20/05/2017

Fabrice A ne devrait jamais sortir

On attend le verdict sur le procès du meurtrier d’Adeline . les lignes qui vont suivre ne sont pas politiquement correctes. En effet, la conclusion est que Fabrice A ne devrait plus jamais sortir de prison,
Une telle opinion va à l’encontre de toute une doctrine et une pratique pénales. L’idée admise est que la peine doit être individualisée, modulée en fonction de la responsabilité évaluée du prévenu, des chances, évaluées elles aussi, de son amélioration et de sa réinsertion. Cettte approche subtile a toute sa cohérence théorique et sa dimension humaine. D’ailleurs, il y a quelques années, l’auteur de ces lignes avait voté contre l’Initiative pour l’internement à vie des criminels pervers. Eh bien, aujourd’hui, c’est une position contraire défendue ici ; cela au terme d’une réflexion s’appuyant sur plusieurs éléments.
Le premier tient à l’imprécision inévitable au sujet de la diminution possible du caractère dangereux d’un meurtrier du type de Fabrice À. Le mal, la perversité enfouis peuvent-ils disparaître vraiment ? Il y a quelque chose qui est à la fois intéressant et dérisoire dans les avis des experts psychiatres. Ils expliquent beaucoup mais ne sont sûrs de rien. Des exemples d’amélioration, de réinsertion réussies existent, certes. Mais des exemples de récidives tragiques existent également. Cette incertitude ne plaide-t-elle pas en faveur d’un principe de précaution de la société et des personnes ? Fût-ce au détriment du condamné.
Le deuxième élément tient à l’horrible sort fait à la victime, ainsi qu’à la blessure inguérissable infligée à ses proches. Chacun peut s’imaginer à leur place. Chacun peut imaginer leur sentiment de révolte devant ce qu’ils perçoivent comme étant une relativisation de leur souffrance, dès lors qu’ils constatent une focalisation sur la personnalité de l’accusé. On peut s’imaginer ce qu’ils ressentent lorsqu’ils savent que le meurtrier pourra un jour sortir de prison,--après quinze ou vingt ans peut être-, et se construire une existence plus ou moins normale ; alors même qu’eux sont marqués à vie. Une rencontre fortuite dans la rue ou un café ! C’est proprement insupportable. En y pensant bien, cette focalisation du Code pénal sur le meurtrier plutôt que sur la victime et ses proches a vraiment un aspect révoltant.
Le troisième élément tient à la hiérarchie des valeurs, à la priorité dans leur illustration et leur protection. On est allé trop loin dans l’individualisation de la sanction, dans l’appréciation psychologique du criminel ; au détriment de la perception objective du crime et de ce qu’il représente. Notre société se devrait de mettre au plus haut niveau la protection de la personne, de son intégrité physique. Donner une chance de sortie, même après des années, à un homme comme Fabrice serait, quoi qu’en pourraient dire les juges, une manière de dégrader la valeur attribuée à la vie d’Adeline, de relativiser l’atteinte gravissime portée à la personne et à la société.
Il ne s’agit pas, ici, d’évoquer une vengeance. On n’en est plus au sang qui doit effacer le sang, ni à la peine de mort. Elle a été abolie et doit continuer de l’être. Il n’empèche que celui qui a transgressé une règle fondamentale de la société, déterminante pour sa cohésion et le respect de ses membres devrait être retranché à jamais de sa vie courante. A l’application de son internement de ménager des conditions humaines. A lui, à l’aide peut être de personnes attentives, religieuses ou non, de rechercher une régénération personnelle de l’âme. Ce serait son affaire. Mais la société, elle, devrait indiquer, marquer le point de non retour. La vie est sacrée, sa protection est une pierre angulaire : Celui qui, froidement, bafoue cette valeur fondamentale devrait vivre en marge. Que l’on se comprenne bien. Il ne s’agit pas ici des crimes passionnels uniques, lesquels bien sûr doivent rencontrer une sanction de durée limitée, , quand bien même il faudrait davantage marquer parfois la gravité de l’atteinte à la vie. Mais on est ici dans le registre des crimes abominables de pervers, pour lesquels ni la personne ni la valeur humaines n’ont de prix.
Certains réagiront pourtant à ces lignes en disant que la décision d’enfermer à vie est cruelle, inhumaine, La réponse est qu’il y a des transgressions inacceptables et que les relativiser est, inconsciemment, nourrir des germes très nocifs pour notre humanité

