18/10/2017

La Catalogne dans un fédéralisme

La violence de l’affrontement entre les indépendantistes de Catalogne et le Gouvernement national de Madrid a sidéré nombre d’Européens. C’est évident : si , au nom du droit à la libre détermination des régions de chaque pays en Europe, on admet le risque d’une explosion des Etats, on glissera vers un désordre endémique, avec des risques graves de déstabilisation générale. Lorsque Denis de Rougemont imaginait l’affirmation des régions et leur collaboration naturelle, ce n’est pas une destruction révolutionnaire des Etats qu’il préconisait. La perspective était une articulation s’appuyant sur l’histoire, inscrivant, à la fois , le fédéralisme au sein des Etats et les complémentarités naturelles entre les régions par-dessus les frontières des Etats. Ce n’est que sur cette articulation que peut se concevoir un rassemblement des pays européen au sein d’une entité en partie supra-nationale, telle l’Union européenne.
Or, il est visible que les données actuelles ne répondent pas à cette articulation idéale. Les Etats qui se sont forgés dans une structure fédéraliste puisent, dans leur passé historique, une adaptation à la modernité ; à savoir un équilibre entre les identités diverses qui le composent et une identité nationale qui surplombe sans étouffer. Il est clair que pour des Etats qui se sont formés par une action progressive du pouvoir central , avalant peu à peu par la force diverses régions, le fil historique est beaucoup plus fragile que pour des Etats qui ont englobé des entités historiques, politiquement structurées ; et cela en reconnaissant pleinement l’identité séculaire de chacune. Ou, pour être plus clair, comparons l’Allemagne, les États-Unis et , bien sûr, la Suisse avec des Etats comme la France ou l’Espagne. Ces derniers, dits de tradition centralisatrice, ont accompli et accomplissent des efforts de décentralisation et de reconnaissance culturelle. Mais ce n’est pas la même chose qu’une continuité historique aboutissant naturellement à un fédéralisme. La Suisse est un bel exemple, chanceux mais qui mérite une constante attention. Ce n’est pas un hasard si, du côté de la Catalogne, on a évoqué une possibilité de médiation suisse. Il y faudrait un accord des deux parties, tenant compte aussi de tous les non indépendantistes catalans. En fait , on se prend à songer au processus remarquable qui a permis de surmonter la crise jurassienne au sein de notre Confédération.
Autrement dit, si on veut éviter un effet de contagion, les divers pays européens les plus concernés devraient aller au-delà de l’effort ciblé pour organiser telle ou telle autonomie relative particulière d’une région : par exemple la Catalogne, les Pays basque pour l’Epagne, l’Ecosse pour le Royaume Uni, la Corse pour la France ….Il faudrait, en tout cas dans les pays où la tension est palpable, organiser un fédéralisme adapté à leur histoire. La France ne deviendra jamais la Suisse des cantons ou l’Allemagne des Lander. Mais, même là, des actions de décentralisation pourraient épouser mieux les identités régionales historiques plutôt que de s’en tenir à des décentralisations surtout administratives. Enfin, c’est à voir… En tout cas, pour un pays comme l’Espagne, la nécessité d’une révision constitutionnelle allant dans ce sens paraît s’imposer. Simultanément à une fermeté écartant toute atteinte à l’unité de l’Espagne, le Gouvernement serait bien inspiré de proposer vraiment et rapidement un chantier de révision de la Constitution, dans un sens clairement fédéraliste. Cela concernerait toutes ses régions. l’Union européenne devrait soutenir une telle évolution. En effet, seul un équilibre à cultiver, à retrouver, à inventer entre les identités particulières et l’identité rassembleuse pourra donner à l’Europe un avenir apaisé et fructueux. Puissent donc les Catalans se railler à ce chantier construisant une Espagne fédéraliste. Ce sera bon pour eux, pour les Espagnols et pour les Européens en général.

17:25 | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

08/10/2017

Magnin la leçon d'histoire

On reparle d’Auguste Magnin. Une satisfaction pour l’auteur de ces lignes pusqu’il n’est rien moins que son arrière grand -père. Un regret : ne pas avoir parlé de lui avec sa fille, une grand-mère pourtant bien connue. Mais enfin, une motivation de plus ajoutée à celle que pourrait, que devrait ressentir tout citoyen attaché à l’histoire de Genève.

Car c’est à une belle leçon d’histoire qu’est invité celui qui monte au dernier étage de la maison Tavel et qui se trouve avec stupéfaction devant ce relief , cette maquette Magnin. Conscient que la démolition de l’enceinte fortifiée qui entourait la ville jusques dans les années 1840 marquait une rupture dans une longue histoire de la Cité, Auguste Magnin voulut apporter un témoignage, une mémoire visuelle de la Cité regroupée, rassemblée dans ses murs qui avait traversé les siècles et dont la forte identité avait envoyé des rayons spirituels, intellectuels dans le monde entier.

