31/01/2017

RIE 3: vision économique contre myopie comptable

Disons le tout net, les interventions des anciennes Conseillères fédérales Evelyne Widmer-Schlumpf et Ruth Dreifuss contre le projet fiscal fédéral RIE3 nous ont choqué. Il y a le devoir de réserve, sauf en cas de renversement politique majeur. Qu’Obama critique la décision inacceptable de Trump sur les immigrés musulmans, c’est bien. Que les deux anciennes membres du Collège gouvernemental se lancent ici dans l’arène, c’est déplacé.

Sur le fond, l’ancienne ministre fédérale et cantonale des finances aurait pu se demander pourquoi tant de ministres cantonaux, à l’instar du Conseil fédéral et du Parlement, sont pour la réforme. Ruth Dreifuss, elle, pourrait s’interroger sur le choix, par exemple, de la ministre socialiste des finances à Bâle, laquelle soutient résolument le projet fiscal. De même, l’engagement conjoint du PLR Pascal Broulis et du Socialiste Pierre-Yves Maillard dans le Canton de Vaud ne semble pas la troubler. Ils savent que 82% de leur impôt cantonal sur les bénéfices vient des multinationales. Presque 70% à Genève.

En fait, on voit bien deux approches. Visant le recul, dans un tout premier temps, des recettes fiscales fédérales et cantonales résultant du projet, la Gauche crie au risque d’affaiblissement de la fonction publique et à la menace contre les prestations sociales. L’épisode précédent de RIE2 a pourtant démontré le contraire. Il y a toujours, à gauche, cette agressivité plus ou moins affirmée contre le Capital. L’égalité de traitement exigée par l’accord avec l’UE fait se rejoindre vers un taux de l’ordre de 13% les impôts sur le bénéfice de toutes les entreprises. Les grandes multinationales perdent leur statut spécial mais les entreprises indigènes voient leur taux baisser. Logique et raisonnable, non dissuasif et équitable. En plus, certaines déductions seront possibles pour l’impôt cantonal parallèle, en regard de leur degré de capitalisation. Scandale s’offusque la Gauche. Des cadeaux prévisibles aux actionnaires ! Tandis que les habitants non privilégiés, eux… Relevons ici, en passant, que Genève a des taux d’impositions particulièrement élevés sur les hauts revenus et les classes moyennes dites aisées ; tandis que 34% de particuliers ne payent aucun impôt sur le revenu. L’assiette fiscale est déséquilibrée. C’est malsain. C’est contraire à une équité fiscale et à une conscience civique qui voudraient que chacun contribue, si peu que ce soit, à l’effort commun. Mais, à Genève surtout, court cette obsession de surtaxer les riches, les patrons, leurs entreprises et de redistribuer au maximum. On aura toujours et encore, ce parfum persistant de lutte des classes.

A l’inverse, il y a une vision économique à moyen et long terme que partagent la Droite et les Sociaux-démocrates réalistes. De ce côté, on a compris que comptent l’attractivité, la compétitivité permises par le lieu d’implantation ; c'est-à-dire, chez nous, nos cantons et notre Confédération. Les entreprises multinationales doivent contribuer, bien sûr, aux rentrées fiscales, mais dans une mesure qui les rassure, les incite à demeurer, à venir. Les entreprises indigènes, grandes, petites ou moyennes doivent aussi contribuer à l’effort fiscal ; mais dans une mesure qui les rassure, les incite à investir, à prospérer, à embaucher. Car oui, le prolongement de ce dynamisme en continu se traduit par des emplois. Et à terme, tout cela assure des rentrées fiscales dans la durée. Trop d’impôts tuent l’impôt. Une économie sans trop de boulets fiscaux crée l’impôt.

On nous parle de la fonction publique qui serait en péril. A Genève, qui ne voit qu’elle est trop nombreuse et financièrement trop lourde. Mais c’est un autre débat. De toute manière, sa pérennité dépend de la solidité financière de l’Etat, laquelle dépend de la vitalité économique.

On l’observe donc : vision comptable à court terme contre vision économique à moyen et long terme. Quelle est l’approche qui donne, finalement, le plus de champs au progrès social ? Poser la question c’est y répondre. Voilà, mesdames les anciennes Conseillères fédérales, ce que vous auriez pu au moins retenir comme étant une argumentation défendable. A défaut de vous convaincre, cela aurait dû vous amener à ne pas déroger à votre devoir de réserve.