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17/05/2017

Votons oui

Dimanche, nous saurons si la loi sur l’énergie, première étape législative de la stratégie énergétique 2050, sera acceptée par le peuple, ou non. Il y a les meilleures raisons de suivre le Conseil fédéral et le Parlement : donc de voter oui.
Certes, il faut écouter et lire les arguments des opposants, lesquels ne sont évidemment pas des obscurantistes. Un vote résulte d’un choix, après avoir banlancé le pour et le contre. Les opposants ne croient pas à la modicité de la hausse transitoire des coût de l’énergie pour le consommateur. La différence des chiffres avancés entre ceux du Conseil fédéral et du Parlement est spectaculaire. Ils craignent un subventionnement coûteux des centrales hydrauliques qui ne couvre plus leurs coûts ; mais précisément à cause de la baisse des coûts de l’énergie. Ils imaginent des soutiens, là encore trop chers, aux nouvelles énergies renouvelables ; lesquelles ne pourront pas combler le manque général en temps voulu. Alors, il faudra, disent-ils, importer du nucléaire français, voire du charbon allemand dont une partie pourrait bien venir même de Chine. Quant aux éoliennes, elles ont, d’après eux, un avenir limité dans un plateau suisse étroit, sans compter qu’elles abîment le paysage.
Ah là là…
Et bien nous préférons croire le Conseil fédéral et la majorité du Parlement. Tout d’abord, il faut un acte politique clair pour une sortie progressive du nucléaire. S’en tenir à un rythme de transition régulé par le marché ne suffit pas. Même un esprit libéral et rétif à l’étatisme doit en convenir. Il y a des domaines et des moments où une orientation politique est nécessaire. D’ailleurs, comme pour l’agriculture, on est inéluctablement dans un maquis de subventionnement. Et puis, toujours dans une dynamique d’orientation politique, le soutien aux énergies renouvelables, --en fait déjà bien connues--,telles le solaire, la géothermique, la biomasse et l’éolienne vont dans le sens de l’histoire énergétique. Il y a assez de procédures pour que la Suisse ne devienne pas un parc éolien. Le paysage en sera moins défiguré qu’il ne l’est pas les lignes à haute tension. Les autres énergies mentionnées ont progressé beaucoup ces derniers temps dans leur capacité et leur rentabilité. Il y a un avenir économique, financier, social évident dans ces domaines. Enfin, les possibilités d’économiser l’énergie, par exemple dans les bâtiments, sont elles aussi encourageantes. On peut, là encore, trouver des incitations sans sombrer dans une bureaucratie trop lourde.
Tout cela étant considéré, on ne croit pas au caractère inéluctable d’un manque obligeant à une augmentation d’importations discutables. A terme, n’est-ce pas, au contraire, un refus d’une orientation moderne vers l’avenir qui nous laissera plus dépendant ? Certes, rien ne dit, qu’un jour, un recours au nucléaire avec des centrales sûres et ne créant pas des déchets inquiétants, ne soit possible. Alors, on verra. Mais pour l’avenir prévisible, il faut sortir du nucléaire en misant sur les énergies renouvelables et en rentabilisant la consommation par diverses mesures adéquates.
Ainsi donc, d’un côté les inquiets, les sceptiques ; de l’autre la pari de la confiance pour suivre le chemin indiqué par le Conseil fédéral et le Parlement. Cette option nous paraît la plus prometteuse.

 

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08/05/2017

L'élection française vue de Suisse

 

Il faut saluer la victoire d’Emmanuel Macron. C’est un exploit individuel et collectif impressionnant ; cela même si sa victoire au deuxième tour s’appuie largement sur ceux qui ont surtout voté contre Marine Le Pen. Que se serait-il passé si François Fillon n’avait pas été englué dans les affaires ? Gageons qu’il aurait participé au duel final, sans doute au détriment de Marine Le Pen dont il n’était pas très éloigné au score du premier tour.

 

Assassinat politique, comme il dit ? Sans doute. Scandale des fuites et des relations incestueuses entre la justice et les médias, selon la phase de Jean-Pierre Chevénement ? Assurément. Mais les erreurs de jugement et sa mauvaise réaction de défense indiquent aussi sa part de responsabilité personnelle dans ce ratage électoral. Il l’a d’ailleurs reconnu. Passons. Reste à voir quelle composition aura la nouvelle Assemblée qui sortira des urnes le 18 juin prochain. Suivant les scénarios se produisant , le quinquennat pourrait tanguer de gauche à droite.


