01/08/2013

Fête nationale- une histoire vraie

Fête nationale : une vraie histoire Récemment, un historien dont la sensibilité de gauche transpirait à chaque ligne s’est plu, dans la presse locale, à remettre en cause toute l’histoire que l’on raconte le 1er août sur la fondation de la Suisse. Non sans fondement et rigueur scientifique. Le Pacte de 1291 aurait été écrit bien après et anti daté afin de créer une base vénérable et glorieuse à l’élaboration de notre Confédération. A aucun moment les contractants des alliances successives n’auraient eu la conscience ni la volonté de créer une véritable nation. Ce n’est que très tard, et sous la pression des événements extérieurs, que cette idée est devenue réalité. En fait, la Suisse n’existerait véritablement que depuis 1848 de par la victoire des uns sur les autres dans une guerre entre cantons. Et c’est dans la réconciliation des forces bourgeoises qui s’étaient affrontées au Sonderbund, forces désireuses de consolider un certain ordre politique et social face au socialisme menaçant, que l’on a codifié, sacralisé un passé mythique comme élément clé d’un patriotisme conservateur. Et l’auteur regrette clairement que la Gauche se soit en quelque sorte, selon lui, laissé prendre au piège et ait endossé ce passé mythique récupéré par les forces conservatrices. Mon Dieu que cette position, apparemment objective est à courte vue ! Qui conteste que l’évolution vers l’autonomie et les alliances aient été une longue marche en progression vers un but non défini à l’avance ? Qui conteste que la Suisse s’est faite dans la conjonction d’une volonté et des événements européens l’englobant, avec leurs conséquences ? Assurément la Suisse moderne date de 1848. Depuis lors elle a dû affirmer dans des circonstances terriblement dangereuses sa volonté d’indépendance et sa Neutralité pierre angulaire de sa cohésion nationale. Alors, oui le passé en partie réel en partie réinventé a été utilisé. Heureusement. Quel beau coup patriotique que cette réunion des Officiers au Grutlli par le Général Guisan en 1940. Ce n’était pas un acte de droite ou de gauche. C’était un acte de résistance contre le Nazisme. La Gauche était autant concernée, que l’on sache. L’interprétation intériorisée d’un passé en partie réel en partie réajusté participe d’une volonté toujours plus et mieux affirmée de proclamer la Suisse : celle de tous ses citoyens ouverte à tous ses habitants. On peut avoir des sensibilités, des visions différentes. Les discours bien différents des Conseillers fédéraux Ueli Maurer et Didier Burckhalter l’illustrent. Mais tant le rappel d’une volonté historique d’indépendance que celui, d’une réalité tout aussi historique d’imbrication de la Suisse dans le monde ont droit de Cité en ce jour de fête nationale. Et le mythe a toute sa place, toute sa nécessité. Alors, n’en déplaise aux grincheux, vive la fête nationale pour tous, vive la Suisse de tous.

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Fête nationale: une vraie histoire

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30/06/2013

Démocratie suisse à l'épreuve du droit

Démocratie suisse à l’épreuve du droit

 

Arthur Grosjean a écrit il y a quelques jours dans la tribune de Genève un commentaire pertinent sur les réactions des autorités face à des initiatives populaires embarrassantes. Il cite l’application envisagée de l’Initiative Franz Weber qui fait dire au vieux lutteur que l’on trahit la volonté du peuple. Il cite aussi l’Initiative de l’UDC sur le renvoi des étrangers délinquants, dont certains requérants d’asile. Là  encore, l’application un peu distante prévue fait hurler l’UDC et pourrait donner des chances à leur nouvelle Initiative.