15:48 | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

26/01/2017

Mort de l'Hebdo: et ensuite?

L’annonce de la disparition de l’Hebdo a été un coup de tonnerre et fait un peu mal. L’auteur de ces lignes ayant eu, comme base, une activité de journaliste, qu’il lui soit permis, pour une fois, un ton personnel. Je sais ce qu’est, pour ceux qui en vivaient, la disparition d’un journal. Je porte encore le deuil de celle du Journal de Genève. J’ai une pensée pour Jacques Pilet, son fondateur. Pourtant, je n’ai pas toujours apprécié sa ligne consistant en un journalisme d’investigation ou d’information orientée ; c’est à dire d’enquêtes dont on savait dès la première ligne quelle serait la conclusion. Conscient de mes lacunes dans ce genre de journalisme là, je préférais la rigueur d’un Roger de Diesbach par exemple. Toutefois, l’hebdo fut une belle histoire. Je pense à tous les rédacteurs en chef qui se sont succédé avec une pensée particulière pour Ariane Dayer, dont le talent, heureusement, a pour trouver sa place au Matin Dimanche. Surtout, l’Hebdo a créé des événements, des forums de réflexion, des discussions. Il s’est engagé dans des débats sur l’Europe. Il a fait vivre intellectuellement, politiquement la Suisse romande. Un périodique comme l’Illustré prendra-t-il un peu la relève ? Ce ne pourra être la même envergure. Les éditeurs, Ringier-Springer, ont-ils voulu choisir entre l’Hebdo et le Temps, quotidien à vocation romande ? On aimerait croire au moins à la pérennité de ce quotidien, plutôt que de craindre la fragilisation de l’autre enfant du Groupe après l’abandon de son aîné.

 

Bien sûr, la presse écrite est en danger. Certes, une évolution se fait vers les textes en ligne, de plus en plus utilisés par les jeunes générations. Pourtant, afin de permettre des réflexions bien communes, des discussions, des relectures à tête reposée, le texte électronique aura-il le même apport que le texte imprimé ? J’en doute. J’ai des craintes quant à la nourriture intellectuelle et civique, quant à la présence médiatique en Suisse romande face à la Suisse allemande majoritaire ; ce qui a des incidences sur l’articulation confédérale de notre pays.

 

Je ne crois pas à la vertu du soutien direct de l’Etat. Mais je pense que des milieux économiques, intellectuels, politiques devraient entrer dans des échanges approfondis pour savoir comment garder une presse de qualité de référence assumant un rôle essentiel pour tous et pour chacun.

16:22 | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

09/01/2017

Plaidoyer pour l'élégance

Plaidoyer pour l’élégance

 

Chaque premier de l’An l’Eurovision diffuse le concert du nouvel an donné par l’orchestre philharmonique de Vienne. Chaque fois, c’est un honneur et manifestement un plaisir pour le chef invité. Ce l’est aussi pour le public, d’une élégance vestimentaire que ne le cède en rien à celle des musiciens. Les Srauss père et fils sont incontournables et tout le monde les attend, les accompagne. Les téléspectateurs ont droit, en sus, aux évolutions des danseurs de l’Opéra de Vienne. Il y a comme un parfum de nostalgie de l’Empire Austro-hongrois, comme si, avec Stephan Zweig, on voyait le train pour l’exil emmener le dernier Empereur Charles.

 

Ce concert, événement un peu décalé d’un temps révolu ? Sans doute. Mais que ce petit moment d’élégance est agréable à voir, à entendre, à ressentir. Elégance, le mot est lâché, quitte à se faire moquer et traiter d’élitiste. On a l’impression qu’elle seperd. La grande avancée bienfaisante de la démocratisation, y compris culturelle, devait-elle fatalement diminuer le champs vivant de l’élégance, introduire de l’uniformité gris souris ? Oh, il ne s’agit pas seulement de l’élégance vestimentaire, encore que l’on puisse regretter que les gens ne s’habillent pas pour honorer, suivant la nature du spectacle, les artistes qu’ils vont voir ou entendre. Mais on pense aussi à l’élégance du langage, du comportement.