L’observateur peut se poser la question : y aura-t-il un consensus dynamique autour d’un Président qui se dit déterminé à accomplir des réformes indispensables ? Avec Fillon, la détermination était claire. Avec Macron, malgré les mots, c’est l’attente. Toutefois, une position est encourageante : son engagement européen. Dans une période où le risque de repli des nations sur elles-mêmes est grandissant, la chance est là d’avoir en France un jeune Président qui croit à la conjonction indispensable des dimensions nationales et européenne. Lui qui n’est pas un meurtri de la dernière guerre mondiale, rejoint les pères fondateurs et comprend que rien de bon, rien de sûr,rien de prospère, rien de prometteur pour la jeuesse ne peut se réaliser sans une articulation européenne forte. Il a compris également que le moteur de l’Europe devait se brancher sur le couple franco-allemande.


Même en Suisse on doit s’en féliciter. Si notre pays, de par son identité particulière et une méfiance de longue date tient à garder une certaine distance vis-à-vis de la construction européenne, elle dépend largement de la solidité de cette dernière. La Suisse en contre-point et non pas en plein dedans, soit : mais en lien étroit et en flux réciproque vital. Or, certains nient cette réalité existentielle et cette nécessité. Ils confondent indépendance dans l’interdépendance et une crispation faussement identitaire, nuisible à la prospérité et à l’assise de la Suisse en Europe.


Cela, on vient de le voir encore avec le discours follement applaudi de Christoph Blocher devant l’Assemblée de l’Association pour une Suisse indépendante et neutre. Cette fois, il s’agirait d’une Initiative populaire s’attaquant directement à la libre circulation des personnes avec l’Union européenne. L’interdire à tout jamais par un article dans la Constitution. Aberrant ! Et, en attendant, s’ opposer de toutes les manières à la politique du Conseil fédéral et du Parlement qui cherchent à concilier l’Initiative contre l’immigration massive et l’Accord avec l’UE. Casser, en quelque sorte la chance d’une négociation avec Bruxelles. Quelle erreur incroyable !


On aimerait qu’une jeunesse, s’interessant davantage à l’histoire, ressente la chance offerte par une Europe harmonisée, le risque économique et politique d’une Europe déarticulée. On aimerait qu’elle comprenne et ressente la nécessité historique , pour la Suisse, de développer un lien institutionnel et des relations concrètes fortes avec une Europe dont elle est partie prenante ; fût-ce en singularité.

Alors oui, de ce point de vue l’élection d’Emmanuel Macron est une bonne nouvelle.

 

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11/04/2017

Pas de vie sans la mort

Un exposé et une prédication entendus, la même semaine : Marie Cénec et Vincent Schmitt. C’est probablement ce que l’on peut entendre de mieux actuellement au sein de l’église protestante genevoise. Un regret : que ces réflexions fortes, incitatives à la méditation et à la sensation n’aient pas à disposition les voies et moyens d’un écho plus large. Un problème actuel des églises.
Que retenir ? L’homme peut-il vivre sans Dieu ? Oui, sans aucun doute. Peut-il atteindre personnellement le même niveau d’éthique, d’humanité, de moralité qu’un croyant ? Oui encore, sans aucun doute. Alors pourquoi se prendre la tête et vouloir qu’une foi apporte des réponses aux mystères insondables ?
Or, il y a d’abord une observation . Les religions ont, certes, souvent déroulé le pire dans l’histoire des hommes. Tuer au nom de Dieu, quelle abomination ! Mais elles ont aussi inspiré le meilleur. Nombre d’intellectuels athées, agnostiques le reconnaissent. Les bases, le socle de nos valeurs qui irriguent nos sociétés viennent de nos racines spirituelles. Il a fallu une dimension de transcendance originelle pour développer des sociétés civilisées.

Mais il y a plus à dire. L’homme sans Dieu admet donc que sa vie est un bref parcours finissant dans le néant. Logiquement, il doit également penser que l’univers né du bing bang n’est que le fruit du hasard et de la nécessité, pour parler comme Jacques Monod. Or, si vraiment, nos société n’étaient plus que La réunion d’hommes ne ressentant aucune expérance au-delà de la vie terrestre, tout l’édificie se voulant auto-suffisant deviendrait bien fragile. La mort, porte close après la courte vie et porte ouverte sur le rien ! Quelle que soit l’exigence éthique de l’athée, n’y a-t-il pas un arrière- fond de désespérance, une arrière-goût d’absurde ?

