16/09/2015

Migrants: réagir à plusieurs niveaux

Migrants : réagir à plusieurs niveaux

 

L’afflux fou de migrants bouscule toute l’Europe. Politiciens et citoyens ne savent plus trop sous quel angle aborder un séisme humain et politique qui échappe à tout contrôle. Comment réagir ? Que faire ? Essayons une réflexion à plusieurs niveaux.

Il y a tout d’abord l’émotion, la compassion et la solidarité. Ces cohortes de migrants se pressant sur les routes, cherchant un refuge et un avenir en Europe occidentale ne sauraient nous laisser indifférents. Certes la Hongrie applique à la lettre la barrière de Schengen à la frontière serbe et roumaine. Mais Schengen comme tel a vécu. Il faudra réinventer les règles. Surtout, l’affaire demande la solidarité des Etats parties prenantes aux accords de Schengen, donc y compris la Suisse. Il est légitime et urgent de prévoir des quotas de migrants par pays selon des critères indiquant les possibilités de chacun. La position hongroise n’est humainement pas tenable.

Cela étant, on ne peut pas laisser ces migrants aller et s’installer où ils veulent sans autres formalités. Il faut bien les enregistrer et examiner leur requête et leur justification pour s’implanter dans les différents pays d’accueil. Il serait naïf de croire que tous ont fui le danger de mort ou de persécution et qu’aucun n’est venu afin de trouver un avenir matériel envié. Tous ne fuient pas la guerre. Il faudra bien, difficilement certes vu le nombre, opérer des distinctions.

Mais, précisément, vu l’ampleur de cette migration, cela ne sera possible que si, répartis dans les différents états et régions, de véritables villages d’enregistrement sont installés ; des lieux où les conditions d’hébergement et d’accompagnement dignes soient assurés. Des aides au retour devront être prévues ; retours éventuellement forcés qui soulèveront évidemment des tensions pénibles. Tout cela prendra du temps.  

Il y a aussi, bien sûr, une aide renforcée à donner aux pays limitrophes des régions en guerre et en chaos, tel le pauvre Liban par exemple.

Enfin, comment ne pas considérer le gâchis politique. En Libye, il fallait bien sûr empêcher un dictateur de massacrer les habitants d’une ville ; mais fallait-il le renverser en soutenant des forces sans structures ?  Il en résulte un chaos ouvrant la voie à une migration débridée vers l’Europe, submergeant la pauvre Italie. En Irak, les Américains ont donné leur grand coup de balais mais où était leur râteau pour ramasser et rassembler les morceaux ? Et quels morceaux, d’ailleurs ? En Syrie, faute d’avoir pu soutenir une force d’opposition crédible en temps voulu et avec l’intensité voulue ( mais cette force existait-elle vraiment ?) les Occidentaux ne savent plus s’ils doivent renouer avec Assad contre l’Etat islamique ou pas. En fait, que cela déplaise ou non, c’est la position russe qui aura eu le plus de continuité et de cohérence. Mais le résultat est une discordance qui éloigne la solution et attise cette crise incontrôlée de la migration massive.  Le Commandant Charles de Gaulle, entre les deux guerres, était allé, disait-il, avec des idées simples vers l’Orient compliqué. Au moins, il avait d’emblée perçu la complication ; laquelle semble n’avoir jamais été vraiment analysée à Washington ni dans les capitales européennes. Comme il en est à propos d’événements plus anciens, les historiens, demain, jugeront sévèrement l’action diplomatique, politique et militaire des occidentaux.

Et puis, tout en prenant toutes la distance voulue par rapport aux nationalistes et aux Islamophobes, ayons la lucidité de voir les choses telles qu’elles sont. Sans parler des inévitables Islamistes infiltrés dans le flux, il est clair que beaucoup de nouveaux arrivants musulmans compliqueront encore un peu plus les termes de l’adhésion au contrat social dans nos pays. La laïcité, la liberté des femmes, le contenu de l’enseignement, notamment sur l’histoire du pays de résidence : toutes valeurs et exigences qui devront être clairement réaffirmées. Or, les autorités politiques européennes sont d’une fermeté très relative sur ces questions.