 

Soyons lucides. Des personnes présentant bien, comme on dit, s’exprimant bien peuvent cacher une vulgarité de pensées et de sentiments. Tout au contraire, tels ou tels ne se souciant guère de leur apparence et de leur vocabulaire, ou qui les cherchent à leur manière provocatrice et marginale peuvent avoir une noblesse intérieure. Ne soyons pas des doctrinaires de l’apparence.

 

Toutefois, il y a quand même un certain lien entre les aspects de l’élégance. Celui qui aime la belle littérature, qui admire les belles choses, qui goûte la beauté de ce qu’il voir, qu’il entend, qui prend soin de sa personne, qui cultive la richesse de sa langue maternelle , qui pratique la courtoisie dans sa relation à autrui, bref qui conjugue l’élégance personnelle et le respect de l’autre, oui celui- là, à son échelon, fait oeuvre de civilisation.

 

A l’échelle collective, cela concourt à une civilisation. Même dans la confrontation politique, il est possible de garder l’élégance dela forme et le respect du contradicteur, de ferrailler sur les idées sans attaquer la personne ; pour autant que cette dernière soit bien sûr estimable, ce qui est le plus souvent le cas.

 

Beaucoup de vœux, de souhaits ont été exprimés en ce début d’année. Eh bien, que s’exprime ici le léger plaidoyer pour l’élégance.

18:03 | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

24/12/2016

Voila le monde tel qu'il est

Voir le monde tel qu’il est!

 

Quelle fin d’année ! Les images d’Alep dévastée. Un marché de Noël à Berlin victime d’un terroriste. Comment prêcher l’amour, la paix au milieu des folies meurtrières. Il y a une semaine, 'l’Appel Spirituel' conviait à sa rencontre annuelle une invitée principale: une femme écrivain musulmane, Karina Berger. Elle a mal à son Islam. Elle a expliqué, exprimé plutôt de manière émouvante ce qu’était le sien, sa lecture du Coran ; si loin des dévoiements, si proche du meilleur de toutes les confessions. Oui, ces messages, ces appels à autre chose, il faut les écouter, s’en imprégner.

 

Et pourtant, dans la perception du monde compliqué, pour une maitrise relative des événements, il y a aussi une responsabilité de lucidité et de réalisme. Dans les guerres, notamment civiles, il y a rarement un camp totalement du bien contre un camp totalement du mal. Ceux qui se parent de vertu ont souvent des arrières pensées, des intérêts qui n’ont rien de pur. Et à ceux qui croient partir en croisade, il faut leur rappeler l’adage ironique qui dit que l’enfer peut être pavé de bonnes intentions. Quelques exemples: l’Occident a fait tomber Kadhafi en Libye sans assurer le suivi. Il s’en suit, notamment, un chaos politique et le passage d’un flux si périlleux mais aussi inquiétant de migrants africains vers l’Italie.

 

Les Etats Unis ont éliminé Saddam Hussein. Que de désordres et de guerre depuis en Irak. Et l’avènement de Daech. On a les yeux braqués sur Alep la tragique. Mais les opposants dits modérés et divisés ont très vite été noyautés par les extrémistes, lesquels ont pris en otage les civils dans leur résistance à Alep. Ces gens là n’ont rien à voir avec la liberté. On critique beaucoup la Russie de Poutine. Cetes, le personnage n’est pas un enfant de cœur et n’a pas été nourri au biberon de l’esprit démocratique. La Russie n’a pas de tradition à cet égard. Mais que d’erreurs l’Occident n’a-t-il pas commises. Analyses simplificatrices sur l’Ukraine, condamnations précipitées, sanctions discutables, provocations politico-militaires donnant aux Russes un sentiment d’injustice, d’encerclement et suscitant la nationalisme.

 

Parfois, on se met presque à regretter des politiciens au sang froid, des Nixon ou des Kissinger. Ils manquaient de sensibilité pour les droits de l’homme qu’il ne faut jamais oublier ; mais ils ne commettaient pas d’erreurs d’analyses majeures. En cela, ils donnaient de meilleures chances à la paix. Un mot en cette période de Noël sur les réfugiés, les requérants d’asile chez nous: oui, on est choqué lorsqu’une décision fédérale de renvoi frappe des personnes semblant déjà bien intégrées et appréciées de leur entourage. Toutefois, comme l’a relevé franchement Pierre Maudet, ce serait hypocrite de ne pas voir le problème d’ensemble, la nécessité d’un cadre légal, d’une loi définissant les critères d’admission. L’ignorer serait tendre la perche aux nationalistes outranciers.

