01/07/2017

Ce que nous dit Simone Vei

De Simone Veil beaucoup a été dit et va être dit. Osons retenir ici trois aspects de ce qu’elle fut et de ce qu’elle fit. Tout d’abord, ce tournant tragique de sa vie. Jeune fille heureuse en famille, belle et intelligente, elle se retrouve brusquement arrêtée et déportée avec sa mère et sa sœur à Auschwitz, tandis que son père et son frère le sont aussi dans un autre camp. Ni sa mère, ni son père, ni son frère n’en reviendront.

Elle a exliqué sa survie dans son livre autobiographique écrit très tard. Une chance, un regard improbable avec une gardienne touchée par son charisme et, surtout, une volonté, une force de caractère, une dureté même dans un sens de   vitalité animale a-t-elle reconnu en évoquant cette année épouvantable. Elle a survécu, en est sortie, certes mal en point mais s’est rétablie.

Et La voici relancée dans la vie, les études supérieures, le mariage, la maternité puis une carrière de juriste, jusqu’à l’apogée politique.  Alors, bien sûr, aussi forte qu’elle ait été, le traumatisme, la souffrance intérieure, l’extermination de ses êtres les plus chers vont hanter à jamais ses jours et ses nuits. Et c’est avec cela qu’elle va pourtant mener des actions publiques remarquables.

Aujourd’hui, et malgré des commémorations, on pourrait ne plus tellement penser à cette monstruosité nazie abominable d’extermination des Juifs. L’actualité, telle que la politique consternante du Gouvernement israélien vis-à-vis des Palestiniens, avec implantations croissantes de colonies, pourrait en quelque sorte nous distraire du devoir impérieux de mémoire. Or, si la critique d’une politique est légitime et si l’on ne saurait s’en dispenser par crainte de passer pour un anti-sémite, il importe de se garder de toute approche mélangeant les choses.

Pour l’Europe entière, Suisse comprise, la Shoah est une page horrible de l’histoire. Jean- Pascal Delamuraz, au moment de la crise sur les Fonds juifs dans les banques helvétique, et tandis que la Suisse était acerbement accusée, s’était écriée : < ce n’est quand même pas nous qui avions fait Auschwitz>. Il disait ce que beaucoup pensaient, se rebiffant contre des attaques sans nuances. Mais, avec le recul, il faut considérer que la phrase était malheureuse. Le nazisme fanatiquement anti juif est bien sorti d’un antisémitisme européen ambiant plus ou moins assumé ou refoulé. Il y a donc une exigence de prise de conscience générale qui impose deux attitudes mentales et morales : cultiver le devoir de mémoire de cette tragédie et combattre toute résurgence d’antisémitisme. Simone Veil a été exemplaire à cet égard. Jamais elle n’a rendu l’ensemble du peuple allemand responsable de l’horreur. Mais sans cesse elle a dénoncé les expressions violentes, meurtrières ou verbales qui ont ressurgi et qui, chaque fois, la blessaient au cœur. Honorer donc cette très grande personnalité, c’est jurer devant elle de ne jamais oublier…et de transmettre la mémoire.

Un deuxième aspect à retenir est précisément la voie qu’elle indiquait pour ne plus jamais trahir le meilleur d’une civilisation ; c’est-à-dire construire une Europe harmonisée cimentée par la réconciliation franco-allemande. Le fait que cette rescapée du Camp a été la première Présidente d’un Parlement européen élu par les peuples européens fut un événement très important. Plus important encore, le fait que cette élection a pu avoir lieu par la concordance des votes des députés européens français et allemands. L’engagement européen de Simone Veil ne répondait pas seulement à son appréciation de la réalité économique et politique du Continent ; il puisait sa source et sa dimension morale dans son histoire personnelle. Une histoire que les jeunes générations devraient connaître, tant il est vrai que des personnalités hors norme sont des repères et des sources d’inspiration.

L’épisode le plus connu est son combat devant l’Assemblée nationale française afin de légaliser l’interruption de grossesse. Elle ne le mena pas en féministe idéologue mais en démontrant une réalité qui amenait des femmes privilégiées à faire interrompre leur grossesse à l’étranger et des non privilégiées à recourir aux avortements clandestins pleins de dangers pour leur santé. Elle essuya à ce moment là, et même par la suite, les insultes les plus honteuses. Mais, avec cette loi de 1974, elle est entrée dans l’histoire politique française, comme un Robert Badinter avec la suppression de la peine de mort.

Simone Veil n’a pas été Présidente de la République, ni Premier ministre. Mais elle compte assurément parmi les grandes figures politiques et morales du vingtième siècle. Cette grande dame juive, française patriote et européenne engagée aurait vraiment sa place au Panthéon. De nombreux Suisses reconnaissants et impressionnés par cette vie en seraient heureux.