Bref, les défis sont là, pas d’emblée conciliables. Du cœur, mais de la lucidité, de l’ouverture mais de la fermeté : notre vieille Europe saura-t-elle trouver la voie ?

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01/09/2015

Crise de l’immigration : pas de simplisme

 

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19/08/2015

La démocratie s'apprend

La démocratie s’apprend

 

Les Suisses de l’étranger ont tenu leur Congrès annuel ; cette fois à Genève. L’événement fut marquant pour l’auteur de ces lignes puisque c’était le dernier qu’il présidait. Un succès par la fréquentation et aussi de par l’intérêt pour le sujet :< la démocratie et la formation citoyenne>.Que les congressistes, en grande majorité donc Suisses de l’étranger, aient croché sur ce sujet en dit long sur l’attachement du noyau de ces compatriotes à leur mère patrie.

Mais, sur le sujet retenons ici trois points.

La démocratie n’est pas un gêne qui vient avec la naissance. Elle s’apprend. Le premier instinct de l’homme réclame le clan, la hiérarchie. Dans l’histoire, postuler la liberté et la responsabilité du Citoyen n’allait pas de soi. Le chemin fut long et semé d’embûches. La démocratie, d’ailleurs, a ses vertus mais peut aussi produire des lois ou des actes injustes. Socrate nous l’a dit mais il a préféré se soumettre à ces lois injustes plutôt que de rejeter l’ordre établi. Aujourd’hui, il faut insister sur le respect des droits de l’homme, ce que des Démocrates peuvent aussi oublier.

Cela étant, la Suisse a poussé au maximum les institutions démocratiques. On en trouve des prémices dans les premiers pas des cantons mais la vraie consolidation date, bien sûr , de 1848. Lorsqu’on y songe, quelle avancée, et quels droits populaires sidérants avec le Référendum et l’Initiative ! Il y faut une culture politique, une maturité civique qui ont de quoi étonner loin à la ronde.

Or, précisément, cette culture et cette maturité ont besoin de citoyens au clair et motivés. Il y faut les connaissances requises et des exercices , si possible : cela dans le temps de la jeunesse.

Il importe donc que l’école apporte les connaissances , les repères. Les enseignants ont, --ou plutôt auraient--, un devoir de transmettre ces connaissances en histoire nationale. Ils ont,--ou plutôt auraient le devoir de transmettre les données de base sur le fonctionnement des institutions :soit une instruction civique, citoyenne suffisante. Disons le tout net, cette transmission est aujourd’hui très insuffisante dans les écoles publiques. Lacunes dans les programmes, absence de cadre imposé aux enseignants, lesquels devraient affirmer leur liberté dans la manière mais jamais dans le refus d’enseigner ce qui devrait l’être.

Certes, la transmission scolaire peut avoir quelque chose d’abstrait et nombre d’élèves n’en seront pas motivés pour autant. Cela ne garantit donc pas forcément la formation citoyenne. Nous dirions : absolument nécessaire mais pas toujours suffisant. Il y a alors des valeurs ajoutées possibles. Le Canton de Genève, par exemple, organise ou soutient des réunions où des jeunes abordent un sujet d’actualité, se distribuent des rôles et défendent des positions. Au Congrès des Suisses de l’étranger, des jeunes de l’étranger ont fait cette démonstration. Ce fut captivant. Ils vont d’ailleurs créer un Parlement des jeunes Suisse de l’étranger, comme il y en a en Suisse. Et l’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE) offre une plateforme internet permettant notamment de tels échanges politiques.

Alors ? Plutôt la transmission de base ou plutôt des stimulations branchées sur l’actualité ? La réponse est évidente. Il faut les deux. Mais organiser les stimulations n’est pas simple et ne peut atteindre tout le monde. La transmission des connaissances de base en histoire suisse et en instruction civique devrait, elle, atteindre le plus grand nombre. Transmettre, toucher à vif : il n’y a pas contradiction mais complémentarité. Encore faudrait-il que la formation citoyenne soit reconnue comme devant être une priorité indispensable à la pérennité de notre démocratie.   