 
La réalisation de cette maquette fut un travail aussi long, minutieux que génial dans sa conception. Un relief de ce genre, on n’en rencontre guère ailleurs en Europe. Certes, Auguste Magnin avait la nostalgie du passé. Mais qui ne voit à quel point le rayonnement de la Genève d’aujourd’hui est lié à son histoire, inscrite dans son environnement urbain.

La Tribune de Genève a parfaitement fait revivre les conditions de création de ce chef d’œuvre. Et l’on salue une reconstitution virtuelle de la Cité d’alors, en 3D, basée sur le Relief. Elle permet de visiter cette Genève encore cerclée de ses fortifications. Une prouesse à saluer. C’est grâce à elle que les projecteurs ont fait ressortir de l’ombre Auguste Magnin.

Deux prolongements nous paraîtraient souhaitables. Il y a longtemps que des membres de la famille ont exprimé le désir légitime qu’un petit bout de rue, de place proche de la maison Tavel porte le nom de Magnin. Ce serait bien normal que la ville l’honnore ainsi. Par ailleurs, tous les élèves de Genève ne devraient-ils pas, une fois dans leur parcours scolaire, rendre visite à ce relief et voir la reconstitution virtuelle branchée sur ce relief ? Une connaissance sensible de l’histoire du lieu où l’on habite, où l’on se forme ne serait-elle pas propice à un enracinement, à une intégration, à un sentiment civique ?

Le relief Magnin et ce que l’on peut en tirer, ce n’est pas seulement une création à placer et à montrer dans un musée. C’est une main tendue du passé au présent et vers l’avenir de Genève et de ceux qui en vivent.

 

NB: Article 'Tribune de Genève', 1er Octobre 2017: https://www.tdg.ch/vivre/histoire/Grce-a-Auguste-Magnin-l...

19:09 | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

26/09/2017

Sauver la prévoyance vieillesse

On ne peut pas dire que les lendemains de la votation sur l’AVS, sur son financement et sur la prévoyance professionnelle aient fait dans l’euphorie. Cela, au moins, est rassurant. Tous les protagonistes de la bataille admettent que des révisons sont essentielles ; faute desquelles, dans peu de temps, le fonds AVS sera asséché et le deuxième pilier n’aura plus assez de capital pour garantir les rentes minimales prescrites par la loi. Jusqu’ici, les révisions de l’AVS réussies ont proposé des rentes au financement garanti. Depuis que se dessine un péril en la demeure, les projets ont été refusés par le peuple. Alors, que faire désormais ?
L’extrême gauche revendique sa part de victoire dans le rejet car elle avait lançé l’offensive. Mais, ne lui en déplaise, elle ne pèse pas lourd à l’échelon national et c’est manifestement la droite, avec ses gros bataillons d’électeurs, surtout en Suisse allemande, qui a coulé le projet dit Berset. A vrai dire, l’idée des 70 Francs pour les nouveaux rentiers, en compensation de l’élévation de l’âge de la retraite des femmes, n’est pas venue du Conseil fédéral. L’allliance sur ce point PDC- socialiste a cru trouver le compromis idéal qui aurait entrainé une large adhésion politique. Or, la Droite y a vu une sorte d’annulation de la volonté d’assainir financièrement la situation. Et puis, l’abaissement du taux de conversion déterminant les rentes du deuxième pilier est apparu comme mélangeant et compliquant les choses.
Mais, n’en délaisse cette fois aux opposants, le projet avait un mérite : celui de prendre acte du problème et de pousser plusieurs éléments dans la bonne direction. L’inquiétant serait, qu’après cet échec, les discussions au sein du Conseil fédéral, des partis puis du Parlement se prolongent . Alors, on ne sera plus bien loin du moment périlleux. Ce serait vraiment un ratage politique si l’on devait être acculé à prendre un jour des mesures d’urgence.
Quelles pistes alors à explorer un peu vite ? Sûrement revenir à un âge de 65 ans pour les femmes ; étant entendu que des aménagements ciblés devraient avoir lieu :notamment pour le temps partiel et la comptabilité concernant les rentes correspondantes. A la place des 70 francs arrosoir, des mesures ciblées en faveur de rentiers en ayant besoin. Dans un projet peut être distinct cette fois sur le deuxième pilier, un abaissement du taux de conversion , mais assorti, là aussi, d’aménagements ciblés. Et puis, évidemment, une hausse affectée de la TVA. Sur ce point le rejet, d’ailleurs, a été faible, ce qui est plutôt de bon augure.
Cela étant, la question politique se pose. Le Centre gauche ayant échoué, le Centre droit pourra-t-il rapidement se mettre d’accord : c’est-à-dire l’UDC-le PLR-le PDC ; ce dernier devant alors jouer clairement dans cette constellation. Il n’empêche ! Pourra-t-on aboutir sans le Parti socialiste ? Jusqu’où pourra-t-on raisonnablement lui donner des compensations qu’il réclamera afin d’ accepter la hausse de l’âge de la retraite pour les femmes ? Et quant aux pressions, difficiles à préciser, afin de réaliser mieux l’égalité des salaires ?
On ne veut être ni trop pessimiste ni trop optimiste. Mais il est évident que c’est un défi pour la démocratie suisse. Est-elle encore capable, en temps voulu, de trouver un consensus suffisamment large, une majorité solide afin de résoudre un problème menaçant. Car , à défaut de pouvoir obliger les Suisses et les Suissesses à une fécondation généreuse, c’ est bien sur des solutions de financement qu’il faudra s’accorder.

