29/08/2017

Binational et Conseiller fédéral

L’auteur de ces lignes avait dû, naguère et à regret, répudier la nationalité française transmise du côté maternel. La raison était double. La question du service militaire pour un franco-suisse n’était pas réglée. Au début des années soixante, il y avait encore la guerre d’Algérie et l’idée d’être appelé à cela après une école de recrues suisse n’avait rien de séduisante. Et puis, un intérêt éventuel, non suivi d’effet, pour une carrière diplomatque incitait à ne garder que la nationalité suisse, puisque l’exigence en était imposée aux diplomates ; laquelle vient d’être supprimée en ce début d’année. Bref, si la question se posait aujourd’hui une telle répudiation n’aurait pas lieu.


Cette binationalité n’aurait en rien atténué l’engagement dans une perpective helvétique, que ce fût comme journaliste ou comme parlementaire. Un engagement politique pour un pays doit être franc et sans réserve. Cela n’aurait donc pas empêché, en quelques occasions, des commentaires critiques sur l’attitude française envers la Suisse. Mais cela n’aurait pas non plus écarté l’intérêt pour les événements politiques français, ni empêché une participation de citoyen du rang à des élections présidentielles ou législatives. Il faut avoir confiance dans la clairvoyance et l’éthique de l’homme ou de la femme politique concernés. Il faut aussi observer que, de plus en plus, des citoyens suisses ont une autre origine, une autre attache familiale, culturelle, affective, constitutive de leur personne. Et cette personne, riche de ce qu’elle est, adhère à ce qui constitue la Suisse dès lors qu’elle s’engage.

 
Doit on raisonner autrement pour ce qui concerne des Conseillers fédéraux ? Assurément non. Le Parlement élit un Conseiller fédéral en regard de plusieurs critères ; dont, bien sûr, l’évaluation de son engagement politique en Suisse. Il n’y a aucune raison, par exemple, de suspecter un Chef du département des affaires étrangères de mal défendre les intérêts helvétiques parce qu’il aurait, par ailleurs, une nationalité d’un pays membre de l’UE.
C’est pourquoi, on peut regretter que le candidat PLR du Tessin, afin de calmer des réticences notamment UDC, ait cru bon de rendre son passeport italien. En outre, ce geste un peu agressif envers l’Italie n’est pas de la meilleure opportunité pour l’image de la Suisse qu’il aurait à défendre. Le candidat genevois, qui possède un passeport français, ne l’a pas imité sur ce point ; et c’est tant mieux. S’il devait être élu, on aimerait qu’il ne change rien à cela ; s’abstenant tout au plus, éventuellement, de participer à des élections en France durant le temps de son mandat.


Il y a des principes, des situations qu’on ne devrait ni renier ni modifier par crainte de se faire mal voir, par désir d’obtenir des soutiens. Un Conseiller fédéral suisse, c’est quelqu’un qui doit être ce qu’il est et se tenir droit dans ses bottes.

 