D’ailleurs, si certains s’en arrangent, on voit poindre la tentation de conjurer cette échéance de la mort, d’apporter sinon un espoir d’immortalité totale, du moins une perpective de longévité inouïe qui y tende. C’est à quoi visent les théories trans-humanistes qui fleurissent particulièrement aux Etats-Unis. En pays francophone, un Luc Ferry en a présenté une analyse. On voit des milliardaires américains foncer et investir dans ces recherches vertigineuses. A la fin du siècle présent, les gens qui le voudront pourront vivre mille ans, déclare l’un d’eux le plus sérieusement du monde. Avec quel corps aux organes constamment renouvelés ? Avec quelles connexions entre le cerveau et des robots ? Ce serait, aux yeux des ces mordus, l’ouverture d’une aventure humaine passionnante.

On n’ose pas imaginer les ruptures d’équilibre géo-politiques, économiques et sociales qui pourraient découler de cette <aventure passionnante>. Car la mort, soit La durée limitée des corps vivants est au cœur des équilibres de la création. En fait, s’agirait-il encore de l’espèce humaine ?

Il ne s’agit pas de jouer ici au vieux ronchon faussement austère. La durée de vie des hommes s’est énormément allongée ; grâce à une élévation du niveau économique, à la médecine, à l’hygiène, au soin que l’on prend de sa personne. On ne peut que s’en féliciter. Mais, si sa propre personne devient l’unique objet de sa préoccupation, si la partie est obsessionnelement prise pour le tout, alors, où se placent le sens, la dimension de la vie ? Que devient l’interrogation troublante mais tellement essentielle sur le mystère de la création, sur la relation de l’homme avec cette dimension, sur le devenir de quelque chose de soi après la mort ? Tous les grands mythes, toutes les grandes religions, toutes les grandes philosophies ont discuté de cela. Quel serait l’intérêt de la condition humaine, sans réflexion et intuition à ce sujet ?

Voilà pourquoi , rien n’est plus beau, plus fort, plus perturbant mais profondément émouvant que cette histoire humaine et post-humaine de Pâques ; c’est-à-dire de mort puis de résurrection, soit une incarnation indiquant une continuité au-delà de la mort : mais autrement, vers autre chose. Finalement---et ceci est évidemment une conviction personnelle---, l’homme sans Dieu et visant uniquement sa longévité---, serait une sorte de mort vivant. Nous voulons penser que cela n’adviendra pas et que l’homme intégrant en lui le fait la mort prolongera sa raison d’être.

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14/03/2017

Démocratie:conviction et contradiction

Longtemps, l’autorité politique s’est réclamée du droit divin. Les conceptions ont évolué. Aujourd’hui, sous nos latitudes, s’est ancré le principe de laïcité. Cela n’extirpe pas nos racines. Ainsi, la réflexion sur la politique peut utilement se nourrir de réflexions sur la spiritualité. Récemment, la pasteur Marion Muller- Collard, dans un petit livre accrocheur intitulé <l’intranquillité>, s’inspire de Blaise Pascal. L’idée est que la vérité ne vient pas à l’esprit d’un coup, ne se traduit pas dans un bloc immuable. En Chrétienne, la pasteur cite évidemment Jésus : <je suis le chemin, la vie>. Autrement dit, il faut marcher sur un chemin tout sauf facile. Suivre une ligne directrice, guidée en l’occurrence par la foi ; mais sans éluder jamais les questions difficiles. Blaise Pascal pratiquait l’exercice de la contradiction : un argument devant rencontrer nécessairement un argument contraire avant de se développer pleinement. A la fin, loin d’être affaiblie, la conviction ne peut en sortir qu’élargie, éventuellement corrigée, certainement renforcée.
Ne devrait-il pas en être ainsi en politique, dans un véritable esprit démocratique. Or, on constate très souvent ceci : dès que l’on parle politique, giclent les affirmations péremptoires, la condamnation immédiate de la contradiction. L’art du dialogue, de la confrontation des idées laisse place au choc des émotions. Lors de la discussion politique, on glisse vite dans un mécanisme cérébro- hormonal qui n’est plus très rationnel. En temps normal, la conséquence n’est pas grave mais dérériore la qualité du débat. En temps troublé, on sait où cela peut mener. Le non art de la contradiction débouche sur un terrain miné et la conflagration.
Certes, la politique est aussi un combat.Il peut être rude. Il ne s’agit pas de faire dans l’angélisme. Mais un vrai Libéral, viscéralement attaché à une vraie démocratie, aura toujours à cœur et à l’esprit de frotter sa conviction à la contradiction. Car tel est le chemin, la vie…