18:34 | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

20/09/2017

Pierre Maudet a pris date

90 voix au deuxième tour de l’élection au Conseil fédéral. Pour Pierre Maudet c’est un exploit et un succès. Certes, il n’a pas été élu. Mais, face au favori depuis le début, il a obtenu un score impressionnant ; preuve que, parti de presque rien, il a impressionné nombre de parlementaires , de journalistes aussi et de citoyens jusqu’au cœur de la Suisse allemande. Osons le pari : il a pris date. En mai prochain, il sera réélu magnifiquement au Conseil d’Etat genevois et sera son président pour cinq ans. En 2023, il faudrait qu’il aille au Conseil des Etats. Peu après, il sera élu au Conseil fédéral en succédant à l’élu d’aujourd’hui. Belle démonstration donc, prometteuse d’avenir. Il a bien fait de jouer le coup. Si il n’a pas franchi le pont d’Arcole, ce ne fut pas du tout Waterloo et le soleil d’Austerlitz se lèvera en temps voulu.
Isabelle Moret n’a pas démérité du tout. Les attaques contre elle, portant notamment sur son divorce, ont été lamentables. Ces choses là ne sont pas à l’honneur des journalistes fureteurs qui s’abritent sous un étendard fallacieux de transparence. Et il est vrai, qu’après le départ de Doris Leuthard, il pourrait n’y avoir plus qu’une femme au Conseil fédéral. Isabelle Moret, elle aussi, a pris date ; pas pour elle mais pour La Conseillère aux Etats PLR Keller Suter, laquelle, espérons le , succédera au Conseiller fédéral Schneider Amman. Lui aurait tort de ne pas envisager un départ prochain, quels que soient ses mérites.
Cela étant, on comprend tellement la satisfaction tessinoise. Il faut que la Suisse italophone soit réguélièrement présente au Conseil fédéral. Certes, un Conseiller fédéral n’est pas là pour défendre son canton. Toutefois, il peut apporter une connaissance, une sensibilité nourries des problèmes qu’il a vus de près. Et le Tessin, canton frontière en a incontestablement. En outre , Ignazio Cassis semble être une personnalité riche de talents multiples. Il n’était pas président du Groupe PLR aux Chambres par hasard. Son discours d’acceptation, dans toutes les langues nationales, était convaincant. On verra de quel département il va hériter.
Les Socialistes regrettent l’élection d’un ministre ayant un profil plus à droite que Didier Burkhalter.Cela donnera une adéquation plus grande par rapport aux équilibres politiques au Parlement. En revanche, on peut ne pas être de gauche et avoir une inquiétude au sujet de la politique étrangère, particulièrement envers l’Europe. Par rapport aux négociations actuelles, au compromis à réussir entre la fidélité à l’Initiative contre l’immigration de masse et la fidélité à l’Accord sur la libre circulation, Pierre Maudet apparaît comme plus clair, plus structuré. On n’aimerait pas que le nouvel élu rassure trop, sur ce point, l’UDC qui l’a soutenu. Puisse-t-il s’inscrire dans la continuité de l’effort diplomatique actuel.
Cela étant, bonne chance à Ignazio Cassis au sein de notre Gouvernement collégial. Et quelle chance a la Suisse d’avoir ses institutions.

11:08 | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

29/08/2017

Binational et Conseiller fédéral

L’auteur de ces lignes avait dû, naguère et à regret, répudier la nationalité française transmise du côté maternel. La raison était double. La question du service militaire pour un franco-suisse n’était pas réglée. Au début des années soixante, il y avait encore la guerre d’Algérie et l’idée d’être appelé à cela après une école de recrues suisse n’avait rien de séduisante. Et puis, un intérêt éventuel, non suivi d’effet, pour une carrière diplomatque incitait à ne garder que la nationalité suisse, puisque l’exigence en était imposée aux diplomates ; laquelle vient d’être supprimée en ce début d’année. Bref, si la question se posait aujourd’hui une telle répudiation n’aurait pas lieu.