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21/08/2017

La grande question du pardon

D’avoir eu la chance d’écouter un document de France Culture permettant d’entendre feu le philosophe Vladimir Jankélévitch d’une part, de lire le dernier ouvrage d’Eric- Emmanuel Schmitt d’autre part : voilà de quoi réfléchir sur la question du pardon. L’écrivain propose quatre nouvelles où le pardon apparaît soit comme étant insupportable à celui auquel il est destiné, soit comme étant une conclusion tragique mais sublime de destins entrecroisés. Le roman a cette caractéristique, lorsqu’il est vraiment porté par le souffle de son auteur, de toucher certaines réalités au cœur ; tandis que l’argumentation , trop distante, trop cérébrale fait moins ressentir et partager ce dont il est question.
Mais on est bien à vif avec Vladimir Jankélévitch lorsqu’il écrit ou s’explique au sujet du pardon. Relevons que ce Juif de confession et de tradition, mais non religieux, a vu dans le Christianisme originel, c’est-à-dire branché sur le Christ, l’étape ultime du pardon inconditionnel.Non pas, donc, seulement un effort, une vertu permettant de surmonter le tort ou la souffrance infligés par un ou des autres ; mais une sorte d’épuration de son être, écartant tout paramètre, enveloppant l’âme et l’esprit comme une évidence impérieuse et naturelle. Seul ce pardon là réssuciterait ce qui aurait été abîmé, redonnerait à la séquence humaine sa pleine densité et sa véritable espérance. Mais qui, à part le Christ et quelques saints ont-ils pu, peuvent-ils incarner dans l’amour un tel accomplissement ? On pense d’ailleurs au passage mettant face à face Jésus revenu et le grand inquisiteur dans les frères Karamazov de Dostoievski. Le progrès, dans cette humanité si conflictuelle, n’est-il pas déjà d’établir un Droit juste et de punir ceux qui le bafouent. Et, face aux terroristes, la priorité n’est-elle pas d’abord de les débusquer, de les pourchasser et de les neutraliser ? Pourtant, dans cette histoire de l’humanité, les prophètes de l’inaccesible ne sont-ils pas profondément nécessaires ? Où en serait cette humanité si ellle n’avait pas goûté au meilleur des religions, des spiritualités, malgré tous les développements funestes , dévoyés où elle ont sécrété le pire ?
Mais il y a des limites, même à l’idéal du pardon, qui tiennent précisément à la commune appartenance à l’humanité ; des bourreaux comme des victimes. Ce même Jankélévitch considère que les crimes nazis envers les Juifs sont impardonnables. Il a milité pour le caratère imprescriptible de ces crimes-là. Pourquoi ? Parce que, selon lui, les Nazis n’ont pas seulement éliminé des Juifs en considérant qu’ils représentaient un danger. Ils leur ont dénié toute qualité d’hommes, de femmes, d’enfants. Ils ont considéré que, parce que Juifs, ils n’appartennaient pas à l’humanité vivable et qu’ils allaient donc les éliminer de ce monde . On touche là aux discussions récurrentes. Hitler était-il pire que Staline, voire Mao et tant d’autre tyrans de l’histoire ? En nombre de victimes directes, Hitler n’a sans doute pas eu le temps d’être le plus performant. Mais le génocide juif a ceci d’unique dans l’époque moderne que le seul fait d’être Juif signifiait être condamné à l’élimination.
Curieusement, alors qu’une Simone Veil n’a jamais voulu condamner les Allemands dans leur ensemble, le philosophe , si habité par la question du pardon, a toujours été plus dur sur ce sujet envers les Allemands en général. On pourra y trouver une contradiction, ce qu’il a reconnu et assumé lui-même.
Que tirer de cela pour nous-mêmes ? Nous vivons dans un monde dangereux où l’angélisme serait aussi naïf qu’irresponsable. Même là où les critères de morale, de générosité doivent être présents, comme pour la migration, ne pas envisager des limites, des précautions, ne pas évaluer des conséquences, des déséquilibres à terme serait imiter les autruches qui cachent leur tête sous le sable. La réalité politique, économique, humanitaire, climatique est compliquée. Il faut la prendre ainsi. En même temps, cette humanité pourra-t-elle trouver ses équilibres, atténuer ses déséquilibres si ne la traversent pas, jusques dans l’inconscient, ces folles ouvertures vers le pardon, l’amour, l’espérance, la perception d’un inconnu qui nous dépasse mais laisse des traces en nous. Et il y a eu des êtres humains pour recevoir une lumière et dessiner ces traces sur le sol. Oui, c’est très contradictoire, mais il importe assurément que ceux qui ont à gérer les choses de ce monde ne soient pas hermétiques à ces signes de l’impossible. Encore faudrait-il qu’ils ne soient pas coupés des connaissances philosophiques, religieuses qui ouvrent l’esprit et la sensibilité. Une grande question d’actualité pour nos sociétés occidentales.

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06/08/2017

La candidature légitime de Pierre Maudet

Oui La candidature de Pierre Maudet est légitime. Ce n’est pas parce qu’il est jeune mais parce qu'il a une densité fortifiée par une expérience. Ruth Metzler avait été élue à trente cinq ans. Elle n’avait pas encore pu développer la plénitude de ce qu’elle pouvait donner. Pierre Maudet oui. L’intelligence, l’énergie, le sens de l’Etat, la capacité de décider, l’habitude d’un collège gouvernemental : cela fait beaucoup d’atouts. On lui souhaite que le Groupe PLR des Chambres fédérales les sentent ; groupe dont le Président est le candidat tessinois, qui est sorti dans la peau du favori. Mais on connait l’adage, parfois vérifié : qui entre pape au conclave en sort cardinal.
Bien sûr, il faut exprimer une analyse objective. La candidature tessinoise a un sens. Du côté vaudois, celle d’Isabelle Moret, conseillère nationale très engagée et respectée, bénéficie de son aura personnelle et du fait qu’elle serait une femme au Gouvernement. Elle a probablement plus de chances que les deux autres candidats vaudois intéressés. Mais il serait réducteur, pour le Groupe PLR et ensuite pour l’Assemblée fédérale, de privilégier trop les arguments sur la région linguistique ou le sexe. Il faudrait choisir celui ou celle qui semble le mieux préparé. Certes, une vraie question politique serait de donner ou non au Tessin un siège permanent au Conseil fédéral. Pour cela il faudrait logiquement augmenter le nombre de Conseiller fédéraux de sept à neuf. Le Parlement refuse pour l’instant cette réforme et les ministres disent que l’on fonctionne mieux collégialement à sept. Une discussion à poursuivre. Pour l’heure, l’intérêt général est de ne surestimer ni l’argument linguistique ni l’argument féministe par rapport à l’équation personnelle des candidats. Les auditions devant le Groupe devraient être déterminantes.
Le Canton de Genève est tout simplement un élément essentiel de la Confédération. Tout le monde le sait. Certes, deux genevoises ont été élues dans un passé encore récent. Deux socialistes. Le dernier libéral, Gustave Ador, fut élu vers la fin de la première guerre mondiale, afin de renouer le dialogue avec les alliés. On ne pourrait que se réjouir de voir un PLR genevois servir à son tour son pays à l’échelon fédéral dans une fonction aussi importante.
On dit souvent que des calculs politiques déterminent les choix en regard des profils des candidats. Ainsi, par exemple, les Socialistes votent pour un candidat pas trop à droite tandis que les PLR veulent éviter une personnalité de gauche trop conflictuelle à leurs yeux. Cela écarterait quelquefois les candidats ayant le plus de relief au profit de ceux qui apparaissent comme étant plus rassurants. L’histoire des élections de nos ministres a eu de tels exemples. Toutefois, dans l’ensemble et dans la durée, la Suisse a eu beaucoup de personnalités fortes au Conseil fédéral, taillées pour la fonction.
Indiscutablement, Pierre Maudet est de cette trempe. Il fait bien de montrer qu’il le sait et qu’il a une ambition légitime. La course est lancée. Le moins que l’on puisse attendre de toute la classe politique genevoise est un soutien franc et net. Bonne chance à lui.

