24/08/2016

Tocqueville: libéral, démocrate mais lucide

Tocqueville : libéral, démocrate mais lucide Les vacances ne sont pas toujours là pour vider l’esprit. Elles peuvent offrir l’occasion de l’enrichir. Ce fut bien le cas en ayant la chance d’être invité à passer quelques jours dans la demeure familiale où vécut Alexis de Tocqueville. Oui une chance pour un libéral de ressentir jusques dans les murs le souffle de ce grand maître à penser du libéralisme. Sa famille, toujours présente, promeut avec fidélité son héritage intellectuel. Rappelons qu’il vécut entre 1805 et 1859 ; qu’il s’engagea politiquement avec bonheur dans sa région normande ; qu’il fut député, l’un des auteurs de la Constitution de la deuxième République après la Révolution de 1848 ; mais que le Coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte le rejeta dans la vie privée. Ce sont évidemment ses écrits qui ont passé à la postérité. Ceux qui désirent avoir une vue d’ensemble rapide auront intérêt à lire une publication aussi plaisante qu’étonnante. L’historienne Charlotte Manzini interroge Alexis de Tocqueville sur toutes choses, comme dans une interview actuelle, et toutes les réponses sont tirées des livres, des discours ou des lettres d’Alexis. Il en découle une sorte d’intimité prenante, rendant l’homme attachant. Mais, surtout, une pensée cohérente, lucide apparait, nourrie d’une conviction, d’une éthique et d’une intégrité impressionnantes. Ainsi sur la démocratie. Aristocrate de naissance et de tradition, ayant eu des membres de sa famille victimes de la terreur, Alexis de Tocqueville n’en est pas moins un progressiste. Il croit au bien fondé de la démocratie, de l’égalité des droits. Mais il rêve d’une société où la liberté possible de chacun le conduirait à s’engager librement pour le bien commun. Or, il craint que l’effacement nécessaire de l’ancienne société élitaire et la généralisation inéluctable de l’égalité ne débouchent sur une sorte d’uniformité, de contrainte émanant de la société elle-même : pour le convenu, le conforme. Il pressent des sociétés où les gens ne s’occuperaient plus que de leurs affaires privées, dans leurs petits cercles, se contentant d’élire des responsables politiques assurant eux le fonctionnement de l’Etat. Un Etat paradoxalement de plus en plus présent, créateur de lois, prenant en charge les exigences de la solidarité organisée, tandis que les citoyens, en dehors des élections, ne s’occuperaient que d’eux-mêmes tout en se ressemblant tous plus ou moins. Cette perspective l’effraie bien davantage que le risque , auquel il ne croit pas, qu’un excès de libertés conduise à l’anarchie. Cela était la crainte souvent agitée dans son milieu social. Certes, ces lignes forcent un peu le trait. Mais la réflexion de Tocqueville, son exigence civique sont propres à renforcer les convictions et l’engagement d’un démocrate libéral. Oui, la liberté pour chacun, l’égalité des droits sont des acquis inestimables. Mais une liberté pour quel usage ? Qu’elle permette un épanouissement personnel, des réussites matérielles, fort bien ! Encore faut-il espérer que cette liberté nourrisse un esprit critique mais positif. Que puis-je apporter, tel que je suis, avec ma personnalité, mes idées à la société qui m’entoure ? Que faudrait-il changer, ou conserver, réformer ou défendre ? Comment participer aux débats fructueux qui permettent à la démocratie de vivre et non pas seulement de fonctionner ? Lorsque l’écrivain suisse Peter Dürrenmatt avait osé, devant Vaclav Havel, dire que ses concitoyens aussi étaient des prisonniers, cela avait fait scandale. A juste titre. C’était indécent. Toutefois, avec le recul et en ayant retrouvé la pensée de Tocqueville, on retient quelque chose de son outrance. Oui, une liberté atrophiée, centrée sur soi-même, sans élan, sans civisme, abandonnant l’esprit critique, adhérant au conformisme ambiant, ne marquant plus une identité personnelle capable d’être un vrai apport aux autres : oui cela peut vous rendre prisonniers de vos manques. Alors, retenons l’appel de Tocqueville à cette liberté- responsable de la personne qu’Un Denis de Rougemont, plus tard, va prôner. Rêvons d’une démocratie dont les valeurs éthiques constitueraient la sève vivante. Et prenons le parti d’agir en ce sens. Ce sera la meilleure sauvegarde face à tout ce qui nous menace et la meilleure promesse d’avenir.