Cette binationalité n’aurait en rien atténué l’engagement dans une perpective helvétique, que ce fût comme journaliste ou comme parlementaire. Un engagement politique pour un pays doit être franc et sans réserve. Cela n’aurait donc pas empêché, en quelques occasions, des commentaires critiques sur l’attitude française envers la Suisse. Mais cela n’aurait pas non plus écarté l’intérêt pour les événements politiques français, ni empêché une participation de citoyen du rang à des élections présidentielles ou législatives. Il faut avoir confiance dans la clairvoyance et l’éthique de l’homme ou de la femme politique concernés. Il faut aussi observer que, de plus en plus, des citoyens suisses ont une autre origine, une autre attache familiale, culturelle, affective, constitutive de leur personne. Et cette personne, riche de ce qu’elle est, adhère à ce qui constitue la Suisse dès lors qu’elle s’engage.

 
Doit on raisonner autrement pour ce qui concerne des Conseillers fédéraux ? Assurément non. Le Parlement élit un Conseiller fédéral en regard de plusieurs critères ; dont, bien sûr, l’évaluation de son engagement politique en Suisse. Il n’y a aucune raison, par exemple, de suspecter un Chef du département des affaires étrangères de mal défendre les intérêts helvétiques parce qu’il aurait, par ailleurs, une nationalité d’un pays membre de l’UE.
C’est pourquoi, on peut regretter que le candidat PLR du Tessin, afin de calmer des réticences notamment UDC, ait cru bon de rendre son passeport italien. En outre, ce geste un peu agressif envers l’Italie n’est pas de la meilleure opportunité pour l’image de la Suisse qu’il aurait à défendre. Le candidat genevois, qui possède un passeport français, ne l’a pas imité sur ce point ; et c’est tant mieux. S’il devait être élu, on aimerait qu’il ne change rien à cela ; s’abstenant tout au plus, éventuellement, de participer à des élections en France durant le temps de son mandat.


Il y a des principes, des situations qu’on ne devrait ni renier ni modifier par crainte de se faire mal voir, par désir d’obtenir des soutiens. Un Conseiller fédéral suisse, c’est quelqu’un qui doit être ce qu’il est et se tenir droit dans ses bottes.

 

17:20 | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

21/08/2017

La grande question du pardon

D’avoir eu la chance d’écouter un document de France Culture permettant d’entendre feu le philosophe Vladimir Jankélévitch d’une part, de lire le dernier ouvrage d’Eric- Emmanuel Schmitt d’autre part : voilà de quoi réfléchir sur la question du pardon. L’écrivain propose quatre nouvelles où le pardon apparaît soit comme étant insupportable à celui auquel il est destiné, soit comme étant une conclusion tragique mais sublime de destins entrecroisés. Le roman a cette caractéristique, lorsqu’il est vraiment porté par le souffle de son auteur, de toucher certaines réalités au cœur ; tandis que l’argumentation , trop distante, trop cérébrale fait moins ressentir et partager ce dont il est question.
Mais on est bien à vif avec Vladimir Jankélévitch lorsqu’il écrit ou s’explique au sujet du pardon. Relevons que ce Juif de confession et de tradition, mais non religieux, a vu dans le Christianisme originel, c’est-à-dire branché sur le Christ, l’étape ultime du pardon inconditionnel.Non pas, donc, seulement un effort, une vertu permettant de surmonter le tort ou la souffrance infligés par un ou des autres ; mais une sorte d’épuration de son être, écartant tout paramètre, enveloppant l’âme et l’esprit comme une évidence impérieuse et naturelle. Seul ce pardon là réssuciterait ce qui aurait été abîmé, redonnerait à la séquence humaine sa pleine densité et sa véritable espérance. Mais qui, à part le Christ et quelques saints ont-ils pu, peuvent-ils incarner dans l’amour un tel accomplissement ? On pense d’ailleurs au passage mettant face à face Jésus revenu et le grand inquisiteur dans les frères Karamazov de Dostoievski. Le progrès, dans cette humanité si conflictuelle, n’est-il pas déjà d’établir un Droit juste et de punir ceux qui le bafouent. Et, face aux terroristes, la priorité n’est-elle pas d’abord de les débusquer, de les pourchasser et de les neutraliser ? Pourtant, dans cette histoire de l’humanité, les prophètes de l’inaccesible ne sont-ils pas profondément nécessaires ? Où en serait cette humanité si ellle n’avait pas goûté au meilleur des religions, des spiritualités, malgré tous les développements funestes , dévoyés où elle ont sécrété le pire ?
Mais il y a des limites, même à l’idéal du pardon, qui tiennent précisément à la commune appartenance à l’humanité ; des bourreaux comme des victimes. Ce même Jankélévitch considère que les crimes nazis envers les Juifs sont impardonnables. Il a milité pour le caratère imprescriptible de ces crimes-là. Pourquoi ? Parce que, selon lui, les Nazis n’ont pas seulement éliminé des Juifs en considérant qu’ils représentaient un danger. Ils leur ont dénié toute qualité d’hommes, de femmes, d’enfants. Ils ont considéré que, parce que Juifs, ils n’appartennaient pas à l’humanité vivable et qu’ils allaient donc les éliminer de ce monde . On touche là aux discussions récurrentes. Hitler était-il pire que Staline, voire Mao et tant d’autre tyrans de l’histoire ? En nombre de victimes directes, Hitler n’a sans doute pas eu le temps d’être le plus performant. Mais le génocide juif a ceci d’unique dans l’époque moderne que le seul fait d’être Juif signifiait être condamné à l’élimination.
Curieusement, alors qu’une Simone Veil n’a jamais voulu condamner les Allemands dans leur ensemble, le philosophe , si habité par la question du pardon, a toujours été plus dur sur ce sujet envers les Allemands en général. On pourra y trouver une contradiction, ce qu’il a reconnu et assumé lui-même.
Que tirer de cela pour nous-mêmes ? Nous vivons dans un monde dangereux où l’angélisme serait aussi naïf qu’irresponsable. Même là où les critères de morale, de générosité doivent être présents, comme pour la migration, ne pas envisager des limites, des précautions, ne pas évaluer des conséquences, des déséquilibres à terme serait imiter les autruches qui cachent leur tête sous le sable. La réalité politique, économique, humanitaire, climatique est compliquée. Il faut la prendre ainsi. En même temps, cette humanité pourra-t-elle trouver ses équilibres, atténuer ses déséquilibres si ne la traversent pas, jusques dans l’inconscient, ces folles ouvertures vers le pardon, l’amour, l’espérance, la perception d’un inconnu qui nous dépasse mais laisse des traces en nous. Et il y a eu des êtres humains pour recevoir une lumière et dessiner ces traces sur le sol. Oui, c’est très contradictoire, mais il importe assurément que ceux qui ont à gérer les choses de ce monde ne soient pas hermétiques à ces signes de l’impossible. Encore faudrait-il qu’ils ne soient pas coupés des connaissances philosophiques, religieuses qui ouvrent l’esprit et la sensibilité. Une grande question d’actualité pour nos sociétés occidentales.