 

On le constate : rien n’est simple dans cet écheveau international et national. Formulons un vœu pour l’année prochaine : que se découvrent plus et mieux les intersections favorables aux élans du coeur et aux actions réalistes. L’humanité se perdra si elle oublie trop la compassion, la fraternité et l’amour. Mais elle explosera si des esprits lucides aux commandes ne prennent pas en compte les complications et les contradictions du monde afin de trouver des équilibres realists.

 

Joyeux Noël!

11:54 | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

08/12/2016

Fillon:quelques mois pour convaincre

En France, Manuel Valls a beau être totalement impliqué dans le quinquennat de François Hollande, sa manière personnelle d’être et d’agir pourrait lui valoir de gagner la primaire de la Gauche. A droite, François Fillon est le candidat bien affirmé. Il est favori mais il est bien placé pour savoir que les sondages ne sont que la photographie d’un moment et que rien n’est joué pour lui.

 

Beaucoup pensaient qu’Alain Juppé rassemblerait plus la Droite et le Centre. Or, la primaire a fait émerger le candidat de la clarté sans concessions, de la vérité dite crûment. La question est de savoir si la majorité des électeurs est prête à avaler les remèdes forts qu’il propose. C’est vrai que la France, si riche de talents et de possibilités traine des boulets qui entravent son vol. Divisions chroniques, bureaucraties paralysantes, fonction publique pléthorique, syndicats aussi politisés que peu représentatifs et archaïques, droit du travail écrasant dissuadant notamment les PME d’investir et d’embaucher, fausse protection sociale dans la durée à cause des effets pervers de la rigidité sur les licenciements, braquée uniquement sur le court terme, répartition confuse entre les différents échelons politiques tels l’Etat, les régions, les départements, les communes.

 

On pourrait continuer le catalogue. Il y a aussi cette propension bien française à dramatiser des débats théoriques, idéologiques et cette difficulté à nouer des dialogues politiques, économiques et sociaux constructifs. En caricaturant, on dirait que la France, après avoir tué la monarchie tout en gardant son parfum, dans une éternelle valse hésitation entre Robespierre et Bonaparte. Un vrai courant libéral, moderne et réformateur est un ruisseau que l’on peine à trouver.

 

Alors François Fillon ? Serait-il le premier à oser dire toutes les choses, à proposer un véritable programme de réformes ? On en a l’impression et on aimerait tellement qu’il réussisse. Il va lui falloir rassembler, donc arrondir certains angles sans dénaturer ses idées.

 

Il devra persuader les fonctionnaires qu’ils auront à gagner d’un statut plus mobile et tendu vers l’efficacité. Quant aux suppressions, la méthode sera importante et nécessitera un dialogue. En outre, il faudra des garanties de qualité par exemple pour l’enseignement et la police. Il faudra démontrer que cette qualité et l’efficacité ne sont pas liées uniquement au nombre des professeurs ou des policiers.

 

Il y a aussi particulièrement la question des soins médicaux, de l’assurance maladie. Rationaliser, éviter les abus, soit ! Mais il importe que toute personne aux bas revenus n’ait pas de problème financier pour bénéficier des soins de base. François Fillon a compris qu’il devait clarifier vraiment ce point. Bref, cela va être un combat avec des réactions plus que vives. Si Fillon est élu, s’il tient ensuite le choc sur l’essentiel tout en nuançant là où ce sera nécessaire, s’il entraine le pays dans ce mouvement décisif il aura une chance d’entrer dans l’histoire comme celui qui aura enfin permis à la France de s’adapter au contexte mondial et d’entrer pleinement, avec ses atouts, dans le XXI ème siècle.

17:24 | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

27/11/2016

Sortie du nucléaire: garder l'élan

Sortie du nucléaire : garder l’élan

 

Ici même, nous avions admis que l’Initiative voulant accélérer la sortie du nucléaire comportait sans doute un risque quant à la fourniture en électricité ; mais qu’il n’était pas fou d’oser ce choix en pariant sur une mise à disposition accélérée des énergies nouvelles. Le peuple et les cantons, majoritairement, ont estimé que prendre ce risque n’était pas raisonnable.

 

Dont acte ! Mais alors, ne nous trompons pas et ne nous laissons pas tromper sur l’interprétation du résultat. Il n’indique en aucune façon une volonté de s’accommoder durablement du nucléaire. Il s’agit maintenant, pour les partisans de l’Initiative et pour les opposants mais partisans sincères et résolus de la stratégie 2050, de se rassembler afin de baliser réellement ce chemin vers la sortie du nucléaire.

 

En effet, il y a ceux qui refusent cette stratégie du Conseil fédéral avalisée par le Parlement. Une votation populaire est donc prévisible. Certes, un Libéral n’aime guère, en principe, l’intervention étatique et la programmation politique dans le domaine économique ; sauf à offrir des conditions cadre favorables. Il fait souvent confiance aux forces du marché et aux avancées technologiques Mais, dans le domaine énergétique cela ne fonctionne pas bien. Autant l’interconnexion des réseaux à l’échelle européenne est une bonne chose, autant la surproduction à cette même échelle a des conséquences négatives. Ainsi, l’énergie d’origine fossile, --telle le charbon si polluant--, ou l’énergie hydraulique ont des prix surbaissés qui n’incitent en rien aux efforts d’adaptation. Les entreprises gérant ces ressources ploient d’ailleurs de plus en plus sous le fardeau d’un manque de rentabilité, y compris pour le nucléaire. Mais cette paralysie encombre le marché. Même un Libéral peut donc rejoindre les écologistes sur l’idée qu’une taxe sur les importations d’énergie fossile, particulièrement ; taxe servant à nourrir les subventions visant à développer les énergies renouvelables.

 

Certes un renchérissement de l’énergie ne serait pas sans conséquence sur les entreprises et l’économie en général. Mais on est bien devant un choix politique très important qui dépasse une approche purement économique. Il faut sortir du nucléaire, développer jusqu’à la rentabilité générale les énergies renouvelables. Il faut des mesures technologiques accrues (dans le bâtiment notamment) ainsi que des incitations aux comportements plus adéquats afin d’obtenir des économies d’énergie. Dans la période de transitions que nous vivons, l’Etat a évidemment un rôle moteur.

 

Progressivement, les entreprises d’électricité, d’ailleurs largement en main d’entités publiques, retrouveront une activité équilibrée s’inscrivant dans un équilibre de société. Progressivement, il devrait en aller de même à travers toute l’Europe qui a le devoir de montrer la direction à suivre pour la sauvegarde de notre planète et de nous autres frères humains qui en avons la charge, et qui n’en ont que trop détérioré les équilibres existentiels.

18:50 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

13/11/2016

Nucléaire :oser l’Initiative

Le vote sur l’Initiative pour la sortie du nucléaire repose sur une question de rythme, de confiance ou de méfiance. En effet, si quelques uns résistent encore à l’idée qu’il faut organiser cette sortie selon un calendrier à préciser, la majorité du parlement comme, --semble-t-il--, la majorité du peuple souscrit à cette option générale.

 

Mais, tandis que l’Initiative veut un processus accéléré de sortie, le Conseil fédéral propose, à l’incitation de Doris Leuthard , un processus davantage étalé dans le temps. Il prend en compte les besoins de l’économie et des personnes en approvisionnement électrique. Il n’y a donc pas de dates prescrites pour fermer les centrales nucléaires. Le contrôle de sécurité doit être strict et le terme évoqué est 2050.

 

Du côté des Initiants, on fait valoir que les centrales nucléaires helvétiques ne sont plus rentables, qu’elles sont vieilles, voire très vieilles pour quelques unes, et qu’il importe d’accélérer le remplacement par le recours aux énergies renouvelables, dont la performance technique et le rendement ne cessent de progresser. Doris Leuthard et ses experts nous disent que le rythme exigé par l’Initiative est trop rapide. Afin de couvrir les besoins en électricité, disent-ils, nous risquons d’importer, durant un bon bout de temps, davantage d’énergie étrangère d’origine nucléaire et, pire, de l’énergie fossile émanant du charbon allemand. Un péché écologique et un contre-sens.

 

Seulement voilà : ce n’est pas du tout prouvé. Il semble que l’électricité vendue par l’Allemagne est en bonne partie renouvelable et que le charbon utilisé à titre transitoire est plutôt destiné à sa consommation indigène. Actuellement, nous importons quelque deux tiers de notre électricité et nous en exportons aussi deux tiers : un mouvement de va et vient au travers des réseaux et au gré des saisons : l’hydraulique étant le pivot tournant. Or, il n’est pas impensable d’exporter moins et d’importer moins, en poussant résolument l’exploitation indigène des énergies renouvelables ainsi qu’un programme d’économies d’énergie.

 

Bref, si l’Initiative recèle en effet un risque, difficilement mesurable, quant à notre nourriture électrique durant quelques décennies prochaines, ce risque devrait pouvoir être écarté, moyennant une volonté politique claire. En revanche, quels que soient les contrôles de sécurité avec le sérieux fédéral bien connu, le risque grandissant d’un accident dramatique, risque inhérent à de vieilles centrales ne peut être ignoré.

 

Enfin, puisque la majorité d’entre nous admet, à l’instar de ce qu’il en est dans nombre de pays européens, qu’il faut en terminer avec le nucléaire, pourquoi ne pas insuffler une politique énergique,--c’est le cas de le dire--, allant dans ce sens. Bref, après avoir réfléchi et beaucoup hésité, notre conclusion est celle-ci : osons l’Initiative.

18:21 | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

07/11/2016

Luther, la laïcité et nous

Luther, la laïcité et nous

 

Quel beau culte présidé par Olivier Fatio, à St-Pierre dimanche dernier. Les 500 ans de la Réforme et le rappel de l’influence de Luther : telle était la trame. Reste surtout de Luther cette conviction que la Justice de Dieu n’est pas répressive, qu’il ne faut pas s’essouffler pour échapper au châtiment. Le salut est un don une grâce obtenus par la Foi, la confiance. De cela peut et doit découler une sérénité, un apaisement fortifiant l’engagement, en dépit des ignominies qui parcourent notre monde.

 

Comment ne pas sentir à quel point cet héritage demeure une source de tout ce qui nous a façonnés ensuite ! Tourner le dos à nos racines spirituelles serait plus qu’une méconnaissance déplorable, une ingratitude desséchante ; ce serait une erreur politique et sociétale majeure.

 

Dans la nouvelle Constitution genevoise, il y a un préambule à l’élaboration duquel l’auteur de ces lignes s’était engagé avec feu. Il commence par ces mots : « le peuple de Genève reconnaissant de son héritage humaniste, spirituel, culturel… » Certes, sont aussi évoqués plus loin les apports successifs et la diversité qui constituent ce peuple. Mais l’accent est donc bien mis sur les racines, le ciment historique de base.

 

Alors oui, bien sûr, au fil du temps s’est marquée la distance entre les églises et l’Etat. L’autorité politique, qui s’adresse à tous, s’appuie sur le principe de laïcité. Ce principe met au premier plan les règles de la République, de vie en commun qui s’imposent à tous. Soyons clair et sans langue de bois. Aujourd’hui, la question se présente à cause de l’Islam ; ou plutôt à cause de ceux des Musulmans qui refusent la primauté de la laïcité et certaines règles de vie en commun. On pourrait aussi s’inquiéter du manque de vigueur dans les réactions de Musulmans dits modérés face aux radicaux qui infiltrent leur dialectique auprès de jeunes et dans quelques mosquées. Il importe d’être très ferme là-dessus.

 

Toutefois, un autre risque existe : celui de l’intégrisme laïque, de la mise à l’écart dogmatique des religions, des églises dans la vie publique. Toute relation normale, tout dialogue fécond des autorités avec les responsables religieux pollueraient la sacro sainte laïcité. On n’en est plus à une garantie des principes démocratiques et de la paix confessionnelle ; on en vient à la remise dans les greniers privés de la part religieuse de nos identités. Ce n’est pas seulement une attitude agressive envers, par exemple, les Musulmans membres de notre Communauté nationale. C’est aussi un déni dogmatique de notre histoire judéo-chrétienne. Il paraît que des ayatollahs de cette laïcité guerrière et d’exclusion voudraient interdire le rassemblement de protestants devant le mur des Réformateurs, le premier dimanche de novembre. Ce serait, aux Bastions, une utilisation trop privée d’un espace public. On se pince pour y croire.

 

Le Grand- Conseil est saisi de trois variantes pour un projet de loi sur la laïcité, les relations entre l’Etat et les églises, les entités religieuses. Deux variantes, l’une surtout, expriment une laïcité de combat, d’exclusion, de surdité, de déni historique. Un projet du Conseil d’Etat entend répondre mieux à l’indication de la Constitution dans son préambule. A voir. Puissent le débat et sa conclusion aller dans ce sens. Officialisons les relations normales, souhaitables, claires entre le politique et le religieux ; entre la société et ses composantes religieuses. Et cultivons, à l’intention de tous, le devoir, la responsabilité et la chance de notre mémoire patrimoniale, dont la dimension spirituelle a nourri notre Corps civique et sociétal.

17:01 | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

10/10/2016

Identité heureuse?

Identité heureuse ?

 

Les Suisses romands sont ébahis devant les soubresauts de la politique française, mais, à la fois voyeurs et intéressés, ils la suivent de près. Ainsi, la primaire de la Droite vaut son pesant de spectacle. Signe des temps et des questions graves qui se posent, la notion d’identité au sein de la Communauté nationale nourrit les débats. Ils en deviennent réducteurs à cause de la recherche électoraliste, forcément populiste, d’adhérents par les candidats.

 

Toutefois, derrière l’écume, il y a en effet de vraies questions : ainsi celle de l’identité. Nicolas Sarkozy dépense un peu son énergie hors norme à sauter d’une jambe sur l’autre. Ce qu’il dit n’est pas toujours ce qu’il disait. Qu’importe ici. Son cri patriotique : "nos ancêtres les Gaulois" a fait mouche ; mais en partie contre lui. Il a essayé de nuancer, d’expliquer , mais ses rivaux ont eu beau jeu de le critiquer. Slogan maladroit, sans aucun doute. En revanche, en écartant le politiquement correct, il y a des socles et des mouvements historiques à rappeler, qui ont formé une nation. Il serait si nécessaire d’expliquer aux jeunes, surtout à l’école, comment s’est développée à travers les siècles la France Chrétienne, capétienne, révolutionnaire ; sans tout focaliser, par exemple, sur la méchante colonisation et la normale immigration à assumer avec une dimension de culpabilité.

 

Autrement dit, oui, d’une connaissance, même en survol, des principaux repères historiques à une adhésion aux valeurs fondamentales de l’Etat et de la Société, il y a une relation évidente. On penserait que ces mots s’adressent essentiellement aux immigrés et enfants d’immigrés, particulièrement musulmans. Or, la professeur de philosophie Bérénice Levet, au cours d’ un entretien conduit par le Figaro du 25 septembre, montre que l’ignorance de repères en histoire et en instruction civique atteint tous les jeunes.

 

Citons : "après quarante-cinq années de désidentification religieuse, culturelle et nationale, l’égalité par le bas est presque parfaite entre les jeunes Français de longue généalogie et leurs jeunes concitoyens d’origine immigrée".

 

En somme. À vouloir obstinément écarter les repères nationaux, en croyant écarter les différences discriminatoires et faciliter ainsi l’intégration, on a obtenu l’évolution contraire. L’effacement d’une attraction commune risque de laisser place aux juxtapositions communautaristes.  Le Breton pure souche aux cheveux roux et l’immigré de parents ou grands parents algériens risquent de ne plus avoir le même drapeau et de se regarder en chiens de faïence. Beau résultat !

 

Faut-il tout de même rêver, à l’instar d’Alain Juppé, "d’une identité heureuse" pour tous les habitants de ce qui redeviendrait la douce France de Charles Trenet ? Sans doute, le candidat maire de Bordeaux a-t-il raison de viser ce qui pourrait éclaircir le climat et rassembler des compagnons de route, aptes à concilier leurs appartenances propres et leur habitation nationale commune. Optimiser la démarche plutôt que de dramatiser la situation ? soit ! Il faut en effet distiller un message positif et proposer le respect, les mains réciproquement tendues. Toutefois, puisse le candidat septuagénaire qui en appelle aux jeunes ne pas devenir un marchand d’illusions, une fois la présidence gagnée. Son mentor Jacques Chirac fut un assaillant du pouvoir formidable mais un Roi craignant les remous. Bousculer sans déchirer, bien ; mais bousculer assez et corriger les nombreuses sorties de route serait impératif. Par exemple, revoir de fond en comble l’enseignement de l’histoire et remettre en place une sorte de service national obligatoire, aussi court soit-il.