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04/03/2017

L'alpiniste qui dévisse

François Fillon, l’alpiniste accompli, est dans la tourmente mais il s’accroche, enfonce son piolet dans une roche devenue soudain friable, ne renonce pas, ou pas encore, refuse de faire demi tour. Du courage ? De la ténacité ? Des qualités qui pourraient être nécessaires dans la fonction de Président ? Sans doute. Et puis, on a le droit d’exprimer une certaine empathie. Ce qu’on lui reproche, ce dont on le soupçonne est-il si grave ? En Suisse, un parlementaire fédéral reçoit, outre son indemnité, une somme ,--il est vrai assez modeste--, qu’il peut utiliser ou non pour rémunérer un assistant l’ aidant dans dans son travail. En France, c’est l’État qui paye le soutien, pour une assistance annoncée en bonne et due forme.

Soit. Mais la déclinaison de cette activité est en main du député. Alors, entre l’emploi fictif et coupable et l’assistance vraiment pleine et dense, il y a tout un éventail de prestations dont les contours sont difficiles à préciser. La pauvre Pénélope s’est probablement perdue de bonne foi dans ce flou juridique et pratique.

Autre remarque. Le lâchage en cascade des <amis> auquel on assiste ne respire pas tellement le courage et la loyauté. Au lieu de serrer les rangs on s’exfiltre. Certains ont envie de ne pas être repérés plus longtemps comme étant les matelots d’un capitaine en perdition. Ce n’est pas forcément le sentiment vertueux qui les anime.

Bon ! mais une fois cela dit, on voit d’autres aspects du caractère de François Fillon. Comme il arrive souvent aux politiques, il confond son destin personnel avec l’intérêt général. Oui, avant la tempête, il était fondé à coonsidérer que le redressement de la France passait par lui. Il était la chance d’une vraie alternance. Mais aujourd’hui, que ce soit injuste ou non, sa personne devient la garantie, pour la droite, de perdre l’élection. L’alpiniste, qui s’accorche et croit voir le sommet malgré les vents contraires, est en train de dévisser comme un somnambule. Or, sa chute sera celle de son camp. Du courage, on passe à l’obstination, de la ténacité à l’égocentrisme. Perte de lucidité et du sens de la responsabilité,

Car, de surcroît, l’imprudent, qui se voyait comme l’incarnation de la vertu et de la transparence, stigmatisait en douce ses rivaux à la primaire.. <Imagine-ton de Gaulle mis en examen ?>. Et pif sur le nez de Sarkozy et aussi de Juppé condamné naguère. Et cette phrase : <je ne me retirerai que si je suis mis en examen>. Il va l’être et ne se retire pas. Dès lors, il est pris au piège de sa propre posture. L’image se lézarde. Les qualités ne sont plus retenues. Le programme devient inaudible.

Sa dignité eût été de passer aussitôt la main, quitte à appeler le remplaçant à endosser des points forts de son programme, lequel lui avait fait gagner la primaire de la Droite et du Centre. Enfin, il y a une leçon à recevoir devant cette péripétie électorale et judiciaire. En politique, il ne faut pas jouer au grand vertueux devant l’Eternel. Il faut être lucide, cohérent, crédible. En somme, toute personnalité politique ambitieuse devrait avoir autour d’elle un ou deux compagnons de route à l’écoute du monde extérieur, brisant le vase clos et faisant office de garde fou. Pénélope, sans doute femme aimante et dévouée, mais peut être trop pour avoir été cet ange gardien nécessaire. Vous savez, on aimerait presque la consoler.

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31/01/2017

RIE 3: vision économique contre myopie comptable

Disons le tout net, les interventions des anciennes Conseillères fédérales Evelyne Widmer-Schlumpf et Ruth Dreifuss contre le projet fiscal fédéral RIE3 nous ont choqué. Il y a le devoir de réserve, sauf en cas de renversement politique majeur. Qu’Obama critique la décision inacceptable de Trump sur les immigrés musulmans, c’est bien. Que les deux anciennes membres du Collège gouvernemental se lancent ici dans l’arène, c’est déplacé.