17:58 | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

06/08/2017

La candidature légitime de Pierre Maudet

Oui La candidature de Pierre Maudet est légitime. Ce n’est pas parce qu’il est jeune mais parce qu'il a une densité fortifiée par une expérience. Ruth Metzler avait été élue à trente cinq ans. Elle n’avait pas encore pu développer la plénitude de ce qu’elle pouvait donner. Pierre Maudet oui. L’intelligence, l’énergie, le sens de l’Etat, la capacité de décider, l’habitude d’un collège gouvernemental : cela fait beaucoup d’atouts. On lui souhaite que le Groupe PLR des Chambres fédérales les sentent ; groupe dont le Président est le candidat tessinois, qui est sorti dans la peau du favori. Mais on connait l’adage, parfois vérifié : qui entre pape au conclave en sort cardinal.
Bien sûr, il faut exprimer une analyse objective. La candidature tessinoise a un sens. Du côté vaudois, celle d’Isabelle Moret, conseillère nationale très engagée et respectée, bénéficie de son aura personnelle et du fait qu’elle serait une femme au Gouvernement. Elle a probablement plus de chances que les deux autres candidats vaudois intéressés. Mais il serait réducteur, pour le Groupe PLR et ensuite pour l’Assemblée fédérale, de privilégier trop les arguments sur la région linguistique ou le sexe. Il faudrait choisir celui ou celle qui semble le mieux préparé. Certes, une vraie question politique serait de donner ou non au Tessin un siège permanent au Conseil fédéral. Pour cela il faudrait logiquement augmenter le nombre de Conseiller fédéraux de sept à neuf. Le Parlement refuse pour l’instant cette réforme et les ministres disent que l’on fonctionne mieux collégialement à sept. Une discussion à poursuivre. Pour l’heure, l’intérêt général est de ne surestimer ni l’argument linguistique ni l’argument féministe par rapport à l’équation personnelle des candidats. Les auditions devant le Groupe devraient être déterminantes.
Le Canton de Genève est tout simplement un élément essentiel de la Confédération. Tout le monde le sait. Certes, deux genevoises ont été élues dans un passé encore récent. Deux socialistes. Le dernier libéral, Gustave Ador, fut élu vers la fin de la première guerre mondiale, afin de renouer le dialogue avec les alliés. On ne pourrait que se réjouir de voir un PLR genevois servir à son tour son pays à l’échelon fédéral dans une fonction aussi importante.
On dit souvent que des calculs politiques déterminent les choix en regard des profils des candidats. Ainsi, par exemple, les Socialistes votent pour un candidat pas trop à droite tandis que les PLR veulent éviter une personnalité de gauche trop conflictuelle à leurs yeux. Cela écarterait quelquefois les candidats ayant le plus de relief au profit de ceux qui apparaissent comme étant plus rassurants. L’histoire des élections de nos ministres a eu de tels exemples. Toutefois, dans l’ensemble et dans la durée, la Suisse a eu beaucoup de personnalités fortes au Conseil fédéral, taillées pour la fonction.
Indiscutablement, Pierre Maudet est de cette trempe. Il fait bien de montrer qu’il le sait et qu’il a une ambition légitime. La course est lancée. Le moins que l’on puisse attendre de toute la classe politique genevoise est un soutien franc et net. Bonne chance à lui.