 

Que de propos sur la France de la part d’un Suisse ! Eh bien, si la toile de fond est bien moins préoccupante pour l’instant, la question de l’identité et de sa prise de conscience se pose aussi ; avec les données de la démocratie et du fédéralisme propres à la Suisse. Dès lors, oui, ce débat français mérite d’être suivi. Ne parlons pas d’Identité heureuse ni de nos ancêtres les Helvètes ; mais trouvons le chemin conciliant fidélité à notre trame de l’histoire et ouverture aux autres. C’est un défi du siècle.

15:55 | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

15/09/2016

Sécurité pour la liberté

Sécurité pour la liberté On a commencé à voter au sujet de la loi fédérale sur le Renseignement. Elle est attaquée par Référendum. La Gauche combat cette révision en puisant dans une crainte viscérale d’un Etat répressif au nom de l’ordre. L’extrême gauche devrait se souvenir qu’il n’y a pas eu pire totalitarisme que sous le drapeau du marxisme. Mais passons. Plus étonnante est la position de jeunes des partis bourgeois, PLR et PDC. Au non de la liberté, de la sphère privée à protéger, ils voient aussi dans ce renforcement des armes étatiques une menace contre les personnes. Dans un premier temps, on a envie de leur dire que l’on apprécie leur attachement aux libertés individuelles et leur méfiance envers l’Etat fouineur. Il est à craindre cependant qu’ils aient réagi davantage par instinct que par raisonnement. Il faut, en bonne attitude libérale, remettre quelques notions à leur place. Oui, un Etat, fût-il démocratique, a une tendance naturelle à envahir la sphère privée des gens ; et cela en tous domaines. Oui, il convient de toujours contenir l’action de l’Etat dans le cadre de l’indispensable. Oui, tout bon animal libéral n’aime pas entendre le pas des chasseurs. Mais alors, mes amis, précisions quelles sont les tâches fondamentales d’un Etat. En jargon on parle des fonctions régaliennes. La réponse est évidente. Au premier rang il y a le devoir d’assurer l’indépendance du pays et d’assurer la sécurité des citoyens. A défaut, il n’y a plus de libertés qui tiennent. Or, depuis longtemps on a compris que le danger d’une invasion classique de la Suisse était faible ; ce qui n’est pas une raison pour casser l’armée dans sa continuité. Mais ce sont les nouvelles menaces auxquelles il s’agit d’opposer un dispositif et une action. Depuis longtemps, le doigt a été mis sur l’insuffisance du service de renseignement fédéral, les limites trop étroites de ses possibilités, l’empêchement d’organiser pleinement les collaborations avec les services étrangers. L’affaire des fiches à laissé la trace d’un traumatisme qui a creusé des failles. Il est donc plus que nécessaire d’étoffer nos services de renseignement, dont l’action doit naturellement s’articuler sur celle des cantons et s’entourer de garde fous judiciaires et politiques. Or, c’est exactement ce que stipule la loi attaquée. Amoindrir encore davantage la marge de manoeuvre des services de renseignement fédéraux, notamment en matière d’écoutes et de surveillance électronique, aurait été prolonger une situation dangereuse d’impréparation face aux menaces terroristes. Que la Suisse soit, pour l’instant, moins une cible que d’autres pays ne nous autorise pas à être le maillon faible dans le réseau de résistance au danger. Nous avons une responsabilité vis à vis des résidents en Suisse et vis-à-vis des autres pays, nos partenaires en sécurité. Ne pas comprendre cela, c’est ne pas analyser les faits et verser dans une défense idéologique de la liberté, sans voir qu’il s’agit précisément de la protéger. S’il devait y avoir, dans la pratique, des excès de zèle, on peut garantir que le dispositif de surveillance mis en place les ramènerait dans le cadre défini. Un libéral démocrate n’aime pas l’ordre pour l’ordre et il cultive la méfiance envers l’intrusion étatique. Mais il soutient ce qu’il importe de faire lorsque la menace est virulente et que la sécurité, gage de nos libertés, est directement en jeu.

17:47 | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer | |  Facebook | | | |