26/05/2016

Démocraties secouées

Démocraties secouées En France c’est à nouveau la chienlit dirait le Général de Gaulle. Curieux pays, porte étendard des droits de l’homme et des libertés mais qui, pour ce qui le concerne, invente sans cesse un parfum original, mélange de monarchie et d’anarchie. La révolution parcourt son histoire, la réforme et l’adaptation sont des mots étrangers. Etonnante péripétie : le projet de loi sur le travail, émasculé en cours de route, n’a plus guère d’attraits pour les chefs d’entreprise mais la possibilité, inscrite encore, de privilégier parfois des accords d’entreprise suffit à lancer le syndicat CGT dans un combat d’enfer.

 

Pays paralysé, regain de croissance et petite amélioration sur le chômage menacés : la CGT n’en a cure. Ce syndicat en perte de vitesse, si peu représentatif en fait, lutte pour retrouver et consolider une position de force. Quant à limage qu’elle a du monde économique, du monde du travail et des rapports sociaux elle date d’un autre siècle. Faute d’en avoir conscience, le syndicat et ses supporters dans la lutte risquent de mettre la France, --donc ses entreprises et leurs salariés--, en situation durable d’infériorité et de fragilité en regard de l’économie mondiale interconnectée.

 

C’est vraiment dommage lorsque l’on observe les atouts français, la productivité des travailleurs français. Un patron d’une petite entreprise de l’hexagone vient d’écrire une lettre ouverte au leader CGT : une merveille de lucidité, d’ironie acide et de tristesse. Mais ne rions pas. Lorsque la France est secouée, c’est toute l’Europe qui est affectée ; économiquement et, moins directement, politiquement. En effet, c’est ensemble que les pays européens doivent s’adapter aux conditions du siècle, dans l’innovation et la souplesse. Cela vaut pour la Suisse. Elle ne s’en tire pas mal pour l’instant. Une longue habitude de la négociation sociale y est pour beaucoup.

 

La France a de nombreux accords de branche, mais dès lors qu’il s’agit d’envisager de vraies réformes, c’est la rue qui dicte le tempo. Il faut reconnaître que nos démocraties sont à l’épreuve. Elles ne se portent jamais mieux que dans des alternances ou des alliances dynamiques entre libéraux et sociaux-démocrates. Or, on voit ici la vieille extrême gauche raviver des feux de camps et l’ancienne extrême droite ressurgir à la faveur de la crise migratoire, des cohabitations culturelles plus ou moins ratées et d’une renaissance du sentiment nationaliste.

 

On sait de longue date que l’extrême droite et l’extrême gauche sont potentiellement des ennemis mortels tout en étant des espèces du même type, fonctionnant de la même manière. Il est probable, qu’en raison de plusieurs facteurs cumulatifs, nos démocraties européennes vont connaitre des turbulences croissantes. S’impose donc une exigence. Là où existe une solidité démocratique fondée sur des valeurs bien établies : confirmer sans cesse la conjugaison indispensable de la fermeté sur les principes institutionnels clés et la mobilité d’esprit, la capacité d’adaptation devant les défis du siècle.

 

On pense ici notamment à la Suisse. Là où le socle démocratique est resté friable et où la rigidité des esprits et des normes empêchent les adaptations nécessaires : assumer l’épreuve de force permettant un vrai développement d’une démocratie moderne. On pense notamment à la France. Sans tout admirer dans l’action de Margareth Thatcher, on doit reconnaître qu’elle a cassé une capacité de nuisance syndicale à l’époque, et que le Royaume Uni, en dépit de ses zones d’ombre, n’a plus été perçu comme l’homme malade de l’Europe. Après on a pu avoir de légitimes controverses sur l’Etat social. Finalement, il est normal et lucide d’être inquiet. Mais l’histoire des hommes et des peuples a toujours recelé des motifs d’inquiétude. Il n’y en que plus de raisons de s’engager et de vouloir à la fois conserver le meilleur et réformer pour du meilleur. C’est après tout la raison d’être de la bonne politique en démocratie.

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27/04/2016

L'argent a l'odeur que l'on a

L’argent a l’odeur que l’on a On connait la phrase : l’argent n’a pas d’odeur. C’est péjoratif et suggère que des possesseurs sans morale peuvent l’acquérir sans scrupule. Les médias, qui pourtant vivent du capitalisme, se repaissent de ce qui exhale un parfum de scandale ; tels les fonds déposés sur les comptes de sociétés bien cachées au Panama. Notons en passant que cette manière de jeter des noms en pâture, sans la prudence de bien distinguer ce qui est légal de ce qui pourrait avoir un arrière plan criminel, traduit une dérive de ces mêmes médias qui est très discutable du point de vue déontologique.

 

Evidemment, commercialement pour un journal, c’est payant. Comme quoi il faut aussi de méfier des professionnels de la méfiance. On pense également à ce mouvement en France. Il serait peu honnête de ne pas voir chez certains noctambules de la Bastille l’aspiration à une société différente, humaine, solidaire, basée sur des valeurs rassembleuses. Toutefois, il serait naïf de ne pas déceler l’orientation sous-jacente et la récupération. Les seuls notables politiques bien accueillis furent Jean-Luc Mélanchon et le Secrétaire du parti communiste.

 

Lorsque l’on sait vers quel verrouillage de la pensée libre glisse automatiquement l’idéologie communiste et d’extrême gauche on voit qu’il importe de démêler la fraîcheur de certains et le formatage idéologique de certains autres. Mais, bien évidemment, il y a nécessité de réfléchir. Au Canada, il y a, parait-il, un intellectuel philosophe qui réunit des foules pour, précisément, des réflexions philosophiques, sans parler de ses réseaux sur le net. Il apparait clairement que nombreux sont les gens fatigués des discours politiques et même du fonctionnement des rouages démocratiques.

 

Il y a comme une nausée devant l’empire sans visage de l’économie et surtout de la finance. Il est intéressant de constater le succès d’un Bernie Sanders dans la campagne présidentielle américaine, même s’il restera à mi chemin. Alors l’argent aurait-il pourri le libéralisme ? Devrait-on aller vers une autre Société ? L’intellectuel Pascal Bruckner vient de sortir un livre en partie à contre courant de cette réaction contestataire bien pensante. Il constate justement que la France de tradition catholique transporte depuis le Moyen âge une allergie nobiliaire et populaire à l’argent.

 

Le dépenser oui, emprunter s’il le faut. Mais en faire commerce, le faire travailler : laissons cela à des spécialistes du genre, les Juifs par exemple. On trouve ici un des ingrédients de l’antisémitisme. Dans les pays anglo-saxons, et spectaculairement aux Etats-Unis, les pères du capitalisme ont diffusé leur idéologie religieuse de la réussite. A Genève, Calvin le rigoureux, n’avait rien contre l’argent, son placement pourvu qu’il serve à des investissements conformes aux desseins de Dieu pour ses créatures. La bonne conduite, c’était d’avoir éventuellement de l’argent pour en faire œuvre utile ; mais non pas pour en profiter à titre personnel. L’austérité des mœurs était de mise. Gagner de l’argent, amasser du capital n’était pas un but en soi. Evidemment, les Etats-Unis, eux, ont fait évoluer tout cela. Non seulement le riche ne cache pas sa réussite financière, mais il l’exhibe jusqu’à la vulgarité et la propose en exemple motivant pour les jeunes. On en revient toujours à la même conclusion. Y a-t-il, pour une société démocratique mieux qu’un libéralisme de liberté, de stimulation, de responsabilité et de solidarité ?

 

S’il fallait une référence française on citerait Alexis de Tocqueville. Mais les meilleures assises se fendent à cause des abus, des dérives, des comportements ayant rompu les liens avec les fondements philosophiques, éthiques du libéralisme. Une finance trop déconnectée des réalités économiques, des banques perdant leur boussole, des dirigeants de grandes entreprises mesurées à l’aune de leurs salaires gigantesques, provocants : ah oui, il y a des ingrédients pour les nausées, les désaffections civiques sinon,--épée de Damoclès sur les démocraties--, des révolutions gauchistes ou fascistes.

 

L’histoire ne se répète jamais mais certaines causes reconnaissables peuvent avoir, à long terme, des conséquences plus ou moins analogues. Si le remède consiste à introduire toujours plus de contrôles, de bureaucratie, d’impôts, taxes et systèmes en tous genres entravant la liberté d’entreprendre et de s’adapter : alors non merci. C’est le mal français. Un pays est largement nourri de ses petites et moyennes entreprises, dont les patrons se sentent très responsables, proches de leurs ouvriers, employés, mais qui ont besoin de la liberté d’agir. Ils ne l’ont pas.

 

La Suisse s’en sort mieux en fait de libéralisme responsable : mais elle n’échappe complètement ni aux dérives des abuseurs du système ni à la tentation étatique des contrôles et contraintes de toutes sortes. Le danger est présent. Eh bien oui, quitte à passer pour un idéaliste naïf, préconisons avec d’autres un retour aux sources. Il faudrait, que dans la formation des jeunes générations, dès l’école, une large place soit faite à la connaissance philosophique, à la discussion sur l’éthique et la responsabilité, sur l’usage de la et de sa liberté.

 

C’est du sens de la vie que l’économie, la finance, les constructions sociales devraient s’inspirer ; et les comportements de chacun et de tous. Pas de corsets à la liberté mais pas de liberté sans fondement éthique. Ce siècle pourrait bien être celui d’une liberté davantage maitrisée ou celui des désordres endémiques, appelant quelquefois en réaction les tyrannies ; lesquelles conduisent alors les moutons de Panurge au précipice. Parions donc sur un retour philosophique, viscéral d’une liberté responsable.

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11/04/2016

Main et voile:le test de valeurs

Main et voile : le test de valeurs L’autre jour, dans une émission de la télévision romande, une Conseillère nationale socialiste s’emberlificotait avec une argumentation peu compréhensible au sujet du fait révélé dans une école de Bâle campagne. Deux adolescents musulmans ont refusé de serrer la main de la maîtresse de classe, laquelle accueille ainsi chaque jour ses élèves.

 

La députée relativise. Il ne s’agit pas d’une atteinte à des valeurs fondamentales. Laissons ces cas rares être gérés de manière pragmatique par les intéressés : en l’occurrence la direction de l’école et les parents. N’en faisons pas une affaire nationale. Cela, bien qu’elle comprenne des réactions choquées au sein même de son parti. Mais passons à autre chose, dit-elle en substance. Heureusement qu’il y a des figures politiques qui, d’un seul regard, ont compris l’enjeu ; à commencer par la Conseillère fédérale socialiste Simonetta Somarugua.

 

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que cette ministre démontre sa clarté d’esprit. L’argument insistant sur la rareté de ce genre de faits est aussi faible qu’inquiétant. D’ailleurs, on apprenait qu’un fait similaire avait lieu dans une école genevoise. Evidemment, il semble pratique de ne pas en parler et de passer là-dessus comme chat sur braise. Or, si le pragmatisme, la négociation si helvétique, à laquelle se référait la députée socialiste, a ses vertus, il ne s’agit plus de cela lorsque l’on touche aux conditions de notre vie sociale et aux valeurs portant cohésion de notre société.

 

On est ici en face d’une attitude séparant les hommes et les femmes, indiquant une idée de péché pour l’homme qui toucherait la main d’une femme en guise de salut. Ce serait contraire à la religion. Tels furent les propos du père. Comment ne pas dire que c’est inadmissible. Aucun discours sur la tolérance, la compréhension d’une culture particulière ne saurait le justifier.

 

Aujourd’hui, une majorité des élèves musulmans en Suisse ne s’aligne pas sur cette répulsion distante envers la femme. Mais demain ? Des études très sérieuses montrent que le courant salafiste gagne du terrain chez les Musulmans d’Europe. Il y a une affirmation forte qui ébranle les modérés et pourrait finir par les impressionner assez pour qu’ils s’alignent ; ne serait-ce que pour ne pas être chahutés par leurs coreligionnaires militants. On imagine la suite. Séparation dans les bus. Classes non mixtes. Piscines etc… Non, le pragmatisme, la négociation cas par cas ne sont pas des solutions. C’est maintenant, sans attendre, qu’il faut marquer les positions au nom de nos valeurs ; auxquelles tout résidant chez nous doit se conformer.

 

Oh, il n’y a rien de tyrannique. Ce sont des fermetés sur des points précis au nom de valeurs reconnaissables. Il est souvent question aussi du voile. On peut hésiter sur l’interdiction ou non du voile sur les cheveux pour les élèves filles de l’école publique. Il est vrai que l’attitude n’est pas la même que celle de garçons refusant de serrer la main d’une enseignante. Toutefois, une augmentation des cas de voile, sous pressions familiales et des entourages, pourrait instaurer un climat ambigu. En revanche, on ne saurait hésiter sur l’interdiction, pour des représentantes de l’Etat, enseignantes ou autres fonctionnaires, de porter le voile. Il y aurait là une contradiction trop visible avec la neutralité religieuse de l’Etat et le principe de laïcité.

 

Et que l’on ne vienne pas comparer le voile avec de petites croix discrètes que l’on devine parfois autour du cou. La distance ostensiblement marquée par des Musulmanes vis à vis de l’Etat laïque, garant de l’égalité des sexes, ne peut être banalisée. Si l’on observe nos voisins d’Europe occidentale, quelles conséquences funestes, découlant en partie d’un renoncement à l’affirmation constante des valeurs repères ! Au nom du respect, si mal réfléchi, de la diversité on a peut être contribué à planter des germes de guerre civile.

 

Dramatisation irréaliste ? Peut être. Il faut l’espérer. Incitation au populisme xénophobe ? Non. On peut maitriser le cours des choses, mais à une condition : savoir où être tolérant, ouvert ; et où être ferme, exigeant. Il importe de tenir cette ligne aujourd’hui, alors qu’il est encore temps. Merci, madame la Conseillère fédérale de nous l’avoir parfaitement rappelé.

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04/04/2016

L'UDC fait un faux calcul

L’UDC fait un faux calcul Les dernières prévisions annoncent une hausse assez spectaculaire des dépenses pour l’asile. Des politiciens de droite s’en inquiètent. Ceux de gauche, à leur habitude, relativisent le risque. Il suffira, disent-ils, que nombre de requérants soient régularisés, soient en voie d’intégration pour que les dépenses qu’ils provoquent baissent ,voire disparaissent.

 

Et puis, il y aura la diminution du temps de procédure menant à l’admission ou au renvoi. Voilà qui est sous évaluer toutes les dépenses liées à l’hébergement, puis à l’intégration. Enfin, il faut prévoir des flux croissants de migrants. Allons, soyons lucides, les dépenses en regard de l’asile, des migrants en général vont fatalement augmenter. L’UDC, sur ce point, voit très probablement plus juste que la Gauche. Mais alors, quelle mauvaise conclusion elle en tire ! Afin de compenser ces dépenses croissantes il faudrait diminuer d’autant celles affectées à la coopération au développement.

 

Seigneur, protégez nous de ces politiciens qui sont les champions athlétiques des sprints pour unijambistes. Voyons un peu plus loin que le bout du nez. Si, à terme, on veut se préserver des secousses migratoires, il faut que dans les pays vulnérables s’instaurent ou se rétablissent plus de sécurité humaine et juridique, plus de formation scolaire et professionnelle, plus d’investissements et d’actions influençant favorablement le développement économique et le niveau de vie. Il faut que la jeunesse ait un avenir autre que d’émigrer, souvent en catastrophe.

 

Il est évident que nous sommes devant des impératifs qui doivent dicter une politique. A court terme, il y a l’attitude humanitaire, morale qui demande que nous fassions notre part européenne dans l’accueil des migrants. Il s’agit de le faire avec nos exigences posées aux arrivants ; mais aussi avec un esprit de solidarité envers des personnes en détresse et vis-à-vis de nos partenaires européens.

 

Cela étant, il faut constamment mener une politique axée sur le long terme. Depuis des décennies, l’engagement humanitaire et la coopération au développement sont des éléments essentiels de notre politique étrangère et de sécurité. En politique, il arrive que la promotion des intérêts d’un pays s’écarte nécessairement de considérations purement morales. C’est le cas chaque fois qu’une démocratie a des échanges de toutes sortes avec des Etats peu soucieux des droites de l’homme.

 

Il faut assumer cette part de l’ombre. Mais, en l’occurrence, la morale, la préoccupation humanitaire vont de pair avec une réflexion lucide sur nos intérêts et notre sécurité. C’est dans un monde plus équilibré, plus juste que la Suisse évitera le mieux les risques d’une migration difficilement contrôlable. En menant une telle politique d’ensemble, elle apportera sa pierre à la construction d’un monde moins inflammable. Elle le fera autant pour elle que pour tous. Le premier parti numérique de Suisse préfère la calculette à une vision politique d’envergure. Ce n’est pas une manière intelligente de s’engager pour son avenir.

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24/03/2016

Pâques quand même

Après Paris, Bruxelles ; au cœur de l’idée européenne. Les terroristes ont une base arrière et un support idéologique : Daech. Eux-mêmes sont, le plus souvent à ce qu’il semble, de tristes délinquants qui trouvent comme une sorte de transcendance diabolique. Assassins de masse et martyrs.

On le constate : les mesures de sécurité, la coordination nationale et internationale des polices, des services de renseignement n’a pas suffi, même si elle a évité beaucoup de drames potentiels. Il va falloir intensifier encore tous ces efforts. Nous devrons nous habituer aux contrôles tracassiers renforcés. Par ailleurs, nous savons bien que les causes de ce terrible état de fait sont multiples. Il y a les anciennes déstabilisations régionales, des états mal ancrés dans leurs sociétés, les effets de la colonisation puis de la décolonisation, le sous-développement à nos portes, la non intégration dans les banlieues européennes d’une jeunesse musulmane sans vrais repères culturels et religieux mais avec des réflexes de rejet envers ceux dont ils se sentent exclus. Tout cela demande des analyses complètes.

Rien n’est simple. L’action à mener est aux multiples fronts. Il n’y a pas d’autre choix que de la mener, tout en essayant aussi de maîtriser la lourde crise des migrants en masse. Cette dernière nous met en face d’exigences humanitaires, morales, culturelles et sécuritaires. Lorsque l’on a dit tout cela, on doit bien se résoudre à une prédiction peu rassurante.

En Europe de l’ouest, en tout cas, nous avons vécu durant plusieurs décennies dans une situation privilégiée à tous égards. Nous avions oublié que c’était presque une anomalie dans l’histoire de notre continent. Il va falloir, tout en soutenant les mesures indispensables, admettre que allons avoir à vivre avec un danger permanent dissimulé au milieu de nous, dans le cours de notre existence quotidienne. Et il faut continuer à mener notre existence, sans nous laisser impressionner le moins du monde, en mettant la peur de côté, en attachant peut être encore plus de prix à ce sel de la vie dont nous avons parfois perdu le goût précieux.

Dans le Royaume Uni en guerre, les Anglais rassemblés derrière Churchill n’ont pas tremblé. Les Citoyens et habitants de nos démocraties européennes ne doivent pas trembler. A la fin, fût-ce avec du sang et des larmes, nos démocraties sont faites pour l’emporter sur tous les ennemis de tous genre. Mais si chacun doit être prêt à la plus grande fermeté, il y a un front crucial à tenir : celui de nos valeurs.

Sans faiblesse, sans aucune tentation de les relativiser, nous devons les affirmer : liberté personnelle, égalité des droits, notamment entre hommes et femmes, respect des convictions mais dans le cadre garanti par l’Etat, laïcité… Oui c’est le moment de savoir et de dire mieux qui nous sommes, ce que sont nos sociétés démocratiques, ce que nous tolérons, ce que nous refusons, ce que nous attendons de ceux qui partagent notre quotidien, d’où qu’ils viennent. Le danger a cette vertu de nous ramener à nous-mêmes.

Et puis on a envie d’ajouter autre chose. Ces horreurs de Bruxelles ont eu lieu peu avant les fêtes de Pâques chrétiennes. Jeudi, avait lieu l’enterrement de Francesca Pometta, qui fut la première femme ambassadeur de Suisse. La messe fut belle et le prêtre eut des mots forts. L’Ambassadeur Pometta a été une diplomate engagée au service de son pays et aussi pour le dialogue, la paix. Ferme sur les principes, fondamentalement honnête, parlant vrai, crédible et humaine. Or, elle a été une femme viscéralement attachée à sa foi chrétienne. Précisément, le prêtre se référa à la lettre de Paul aux Galates et au passage où Jésus, trois jours après sa mort, chemine à côté de deux disciples qui ne le reconnaissent pas. Passages extraordinaires où l’on trouve l’ouverture à tous les peuples, l’égalité entre les hommes, entre eux et les femmes ; et puis cette idée que la présence est intérieure à chacun, visible avec les yeux de la foi : aimer pour voir, voir en aimant.

Le contraste était saisissant entre ces instants passés dans une église et les événements tragiques advenus en Belgique.

Face au terrorisme, il y a nos valeurs. Il y a également nos racines à revivifier en nous. Nos pays européens doivent être ouverts à tous les apports qui ont contribué à les façonner. Il n’en demeure pas moins qu’un héritage essentiel est l’héritage chrétien, porteur d’un message inouï.

Que les églises aient tellement trahi ce message, que les lectures littérales de la Bible ne soient plus crédibles, que la présence divine, l’au delà de la mort appartiennent à un mystère inatteignable par la science humaine, même en progrès vertigineux et constants : tout cela ne change rien au fait que le meilleur du message chrétien est un socle, une confiance, une espérance, une référence pour être et agir. En avoir conscience, le ressentir fortement en ces jours de pâques, c’est affirmer haut et fort que le souffle de vie et d’amour, parmi les hommes et en chaque homme est infiniment plus beau et puissant que tous les souffles noirs des engins de mort.

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14/03/2016

L'expulsion d'un Erythréen qui fait mal

L’expulsion d’un Erythréen qui fait mal Il y a quelques jours, à quatre heures du matin, des policiers sont venus chercher un Erythréen à Anières, au lieu d’hébergement des requérants d’asile. Ils l’ont embarqué devant sa femme et ses enfants effarés, puis ont organisé son refoulement vers l’Italie. A juste titre, le fait a choqué. A juste titre, il y a eu des réactions indignées. Pourtant, comme toujours en politique, il faut une appréciation de l’ensemble, du contexte, puis examiner quelle était la marge de manœuvre, voire la décision à prendre, --ou à ne pas prendre--, dans le cas particulier. Enfin, il s’agit d’examiner la manière. La venue en Europe de migrants érythréens fait partie du grand problème posé à l’Europe par l’afflux vertigineux des migrants en général. Ces Erythréens sont-ils des persécutés au sens de notre loi, ou des personnes qui cherchent une situation meilleure ? La question est délicate, et discutée. Toujours est-il que la question se pose dans le cadre de l’Accord dit de Dublin. Aux termes de cet accord, c’est le pays de premier accueil qui doit traiter le dossier : en l’occurrence l’Italie. Cet Erythréen n’est pas resté en Italie, sa famille non plus. Il a préféré venir en Suisse. Il argue notamment du fait qu’il aurait été mal reçu là bas. Et il faut dire aussi que ce pays est submergé. Par ailleurs, il semble, en effet, que cet Erythréen avait réussi à nouer des liens, à trouver des occupations, au fil de plusieurs années ; bref qu’il aurait été sur un chemin positif d’intégration. A cela, dans le contexte général, on doit apporter deux réponses. L’Accord de Dublin est très important. Certes, il faudrait que la Suisse participe à une meilleure répartition concertée des migrants. Mais on ne saurait ignorer l’Accord et considérer que des Erythréens, par exemple, auraient le droit de passer d’un pays à l’autre, au gré du souhait d’un meilleur accueil, et le droit d’y amener leur regroupement familial. On tomberait alors dans le désordre. Ajoutons tout de même qu’il est connu et reconnu que les Erythréens en général s’assimilent difficilement à notre mode de vie, et que cela pose maints problèmes. Enfin, rappelons que les cantons sont des entités d’exécution de décisions prises par la Berne fédérale, selon des critères définis. Prenons enfin acte de la volonté de Berne d’accélérer le plus possible les procédures, afin que les renvois, notamment, ne se produisent pas des années plus tard ; quand bien même ces procédures doivent respecter l’Etat de droit : et donc les voies de recours, dont les défenseurs attitrés des réfugiés usent et abusent souvent ; ce qui complique aussi les choses. Il est important de poser clairement ces repères avant d’apprécier le cas particulier. Et là, on peut avoir une autre approche. Il nous semble que si une personne hébergée par un canton, par une commune montre une particulière bonne volonté d’insertion dans le milieu environnant, cela peut mériter que le canton insiste auprès de Berne afin que cette situation soit prise en considération. En tout cas, si la décision de renvoi est confirmée, tout doit être fait pour obtenir l’assentiment de l’intéressé. Il se trouve qu’il ne voulait pas retourner en Italie. Alors, si le renvoi forcé devient inévitable, avec la gêne que cela procure, la manière est essentielle. Informer, préparer l’action, la conduire à une heure raisonnable. Le risque de fuite, de disparition dans la nature ne saute pas aux yeux dans ce cas. Bref, quand bien même on sait qu’une politique cohérente et ferme est nécessaire, on reste mal à l’aise devant ce qui s’est passé : tant le renvoi lui-même que la manière. Y aura-t-il une suite dans ce cas précis ? En tout cas, il y a lieu, à Genève, de clarifier les instructions afin que la fermeté n’exclue pas la sensibilité et l’humanité.

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02/03/2016

L'Udc stoppée mais les problèmes demeurent

L’UDC stoppée mais les problèmes demeurent Le refus populaire de I’Initiative de l’UDC, dite de mise en oeuvre de la précédente, est un motif de soulagement. Les observateurs n’ont pas manqué de souligner le coup d’arrêt porté à l’UDC grâce à une très grande mobilisation des opposants. Ce refus est heureux pour plusieurs raisons, bien saisies par la majorité des votants. Et beaucoup d’abstentionnistes habituels ont compris, cette fois, qu’il fallait voter. Cette Initiative allait trop loin quant à la définition des délits pouvant justifier l’expulsion d’étrangers. Elle n’en laissait pas moins des lacunes à cet égard. Elle ne laissait plus la marge d’appréciation nécessaire au Juge pour décider ou non d’une expulsion. Surtout, elle déséquilibrait le jeu démocratique, car l’UDC avait lancé cette Initiative de mise en ouvre avant même que la Loi d’application de la première ait été mise sous toit par le Parlement. On était dans la confusion des pouvoirs, dans l’appel à une méfiance viscérale envers le Parlement. C’était bel et bien l’équilibre de nos Institutions et la véritable place de la Démocratie directe qui étaient en cause. On peut espérer un recadrage durable et une prise de conscience de l’UDC . Premier parti de Suisse en force électorale, ayant retrouvé ses deux Conseillers fédéraux, elle devrait mieux trouver une ligne compatible avec l’esprit de nos Instituions. Cela étant, remettons aussi les pendules à l’heure. L’Initiative première visant les criminels et délinquants étrangers a été acceptée par le Peuple et les Cantons. Elle doit être respectée. La loi d’application, dure mais juste, devra l’être aussi. En toute considération pour le Pouvoir judiciaire, disons que des Juges qui invoqueraient trop souvent l’intérêt du délinquant à ne pas être expulsé donneraient des arguments à l’UDC pour repasser à l’offensive. Les Juges n’ont certes pas à s’aligner sur des positions de politiciens. Ils ont leur liberté d’appréciation dans les marges de la Loi. Mais ils n’ont pas non plus à tirer l’application de cette Loi vers des préférences idéologiques personnelles. L’appréciation des cas de rigueur s’opposant à l’expulsion devrait être,--souhaitons le,--, humaine dans des cas précis mais généralement la plus objective possible et nécessairement juste mais dure. A vrai dire, l’inquiétude majeure ne tient pas tellement à cette proportion d’étrangers délinquants. L’insécurité en Suisse ne vient pas que des étrangers. Elle est réelle, ne doit pas être banalisée mais non plus dramatisée. Il n’empêche que les incidents de Cologne et dans d’autres villes allemandes, voire dans d’autre pays ont mis le doigt sur une difficulté culturelle d’assimilation à nos valeurs, à nos règles chez des migrants musulmans. Pas d’amalgame, pas de généralisation diabolisante : on est d’accord. Mais les faits sont là et ils sont têtus. Il a fallu des siècles à nos Sociétés européennes pour conjuguer des héritages longtemps antagonistes. Elles sont imprégnées d’une forte histoire chrétienne. Elles ont élargi leur horizon avec le siècle des lumières. Elles ont, plus ou moins pour certaines, surmonté les ténèbres et les horreurs de la période des totalitarismes. Elles ont ancré le principe cardinal de la laïcité et donc la séparation du religieux et du politique. Elles ont laborieusement tiré la liberté de la femme à la hauteur de celle de l’homme. Tout cela forme un socle, un facteur essentiel de cohésion. Or, même pour certains Musulmans dits modérés, éloignés de tout extrémisme, de toute délinquance, adhérer de coeur et d’esprit à cet héritage délicat n’est pas évident. Pourtant, c’est une condition sine qua non pour l’équilibre de nos sociétés. En ce qui les concerne, nos autorités fédérales et cantonales devraient avoir les paroles et les actions les plus claires qui soient ; loin des propos élastiques relativisant l’enjeu. Il ne s’agit pas de tomber dans les abus de langage qui évoquent une guerre de civilisation. Il importe, tout simplement, d’affirmer ce qui est, ce qui doit être et d’imposer les règles du jeu. C’est dans ce contexte, par exemple, que le foulard doit être proscrit chez les titulaires d’une fonction publique ; que la mixité dans les établissements publics doit être la règle…Nous sommes dans une époque charnière. Serons-nous encore maîtres de notre destin, aptes à guider les évolutions ? Ou bien serons-nous des bouchons passifs flottant sur des eaux inconnues et voués à la dilution d’une identité forgée par l’histoire ? Que d’erreurs déjà, avec bien sûr des responsabilités partagées ! les banlieues françaises, les quartiers hors contrôle dans les villes anglaises, de même à Bruxelles et ailleurs : quel échec historique ! l’Europe n’a pas su voir venir et elle en paie le prix. Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas accueillir, comprendre, respecter l’autre dans sa culture, ce qu’il est. Mais cette ouverture doit se faire dans le cadre nécessaire et exigible. Cela étant, la crise des Migrants, comme on dit, renvoie aux échecs politiques et militaires des Occidentaux en libye, en Irak, en Syrie et ailleurs. Tout ce que la Suisse peut et pourra faire afin de contribuer aux efforts d’apaisement permettant aussi des retours, elle le doit. Et puis, naturellement, elle doit, en concertation mais non sans précaution, assumer sa part de l’accueil humain de ces migrants en détresse ; que cet accueil soit temporaire ou durable. En définitive, rien n’est simple, tout est devenu hasardeux. Il n’en faut que davantage des paroles et des actions claires, des repères et des critères visibles, reconnus. Il nous faut des hommes et des femmes d’Etat. La dilution et la confusion, en politique, sont les ferments des maux à venir.

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28/02/2016

Musée enh péril

Les Citoyens de la ville de Genève ont refusé le crédit pour la rénovation et l’extension du Musée d’art et d’histoire (MAH). Dont acte. Il faut respecter le vote populaire. Il est permis, cependant, de regretter qu’un tel sujet ne soit pas de compétence cantonale, tant il est vrai, qu’avec le Grand Théâtre et le Victoria hall, il s’agit d’un bâtiment et d’une vocation concernant tous les habitants du Canton. A quand cette nouvelle répartition des tâches et des charges entre Communes et Cantons, que la Constituante n’a malheureusement pas été en mesure d’imposer. Autre sujet d’étonnement : le nombre de bulletins blancs sur cet objet. Il y a eu de telles controverses, parfois agressives, sur la question du financement, sur la part du mécène principal et sur le projet architectural lui-même que des votants n’y ont plus vu très clair ; d’où leur vote blanc. Bref, un gâchis, une occasion manquée, des incertitudes, des retards inquiétants à prévoir, des coûts reportés qui vont grimper. Robert Cramer s’est voulu rassurant. Il en sera, dit-il, comme pour le Musée de l’Ariana ou celui d’Ethnographie. Après le refus d’un projet, on a trouvé une solution de consensus. Sauf que, dans le cas du MAH, une Convention avec le mécène principal tombe à l’eau, que d’autres soutiens privés pourraient être vacillants et qu’une restauration urgente s’impose, sans que l’on puisse dire aujourd’hui quelle extension, pourtant indispensable, sera également possible. Les opposants qui ont gagné dimanche assurent que des propositions rapides pourraient être faites. On aimerait en accepter l’augure, même si la prédiction du magistrat Sami Kanaan ne rend pas optimiste. On n’aura rien avant vingt ou trente ans, déclare-t-il. C’est dire que beaucoup des combattants de ce dimanche seront dans l’autre monde lors de l’inauguration d’un vrai beau Musée, restauré et agrandi, apte à tenir sa place dans le réseau des grands Musées modernes. Mais enfin, la recherche de l’intérêt général devrait toujours primer sur la déception et les reproches. Oui, essayons de trouver le consensus qui n’a pas eu lieu pour sortir d’une ornière si typiquement genevoise.

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06/02/2016

L'Initiative UDC est subversive

L’Initiative de l’UDC est subversive Oui, en poussant un peu le vocabulaire, on peut considérer que l’Initiative de l’UDC sur le renvoi effectif des étrangers criminels a quelque chose de subversif. Oh ce n’est pas la Révolution. Les membres de l’UDC sont de bons patriotes. Leurs préoccupations quant aux étrangers délinquants et criminels sont partagées par beaucoup. Mais ils ne se rendent pas compte qu’en lançant une seconde Initiative de mise en œuvre de la première, sur le même sujet,--- alors que le Parlement a pourtant voté une loi d’application de cette première Initiative---, Ils donnent un coup de pioche au fonctionnement de nos institutions. Ils brandissent leur étendard déployé en plein vent avec la devise en majuscules : méfiance, encore méfiance, toujours méfiance. Certes, ils répondent que la loi votée parle Parlement ne respecte pas assez leur première Initiative. Pourtant, nettement plus dure que la loi précédente mais juste, elle élargit clairement les cas où un criminel étranger mérite l’expulsion. L’Initiative de mise en œuvre veut, en fait, aller plus loin que la première. Aux criminels dits graves s’ajouteraient des délinquants moins dangereux mais considérés comme affectant l’ordre public, dès lors qu’ils seraient récidivistes. Ce n’est plus une mise en œuvre mais une accentuation lourde. Si cette loi d’application ne convenait pas à l’UDC elle pouvait lancer un Référendum afin que le peuple renvoie leur copie aux Parlementaires. Mais écarter sans discussion directe cette loi et prétendre faire directement le travail de députés mal notés: voilà qui déséquilibre le jeu démocratique. Il s’agit d’un précédent dangereux, d’une incitation à une pratique qui serait malheureuse. C’est ce basculement vers une confusion des rôles qui porte un élément subversif. L’UDC a retrouvé ses deux Conseillers fédéraux. Elle est un Parti gouvernemental. Elle devrait être garante d’une clarté dans le fonctionnement démocratique et non pas porteuse d’une surenchère de la méfiance. Et puis, l’élément subversif touche un autre aspect de l’équilibre précieux des pouvoirs. Avec la loi d’application votée par le Parlement, le Juge peut éventuellement renoncer à une expulsion si la mesure met l’expulsé dans une situation grave et si l’intérêt public ne l’emporte pas sur l’intérêt de la personne jugée à rester en Suisse. Cette marge d’appréciation laissée au juge est conforme aux engagements internationaux de la Suisse et protège contre un arbitraire de l’expulsion trop automatique. Là encore, l’UDC, en marginalisant les juges, donne un coup de pioche contre un équilibre institutionnel. Toujours cette méfiance présentée comme un antidote au laxisme mais qui contient une dose cachée de poison antidémocratique, finalement anti- suisse. Si l’on ajoute à cela qu’un succès de l’Initiative ne faciliterait pas nos négociations laborieuses avec l’Union européenne, on a vraiment de bonnes raisons pour souhaiter son échec le 28 février.

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26/01/2016

Gothard:Solidarité avec nos Confédérés du Tessin

Gothard : solidarité avec nos Confédérés du Tessin Les Romands rappellent souvent aux Suisses allemands que ces derniers doivent respecter la minorité francophone, sans laquelle la Suisse n’existerait pas. C’est juste et des motifs d’inquiétude sont fondés. Il y a, par exemple, la désaffection de certains cantons alémaniques vis-à-vis du français et de son apprentissage tôt dans leurs écoles. Mais les Romands minoritaires ne sont pas travaillés par un sentiment de solidarité envers leurs Confédérés italophones. C’est le moins que l’on puisse dire et c’est regrettable. Or, la votation du 28 février, portant sur la réfection du Tunnel routier du Gothard, est une occasion d’exprimer cette solidarité confédérale essentielle. Personne ne peut contester la nécessité d’une réfection du tunnel routier. Construire un second tube permettant la réfection du premier, c’est, entre autre chose, assurer la continuité du lien routier entre le Tessin et la Suisse centrale. C’est aussi assurer cette continuité pour le transit Nord-Sud. Les garanties d’utilisation données, une fois les deux tubes en fonction, devraient rassurer ceux qui craignent une augmentation du trafic routier sur cet axe au détriment du support ferroviaire. Il n’y aura pas de passage bidirectionnel. Les opposants font ici un procès d’intention. Mais, surtout, on entend des Romands dire que l’argent dépensé ici le sera au détriment de ce qui est prévu en Suisse romande : détournement de Morges et autres ouvrages. Etant relevé que les montants ne viendront pas des même fonds constitués, il s’agit de convaincre les Romands que l’intégration des Tessinois, géographiquement isolés, à la Confédération commande des liaisons ferroviaires et routières les plus régulières possibles. Un refus le 28 février serait ressenti comme une gifle au Tessin. Relevons en passant que la Suisse romande a maintenant trois Conseillers fédéraux et le Tessin aucun ; sans parler des Grisonnais italophones. Ce n’est pas normal. Il faudra bien augmenter un jour le nombre de Conseillers fédéraux à neuf pour que le Tessin ait un siège en permanence. En attendant, le oui du 28 février sur cet objet sera une expression de patriotisme confédéral.

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