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26/06/2015

bus genevois:bravoet merci

Bus genevois : bravo et merci

Le Bus affrété par la Fondation pour Genève boucle son tour de Suisse. Quelle aventure ! Tous les cantons visités. Des échanges avec leurs Gouvernements, les autorités des villes hébergeant le bus, des personnalités du lieu. Des Genevois exerçant des fonctions publiques ou simples adhérents à l’exploit qui retrouvaient l’équipe au fil des étapes. Quelle équipe,  engagée dans un travail de logistique, de planification, d’organisation, de contacts ne permettant pas la moindre pause. Oui, c’est remarquable.

Il faut en premier lieu mettre en évidence Ivan Pictet, le Président de la Fondation pour Genève. Car c’est lui qui a eu l’idée, qui fut l’instigateur. Une fois de plus, ce banquier s’est engagé. Ce fut l’opération Genève gagne avec la Chambre de commerce. Ce fut la promotion de Genève place financière. Ce sont les relations privilégiées avec des personnalités internationales attachées à Genève, tels les Secrétaires généraux de l’ONU. Et bien d’autres choses. Ici, une fois encore, on a vu éclore l’idée, s’affirmer une capacité de convaincre qu’elle était bonne, de motiver, de former une équipe et de persévérer dans une action minutieusement préparée, de surmonter les accrocs qui n’ont pas manqué de se produire. Et voilà le résultat.

Verra-t-on encore des sceptiques dire : tout cela pourquoi ? Eh bien la réponse est évidente. La Suisse ne serait pas ce qu’elle est sans l’apport de Genève : son rôle sur la scène internationale, sa place dans le monde financier, sa vocation culturelle. Réciproquement, Genève doit ce qu’elle est à la Confédération. Des personnalités ont incarné ce lien consubstantiel  Dufour, Dunant, Gustave Ador, Rappard et bien d’autres. Leurs expériences à l’étranger, leurs liens avec des figures de proue sur la scène européenne et mondiale : ces Genevois les ont utilisées pour servir leur pays. Ouverts oh combien vers l’extérieur, profondément Genevois et profondément Suisses. Nos Confédérés n’ont pas toujours conscience du fait que nous sommes précisément Confédérés autant qu’eux, que nous partageons la même histoire avec ses péripéties et ses mythes, lesquels  forgent notre patriotisme commun en dépit des différences.  Dans certains cantons Genève peut sembler sinon exotique tout au moins périphérique. Les Députés genevois aux Chambres fédérales l’ont souvent constaté. Une action originale, pédagogique, conviviale, sympathique de présence et de promotion à travers le pays aura donc été tellement fondée, opportune. L’accueil reçu à toutes les étapes, à des degrés divers bien sûr, aura été réjouissant. L’étape du Grüttli restera dans les mémoires. Oui une riche idée, une belle aventure, un acte au long cours, civique, genevois et  confédéral. Que dire de plus à La Fondation pour Genève, à son Président, à ses collaborateurs et collaboratrices, aux bénévoles qui on accompagné  le périple : bravo et merci.   

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15/06/2015

Service public:oui mais

Service public : oui mais

 

Les nouvelles modalités de la redevance servant à financer les médias ont donc été  approuvées  de justesse par le peuple. La généralisation de la perception arrange tant la SSR que les radios ou télévisions locales. On pouvait discuter des ces modalités techniques et financières. Or le débat a largement dévié de l’objet pour tourner autour de la SSR en tant que service public. Sa protection particulière correspond-elle à la valeur de ses prestations ? La mérite-t-elle ? Et c’est, en effet toute la question du service public qui a été posée. D’ailleurs, la conseillère fédérale Doris Leuthard a souligné aussitôt que ce débat ne faisait que commencer.

Alors, sans prétention et brièvement, une réflexion à ce sujet. Lorsque l’on est libéral, on apprécie la concurrence. Il est passé le temps où la SSR avait un monopole de droit et de fait. Mais un Libéral sait aussi garder à l’esprit certains repères. La cohésion du pays, la couverture médiatique suffisante dans toutes les régions, et une série d’obligations pour la SSR liées à la concession dont elle bénéficie : par exemple le respect du fédéralisme, une information complète et objective, une mise en valeur de la diversité des opinions et des sensibilités ; toutes choses auxquelles les médias privés, locaux ne sont pas astreints. A la SSR est donc attachée une certaine valeur d’identité nationale. D’ailleurs, la majorité des Suisses de l’étranger qui ont voté ne s’y sont pas trompés. Elle a voté oui. Ne serait-ce pas elle, entre autres, qui aurait déterminé l’issue du scrutin ? Pour les Suisses de l’étranger, la SSR, avec son volet Swissinfo, crée un lien avec le pays, renforce son identité, donc leur identité.