Sur le fond, l’ancienne ministre fédérale et cantonale des finances aurait pu se demander pourquoi tant de ministres cantonaux, à l’instar du Conseil fédéral et du Parlement, sont pour la réforme. Ruth Dreifuss, elle, pourrait s’interroger sur le choix, par exemple, de la ministre socialiste des finances à Bâle, laquelle soutient résolument le projet fiscal. De même, l’engagement conjoint du PLR Pascal Broulis et du Socialiste Pierre-Yves Maillard dans le Canton de Vaud ne semble pas la troubler. Ils savent que 82% de leur impôt cantonal sur les bénéfices vient des multinationales. Presque 70% à Genève.

En fait, on voit bien deux approches. Visant le recul, dans un tout premier temps, des recettes fiscales fédérales et cantonales résultant du projet, la Gauche crie au risque d’affaiblissement de la fonction publique et à la menace contre les prestations sociales. L’épisode précédent de RIE2 a pourtant démontré le contraire. Il y a toujours, à gauche, cette agressivité plus ou moins affirmée contre le Capital. L’égalité de traitement exigée par l’accord avec l’UE fait se rejoindre vers un taux de l’ordre de 13% les impôts sur le bénéfice de toutes les entreprises. Les grandes multinationales perdent leur statut spécial mais les entreprises indigènes voient leur taux baisser. Logique et raisonnable, non dissuasif et équitable. En plus, certaines déductions seront possibles pour l’impôt cantonal parallèle, en regard de leur degré de capitalisation. Scandale s’offusque la Gauche. Des cadeaux prévisibles aux actionnaires ! Tandis que les habitants non privilégiés, eux… Relevons ici, en passant, que Genève a des taux d’impositions particulièrement élevés sur les hauts revenus et les classes moyennes dites aisées ; tandis que 34% de particuliers ne payent aucun impôt sur le revenu. L’assiette fiscale est déséquilibrée. C’est malsain. C’est contraire à une équité fiscale et à une conscience civique qui voudraient que chacun contribue, si peu que ce soit, à l’effort commun. Mais, à Genève surtout, court cette obsession de surtaxer les riches, les patrons, leurs entreprises et de redistribuer au maximum. On aura toujours et encore, ce parfum persistant de lutte des classes.

A l’inverse, il y a une vision économique à moyen et long terme que partagent la Droite et les Sociaux-démocrates réalistes. De ce côté, on a compris que comptent l’attractivité, la compétitivité permises par le lieu d’implantation ; c'est-à-dire, chez nous, nos cantons et notre Confédération. Les entreprises multinationales doivent contribuer, bien sûr, aux rentrées fiscales, mais dans une mesure qui les rassure, les incite à demeurer, à venir. Les entreprises indigènes, grandes, petites ou moyennes doivent aussi contribuer à l’effort fiscal ; mais dans une mesure qui les rassure, les incite à investir, à prospérer, à embaucher. Car oui, le prolongement de ce dynamisme en continu se traduit par des emplois. Et à terme, tout cela assure des rentrées fiscales dans la durée. Trop d’impôts tuent l’impôt. Une économie sans trop de boulets fiscaux crée l’impôt.

On nous parle de la fonction publique qui serait en péril. A Genève, qui ne voit qu’elle est trop nombreuse et financièrement trop lourde. Mais c’est un autre débat. De toute manière, sa pérennité dépend de la solidité financière de l’Etat, laquelle dépend de la vitalité économique.

On l’observe donc : vision comptable à court terme contre vision économique à moyen et long terme. Quelle est l’approche qui donne, finalement, le plus de champs au progrès social ? Poser la question c’est y répondre. Voilà, mesdames les anciennes Conseillères fédérales, ce que vous auriez pu au moins retenir comme étant une argumentation défendable. A défaut de vous convaincre, cela aurait dû vous amener à ne pas déroger à votre devoir de réserve.

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26/01/2017

Mort de l'Hebdo: et ensuite?

L’annonce de la disparition de l’Hebdo a été un coup de tonnerre et fait un peu mal. L’auteur de ces lignes ayant eu, comme base, une activité de journaliste, qu’il lui soit permis, pour une fois, un ton personnel. Je sais ce qu’est, pour ceux qui en vivaient, la disparition d’un journal. Je porte encore le deuil de celle du Journal de Genève. J’ai une pensée pour Jacques Pilet, son fondateur. Pourtant, je n’ai pas toujours apprécié sa ligne consistant en un journalisme d’investigation ou d’information orientée ; c’est à dire d’enquêtes dont on savait dès la première ligne quelle serait la conclusion. Conscient de mes lacunes dans ce genre de journalisme là, je préférais la rigueur d’un Roger de Diesbach par exemple. Toutefois, l’hebdo fut une belle histoire. Je pense à tous les rédacteurs en chef qui se sont succédé avec une pensée particulière pour Ariane Dayer, dont le talent, heureusement, a pour trouver sa place au Matin Dimanche. Surtout, l’Hebdo a créé des événements, des forums de réflexion, des discussions. Il s’est engagé dans des débats sur l’Europe. Il a fait vivre intellectuellement, politiquement la Suisse romande. Un périodique comme l’Illustré prendra-t-il un peu la relève ? Ce ne pourra être la même envergure. Les éditeurs, Ringier-Springer, ont-ils voulu choisir entre l’Hebdo et le Temps, quotidien à vocation romande ? On aimerait croire au moins à la pérennité de ce quotidien, plutôt que de craindre la fragilisation de l’autre enfant du Groupe après l’abandon de son aîné.

 

Bien sûr, la presse écrite est en danger. Certes, une évolution se fait vers les textes en ligne, de plus en plus utilisés par les jeunes générations. Pourtant, afin de permettre des réflexions bien communes, des discussions, des relectures à tête reposée, le texte électronique aura-il le même apport que le texte imprimé ? J’en doute. J’ai des craintes quant à la nourriture intellectuelle et civique, quant à la présence médiatique en Suisse romande face à la Suisse allemande majoritaire ; ce qui a des incidences sur l’articulation confédérale de notre pays.

 

Je ne crois pas à la vertu du soutien direct de l’Etat. Mais je pense que des milieux économiques, intellectuels, politiques devraient entrer dans des échanges approfondis pour savoir comment garder une presse de qualité de référence assumant un rôle essentiel pour tous et pour chacun.

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09/01/2017

Plaidoyer pour l'élégance

Plaidoyer pour l’élégance

 

Chaque premier de l’An l’Eurovision diffuse le concert du nouvel an donné par l’orchestre philharmonique de Vienne. Chaque fois, c’est un honneur et manifestement un plaisir pour le chef invité. Ce l’est aussi pour le public, d’une élégance vestimentaire que ne le cède en rien à celle des musiciens. Les Srauss père et fils sont incontournables et tout le monde les attend, les accompagne. Les téléspectateurs ont droit, en sus, aux évolutions des danseurs de l’Opéra de Vienne. Il y a comme un parfum de nostalgie de l’Empire Austro-hongrois, comme si, avec Stephan Zweig, on voyait le train pour l’exil emmener le dernier Empereur Charles.

 

Ce concert, événement un peu décalé d’un temps révolu ? Sans doute. Mais que ce petit moment d’élégance est agréable à voir, à entendre, à ressentir. Elégance, le mot est lâché, quitte à se faire moquer et traiter d’élitiste. On a l’impression qu’elle seperd. La grande avancée bienfaisante de la démocratisation, y compris culturelle, devait-elle fatalement diminuer le champs vivant de l’élégance, introduire de l’uniformité gris souris ? Oh, il ne s’agit pas seulement de l’élégance vestimentaire, encore que l’on puisse regretter que les gens ne s’habillent pas pour honorer, suivant la nature du spectacle, les artistes qu’ils vont voir ou entendre. Mais on pense aussi à l’élégance du langage, du comportement.

 

Soyons lucides. Des personnes présentant bien, comme on dit, s’exprimant bien peuvent cacher une vulgarité de pensées et de sentiments. Tout au contraire, tels ou tels ne se souciant guère de leur apparence et de leur vocabulaire, ou qui les cherchent à leur manière provocatrice et marginale peuvent avoir une noblesse intérieure. Ne soyons pas des doctrinaires de l’apparence.

 

Toutefois, il y a quand même un certain lien entre les aspects de l’élégance. Celui qui aime la belle littérature, qui admire les belles choses, qui goûte la beauté de ce qu’il voir, qu’il entend, qui prend soin de sa personne, qui cultive la richesse de sa langue maternelle , qui pratique la courtoisie dans sa relation à autrui, bref qui conjugue l’élégance personnelle et le respect de l’autre, oui celui- là, à son échelon, fait oeuvre de civilisation.

 

A l’échelle collective, cela concourt à une civilisation. Même dans la confrontation politique, il est possible de garder l’élégance dela forme et le respect du contradicteur, de ferrailler sur les idées sans attaquer la personne ; pour autant que cette dernière soit bien sûr estimable, ce qui est le plus souvent le cas.

 

Beaucoup de vœux, de souhaits ont été exprimés en ce début d’année. Eh bien, que s’exprime ici le léger plaidoyer pour l’élégance.

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24/12/2016

Voila le monde tel qu'il est

Voir le monde tel qu’il est!

 

Quelle fin d’année ! Les images d’Alep dévastée. Un marché de Noël à Berlin victime d’un terroriste. Comment prêcher l’amour, la paix au milieu des folies meurtrières. Il y a une semaine, 'l’Appel Spirituel' conviait à sa rencontre annuelle une invitée principale: une femme écrivain musulmane, Karina Berger. Elle a mal à son Islam. Elle a expliqué, exprimé plutôt de manière émouvante ce qu’était le sien, sa lecture du Coran ; si loin des dévoiements, si proche du meilleur de toutes les confessions. Oui, ces messages, ces appels à autre chose, il faut les écouter, s’en imprégner.

 

Et pourtant, dans la perception du monde compliqué, pour une maitrise relative des événements, il y a aussi une responsabilité de lucidité et de réalisme. Dans les guerres, notamment civiles, il y a rarement un camp totalement du bien contre un camp totalement du mal. Ceux qui se parent de vertu ont souvent des arrières pensées, des intérêts qui n’ont rien de pur. Et à ceux qui croient partir en croisade, il faut leur rappeler l’adage ironique qui dit que l’enfer peut être pavé de bonnes intentions. Quelques exemples: l’Occident a fait tomber Kadhafi en Libye sans assurer le suivi. Il s’en suit, notamment, un chaos politique et le passage d’un flux si périlleux mais aussi inquiétant de migrants africains vers l’Italie.

 

Les Etats Unis ont éliminé Saddam Hussein. Que de désordres et de guerre depuis en Irak. Et l’avènement de Daech. On a les yeux braqués sur Alep la tragique. Mais les opposants dits modérés et divisés ont très vite été noyautés par les extrémistes, lesquels ont pris en otage les civils dans leur résistance à Alep. Ces gens là n’ont rien à voir avec la liberté. On critique beaucoup la Russie de Poutine. Cetes, le personnage n’est pas un enfant de cœur et n’a pas été nourri au biberon de l’esprit démocratique. La Russie n’a pas de tradition à cet égard. Mais que d’erreurs l’Occident n’a-t-il pas commises. Analyses simplificatrices sur l’Ukraine, condamnations précipitées, sanctions discutables, provocations politico-militaires donnant aux Russes un sentiment d’injustice, d’encerclement et suscitant la nationalisme.

 

Parfois, on se met presque à regretter des politiciens au sang froid, des Nixon ou des Kissinger. Ils manquaient de sensibilité pour les droits de l’homme qu’il ne faut jamais oublier ; mais ils ne commettaient pas d’erreurs d’analyses majeures. En cela, ils donnaient de meilleures chances à la paix. Un mot en cette période de Noël sur les réfugiés, les requérants d’asile chez nous: oui, on est choqué lorsqu’une décision fédérale de renvoi frappe des personnes semblant déjà bien intégrées et appréciées de leur entourage. Toutefois, comme l’a relevé franchement Pierre Maudet, ce serait hypocrite de ne pas voir le problème d’ensemble, la nécessité d’un cadre légal, d’une loi définissant les critères d’admission. L’ignorer serait tendre la perche aux nationalistes outranciers.

 

On le constate : rien n’est simple dans cet écheveau international et national. Formulons un vœu pour l’année prochaine : que se découvrent plus et mieux les intersections favorables aux élans du coeur et aux actions réalistes. L’humanité se perdra si elle oublie trop la compassion, la fraternité et l’amour. Mais elle explosera si des esprits lucides aux commandes ne prennent pas en compte les complications et les contradictions du monde afin de trouver des équilibres realists.

 

Joyeux Noël!

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