17/01/2013

Et si la Suisse s'engageait plus

Et si la Suisse s’engageait plus

 

L’année est à peine commencée et déjà l’on s’aperçoit que son lot de drames et de souffrances  ne cédera en rien à celui de l’année précédente. Au hasard d’une réunion de famille, rencontre avec une jeune femme idéaliste, entreprenante et courageuse. Pour des organisations humanitaires, elle a travaillé longtemps en République du Congo et vient de partir pour le Liban afin d’aider particulièrement les enfants réfugiés de Syrie. Elle a vu nombre de  ces enfants soldats, de ces femmes violées ; le viol étant autant une arme de guerre, de destruction  psychologique  planifiée  que le fruit de pulsions sauvages.  Au Congo, elle a pu établir des contacts aussi bien avec des chefs  de groupes rebelles qu’avec des responsables loyalistes. L’effort de persuasion, voire d’éducation afin que les comportements les plus affreux diminuent n’est pas forcément vain. Il y faut des moyens dont on manque. On pense aussi à cette belle action permanente qu’est l’Appel de Genève ; soit l’engagement afin que, dans des points chauds, tant des mouvements rebelles que des forces gouvernementales renoncent à l’usage de ces horribles mines anti personnelles qui tuent et mutilent les innocents, dont des enfants.

La Suisse, bien sûr, assume sa part dans les engagements humanitaires, sous l’égide de l’ONU ou autrement. Elle reste le pilier de base du CICR. Comment pourrait-elle ne pas se sentir impliquée par tout ce qui se passe dans le monde ?  Si la prise d’otages en Algérie, dans le contexte de l’intervention française au Mali, n’a pas encore fait de victimes helvétiques le danger de ces Islamistes fanatiques et terroristes en est un pour tous les pays européens. Bref, le devoir d’’engagement solidaire est une évidence, d’un point de vue sécuritaire comme d’un point de vue moral.

Il y a un volet où l’engagement suisse semblait trouver un nouveau registre : celui de la participation de militaires dans des opérations de stabilisation, de surveillance et d’assistance en faveur de la paix. La présence d’un contingent de nos soldats volontaires au Kosovo (la Swisscoy) en est un exemple.  Une Commission consultative, chargée de conseiller le Gouvernement existait. Mais Ueli Maurer, Chef du Département de la défense l’a fait supprimer. Mauvais signe politique. Ayant présidé cette Commission durant quatre ans, l’auteur de ces lignes se souvient très bien de la séance avec le Général sénégalais, chef de la force militaire de l’ONU présente au Congo ; avec un mandat qui, on l’a bien vu, limite grandement ses possibilités d’interposition. Mais ce Général qui avait pu apprécier la contribution de certains officiers suisses en appelait à notre pays afin qu’il envoie des officiers, des spécialistes capables de donner des cours sur le droit de la guerre, le droit humanitaires, les comportements criminels à bannir. Les destinataires devraient être plus nombreux qu’aujourd’hui : soit des officiers de ces pays capables de prolonger le message.

Voilà un type d’engagement qu’il faudrait renforcer. La Suisse pourrait y accentuer à la fois l’expression de sa solidarité et sa spécificité. Il y a d’autres voies qui mériteraient d’être évaluées. Quel dommage que notre ministre de la défense, paralysant du coup ses collègues du Conseil fédéral, soit tellement accroché à une politique de sécurité traditionnelle et ne voie pas que la sécurité de la Suisse aujourd’hui se trouve beaucoup dans ces registres là ! Quel dommage qu’il n’y ait pas, au Parlement, davantage de pression en ce sens ! on assiste à une addition de voix issues d’une gauche idéologiquement et sommairement anti -militaire et d’une droite conservatrice croyant surtout au plantage de nos fusils d’assaut lors d’exercices dans nos vertes prairies. L’histoire en général est pleine de ces politiciens et de ces stratèges toujours en retard d’une guerre dans leur conception. Alors que l’accent devrait être mis sur la promotion du Droit, au service de la paix et jusques dans la guerre. Ce devrait être le label suisse du xx1ème siècle.