17:42 | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

15/07/2017

Nos repères politiques bousculés

En 1974, au Tour de France, un mage de mauvais augure prédit que Jacques Anquetil ferait une chute mortelle. Le champion courut avec une angoisse serrant l’estomac, mais il gagna le tour. On ne connaît pas la suite de la carrière du mage. Les devins peuplent l’histoire de l’antiquité. A l’ère moderne, des hommes d’Etat n’hésitaient pas à consulter des astrologues. Ce fut prouvé pour Mitterrand.
Pourtant, après la dernière guerre mondiale, il semblait que la politique suivait des schémas clairs avec des repères lisibles. La guerre froide, c’était facile à comprendre. L’OTAN pilotée par les États-Unis, c’était rassurant. Le facisme disparaissait en Espagne et au Portugal. Les partis communistes occidentaux s’affaiblissaient au rythme de l’affaissement soviétique. Et puis, l’Europe nouvelle semblait naître vigoureusement, lançant sa coordinattion et aspirant à l’unité dans la diversité. Un repère suisse en quelque sorte.
Or, voici que l’on ne sait plus trop où l’on en est. L’Amérique protectrice devient imprévisible. Son Président ne voit pas l’enjeu crucial que représente la lutte contre le réchauffement climatique. On ne sait plus trop où va sa politique étrangère. On craint une décision sans consultation de frappes massives en Corée du Nord. La Chine monte en puissance sans résoudre ses déséquilibres régionaux. Elle perturbe les esprits libéraux qui croyaient qu’un libéralisme économique s’installant entrainerait dans sa suite un libéralisme politique. Quant à la Russie de Poutine, elle déstabilise les gouvernements occidentaux. On ne lui a, sans doute, pas assez tendu la main après la chute du communisme et l’éclatement de l’URSS. On s’est peut être sommairement réjoui à l’idée de la confiner en lui ôtant ses zones d’influence séculaires, en lui donnant un sentiment d’encerclement. Ce qui n'a pas empêché des saisissements interloqués à chaque fois que Poutine avance un pion. Bref, tout cela devient compliqué.
C’est pourquoi, on a envie de croire à une nouvelle efficacité franco-allemande animée par le duo Merckel-Macron. Encore faut-il, afin d’être crédible, que Macron réussisse à réformer la France. Oui, on aimerait que se dessine une politique de l’Europe renouvelée, tant pour sa construction interne, solide et ouverte, que pour sa relation avec le reste du monde. En somme, on a envie de retrouver confiance en des chefs de file qui aient une une culture, une réflexion philosophique, éthique et, bien sûr, politique. Ajoutons une capacité de réagir aux crises, mais possédant aussi une vision, une volonté de tenir un cap, un talent pédagogique et une force de conviction qui puisse entraîner l’adhésion démocratique.
Il y a un danger indistinct lorsque la politique se déroule à l’aveuglette et sans direction perceptible. De réactions en réactions au coup par coup peuvent sortir des secousses et des engrenages que l’on ne voit pas venir. On a souvent vu, au fil du destin européen, que, faute d’analyses lucides, de convictions fermes, de maitrise du dialogue, fût-il musclé, le pire est advenu. Nous ne l’imagions pas mais le flou ouvre à l’imprévisible.
Il y a aujourd’hui plusieurs problèmes lourds qui pourraient avoir des conséquences graves à moyen et à long terme. Le terrorisme, certes, est angoissant ; Mais aussille réchauffement climatique et les conséquences imaginables d’un afflux migratoire non maitrisé, notamment venu d’une Afrique en démographie galopante. Des équilibres de société, des identités nationales pourraient être mis en cause. Le Président Macron se méfie des journalistes qui s’addonent aux délices de la chasse aux sorcières au nom, bien lucratif pour leurs médias, de la transparence. Ils ne seraient guère intéressés par la complexité des choses. D’où son inclination à un exercice pédagogique direct devant les Parlementaires et les Citoyens. On ne peut pas lui donnez tout à fait tort sur ce point, même si le danger serait de se raidir dans une telle attitude. Il nous dit qu’il faut agir <en même temps> ici et là. Fort bien, mais posons alors nettement, explicitement les données compliquées, tout en dégageant clairement le cap. Cela peut être un débat démocratique vivifiant sous la lumière non pas dispersante mais éclairante de nos responsables politiques. Si l’on y songe, c’est bien ici le cœur de la culture politique et démocratique suisse. Le débat éclairé est bien consubstantiel à nos institutions. Or, le risque, à notre échelle helvétique, est que notre Gouvernement collégial ne montre pas assez bien le cap qu’il invite à suivre sur des sujets sensibles : l’Europe, la migration, le climat, le point d’équilibre entre l’ouverture et l’affirmation de valeurs s’appliquant à tous…
Oui, nombre de nos repères sont bousculés. Ce peut être une chance si , en Suisse et en Europe nous savons nous repositionnner intelligemment pour nous insérer dans le mouvement de l’histoire.