Il faut le dire. Une concurrence est saine. Le paysage médiatique ne va pas cesser d’évoluer. Mais, à la fin, envers et contre tout, l’existence et la pérennité d’une SSR d’envergure nationale,  aux antennes linguistiques et régionales est nécessaire à ce pays. Alors, que le Parlement discute de l’équilibre à tenir, pour ce qui la concerne, entre sa liberté et ses obligations : fort bien ! Qu’un vaste débat politique s’engage sur la notion même de service public au milieu d’un ensemble protéiforme et en mouvement constant : très bien ! En revanche, relativiser trop la légitimité et la nécessité de ce service public, affaiblir trop les capacités de la SSR ne serait pas dans l’intérêt général et du pays. Dans ce débat opportun, que les éléments à considérer, à peser montent sur la scène parlementaire. En revanche, que les rognes diverses et variées restent au vestiaire. La SSR n’a pas un droit à la vie pour elle-même. Mais la Suisse a besoin qu’elle vive.  

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29/05/2015

Successions: une valeur non fiscale

Successions : une valeur non fiscale

 

La Gauche pare de vertus son Initiative visant à introduire obligatoirement dans tous les cantons un impôt sur les successions, que les héritiers soient en ligne directe ou non. Certes, l’Initiative laisse une marge de manoeuvre au Parlement pour la loi d’application. Certes elle prévoit des conditions d’exemption et d’atténuation. Il n’empêche que cette Initiative entrainerait des effets financiers et économiques négatifs. En outre, sa référence morale est tout à fait discutable.

Les défauts. Une rétroactivité inacceptable. Alors que l’article constitutionnel entrerait en vigueur en 2017, les successions advenues dès 2012 seraient touchées. C’est à se demander si le Parlement n’aurait pas dû invalider cette Initiative pour ce motif déjà. Deuxième défaut majeur : l’atteinte à la souveraineté des cantons. Ceux-ci la voient progressivement diminuer sous le coup des injonctions fédérales. Or, en politique tout passe par la fiscalité. A chaque canton de trouver un équilibre. A chacun d’évaluer comment retenir les grosses fortunes générant de gros revenus, le tout amenant des suites économiques et des recettes essentielles. Ce n’est pas un hasard si presque tous les cantons ont supprimé cet impôt pour les successions entre conjoints et en ligne directe.

Et puis il y a les entreprises. Certes, l’Initiative prévoit des réductions mais à condition que le patron héritier soit obligé de poursuivre l’exploitation durant dix ans au moins. Exigence bureaucratique faisant fi des aléas de la conjoncture et qui provoquerait un contrôle administratif lourd, compliqué.

Allons, c’est assez dire qu’il faut rejeter ce projet. Toutefois, relevons le défi de l’argumentation sur le volet moral. Qu’un héritier touche de ses parents défunts une fortune, une entreprise qu’il n’a pas acquise, développée lui-même : voilà qui  serait choquant, injuste. Que l’Etat prélève au moins sa bonne part ne serait que justice. Ce genre d’arguments a cours aux Etats Unis, par exemple. Chacun a sa chance, chacun doit faire ses preuves, il y a course effrénée entre les meilleurs performeurs. Et que les jeunes repartent de zéro le mors aux dents.  Eh bien une argumentation contraire est parfaitement défendable. La succession marque une continuité familiale, une transmission tranquille d’un patrimoine mais aussi de valeurs, Bien sûr, il y a des fils à papa, des enfants gâtés qui choquent. Mais dans la plupart des cas de figure, il y a un désir des parents de transmettre le fruit de leur travail, de leurs investissements et une conscience des enfants qu’il y a dans ce passage de témoin une charge affective et un mandat de responsabilité. La Suisse est forte de sa forte classe moyenne. Et dans cette frange là, le désir de continuité familiale est grand. Or, cette continuité est un pivot de notre société. Finalement, l’attitude des héritiers témoigne de  leur position dans la vie, vis à vis d’eux mêmes, de leurs proches et de la société. C’est leur histoire. Que l’Etat ne vienne pas jouer au percepteur pour raisons morales. Le message ne passe pas. Les successions : une valeur stabilisatrice qui n’est pas d’ordre fiscal.