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15/07/2017

Nos repères politiques bousculés

En 1974, au Tour de France, un mage de mauvais augure prédit que Jacques Anquetil ferait une chute mortelle. Le champion courut avec une angoisse serrant l’estomac, mais il gagna le tour. On ne connaît pas la suite de la carrière du mage. Les devins peuplent l’histoire de l’antiquité. A l’ère moderne, des hommes d’Etat n’hésitaient pas à consulter des astrologues. Ce fut prouvé pour Mitterrand.
Pourtant, après la dernière guerre mondiale, il semblait que la politique suivait des schémas clairs avec des repères lisibles. La guerre froide, c’était facile à comprendre. L’OTAN pilotée par les États-Unis, c’était rassurant. Le facisme disparaissait en Espagne et au Portugal. Les partis communistes occidentaux s’affaiblissaient au rythme de l’affaissement soviétique. Et puis, l’Europe nouvelle semblait naître vigoureusement, lançant sa coordinattion et aspirant à l’unité dans la diversité. Un repère suisse en quelque sorte.
Or, voici que l’on ne sait plus trop où l’on en est. L’Amérique protectrice devient imprévisible. Son Président ne voit pas l’enjeu crucial que représente la lutte contre le réchauffement climatique. On ne sait plus trop où va sa politique étrangère. On craint une décision sans consultation de frappes massives en Corée du Nord. La Chine monte en puissance sans résoudre ses déséquilibres régionaux. Elle perturbe les esprits libéraux qui croyaient qu’un libéralisme économique s’installant entrainerait dans sa suite un libéralisme politique. Quant à la Russie de Poutine, elle déstabilise les gouvernements occidentaux. On ne lui a, sans doute, pas assez tendu la main après la chute du communisme et l’éclatement de l’URSS. On s’est peut être sommairement réjoui à l’idée de la confiner en lui ôtant ses zones d’influence séculaires, en lui donnant un sentiment d’encerclement. Ce qui n'a pas empêché des saisissements interloqués à chaque fois que Poutine avance un pion. Bref, tout cela devient compliqué.
C’est pourquoi, on a envie de croire à une nouvelle efficacité franco-allemande animée par le duo Merckel-Macron. Encore faut-il, afin d’être crédible, que Macron réussisse à réformer la France. Oui, on aimerait que se dessine une politique de l’Europe renouvelée, tant pour sa construction interne, solide et ouverte, que pour sa relation avec le reste du monde. En somme, on a envie de retrouver confiance en des chefs de file qui aient une une culture, une réflexion philosophique, éthique et, bien sûr, politique. Ajoutons une capacité de réagir aux crises, mais possédant aussi une vision, une volonté de tenir un cap, un talent pédagogique et une force de conviction qui puisse entraîner l’adhésion démocratique.
Il y a un danger indistinct lorsque la politique se déroule à l’aveuglette et sans direction perceptible. De réactions en réactions au coup par coup peuvent sortir des secousses et des engrenages que l’on ne voit pas venir. On a souvent vu, au fil du destin européen, que, faute d’analyses lucides, de convictions fermes, de maitrise du dialogue, fût-il musclé, le pire est advenu. Nous ne l’imagions pas mais le flou ouvre à l’imprévisible.
Il y a aujourd’hui plusieurs problèmes lourds qui pourraient avoir des conséquences graves à moyen et à long terme. Le terrorisme, certes, est angoissant ; Mais aussille réchauffement climatique et les conséquences imaginables d’un afflux migratoire non maitrisé, notamment venu d’une Afrique en démographie galopante. Des équilibres de société, des identités nationales pourraient être mis en cause. Le Président Macron se méfie des journalistes qui s’addonent aux délices de la chasse aux sorcières au nom, bien lucratif pour leurs médias, de la transparence. Ils ne seraient guère intéressés par la complexité des choses. D’où son inclination à un exercice pédagogique direct devant les Parlementaires et les Citoyens. On ne peut pas lui donnez tout à fait tort sur ce point, même si le danger serait de se raidir dans une telle attitude. Il nous dit qu’il faut agir <en même temps> ici et là. Fort bien, mais posons alors nettement, explicitement les données compliquées, tout en dégageant clairement le cap. Cela peut être un débat démocratique vivifiant sous la lumière non pas dispersante mais éclairante de nos responsables politiques. Si l’on y songe, c’est bien ici le cœur de la culture politique et démocratique suisse. Le débat éclairé est bien consubstantiel à nos institutions. Or, le risque, à notre échelle helvétique, est que notre Gouvernement collégial ne montre pas assez bien le cap qu’il invite à suivre sur des sujets sensibles : l’Europe, la migration, le climat, le point d’équilibre entre l’ouverture et l’affirmation de valeurs s’appliquant à tous…
Oui, nombre de nos repères sont bousculés. Ce peut être une chance si , en Suisse et en Europe nous savons nous repositionnner intelligemment pour nous insérer dans le mouvement de l’histoire.