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25/06/2016

Europe-souveraineté et démocratie

Lorsqu’il y a un divorce, c’est rarement la faute d’une seule des parties. Il faut remonter loin, jusqu’au début d’une union pour déceler les premiers germes nocifs. On ne sait pas si les six ministres des affaires étrangères des six pays membres fondateurs de l’Union européenne, qui se sont réunis à l’initiative de l’Allemagne, se sont livrés à cet exercice. Ils ont plutôt parlé des modalités du brexit britannique. Pourtant, ils auraient lieu de s’interroger. La Communauté européenne, prise par une mécanique du mouvement ne s’est-elle pas élargie trop vite , avant d’avoir pu vraiment approfondir son fonctionnement et, surtout, avant d’avoir vraiment trouvé son âme ? Au début, que notamment, l’Allemagne fédérale, treize ans seulement après la mort de Hitler, ait rejoint la France , l’Italie et le Bénélux pour créer les CEE : Quel tournant historique ! Les opinions de ces pays en étaient conscientes. Derrière et au dessus des projets d’harmonisations économiques, cet événement historique marquait les esprits. Robert Schumann, Français de l’Est et Luxembourgeois par sa mère, tendait la main à Conrad Adenauer le rescapé intact de la peste brune. Tous deux retrouvaient à Rome de Gasperi l’Italien. Un berceau émouvant accueillait une nouvelle naissance. Mais pour voir grandir quel être vivant ? Au sortir de la guerre, Winston Churchill évoquait des Etats-Unis d’Europe. Belle vision, mais qui ne précisait guère la forme et qui laissait entendre que le Royaume Uni aurait des liens forts, mais n’en serait pas complètement ; sa vocation particulière l’ouvrant au grand large commercial et stratégique, l’attachant particulièrement aussi aux Etats Unis d’Amérique. De Gaulle avait bien perçu cette ambiguïté britannique. Il ne voulait pas qu’elle entrât dans la Communauté. Mais Londres, constatant une force irrésistible dans cette création, voyant que l’AELE ne pourrait pas la supplanter, voulait rejoindre la CE et finit par y réussir. Or, dans son optique, il fallait empêcher toute tentation insistante de supranationalité et limiter au maximum les atteintes aux souverainetés nationales. L’homme dangereux, aux yeux de Londres, fut Jacques Delors, le Président de la Commission qualifié de Français jacobin Les années ont passé. La portée et la vibration historiques se sont effacées des esprits. Les opinions ont pris l’habitude d’observer les grands marchandages entre les pays : combien pour la politique agricole commune et à l’avantage de qui ? Quelles normes sur la concurrence entre les entreprises ? Quelles règles normatives en tous domaines ? Et puis vint l’Euro. Et puis encore ces adhésions en cascade des anciens pays communistes. Les grands débats sur la question de la souveraineté, sur la question de la démocratie n’ont pu être menés franchement et au grand jour. Souveraineté d’un Etat et démocratie dans son cadre sont constitutifs de nos vies politiques. Lorsque la Suisse moderne s’est créée, en 1848, ce fut la grande question : quid de l’Etat fédéral et quid des cantons ? En 1874 et en 1891 furent mis en place les mécanismes de démocratie directe au sein de l’Etat fédéral. La Suisse n’est pas un modèle. Toutefois, les développements institutionnels se sont faits au rythme des développements économiques. Croire que les peuples pouvaient intérioriser un patriotisme européen au fil de rendez vous essentiellement économiques était une erreur d’aiguillage. Et le cafouillage sur le dossier de la migration n’arrange rien. Certes il est facile d’en juger après coup, mais le constat n’en est pas moins évident. Sans des répartitions claires et bien comprises de compétences entre l’Union européenne et ses Etats membres ; sans une pareille lumière sur les processus de décision et leurs validations démocratiques, on allait vers des réactions au sein des peuples concernés. Pour les partis populistes, Bruxelles devient le monstre froid, anonyme et sans cœur, qui détruit la souveraineté des pays et le contrôle démocratique des peuples. L’Union européenne a-elle donc raté et est-elle vouée à se dissoudre ? Non, telle n’est pas une fatalité. Elle a eu ses ratés et subit ses lacunes. Il faut la réinventer avec de nouveaux traités. Certaines personnalités politiques en sont convaincues. Sans doute, faut-il envisager une Europe à plusieurs cercles, à plusieurs vitesses, ainsi que le préconisait un Raymond Barre, par exemple. A terme, si une telle construction se fait, ou pourrait imaginer des articulations et des regroupements différents suivant les domaines, ou à différents étages de concertation: politiques et stratégiques, économiques et financiers , sociaux, écologiques et autres… Surtout, établir des processus de ratification démocratique mettant en connexion l’Europe et ses Etats membres. Dans le meilleur des cas, cela va prendre des années. Mais le défi est crucial. Et la Suisse, dans tout cela ? Jusqu’au vote de dimanche on pouvait suivre la ligne du Conseil fédéral. Préparer la loi d’application de l’Initiative de l’UDC sur l’immigration, la tenir prête pour les sessions parlementaires de septembre et de décembre ; et parallèlement arracher, cet été, un accord avec l’UE tournant autour de la clause de sauvegarde. Ainsi, au dernier moment, l’accord se grefferait sur la loi : le tour serait joué, l’UE serait apaisée et l’UDC bon gré mal gré serait obligée de prendre acte. Eh bien, le calendrier n’est plus tenable. Bruxelles a un autre calendrier avec la sortie du Royaume uni. Rappelons que la mise en application de l’Initiative doit être faite d’ici à février prochain. On va donc vers une clause de sauvegarde unilatérale qui rendra les choses très difficiles. Dès lors, on ne voit plus d’autre solution que de provoquer un nouveau vote populaire sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne. Le Conseil fédéral pourra dire qu’il s’est engagé de bonne foi pour respecter le vote populaire tout en négociant avec l’UE. Il doit mettre désormais tout son poids en faveur d’une ratification par le peuple suisse et les cantons de la libre circulation ; ce qui n’enlèvera pas les éléments de l’Initiative concernant la migration non européenne. Voilà pour le proche avenir. A plus long terme, on aimerait que Berne suive attentivement les efforts de rénovation, à la fois d’approfondissement et de flexibilité du puzzle européen. On aimerait que la réflexion le débat, les propositions remettent la Suisse dans une perspective d’intérêt réel pour la rénovation européenne qui s’impose. Elle pourrait y trouver sa place.