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02/01/2013

"Toutes les aberrations totalitaires du vingtième siècle, les intégrismes actuels ne seraient que des accidents dramatiques"

lenoir frédéric.jpgIl y a bien sûr tout le bien que l’on souhaite à ses proches, à ceux qui vous sont les plus chers sans s’oublier soi même. Il est presque impossible d’imaginer que, dans ce cercle de proximité, rien de fâcheux n’adviendra à quiconque.  Puissent dans ce cas les liens affectifs adoucir les effets des blessures.La nouvelle année a donc commencé.  Des voeux ont été échangés.  Des manifestations joyeuses ont eu lieu un peu partout à l’heure du passage. Cela fait plaisir et l’on oublie un instant les continuités de malheurs. Alors, puisque c’est la période des vœux, pourquoi ne pas en exprimer ici.

Mais ici, c’est vers l’extérieur que se porte le regard. Oh mon Dieu, le train du monde  suscitera-t-il davantage d’optimisme ? Lors d’une conférence récente à Genève, Frédéric Lenoir alignait, certes, tous ses motifs d’inquiétude. En revanche, il voyait une ligne continue de progrès ou de progression humaine dans l’affirmation toujours plus accentuée de l’individu dans sa liberté personnelle et sa responsabilité.

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16/12/2012

Genève entre Escalade et Noël

Genève entre Escalade et Noël

 

Pour les Genevois, la fête de l’Escalade précède de peu Noël. Bonne proximité car le lien est évident au cœur de l’histoire et de l’identité genevoise. Oui, il s’agit bien de cela. Et d’abord l’histoire. Qui connaît  mieux que très peu le parcours historique de cette Cité. Jules César la mentionne. Les Allobroges, comme les Helvètes d’ailleurs, ont subi ou plutôt bénéficié de la longue emprise romaine. A la fin de l’Empire, Genève, comme toute l’actuelle Suisse romande, vit arriver les Burgondes. Relativement peu nombreux ils assimilèrent rapidement la civilisation en place et, ici comme alentour, ils développèrent ce Roman dérivé du bas Latin d’où allait éclore le français que nous parlons.  Ainsi, culturellement, linguistiquement Genève était embarqué sur un chemin français. Dans ce premier royaume de Bourgogne, Genève tint une place importante. Clotilde venait de là et elle épousa Clovis le roi des Francs. Elle contribua à la conversion au christianisme du Roi et de tous ses sujets.

Durant toute la période mérovingienne et carolingienne, Genève fut un centre économique et spirituel qu’attestent les fouilles entreprises par les archéologues. Après l’éclatement de l’Empire carolingien et la dissolution du deuxième royaume de Bourgogne on entre dans le système très compliqué de la féodalité.   C’est là un tournant décisif pour Genève qui va la marquer à jamais et préparer son futur destin suisse. En effet, voici une Cité où, simultanément, en collaboration puis en confrontation s’affirmèrent des comtes de Genève, puis des ducs de Savoie, des princes évêques de Genève et, de plus en plus, l’Assemblée des citoyens élargissant au forceps leurs droits et leurs libertés. Mais toute cette construction en mouvement tournait dans le cadre très lâche du St-Empire romain germanique. Genève, ville d’empire et Cité épiscopale : il n’est que de voir notre drapeau pour ressentir la vibration de cette histoire. Ainsi donc, à la différence des autres villes de la future France, le regard politique de Genève était tourné en partie vers le monde germanique,  comme il en était des cantons suisses en confédération progressive.

 

Tout était en place pour que la Réforme, en 1536,  gagnât Genève : ville ouverte aux courants commerciaux mais aussi intellectuels, aspiration des Citoyens à se débarrasser de la pression constante du duc de  Savoie qui voulait restaurer ses droits ancestraux, appui sur Berne qui, en arrachant le pays de Vaud à la Savoie, poussait le réformateur Farel jusqu’à Genève .

 

Et puis, bien sûr, ce fut Calvin, Théodore de Bèze, l’Académie, les grands imprimeurs : bref tout ce qui fit très vite de Genève un pôle spirituel, intellectuel d’envergure mondiale. A côté, un Duc de Savoie trop faible pour mener une guerre frontale de reconquête. Trop peu soutenu par le Roi d’Espagne peu soucieux de mettre en danger son passage vers les Flandres à travers la Franche Comté dans le cours hasardeux d’une grande guerre. Un Pape trop prudent pour en appeler à une guerre sainte. Et un Roi de France, Henri 1v, fraichement devenu catholique mais protecteur de Genève et pointant un doigt d'avertissement vers le Duc ; sans compter, naturellement le poids de Berne. Alors, le Duc tenta un coup de pocker. Prendre Genève par surprise, en décembre 1602, et mettre les grands voisins devant le fait accompli. S’il avait réussi, aurait-il pu tenir la position ou bien, face aux pressions extérieures. Aurait-il dû rendre la ville ? On ne le saura jamais.