 

Jacques-Simon Eggly

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19/06/2017

De Petitpierre à Moutier

Les Suisses auront suivi les résultats des élections législatives françaises. Les Français n’auront pas entendu parler du vote de Moutier décidant de quitter le Canton de Berne et de rejoindre celui du Jura. Et pourtant, il s’agit là d’une décision qui trouve ses racines dans une longue histoire européenne et qui va porter bien au-delà d’une législature. La manière dont le cours des choses s’est déroulé est une réussite de la démocratie et du fédéralisme helvétique. Si le nom d’un homme en particulier doit être associé à cet aboutissement, c’est celui de l’ancien Conseiller fédéral Max Petitpierre.
Reprenons brièvement ce cours de l’histoire. 1815 : les Congrès européens reprirent à la France vaincue les districts francophones du Jura nord et les attribuèrent à La Suisse, soit au Canton de Berne. Ce dernier avait dans son orbite les districts du sud. Il y avait des raisons de réunir ainsi tout le Jura francophone sous la houlette bernoise. Il était intéressant que Berne, canton charnière entre Suisse allemande et Suisse romande, possédât ainsi une frontière avec la France. Mais il y avait également les prémices d’une tension grave propre à inquiéter la Suisse. Les Nordistes étaient catholiques et à l’écoute du coq gaulois. Les Sudistes étaient protestants et nichés entre les pattes de l’ours bernois. Les Nordistes trouvèrent des chefs séparatistes charismatiques et une troupe de choc : les Béliers. Des actes violents, des attentats même, des affrontements se développèrent ; heureusement sans morts. La situation risquait de dégénérer. Il y eut bien un vote consultatif de tous les Jurassiens en 1959. Berne espérait ainsi clore l’affaire. Une majorité anti-séparatiste, mais essentiellement sudiste, s’en dégagea. Rien ne s’apaisa. Les Nordistes séparatistes redoublèrent d’efforts, d’énergie. L’explosion semblait possible.
Alors, le Conseil fédéral convainquit le Gouvernement bernois d’accepter qu’une Commission de sages nommés par le Gouvernement fédéral explorât des possibilités de solutions en rencontrant toutes les parties. Ce fut la Commission confédérée de bons offices pour le Jura présidée par Max Petitpierre. Ah oui, il explora toutes les possibilités ; notamment l’idée de s’appuyer sur une troisième force de conciliation afin de proposer une statut d’autonomie de tout le Jura, mais restant au sein du Canton de Berne. Quelle créativité conceptuelle ! Or, tout cela se heurta à l’intransigeance tendue des Séparatistes, au raidissement des Anti séparatistes et des autorités bernoises. Cétait l’impasse. Alors, afin d’en sortir, Max Petitpierre imagina une procédure de plébiscites en cascade susceptible de rallier, bon gré mal gré, les uns et les autres.
C’est ainsi, qu’en 1974, une majorité des Jurassiens, mais cette fois essentiellement nordistes, vota pour la séparation et la création d’un nouveau canton. Toutefois, les districts sudistes à majorité anti-séparatiste, eurent le droit de se prononcer à nouveau chacun. Ils confirmèrent leur volonté de demeurer bernois. Le Jura se trouvait donc divisé. L’événement n’en fut pas moins le vote du peuple et des cantons suisses ratifiant, en 1978, la création d’un nouveau canton. Évidemment, les tensions continuèrent, même si elles n’eurent plus la même intensité. Des collaborations furent organisées. Une Assemblée inter-jurassienne consultative vit le jour. De nouveaux médiateurs fédéraux intervinrent. La tension se focalisa sur Moutier dont les citoyens étaient très divisés. Dans l’esprit de feu Max Petitpierre, la nécessité de recourir à un nouveau plébiscite à Moutier fut reconnue. Il a eu lieu dimanche. A quelques voix près, Moutier a choisi de rejoindre le Canton du Jura. Ce devrait être chose faite en 2021.
Mesurons l’exploit. Il y a eu longtemps chez les Bernois et les Anti-séparatistes la dénonciation d’une menace contre le fédéralisme et la paix confédérale. Il y a eu chez les Séparatistes un vent indéniable d’agressivité anti-suisse, anti-suisse alemande et anti-berne. Or, à la fin, la Suisse a résolu ce problème difficile, dangereux grâce à sa démocratie et à son fédéralisme. Elle a montré une capacité de négociation interne. L’équilibre confédéral n’a pas été affaibli mais renforcé . On a le droit de se réjouir du résultat du vote ou de le regretter, avec des raisons valables de part et d’autre. Mais l’essentiel, vu avec un peu de recul, tient à cette réussite helvétique. Moutier devrait refermer le cercle de l’affaire jurassienne. Cette réussite a eu un inspirateur, Max Petitpierre. Les enseignants d’histoire suisse et leurs manuels ne devraient pas l’oublier.