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01/07/2017

Ce que nous dit Simone Vei

De Simone Veil beaucoup a été dit et va être dit. Osons retenir ici trois aspects de ce qu’elle fut et de ce qu’elle fit. Tout d’abord, ce tournant tragique de sa vie. Jeune fille heureuse en famille, belle et intelligente, elle se retrouve brusquement arrêtée et déportée avec sa mère et sa sœur à Auschwitz, tandis que son père et son frère le sont aussi dans un autre camp. Ni sa mère, ni son père, ni son frère n’en reviendront.

Elle a exliqué sa survie dans son livre autobiographique écrit très tard. Une chance, un regard improbable avec une gardienne touchée par son charisme et, surtout, une volonté, une force de caractère, une dureté même dans un sens de   vitalité animale a-t-elle reconnu en évoquant cette année épouvantable. Elle a survécu, en est sortie, certes mal en point mais s’est rétablie.

Et La voici relancée dans la vie, les études supérieures, le mariage, la maternité puis une carrière de juriste, jusqu’à l’apogée politique.  Alors, bien sûr, aussi forte qu’elle ait été, le traumatisme, la souffrance intérieure, l’extermination de ses êtres les plus chers vont hanter à jamais ses jours et ses nuits. Et c’est avec cela qu’elle va pourtant mener des actions publiques remarquables.

Aujourd’hui, et malgré des commémorations, on pourrait ne plus tellement penser à cette monstruosité nazie abominable d’extermination des Juifs. L’actualité, telle que la politique consternante du Gouvernement israélien vis-à-vis des Palestiniens, avec implantations croissantes de colonies, pourrait en quelque sorte nous distraire du devoir impérieux de mémoire. Or, si la critique d’une politique est légitime et si l’on ne saurait s’en dispenser par crainte de passer pour un anti-sémite, il importe de se garder de toute approche mélangeant les choses.

Pour l’Europe entière, Suisse comprise, la Shoah est une page horrible de l’histoire. Jean- Pascal Delamuraz, au moment de la crise sur les Fonds juifs dans les banques helvétique, et tandis que la Suisse était acerbement accusée, s’était écriée : < ce n’est quand même pas nous qui avions fait Auschwitz>. Il disait ce que beaucoup pensaient, se rebiffant contre des attaques sans nuances. Mais, avec le recul, il faut considérer que la phrase était malheureuse. Le nazisme fanatiquement anti juif est bien sorti d’un antisémitisme européen ambiant plus ou moins assumé ou refoulé. Il y a donc une exigence de prise de conscience générale qui impose deux attitudes mentales et morales : cultiver le devoir de mémoire de cette tragédie et combattre toute résurgence d’antisémitisme. Simone Veil a été exemplaire à cet égard. Jamais elle n’a rendu l’ensemble du peuple allemand responsable de l’horreur. Mais sans cesse elle a dénoncé les expressions violentes, meurtrières ou verbales qui ont ressurgi et qui, chaque fois, la blessaient au cœur. Honorer donc cette très grande personnalité, c’est jurer devant elle de ne jamais oublier…et de transmettre la mémoire.

Un deuxième aspect à retenir est précisément la voie qu’elle indiquait pour ne plus jamais trahir le meilleur d’une civilisation ; c’est-à-dire construire une Europe harmonisée cimentée par la réconciliation franco-allemande. Le fait que cette rescapée du Camp a été la première Présidente d’un Parlement européen élu par les peuples européens fut un événement très important. Plus important encore, le fait que cette élection a pu avoir lieu par la concordance des votes des députés européens français et allemands. L’engagement européen de Simone Veil ne répondait pas seulement à son appréciation de la réalité économique et politique du Continent ; il puisait sa source et sa dimension morale dans son histoire personnelle. Une histoire que les jeunes générations devraient connaître, tant il est vrai que des personnalités hors norme sont des repères et des sources d’inspiration.