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11/06/2016

Aide au développement : impératif

Dans le cadre des efforts budgétaires Les Chambres fédérales consolideraient les dépenses militaires,--ce qui est normal--, mais resserreraient les dépenses pour la recherche et pour l’aide au développement,--ce qui est une erreur. Certes, la discipline budgétaire est essentielle. Elle est d’ailleurs une obligation constitutionnelle. Mais les choix révèlent des priorités, donc des analyses et des vues sur l’avenir. Là, il importe de ne pas se tromper. Comprimer des dépenses de fonctionnement, maitriser l’effectif et la masse salariale de l’administration, laisser davantage aux cantons ce qui leur incombe… Il y a des pistes. En revanche, le soutien à la recherche, c’est l’ouverture à l’avenir. Quant à l’aide au développement, elle est cruciale : pour des raisons morale, économique, et sécuritaire. Il est piquant de voir que la Commission de l’Union européenne vient de prendre une position en ce sens ; cela par rapport au risque d’une migration, incontrôlée et en partie incontrôlable, à laquelle est confrontée l’Europe. Si des surveillances aux frontières, des procédures entremêlées d’accueil et de refoulement sont incontournables, seul un équilibre mondial incorporant suffisamment de paix et de partage écartera les dangers. Plus les pays en dénuement, désorganisés, en proie aux violences trouveront un chemin de stabilité et de développement, moins sera forte la pression de la migration. Quelles que soient les difficultés économiques et financières des pays européens, c’est la voie à suivre. Que la Suisse ne soit pas membre de l’UE ne change rien pour elle. Le défi européen est totalement aussi le sien. Alors, de grâce, que les politiciens ne réagissent pas à courte vue. Certes, dans l’aide au développement, il a a une part de gâchis, de corruption, et les rééquilibres ne sont pas garantis comme si c’était une recette infaillible. Tant de facteurs coexistent. Mais c’est la voie, la seule voie intelligente à suivre. Cela ne devrait pas être un sujet d’opposition entre la droite et la gauche mais entre des regards myopes et des regards.

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06/06/2016

Démocratie: confiance contre méfiance

Démocratie : confiance contre méfiance Dimanche soir, les visages souriants de Doris Leuthard et de Simonetta Somarugua faisaient plaisir à voir. Les résultats des votations étaient la victoire du Conseil fédéral et du Parlement. On renouait avait l’habitude selon laquelle des initiatives ont peu de chances lorsqu’elles sont résolument combattues par le Gouvernement, le Parlement et une majorité des forces politiques. Encore que… Certains diront que le Conseil fédéral et les partis avaient compris la leçon. Ils se sont engagés ; sauf l’UDC sur l’asile car, au fond, elle était embarrassée. C’est un fait à souligner, bien sûr. Mais il faut observer quelque chose de plus profond. Lorsque le Gouvernement et le Parlement sont désavoués, il s’agit souvent d’une expression de méfiance à leur endroit. Les citoyens ont l’impression que les problèmes qu’ils ressentent, leur craintes n’ont pas été bien vus, ont été mal pris en compte. On peut constater cette méfiance avec les succès de l’Initiative Weber, mais surtout avec la première Initiative de l’UDC sur l’asile (pas celle maladroite sur la mise en œuvre), et, naturellement, avec l’Initiative contre l’immigration de masse qui donne la migraine à toute notre diplomatie. En somme, dans un système de démocratie directe comme le nôtre, les responsables politiques se doivent d’être à l’écoute, de relever les problèmes réels, et même ressentis au-delà de la réalité. Il ne s’agit pas de suivre le peuple par opportunisme. Il s’agit de prendre la pleine mesure du débat, sans balayer les arguments contrariants avec désinvolture. Et puis, s’il faut combattre des Initiatives ou des Référendums, il faut s’engager dans un effort soutenu d’explication, assumer un rôle pédagogique dans le meilleur sens du terme. Des citoyens sur la réserve choisiront la confiance au lieu de se raidir dans la méfiance. Le populisme joue avec l’idée d’une classe politique coupée du pays réel. Le défi est de montrer qu’il n’y a pas coupure. Dans le meilleur des cas, Gouvernement et Parlement choisissent une voie et des solutions claires, qu’ils expliquent clairement. Rien n’est jamais gagné définitivement. Il faudrait peu de choses pour que le peuple, inquiet, ressente le besoin d’exercer une nouvelle pression forte. On pense à la migration. Toutefois, dimanche dernier, on n’a pas seulement eu des résultats mais aussi une marche à suivre.