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15/06/2017

Etre juste avec Didier Burkhalter

Le Conseiller fédéral Didier Burkhalter ne part pas sous les applaudissements médiatiques. On n’en demandait pas tant mais le concert de critiques dérange. C’est injuste. Voyons le dossier européen. Si l’Initiative contre l’immigration de masse avait été rejetée, il serait probablement salué pour avoir dirigé la Suisse vers un accord institutionnel avec l’Union européenne, accord regroupant tous les liens et offrant un cadre pour leur évolution. Certes, le Conseil fédéral, le Parlement, les autres partis que l’UDC auraient dû s’engager davantage contre l’Initiative. Mais on ne saurait imputer le résultat au seul ministre des affaires étrangères.
Après ce coup, il a essayé de renouer les fils avec Bruxelles. Trop optimiste ? Du temps perdu ? Peut être. Mais, autre coup du sort, il y a eu le Brexit anglais. Dès lors, tout est devenu difficile, malgré un négociateur Suisse remarquable. Donc, si Didier Burkhalter n’a pas pu trouver l’ouverture avec l’UE en respectant le vote populaire, c’est que les circonstances ont pesé trop lourd. On verra dans les mois qui viennent ce qu’il en sera, notamment avec l’action de la nouvelle Secrétaire d’Etat.
Voyons quelques autres domaines. Sur la présence suisse au sein de l’OSCE, sur la parole suisse à propos de l’Ukraine, sur l’engagement pour les droits de l’homme, l’aide au développement et toutes autres actions : n’a -il pas été très bon ? Et puis, à Genève, comment ne pas saluer son engagement pour la Genève internationale, reconnu par la Fondation pour Genève qui lui a décerné son prix. Les Suisses de l’étranger on vu , grâce à son soutien, le Parlement voter une loi les concernant et fortifiant leur place au sein de la communauté nationale. La main tendue aux jeunes en général, notamment durant sa présidence, a été plus et mieux qu’une posture. Enfin, il aura été un bon Chef de département, avec des qualités humaines appréciées par ses collaborateurs. On n’a pas toujours connu cela.
Voilà. On a connu des présences physiques plus fortes, des envolées oratoires plus entraînantes, des charismes populaires et médiatiques plus marquants. Mais, la modestie d’allure répond aussi à un label suisse. Bref, en un mot comme en cent, il y a lieu de reconnaître que Didier Burkhalter a bien joué son rôle de ministre et qu’il a parfaitement servi son pays. Beaucoup de ceux qui le critiquent seraient en peine de dire ce qu’il aurait pu faire autrement et mieux.

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02/06/2017

Le retour du Général de Gaulle

Et si Emmanuel Macron s’inscrivait dans une reprise de la stratégie politique du Général de Gaulle ? Alors même que le parti Républicain , qui se réclame du Général, est en risque d’éclatement. C’est peut être forcer le commentaire. Toutefois, l’échange musclé entre Macron et Poutine, dans le cadre du château de Versailles et sous le fantôme de Pierre le grand, avait des accents gaulliens. Il y avait de quoi raviver le nostalgie d’une France comptant sur la scène européenne et mondiale. Il faut dire que l’événement a eu lieu alors que s’installe une nouvelle ambiance due à la personnalité de Donald Trump.


A cet égard, c’est surtout la colère froide d’Angela Merkel qui a frappé les observateurs. Elle fut la première à rendre visite au Président américain élu. Elle est la première à dire tout haut, qu’avec ce Président, les Etats Unis ne seront plus un partenaire prévisible et fiable. C’est un tournant. Après l’effondrement de L’Allemagne nazie dans une Europe dévastée, le lien privilégié entre l’Allemagne de l’ouest et les États Unis a été le moteur du miracle allemand. Adenauer surtout, Ludwig Erhard ensuite et jusqu’à la Chancelière actuelle avec Barak Obama ont incarné ce lien politique et personnel. Parallèlement, Adenauer intégrait l’Allemagne de l’ouest dans la Communauté européenne naissante. Il ancrait ensuite, avec de Gaulle, un dialogue franco-allemand institutionnalisé. Toutefois, les limites de ce rapprochement et les bornes à une vision politique venaient précisément de ce lien transatlantique. L’Allemagne d’Adenauer et de ses successeurs était celle de l’Otan dominée par les États-Unis ; cela à la grande déception du Général de Gaulle. Ajoutez que la Grande Bretagne n’entra dans la Communauté que pour mener son double jeu, ne supportant qu’une Europe économique et terre à terre, sans rêve ni dessein. Cela a fini avec le Brexit.

 
Or, les cartes sont maintenant rebattues. Oui, l’Union européenne connaît des difficultés. Oui elle s’est élargie trop vite en regard de son approfondissement. Oui, il y a des dissensions, sans doute un excès de réglementations, et un non accomplissement démocratique. La crise des migrants la secoue, le cas de la Grèce l’embarasse. On en arrive à oublier ses réussites et les collaborations fructueuses. Mais les oiseaux de mauvais augure ont peut être tort. En se voyant en petite sœur déçue de l’Amérique, l’Allemagne ne pourrait-elle pas lancer son énergie dans un nouvel élan européen ? Fini le temps où elle était perçue comme un géant économique mais un nain politique. Avec la France de Macron, si ce pays accepte des réformes vitales pour son redressement, l’Allemagne pourrait donner à l’Europe un nouveau souffle, économique, politique et moral. Les États Unis se montrant défaillants et inquiétants, une Europe de la politique étrangère, de la sécurité, du climat est à faire. De Gaulle en rêvait, mais son passé de guerre, le contexte de la guerre froide et la pesanteur de son incarnation nationale l’ont empêché d’être un accoucheur d’une Europe politique. Il crispait les autres pays européens, craignant une arrogance française et attachés à l’Alliance atlantique.

 
Et si, dans les années qui viennent, Merkel et Macron, ralliant les autres membres de l'UE , surmontant les dissensions, insufflant un esprit de collaboration serrée trouvaient un bon équilibre entre une vraie dynamique européenne et l’expression d’identités nationales rassurées ! Et si, une Europe néo-gaulliste, c’est-à-dire à envergure politique, avait une chance d’émerger ! Et si la Suisse, certes à sa place singulière, avait toutes les raisons de le souhaiter, de s’en féliciter ! Qu’en pensez vous mon Général ?

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20/05/2017

Fabrice A ne devrait jamais sortir

On attend le verdict sur le procès du meurtrier d’Adeline . les lignes qui vont suivre ne sont pas politiquement correctes. En effet, la conclusion est que Fabrice A ne devrait plus jamais sortir de prison,
Une telle opinion va à l’encontre de toute une doctrine et une pratique pénales. L’idée admise est que la peine doit être individualisée, modulée en fonction de la responsabilité évaluée du prévenu, des chances, évaluées elles aussi, de son amélioration et de sa réinsertion. Cettte approche subtile a toute sa cohérence théorique et sa dimension humaine. D’ailleurs, il y a quelques années, l’auteur de ces lignes avait voté contre l’Initiative pour l’internement à vie des criminels pervers. Eh bien, aujourd’hui, c’est une position contraire défendue ici ; cela au terme d’une réflexion s’appuyant sur plusieurs éléments.
Le premier tient à l’imprécision inévitable au sujet de la diminution possible du caractère dangereux d’un meurtrier du type de Fabrice À. Le mal, la perversité enfouis peuvent-ils disparaître vraiment ? Il y a quelque chose qui est à la fois intéressant et dérisoire dans les avis des experts psychiatres. Ils expliquent beaucoup mais ne sont sûrs de rien. Des exemples d’amélioration, de réinsertion réussies existent, certes. Mais des exemples de récidives tragiques existent également. Cette incertitude ne plaide-t-elle pas en faveur d’un principe de précaution de la société et des personnes ? Fût-ce au détriment du condamné.
Le deuxième élément tient à l’horrible sort fait à la victime, ainsi qu’à la blessure inguérissable infligée à ses proches. Chacun peut s’imaginer à leur place. Chacun peut imaginer leur sentiment de révolte devant ce qu’ils perçoivent comme étant une relativisation de leur souffrance, dès lors qu’ils constatent une focalisation sur la personnalité de l’accusé. On peut s’imaginer ce qu’ils ressentent lorsqu’ils savent que le meurtrier pourra un jour sortir de prison,--après quinze ou vingt ans peut être-, et se construire une existence plus ou moins normale ; alors même qu’eux sont marqués à vie. Une rencontre fortuite dans la rue ou un café ! C’est proprement insupportable. En y pensant bien, cette focalisation du Code pénal sur le meurtrier plutôt que sur la victime et ses proches a vraiment un aspect révoltant.
Le troisième élément tient à la hiérarchie des valeurs, à la priorité dans leur illustration et leur protection. On est allé trop loin dans l’individualisation de la sanction, dans l’appréciation psychologique du criminel ; au détriment de la perception objective du crime et de ce qu’il représente. Notre société se devrait de mettre au plus haut niveau la protection de la personne, de son intégrité physique. Donner une chance de sortie, même après des années, à un homme comme Fabrice serait, quoi qu’en pourraient dire les juges, une manière de dégrader la valeur attribuée à la vie d’Adeline, de relativiser l’atteinte gravissime portée à la personne et à la société.
Il ne s’agit pas, ici, d’évoquer une vengeance. On n’en est plus au sang qui doit effacer le sang, ni à la peine de mort. Elle a été abolie et doit continuer de l’être. Il n’empèche que celui qui a transgressé une règle fondamentale de la société, déterminante pour sa cohésion et le respect de ses membres devrait être retranché à jamais de sa vie courante. A l’application de son internement de ménager des conditions humaines. A lui, à l’aide peut être de personnes attentives, religieuses ou non, de rechercher une régénération personnelle de l’âme. Ce serait son affaire. Mais la société, elle, devrait indiquer, marquer le point de non retour. La vie est sacrée, sa protection est une pierre angulaire : Celui qui, froidement, bafoue cette valeur fondamentale devrait vivre en marge. Que l’on se comprenne bien. Il ne s’agit pas ici des crimes passionnels uniques, lesquels bien sûr doivent rencontrer une sanction de durée limitée, , quand bien même il faudrait davantage marquer parfois la gravité de l’atteinte à la vie. Mais on est ici dans le registre des crimes abominables de pervers, pour lesquels ni la personne ni la valeur humaines n’ont de prix.
Certains réagiront pourtant à ces lignes en disant que la décision d’enfermer à vie est cruelle, inhumaine, La réponse est qu’il y a des transgressions inacceptables et que les relativiser est, inconsciemment, nourrir des germes très nocifs pour notre humanité

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17/05/2017

Votons oui

Dimanche, nous saurons si la loi sur l’énergie, première étape législative de la stratégie énergétique 2050, sera acceptée par le peuple, ou non. Il y a les meilleures raisons de suivre le Conseil fédéral et le Parlement : donc de voter oui.
Certes, il faut écouter et lire les arguments des opposants, lesquels ne sont évidemment pas des obscurantistes. Un vote résulte d’un choix, après avoir banlancé le pour et le contre. Les opposants ne croient pas à la modicité de la hausse transitoire des coût de l’énergie pour le consommateur. La différence des chiffres avancés entre ceux du Conseil fédéral et du Parlement est spectaculaire. Ils craignent un subventionnement coûteux des centrales hydrauliques qui ne couvre plus leurs coûts ; mais précisément à cause de la baisse des coûts de l’énergie. Ils imaginent des soutiens, là encore trop chers, aux nouvelles énergies renouvelables ; lesquelles ne pourront pas combler le manque général en temps voulu. Alors, il faudra, disent-ils, importer du nucléaire français, voire du charbon allemand dont une partie pourrait bien venir même de Chine. Quant aux éoliennes, elles ont, d’après eux, un avenir limité dans un plateau suisse étroit, sans compter qu’elles abîment le paysage.
Ah là là…
Et bien nous préférons croire le Conseil fédéral et la majorité du Parlement. Tout d’abord, il faut un acte politique clair pour une sortie progressive du nucléaire. S’en tenir à un rythme de transition régulé par le marché ne suffit pas. Même un esprit libéral et rétif à l’étatisme doit en convenir. Il y a des domaines et des moments où une orientation politique est nécessaire. D’ailleurs, comme pour l’agriculture, on est inéluctablement dans un maquis de subventionnement. Et puis, toujours dans une dynamique d’orientation politique, le soutien aux énergies renouvelables, --en fait déjà bien connues--,telles le solaire, la géothermique, la biomasse et l’éolienne vont dans le sens de l’histoire énergétique. Il y a assez de procédures pour que la Suisse ne devienne pas un parc éolien. Le paysage en sera moins défiguré qu’il ne l’est pas les lignes à haute tension. Les autres énergies mentionnées ont progressé beaucoup ces derniers temps dans leur capacité et leur rentabilité. Il y a un avenir économique, financier, social évident dans ces domaines. Enfin, les possibilités d’économiser l’énergie, par exemple dans les bâtiments, sont elles aussi encourageantes. On peut, là encore, trouver des incitations sans sombrer dans une bureaucratie trop lourde.
Tout cela étant considéré, on ne croit pas au caractère inéluctable d’un manque obligeant à une augmentation d’importations discutables. A terme, n’est-ce pas, au contraire, un refus d’une orientation moderne vers l’avenir qui nous laissera plus dépendant ? Certes, rien ne dit, qu’un jour, un recours au nucléaire avec des centrales sûres et ne créant pas des déchets inquiétants, ne soit possible. Alors, on verra. Mais pour l’avenir prévisible, il faut sortir du nucléaire en misant sur les énergies renouvelables et en rentabilisant la consommation par diverses mesures adéquates.
Ainsi donc, d’un côté les inquiets, les sceptiques ; de l’autre la pari de la confiance pour suivre le chemin indiqué par le Conseil fédéral et le Parlement. Cette option nous paraît la plus prometteuse.

 

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08/05/2017

L'élection française vue de Suisse

 

Il faut saluer la victoire d’Emmanuel Macron. C’est un exploit individuel et collectif impressionnant ; cela même si sa victoire au deuxième tour s’appuie largement sur ceux qui ont surtout voté contre Marine Le Pen. Que se serait-il passé si François Fillon n’avait pas été englué dans les affaires ? Gageons qu’il aurait participé au duel final, sans doute au détriment de Marine Le Pen dont il n’était pas très éloigné au score du premier tour.

 

Assassinat politique, comme il dit ? Sans doute. Scandale des fuites et des relations incestueuses entre la justice et les médias, selon la phase de Jean-Pierre Chevénement ? Assurément. Mais les erreurs de jugement et sa mauvaise réaction de défense indiquent aussi sa part de responsabilité personnelle dans ce ratage électoral. Il l’a d’ailleurs reconnu. Passons. Reste à voir quelle composition aura la nouvelle Assemblée qui sortira des urnes le 18 juin prochain. Suivant les scénarios se produisant , le quinquennat pourrait tanguer de gauche à droite.


L’observateur peut se poser la question : y aura-t-il un consensus dynamique autour d’un Président qui se dit déterminé à accomplir des réformes indispensables ? Avec Fillon, la détermination était claire. Avec Macron, malgré les mots, c’est l’attente. Toutefois, une position est encourageante : son engagement européen. Dans une période où le risque de repli des nations sur elles-mêmes est grandissant, la chance est là d’avoir en France un jeune Président qui croit à la conjonction indispensable des dimensions nationales et européenne. Lui qui n’est pas un meurtri de la dernière guerre mondiale, rejoint les pères fondateurs et comprend que rien de bon, rien de sûr,rien de prospère, rien de prometteur pour la jeuesse ne peut se réaliser sans une articulation européenne forte. Il a compris également que le moteur de l’Europe devait se brancher sur le couple franco-allemande.


Même en Suisse on doit s’en féliciter. Si notre pays, de par son identité particulière et une méfiance de longue date tient à garder une certaine distance vis-à-vis de la construction européenne, elle dépend largement de la solidité de cette dernière. La Suisse en contre-point et non pas en plein dedans, soit : mais en lien étroit et en flux réciproque vital. Or, certains nient cette réalité existentielle et cette nécessité. Ils confondent indépendance dans l’interdépendance et une crispation faussement identitaire, nuisible à la prospérité et à l’assise de la Suisse en Europe.


Cela, on vient de le voir encore avec le discours follement applaudi de Christoph Blocher devant l’Assemblée de l’Association pour une Suisse indépendante et neutre. Cette fois, il s’agirait d’une Initiative populaire s’attaquant directement à la libre circulation des personnes avec l’Union européenne. L’interdire à tout jamais par un article dans la Constitution. Aberrant ! Et, en attendant, s’ opposer de toutes les manières à la politique du Conseil fédéral et du Parlement qui cherchent à concilier l’Initiative contre l’immigration massive et l’Accord avec l’UE. Casser, en quelque sorte la chance d’une négociation avec Bruxelles. Quelle erreur incroyable !


On aimerait qu’une jeunesse, s’interessant davantage à l’histoire, ressente la chance offerte par une Europe harmonisée, le risque économique et politique d’une Europe déarticulée. On aimerait qu’elle comprenne et ressente la nécessité historique , pour la Suisse, de développer un lien institutionnel et des relations concrètes fortes avec une Europe dont elle est partie prenante ; fût-ce en singularité.

Alors oui, de ce point de vue l’élection d’Emmanuel Macron est une bonne nouvelle.

 

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11/04/2017

Pas de vie sans la mort

Un exposé et une prédication entendus, la même semaine : Marie Cénec et Vincent Schmitt. C’est probablement ce que l’on peut entendre de mieux actuellement au sein de l’église protestante genevoise. Un regret : que ces réflexions fortes, incitatives à la méditation et à la sensation n’aient pas à disposition les voies et moyens d’un écho plus large. Un problème actuel des églises.
Que retenir ? L’homme peut-il vivre sans Dieu ? Oui, sans aucun doute. Peut-il atteindre personnellement le même niveau d’éthique, d’humanité, de moralité qu’un croyant ? Oui encore, sans aucun doute. Alors pourquoi se prendre la tête et vouloir qu’une foi apporte des réponses aux mystères insondables ?
Or, il y a d’abord une observation . Les religions ont, certes, souvent déroulé le pire dans l’histoire des hommes. Tuer au nom de Dieu, quelle abomination ! Mais elles ont aussi inspiré le meilleur. Nombre d’intellectuels athées, agnostiques le reconnaissent. Les bases, le socle de nos valeurs qui irriguent nos sociétés viennent de nos racines spirituelles. Il a fallu une dimension de transcendance originelle pour développer des sociétés civilisées.

Mais il y a plus à dire. L’homme sans Dieu admet donc que sa vie est un bref parcours finissant dans le néant. Logiquement, il doit également penser que l’univers né du bing bang n’est que le fruit du hasard et de la nécessité, pour parler comme Jacques Monod. Or, si vraiment, nos société n’étaient plus que La réunion d’hommes ne ressentant aucune expérance au-delà de la vie terrestre, tout l’édificie se voulant auto-suffisant deviendrait bien fragile. La mort, porte close après la courte vie et porte ouverte sur le rien ! Quelle que soit l’exigence éthique de l’athée, n’y a-t-il pas un arrière- fond de désespérance, une arrière-goût d’absurde ?

D’ailleurs, si certains s’en arrangent, on voit poindre la tentation de conjurer cette échéance de la mort, d’apporter sinon un espoir d’immortalité totale, du moins une perpective de longévité inouïe qui y tende. C’est à quoi visent les théories trans-humanistes qui fleurissent particulièrement aux Etats-Unis. En pays francophone, un Luc Ferry en a présenté une analyse. On voit des milliardaires américains foncer et investir dans ces recherches vertigineuses. A la fin du siècle présent, les gens qui le voudront pourront vivre mille ans, déclare l’un d’eux le plus sérieusement du monde. Avec quel corps aux organes constamment renouvelés ? Avec quelles connexions entre le cerveau et des robots ? Ce serait, aux yeux des ces mordus, l’ouverture d’une aventure humaine passionnante.

On n’ose pas imaginer les ruptures d’équilibre géo-politiques, économiques et sociales qui pourraient découler de cette <aventure passionnante>. Car la mort, soit La durée limitée des corps vivants est au cœur des équilibres de la création. En fait, s’agirait-il encore de l’espèce humaine ?

Il ne s’agit pas de jouer ici au vieux ronchon faussement austère. La durée de vie des hommes s’est énormément allongée ; grâce à une élévation du niveau économique, à la médecine, à l’hygiène, au soin que l’on prend de sa personne. On ne peut que s’en féliciter. Mais, si sa propre personne devient l’unique objet de sa préoccupation, si la partie est obsessionnelement prise pour le tout, alors, où se placent le sens, la dimension de la vie ? Que devient l’interrogation troublante mais tellement essentielle sur le mystère de la création, sur la relation de l’homme avec cette dimension, sur le devenir de quelque chose de soi après la mort ? Tous les grands mythes, toutes les grandes religions, toutes les grandes philosophies ont discuté de cela. Quel serait l’intérêt de la condition humaine, sans réflexion et intuition à ce sujet ?

Voilà pourquoi , rien n’est plus beau, plus fort, plus perturbant mais profondément émouvant que cette histoire humaine et post-humaine de Pâques ; c’est-à-dire de mort puis de résurrection, soit une incarnation indiquant une continuité au-delà de la mort : mais autrement, vers autre chose. Finalement---et ceci est évidemment une conviction personnelle---, l’homme sans Dieu et visant uniquement sa longévité---, serait une sorte de mort vivant. Nous voulons penser que cela n’adviendra pas et que l’homme intégrant en lui le fait la mort prolongera sa raison d’être.

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14/03/2017

Démocratie:conviction et contradiction

Longtemps, l’autorité politique s’est réclamée du droit divin. Les conceptions ont évolué. Aujourd’hui, sous nos latitudes, s’est ancré le principe de laïcité. Cela n’extirpe pas nos racines. Ainsi, la réflexion sur la politique peut utilement se nourrir de réflexions sur la spiritualité. Récemment, la pasteur Marion Muller- Collard, dans un petit livre accrocheur intitulé <l’intranquillité>, s’inspire de Blaise Pascal. L’idée est que la vérité ne vient pas à l’esprit d’un coup, ne se traduit pas dans un bloc immuable. En Chrétienne, la pasteur cite évidemment Jésus : <je suis le chemin, la vie>. Autrement dit, il faut marcher sur un chemin tout sauf facile. Suivre une ligne directrice, guidée en l’occurrence par la foi ; mais sans éluder jamais les questions difficiles. Blaise Pascal pratiquait l’exercice de la contradiction : un argument devant rencontrer nécessairement un argument contraire avant de se développer pleinement. A la fin, loin d’être affaiblie, la conviction ne peut en sortir qu’élargie, éventuellement corrigée, certainement renforcée.
Ne devrait-il pas en être ainsi en politique, dans un véritable esprit démocratique. Or, on constate très souvent ceci : dès que l’on parle politique, giclent les affirmations péremptoires, la condamnation immédiate de la contradiction. L’art du dialogue, de la confrontation des idées laisse place au choc des émotions. Lors de la discussion politique, on glisse vite dans un mécanisme cérébro- hormonal qui n’est plus très rationnel. En temps normal, la conséquence n’est pas grave mais dérériore la qualité du débat. En temps troublé, on sait où cela peut mener. Le non art de la contradiction débouche sur un terrain miné et la conflagration.
Certes, la politique est aussi un combat.Il peut être rude. Il ne s’agit pas de faire dans l’angélisme. Mais un vrai Libéral, viscéralement attaché à une vraie démocratie, aura toujours à cœur et à l’esprit de frotter sa conviction à la contradiction. Car tel est le chemin, la vie…

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04/03/2017

L'alpiniste qui dévisse

François Fillon, l’alpiniste accompli, est dans la tourmente mais il s’accroche, enfonce son piolet dans une roche devenue soudain friable, ne renonce pas, ou pas encore, refuse de faire demi tour. Du courage ? De la ténacité ? Des qualités qui pourraient être nécessaires dans la fonction de Président ? Sans doute. Et puis, on a le droit d’exprimer une certaine empathie. Ce qu’on lui reproche, ce dont on le soupçonne est-il si grave ? En Suisse, un parlementaire fédéral reçoit, outre son indemnité, une somme ,--il est vrai assez modeste--, qu’il peut utiliser ou non pour rémunérer un assistant l’ aidant dans dans son travail. En France, c’est l’État qui paye le soutien, pour une assistance annoncée en bonne et due forme.

Soit. Mais la déclinaison de cette activité est en main du député. Alors, entre l’emploi fictif et coupable et l’assistance vraiment pleine et dense, il y a tout un éventail de prestations dont les contours sont difficiles à préciser. La pauvre Pénélope s’est probablement perdue de bonne foi dans ce flou juridique et pratique.

Autre remarque. Le lâchage en cascade des <amis> auquel on assiste ne respire pas tellement le courage et la loyauté. Au lieu de serrer les rangs on s’exfiltre. Certains ont envie de ne pas être repérés plus longtemps comme étant les matelots d’un capitaine en perdition. Ce n’est pas forcément le sentiment vertueux qui les anime.

Bon ! mais une fois cela dit, on voit d’autres aspects du caractère de François Fillon. Comme il arrive souvent aux politiques, il confond son destin personnel avec l’intérêt général. Oui, avant la tempête, il était fondé à coonsidérer que le redressement de la France passait par lui. Il était la chance d’une vraie alternance. Mais aujourd’hui, que ce soit injuste ou non, sa personne devient la garantie, pour la droite, de perdre l’élection. L’alpiniste, qui s’accorche et croit voir le sommet malgré les vents contraires, est en train de dévisser comme un somnambule. Or, sa chute sera celle de son camp. Du courage, on passe à l’obstination, de la ténacité à l’égocentrisme. Perte de lucidité et du sens de la responsabilité,

Car, de surcroît, l’imprudent, qui se voyait comme l’incarnation de la vertu et de la transparence, stigmatisait en douce ses rivaux à la primaire.. <Imagine-ton de Gaulle mis en examen ?>. Et pif sur le nez de Sarkozy et aussi de Juppé condamné naguère. Et cette phrase : <je ne me retirerai que si je suis mis en examen>. Il va l’être et ne se retire pas. Dès lors, il est pris au piège de sa propre posture. L’image se lézarde. Les qualités ne sont plus retenues. Le programme devient inaudible.

Sa dignité eût été de passer aussitôt la main, quitte à appeler le remplaçant à endosser des points forts de son programme, lequel lui avait fait gagner la primaire de la Droite et du Centre. Enfin, il y a une leçon à recevoir devant cette péripétie électorale et judiciaire. En politique, il ne faut pas jouer au grand vertueux devant l’Eternel. Il faut être lucide, cohérent, crédible. En somme, toute personnalité politique ambitieuse devrait avoir autour d’elle un ou deux compagnons de route à l’écoute du monde extérieur, brisant le vase clos et faisant office de garde fou. Pénélope, sans doute femme aimante et dévouée, mais peut être trop pour avoir été cet ange gardien nécessaire. Vous savez, on aimerait presque la consoler.

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