L’épisode le plus connu est son combat devant l’Assemblée nationale française afin de légaliser l’interruption de grossesse. Elle ne le mena pas en féministe idéologue mais en démontrant une réalité qui amenait des femmes privilégiées à faire interrompre leur grossesse à l’étranger et des non privilégiées à recourir aux avortements clandestins pleins de dangers pour leur santé. Elle essuya à ce moment là, et même par la suite, les insultes les plus honteuses. Mais, avec cette loi de 1974, elle est entrée dans l’histoire politique française, comme un Robert Badinter avec la suppression de la peine de mort.

Simone Veil n’a pas été Présidente de la République, ni Premier ministre. Mais elle compte assurément parmi les grandes figures politiques et morales du vingtième siècle. Cette grande dame juive, française patriote et européenne engagée aurait vraiment sa place au Panthéon. De nombreux Suisses reconnaissants et impressionnés par cette vie en seraient heureux.

 

Jacques-Simon Eggly

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19/06/2017

De Petitpierre à Moutier

Les Suisses auront suivi les résultats des élections législatives françaises. Les Français n’auront pas entendu parler du vote de Moutier décidant de quitter le Canton de Berne et de rejoindre celui du Jura. Et pourtant, il s’agit là d’une décision qui trouve ses racines dans une longue histoire européenne et qui va porter bien au-delà d’une législature. La manière dont le cours des choses s’est déroulé est une réussite de la démocratie et du fédéralisme helvétique. Si le nom d’un homme en particulier doit être associé à cet aboutissement, c’est celui de l’ancien Conseiller fédéral Max Petitpierre.
Reprenons brièvement ce cours de l’histoire. 1815 : les Congrès européens reprirent à la France vaincue les districts francophones du Jura nord et les attribuèrent à La Suisse, soit au Canton de Berne. Ce dernier avait dans son orbite les districts du sud. Il y avait des raisons de réunir ainsi tout le Jura francophone sous la houlette bernoise. Il était intéressant que Berne, canton charnière entre Suisse allemande et Suisse romande, possédât ainsi une frontière avec la France. Mais il y avait également les prémices d’une tension grave propre à inquiéter la Suisse. Les Nordistes étaient catholiques et à l’écoute du coq gaulois. Les Sudistes étaient protestants et nichés entre les pattes de l’ours bernois. Les Nordistes trouvèrent des chefs séparatistes charismatiques et une troupe de choc : les Béliers. Des actes violents, des attentats même, des affrontements se développèrent ; heureusement sans morts. La situation risquait de dégénérer. Il y eut bien un vote consultatif de tous les Jurassiens en 1959. Berne espérait ainsi clore l’affaire. Une majorité anti-séparatiste, mais essentiellement sudiste, s’en dégagea. Rien ne s’apaisa. Les Nordistes séparatistes redoublèrent d’efforts, d’énergie. L’explosion semblait possible.
Alors, le Conseil fédéral convainquit le Gouvernement bernois d’accepter qu’une Commission de sages nommés par le Gouvernement fédéral explorât des possibilités de solutions en rencontrant toutes les parties. Ce fut la Commission confédérée de bons offices pour le Jura présidée par Max Petitpierre. Ah oui, il explora toutes les possibilités ; notamment l’idée de s’appuyer sur une troisième force de conciliation afin de proposer une statut d’autonomie de tout le Jura, mais restant au sein du Canton de Berne. Quelle créativité conceptuelle ! Or, tout cela se heurta à l’intransigeance tendue des Séparatistes, au raidissement des Anti séparatistes et des autorités bernoises. Cétait l’impasse. Alors, afin d’en sortir, Max Petitpierre imagina une procédure de plébiscites en cascade susceptible de rallier, bon gré mal gré, les uns et les autres.
C’est ainsi, qu’en 1974, une majorité des Jurassiens, mais cette fois essentiellement nordistes, vota pour la séparation et la création d’un nouveau canton. Toutefois, les districts sudistes à majorité anti-séparatiste, eurent le droit de se prononcer à nouveau chacun. Ils confirmèrent leur volonté de demeurer bernois. Le Jura se trouvait donc divisé. L’événement n’en fut pas moins le vote du peuple et des cantons suisses ratifiant, en 1978, la création d’un nouveau canton. Évidemment, les tensions continuèrent, même si elles n’eurent plus la même intensité. Des collaborations furent organisées. Une Assemblée inter-jurassienne consultative vit le jour. De nouveaux médiateurs fédéraux intervinrent. La tension se focalisa sur Moutier dont les citoyens étaient très divisés. Dans l’esprit de feu Max Petitpierre, la nécessité de recourir à un nouveau plébiscite à Moutier fut reconnue. Il a eu lieu dimanche. A quelques voix près, Moutier a choisi de rejoindre le Canton du Jura. Ce devrait être chose faite en 2021.
Mesurons l’exploit. Il y a eu longtemps chez les Bernois et les Anti-séparatistes la dénonciation d’une menace contre le fédéralisme et la paix confédérale. Il y a eu chez les Séparatistes un vent indéniable d’agressivité anti-suisse, anti-suisse alemande et anti-berne. Or, à la fin, la Suisse a résolu ce problème difficile, dangereux grâce à sa démocratie et à son fédéralisme. Elle a montré une capacité de négociation interne. L’équilibre confédéral n’a pas été affaibli mais renforcé . On a le droit de se réjouir du résultat du vote ou de le regretter, avec des raisons valables de part et d’autre. Mais l’essentiel, vu avec un peu de recul, tient à cette réussite helvétique. Moutier devrait refermer le cercle de l’affaire jurassienne. Cette réussite a eu un inspirateur, Max Petitpierre. Les enseignants d’histoire suisse et leurs manuels ne devraient pas l’oublier.

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15/06/2017

Etre juste avec Didier Burkhalter

Le Conseiller fédéral Didier Burkhalter ne part pas sous les applaudissements médiatiques. On n’en demandait pas tant mais le concert de critiques dérange. C’est injuste. Voyons le dossier européen. Si l’Initiative contre l’immigration de masse avait été rejetée, il serait probablement salué pour avoir dirigé la Suisse vers un accord institutionnel avec l’Union européenne, accord regroupant tous les liens et offrant un cadre pour leur évolution. Certes, le Conseil fédéral, le Parlement, les autres partis que l’UDC auraient dû s’engager davantage contre l’Initiative. Mais on ne saurait imputer le résultat au seul ministre des affaires étrangères.
Après ce coup, il a essayé de renouer les fils avec Bruxelles. Trop optimiste ? Du temps perdu ? Peut être. Mais, autre coup du sort, il y a eu le Brexit anglais. Dès lors, tout est devenu difficile, malgré un négociateur Suisse remarquable. Donc, si Didier Burkhalter n’a pas pu trouver l’ouverture avec l’UE en respectant le vote populaire, c’est que les circonstances ont pesé trop lourd. On verra dans les mois qui viennent ce qu’il en sera, notamment avec l’action de la nouvelle Secrétaire d’Etat.
Voyons quelques autres domaines. Sur la présence suisse au sein de l’OSCE, sur la parole suisse à propos de l’Ukraine, sur l’engagement pour les droits de l’homme, l’aide au développement et toutes autres actions : n’a -il pas été très bon ? Et puis, à Genève, comment ne pas saluer son engagement pour la Genève internationale, reconnu par la Fondation pour Genève qui lui a décerné son prix. Les Suisses de l’étranger on vu , grâce à son soutien, le Parlement voter une loi les concernant et fortifiant leur place au sein de la communauté nationale. La main tendue aux jeunes en général, notamment durant sa présidence, a été plus et mieux qu’une posture. Enfin, il aura été un bon Chef de département, avec des qualités humaines appréciées par ses collaborateurs. On n’a pas toujours connu cela.
Voilà. On a connu des présences physiques plus fortes, des envolées oratoires plus entraînantes, des charismes populaires et médiatiques plus marquants. Mais, la modestie d’allure répond aussi à un label suisse. Bref, en un mot comme en cent, il y a lieu de reconnaître que Didier Burkhalter a bien joué son rôle de ministre et qu’il a parfaitement servi son pays. Beaucoup de ceux qui le critiquent seraient en peine de dire ce qu’il aurait pu faire autrement et mieux.

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02/06/2017

Le retour du Général de Gaulle

Et si Emmanuel Macron s’inscrivait dans une reprise de la stratégie politique du Général de Gaulle ? Alors même que le parti Républicain , qui se réclame du Général, est en risque d’éclatement. C’est peut être forcer le commentaire. Toutefois, l’échange musclé entre Macron et Poutine, dans le cadre du château de Versailles et sous le fantôme de Pierre le grand, avait des accents gaulliens. Il y avait de quoi raviver le nostalgie d’une France comptant sur la scène européenne et mondiale. Il faut dire que l’événement a eu lieu alors que s’installe une nouvelle ambiance due à la personnalité de Donald Trump.


A cet égard, c’est surtout la colère froide d’Angela Merkel qui a frappé les observateurs. Elle fut la première à rendre visite au Président américain élu. Elle est la première à dire tout haut, qu’avec ce Président, les Etats Unis ne seront plus un partenaire prévisible et fiable. C’est un tournant. Après l’effondrement de L’Allemagne nazie dans une Europe dévastée, le lien privilégié entre l’Allemagne de l’ouest et les États Unis a été le moteur du miracle allemand. Adenauer surtout, Ludwig Erhard ensuite et jusqu’à la Chancelière actuelle avec Barak Obama ont incarné ce lien politique et personnel. Parallèlement, Adenauer intégrait l’Allemagne de l’ouest dans la Communauté européenne naissante. Il ancrait ensuite, avec de Gaulle, un dialogue franco-allemand institutionnalisé. Toutefois, les limites de ce rapprochement et les bornes à une vision politique venaient précisément de ce lien transatlantique. L’Allemagne d’Adenauer et de ses successeurs était celle de l’Otan dominée par les États-Unis ; cela à la grande déception du Général de Gaulle. Ajoutez que la Grande Bretagne n’entra dans la Communauté que pour mener son double jeu, ne supportant qu’une Europe économique et terre à terre, sans rêve ni dessein. Cela a fini avec le Brexit.