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21/05/2015

Najat-Attila : l’herbe ne repoussera pas

En France, des intellectuels de haut vol s’insurgent contre les projets de réforme scolaire et la direction que la ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem veut imposer à l’école. Jean D’Ormesson évoque Attila. Bien sûr la comparaison parait énorme. La jeune ministre a un frais visage et une expression innocente. Elle est pleine de <bonnes intentions>. Egalité des chances, rencontre de l’école avec la diversité culturelle : une réalité de la France d’aujourd’hui. Mais ce que Jean d’Ormesson évoque est la fameuse phrase : là où Attila passe l’herbe ne repousse jamais. Autrement dit, si l’école voit ses programmes être chamboulés, des pivots traditionnels être relativisés c’est toute une orientation de la formation et de la culture françaises qui en sera durablement sinon inexorablement modifiée. En guise de réplique aux intellectuels qui la contestent, la ministre a déclaré qu’elle préférait l’excellence républicaine à l’excellence dynastique. Le message est clair. Ces d’Ormesson et autre privilégiés sociaux voient dans le latin, le grec, l’histoire nationale, avec ses repères de toujours, le socle autour duquel cette élite de naissance, ce cercle restreint monopolisent la culture, les parcours scolaires et universitaires (grandes écoles), les réseaux, le langage codé des initiés. Or, cette République nourrie de ses diversités, de son métissage croissant, de la cohabitation entre plusieurs héritages historique, religieux et philosophique dont aucun n’a droit à une prééminence n’aurait plus besoin des critères de cette  excellence dynastique. Le vécu et le ressenti personnels de la jeune ministre issue de l’immigration sont évidemment frappants dans toute cette démarche. Mais cette dernière est cautionnée sans grande réflexion par le Président et le Premier ministre.

Alors oui, Jean d’Ormesson et les autres ont raison de crier au feu. Que serait la France sans ses racines grecque et romaine qui ont forgé sa langue ? Que serait-elle sans le Moyen âge chrétien qui a laissé une église dans quasiment tous ses villages et des cathédrales dans ses grandes cités ? Que serait-elle sans le long effort vers l’unité à travers les crises les guerres civiles, les rois, les républiques successives. Mais que serait la France sans l’emprunte artistique et culturelle de la renaissance, sans la trace vive du siècle des lumières ?

Evidemment qu’il y a eu sans cesse les apports des immigrés. Mais, jusqu’à il y a peu, les uns et les autres, sans perdre leurs particularités, étaient absorbés par cet héritage. L’Africain Léopold Senghor voisinait à Normale sup avec Georges Pompidou pour l’agrégation de lettres. Il n’en avait pas pour autant, que l’on sache, renié ses origines. Que beaucoup d’élèves, et évidemment ceux dits des banlieues, n’aient cure du grec, du latin, des églises romanes, et de tout le reste n’enlève rien à la valeur de ces repères, à une culture qui donne une emprunte à l’ensemble. L’excellence élitaire peut aspirer une méritocratie de la République. Personne ne dit que le défi soit facile. Mais la réponse ministérielle est assurément destructrice du cœur français.

On dira peut être que ce propos sur la France est déplacé de la part d’un Suisse, d’un Genevois. N’avons-nous pas nos propres débats ? Non, cette affaire ne nous est pas étrangère. La France nous influence, nous imbibe. L’évolution des programmes d’histoire dans la perspective des maturités cantonales est inquiétante. Avec un temps de retard nous risquons de suivre les mêmes dérives, d’être gagnés par les mêmes mouvements de dilution, de perte d’identité historique et culturelle. La résistance à tout cela doit être aussi notre combat.

