31/10/2013

Voter en cohérence

On vote pour ce deuxième tour qui doit désigner nos sept Conseillers d’Etat et donc notre Gouvernement cantonal genevois  jusqu’au printemps 2018. Les partis ont raison de trouver trop long le temps entre le premier et le deuxième tour.  La nouvelle Constitution n’a pas prescrit le délai. Il appartiendra au Grand conseil de fixer un intermède plus raisonnable lassant moins les acteurs et les spectateurs et ne laissant pas trop longtemps le fonctionnement de l’Etat au ralenti.

On vote et des électeurs balancent entre fidélité à leurs convictions générales, lorsqu’ils en ont, et envie de réunir des personnalités qu’ils estiment représentatives, proches de leurs préoccupations et qui leur plaisent. C’est légitime et inhérent à une élection majoritaire portant sur des personnalités. Mais il y a un danger. On entend, par exemple, des militants PLR ou PDC exprimer l’intention de rajouter à leurs cinq candidats le MCG Mauro Poggia. On les entend dire, par exemple,  qu’ils le préfèrent à Anne Torracinta et à Antonio Hodgers. Le problème est que la plupart de ceux qui vont voter pour les trois nommés n’auront pas ce genre d’états d’âme. Chacun fera le plein ou peu s’en faudra des militants de son parti. Et soyons réaliste : la socialiste avec la discipline de gauche, l’écologiste avec sa belle image médiatique ont de fortes chances.  Il y a donc peu de chance pour que les militants PLR ou PDC qui se laisseront aller à rajouter Poggia barrent ainsi la route à la candidate de gauche enracinée et au charmeur qui surfe au dessus du reflux de son parti. Non, rajouter Mauro Poggia c’est mettre en danger l’un des deux candidats PDC ou, plus vraisemblablement encore la candidate PLR Isabel Rochat. Est-ce vraiment ce résultat que souhaitent ceux qui flirtent avec cette envie ? Ne vont-ils pas raisonner et admettre qu’un socle solide et majoritaire PLR-PDC est lui souhaitable au Conseil d’Etat ? Dans les mois et les années qui viennent il y aura besoin de stratégies, de décisions, d’actions cohérentes et reconnaissables. Il y aura besoin d’un Gouvernement capable de tenir son rôle devant les turbulences prévisibles du Grand conseil.  Il y aura besoin de personnalités libres ,au clair sur leurs valeurs, capables de collégialité, de loyauté et n’ayant pas un chef de parti omniprésent sur le dos, tel un Eric Stauffer derrière Mauro Poggia. Il ne s’agira pas d’un gouvernement monocolore. Les élus minoritaires   auront leur influence. Mais dans l’ensemble et sur une ligne générale un socle de l’Entente majoritaire pourra donner le ton, ferme mais sans outrance et simplifications trompeuses. Alors, de grâce, chez ceux qui ont un lien avec les deux partis fondamentaux de l’Entente genevoise pas de rajout inopportun.

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14/10/2013

Poggia: rectifier et préciser

Poggia : rectifier et préciser

 

Mon dernier Blog titré, <ne pas élire Mauro Poggia> semble avoir suscité un malentendu. Pascal Decaillet, --avec lequel j’ai également de très bons souvenirs et dont j’estime grandement la culture--, pense que j’ai déraillé en évoquant le passage de Mauro Poggia du Catholicisme à l’Islam. Peut être, en effet mon cher Pascal, que j’aurai pu m’abstenir d’évoquer ce point que je mettais en relation avec les autres changements de gîte de ce candidat. Mais je me dois de rectifier une interprétation erronée de mon intention et de préciser mon appréciation.

Non, le Libéral que je suis ne mettra jamais en cause la liberté personnelle de conscience et le droit d’être attaché à une religion ou une philosophie, dans le cadre toutefois des valeurs humaines et de l’ordre démocratique.  Non, le fait que ce candidat est musulman ne me choque pas du tout. Une fois ou l’autre il y aura sûrement un élu au Gouvernement de cette confession. Notre Etat est laïque. La nouvelle Constitution, à l’élaboration de laquelle j’ai collaboré, l’affirme clairement. Et oui, on a bien le droit de changer de conviction spirituelle : après tout, sans St-Paul tombant de cheval qui serions-nous ?

La question n’est pas là. Elle est sur les signes que cela indique sur un caractère. Tourner le dos à une confession qui vous a formé et accompagné durant des années n’est pas courant. Et alors, dira-t-on ? Oui, mais voilà que le même homme change tout autant de paroisse politique, passant du Parti libéral, au PDC pour devenir enfin une locomotive du MCG. On a envie de dire : et après ? Bouddhiste et écologique ? Ou bien d’extrême gauche ? Vous savez bien, mon cher Pascal Decaillet que  l’histoire a connu de ces gens qui passent d’un gîte à l’autre au gré des vents et de leurs pulsions intérieures. Souvent, ce ne furent pas des destins très rassurants. Et cela interroge sur la fiabilité, la cohérence d’une personnalité et sur la loyauté, la fidélité d’un caractère. Laissons donc la conversion spirituelle puisque j’ai été mal compris. Mais tout de même, être PDC avec ce que cela comporte et se retrouver MCG avec ce que cela montre ! On a bien le droit de s’interroger en effet sur un tel candidat qui passe si aisément d’un habit à l’autre ; surtout s’il prétend entrer au Gouvernement de Genève. Alors oui, en effet, je déplorerais qu’il prenne la place d’une candidate qui est tout le contraire par sa rectitude, sa continuité, sa cohérence , sa loyauté et sa fidélité sans failles aux valeurs qui l’ont formée : Isabel Rochat.  

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13/10/2013

Ne pas élire Mauro Poggia

Ne pas élire Mauro Poggia

 

S’il devait y avoir une seule raison d’élire au Conseil d’Etat genevois le MCG Mauro Poggia ce ne serait en tout cas pas celle de Maître Charles Poncet. Lui trouve qu’un Clown au milieu de tant de nuls ferait au moins rire. Pauvre Charles Poncet. Il ne fait plus rire personne. Et dire que cet homme fut député et Conseiller national libéral.  Et dire qu’il a du talent. Quel gâchis à cause d’un caractère qui, évidemment, ne s’améliore pas avec le vieillissement.

Mais non, Mauro Poggia n’est pas un clown. Et il peut séduire un électorat normalement attaché à l’Entente. N’est-il pas plus modéré, moins brutal, moins vulgaire, moins extrémiste qu’un Eric Stauffer ? Sa présence au Conseil d’Etat ne donnerait-il pas au MCG une conscience gouvernementale ?

Quel trompe l’œil ! Puissent les électeurs du PLR et du PDC ne pas commettre la faute de le rajouter ! Tout d’abord, que penser d’un homme dont les fidélités changent au gré des vents extérieurs et de ses états d’âme.  Chacun est libre de professer la religion de son choix. Mais ce n’est pas être islamophobe que de se demander comment un homme public peut naître et grandir comme un catholique d’origine italienne et se retrouver musulman dit convaincu. S’il n’y avait que cela, que l’on a le droit de considérer comme étant un peu troublant, surtout en regard des phobies du MCG. Mais le personnage commence par militer comme libéral, puis devient PDC et s’affiche désormais comme une figure de proue du MCG. Où est la continuité, la cohérence d’une pensée, d’une action ? Il est permis de s’interroger sur la question de l’impulsivité, de l’instabilité  voire de l’opportunisme. On ne devrait pas faire confiance à un candidat qui présente ce genre de parcours si peu rectiligne ; en tout cas pas pour une élection au Gouvernement.

Quant à la modération du ton ! Vous avez lu et vu le livre de la jungle de Wall Disney. Certes, le tigre est violent mais le serpent qui sait être suave est-il vraiment moins méchant ? Avez-vous entendu le candidat Poggia à l’émission de Pascal Decaillet ? Le sujet était l’économie, l’emploi, le chômage. Le journaliste excusait Isabel Rochat dont le département s’occupe de cela. Elle devait, à la même heure, présider le Conseil d’administration de l’aéroport. Mauro Poggia  perfide : mais c’est plutôt que le PLR lui interdit de parler car elle est si nulle et son bilan est si mauvais. Quelle élégance ! On se demande si Eric Stauffer n’aurait pas eu moins de venin.

L’ennui pour Mauro Poggia est qu’Isabel Rochat avait été excellente à l’émission infra rouge de la TV romande. Tous les observateurs attentifs reconnaissent que, malgré la difficulté pour elle de se confronter au Département de la sécurité, aux syndicats de policiers elle a labouré et préparé le terrain dont profite maintenant Pierre Maudet.   Ainsi pour l’élément crucial qu’est la nouvelle loi sur la police. Les mêmes observateurs relèvent son engagement intense à la tête de son nouveau département afin, notamment,  de lutter contre le chômage, de faciliter la réinsertion dans le marché du travail. Et puis il y a sa collégialité sans faille, sa loyauté, son élégance à elle d’esprit et d’allure. Quel contraste !

Au premier tour, des bulletins du PLR et du PDC sont sortis avec le nom d’Isabel Rochat barré. Une aberration. Mauro Poggia n’attend que cela. C’est le siège qu’il convoite, qu’il pense être à portée de son désir.  C’est le siège qu’il ne faut pas lui donner. Isabel Rochat mérite la confiance pour la législature qui va commencer. Elle est un pôle de stabilité et un facteur positif pour un fonctionnement collégial de l’exécutif.  Pensons à Genève.  

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03/10/2013

Genève: quel Parlement nous attend?

Genève : quel Parlement nous attend ?

 

L’Assemblée constituante a gardé l’exigence d’un quorum de 7% pour qu’un parti soit représenté au Grand Conseil. Heureusement .L’extrême Gauche , présente à la Constituante, avait hurlé. Une exigence anti-démocratique selon elle. De toute manière, lorsqu’elle a vu se dessiner une négociation incluant les Socialistes afin d’aboutir à une Constitution pouvant passer l’obstacle du vote populaire, elle a hurlé de plus belle. Elle a accusé les Socialistes d’être des <social traitres>. Elle a prédit l’échec au vote populaire et ce fut son échec à elle.

Toutefois, elle a tiré les conséquences quant au quorum pour le Grand Conseil. Il y a quatre ans, faute d’entente entre ses divers éléments, souvent en bisbilles personnelles, elle n’était pas entrée au Parlement. Cette fois, ces mêmes branches ont noué la gerbe pour l’occasion. Tout porte à croire donc que , dimanche, l’extrême Gauche aura des députés.   Ce ne sera pas une bonne nouvelle. Elle va peser lourdement sur les débats parlementaires. Elle va dire non à tout car elle met en cause toute la politique du canton sur fond d’opposition à tout le système qui fonde la Suisse. Elle dégagera un volume sonore qui le disputera à celui du MCG. Les débats vont perdre ce qui leur restait de sérénité , sous les yeux navrés des téléspectateurs. Tous les débats seront plus longs, mettant la patience des députés soucieux de travailler à rude épreuve. La pression sur le Groupe socialiste sera constante, rendant plus difficile sa participation au consensus.  

Face à ce poids, puisse une force de Centre droit solide se dégager au Parlement et correspondre à une Majorité  au Conseil d’Etat. Seule une telle constellation , capable certes de négocier avec les Socialistes et les Verts mais aussi capable d’aller de l’avant sans se laisser paralyser pourra conduire le Canton à surmonter les difficultés qui l’attendent. Quant à l’extrême gauche elle se plait à dire qu’il est bien mieux qu’elle provoque les discussions  au Grand Conseil plutôt que d’être cantonnée à l’opposition extérieure. C’est une plaisanterie car tout dépend de l’attitude que l’on a. En fait, elle doublera  son opposition virulente et systématique de l’extérieur par la même, du même style et préalable, de l’intérieur. Et elle gagnera en visibilité.

Les électeurs qui n’ont pas encore voté devraient penser encore à tout cela d’ici dimanche à midi.

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16/09/2013

vis à vis des criminels: changer l'approche

Vis à vis des criminels : changer l’approche

 

Ce qui suit ne sera pas politiquement correct et ne répondra pas à la modération habituelle de ces chroniques. Ceci ne sera pas cependant l’expression d’une réaction émotive simplement au diapason de l’émotion soulevée par le drame de Bellevue ; mais l’expression d’une réflexion et d’une position de longue date sur le sujet. Il s’agit d’un domaine où une intransigeance voire une dureté sont légitimes.

Les juristes, les magistrats et nombre de politiciens se félicitent du fait que notre Code pénal est, comme on dit, individualisé et largement orienté vers la progression et la réinsertion des  délinquants .  On admire le fait que des condamnations pour des crimes n’entrainent que relativement peu d’années de prison et que le condamné puisse bénéficier souvent rapidement de mesures d’allégement, sorties réglementées, sans parler de la libération conditionnelle bien avant la fin théorique du temps de condamnation. Eh bien nous osons affirmer ici que l’on a fait fausse route.

Il n’est pas question ici de prôner un retour à l’idée de jadis que le sang doit laver le sang et de réintroduire la peine de mort. Mais il est question de redonner la priorité au geste de l’Etat, de la Justice envers les victimes. Il est en fait intolérable pour la mémoire d’une jeune femme ou jeune fille assassinée, pour ses proches que l’assassin puisse être libéré au bout de quelques années, se promener, vivre normalement tandis qu’une vie a été brisée et que des proches ont été cassés irrémédiablement. Pour cette raison déjà des crimes de sang devraient être sanctionnés beaucoup plus durement beaucoup plus longtemps. Il y a des cas où la condamnation à perpétuité devrait être vraiment à perpétuité. Et que l’on ne nous fasse plus pleurer sur le prisonnier mais, jusqu’au bout, sur la victime et ses proches. On nous dit que le condamné ne s’amende pas si le séjour carcéral dure trop longtemps. Et alors ? D’une manière générale, par rapport à certains crimes vraiment odieux, particulièrement ceux qui traduisent une pathologie terrible nous ne croyons pas aux possibilités d’un changement fondamental. Pourtant, dans les cas où il semble y en avoir une chance, à tout le moins la porte entre ouverte ne doit elle l’être qu`après longtemps. Et l’action doit être entourée de mille précautions, d’une surveillance étroite durant, elle aussi, suffisamment longtemps. C’est le souci de sécurité qui doit passer avant la chance offerte. C’est tout le contraire de ce qui a eu lieu lors des tragédies que l’on a connues. Le fait que ces tragédies sont en petit nombre par rapport aux sorties réussies n’est pas un argument. Nous ne pouvons d’ailleurs nous défendre de l’impression que nombre de  repentis ont davantage peur de la spirale qu’ils ont connue plutôt que d’être tenaillé par un  profond et bouleversant remords menant à une rédemption. N’est pas le héros du crime et châtiment de Dostoiewski qui veut et les feux verts des responsables de l’application des peines font plus penser au passage de l’éponge sur un tableau noir qu’à une lumière surgissant de l’âme. Mais,  encore une fois, si une porte doit être ouverte vers une réinsertion : beaucoup de temps avant et mille précautions.

Quelle dureté nous jetteront des contradicteurs. Eh bien oui. Il y a une balance à tenir. A force d’individualiser la norme et l’application pénales on a, --qu’on le reconnaisse ou non--, relativisé la valeur de la vie, l’exigence du respect de l’intégrité physique, la référence  solennelle à cette valeur sacrée de la part de l’Etat démocratique. On banalise le mal. Or, pour la société, la nécessité de cette référence est bien plus importante que ce chemin pénal vers l’individualisation de la peine et la priorité donnée à la volonté de réinsérer. Il y a des choix, précisément, de société. On ne peut pas toujours tout concilier.

Oh, cette banalisation touche aussi la petite délinquance, vols et autres. Au demeurant on observe ici un glissement de ces actes contre le patrimoine vers plus de violence contre les personnes.

Bref, nous pensons que notre Etat, notre justice, les autres instances concernées ont fait fausse route. Il ne s’agit pas de populisme, d’envie de hurler avec les loups vertueux. Nous pensons qu’il faudrait, avec d’autres repères, une inversion accentuée des priorités, une révision profonde du Code pénal et de son application judiciaire et administrative. Qui osera le proposer clairement au Parlement ? En attendant, les professionnels du pénal trop enfermés dans leurs pratiques qu’ils estiment humanistes, --alors qu’ils relativisent inconsciemment le caractère sacré de la personne humaine--, oseront ils admettre que, même avec le système actuel il importe de durcir considérablement l’application ?  

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12/09/2013

Les sens de l'armée

Les sens de l’armée

 

Une fois de plus on va voter sur l’armée. Cette fois le Groupement pour une Suisse sans armée essaye le tir de biais. Ayant échoué à obtenir sa suppression pure et simple il tente de convaincre qu’une armée purement professionnelle serait bien plus opportune. Et il veut nous persuader que ce serait bien moins cher ; l’agent dégagé pouvant alors servir à des dépenses sociales tellement plus importantes.

L’ennui pour lui est que les experts démontrent qu’une armée professionnelle serait plus chère pour l’Etat, donc pour les contribuables. Il aurait pu évoquer les entreprises dont les absences de leurs employés et cadres pour cause de service militaire posent quelques problèmes d’organisation. Mais ce n’est vraiment pas leur souci. Bref, sur le terrain en trompe l’œil qu’il a choisi dans l’idée de vider peu à peu notre armée de sa substance, le GSSA ne trompera évidemment pas la majorité des citoyens qui voteront.

Reste donc à rappeler quelques éléments d’analyse justifiant notre armée de milice.  Il est vrai qu’elle n’a pas eu à se battre contre des ennemis extérieurs depuis la création de l’Etat fédéral en 1848. On se souviendra tout de même qu’elle a préservé l’unité du pays lors de la guerre du Sonderbund. Mais, surtout, avec tous les problèmes et les couacs que les historiens ont débusqués elle a été déterminante lors des deux guerres mondiales qui ont ravagé l’Europe. Elle a été la pierre angulaire d’une politique de Neutralité qui nous a valu notamment la Croix rouge internationale et toute la Genève internationale au service de la paix et du monde. Au travers de variations  et de turbulences notre armée de milice a été et demeure un volet essentiel de notre politique de sécurité, de notre politique étrangère.

Et pourquoi de milice ? Autour d’un noyau de cadres  professionnels les citoyens miliciens donnent la substance humaine, démocratique à cette volonté de défense sans laquelle un pays accepte de ne plus avoir de prise sur son destin en cas de malheur. Bien sûr, personne n’imagine encore un risque direct d’invasion. La continuité dans une préparation limitée mais de qualité à la défense du pays, donc la préservation d’un cœur de compétences n’en est pas moins nécessaire. Et c’est bien ce que les autres pays attendent de nous aussi.  C’est une affirmation identitaire à la fois matérielle et politique. On aimerait que s’étoffe le volet de la participation  à des actions de paix sous l’égide de l’ONU. Il s’agit d’un débat qu’il convient de mener contre les tenants d’une conception trop axée sur la défense du territoire. Mais c’est une autre discussion.

Insistons également sur l’aspect fédérateur d’une armée de milice qui incorpore des jeunes gens de toutes les régions du pays. Ni la cohabitation de nos cultures ni notre fédéralisme ne sont des dons du ciel acquis pour l’éternité. Il y faut un sentiment commun d’appartenance  nationale, d’adhésion à une culture politique. L’armée de milice est sur ce point un élément clé. Les experts ajoutent que la qualité des miliciens impressionne souvent les observateurs étrangers et que les synergies entre expériences civiles et militaires sont loin d’être négligeables. Alors, bien sûr, il y a les pertes de temps,  les instructions défaillantes, la rencontre, parfois, avec des chefs médiocres et se valorisant dans l’autoritarisme simpliste. Mais c’est un peu comme dans nombre de secteurs de la vie. Certes, bien des choses sont à maitriser, améliorer. Mais là encore. Sans doute, beaucoup échappent au service militaire. Assurément les réflexions sur un vaste service national méritent discussions. Tout cela n’invalide en rien le fait que notre armée de milice, avec le principe de l’obligation de servir fait partie de notre histoire, de notre présent et doit nécessairement faire partie de notre avenir. Vouloir sa mort c’est ne plus comprendre ni vouloir vraiment la Suisse.

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01/08/2013

Fête nationale- une histoire vraie

Fête nationale : une vraie histoire Récemment, un historien dont la sensibilité de gauche transpirait à chaque ligne s’est plu, dans la presse locale, à remettre en cause toute l’histoire que l’on raconte le 1er août sur la fondation de la Suisse. Non sans fondement et rigueur scientifique. Le Pacte de 1291 aurait été écrit bien après et anti daté afin de créer une base vénérable et glorieuse à l’élaboration de notre Confédération. A aucun moment les contractants des alliances successives n’auraient eu la conscience ni la volonté de créer une véritable nation. Ce n’est que très tard, et sous la pression des événements extérieurs, que cette idée est devenue réalité. En fait, la Suisse n’existerait véritablement que depuis 1848 de par la victoire des uns sur les autres dans une guerre entre cantons. Et c’est dans la réconciliation des forces bourgeoises qui s’étaient affrontées au Sonderbund, forces désireuses de consolider un certain ordre politique et social face au socialisme menaçant, que l’on a codifié, sacralisé un passé mythique comme élément clé d’un patriotisme conservateur. Et l’auteur regrette clairement que la Gauche se soit en quelque sorte, selon lui, laissé prendre au piège et ait endossé ce passé mythique récupéré par les forces conservatrices. Mon Dieu que cette position, apparemment objective est à courte vue ! Qui conteste que l’évolution vers l’autonomie et les alliances aient été une longue marche en progression vers un but non défini à l’avance ? Qui conteste que la Suisse s’est faite dans la conjonction d’une volonté et des événements européens l’englobant, avec leurs conséquences ? Assurément la Suisse moderne date de 1848. Depuis lors elle a dû affirmer dans des circonstances terriblement dangereuses sa volonté d’indépendance et sa Neutralité pierre angulaire de sa cohésion nationale. Alors, oui le passé en partie réel en partie réinventé a été utilisé. Heureusement. Quel beau coup patriotique que cette réunion des Officiers au Grutlli par le Général Guisan en 1940. Ce n’était pas un acte de droite ou de gauche. C’était un acte de résistance contre le Nazisme. La Gauche était autant concernée, que l’on sache. L’interprétation intériorisée d’un passé en partie réel en partie réajusté participe d’une volonté toujours plus et mieux affirmée de proclamer la Suisse : celle de tous ses citoyens ouverte à tous ses habitants. On peut avoir des sensibilités, des visions différentes. Les discours bien différents des Conseillers fédéraux Ueli Maurer et Didier Burckhalter l’illustrent. Mais tant le rappel d’une volonté historique d’indépendance que celui, d’une réalité tout aussi historique d’imbrication de la Suisse dans le monde ont droit de Cité en ce jour de fête nationale. Et le mythe a toute sa place, toute sa nécessité. Alors, n’en déplaise aux grincheux, vive la fête nationale pour tous, vive la Suisse de tous.

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Fête nationale: une vraie histoire

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30/06/2013

Démocratie suisse à l'épreuve du droit

Démocratie suisse à l’épreuve du droit

 

Arthur Grosjean a écrit il y a quelques jours dans la tribune de Genève un commentaire pertinent sur les réactions des autorités face à des initiatives populaires embarrassantes. Il cite l’application envisagée de l’Initiative Franz Weber qui fait dire au vieux lutteur que l’on trahit la volonté du peuple. Il cite aussi l’Initiative de l’UDC sur le renvoi des étrangers délinquants, dont certains requérants d’asile. Là  encore, l’application un peu distante prévue fait hurler l’UDC et pourrait donner des chances à leur nouvelle Initiative.

Ce n’est pas nouveau. Pourtant il y a de quoi s’interroger. Lorsqu’une Initiative n’a pas de vice de forme mais qu’elle est manifestement excessive, la tendance du Conseil fédéral et du Parlement est de la laisser aller vers la votation populaire en recommandant le non. La plupart du temps, dans notre histoire constitutionnelle, cela a suffi et l’initiative a été rejetée par un peuple imbibé de sagesse. En principe, la grande raison pour déclarer une initiative populaire non valable et pour ne pas la soumettre au vote était le non respect de l’unité de la matière. En pratique les Chambres fédérale ont élargi au maximum l’adage : in dubio pro populo et très rares furent les cas où une Initiative fut invalidée par le Parlement. Mais les temps ont changé. Mal à l’aise devant certains excès, certaines pressions, --telle la spéculation immobilière, l’atteinte aux paysages ou bien le flux d’immigration et des faits d’insécurité,--le peuple tend davantage l’oreille aux projets invitant à des solutions tranchées, à des coups de frein brutaux. Du coup, la parade des autorités, entre finesse et finasserie, devient moins efficace.   Ainsi Gouvernement et Parlement se retrouvent à essayer de tempérer les effets d’initiatives votées par des applications légales aux limites de l’infidélité. Ce n’est pas bon pour la confiance, laquelle est le ciment vivant de notre démocratie.

Il vaudrait mieux miser sur la transparence et la clarté. Si une Initiative est excessive mais répond à une vraie et légitime préoccupation, lui opposer un contre-projet  constitutionnel clair et précis plutôt que de se référer à ce qu’on appelle un contre-projet indirect : soit une loi en attente sur le sujet . Si une Initiative est nettement contraire au Droit international auquel la Suisse a souscrit, avoir le courage de déclarer cette Initiative non recevable et ne pas la soumettre au vote populaire. La encore une solution de rechange peut être un projet du Conseil fédéral et du Parlement. C’est mieux qu’une application biaisée d’une initiative votée,  acceptée par le peuple et les cantons.

Bref, il serait bon, à l’avenir, d’éviter le flou et le un peu tordu. Jouons franc jeu devant le peuple. Dans la durée, il préférera cela et la démocratie suisse à l’épreuve du droit s’en portera mieux.

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20/06/2013

La dignité du Parlement

La dignité du Parlement

 

On peut avoir des frissons après le rejet du projet de  loi urgente par le Conseil national. Quelle seront les réactions des autorités américaines : ministère de la justice, procureurs, juges… On peut se demander si les collaborateurs des banques suisses auront encore les maigres garanties que semblait leur promettre cette loi. On peut s’interroger sur les conséquences pour certaines banques, soit déjà dans le collimateur soit en passe de l’être. Et, naturellement le danger pour l’ensemble de la place financière suisse, avec les retombées négatives sur toute notre économie, ne saurait être tout simplement ignoré.

Pourtant, à la place de la majorité des Conseillers nationaux j’aurais eu la même attitude. J’aurais voté non. Pourquoi ?

Il y avait quelque chose d’indécent à demander aux députés de voter une loi sans qu’ils sachent vraiment ce qu’elle allait recouvrir. Il y avait quelque chose d’humiliant à renoncer au droit suisse et à inviter officiellement les banques à se mettre à disposition du droit et des tenailles américaines. Ce sont les banques qui se sons mises dans ce pétrin et le Parlement devrait leur donner bénédiction pour pénitences et punitions décrétées outre atlantique ; cela au mépris de notre attachement à notre droit et à notre souveraineté. Impossible ensuite de ne pas s’aplatir de même devant tous les autres pays. Le Conseil fédéral doit-il, par voie d’urgence, rattraper le coup, en quelque sorte, comme le préconise Patrick Odier afin d’ouvrir quand même à nos banques ce chemin de Canossa d’où elles reviendraient sans bosses trop gravissimes ? Je ne sais trop. Attendons sa position. Mais les élus du peuple ne sont pas seulement là pour esquiver des coups sur un ring. Il n’est pas mauvais que l’on comprenne, aux Etats Unis que la lex américana n’est pas le décret impérial devant lequel tout pays devrait se courber, yeux bandés et bouche cousue. L’expression d’une certaine volonté de résistance et le rappel de notre propre ordre juridique pourraient avoir des prolongements positifs. On ne sait rien sur les catastrophes annoncées mais nous devons marquer plus clairement nos principes et nos positions sur la scène internationale. L’adhésion à des standards internationaux, oui. La révérence à l’ultimatum du puissant, non.  Encore une fois, les banques, ou tout au moins certaines, ont été d’une légèreté invraisemblable. La manière de dirigeants de se défausser sur des collaborateurs qui n’avaient que suivi des instructions est indigne. Le Parlement, lui, a pris des risques mais il a sauvé sa dignité. Tout étant considéré, cela aussi peut être payant.      

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