 
Or, les cartes sont maintenant rebattues. Oui, l’Union européenne connaît des difficultés. Oui elle s’est élargie trop vite en regard de son approfondissement. Oui, il y a des dissensions, sans doute un excès de réglementations, et un non accomplissement démocratique. La crise des migrants la secoue, le cas de la Grèce l’embarasse. On en arrive à oublier ses réussites et les collaborations fructueuses. Mais les oiseaux de mauvais augure ont peut être tort. En se voyant en petite sœur déçue de l’Amérique, l’Allemagne ne pourrait-elle pas lancer son énergie dans un nouvel élan européen ? Fini le temps où elle était perçue comme un géant économique mais un nain politique. Avec la France de Macron, si ce pays accepte des réformes vitales pour son redressement, l’Allemagne pourrait donner à l’Europe un nouveau souffle, économique, politique et moral. Les États Unis se montrant défaillants et inquiétants, une Europe de la politique étrangère, de la sécurité, du climat est à faire. De Gaulle en rêvait, mais son passé de guerre, le contexte de la guerre froide et la pesanteur de son incarnation nationale l’ont empêché d’être un accoucheur d’une Europe politique. Il crispait les autres pays européens, craignant une arrogance française et attachés à l’Alliance atlantique.

 
Et si, dans les années qui viennent, Merkel et Macron, ralliant les autres membres de l'UE , surmontant les dissensions, insufflant un esprit de collaboration serrée trouvaient un bon équilibre entre une vraie dynamique européenne et l’expression d’identités nationales rassurées ! Et si, une Europe néo-gaulliste, c’est-à-dire à envergure politique, avait une chance d’émerger ! Et si la Suisse, certes à sa place singulière, avait toutes les raisons de le souhaiter, de s’en féliciter ! Qu’en pensez vous mon Général ?

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20/05/2017

Fabrice A ne devrait jamais sortir

On attend le verdict sur le procès du meurtrier d’Adeline . les lignes qui vont suivre ne sont pas politiquement correctes. En effet, la conclusion est que Fabrice A ne devrait plus jamais sortir de prison,
Une telle opinion va à l’encontre de toute une doctrine et une pratique pénales. L’idée admise est que la peine doit être individualisée, modulée en fonction de la responsabilité évaluée du prévenu, des chances, évaluées elles aussi, de son amélioration et de sa réinsertion. Cettte approche subtile a toute sa cohérence théorique et sa dimension humaine. D’ailleurs, il y a quelques années, l’auteur de ces lignes avait voté contre l’Initiative pour l’internement à vie des criminels pervers. Eh bien, aujourd’hui, c’est une position contraire défendue ici ; cela au terme d’une réflexion s’appuyant sur plusieurs éléments.
Le premier tient à l’imprécision inévitable au sujet de la diminution possible du caractère dangereux d’un meurtrier du type de Fabrice À. Le mal, la perversité enfouis peuvent-ils disparaître vraiment ? Il y a quelque chose qui est à la fois intéressant et dérisoire dans les avis des experts psychiatres. Ils expliquent beaucoup mais ne sont sûrs de rien. Des exemples d’amélioration, de réinsertion réussies existent, certes. Mais des exemples de récidives tragiques existent également. Cette incertitude ne plaide-t-elle pas en faveur d’un principe de précaution de la société et des personnes ? Fût-ce au détriment du condamné.
Le deuxième élément tient à l’horrible sort fait à la victime, ainsi qu’à la blessure inguérissable infligée à ses proches. Chacun peut s’imaginer à leur place. Chacun peut imaginer leur sentiment de révolte devant ce qu’ils perçoivent comme étant une relativisation de leur souffrance, dès lors qu’ils constatent une focalisation sur la personnalité de l’accusé. On peut s’imaginer ce qu’ils ressentent lorsqu’ils savent que le meurtrier pourra un jour sortir de prison,--après quinze ou vingt ans peut être-, et se construire une existence plus ou moins normale ; alors même qu’eux sont marqués à vie. Une rencontre fortuite dans la rue ou un café ! C’est proprement insupportable. En y pensant bien, cette focalisation du Code pénal sur le meurtrier plutôt que sur la victime et ses proches a vraiment un aspect révoltant.
Le troisième élément tient à la hiérarchie des valeurs, à la priorité dans leur illustration et leur protection. On est allé trop loin dans l’individualisation de la sanction, dans l’appréciation psychologique du criminel ; au détriment de la perception objective du crime et de ce qu’il représente. Notre société se devrait de mettre au plus haut niveau la protection de la personne, de son intégrité physique. Donner une chance de sortie, même après des années, à un homme comme Fabrice serait, quoi qu’en pourraient dire les juges, une manière de dégrader la valeur attribuée à la vie d’Adeline, de relativiser l’atteinte gravissime portée à la personne et à la société.
Il ne s’agit pas, ici, d’évoquer une vengeance. On n’en est plus au sang qui doit effacer le sang, ni à la peine de mort. Elle a été abolie et doit continuer de l’être. Il n’empèche que celui qui a transgressé une règle fondamentale de la société, déterminante pour sa cohésion et le respect de ses membres devrait être retranché à jamais de sa vie courante. A l’application de son internement de ménager des conditions humaines. A lui, à l’aide peut être de personnes attentives, religieuses ou non, de rechercher une régénération personnelle de l’âme. Ce serait son affaire. Mais la société, elle, devrait indiquer, marquer le point de non retour. La vie est sacrée, sa protection est une pierre angulaire : Celui qui, froidement, bafoue cette valeur fondamentale devrait vivre en marge. Que l’on se comprenne bien. Il ne s’agit pas ici des crimes passionnels uniques, lesquels bien sûr doivent rencontrer une sanction de durée limitée, , quand bien même il faudrait davantage marquer parfois la gravité de l’atteinte à la vie. Mais on est ici dans le registre des crimes abominables de pervers, pour lesquels ni la personne ni la valeur humaines n’ont de prix.
Certains réagiront pourtant à ces lignes en disant que la décision d’enfermer à vie est cruelle, inhumaine, La réponse est qu’il y a des transgressions inacceptables et que les relativiser est, inconsciemment, nourrir des germes très nocifs pour notre humanité