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02/05/2015

A propos du racisme

A propos du racisme

 

La question du racisme et de l’action contre le racisme n’a jamais été autant discutée qu’aujourd’hui. Pour ce qui est de l’Europe on s’en réfère souvent au terrible souvenir du nazisme et de la Schoah. Il est évident que cette monstruosité historique ne devra jamais être oubliée. Aujourd’hui , surtout en regard du fanatisme d’Islamistes radicaux , on parle de racisme antimusulman. Et puis, stimulées par la crainte d’une immigration massive, la méfiance et la réticence envers les Africains courent dans nos populations. Evoquons aussi les Roms, les Kosovars. Bref, le racisme ordinaire lié aux cohabitations en partie subies de la vie ordinaire.

Alors, faut-il, à l’instar de certains qui sont bardés de bonnes intentions, intensifier à fond la lutte contre le racisme sous toutes ses formes ? Elargir la notion, alourdir les sanctions ? Voilà qui mérite de beaucoup y réfléchir. Et si, au-delà de ce qui est indispensable, un excès de zèle allait à fin contraire, rognant trop la liberté d’expression, invitant à l’abus de la dénonciation, engendrant des crispations inavouées ?

Prenons quelques exemples. Un succès phénoménal du cinéma français a été le film Rabbi Jacob. Un délire de plaisir devant un film qui n’était pas, dans sa légèreté, sans instiller une conclusion morale. Le réalisateur, Gérard Oury, était d’ailleurs juif. Pourtant, oserait-on aujourd’hui sortir un tel film sans craindre d’être taxé d’antisémite ? Voire aussi d’esprit colonial vis à vis de l’Afrique ? Dans un registre plus grave, vous pouvez bien avoir un grand respect,  une attirance intellectuelle et spirituelle pour le judaïsme : si vous critiquez la politique de l’Etat d’Israël vous aurez tôt fait d’être qualifié d’antisémite. Venons-en à l’Islam. Le défi de la cohabitation culturelle ouvre la porte à un danger : celui d’entamer l’acquis de la laïcité de l’Etat et des établissements publics (dont l’école), de pratiquer l’autocensure afin de ne pas blesser, choquer… Autrement dit, tout un acquis intellectuel, culturel, démocratique lentement développé dans nos sociétés occidentales pourrait être peu à peu rétréci. Une peur rampante d’être accusé de discrimination de racisme. Paralyserait les esprits.  Il s’agit surtout ici de la relation avec l’Islam et les Musulmans résidant dans ces vieux pays européens pétris par une si longue histoire. L’histoire, précisément. L’enseigner de manière chronologique, insister sur l’emprunte décisive du christianisme, sur les lumières : enseignement discriminatoire ? Attaque contre la diversité culturelle dans nos écoles ? Racisme sous-jacent ? On entend de plus en plus ces inquiétantes aberrations.

Oui, nous en sommes à ce point. Nos sociétés ont comme peur d’elles-mêmes. On veut apaiser ce qui pourrait nous menacer ; par gain de paix, esprit d’ouverture aussi, sans doute. Mais en offrant une sorte de ventre mou, on n’apaisera rien du tout. Faute de limites clairement posées, les atteintes, même non agressives, au socle qui a fondé nos sociétés augmenteront progressivement. On pourrait parler d’un <Munich culturel et mental> par allusion aux funestes accords de Munich en 1938. Allusion excessive et déplacée ? On aimerait le croire.

Oui, nous sommes en danger de dilution, de non résistance dès lors que nous ne serions plus reliés à notre histoire, aux valeurs qui en découlent, à une identité définissant et déterminant notre manière de vivre ensemble. Il importe de reprendre et de regarder en face les différents mots qui dansent devant nous dans le désordre. Le racisme, c’est la discrimination avérée et injustifiée, l’incitation à la haine ; rien de moins mais rien de plus. En deca de cette ligne rouge, notre liberté et notre devoir tiennent à la connaissance et à l’affirmation de ce qui a construit nos sociétés, nos Etats et aux valeurs à défendre qui en découlent. Cela doit s’imposer à quiconque veut partager notre existence collective. Certes, une telle fermeté, qui n’est pas rigidité, ni refus d’ouverture, heurtera certains et provoquera des tensions. Mais à la fin, --c’est en tout cas notre conviction--, elles seront moins graves dans la durée que ce qui pourrait résulter de notre faiblesse, de notre inconsistance, de nos abandons. On ne respecte que ce qui a de la  substance.

