune. L’accueil reçu à toutes les étapes, à des degrés divers bien sûr, aura été réjouissant. L’étape du Grüttli restera dans les mémoires. Oui une riche idée, une belle aventure, un acte au long cours, civique, genevois et  confédéral. Que dire de plus à La Fondation pour Genève, à son Président, à ses collaborateurs et collaboratrices, aux bénévoles qui on accompagné  le périple : bravo et merci.   

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15/06/2015

Service public:oui mais

Service public : oui mais

 

Les nouvelles modalités de la redevance servant à financer les médias ont donc été  approuvées  de justesse par le peuple. La généralisation de la perception arrange tant la SSR que les radios ou télévisions locales. On pouvait discuter des ces modalités techniques et financières. Or le débat a largement dévié de l’objet pour tourner autour de la SSR en tant que service public. Sa protection particulière correspond-elle à la valeur de ses prestations ? La mérite-t-elle ? Et c’est, en effet toute la question du service public qui a été posée. D’ailleurs, la conseillère fédérale Doris Leuthard a souligné aussitôt que ce débat ne faisait que commencer.

Alors, sans prétention et brièvement, une réflexion à ce sujet. Lorsque l’on est libéral, on apprécie la concurrence. Il est passé le temps où la SSR avait un monopole de droit et de fait. Mais un Libéral sait aussi garder à l’esprit certains repères. La cohésion du pays, la couverture médiatique suffisante dans toutes les régions, et une série d’obligations pour la SSR liées à la concession dont elle bénéficie : par exemple le respect du fédéralisme, une information complète et objective, une mise en valeur de la diversité des opinions et des sensibilités ; toutes choses auxquelles les médias privés, locaux ne sont pas astreints. A la SSR est donc attachée une certaine valeur d’identité nationale. D’ailleurs, la majorité des Suisses de l’étranger qui ont voté ne s’y sont pas trompés. Elle a voté oui. Ne serait-ce pas elle, entre autres, qui aurait déterminé l’issue du scrutin ? Pour les Suisses de l’étranger, la SSR, avec son volet Swissinfo, crée un lien avec le pays, renforce son identité, donc leur identité.

Il faut le dire. Une concurrence est saine. Le paysage médiatique ne va pas cesser d’évoluer. Mais, à la fin, envers et contre tout, l’existence et la pérennité d’une SSR d’envergure nationale,  aux antennes linguistiques et régionales est nécessaire à ce pays. Alors, que le Parlement discute de l’équilibre à tenir, pour ce qui la concerne, entre sa liberté et ses obligations : fort bien ! Qu’un vaste débat politique s’engage sur la notion même de service public au milieu d’un ensemble protéiforme et en mouvement constant : très bien ! En revanche, relativiser trop la légitimité et la nécessité de ce service public, affaiblir trop les capacités de la SSR ne serait pas dans l’intérêt général et du pays. Dans ce débat opportun, que les éléments à considérer, à peser montent sur la scène parlementaire. En revanche, que les rognes diverses et variées restent au vestiaire. La SSR n’a pas un droit à la vie pour elle-même. Mais la Suisse a besoin qu’elle vive.  

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29/05/2015

Successions: une valeur non fiscale

Successions : une valeur non fiscale

 

La Gauche pare de vertus son Initiative visant à introduire obligatoirement dans tous les cantons un impôt sur les successions, que les héritiers soient en ligne directe ou non. Certes, l’Initiative laisse une marge de manoeuvre au Parlement pour la loi d’application. Certes elle prévoit des conditions d’exemption et d’atténuation. Il n’empêche que cette Initiative entrainerait des effets financiers et économiques négatifs. En outre, sa référence morale est tout à fait discutable.

Les défauts. Une rétroactivité inacceptable. Alors que l’article constitutionnel entrerait en vigueur en 2017, les successions advenues dès 2012 seraient touchées. C’est à se demander si le Parlement n’aurait pas dû invalider cette Initiative pour ce motif déjà. Deuxième défaut majeur : l’atteinte à la souveraineté des cantons. Ceux-ci la voient progressivement diminuer sous le coup des injonctions fédérales. Or, en politique tout passe par la fiscalité. A chaque canton de trouver un équilibre. A chacun d’évaluer comment retenir les grosses fortunes générant de gros revenus, le tout amenant des suites économiques et des recettes essentielles. Ce n’est pas un hasard si presque tous les cantons ont supprimé cet impôt pour les successions entre conjoints et en ligne directe.

Et puis il y a les entreprises. Certes, l’Initiative prévoit des réductions mais à condition que le patron héritier soit obligé de poursuivre l’exploitation durant dix ans au moins. Exigence bureaucratique faisant fi des aléas de la conjoncture et qui provoquerait un contrôle administratif lourd, compliqué.

Allons, c’est assez dire qu’il faut rejeter ce projet. Toutefois, relevons le défi de l’argumentation sur le volet moral. Qu’un héritier touche de ses parents défunts une fortune, une entreprise qu’il n’a pas acquise, développée lui-même : voilà qui  serait choquant, injuste. Que l’Etat prélève au moins sa bonne part ne serait que justice. Ce genre d’arguments a cours aux Etats Unis, par exemple. Chacun a sa chance, chacun doit faire ses preuves, il y a course effrénée entre les meilleurs performeurs. Et que les jeunes repartent de zéro le mors aux dents.  Eh bien une argumentation contraire est parfaitement défendable. La succession marque une continuité familiale, une transmission tranquille d’un patrimoine mais aussi de valeurs, Bien sûr, il y a des fils à papa, des enfants gâtés qui choquent. Mais dans la plupart des cas de figure, il y a un désir des parents de transmettre le fruit de leur travail, de leurs investissements et une conscience des enfants qu’il y a dans ce passage de témoin une charge affective et un mandat de responsabilité. La Suisse est forte de sa forte classe moyenne. Et dans cette frange là, le désir de continuité familiale est grand. Or, cette continuité est un pivot de notre société. Finalement, l’attitude des héritiers témoigne de  leur position dans la vie, vis à vis d’eux mêmes, de leurs proches et de la société. C’est leur histoire. Que l’Etat ne vienne pas jouer au percepteur pour raisons morales. Le message ne passe pas. Les successions : une valeur stabilisatrice qui n’est pas d’ordre fiscal.

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