23:01 | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

01/07/2017

Ce que nous dit Simone Vei

De Simone Veil beaucoup a été dit et va être dit. Osons retenir ici trois aspects de ce qu’elle fut et de ce qu’elle fit. Tout d’abord, ce tournant tragique de sa vie. Jeune fille heureuse en famille, belle et intelligente, elle se retrouve brusquement arrêtée et déportée avec sa mère et sa sœur à Auschwitz, tandis que son père et son frère le sont aussi dans un autre camp. Ni sa mère, ni son père, ni son frère n’en reviendront.

Elle a exliqué sa survie dans son livre autobiographique écrit très tard. Une chance, un regard improbable avec une gardienne touchée par son charisme et, surtout, une volonté, une force de caractère, une dureté même dans un sens de   vitalité animale a-t-elle reconnu en évoquant cette année épouvantable. Elle a survécu, en est sortie, certes mal en point mais s’est rétablie.

Et La voici relancée dans la vie, les études supérieures, le mariage, la maternité puis une carrière de juriste, jusqu’à l’apogée politique.  Alors, bien sûr, aussi forte qu’elle ait été, le traumatisme, la souffrance intérieure, l’extermination de ses êtres les plus chers vont hanter à jamais ses jours et ses nuits. Et c’est avec cela qu’elle va pourtant mener des actions publiques remarquables.

Aujourd’hui, et malgré des commémorations, on pourrait ne plus tellement penser à cette monstruosité nazie abominable d’extermination des Juifs. L’actualité, telle que la politique consternante du Gouvernement israélien vis-à-vis des Palestiniens, avec implantations croissantes de colonies, pourrait en quelque sorte nous distraire du devoir impérieux de mémoire. Or, si la critique d’une politique est légitime et si l’on ne saurait s’en dispenser par crainte de passer pour un anti-sémite, il importe de se garder de toute approche mélangeant les choses.

Pour l’Europe entière, Suisse comprise, la Shoah est une page horrible de l’histoire. Jean- Pascal Delamuraz, au moment de la crise sur les Fonds juifs dans les banques helvétique, et tandis que la Suisse était acerbement accusée, s’était écriée : < ce n’est quand même pas nous qui avions fait Auschwitz>. Il disait ce que beaucoup pensaient, se rebiffant contre des attaques sans nuances. Mais, avec le recul, il faut considérer que la phrase était malheureuse. Le nazisme fanatiquement anti juif est bien sorti d’un antisémitisme européen ambiant plus ou moins assumé ou refoulé. Il y a donc une exigence de prise de conscience générale qui impose deux attitudes mentales et morales : cultiver le devoir de mémoire de cette tragédie et combattre toute résurgence d’antisémitisme. Simone Veil a été exemplaire à cet égard. Jamais elle n’a rendu l’ensemble du peuple allemand responsable de l’horreur. Mais sans cesse elle a dénoncé les expressions violentes, meurtrières ou verbales qui ont ressurgi et qui, chaque fois, la blessaient au cœur. Honorer donc cette très grande personnalité, c’est jurer devant elle de ne jamais oublier…et de transmettre la mémoire.

Un deuxième aspect à retenir est précisément la voie qu’elle indiquait pour ne plus jamais trahir le meilleur d’une civilisation ; c’est-à-dire construire une Europe harmonisée cimentée par la réconciliation franco-allemande. Le fait que cette rescapée du Camp a été la première Présidente d’un Parlement européen élu par les peuples européens fut un événement très important. Plus important encore, le fait que cette élection a pu avoir lieu par la concordance des votes des députés européens français et allemands. L’engagement européen de Simone Veil ne répondait pas seulement à son appréciation de la réalité économique et politique du Continent ; il puisait sa source et sa dimension morale dans son histoire personnelle. Une histoire que les jeunes générations devraient connaître, tant il est vrai que des personnalités hors norme sont des repères et des sources d’inspiration.

L’épisode le plus connu est son combat devant l’Assemblée nationale française afin de légaliser l’interruption de grossesse. Elle ne le mena pas en féministe idéologue mais en démontrant une réalité qui amenait des femmes privilégiées à faire interrompre leur grossesse à l’étranger et des non privilégiées à recourir aux avortements clandestins pleins de dangers pour leur santé. Elle essuya à ce moment là, et même par la suite, les insultes les plus honteuses. Mais, avec cette loi de 1974, elle est entrée dans l’histoire politique française, comme un Robert Badinter avec la suppression de la peine de mort.

Simone Veil n’a pas été Présidente de la République, ni Premier ministre. Mais elle compte assurément parmi les grandes figures politiques et morales du vingtième siècle. Cette grande dame juive, française patriote et européenne engagée aurait vraiment sa place au Panthéon. De nombreux Suisses reconnaissants et impressionnés par cette vie en seraient heureux.