Mais l’essentiel est bien dans le fait que les Genevois eux-mêmes ont fait échouer le coup. Et un autre aspect essentiel est que les Genevois y virent la protection de Dieu sur sa Cité sacrée et exemplaire. Car il faut prendre un peu ses distances avec toutes les commémorations u bien pensantes.  C’était une période intolérante. La Genève de Calvin proclamait une vérité ne souffrant pas de discussion. C’est peu à peu, qu’en action souterraine, la notion de responsabilité personnelle allait favoriser l’avènement de la liberté individuelle. Mais auparavant, c’est par la force d’une affirmation intransigeante d’elle-même que Genève allait ouvrir la voie à son destin futur.

Foin donc de ces récupérations oecuméniques ; il fallait en passer par le temps de l’Escalade, temps dur et sans concessions, pour ouvrir le destin futur de la Cité. 

Certes, l’esprit de Calvin a soufflé sur Rousseau, Certes, les Lumières ont préfiguré la laïcité de l’Etat. Certes la culture protestante a enfanté l’idée de la Croix rouge. Et tout cela a contribué à la Genève internationale d’aujourd’hui. Enfin, les Protestants    sont devenus minoritaires. Les Catholiques sont plus que deux fois plus nombreux en suite des migrations dèslesannées1960… Les Juifs ont eu et ont un rôle important dans la Cité. Enfin, les Musulmans sont en nombre croissant, ici comme dans l’ensemble de la Suisse.

 

Alors, cela indique-t-il que toute notre histoire n’est que pour la curiosité ?    Qu’il n’y a rien à en tirer dans les attitudes de notre temps ? Assurément non.  Toutes les étapes de cette histoire ont apporté des éléments qui ont forgé un destin et aucun, même reculé dans le temps, ne saurait être renié. Il y a un héritage qui comporte de grandes évolutions mais où tout se tient. Il y a un génie du lieu, porteur de fermeté sur des valeurs élevées,  d’engagement individuel, de civisme, de liberté responsable. Genève vieille terre chrétienne, affirmée au travers de la Réforme protestante, offrant un Rousseau, un Dunant, apportant une dimension nouvelle à la Suisse en entrant dans la Confédération, oui Genève doit respirer les effluves de son passé pour garder et répandre le parfum de son identité. A cet égard, la minorité protestante a son rôle et son devoir.

Sa dilution serait triste et grave. La commémoration de l’Escalade est plus qu’une occasion de réjouissance ; c’est un rappel d’histoire et d’identité invitant à l’engagement. Enfin, Noël devrait rester, ici plus qu’ailleurs peut être, un autre rappel : c’est dans une fidélité à ses sources vives que l’on peut avoir une nouvelle naissance.

 

Oui, être de Genève ce n’est pas être là plutôt qu’ailleurs. Tous ceux qui y vivent, dans la diversité de leurs racines, ont à respecter l’identité collective et les valeurs qui s’y greffent nourries d’une longue histoire.

 

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Genève entre Escalade et Genève

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05/12/2012

Conseil fédéral: conserver et changer

Conseil fédéral : conserver et changer

 

Coïncidence.   Au moment où le Parlement s’apprêtait à élire Ueli Maurer comme Président de la Confédération pour 2013, le Conseil national rejetait l’Initiative de l’UDC visant à faire élire les Conseillers fédéraux par le peuple.  Un mot sur Ueli Maurer. On a entendu des commentaires du genre de ceux-ci : il ne fera pas de dégats à la Présidence, il ne faut pas ouvrir une crise, le tournus entre les  membres du Gouvernement et donc les partis à la Présidence est inhérent au système, il faut respecter ces habitudes qui donnent de la stabilité aux institutions. Ueli Maurer n’avait aucune envie particulière de cette accession à la Présidence. Mais il fera le job, dit-il.  On apprend qu’il a conclu un arrangement avec Didier Burckalter, élu comme vice-président. Lui ne fera des voyages que strictement nécessaires, incontournables. Le plus souvent possible il laissera le Ministre des affaires étrangères assurer les contacts avec l’extérieur. Or, les rencontres à l’échelon des chefs d’Etat et de gouvernements se multiplient. Dans ces conditions est-ce une bonne chose pour la Suisse que le Président de la Confédération en exercice se replie sur ses engagements à l’intérieur du pays comme au bon vieux temps ?  N’est-il pas, au contraire, temps de se dire que tous les Conseillers fédéraux ne sont pas vraiment préparés à cette charge annuelle qui s’ajoute pour eux au reste ?

Mais l’UDC, elle, bondit sur une autre piste. Fidèle à son crédo, tout pour le peuple et par le peuple, elle veut l’élection populaire des conseillers fédéraux. Ce changement aurait sûrement des effets très négatifs. On imagine la virulence des campagnes à travers le pays. Nos conseillers fédéraux, durant des mois, n’auraient plus guère le temps  de travailler sur leurs dossiers. Et puis, quelle clé de répartition entre les régions ? Qui élirait, par exemple, les deux conseillers fédéraux romands, à supposer que l’on préserve leurs sièges ? Le risque d’un poids accru de la Suisse allemande est évident. Quant à la recherche, ensuite, d’un consensus politique, à la sauvegarde d’un esprit de collégialité au Gouvernement, elles deviendraient beaucoup plus difficiles à réaliser. Cette Initiative a une veine populiste bien plus que démocratique. Il est heureux que le Parlement propose au Peuple et aux Cantons de la rejeter.

En revanche, il est moins heureux que le Conseil des Etats ait enterré l’idée d’augmenter le nombre des conseillers fédéraux, de sept à neuf. Ce serait pourtant le moyen d’assurer en permanence un siège à la Suisse italienne. La collégialité serait vivable à neuf ; surtout si on changeait aussi autre chose, à l’instar de ce qu’ont décidé certains cantons, tels Bâle-ville, Vaud et Genève.  A l’échelon fédéral, en considération des relations internationales de plus en plus envahissantes pour notre pays, la désignation d’un Président de la Confédération, donc du Conseil fédéral pour la durée d’une législature serait une bonne nouveauté. On pourrait fixer qu’après quatre ans le Président ne serait plus rééligible à cette fonction et qu’il faudrait tenir compte, dans la durée, d’une représentation équitable des régions.  Malheureusement, il y a trop d’oppositions, de la part des conseillers fédéraux eux-mêmes d’ailleurs, pour que cette idée fasse son chemin

Nos ministres sont  surchargés. On a peu à peu désigné des Secrétaires d’Etat. Mais il n’est pas question de les autoriser à venir défendre un projet de leur ressort devant le Parlement, au nom de leur ministre. Ni les conseillers fédéraux ni la majorité des députés ne veulent  d’un tel changement qui serait pourtant très nécessaire.

En bref, le seul grand changement proposé est celui de l’élection par le peuple, ce qui entrainerait de gros inconvénients. Et tous les changements que les circonstances de l’heure imposeraient sont écartés. Allons, ne nous décourageons pas. Cela viendra…

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03/12/2012

Bilatérales: grâce au but d'adhésion?

Bilatérales : grâce au but d’adhésion ?

 

Le vingtième anniversaire,--si l’on peut dire--, du refus de l’Accord EEE par le peuple  et les cantons suisses a suscité des commentaires pour le moins contrastés. Christoph Blocher et les siens sont persuadés d’avoir sauvés l’indépendance et les institutions de la Suisse. L’ancien négociateur en chef Franz Blankart ne se remet pas de ce qu’il considère avoir été une erreur politique grave du Conseil fédéral, particulièrement de Jean-Pascal Delamuraz et RenéFelber : à savoir le dépôt d’une demande de négociations en vue de l’adhésion au moment même de la signature de l’Accord EEE. Des armes ont été données à l’UDC pour dire que l’EEE était une étape prévue vers l’adhésion et non pas un Accord à considérer pour lui-même. Il était devenu difficile, au milieu des slogans simplificateurs, d’expliquer que l’EEE n’impliquait nullement un engrenage vers l’adhésion et que le chemin vers celle-ci répondrait toujours au contrôle et à la décision du peuple.

Avec le recul, et sans ressentir le regret et même la blessure d’un Franz Blankart, on doit admettre que le dépôt de cette demande de négociations a brouillé le message, a pesé sur la campagne. Ce fut incontestablement une erreur. L’auteur de ces lignes le reconnait d’autant plus qu’il était à l’époque parlementaire, membre de la Commission des affaires étrangères et qu’il n’a pas mesuré dans l’instant la portée de cette erreur ; contrairement à d’autres. Faut-il en conclure que sans cette démarche malheureuse l’Accord aurait passé la barre du vote populaire ? Impossible de le dire. A coup sûr, une appartenance à l’EEE nous aurait rendu moins difficile économiquement la décennie qui a suivi. Car elle le fut. Ceux qui jubilent font mine de l’oublier.

Tout le monde sait qu’il a fallu recourir à des négociations bilatérales avec l’UE afin d’aboutir à des accords bilatéraux très importants qui ont assez largement rétabli les connexions nécessaires avec l’UE. Ce que l’on sait moins ou que l’on feint de ne pas savoir est ceci : la demande de négociations en vue de l’adhésion déposée par la Suisse a facilité incontestablement les négociations bilatérales. On le sait de source sûre par des témoignages de l’époque à Bruxelles. Les milieux communautaires avaient estimé que le but stratégique de Berne était bien de les rejoindre un jour et qu’il fallait donner à la Suisse le temps de mûrir. Et, en attendant, il ne fallait pas l’isoler, cela dans l’intérêt commun. Le négociateur en chef de l’époque Jakob Kellenberger a toujours relevé ce fait. Dans sa récente interview, Franz Blankart, le grand déçu et blessé de l’échec sur l’EEE le reconnait aussi. Mais oui, si l’on veut écrire l’histoire il faut l’écrire complètement.

Alors, bien sûr l’idée d’une adhésion a plus que du plomb dans l’aile. Nombre de pays de l’UE ont sombré dans des situations inquiétantes durant la dernière décennie. La crise de l’EURO est grave, mais nous concerne. Pour établir une comparaison, la France a détruit 750.000 emplois en dix ans tandis que la Suisse en créait 500.000. Et tout est à l’avenant. Mais l’Allemagne, la Suède, les Pays bas ne se portent pas mal non plus. Reste que l’avenir même de l’UE pose bien des questions.

Dans ces conditions, la Suisse doit-elle s’en tenir strictement à des négociations bilatérales, secteur pas secteur ? Ou bien doit-elle chercher avec l’UE un cadre plus large de collaboration :genre new EEE ? Il serait faux de ne pas ouvrir la discussion, chez nous et avec l’UE . Quant à la perspective de l’adhésion, pour inatteignable politiquement  qu’elle paraisse aujourd’hui, on peut en dire ceci : ou bien l’UE ira en se délitant, ou bien elle poursuivra son chemin malgré les embûches et les crises, fût-ce en ayant une intégration à géométries variables suivant les membres. Dans ce dernier scénario, l’adhésion de la Suisse à un ensemble incontournable s’imposera un jour. Et en attendant, nous ne cesserons de reprendre l’acquis communautaire sans avoir participé à son élaboration, avec une liberté de manœuvre se rétrécissant encore et toujours comme peau de chagrin.      

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22/11/2012

Si Israël osait...

Si Israël osait…

Un cessez le feu est enfin en vigueur à Gaza. Pourvu qu’il dure. Evidemment, la mort de civils palestiniens nullement armés, y compris des enfants, a choqué les observateurs en fauteuil que nous sommes. Pourtant, dans son principe, la réaction d’Israël était légitime. Il faut bien voir que le Hamas, avec des armes fournies par l’Iran, voire par des monarchies et émirats pétroliers, ne cessait de tirer des roquettes sur le territoire israélien, avec des conséquences meurtrières et des risques pour les civils. Or on ne saurait non plus oublier les civils israéliens. On ne saurait davantage oublier que le Hamas continue à nier le droit à l’existence d’Israël et que les déclarations des autorités iraniennes allant dans le même sens sont inquiétantes et intolérables. Ce droit à l’existence de l’Etat d’Israël, après tant de tragédies subies par les Juifs, nous ne pouvons le relativiser un seul instant. Cela n’empêche pas de regarder l’histoire tourmentée de cette région depuis un siècle. Il est hélas clair que les malentendus, les frustrations, les ambiguïtés européennes, particulièrement anglaises, les rachats et confiscations de terres ancestrales, le rejet de tant de gens  dans les camps de réfugiés : que tout enfin dans cette histoire a aussi de quoi expliquer les positions palestiniennes et la succession de guerres depuis 1948.