Ce n’est pas nouveau. Pourtant il y a de quoi s’interroger. Lorsqu’une Initiative n’a pas de vice de forme mais qu’elle est manifestement excessive, la tendance du Conseil fédéral et du Parlement est de la laisser aller vers la votation populaire en recommandant le non. La plupart du temps, dans notre histoire constitutionnelle, cela a suffi et l’initiative a été rejetée par un peuple imbibé de sagesse. En principe, la grande raison pour déclarer une initiative populaire non valable et pour ne pas la soumettre au vote était le non respect de l’unité de la matière. En pratique les Chambres fédérale ont élargi au maximum l’adage : in dubio pro populo et très rares furent les cas où une Initiative fut invalidée par le Parlement. Mais les temps ont changé. Mal à l’aise devant certains excès, certaines pressions, --telle la spéculation immobilière, l’atteinte aux paysages ou bien le flux d’immigration et des faits d’insécurité,--le peuple tend davantage l’oreille aux projets invitant à des solutions tranchées, à des coups de frein brutaux. Du coup, la parade des autorités, entre finesse et finasserie, devient moins efficace.   Ainsi Gouvernement et Parlement se retrouvent à essayer de tempérer les effets d’initiatives votées par des applications légales aux limites de l’infidélité. Ce n’est pas bon pour la confiance, laquelle est le ciment vivant de notre démocratie.

Il vaudrait mieux miser sur la transparence et la clarté. Si une Initiative est excessive mais répond à une vraie et légitime préoccupation, lui opposer un contre-projet  constitutionnel clair et précis plutôt que de se référer à ce qu’on appelle un contre-projet indirect : soit une loi en attente sur le sujet . Si une Initiative est nettement contraire au Droit international auquel la Suisse a souscrit, avoir le courage de déclarer cette Initiative non recevable et ne pas la soumettre au vote populaire. La encore une solution de rechange peut être un projet du Conseil fédéral et du Parlement. C’est mieux qu’une application biaisée d’une initiative votée,  acceptée par le peuple et les cantons.

Bref, il serait bon, à l’avenir, d’éviter le flou et le un peu tordu. Jouons franc jeu devant le peuple. Dans la durée, il préférera cela et la démocratie suisse à l’épreuve du droit s’en portera mieux.

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20/06/2013

La dignité du Parlement

La dignité du Parlement

 

On peut avoir des frissons après le rejet du projet de  loi urgente par le Conseil national. Quelle seront les réactions des autorités américaines : ministère de la justice, procureurs, juges… On peut se demander si les collaborateurs des banques suisses auront encore les maigres garanties que semblait leur promettre cette loi. On peut s’interroger sur les conséquences pour certaines banques, soit déjà dans le collimateur soit en passe de l’être. Et, naturellement le danger pour l’ensemble de la place financière suisse, avec les retombées négatives sur toute notre économie, ne saurait être tout simplement ignoré.

Pourtant, à la place de la majorité des Conseillers nationaux j’aurais eu la même attitude. J’aurais voté non. Pourquoi ?

Il y avait quelque chose d’indécent à demander aux députés de voter une loi sans qu’ils sachent vraiment ce qu’elle allait recouvrir. Il y avait quelque chose d’humiliant à renoncer au droit suisse et à inviter officiellement les banques à se mettre à disposition du droit et des tenailles américaines. Ce sont les banques qui se sons mises dans ce pétrin et le Parlement devrait leur donner bénédiction pour pénitences et punitions décrétées outre atlantique ; cela au mépris de notre attachement à notre droit et à notre souveraineté. Impossible ensuite de ne pas s’aplatir de même devant tous les autres pays. Le Conseil fédéral doit-il, par voie d’urgence, rattraper le coup, en quelque sorte, comme le préconise Patrick Odier afin d’ouvrir quand même à nos banques ce chemin de Canossa d’où elles reviendraient sans bosses trop gravissimes ? Je ne sais trop. Attendons sa position. Mais les élus du peuple ne sont pas seulement là pour esquiver des coups sur un ring. Il n’est pas mauvais que l’on comprenne, aux Etats Unis que la lex américana n’est pas le décret impérial devant lequel tout pays devrait se courber, yeux bandés et bouche cousue. L’expression d’une certaine volonté de résistance et le rappel de notre propre ordre juridique pourraient avoir des prolongements positifs. On ne sait rien sur les catastrophes annoncées mais nous devons marquer plus clairement nos principes et nos positions sur la scène internationale. L’adhésion à des standards internationaux, oui. La révérence à l’ultimatum du puissant, non.  Encore une fois, les banques, ou tout au moins certaines, ont été d’une légèreté invraisemblable. La manière de dirigeants de se défausser sur des collaborateurs qui n’avaient que suivi des instructions est indigne. Le Parlement, lui, a pris des risques mais il a sauvé sa dignité. Tout étant considéré, cela aussi peut être payant.      

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26/05/2013

Conseil fédéral: le peuple ne voudra pas d'un cadeau empoisonné

Conseil fédéral : le peuple ne voudra pas d’un cadeau empoisonné

 

Pour la troisième fois depuis 1848 la proposition de faire élire le Conseil fédéral par le peuple suisse est sur la table. Un projet en ce sens de révision de la Constitution fédérale est donc soumis au vote du peuple et des cantons. Or, les sondages prédisent qu’une large majorité du peuple suisse ne voudra pas de ce cadeau empoisonné que veut lui offrir l’UDC. Quelques voix incongrues de gauche, dont celle de Micheline Calmy Rey,  appuient cette Initiative . Les Conseillers fédéraux, pour ces voix là, en tireraient une légitimité plus grande et le Conseil fédéral comme tel une plus grande autorité. Quelle erreur d’appréciation !  

La vérité c’est que l’esprit de cette Initiative se place bien dans la ligne de mire de l’UDC : méfiance envers les organes représentatifs en général, volonté de mettre les institutions et les hommes sous pression populaire, désir d’accroitre la capacité d’opposition interne des élus UDC. Bref il s’agirait d’inverser une culture et une habitude politiques qui tend vers la collégialité gouvernementale et les équilibres fédéralistes.

Certes, les partisans de l’Initiative donnent l’exemple des gouvernements cantonaux, tous élus aujourd’hui par les citoyens de  ces cantons. Or, on observe que les campagnes électorales rendent ensuite plus difficile l’exercice de la collégialité gouvernementale. Mais, surtout, comment comparer ? Dans un canton, même un grand,  le peuple a des échos constants, des repères pour situer les candidats. Avec l’élection du Conseil fédéral par le peuple, il faudra veiller aux équilibres régionaux et linguistiques. Mais les candidats, Suisses allemands ou Latins, devront faire une campagne intense, coûteuse dans tout le pays. A peine élus, ils devront songer à leur réélection et affronter les attaques personnelles ; alors que des non réélections par le Parlement sont vraiment exceptionnelles. Le cas Metzler-Blocher.

Oui il s’agit bel et bien de politiser un système fédéral dont une certaine sérénité est la marque de fabrique remarquée et enviée à l’étranger.  Avec des données confédérales relativement compliquées, n’est-ce pas aux Chambres fédérales que peut se faire le mieux la sélection ? Et si elles n’ont pas toujours élu les meilleurs au Gouvernement le processus dans l’ensemble et la continuité n’a-t-il pas assez bien fonctionné ?

Oh, des changements seraient bienvenus. Une législature de cinq ans au lieu de quatre. Un Président titulaire en même temps des affaires étrangères pour la durée de la législature. Monter de sept à neuf le nombre des membres du Conseil fédéral afin d’assurer en permanence la présence de deux Romands et d’un Tessinois ou d’un Grison italophone.  Quant aux membres actuels du Conseil fédéral on en attendrait davantage encore d’expression collégiale au dessus des partis, un retour d’autorité remettant les présidents de partis à leur place , et une ligne d’action plus claire, plus visible. Un succès de l’Initiative de l’UDC irait assurément en sens contraire. En fait, le Peuple, qui n’est pas dupe, a déjà compris de quoi il retournait dans cette affaire. Le Non à l’Initiative claquera net. Et l’on pourra réfléchir à mieux.

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22/05/2013

Asile: morale et politique

Asile : morale et politique

 

On vote au sujet de la révision de la loi sur l’asile. Les églises ont pris position contre ce projet ; y compris les évêques, ce qui embarrasse quelque peu le PDC. Que les églises estiment de leur devoir de rappeler des principes d’humanité, en se basant notamment sur l’évangile , voilà qui ne peut leur être reproché ; encore que faire au projet un procès de manque total d’humanité serait faux et injuste. Il ne s’agit pas d’une inversion de la politique d’asile mais d’une inflexion comprenant même l’idée de tester certaines mesures. On peut discuter du bien fondé de supprimer la possibilité de déposer des demandes d’asile dans les ambassades sauf cas humanitaires avérés. Mais tous les pays occidentaux ont pris la même décision afin d’enrayer un flux trop facile de demandes. Même réaction commune à propos des déserteurs sauf, là aussi cas particuliers justifiant protection. Reste cette nouveauté de permettre à la Confédération d’organiser dans les bâtiments lui appartenant des centres de regroupements de requérants et de regrouper à part sous surveillance des requérants récalcitrants et posant des problèmes évidents. Or, on attendait quelque chose de ce genre depuis longtemps.  En revanche, qui, --hormis des professionnels de la défense des requérants,-- peut critiquer la volonté d’accélérer les procédures et d’exécuter les décisions de renvoi dans des délais beaucoup plus brefs ?

Cela étant, bien sûr qu’une approche se revendiquant uniquement de la morale et de l’humanité, épousant étroitement la perception de la détresse humaine, y compris économique, incitera à trouver que la loi actuelle est déjà trop dure et que la révision proposée accentue cette dureté .Sur ces sujets il y a un devoir impérieux d’être franc, honnête et de ne pas se tordre dans tous les sens dans les méandres  d’une bonne conscience. La politique ne saurait ignorer la morale, la contredire sans vergogne. La politique doit garder ses repères se réclamant de valeurs fondamentales liées à des racines humanistes et spirituelles. Mais la politique n’est pas sœur jumelle de la morale. Elle a d’autres angles de vue obligatoires, d’autres exigences à observer. Elle ne peut surexposer des cas humains particuliers. Elle a des équilibres, des cohésions de société à sauvegarder. Elle doit aussi tenir compte, sans démagogie mais sans aveuglement, de la sensibilité ambiante et des préoccupations de la population ; par exemple dans le domaine de l’ordre public, de la sécurité et de l’intégration culturelle.   La politique d’un pays se préoccupe nécessairement en priorité de ce qui touche ses citoyens et ses résidents. Il y a donc forcément un écart entre cette approche et celle qui aborde tout être humain en frère, lui ouvre ses bras et son foyer. Jésus surplombe certes de son Amour universel nos vieilles terres chrétiennes mais il n’est pas aux commandes délicates et aux responsabilités diverses de notre pays.  Il y a dans <les frères Karamazov> de Dostoïevski un passage saisissant à cet égard. Tout cela pour dire que la révision de la loi sur l’asile, si elle ne remet pas en cause le statut de vrais réfugiés, n’ira pas sans quelques pressions supplémentaires sur des personnes vulnérables qui cherchent des existences plus enviables. Il n’y a pas de quoi s’en réjouir ni l’ignorer. La rappel des églises oblige à en prendre conscience. Mais, à la fin, tout étant considéré cette révision est opportune et devrait obtenir l’approbation d’une majorité des citoyens.    

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15/05/2013

Gardes suisses: courage et fidélité

Gardes suisses : honneur et fidélité

 

Il y a un peu plus d’une semaine eut lieu, au Vatican, le serment des nouveaux gardes suisses du Pape. Sur un contingent entre cent dix et cent vingt hommes ils étaient trente cinq nouveaux à s’engager pour au moins deux ans. Anachronique ? Non. Il faut savoir que le Pape a eu des gardes suisses en permanence depuis le début du seizième siècle. Mais la date héroïque est 1528 lorsqu’ils défendirent le Pape contre les soudards de Charles Quint, pourtant Empereur germanique très catholique qui devait, par ailleurs, subir l’entrée en scène de Luther. Mais, depuis l’époque des Carolingiens et pour longtemps, le Pape était aussi chef politique des Etats pontificaux et mêlé de ce fait aux luttes de pouvoir dans la péninsule italienne. Il n’empêche que le sac de Rome fut un scandale de l’époque et que l’exécution du souverain Pontife, chef de l’Eglise catholique, eût été ressentie comme un terrible sacrilège. Il s’en est fallu de peu. Il a fallu le sacrifice héroïque de nombreux gardes suisses et l’exploit pour un petit nombre de conduire le Pape jusqu’au château St Ange par un passage secret. Les successeurs de ce Pape miraculé estimèrent que seuls les gardes suisses étaient dignes d’une totale confiance. Chaque année, une messe commémore cet événement.

Depuis, les Cantons catholiques offrent au Vatican des hommes dévoués et militairement formés  ( ils ont tous accompli leur école de recrues au moins en Suisse). Et leur engagement au Vatican n’a rien de folklorique. Leur serment solennel est dit avec une très forte intensité. C’est un service exigeant méritant bien la devise courage et fidélité.

Il y a de ces choses qui marquent une continuité et ne se démodent nullement. Les Papes récents successifs n’ont plus d’ambition politique. Leur autorité de Chef du Saint siège est appuyée par l’indépendance juridique de l’Etat minuscule du Vatican. Et la vocation est tendue uniquement vers un appel à la spiritualité et à la paix entre les hommes.  Que l’on soit protestant, juif ou musulman ou autre, voire athée on ne saurait nier qu’émane de ce lieu une autorité et une influence morales exceptionnelles. Et il n’est pas indifférent de constater que s’imbrique dans ce mouvement un morceau d’une Suisse armée seulement pour la paix : nos Gardes suisses du pape. Courage et fidélité, ce sont des vertus portées à Rome qui nous honorent.  

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20/04/2013

Asile: être plus ferme mais sans dérive

Asile :être plus ferme mais sans dérive.

 

La migration non contrôlée utilisant notamment la procédure de demande d’asile empoisonne les pays européens dont la Suisse. Il faut être clair et renoncer à une langue de bois de bonne conscience. Oui, les migrants sauvages et les demandeurs  d’asile viennent de régions où la vie est difficile. Oui, il y a de la détresse humaine et des espoirs de trouver une vie meilleure.  Oui leurs tentatives sont souvent compréhensibles et nombre de ceux qui chez nous vitupèrent  feraient de même à leur place. Mais lorsque l’on a dit cela, qu’a-t-on dit qui puisse déterminer une attitude adéquate ? Certes, la Suisse a une tradition humanitaire. Ceux qui peuvent vraiment arguer d’une persécution ou d’un risque à cet égard doivent bénéficier chez nous d’un asile provisoire ou durable.  Limiter arithmétiquement le nombre des arrivants, selon les schémas UDC n’est donc ni acceptable ni réaliste. Mais contrôler, accélérer les procédures, renvoyer dès que possible et autant que possible : voilà qui est nécessaire et attendu par notre population. Faute, trop souvent, d’accords de réadmission avec les pays de provenance une incitation des intéressés à repartir est également nécessaire. Il y a une certaine aide financière au retour qui est envisageable. Mais il y a aussi le regroupement dans des centres pour requérants, qui est légitime, avec surveillance accrue sur les récalcitrants qui posent problèmes.  Désormais la Confédération va prendre la responsabilité directe de tels centres.  Il faut bien sûr que les conditions posées aux requérants ainsi regroupés demeurent  dignes, ce qui doit être contrôlé. Mais il faut aussi que cela dissuade nombre de requérants déboutés de s’incruster envers et contre tout, que cela les incite, de guerre lasse, à repartir. Oui, soyons clair, ce n’est pas très sympathique ni à la pointe de l’empathie humaine. Il n’y a pas de quoi s’en réjouir et en être fier. Mais si la politique est l’art de trouver des équilibres elle est aussi l’obligation de placer des accents dominants, des priorités dans le cadre de ces équilibres. La préservation de notre population devant le risque d’une migration non maitrisée est prioritaire. Jusqu’à un certain point, le souci de protéger les Suisses passe avant la compréhension envers ces migrants. En ce sens, la révision de la loi sur l’asile, attaquée par référendum, méritera d’être soutenue en votation populaire.

Priorité, donc, jusqu’à un certain point. Mais pas au-delà et attention au risque de dérive. Une majorité de centre droit du Conseil national a voté la possibilité pour les autorités de police voyant arriver de tels migrants de prélever, d’office et à priori l’ADN de ceux que l’on considère comme étant à risques : c'est-à-dire susceptibles de commettre des délits. Les Maghrébins, Africains, Balkaniques sont évidemment visés car ils nourrissent les statistiques sur les délinquants. L’idée avait été lancée par le chef de la police neuchâteloise. Aux Chambres, le président en personne du PDC l’a relayée. Ainsi, rechercherait-on plus efficacement des auteurs de délits en visant le cercle des suspects potentiels. On voit, certes, le gain de temps et d’efficacité souhaité. Mais cette mesure s’adressant à une catégorique de gens en regard de leur provenance, de leur nationalité, de leur ethnie a quelque chose de choquant. Même si ce n’est pas l’arrière fond idéologique, on y renifle comme un parfum de racisme. Franchement, ici, le point d’asymétrie inévitable dans l’équilibre est dépassé. Le Centre droit au Parlement n’aurait pas dû voter cela. Il serait tout différent de prélever systématiquement l’ADN d’un suspect particulier à l’occasion d’un délit et de le filer ainsi plus facilement dans un chemin probable de récidive. Ce serait de bonne police et de bonne prévention. Mais un arrosage scientifico-policier par catégories : non.

A la fin, tout est question de priorités politiques dans un cadre où les contours moraux doivent être aussi dessinés. C’est compliqué. Mais c’est la vraie politique.

 

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09/04/2013

Transparence: des effets pervers

Transparence : des effets pervers

 

Eh bien tant pis si ce propos choque et va à l’encontre du politiquement tellement correct chanté à l’unisson depuis quelques semaines. Il n’est de mots que pour prôner la transparence. Les personnalités publiques devraient tout dire sur leur patrimoine, jusqu’au dernier centime. Leur vie privée devrait être un livre ouvert à tout venant.  Certains journalistes s’en délecteraient encore davantage plutôt que de lire leurs classiques qui leur offriraient pourtant un peu de culture.  La sphère intime, la confidentialité, la discrétion sur les éléments personnels et financiers, tout cela jeté aux orties. Enfin de la pureté. Eh bien cette évolution a autant de défauts que de qualités. Des effets pervers sont à redouter. Combien de fois l’enfer des hommes a-t- il été produit par des porteurs de bonnes intentions.

Et mettons jusqu’au bout les pieds dans le plat. Le secret bancaire attaqué, laminé, en partie moribond n’était-il que l’outil permettant à des gens riches, largement des clients étrangers, de fuir leurs fiscs inquisiteurs ! Ce n’est pas jouer les enfants de cœur que de rappeler que le secret bancaire était lié à une notion de protection de la sphère privée financière nullement dénuée de valeur. Et si, sans aucun doute, il y a beaucoup plus de tentation d’évasion fiscale en France et ailleurs qu’en Suisse, comment ne pas y voir aussi une nature bien différente des rapports entre le citoyen-contribuable et l’Etat ; à commencer par le fait que le citoyen suisse peut voter sur la grille des impôts. C’était déjà le rassurant Antoine Pinay, ministre français des finances dans les années 1950, qui disait qu’il avait su restaurer la confiance et que des capitaux français étaient revenus en nombre. Ce n’est évidemment pas l’équipe de François Hollande qui va réussir cet exploit. Leur seule arme est la menace et le bâton.

Quant à l’hypocrisie des pays anglo-saxons, Etats-Unis en tête, elle est incroyable. Les instruments financiers sophistiqués et opaques, les trucs habiles et compliqués, où les trouve-t-on sinon dans certains coins et recoins anglo-américains.

Mais laissons cela et revenons à l’inquiétude principale. On veut remplacer la perte de confiance envers les Etats par un surcroit d’Etat fouineur et punisseur. Est-ce un avenir prometteur pour nos sociétés que cette relation malsaine entre les individus et l’Etat ? Est-ce vraiment un progrès lorsque tout un chacun et les médias peuvent tout savoir, à tous égards et en tous domaines sur des personnalités publiques ? Est-ce un bienfait que de favoriser la pause exhibitionniste chez les uns et le goût du voyeurisme chez les autres ? Le Danemark, la Suède, les Etats-Unis, puisqu’on en parle, sont-ils vraiment des modèles à suivre complètement ?

Bien sûr ceux qui ont abusé, provoqué , choqué ont une lourde par de responsabilité  dans ce qui arrive. Quelques banquiers de l’UBS et d’ailleurs ont plus fait contre notre secret bancaire que les attaques venues de l’étranger. Toutefois, on est en droit de se demander si tout cela ne fait pas dériver nos sociétés vers une sorte d’uniformité, de platitude où les personnes existeraient de plus en plus dans leur image et le regard des autres ; de moins en moins dans leur conscience et leur profondeur intime. Car ce que l’on salue comme un pas vers la morale s’inscrit en fait dans un ensemble que l’on ferait bien d’analyser complètement. Il faut que des hommes et des femmes soucieux de préserver la liberté, l’autonomie, la conscience et la responsabilité de la personne, ainsi que le respect que l’on doit à sa sphère intime aient une parole assez libre pour critiquer ce mouvement déshumanisé vers une transparence tous azimuts.            

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26/03/2013

Eclipse d'Europe

Eclipse d’Europe

 

La Suisse se porte mieux que presque tous les autres pays d’Europe : économiquement, financièrement et politiquement s’entend. Faut-il s’en réjouir ? Oui bien sûr mais l’évolution du continent européen nous englobe, à commencer par celle de son noyau, l’Union européenne. Bruxelles fait face, vaille que vaille aux crises successives. Chypre est illustrative d’une structure déséquilibrée. C’est spectaculaire mais cela reste sans doute un peu marginal ; sauf que l’effet de contagion est toujours à redouter. A cet égard la situation de deux pays fait peur : celle de l’Italie mais aussi celle de la France. A propos de cette dernière un banquier avait récemment cette formule inquiétante : on a placé le malade sous perfusion, cela ne se voit pas trop mais rien de décisif n’est entrepris pour une guérison. En fait, les Socialistes français, coincés dans les pinces de leur majorité, maudissent peut être en secret leur succès du printemps de l’année dernière. Il y a vraiment des printemps 2012 qui laissent pousser des fruits amers, et pas seulement dans les pays arabes.

En arrière fond de ces crises y a-t-il pour la place de l’Europe dans le monde une tendance lourde ? On sait bien que sa suprématie historique a décliné avec la première guerre mondiale. Mais aujourd’hui, où sont les vecteurs de croissance ? En Chine, en Inde, en Amérique latine, dans d’autres pays d’Asie, avec des Etats Unis qui gardent du ressort. Ne tombons pas dans le pessimisme mais des pays sont forts économiquement lorsqu’émerge une forte classe moyenne. Et c’est bien dans ces pays qu’on la voit s’élargir. Certes, il ne faut pas ignorer les ombres. En Chine, par exemple, en Inde aussi il y a des gens immensément riches mais des gens infiniment misérables. Quant à certaines conditions de travail scandaleuses, n’en parlons pas. Toutefois, une classe moyenne de consommateurs s’affirme. Et certains pays comme la Chine non seulement exportent de plus en plus mais investissent à l’extérieur, colonisent même pourrait-on dire ; pas seulement en Afrique mais aussi en Europe. Dans le même temps, la classe moyenne dans les pays européens tire la langue et supporte mal l’étalage de richesses d’une frange étroite, mais que les médias voyeurs rendent provocante. Ajoutons à ce tableau les évolutions démographiques respectives. Bref, n’en jetons plus…

Eh bien, nous les Européens nous devrons bien nous habituer à ces déplacements de poids et d’influence. Il y a éclipse sans retour probable à un soleil européen éclatant. Mais cela n’entraine pas une fatalité d’0bscurcissement pérenne, encore moins d’une disparition. L’Europe a ses racines culturelles, spirituelles que l’ouverture aux autres cultures à travers l’immigration ne doit pas effacer. Elle a ses valeurs, dont le principe de laïcité dans la vie publique et les droits de l’homme.  Enfin, moyennant des réformes et des adaptations courageuses, un retour à une exigence de vivre selon ses moyens, tant pour les Etats que pour les particuliers,  un accent mis sur la formation, la qualité et un effort accru de compétitivité l’Europe pourra asseoir sa place dans une constellation mondiale bouleversée. Rien de plus, sans doute, mais rien de moins si la lucidité, la volonté et l’effort sont au rendez vous fixé par l’histoire.  

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