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22/04/2015

Le cimetière marin: que faire?

Le cimetière marin : que faire ?

 

Avec l’âge il faut essayer de gagner en honnêteté intellectuelle. Les naufrages tragiques et les noyades affreuses en méditerranée nous frappent, nous choquent mais ne nous empêchent pas de dormir. La succession sans relâche des informations sur les drames du monde éveille parfois nos consciences, par à coups, mais anesthésie malheureusement nos sensibilités dans la durée. Il y a d’abord notre vie, ici et maintenant. Ce n’est pas cynique de dire cela, c’est réaliste et, oui, un peu honnête. Ah , pour ceux notamment qui sont nourris de culture chrétienne il y a cette image du Christ souffrant qui s’agite dans les têtes. J’étais migrant et vous m’avez accueilli, aurait-il dit en substance. C'est-à-dire que chaque porte ouverte au réfugié le serait au Christ. Quel rappel et quel appel ! Mais on pense aussitôt au passage des frères karamazoff de Dostoïevski. Le grand inquisiteur qui dit à Jésus revenu sur la terre : tu nous assommés avec un message d’Amour total et tu nous a laissés nous débrouiller pour organiser la vraie vie des hommes, avec tout ce que cela comporte de difficultés, de complications, d’affrontements, d’équilibres à trouver.

Bien sûr qu’il faut des messages forts rappelant des valeurs essentielles. Bien sûr que c’est l’oubli, l’indifférence qui ont permis tant d’atrocités. Le procès de l’ancien comptable d’Auschwitz illustre la triste conclusion d’une Hanna Arendt : la banalité du mal. Mais la réponse ne peut sérieusement pas être d’accueillir toute la misère du monde en acceptant sans autre tous les migrants qui veulent gagner l’Europe. On dit souvent que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Imaginez que des flux ininterrompus se déversent vers l’italie puis vers les autres pays européens, venus d’une Libye en plein chaos institutionnel et politique. Allons faisons d’abord un peu d’auto critique. Il fallait sans doute empêcher Kadhafi de massacrer son peuple. Mais fallait-il le casser totalement en n’ayant rien pour le remplacer ? Il avait promis que sa chute entrainerait une migration incontrôlable, que lui endiguait. Ce n’était pas faux. De même, on voit le résultat de l’élimination d’un Saddam Hussein dont on sait qu’il n’avait pas d’armes de destruction massive. C’est triste de se demander si la présence de ces personnages odieux n’était pas moins nocive que leur élimination brusque sans vraie et fiable solution de rechange. On en vient à se dire qu’un professionnel réaliste sans états d’âme comme Henry Kissinger a eu une influence plus bénéfique sur les équilibres mondiaux qu’un Bernard Henry Lévy appelant à la croisade contre les Diables. Eh oui, ce n’est pas simple la politique à l’échelle du monde.

Toutefois, la migration est là. On ne peut l’ignorer, ni par souci d’humanité ni par réflexion sur notre sécurité à moyen et à long terme. Il y a ces passeurs odieux qu’il faudrait éliminer militairement. Il y a cette Libye qu’il faut remettre sur pied et remettre en mesure de collaborer au reflux des migrants utilisant son territoire. Il ne s’agit pas de rejouer le scénario de la barque pleine comme lors du refus de Juifs fuyant le nazisme. Mais qui ne voit que de très nombreux migrants viennent non pas pour fuir les persécutions mais pour trouver un avenir meilleur que nous ne pouvons pas, globalement, leur offrir ! Qui ne voit les déséquilibres et les situations explosives de ghettos dans nombre de villes européennes ! Qui ne voit le risque que ces pressions, et la non maitrise du problème  n’exacerbent les réactions nationalistes et xénophobes ! Oui il faut aider l’Italie. Oui il faut une collaboration et une coordination des pays européens, dont la Suisse. Oui, il ne faut pas oublier le cœur. Mais comprenons que l’affaire est très compliquée, pleine d’éléments qui se contrarient et qu’il n’existe pas de solution simple. Comprenons qu’il ne s’agit pas seulement de trouver des parades et des ouvertures à court terme mais qu’il s’agit d’évaluer les conséquences à long terme pour nos sociétés, pour leur équilibre.