 

Jacques-Simon Eggly

21:12 | Lien permanent | Commentaires (13) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

19/06/2017

De Petitpierre à Moutier

Les Suisses auront suivi les résultats des élections législatives françaises. Les Français n’auront pas entendu parler du vote de Moutier décidant de quitter le Canton de Berne et de rejoindre celui du Jura. Et pourtant, il s’agit là d’une décision qui trouve ses racines dans une longue histoire européenne et qui va porter bien au-delà d’une législature. La manière dont le cours des choses s’est déroulé est une réussite de la démocratie et du fédéralisme helvétique. Si le nom d’un homme en particulier doit être associé à cet aboutissement, c’est celui de l’ancien Conseiller fédéral Max Petitpierre.
Reprenons brièvement ce cours de l’histoire. 1815 : les Congrès européens reprirent à la France vaincue les districts francophones du Jura nord et les attribuèrent à La Suisse, soit au Canton de Berne. Ce dernier avait dans son orbite les districts du sud. Il y avait des raisons de réunir ainsi tout le Jura francophone sous la houlette bernoise. Il était intéressant que Berne, canton charnière entre Suisse allemande et Suisse romande, possédât ainsi une frontière avec la France. Mais il y avait également les prémices d’une tension grave propre à inquiéter la Suisse. Les Nordistes étaient catholiques et à l’écoute du coq gaulois. Les Sudistes étaient protestants et nichés entre les pattes de l’ours bernois. Les Nordistes trouvèrent des chefs séparatistes charismatiques et une troupe de choc : les Béliers. Des actes violents, des attentats même, des affrontements se développèrent ; heureusement sans morts. La situation risquait de dégénérer. Il y eut bien un vote consultatif de tous les Jurassiens en 1959. Berne espérait ainsi clore l’affaire. Une majorité anti-séparatiste, mais essentiellement sudiste, s’en dégagea. Rien ne s’apaisa. Les Nordistes séparatistes redoublèrent d’efforts, d’énergie. L’explosion semblait possible.
Alors, le Conseil fédéral convainquit le Gouvernement bernois d’accepter qu’une Commission de sages nommés par le Gouvernement fédéral explorât des possibilités de solutions en rencontrant toutes les parties. Ce fut la Commission confédérée de bons offices pour le Jura présidée par Max Petitpierre. Ah oui, il explora toutes les possibilités ; notamment l’idée de s’appuyer sur une troisième force de conciliation afin de proposer une statut d’autonomie de tout le Jura, mais restant au sein du Canton de Berne. Quelle créativité conceptuelle ! Or, tout cela se heurta à l’intransigeance tendue des Séparatistes, au raidissement des Anti séparatistes et des autorités bernoises. Cétait l’impasse. Alors, afin d’en sortir, Max Petitpierre imagina une procédure de plébiscites en cascade susceptible de rallier, bon gré mal gré, les uns et les autres.
C’est ainsi, qu’en 1974, une majorité des Jurassiens, mais cette fois essentiellement nordistes, vota pour la séparation et la création d’un nouveau canton. Toutefois, les districts sudistes à majorité anti-séparatiste, eurent le droit de se prononcer à nouveau chacun. Ils confirmèrent leur volonté de demeurer bernois. Le Jura se trouvait donc divisé. L’événement n’en fut pas moins le vote du peuple et des cantons suisses ratifiant, en 1978, la création d’un nouveau canton. Évidemment, les tensions continuèrent, même si elles n’eurent plus la même intensité. Des collaborations furent organisées. Une Assemblée inter-jurassienne consultative vit le jour. De nouveaux médiateurs fédéraux intervinrent. La tension se focalisa sur Moutier dont les citoyens étaient très divisés. Dans l’esprit de feu Max Petitpierre, la nécessité de recourir à un nouveau plébiscite à Moutier fut reconnue. Il a eu lieu dimanche. A quelques voix près, Moutier a choisi de rejoindre le Canton du Jura. Ce devrait être chose faite en 2021.
Mesurons l’exploit. Il y a eu longtemps chez les Bernois et les Anti-séparatistes la dénonciation d’une menace contre le fédéralisme et la paix confédérale. Il y a eu chez les Séparatistes un vent indéniable d’agressivité anti-suisse, anti-suisse alemande et anti-berne. Or, à la fin, la Suisse a résolu ce problème difficile, dangereux grâce à sa démocratie et à son fédéralisme. Elle a montré une capacité de négociation interne. L’équilibre confédéral n’a pas été affaibli mais renforcé . On a le droit de se réjouir du résultat du vote ou de le regretter, avec des raisons valables de part et d’autre. Mais l’essentiel, vu avec un peu de recul, tient à cette réussite helvétique. Moutier devrait refermer le cercle de l’affaire jurassienne. Cette réussite a eu un inspirateur, Max Petitpierre. Les enseignants d’histoire suisse et leurs manuels ne devraient pas l’oublier.

18:09 | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | |