11/03/2013

Devoir de loyauté envers Isabel Rochat

Devoir de loyauté envers Isabel Rochat

 

Il n’y a rien de pire en politique que l’hypocrisie et la déloyauté, sinon, certes, l’aveuglement. En trahissant Napoléon à Tilsit vis-à-vis du Tsar Alexandre, Talleyrand ne trahissait pas la France que l’Empereur, mécaniquement, menait à la catastrophe. Ces cas sont rares. La semaine dernière le PLR genevois à décidé de présenter au premier tour de l’élection au Conseil d’Etat trois candidats : en l’espèce les trois sortants. Son Comité directeur aurait voulu que l’on en présentât cinq à ce premier tour. L’assemblée des délégués en a décidé autrement. Les deux argumentations avaient leur fondement. Mais en présenter cinq alors que l’ambition est  de conserver trois sièges ( toute autre ambition serait de l’arrogance et de l’irréalisme)   eût été le désir de laisser aux électeurs du premier tour le soin de faire le ménage. En clair, les observateurs auraient attendu de voir si Isabel Rochat serait sortie dans le trio ou aurait été dépassée par l’un des deux candidats nouveaux et donc éliminée.  Outre que les observateurs, comme on dit, peuvent se tromper dans leurs pronostics, serait-il correct, loyal, courageux pour un parti de s’en remettre ainsi aux électeurs pour manier le balai à l’interne. On nous dit que ce serait dans l’esprit de la nouvelle Constitution qui ouvre le choix démocratique. En alignant simplement Genève sur les autres cantons avec l’exigence de la majorité absolue au premier tour  la Constitution ne dit rien sur ce point. Et, dès lors que le PLR genevois entend représenter les trois sortants et  leur accorder sa confiance, pour autant que cela soit confirmé par l’Assemblée du 21 mars, le choix de trois est logique.

A moins que… A moins que des notables PLR aient en quelque sorte fait une croix sur Isabel Rochat, en étant plus ou moins d’accord avec le Blog très méchant sur elle de Pascal Decaillet. Mais alors il faudrait le dire et surtout le lui dire en face, voire l’inciter à ne pas se représenter. Car la soutenir comme la corde soutient le pendu serait aussi lâche qu’inélégant finalement. D’ailleurs Isabel Rochat pense exactement cela.

Mais un jugement si massivement critique à son endroit est terriblement injuste. Ses collègues, en 2009, ont eu, oui, l’inélégance et le manque de lucidité politique de lui laisser le département de la sécurité ; avec notamment le défi d’un dialogue difficile entre l’Etat et les syndicats de policiers. Il y a eu des erreurs de communication de sa part, sans doute, mais aussi du courage et de la ténacité. Et puis, si Pierre Maudet  peut agir, c’est en partie grâce au travail préparatoire d’Isabel  Rochat : par exemple l’élaboration de la loi sur la police. De même, si François Longchamp a bien préparé le travail du département repris par Isabel Rochat les collaborateurs du département conviennent que la conseillère d’Etat se trouve à l’aise dans ce département et conduit bien les dossiers. Autrement dit, son déficit de résultat visible est largement dû à ce  passage à deux départements de suite. Un examen plus attentif permet un jugement équitable et d’inviter à la confiance pour la prochaine législature. Toutefois, afin de rassembler les électeurs PLR, les trois candidats PLR devront, loyalement, collégialement, tirer leur bilan ensemble, afficher leur programme ensemble, bref être soudés. A cette condition l’élection des trois PLR est parfaitement possible.  Et si l’un ou l’une devait tomber, ou encore l’un des deux PDC puisqu’il y aura entente à cinq, ce sera dans la péripétie démocratique et non pas dans une conspiration interne< médiocratique>.  

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03/03/2013

Minder n'est pas italien mais...

Minder n’est pas italien mais…

 

Pas de surprise avec l’acceptation massive de l’Initiative Minder contre les rémunérations abusives. Tous l’attendaient. Economie suisse savait que tout son argent utilisé contre elle avait filé vers le ruisseau qui emporte les objets mal utilisés. On ne surmonte pas l’impression générale de dérives malsaines et une aspiration profonde à plus d’éthique avec de la monnaie argumentée sonnante mais trébuchante. Reste que cette Initiative n’indique pas la meilleure solution. Reste que des débats parlementaires difficiles vont avoir lieu pour élaborer une loi d’application.

Evidemment, on voit mal comment la Suisse, seule dans son coin, pourrait être un censeur des bonnes mœurs en la matière concernant les sociétés cotées en bourse alors que ces sociétés appartiennent, en fait, à des propriétaires (actionnaires) largement internationalisés. On verra. Il n’empêche que cette acceptation traduit la méfiance grandissante de la population envers les responsables de l’économie et de la finance. Et cela est grave. On ne croit pas à leur capacité d’en revenir à la mesure, à la décence, à la conscience des repères nécessaires pour préserver la cohésion du corps social. Bref, on pense qu’il faut imposer des contraintes légales à ceux qui ont perdu la boule et le sens inné de l’éthique. Malheureusement, <l’éthique> réglementée, l’intervention étatique entrainent des effets négatifs à leur tour. C’est ici ,dira-t-on, une obsession mais tant pis : le libéralisme ne peut vivre et survivre que sur une chemin retrouvant les repères de l’éthique ; et cela à l’échelle mondiale. A défaut, tout est imaginable : retour des protectionnismes, populismes, et même affaissement des démocraties.

Il ne faut pas peindre frénétiquement le diable sur la muraille. Mais les élections italiennes font peur. Ne comparons pas le sérieux Conseiller aux Etats suisse allemand Minder avec celui que l’on qualifie de Coluche transalpin. Il n’empêche que le succès invraisemblable de son mouvement résonne comme une gifle sonore et sans appel aux partis constitués comme tels. Les Italiens n’ont jamais eu beaucoup d’estime envers leur classe politique. Le succès d’un Berlusconi était déjà une sorte de nique au jeu traditionnel. Mais cette fois, on se demande comment les choses vont être gérées, même en faisant la part de l’inventivité théâtrale latine. L’idée du Mouvement devenu arbitre est de faire réagir au coup par coup ses adhérents, objet par objet traité au Parlement. Une sorte de participation directe donc, comme dans un concours télévisé de téléréalité. Ne serait-ce pas la fin de la politique conçue comme un programme réfléchi, conçu et réalisable  ? Ne serait-ce pas la fin d’un vrai rôle institutionnel pour un Parlement digne de ce nom ? Et bien sûr, la péripétie italienne a de qui inquiéter tous les pays européens. Pas seulement sous l’angle des préoccupations monétaires, financières, économiques et sociales. Le risque d’une contagion de la méfiance est grand. Marine Le Pen, par exemple, pourrait bien représenter bientôt près de 20% des voix en France. Imaginons ce que cela donnerait avec un retour au mode de scrutin proportionnel aux élections législatives.

En fait, la question d’une confiance générale à restaurer sur une base éthique retrouvée et diffusée devient un enjeu européen et au-delà. Les volets économiques et financiers ne pourront plus être dissociés de la dimension morale et d’une exigence de cohésion sociale suffisante.  Oh, ne jouons pas à l’angélisme. Les confrontations sociales et politiques sont inévitables. Mais le danger commence lorsque tout glisse vers une méfiance sans retour et une agressivité ne voyant plus de raison à se tempérer. L’orchestre européen nous offre une drôle de musique. Et si La Suisse fait du violon solo plus harmonieux, ses derniers raclages de corde montrent que les pierres qui tiennent notre bel édifice helvétique peuvent aussi subir l’érosion.      

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18/02/2013

Respect d'un Protestant pour Benoît xv1

Respect d’un Protestant pour Benoît xv1

 

Les Protestants sont toujours un peu ébahis par les procédures et le décorum du Vatican. Les plus grinçants ne manquent pas d’évoquer le coût de tout cela. Pourquoi donc ne pas reconnaître les spécificités cohérentes de chacune des églises chrétiennes. On ne soulignera jamais assez l’importance historique, culturelle, intellectuelle et morale de la Réforme. On n’insistera jamais assez sur son apport déterminant à l’identité genevoise par exemple. Mais soyons francs. Dans un temple protestant, si le sermon n’est pas prenant, que reste-t-il pour alimenter la ferveur ? l’émotion, la vibration des sens n’y trouvent guère leur compte. C’est pourtant dans cette intériorité sobre que se trouve la marque de fabrique originelle. Mais on voit bien la difficulté de la transmission et que l’expansion se fait du côté des églises évangéliques, voire des méga churchs dont on saisit les reflets à la télévision. Ce spontanéisme dirigé par des plus ou moins gourous exaltés laisse plus que songeur.

L’Eglise catholique, elle, tente, à travers les siècles, de réunir des sensibilités diverses aux abords d’une ligne tracée et garantie par une hiérarchie au sommet de laquelle se trouve le Pape. Il y faut donc une sacralisation du fonctionnement de tout l’appareil, notamment autour du Pape. Reconnaissons qu’il y a dans cette procédure d’élection par un collège de cardinaux un rituel dont le parfum de sacré est certainement tonifiant pour l’Eglise et ses fidèles. Vouloir rompre avec tout cela au motif que la valeur démocratique, aujourd’hui, suppose la simplicité et la proximité de la part des pouvoirs   est transposer sommairement ce qui vaut dans le monde laïc au registre compliqué et subtil d’une église plus que deux fois millénaires. Sa force est aussi de ne pas être à la pointe de la mode. Alors, bien sûr, ces procédures, ces rituels, cette ambiance de cour favorisent les luttes internes de pouvoir ; ce que le Pape vient précisément de déplorer dans son dernier discours devant les fidèles rassemblés sur la Place St-Pierre. Mais les fidèles protestants qui ont eu vent de certaines intrigues dans certaines paroisses conviendront  que, d’une autre manière certes, ce n’est pas d’une nature très différente des hautes manœuvres cardinalesques.

Evidemment, un défi pour un Pape d’aujourd’hui, est de concilier la solennité, voire la pompe inhérentes au système avec une simplicité personnelle, une communication fraternelle envers les spectateurs, les auditeurs, les interlocuteurs. C’est dans un tel mélange réussi que peut se fortifier une communion et une unité. Or, vue sous cet angle, l’abdication de Benoît xv1 , est un modèle du genre. La modestie, l’intériorité de ce Pape sont évidentes. Sa manière de ne pas s’accrocher au pouvoir, bien que sacré et précisément parce qu’il l’est, est impressionnante.   Il a mesuré l’étendue de la responsabilité et la fragilité de ses forces. Il en a déduit sa décision.  

Alors, déjà beaucoup disent que c’est le seul  acte novateur de ce conservateur. Mais, là encore, combien mélangent les genres. Si, par exemple, des Gouvernements et des Parlements se réjouissent d’instituer le mariage pour tous, en décrétant que  tout est équivalent à tout à l’aune de l’amour déclaré,  et que le droit à l’enfant est un droit également unisex, l’Eglise catholique comme telle, avec son magistère, doit-elle monter aussitôt dans ce bateau aux gouvernails s’agitant en tous sens ?   On peut gager que le prochain Pape ne variera pas sur ces grandes questions. Tout juste peut-on espérer qu’il maintiendra une ligne, des recommandations mais en n’exprimant pas de condamnation envers ceux qui ne la suivent pas et en affirmant l’amour divin pour tous.  Avec les églises protestantes, c’est à la fois plus simple et plus confus.   L’église vaudoise fait un pas  vers le mariage pour tous ; l’église genevoise pas encore. Ici, on a le débat public au sein d’églises fortement laïcisées dans leur mode de fonctionnement, là on a une Eglise qui ne peut infléchir sa ligne que prudemment et sans se déliter ; au risque, c’est vrai, d’une perte d’audience dans sa périphérie. Mais, de toute manière, la perte du sentiment religieux dans nos pays n’est-elle pas le vrai problème ?  

Bref, les Papes de ce siècle auront à vivifier les chemins de la spiritualité tout en ouvrant toutes leurs antennes sur les réalités du monde. Franchement, un Protestant affranchi de toute méfiance viscérale et comprenant la place et les rôles des uns et des autres ne peut que saluer avec respect le Pape qui se retire.

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07/02/2013

sport argent et société

Sport argent et société

 

L’argent est le véhicule nécessaire au fonctionnement de l’économie libérale. Et, hors peut être de phases initiales ou intermédiaires très particulières, la liberté économique est le seul levier efficace menant vers la prospérité. La crise actuelle, aux multiples causes, ne contredit pas ce fait. Aucun volontarisme politique pour diriger l’économie n’a jamais garanti l’avenir ; que ce soit par exemple en France le Colbertisme, le Blocus continental napoléonien ou l’actuel socialisme à la française.  Mais une économie libérale ne saurait vivre de façon équilibrée en se coupant des autres composantes de la société, notamment sociale, éthique et finalement mentale. Au fond, dès lors que le libéralisme a étouffé son adversaire communiste dans le registre de l’efficacité économique, il s’est trouvé manquer de repoussoir et de repères. Le libéralisme économique à la chinoise, imbriqué pour quelque temps encore dans un régime de dictature politique ne facilite pas la lisibilité de tout cela.  A terme la liberté devrait être indivisible mais la réalité montre que bien des décalages sont possibles, ce qui perturbe un esprit vraiment libéral.

Toutefois, le plus perturbant tient aux dérapages constatés dans les pays de bonne tradition économique libérale.  Les folies de certaines banques, les <bonus> incompréhensibles et, surtout, les parachutes dorés pour des dirigeants d’entreprise n’ayant pas mené leurs entreprises, précisément, au succès : tout cela et bien d’autres choses minent la confiance dans l’économie, la finance et dans la politique au sein de la société. A court terme, c’est regrettable. A long terme ce peut être grave. Et lorsque dure une période de crise, avec du chômage aux effets humains très lourds, il peut en découler des réactions profondes aux prolongements inquiétants . Le récent sondage sur l’opinion française est révélateur. On n’est pas si loin de l’aspiration à l’émergence d’un Bonaparte qui sèmerait l’illusion d’un retour à l’ordre, à la prospérité générale, au pied de nez gaulois à une mondialisation pourtant incontournable. L’histoire de la montée des fascismes, certes en d’autres temps, devrait inciter à réfléchir. Mais les difficultés pourraient être affrontées en commun si la société n’était pas choquée de plus en plus souvent par des exemples de démesures (cf. les salaires excessifs ayant fait surgir la mauvaise Initiative Minder) et de tricheries.

Il y a un domaine qui apporte sa part de rêve : celui du sport. L’auteur de ces lignes était un fan du Tour de France dont il connaissait tous les vainqueurs et dont il pouvait réciter la liste à l’ébahissement moqueur du cercle auditeur. Coppi, Bartali, Koblet, Kubler, Bobet aussi, Anquetil et Merkx étaient ses héros ; Indurain peut être encore. Instinctivement un rejet se créait contre Amstrong. Mais quelle déception ! L’épopée a tourné au spectacle de la tricherie organisée. Même ici, l’argent et la volonté de performance, de victoire à tout prix a fait éclater l’ubris dans les têtes ; cette ubris, cette démesure dont les Grecs classiques disaient qu’elles perdaient les hommes aux yeux des dieux. Et voilà que l’on parle de matchs de football truqués, en Suisse aussi. On peut ne pas être fan de foot et reconnaitre que ce sport, populaire entre tous, a un rôle important pour les entités collectives, des plus petites aux plus grandes, et que la beauté du jeu accompli, regardé peut stimuler l’esprit de solidarité. Hélas, trois fois hélas ! On veut encore, heureusement, battre des mains et du cœur pour Federer.  Même si, ici, l’argent est énorme l’image reste belle. Pourvu qu’elle ne s’altère jamais. Cela étant ayons garde de ne pas oublier la multitude de ces petits entrepreneurs, artisans créateurs de biens qui eux sont demeurés ce qu’ils étaient et devaient être. Ils n’ont pas perdu leur boussole. Mais les mauvais et  exemples,  médiatisés à outrance dérèglent la boussole collective et sapent la confiance personnelle.

 

Oui, on aimerait penser, que dans le sport comme dans la finance, l’industrie et au cœur de la politique les démocraties verront le retour en force de l’éthique individuelle et collective ; éthique qui est bel et bien le fondement et la condition de pérennité dans l’équilibre pour nos sociétés.

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31/01/2013

L'Europe sans dents ni griffes

L’Europe sans dents ni griffes

En marge de l’intervention française au Mali, France culture a diffusé un débat intéressant sur le poids militaire et donc politique de l’Europe. Certes, les officiers et soldats   français ont fait preuve d’une efficacité spectaculaire contrastant aussi bien avec la fuite des Islamistes qu’avec l’impuissance de l’armée malienne en tant que telle. Et l’on a envie d’applaudir tout en s’inquiétant du fait que la France y est allée bien seule. Pourtant, il y a eu des aides logistiques de partenaires européens et de la part des Etats Unis. Outre des drones d’observation ces derniers ont aussi apporté des avions de transport qui ont convoyé des troupes françaises sur le terrain d’opération. C’est là qu’a eu lieu une note presque comique et assez humiliante. Le Pentagone a facturé son service en fonction des heures de vol et du nombre d’hommes transportés. Juste colère de François Hollande qui  a téléphoné à Barak Obama, lequel a reconnu la bévue et jeté la facture aux oubliettes. Mais cet épisode est illustratif d’une tentation américaine de laisser davantage l’Europe assumer ses responsabilités en matière de sécurité.  

Or, d’Europe de la défense, de conception, de formation de coordination entre pays européens il n’y a guère à voir ni à retenir. Il n’y a que deux pays qui comptent vraiment dans le domaine : l’Angleterre et la France. Mais, on a observé avec  l’opération Libyenne que l’une et l’autre ont besoin des Etats Unis pour une action d’envergue et de longue haleine. Manque d’indépendance militaire veut dire aussi manque d’indépendance politique.

Il a été beaucoup question, ces derniers mois, des volets économiques, financiers, budgétaires et sociaux au sein d’une Union européenne secouée. Certes une solidarité a fini par s’affirmer entre les pays de la zone Euro mais la démonstration a été faite qu’une monnaie unique sans harmonisation économique, sans convergences politiques suffisantes demeurait une monnaie fragile. En fait tout devrait aller de pair. On a l’impression qu’il y a trop de bureaucratie européenne, ce que dénonce avec virulence le Royaume Uni et trop peu de substance politique européenne. Cette substance politique devrait se traduire  par une identité, une visibilité puis une efficacité dans le domaine de la défense et de la sécurité ; laquelle implique des interventions comme celle ayant cours au Mali. Pour dire les choses autrement, en termes de poids et d’influence mondiale l’Europe n’aura pas de grand avenir si elle persiste à manquer de dents et de griffes. Une pas très important pour la dissuasion avait été fait par l’Angleterre et par la France (vision gaulliste encore une fois) avec la force nucléaire. Mais le pas suivant d’adaptation aux menaces actuelles et futures doit nécessairement être européen. Etant entendu que la Suisses peut y apporter quelques plus values de niche dès lors qu’un mandat de l’ONU le lui permet.  Oui vraiment, n’en déplaise à ceux que cette idée froisse, l’Europe sera aussi militaire ou ne sera jamais vraiment.    

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28/01/2013

Trop de droits sans boussole

Trop de droits sans boussole

 

La société évolue, donc les repères, les critères, les normes aussi. Faut-il pour autant conclure que toute demande nouvelle, toute revendication doivent être saluées du qualificatif de progrès et qu’il faille les consacrer officiellement ? Le fait que beaucoup l’attendent est-il un argument suffisant pour le faire ? Et si même la pression devient trop forte pour y résister purement et simplement, le frein tiré par les conservateurs n’est-il pas un garde fou salutaire ? Voilà des questions légitimes. Prenons deux exemples illustratifs.

On a l’impression qu’il deviendrait inconvenant, discriminatoire de ne pas marier des couples homosexuels au même titre, de manière équivalente à ce qui prévaut pour les couples hétérosexuels traditionnels.  Même amour, même engagement, mêmes effets donc ; on choisit sa forme de couple. On peut s’étonner que des homosexuels tiennent tant à cette reconnaissance officielle alors que tant de couples traditionnels renoncent au mariage, tant civil que religieux. Mais admettons que cette reconnaissance, gage de non discrimination morale et mentale à leurs yeux, soit importante pour eux. Il y avait une solution que le Parlement suisse avait choisie : le PACS. Or, naïfs ont été ceux qui pensaient, --dont le signataire de ces lignes—que cette solution serait suffisante pour longtemps : acte officiel mais non pas équivalent à tous égards. La différence se référait à une distinction pourtant logique. Le mariage entre un homme et une femme est potentiellement et le plus souvent porteur d’une famille. Autrement dit, des enfants avec un père et une mère identifiables, un repère masculin et un  repère féminin constitutif d’une personnalité. Alors on vient nous dire que tant de familles sont recomposées et que souvent des enfants sont abandonnés ou maltraités par leurs géniteurs. Le seul critère important serait le désir d’enfant et la volonté de s’en occuper. Comme si le droit à l’enfant devait primer sur tout et si toutes les formes de parentalité s’équivalaient pour autant qu’il y ait de l’amour. Dans cette logique, d’où la naïveté évoquée plus haut, la revendication s’affirme. Deux hommes ensemble, deux femmes ensemble auraient le  droit , non pas de faire ensemble, chose impossible, mais d’obtenir des enfants. Adoption, insémination d’une des femmes en couple,  et pourquoi pas recours à une mère porteuse bien rétribuée…Après tout, pourquoi s’arrêter à une limite. Puisque les couples traditionnels se marient avec la possibilité de faire des enfants, il serait discriminatoire que les couples autrement ne puissent en avoir, autrement.

Eh bien, même si c’est presque devenu politiquement incorrect ayons ici l’audace de dire que c’est le règne de la confusion non seulement des genres mais aussi des repères et que c’est un ferment de déstabilisation à long terme. Il y a confusion entre la liberté des gens à vivre comme ils l’entendent, sans la moindre réprobation morale et la reconnaissance officielle de ces manières de vivre avec toutes leurs conséquences. Non, tout n’est pas équivalent à tout et refuser la confusion n’est pas faire œuvre de discrimination.

Autre illustration plus subtile : l’euthanasie. En Suisse, on permet l’assistance au suicide. Celle-ci est exclue dans certains hôpitaux et aucun médecin n’a l’obligation de cette assistance. Pour les médecins, cette affaire est d’ailleurs très délicate. Heureusement, il y a un grand développement des soins palliatifs, contre les douleurs prodigués aux malades incurables. L’euthanasie elle-même, c'est-à-dire le fait de donner la mort, est illégale en Suisse. Toutefois, si la demande vient d’un malade lucide mais incapable de se la donner à lui-même, même avec assistance, et si le donneur de mort à ce moment là n’est mû que par la compassion et des sentiments altruistes et désintéressés, il pourra ne pas être puni. Avouons que la ligne rouge est ténue et que les repères ne sont  pas faciles à établir. Pour un Gouvernement et un Parlement, c’est une tâche bien délicate. Il faut accepter l’idée d’une zone un peu floue qui appartient au secret d’une relation entre un patient, son médecin voire l’entourage familial.  La professeur de philosophie Jeanne Hersch parlait du risque d’escamoter la fin de vie et ce passage de la vie à la mort qu’elle estimait être essentiel pour l’homme. Cela mérite réflexion. En tout cas, ne faut-il pas résister à une pente qui conduirait à rendre facile, presque banale l’euthanasie ? Ce serait nous éloigner encore davantage de nos racines spirituelles, que l’on soit croyant ou non.

Finalement, on voit la nécessité d’une exigence dans l’approche des grandes questions qui surmonte l’obsession de la non discrimination excluant toute distinction et la facilité de faire jaillir des droits et des libertés sans repères : droit à l’enfant, banalisation des étapes les plus subtiles et mystérieuses de la vie, jusqu'à la mort.

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17/01/2013

Et si la Suisse s'engageait plus

Et si la Suisse s’engageait plus

 

L’année est à peine commencée et déjà l’on s’aperçoit que son lot de drames et de souffrances  ne cédera en rien à celui de l’année précédente. Au hasard d’une réunion de famille, rencontre avec une jeune femme idéaliste, entreprenante et courageuse. Pour des organisations humanitaires, elle a travaillé longtemps en République du Congo et vient de partir pour le Liban afin d’aider particulièrement les enfants réfugiés de Syrie. Elle a vu nombre de  ces enfants soldats, de ces femmes violées ; le viol étant autant une arme de guerre, de destruction  psychologique  planifiée  que le fruit de pulsions sauvages.  Au Congo, elle a pu établir des contacts aussi bien avec des chefs  de groupes rebelles qu’avec des responsables loyalistes. L’effort de persuasion, voire d’éducation afin que les comportements les plus affreux diminuent n’est pas forcément vain. Il y faut des moyens dont on manque. On pense aussi à cette belle action permanente qu’est l’Appel de Genève ; soit l’engagement afin que, dans des points chauds, tant des mouvements rebelles que des forces gouvernementales renoncent à l’usage de ces horribles mines anti personnelles qui tuent et mutilent les innocents, dont des enfants.

La Suisse, bien sûr, assume sa part dans les engagements humanitaires, sous l’égide de l’ONU ou autrement. Elle reste le pilier de base du CICR. Comment pourrait-elle ne pas se sentir impliquée par tout ce qui se passe dans le monde ?  Si la prise d’otages en Algérie, dans le contexte de l’intervention française au Mali, n’a pas encore fait de victimes helvétiques le danger de ces Islamistes fanatiques et terroristes en est un pour tous les pays européens. Bref, le devoir d’’engagement solidaire est une évidence, d’un point de vue sécuritaire comme d’un point de vue moral.

Il y a un volet où l’engagement suisse semblait trouver un nouveau registre : celui de la participation de militaires dans des opérations de stabilisation, de surveillance et d’assistance en faveur de la paix. La présence d’un contingent de nos soldats volontaires au Kosovo (la Swisscoy) en est un exemple.  Une Commission consultative, chargée de conseiller le Gouvernement existait. Mais Ueli Maurer, Chef du Département de la défense l’a fait supprimer. Mauvais signe politique. Ayant présidé cette Commission durant quatre ans, l’auteur de ces lignes se souvient très bien de la séance avec le Général sénégalais, chef de la force militaire de l’ONU présente au Congo ; avec un mandat qui, on l’a bien vu, limite grandement ses possibilités d’interposition. Mais ce Général qui avait pu apprécier la contribution de certains officiers suisses en appelait à notre pays afin qu’il envoie des officiers, des spécialistes capables de donner des cours sur le droit de la guerre, le droit humanitaires, les comportements criminels à bannir. Les destinataires devraient être plus nombreux qu’aujourd’hui : soit des officiers de ces pays capables de prolonger le message.

Voilà un type d’engagement qu’il faudrait renforcer. La Suisse pourrait y accentuer à la fois l’expression de sa solidarité et sa spécificité. Il y a d’autres voies qui mériteraient d’être évaluées. Quel dommage que notre ministre de la défense, paralysant du coup ses collègues du Conseil fédéral, soit tellement accroché à une politique de sécurité traditionnelle et ne voie pas que la sécurité de la Suisse aujourd’hui se trouve beaucoup dans ces registres là ! Quel dommage qu’il n’y ait pas, au Parlement, davantage de pression en ce sens ! on assiste à une addition de voix issues d’une gauche idéologiquement et sommairement anti -militaire et d’une droite conservatrice croyant surtout au plantage de nos fusils d’assaut lors d’exercices dans nos vertes prairies. L’histoire en général est pleine de ces politiciens et de ces stratèges toujours en retard d’une guerre dans leur conception. Alors que l’accent devrait être mis sur la promotion du Droit, au service de la paix et jusques dans la guerre. Ce devrait être le label suisse du xx1ème siècle.

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02/01/2013

"Toutes les aberrations totalitaires du vingtième siècle, les intégrismes actuels ne seraient que des accidents dramatiques"

lenoir frédéric.jpgIl y a bien sûr tout le bien que l’on souhaite à ses proches, à ceux qui vous sont les plus chers sans s’oublier soi même. Il est presque impossible d’imaginer que, dans ce cercle de proximité, rien de fâcheux n’adviendra à quiconque.  Puissent dans ce cas les liens affectifs adoucir les effets des blessures.La nouvelle année a donc commencé.  Des voeux ont été échangés.  Des manifestations joyeuses ont eu lieu un peu partout à l’heure du passage. Cela fait plaisir et l’on oublie un instant les continuités de malheurs. Alors, puisque c’est la période des vœux, pourquoi ne pas en exprimer ici.

Mais ici, c’est vers l’extérieur que se porte le regard. Oh mon Dieu, le train du monde  suscitera-t-il davantage d’optimisme ? Lors d’une conférence récente à Genève, Frédéric Lenoir alignait, certes, tous ses motifs d’inquiétude. En revanche, il voyait une ligne continue de progrès ou de progression humaine dans l’affirmation toujours plus accentuée de l’individu dans sa liberté personnelle et sa responsabilité.

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16/12/2012

Genève entre Escalade et Noël

Genève entre Escalade et Noël

 

Pour les Genevois, la fête de l’Escalade précède de peu Noël. Bonne proximité car le lien est évident au cœur de l’histoire et de l’identité genevoise. Oui, il s’agit bien de cela. Et d’abord l’histoire. Qui connaît  mieux que très peu le parcours historique de cette Cité. Jules César la mentionne. Les Allobroges, comme les Helvètes d’ailleurs, ont subi ou plutôt bénéficié de la longue emprise romaine. A la fin de l’Empire, Genève, comme toute l’actuelle Suisse romande, vit arriver les Burgondes. Relativement peu nombreux ils assimilèrent rapidement la civilisation en place et, ici comme alentour, ils développèrent ce Roman dérivé du bas Latin d’où allait éclore le français que nous parlons.  Ainsi, culturellement, linguistiquement Genève était embarqué sur un chemin français. Dans ce premier royaume de Bourgogne, Genève tint une place importante. Clotilde venait de là et elle épousa Clovis le roi des Francs. Elle contribua à la conversion au christianisme du Roi et de tous ses sujets.

Durant toute la période mérovingienne et carolingienne, Genève fut un centre économique et spirituel qu’attestent les fouilles entreprises par les archéologues. Après l’éclatement de l’Empire carolingien et la dissolution du deuxième royaume de Bourgogne on entre dans le système très compliqué de la féodalité.   C’est là un tournant décisif pour Genève qui va la marquer à jamais et préparer son futur destin suisse. En effet, voici une Cité où, simultanément, en collaboration puis en confrontation s’affirmèrent des comtes de Genève, puis des ducs de Savoie, des princes évêques de Genève et, de plus en plus, l’Assemblée des citoyens élargissant au forceps leurs droits et leurs libertés. Mais toute cette construction en mouvement tournait dans le cadre très lâche du St-Empire romain germanique. Genève, ville d’empire et Cité épiscopale : il n’est que de voir notre drapeau pour ressentir la vibration de cette histoire. Ainsi donc, à la différence des autres villes de la future France, le regard politique de Genève était tourné en partie vers le monde germanique,  comme il en était des cantons suisses en confédération progressive.

 

Tout était en place pour que la Réforme, en 1536,  gagnât Genève : ville ouverte aux courants commerciaux mais aussi intellectuels, aspiration des Citoyens à se débarrasser de la pression constante du duc de  Savoie qui voulait restaurer ses droits ancestraux, appui sur Berne qui, en arrachant le pays de Vaud à la Savoie, poussait le réformateur Farel jusqu’à Genève .

 

Et puis, bien sûr, ce fut Calvin, Théodore de Bèze, l’Académie, les grands imprimeurs : bref tout ce qui fit très vite de Genève un pôle spirituel, intellectuel d’envergure mondiale. A côté, un Duc de Savoie trop faible pour mener une guerre frontale de reconquête. Trop peu soutenu par le Roi d’Espagne peu soucieux de mettre en danger son passage vers les Flandres à travers la Franche Comté dans le cours hasardeux d’une grande guerre. Un Pape trop prudent pour en appeler à une guerre sainte. Et un Roi de France, Henri 1v, fraichement devenu catholique mais protecteur de Genève et pointant un doigt d'avertissement vers le Duc ; sans compter, naturellement le poids de Berne. Alors, le Duc tenta un coup de pocker. Prendre Genève par surprise, en décembre 1602, et mettre les grands voisins devant le fait accompli. S’il avait réussi, aurait-il pu tenir la position ou bien, face aux pressions extérieures. Aurait-il dû rendre la ville ? On ne le saura jamais.

Mais l’essentiel est bien dans le fait que les Genevois eux-mêmes ont fait échouer le coup. Et un autre aspect essentiel est que les Genevois y virent la protection de Dieu sur sa Cité sacrée et exemplaire. Car il faut prendre un peu ses distances avec toutes les commémorations u bien pensantes.  C’était une période intolérante. La Genève de Calvin proclamait une vérité ne souffrant pas de discussion. C’est peu à peu, qu’en action souterraine, la notion de responsabilité personnelle allait favoriser l’avènement de la liberté individuelle. Mais auparavant, c’est par la force d’une affirmation intransigeante d’elle-même que Genève allait ouvrir la voie à son destin futur.

Foin donc de ces récupérations oecuméniques ; il fallait en passer par le temps de l’Escalade, temps dur et sans concessions, pour ouvrir le destin futur de la Cité. 

Certes, l’esprit de Calvin a soufflé sur Rousseau, Certes, les Lumières ont préfiguré la laïcité de l’Etat. Certes la culture protestante a enfanté l’idée de la Croix rouge. Et tout cela a contribué à la Genève internationale d’aujourd’hui. Enfin, les Protestants    sont devenus minoritaires. Les Catholiques sont plus que deux fois plus nombreux en suite des migrations dèslesannées1960… Les Juifs ont eu et ont un rôle important dans la Cité. Enfin, les Musulmans sont en nombre croissant, ici comme dans l’ensemble de la Suisse.

 

Alors, cela indique-t-il que toute notre histoire n’est que pour la curiosité ?    Qu’il n’y a rien à en tirer dans les attitudes de notre temps ? Assurément non.  Toutes les étapes de cette histoire ont apporté des éléments qui ont forgé un destin et aucun, même reculé dans le temps, ne saurait être renié. Il y a un héritage qui comporte de grandes évolutions mais où tout se tient. Il y a un génie du lieu, porteur de fermeté sur des valeurs élevées,  d’engagement individuel, de civisme, de liberté responsable. Genève vieille terre chrétienne, affirmée au travers de la Réforme protestante, offrant un Rousseau, un Dunant, apportant une dimension nouvelle à la Suisse en entrant dans la Confédération, oui Genève doit respirer les effluves de son passé pour garder et répandre le parfum de son identité. A cet égard, la minorité protestante a son rôle et son devoir.

Sa dilution serait triste et grave. La commémoration de l’Escalade est plus qu’une occasion de réjouissance ; c’est un rappel d’histoire et d’identité invitant à l’engagement. Enfin, Noël devrait rester, ici plus qu’ailleurs peut être, un autre rappel : c’est dans une fidélité à ses sources vives que l’on peut avoir une nouvelle naissance.

 

Oui, être de Genève ce n’est pas être là plutôt qu’ailleurs. Tous ceux qui y vivent, dans la diversité de leurs racines, ont à respecter l’identité collective et les valeurs qui s’y greffent nourries d’une longue histoire.

 

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Genève entre Escalade et Genève

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