Alors, merci à ceux et celles qui secouent notre indifférence. Mais que ceux-là admettent la difficulté de trouver er de mettre en œuvre les moins mauvaises solutions.    

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14/04/2015

Vers l'écologie sans les écologistes?

Les commentateurs n’ont pas manqué de relever les résultats de l’élection cantonale à Zurich. Non seulement parce que tout ce qui se passe à Zurich concerne toute la Suisse ; mais à cause du nouveau recul électoral du Parti des Verts. Les Verts libéraux ne font guère mieux. Est-ce à dire que les récentes préoccupations d’ordre économique, financier et social ont pris le pas de manière irréversible sur les préoccupations écologiques ? Les craintes sur le nucléaire, le réchauffement climatique et ses conséquences ne feraient-elles plus recette ? Les choses ne sont pas si simples. Mais on peut se poser d’emblée une question originelle. Les Verts n’auraient-ils pas dû rester un mouvement fort, accroché à un signal d’alarme, exerçant un effort continu sur les autorités et tous les partis, qu’ils fussent de gauche ou de droite ? Au lieu de cela, les Verts sont devenus un Parti de gauche, que  sa teinte écologique certes forte n’apparente pas moins à la Gauche socialiste. Franchement, qu’est-ce qui différencie clairement, par exemple, la Conseillère nationale écologiste Adèle Thorrens, qui ne manque pas de charisme, d’une Géraldine Savary Conseillère aux Etats socialiste qui n’en manque pas non plus ? La première déclinait l’autre jour à la radio ses positions à propos de la sécurité sociale, de l’asile et autres dossiers qui auraient pu aussi bien être exprimées par la seconde. Or, les temps économiques moins faciles qu’aborde la Suisse sont  de nature à rendre plus convaincants les partis de droite et du centre. Sans doute existe-t-il les Verts libéraux. Eux sont moins étatistes et plus attentifs aux mécanismes du marché. Ils n’en ont  pas moins des abcès de fixation , telle leur idée d’impôt écologique, qui a aussi hérissé nombre d’électeurs. Et finalement, ils sont un peu assis entre deux ou plusieurs chaises ; même s’ils rêvent d’un rassemblement allant des Verts au PDC dont ils seraient le pivot. On peut toujours rêver.

En fait , la politique est compliquée. Les problèmes écologiques qui grandissent sont graves à terme et exigent des options, des directions. Mais des virages sur l’aile à 180 degrés ne seraient pas possibles sans mettre en danger l’approvisionnement énergétique, la compétitivité économique, l’emploi et donc la prospérité laborieusement acquise, même si tous n’en cueillent pas les meilleurs fruits. Il y a donc des équilibres à définir et à trouver. Mais pour cela il faut des pressions. Les avocats compétents de l’écologie constituent et doivent constituer un groupe de pression indispensable. Quant aux Partis traditionnels ( notamment le PLR et le PDC) ils ont besoin de fortes discussions internes incluant la dimension écologique. Sur leurs listes électorales aussi, il est ou serait salutaire que figurent des personnalités bien en phase avec les enjeux économiques et financiers, mais motivés pour proposer des pistes écologiques dynamisant les entreprises et l’innovation en général.  On a besoin, encore une fois, de discussions ouvertes incluant les différents points de vue. Rien ne serait plus regrettable que de baisser le nez sur le guidon et de ne pas vouloir qu’une maturation démocratique propose des équilibres, cela dans une vision à moyen et à long terme.

Alors, la question se pose. Des citoyens pénétrés de sensibilité et de réflexion écologique, il en faut et il en faudrait de plus en plus. Mais Les Verts et même les Verts libéraux, en tant que partis qui se plongent à s’y perdre dans toute la mare politique, apportent-ils vraiment une plus value spécifique au grand débat qui s’impose à tous ? C’est une question.

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