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17/05/2017

Votons oui

Dimanche, nous saurons si la loi sur l’énergie, première étape législative de la stratégie énergétique 2050, sera acceptée par le peuple, ou non. Il y a les meilleures raisons de suivre le Conseil fédéral et le Parlement : donc de voter oui.
Certes, il faut écouter et lire les arguments des opposants, lesquels ne sont évidemment pas des obscurantistes. Un vote résulte d’un choix, après avoir banlancé le pour et le contre. Les opposants ne croient pas à la modicité de la hausse transitoire des coût de l’énergie pour le consommateur. La différence des chiffres avancés entre ceux du Conseil fédéral et du Parlement est spectaculaire. Ils craignent un subventionnement coûteux des centrales hydrauliques qui ne couvre plus leurs coûts ; mais précisément à cause de la baisse des coûts de l’énergie. Ils imaginent des soutiens, là encore trop chers, aux nouvelles énergies renouvelables ; lesquelles ne pourront pas combler le manque général en temps voulu. Alors, il faudra, disent-ils, importer du nucléaire français, voire du charbon allemand dont une partie pourrait bien venir même de Chine. Quant aux éoliennes, elles ont, d’après eux, un avenir limité dans un plateau suisse étroit, sans compter qu’elles abîment le paysage.
Ah là là…
Et bien nous préférons croire le Conseil fédéral et la majorité du Parlement. Tout d’abord, il faut un acte politique clair pour une sortie progressive du nucléaire. S’en tenir à un rythme de transition régulé par le marché ne suffit pas. Même un esprit libéral et rétif à l’étatisme doit en convenir. Il y a des domaines et des moments où une orientation politique est nécessaire. D’ailleurs, comme pour l’agriculture, on est inéluctablement dans un maquis de subventionnement. Et puis, toujours dans une dynamique d’orientation politique, le soutien aux énergies renouvelables, --en fait déjà bien connues--,telles le solaire, la géothermique, la biomasse et l’éolienne vont dans le sens de l’histoire énergétique. Il y a assez de procédures pour que la Suisse ne devienne pas un parc éolien. Le paysage en sera moins défiguré qu’il ne l’est pas les lignes à haute tension. Les autres énergies mentionnées ont progressé beaucoup ces derniers temps dans leur capacité et leur rentabilité. Il y a un avenir économique, financier, social évident dans ces domaines. Enfin, les possibilités d’économiser l’énergie, par exemple dans les bâtiments, sont elles aussi encourageantes. On peut, là encore, trouver des incitations sans sombrer dans une bureaucratie trop lourde.
Tout cela étant considéré, on ne croit pas au caractère inéluctable d’un manque obligeant à une augmentation d’importations discutables. A terme, n’est-ce pas, au contraire, un refus d’une orientation moderne vers l’avenir qui nous laissera plus dépendant ? Certes, rien ne dit, qu’un jour, un recours au nucléaire avec des centrales sûres et ne créant pas des déchets inquiétants, ne soit possible. Alors, on verra. Mais pour l’avenir prévisible, il faut sortir du nucléaire en misant sur les énergies renouvelables et en rentabilisant la consommation par diverses mesures adéquates.
Ainsi donc, d’un côté les inquiets, les sceptiques ; de l’autre la pari de la confiance pour suivre le chemin indiqué par le Conseil fédéral et le Parlement. Cette option nous paraît la plus prometteuse.

 

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