Mais il est navrant que les pays arabes n’aient pas pris en temps voulu la juste mesure d’une réalité irréversible, à savoir la création de cet Etat d’Israël ; eux qui après tout avaient des Etats de fraiche date dégagés des décombres de l’Empire ottoman et de la décolonisation.

Cela étant, le grand reproche que l’on peut adresser aux autorités israéliennes n’est en tout cas pas de se défendre dans l’instant ni même d’engager des opérations préventives lorsque le danger devient évident et pressant. Encore une fois c’est légitime et il en va de la protection de leurs concitoyens. Non, la grande faute politique est d’avoir, depuis 1967, transformé une occupation militaire qui se justifiait dans l’attente d’un traité de paix en implantations croissantes de colonies dans ces territoires. Il y a quelque 600.000 colons établis ainsi au mépris du droit international et des résolutions de l’ONU. De quoi alimenter la dialectique agressive des Israéliens ultra nationalistes réclamant la confirmation d’un <grand Israël> ; mais aussi inspirer un terrorisme arabe dont ce n’est certes pas la seule cause mais qui se fortifie de ce fait.

Ah, si un Rabin, chef de guerre mué en homme d’Etat avait pu convaincre son peuple qu’il ne fallait pas annexer des territoires mais obtenir des garanties régionales et internationales. Ah si, dans la foulée des discussions avec l’Egypte, la Jordanie, les Etats Unis et les pays européens et sous le contrôle de l’ONU, on avait pu alors planter les piliers d’un véritable Etat palestinien homogène géographiquement, voisin et soucieux d’une reconnaissance mutuelle.  Mais, avec ce fait accompli des implantations, comment négocier désormais la création d’un Etat palestinien indispensable et digne de ce nom ? A défaut, faut-il envisager pour un siècle ces affrontements et cette haine désespérante, avec son cortège d’angoisses et de souffrances ?

Il faut être prudent dans ses jugements lorsque l’on est loin du terrain, assis confortablement dans son fauteuil. Toutefois on peut estimer que la demande de l’Autorité palestinienne d’être au moins reconnue comme la représentante d’un Etat non membre de plein droit de l’ONU mais jouissant  d’un statut d’observateur est normale et légitime. Le Conseil fédéral a raison de prendre cette position. En même temps, il s’agit de dire que le statut de membre à part entière sera nécessairement lié à un traité de paix délimitant un territoire et garantissant l’existence et la sécurité d’Israël. Une insertion plus grande de l’Autorité palestinienne dans le réseau international officiel est sûrement un des éléments pouvant faire avancer les choses. Mais à lui seul il ne peut rien. Il faudrait un courage palestinien et arabe pour imposer la fin du terrorisme et une reconnaissance nette de l’Etat d’Israël. Il faudrait simultanément un courage du Gouvernement israélien devant l’opinion et face aux colons pour que l’essentiel du territoire occupé puisse devenir celui du nouvel Etat. Est-ce rêver d’imaginer cela possible ? Comment la communauté des Etats, prenant de la hauteur et du recul pourrait-elle y contribuer ? Verra-t-on un  jour cette terre sacrée pour trois grandes religions s’offrir au monde comme une démonstration de réconciliation possible ? Quel rôle à jouer pour les dirigeants arabes modérés et pour les élites intellectuelles et morales au sein des Juifs de la diaspora ? Que de questions, que d’inquiétudes et que d’espoirs malgré tout !

    

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20/11/2012

France: droite éclatée

France : droite éclatée

Grâce à une poignée de voix Jean-François Copé l’emporte sur François Fillon et prend la Présidence de l’UMP. Pour la droite classique et pour la France il eût mieux valu le contraire. Mais, de toute façon, l’UMP n’a plus de chef de file incontesté. François Fillon a constaté une fracture et c’est évident.

Lui pouvait conduire une opposition de droite acceptant des sensibilités diverses, certes, menant la vie dure à la majorité socialiste, sans aucun doute, n’ignorant pas les exigences du moment : réformer l’Etat, les relations entre partenaires sociaux, réclamer d’aller au fond des choses pour redresser une France économiquement en péril. Pas de tabou non plus sur l’immigration. Mais, déjà par le langage, le choix des mots, le respect des personnes il pouvait représenter un parti de droite libérale, collaborant avec les partis du Centre, se distinguant vraiment du Front national ; pas seulement par un refus d’alliances électorales mais par toute une manière d’être et d’agir. Une telle UMP sous couleur Fillon pourrait préserver sa vocation gouvernementale et demeurer le pivot d’un vaste Rassemblement de Centre-droit.

Avec Copé ce sera une autre partition et une autre interprétation. Il veut une droite décomplexée. A y voir de plus près, sous couleur du parler vrai elle racolera de façon discutable sur les terreaux populistes.  Elle n’absorbera pas pour autant la majorité des électeurs du FN et elle perdra non seulement ceux du Centre mais une partie des citoyens hésitants, ceux que la politique ne branche guère et qui, d’une élection  à l’autre, hésitent entre la Droite et la Gauche. Copé pense construire l’avenir de la Droite ; il pourrait bien en consacrer l’éclatement à commencer par celui de son parti.

Evidemment, des politiciens de droite classique ne doivent pas mépriser les électeurs qui se regroupent sous la bannière de partis se revendiquant d’une  droite dure. Les inquiétudes et les problèmes doivent être entendus. Mais les réponses ne doivent pas être simplificatrices. Il doit être fait appel à une capacité d’analyse générale qui donne toute sa part à la fermeté mais ferme la porte aux outrances.  Bref, quoi qu’il semble en coûter éventuellement au fil des élections, --ce qui est loin d’être certain et le pari contraire peut être tenu--, le Droite libérale doit être fidèle à elle-même, à ses valeurs de référence, à sa culture et à son langage.   Cela vaut partout, y compris en Suisse. Ce qui vient de se passer en France est inquiétant pour la Droite française, pour la France mais aussi pour les autres pays, y compris le nôtre ; de par un contre modèle à ne pas suivre.

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07/11/2012

Dicker-Obama: success story

Dicker-Obama : success story

 

Faut-il être déçu que le jeune écrivain genevois Joël Dicker n’ait pas reçu le prix Goncourt ? Oui dans la mesure où l’on avait l’impression que c’était écrit dans le ciel et que c’eût été le couronnement presque logique d’une ascension irrésistible au firmament des succès d’édition. Mais avez-vous vu et entendu la réaction de Joël Dicker après l’attribution du prix à Jérôme Ferrarri ? Un modèle du genre. Le comportement de cet homme si jeune est tout simplement impeccable, parfait. Il félicite le lauréat dont il dit qu’il l’a bien mérité et qu’il apporte beaucoup à la littérature française. Et il se réjouit des deux prix qu’il a reçus, dont le grand prix de l’Académie française. Quant à l’explosion des ventes de son second roman elle est phénoménale. On a envie de dire à ce jeune homme possédant une rare conjugaison de fraicheur et de maturité, qui parle si juste : <continue ainsi, livre nous un troisième roman aussi bon  et reste tel que tu es, si naturel et si attachant. Tu es une révélation. Parions que, peu à peu, tu vas devenir une référence.>.

Le même jour, Barack Obama fêtait sa victoire, félicité sportivement par son rival malheureux. C’est un événement américain spectaculaire. Mais, ici, on devrait s’en féliciter. Certes, un esprit libéral relèvera la tendance américaine à attendre plus de l’individu et moins de l’Etat que ce que l’on trouve en Europe ; particulièrement en France. Mais il y a un minimum de solidarité organisée nécessaire en matière de sécurité sociale qui eût été menacée si Barack Obama avait été battu. Il est vrai que nous, Suisses, n’avons pas trop à nous féliciter de l’Administration régnant à Washington. L’impérialisme juridique, particulièrement en matière fiscale, est très choquante ; d’autant plus que les Etats Unis exigent des autres ce qu’ils n’observent pas eux-mêmes. Il n’empêche qu’Obama est bien plus rassurant quant à la politique étrangère que son concurrent. On peut attendre de lui un dialogue avec l’Europe. Sur le point si délicat du Proche Orient, il devrait, sans rien renier de son attachement à la sécurité d’Israël, garder une marge de manœuvre indispensable vis-à-vis des pays arabes et des Palestiniens ; plutôt que d’être totalement aligné couvert sur une politique israélienne inquiétante. Avec son rival le danger d’un tel alignement inconditionnel était grand.  Dans les relations avec la Chine aussi on peut s’attendre à plus de nuances et de réalisme. Bref, en un mot comme en cents mieux valait pour l’Europe, pour la Suisse cette victoire que le contraire. Ce qui n’empêchera pas cette Amérique de nous donner bien des motifs d’irritation. On aimerait voir plus d’esprit de résistance face à certains abus de droit. Enfin, pour l’heure, saluons cette success story.   

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30/10/2012

El-Andalous: l'âge d'or de la tolérance

El-Andalous : l’âge d’or de la tolérance

 

Y a-t-il eu un âge d’or pour la tolérance entre les trois religions monothéistes, leur conjugaison dans un équilibre politique et culturel ? Si oui, cela a duré quelques siècles en  Andalousie ; disons en gros entre 700 et 1200. Ce fut sous l’égide de la première vague des invasions musulmanes dans la péninsule ibérique. Après, avec la deuxième vague d’invasion arabe, sous une autre dynastie, la situation des Chrétiens et surtout des Juifs se détériora. Mais le triomphe de l’intolérance s’imposa peu après la reconquête de toute l’Espagne par les Rois catholiques avec la prise de Grenade en 1492. Notons que c’est l’année où Christophe Colomb allait partir pour les Amériques, ce qui allait annoncer le génocide progressif des Indiens sur tout le continent américain.

Mais revenons en Espagne. Voici venir l’inquisition avec ses agents, les Dominicains. Les pères, aujourd’hui souvent éminents et respectés de cet ordre ont ce lourd passé. Leurs prédécesseurs de cette époque seraient poursuivis aujourd’hui pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Les Maures furent convertis de force ou expulsés. Les Juifs, dont l’importance était considérable furent convertis de force ou brûlés vifs. Et comme souvent on soupçonnait les convertis de ne pas l’être vraiment, nombre d’entre eux furent brûlés également. Cette épuration fut un des facteurs de l’appauvrissement économique, politique et culturel de l’Espagne. Le début du déclin suivit, historiquement, d’assez près l’exaltation de la reconquête et de la découverte du nouveau monde.

Mais comment cela fut-il possible ? Oui, le monde Musulman, au temps de ses succès foudroyants, pouvait tenir compte de son immensité, de sa diversité et s’offrir le luxe d’incorporer des communautés chrétiennes et juives lui apportant beaucoup.

La reconquête politique et catholique de toute l’Espagne s’inscrivait dans une affirmation à la fois nationale et religieuse après huit siècles d’éclatements. Une revanche.  C’est une explication. Il n’empêche que des religieux, des rois porteurs de foi pratiquèrent la haine et la violence au nom de Jésus Christ, lui qui avait prêché l’amour. Au moins, Mahomet avait été un chef de guerre et la conquête en son nom avait une cohérence. Mais l’exclusion, le génocide au nom de Jésus ?

Cela étant, durant la période bénie de El-Andalous, Juifs et Chrétiens pouvaient affirmer leur identité dans leurs cercles respectifs, protégés par  la tolérance majoritaire.  Mais ils devaient respecter l’ordre politique et social qui s’imposait à tous. Les Arabes intégristes d’aujourd’hui  qui vivent en Europe ont oublié que tolérance ne signifie pas cohabitation de lois différentes, de règles différentes devant l’Etat. Si les citoyens européens de souche doivent savoir que le monde musulman a un passé de haute civilisation dans une grande ouverture culturelle ; s’ils doivent savoir que le monde chrétien a aussi un passé noir de flammes et de cendres, ils ont néanmoins le droit et le devoir d’affirmer les valeurs incontournables dont ils sont les porteurs aujourd’hui : laïcité de l’Etat, égalité hommes-femmes, liberté personnelle etc… Quant aux Musulmans dits modérés, ou plutôt ouverts et modernes, on aimerait les entendre davantage, chez nous et dans les pays musulmans. Ils n’ont pas besoin de copier l’occident pour affirmer des valeurs humanistes. Leur passé prestigieux, par exemple en Andalousie est une superbe référence.

Finalement, si chaque société, chaque pays, chaque religion puisait dans la meilleur et le plus beau de ses racines, il y aurait espoir d’une floraison où la conjugaison humaine s’offrirait par le haut. Comme disait Martin Luther King : <I have a dream>.

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