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26/05/2016

Démocraties secouées

Démocraties secouées En France c’est à nouveau la chienlit dirait le Général de Gaulle. Curieux pays, porte étendard des droits de l’homme et des libertés mais qui, pour ce qui le concerne, invente sans cesse un parfum original, mélange de monarchie et d’anarchie. La révolution parcourt son histoire, la réforme et l’adaptation sont des mots étrangers. Etonnante péripétie : le projet de loi sur le travail, émasculé en cours de route, n’a plus guère d’attraits pour les chefs d’entreprise mais la possibilité, inscrite encore, de privilégier parfois des accords d’entreprise suffit à lancer le syndicat CGT dans un combat d’enfer.

 

Pays paralysé, regain de croissance et petite amélioration sur le chômage menacés : la CGT n’en a cure. Ce syndicat en perte de vitesse, si peu représentatif en fait, lutte pour retrouver et consolider une position de force. Quant à limage qu’elle a du monde économique, du monde du travail et des rapports sociaux elle date d’un autre siècle. Faute d’en avoir conscience, le syndicat et ses supporters dans la lutte risquent de mettre la France, --donc ses entreprises et leurs salariés--, en situation durable d’infériorité et de fragilité en regard de l’économie mondiale interconnectée.

 

C’est vraiment dommage lorsque l’on observe les atouts français, la productivité des travailleurs français. Un patron d’une petite entreprise de l’hexagone vient d’écrire une lettre ouverte au leader CGT : une merveille de lucidité, d’ironie acide et de tristesse. Mais ne rions pas. Lorsque la France est secouée, c’est toute l’Europe qui est affectée ; économiquement et, moins directement, politiquement. En effet, c’est ensemble que les pays européens doivent s’adapter aux conditions du siècle, dans l’innovation et la souplesse. Cela vaut pour la Suisse. Elle ne s’en tire pas mal pour l’instant. Une longue habitude de la négociation sociale y est pour beaucoup.

 

La France a de nombreux accords de branche, mais dès lors qu’il s’agit d’envisager de vraies réformes, c’est la rue qui dicte le tempo. Il faut reconnaître que nos démocraties sont à l’épreuve. Elles ne se portent jamais mieux que dans des alternances ou des alliances dynamiques entre libéraux et sociaux-démocrates. Or, on voit ici la vieille extrême gauche raviver des feux de camps et l’ancienne extrême droite ressurgir à la faveur de la crise migratoire, des cohabitations culturelles plus ou moins ratées et d’une renaissance du sentiment nationaliste.

 

On sait de longue date que l’extrême droite et l’extrême gauche sont potentiellement des ennemis mortels tout en étant des espèces du même type, fonctionnant de la même manière. Il est probable, qu’en raison de plusieurs facteurs cumulatifs, nos démocraties européennes vont connaitre des turbulences croissantes. S’impose donc une exigence. Là où existe une solidité démocratique fondée sur des valeurs bien établies : confirmer sans cesse la conjugaison indispensable de la fermeté sur les principes institutionnels clés et la mobilité d’esprit, la capacité d’adaptation devant les défis du siècle.

 

On pense ici notamment à la Suisse. Là où le socle démocratique est resté friable et où la rigidité des esprits et des normes empêchent les adaptations nécessaires : assumer l’épreuve de force permettant un vrai développement d’une démocratie moderne. On pense notamment à la France. Sans tout admirer dans l’action de Margareth Thatcher, on doit reconnaître qu’elle a cassé une capacité de nuisance syndicale à l’époque, et que le Royaume Uni, en dépit de ses zones d’ombre, n’a plus été perçu comme l’homme malade de l’Europe. Après on a pu avoir de légitimes controverses sur l’Etat social. Finalement, il est normal et lucide d’être inquiet. Mais l’histoire des hommes et des peuples a toujours recelé des motifs d’inquiétude. Il n’y en que plus de raisons de s’engager et de vouloir à la fois conserver le meilleur et réformer pour du meilleur. C’est après tout la raison d’être de la bonne politique en démocratie.

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27/04/2016

L'argent a l'odeur que l'on a

L’argent a l’odeur que l’on a On connait la phrase : l’argent n’a pas d’odeur. C’est péjoratif et suggère que des possesseurs sans morale peuvent l’acquérir sans scrupule. Les médias, qui pourtant vivent du capitalisme, se repaissent de ce qui exhale un parfum de scandale ; tels les fonds déposés sur les comptes de sociétés bien cachées au Panama. Notons en passant que cette manière de jeter des noms en pâture, sans la prudence de bien distinguer ce qui est légal de ce qui pourrait avoir un arrière plan criminel, traduit une dérive de ces mêmes médias qui est très discutable du point de vue déontologique.

 

Evidemment, commercialement pour un journal, c’est payant. Comme quoi il faut aussi de méfier des professionnels de la méfiance. On pense également à ce mouvement en France. Il serait peu honnête de ne pas voir chez certains noctambules de la Bastille l’aspiration à une société différente, humaine, solidaire, basée sur des valeurs rassembleuses. Toutefois, il serait naïf de ne pas déceler l’orientation sous-jacente et la récupération. Les seuls notables politiques bien accueillis furent Jean-Luc Mélanchon et le Secrétaire du parti communiste.

 

Lorsque l’on sait vers quel verrouillage de la pensée libre glisse automatiquement l’idéologie communiste et d’extrême gauche on voit qu’il importe de démêler la fraîcheur de certains et le formatage idéologique de certains autres. Mais, bien évidemment, il y a nécessité de réfléchir. Au Canada, il y a, parait-il, un intellectuel philosophe qui réunit des foules pour, précisément, des réflexions philosophiques, sans parler de ses réseaux sur le net. Il apparait clairement que nombreux sont les gens fatigués des discours politiques et même du fonctionnement des rouages démocratiques.

 

Il y a comme une nausée devant l’empire sans visage de l’économie et surtout de la finance. Il est intéressant de constater le succès d’un Bernie Sanders dans la campagne présidentielle américaine, même s’il restera à mi chemin. Alors l’argent aurait-il pourri le libéralisme ? Devrait-on aller vers une autre Société ? L’intellectuel Pascal Bruckner vient de sortir un livre en partie à contre courant de cette réaction contestataire bien pensante. Il constate justement que la France de tradition catholique transporte depuis le Moyen âge une allergie nobiliaire et populaire à l’argent.

 

Le dépenser oui, emprunter s’il le faut. Mais en faire commerce, le faire travailler : laissons cela à des spécialistes du genre, les Juifs par exemple. On trouve ici un des ingrédients de l’antisémitisme. Dans les pays anglo-saxons, et spectaculairement aux Etats-Unis, les pères du capitalisme ont diffusé leur idéologie religieuse de la réussite. A Genève, Calvin le rigoureux, n’avait rien contre l’argent, son placement pourvu qu’il serve à des investissements conformes aux desseins de Dieu pour ses créatures. La bonne conduite, c’était d’avoir éventuellement de l’argent pour en faire œuvre utile ; mais non pas pour en profiter à titre personnel. L’austérité des mœurs était de mise. Gagner de l’argent, amasser du capital n’était pas un but en soi. Evidemment, les Etats-Unis, eux, ont fait évoluer tout cela. Non seulement le riche ne cache pas sa réussite financière, mais il l’exhibe jusqu’à la vulgarité et la propose en exemple motivant pour les jeunes. On en revient toujours à la même conclusion. Y a-t-il, pour une société démocratique mieux qu’un libéralisme de liberté, de stimulation, de responsabilité et de solidarité ?

 

S’il fallait une référence française on citerait Alexis de Tocqueville. Mais les meilleures assises se fendent à cause des abus, des dérives, des comportements ayant rompu les liens avec les fondements philosophiques, éthiques du libéralisme. Une finance trop déconnectée des réalités économiques, des banques perdant leur boussole, des dirigeants de grandes entreprises mesurées à l’aune de leurs salaires gigantesques, provocants : ah oui, il y a des ingrédients pour les nausées, les désaffections civiques sinon,--épée de Damoclès sur les démocraties--, des révolutions gauchistes ou fascistes.

 

L’histoire ne se répète jamais mais certaines causes reconnaissables peuvent avoir, à long terme, des conséquences plus ou moins analogues. Si le remède consiste à introduire toujours plus de contrôles, de bureaucratie, d’impôts, taxes et systèmes en tous genres entravant la liberté d’entreprendre et de s’adapter : alors non merci. C’est le mal français. Un pays est largement nourri de ses petites et moyennes entreprises, dont les patrons se sentent très responsables, proches de leurs ouvriers, employés, mais qui ont besoin de la liberté d’agir. Ils ne l’ont pas.

 

La Suisse s’en sort mieux en fait de libéralisme responsable : mais elle n’échappe complètement ni aux dérives des abuseurs du système ni à la tentation étatique des contrôles et contraintes de toutes sortes. Le danger est présent. Eh bien oui, quitte à passer pour un idéaliste naïf, préconisons avec d’autres un retour aux sources. Il faudrait, que dans la formation des jeunes générations, dès l’école, une large place soit faite à la connaissance philosophique, à la discussion sur l’éthique et la responsabilité, sur l’usage de la et de sa liberté.

 

C’est du sens de la vie que l’économie, la finance, les constructions sociales devraient s’inspirer ; et les comportements de chacun et de tous. Pas de corsets à la liberté mais pas de liberté sans fondement éthique. Ce siècle pourrait bien être celui d’une liberté davantage maitrisée ou celui des désordres endémiques, appelant quelquefois en réaction les tyrannies ; lesquelles conduisent alors les moutons de Panurge au précipice. Parions donc sur un retour philosophique, viscéral d’une liberté responsable.

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11/04/2016

Main et voile:le test de valeurs

Main et voile : le test de valeurs L’autre jour, dans une émission de la télévision romande, une Conseillère nationale socialiste s’emberlificotait avec une argumentation peu compréhensible au sujet du fait révélé dans une école de Bâle campagne. Deux adolescents musulmans ont refusé de serrer la main de la maîtresse de classe, laquelle accueille ainsi chaque jour ses élèves.

 

La députée relativise. Il ne s’agit pas d’une atteinte à des valeurs fondamentales. Laissons ces cas rares être gérés de manière pragmatique par les intéressés : en l’occurrence la direction de l’école et les parents. N’en faisons pas une affaire nationale. Cela, bien qu’elle comprenne des réactions choquées au sein même de son parti. Mais passons à autre chose, dit-elle en substance. Heureusement qu’il y a des figures politiques qui, d’un seul regard, ont compris l’enjeu ; à commencer par la Conseillère fédérale socialiste Simonetta Somarugua.

 

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que cette ministre démontre sa clarté d’esprit. L’argument insistant sur la rareté de ce genre de faits est aussi faible qu’inquiétant. D’ailleurs, on apprenait qu’un fait similaire avait lieu dans une école genevoise. Evidemment, il semble pratique de ne pas en parler et de passer là-dessus comme chat sur braise. Or, si le pragmatisme, la négociation si helvétique, à laquelle se référait la députée socialiste, a ses vertus, il ne s’agit plus de cela lorsque l’on touche aux conditions de notre vie sociale et aux valeurs portant cohésion de notre société.

 

On est ici en face d’une attitude séparant les hommes et les femmes, indiquant une idée de péché pour l’homme qui toucherait la main d’une femme en guise de salut. Ce serait contraire à la religion. Tels furent les propos du père. Comment ne pas dire que c’est inadmissible. Aucun discours sur la tolérance, la compréhension d’une culture particulière ne saurait le justifier.

 

Aujourd’hui, une majorité des élèves musulmans en Suisse ne s’aligne pas sur cette répulsion distante envers la femme. Mais demain ? Des études très sérieuses montrent que le courant salafiste gagne du terrain chez les Musulmans d’Europe. Il y a une affirmation forte qui ébranle les modérés et pourrait finir par les impressionner assez pour qu’ils s’alignent ; ne serait-ce que pour ne pas être chahutés par leurs coreligionnaires militants. On imagine la suite. Séparation dans les bus. Classes non mixtes. Piscines etc… Non, le pragmatisme, la négociation cas par cas ne sont pas des solutions. C’est maintenant, sans attendre, qu’il faut marquer les positions au nom de nos valeurs ; auxquelles tout résidant chez nous doit se conformer.

 

Oh, il n’y a rien de tyrannique. Ce sont des fermetés sur des points précis au nom de valeurs reconnaissables. Il est souvent question aussi du voile. On peut hésiter sur l’interdiction ou non du voile sur les cheveux pour les élèves filles de l’école publique. Il est vrai que l’attitude n’est pas la même que celle de garçons refusant de serrer la main d’une enseignante. Toutefois, une augmentation des cas de voile, sous pressions familiales et des entourages, pourrait instaurer un climat ambigu. En revanche, on ne saurait hésiter sur l’interdiction, pour des représentantes de l’Etat, enseignantes ou autres fonctionnaires, de porter le voile. Il y aurait là une contradiction trop visible avec la neutralité religieuse de l’Etat et le principe de laïcité.

 

Et que l’on ne vienne pas comparer le voile avec de petites croix discrètes que l’on devine parfois autour du cou. La distance ostensiblement marquée par des Musulmanes vis à vis de l’Etat laïque, garant de l’égalité des sexes, ne peut être banalisée. Si l’on observe nos voisins d’Europe occidentale, quelles conséquences funestes, découlant en partie d’un renoncement à l’affirmation constante des valeurs repères ! Au nom du respect, si mal réfléchi, de la diversité on a peut être contribué à planter des germes de guerre civile.

 

Dramatisation irréaliste ? Peut être. Il faut l’espérer. Incitation au populisme xénophobe ? Non. On peut maitriser le cours des choses, mais à une condition : savoir où être tolérant, ouvert ; et où être ferme, exigeant. Il importe de tenir cette ligne aujourd’hui, alors qu’il est encore temps. Merci, madame la Conseillère fédérale de nous l’avoir parfaitement rappelé.

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04/04/2016

L'UDC fait un faux calcul

L’UDC fait un faux calcul Les dernières prévisions annoncent une hausse assez spectaculaire des dépenses pour l’asile. Des politiciens de droite s’en inquiètent. Ceux de gauche, à leur habitude, relativisent le risque. Il suffira, disent-ils, que nombre de requérants soient régularisés, soient en voie d’intégration pour que les dépenses qu’ils provoquent baissent ,voire disparaissent.

 

Et puis, il y aura la diminution du temps de procédure menant à l’admission ou au renvoi. Voilà qui est sous évaluer toutes les dépenses liées à l’hébergement, puis à l’intégration. Enfin, il faut prévoir des flux croissants de migrants. Allons, soyons lucides, les dépenses en regard de l’asile, des migrants en général vont fatalement augmenter. L’UDC, sur ce point, voit très probablement plus juste que la Gauche. Mais alors, quelle mauvaise conclusion elle en tire ! Afin de compenser ces dépenses croissantes il faudrait diminuer d’autant celles affectées à la coopération au développement.

 

Seigneur, protégez nous de ces politiciens qui sont les champions athlétiques des sprints pour unijambistes. Voyons un peu plus loin que le bout du nez. Si, à terme, on veut se préserver des secousses migratoires, il faut que dans les pays vulnérables s’instaurent ou se rétablissent plus de sécurité humaine et juridique, plus de formation scolaire et professionnelle, plus d’investissements et d’actions influençant favorablement le développement économique et le niveau de vie. Il faut que la jeunesse ait un avenir autre que d’émigrer, souvent en catastrophe.

 

Il est évident que nous sommes devant des impératifs qui doivent dicter une politique. A court terme, il y a l’attitude humanitaire, morale qui demande que nous fassions notre part européenne dans l’accueil des migrants. Il s’agit de le faire avec nos exigences posées aux arrivants ; mais aussi avec un esprit de solidarité envers des personnes en détresse et vis-à-vis de nos partenaires européens.

 

Cela étant, il faut constamment mener une politique axée sur le long terme. Depuis des décennies, l’engagement humanitaire et la coopération au développement sont des éléments essentiels de notre politique étrangère et de sécurité. En politique, il arrive que la promotion des intérêts d’un pays s’écarte nécessairement de considérations purement morales. C’est le cas chaque fois qu’une démocratie a des échanges de toutes sortes avec des Etats peu soucieux des droites de l’homme.

 

Il faut assumer cette part de l’ombre. Mais, en l’occurrence, la morale, la préoccupation humanitaire vont de pair avec une réflexion lucide sur nos intérêts et notre sécurité. C’est dans un monde plus équilibré, plus juste que la Suisse évitera le mieux les risques d’une migration difficilement contrôlable. En menant une telle politique d’ensemble, elle apportera sa pierre à la construction d’un monde moins inflammable. Elle le fera autant pour elle que pour tous. Le premier parti numérique de Suisse préfère la calculette à une vision politique d’envergure. Ce n’est pas une manière intelligente de s’engager pour son avenir.

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24/03/2016

Pâques quand même

Après Paris, Bruxelles ; au cœur de l’idée européenne. Les terroristes ont une base arrière et un support idéologique : Daech. Eux-mêmes sont, le plus souvent à ce qu’il semble, de tristes délinquants qui trouvent comme une sorte de transcendance diabolique. Assassins de masse et martyrs.

On le constate : les mesures de sécurité, la coordination nationale et internationale des polices, des services de renseignement n’a pas suffi, même si elle a évité beaucoup de drames potentiels. Il va falloir intensifier encore tous ces efforts. Nous devrons nous habituer aux contrôles tracassiers renforcés. Par ailleurs, nous savons bien que les causes de ce terrible état de fait sont multiples. Il y a les anciennes déstabilisations régionales, des états mal ancrés dans leurs sociétés, les effets de la colonisation puis de la décolonisation, le sous-développement à nos portes, la non intégration dans les banlieues européennes d’une jeunesse musulmane sans vrais repères culturels et religieux mais avec des réflexes de rejet envers ceux dont ils se sentent exclus. Tout cela demande des analyses complètes.

Rien n’est simple. L’action à mener est aux multiples fronts. Il n’y a pas d’autre choix que de la mener, tout en essayant aussi de maîtriser la lourde crise des migrants en masse. Cette dernière nous met en face d’exigences humanitaires, morales, culturelles et sécuritaires. Lorsque l’on a dit tout cela, on doit bien se résoudre à une prédiction peu rassurante.

En Europe de l’ouest, en tout cas, nous avons vécu durant plusieurs décennies dans une situation privilégiée à tous égards. Nous avions oublié que c’était presque une anomalie dans l’histoire de notre continent. Il va falloir, tout en soutenant les mesures indispensables, admettre que allons avoir à vivre avec un danger permanent dissimulé au milieu de nous, dans le cours de notre existence quotidienne. Et il faut continuer à mener notre existence, sans nous laisser impressionner le moins du monde, en mettant la peur de côté, en attachant peut être encore plus de prix à ce sel de la vie dont nous avons parfois perdu le goût précieux.

Dans le Royaume Uni en guerre, les Anglais rassemblés derrière Churchill n’ont pas tremblé. Les Citoyens et habitants de nos démocraties européennes ne doivent pas trembler. A la fin, fût-ce avec du sang et des larmes, nos démocraties sont faites pour l’emporter sur tous les ennemis de tous genre. Mais si chacun doit être prêt à la plus grande fermeté, il y a un front crucial à tenir : celui de nos valeurs.

Sans faiblesse, sans aucune tentation de les relativiser, nous devons les affirmer : liberté personnelle, égalité des droits, notamment entre hommes et femmes, respect des convictions mais dans le cadre garanti par l’Etat, laïcité… Oui c’est le moment de savoir et de dire mieux qui nous sommes, ce que sont nos sociétés démocratiques, ce que nous tolérons, ce que nous refusons, ce que nous attendons de ceux qui partagent notre quotidien, d’où qu’ils viennent. Le danger a cette vertu de nous ramener à nous-mêmes.

Et puis on a envie d’ajouter autre chose. Ces horreurs de Bruxelles ont eu lieu peu avant les fêtes de Pâques chrétiennes. Jeudi, avait lieu l’enterrement de Francesca Pometta, qui fut la première femme ambassadeur de Suisse. La messe fut belle et le prêtre eut des mots forts. L’Ambassadeur Pometta a été une diplomate engagée au service de son pays et aussi pour le dialogue, la paix. Ferme sur les principes, fondamentalement honnête, parlant vrai, crédible et humaine. Or, elle a été une femme viscéralement attachée à sa foi chrétienne. Précisément, le prêtre se référa à la lettre de Paul aux Galates et au passage où Jésus, trois jours après sa mort, chemine à côté de deux disciples qui ne le reconnaissent pas. Passages extraordinaires où l’on trouve l’ouverture à tous les peuples, l’égalité entre les hommes, entre eux et les femmes ; et puis cette idée que la présence est intérieure à chacun, visible avec les yeux de la foi : aimer pour voir, voir en aimant.

Le contraste était saisissant entre ces instants passés dans une église et les événements tragiques advenus en Belgique.

Face au terrorisme, il y a nos valeurs. Il y a également nos racines à revivifier en nous. Nos pays européens doivent être ouverts à tous les apports qui ont contribué à les façonner. Il n’en demeure pas moins qu’un héritage essentiel est l’héritage chrétien, porteur d’un message inouï.

Que les églises aient tellement trahi ce message, que les lectures littérales de la Bible ne soient plus crédibles, que la présence divine, l’au delà de la mort appartiennent à un mystère inatteignable par la science humaine, même en progrès vertigineux et constants : tout cela ne change rien au fait que le meilleur du message chrétien est un socle, une confiance, une espérance, une référence pour être et agir. En avoir conscience, le ressentir fortement en ces jours de pâques, c’est affirmer haut et fort que le souffle de vie et d’amour, parmi les hommes et en chaque homme est infiniment plus beau et puissant que tous les souffles noirs des engins de mort.

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14/03/2016

L'expulsion d'un Erythréen qui fait mal

L’expulsion d’un Erythréen qui fait mal Il y a quelques jours, à quatre heures du matin, des policiers sont venus chercher un Erythréen à Anières, au lieu d’hébergement des requérants d’asile. Ils l’ont embarqué devant sa femme et ses enfants effarés, puis ont organisé son refoulement vers l’Italie. A juste titre, le fait a choqué. A juste titre, il y a eu des réactions indignées. Pourtant, comme toujours en politique, il faut une appréciation de l’ensemble, du contexte, puis examiner quelle était la marge de manœuvre, voire la décision à prendre, --ou à ne pas prendre--, dans le cas particulier. Enfin, il s’agit d’examiner la manière. La venue en Europe de migrants érythréens fait partie du grand problème posé à l’Europe par l’afflux vertigineux des migrants en général. Ces Erythréens sont-ils des persécutés au sens de notre loi, ou des personnes qui cherchent une situation meilleure ? La question est délicate, et discutée. Toujours est-il que la question se pose dans le cadre de l’Accord dit de Dublin. Aux termes de cet accord, c’est le pays de premier accueil qui doit traiter le dossier : en l’occurrence l’Italie. Cet Erythréen n’est pas resté en Italie, sa famille non plus. Il a préféré venir en Suisse. Il argue notamment du fait qu’il aurait été mal reçu là bas. Et il faut dire aussi que ce pays est submergé. Par ailleurs, il semble, en effet, que cet Erythréen avait réussi à nouer des liens, à trouver des occupations, au fil de plusieurs années ; bref qu’il aurait été sur un chemin positif d’intégration. A cela, dans le contexte général, on doit apporter deux réponses. L’Accord de Dublin est très important. Certes, il faudrait que la Suisse participe à une meilleure répartition concertée des migrants. Mais on ne saurait ignorer l’Accord et considérer que des Erythréens, par exemple, auraient le droit de passer d’un pays à l’autre, au gré du souhait d’un meilleur accueil, et le droit d’y amener leur regroupement familial. On tomberait alors dans le désordre. Ajoutons tout de même qu’il est connu et reconnu que les Erythréens en général s’assimilent difficilement à notre mode de vie, et que cela pose maints problèmes. Enfin, rappelons que les cantons sont des entités d’exécution de décisions prises par la Berne fédérale, selon des critères définis. Prenons enfin acte de la volonté de Berne d’accélérer le plus possible les procédures, afin que les renvois, notamment, ne se produisent pas des années plus tard ; quand bien même ces procédures doivent respecter l’Etat de droit : et donc les voies de recours, dont les défenseurs attitrés des réfugiés usent et abusent souvent ; ce qui complique aussi les choses. Il est important de poser clairement ces repères avant d’apprécier le cas particulier. Et là, on peut avoir une autre approche. Il nous semble que si une personne hébergée par un canton, par une commune montre une particulière bonne volonté d’insertion dans le milieu environnant, cela peut mériter que le canton insiste auprès de Berne afin que cette situation soit prise en considération. En tout cas, si la décision de renvoi est confirmée, tout doit être fait pour obtenir l’assentiment de l’intéressé. Il se trouve qu’il ne voulait pas retourner en Italie. Alors, si le renvoi forcé devient inévitable, avec la gêne que cela procure, la manière est essentielle. Informer, préparer l’action, la conduire à une heure raisonnable. Le risque de fuite, de disparition dans la nature ne saute pas aux yeux dans ce cas. Bref, quand bien même on sait qu’une politique cohérente et ferme est nécessaire, on reste mal à l’aise devant ce qui s’est passé : tant le renvoi lui-même que la manière. Y aura-t-il une suite dans ce cas précis ? En tout cas, il y a lieu, à Genève, de clarifier les instructions afin que la fermeté n’exclue pas la sensibilité et l’humanité.

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