11/12/2013

Ce que Berne négocie mal!

Ce que Berne négocie mal !

 

Le Parlement doit accepter ou refuser l’Accord avec la France sur une nouvelle Convention de double imposition. Les députés aux Chambres auraient tout lieu d’en refuser la ratification. En se mettant dans une position d’infériorité diplomatique, soit en se laissant dire que ce serait tout ou rien, Berne n’a pas fait valoir tous les éléments du dossier. La France avait surtout dans le collimateur les forfaits fiscaux pour les riches Français fuyant leur fisc. Or, Berne aurait dû beaucoup plus faire valoir le cas de Suisses,  devenus par exemple frontaliers. Prenons un Genevois habitant en France voisine et travaillant dans le canton : une logique de plus en plus fréquente dans le cadre du grand Genève. La discrimination serait criante lors d’héritages de parents vivant par exemple à Genève, entre des enfants habitant en France voisine et d’autres habitant à Genève. Eh bien cet argument n’a pas été poussé lors des négociations. On nous dit que, faute d’accord, il n’y aura plus de convention et donc le risque d’une double imposition pour les Suisses de France. Serait-ce pire ? Et puis, assez de défensive. On a appris que la France n’a pas retourné l’argent qu’elle devait au canton de Vaud en regard de la répartition fiscale prévue pour les frontaliers. Voilà bien une opportunité pour le Gouvernement vaudois de prélever à la source la totalité et d’attendre de voir si Paris entend respecter ses obligations. Le système genevois est à cet égard meilleur car il ne permet pas au grand voisin de dire : faites ce que je veux, quant à moi je fais comme je veux.  Oui, vraiment assez de défensive et une exigence d’équilibre dans une approche plus globale.

On se félicite de l’accord dit Rubik avec l’Angleterre. Mais, de source officieuse semblant bien informée on apprend que les Anglais furent étonnés du manque de combativité des négociateurs helvétiques.

Quant à la saga entre le fisc, le département de justice américains et nos banques, elle a aussi montré un manque de professionnalisme, de  résistance chez Mme Widmer Schlumpf et ses diplomates. Ah les Anglais eux savent défendre leur place financière derrière leurs fausses déclarations vertueuses. On vient de s’en rendre compte une fois de plus avec les déclarations de leur Premier ministre. Berne nous a presque fait croire, un temps, que suivant la catégorie choisie, --dans le questionnaire imposé par Washington--, nos banques pourraient tourner la page du conflit. Naïveté ! Aucune garantie, aucune précision, les Américains se réservant en tout arbitraire, en toute démonstration de force de revenir à la charge ici ou  là avec des actions civiles et pénales. Et tant pis, ou plutôt tant mieux à leurs yeux, si des banques suisses ploient sous la charge des amendes et des actions judiciaires, si elles s’effondrent.

Répétons que certains banquiers ont vraiment tendu les verges pour se faire fouetter. Ces ténors de l’UBS cautionnant le racolage sur sol américain de clients américains non déclarés. Quelle folie. Mais que dire ensuite de leur attitude parfois sans aucune sensibilité consistant à jeter comme des malpropres des clients qui leur avaient fait confiance.

Cela étant, comment Berne a-t-elle pu réagir sans exiger immédiatement au moins une référence à des critères internationaux et des réciprocités immédiates et garanties ? Peut être que Washington aurait haussé les épaules si on lui avait tout de suite parlé du Delaware, de l’argent mexicain déposé dans certaines de leurs bonnes villes banques. Au moins, ils auraient senti de la résistance  au lieu de se réjouir de la mollesse constatée avant que fût même parti le premier coup de poing. Quant à la FINMA elle aura donné l’image d’une contrôleuse administrative plutôt que d’une instance d’appui pour une stratégie de la place financière suisse.

Vraiment la Suisse aura montré, une nouvelle fois, qu’elle fonctionne bien à usage interne mais qu’elle peine à trouver ses marques dans des crises venues de l’extérieur. Un espoir à cet égard : l’action semble-t-il réfléchie et probante du Département des affaires étrangères afin de clarifier et d’élargir nos relations avec l’Union européenne.  Mais pour le reste, quel amateurisme !

Il s’agit d’être lucide. Nous étions tous contents de la place singulière et privilégiée de la Suisse dans le domaine financier. Accuser seulement les banquiers serait hypocrite. Le secret bancaire, par exemple, a profité directement ou indirectement à tous les Suisses. Mais dès lors qu’il y avait un tournant aérien à prendre on aurait voulu de tous bons pilotes, dans les banques et à Berne. On nous a un peu mis les stewards aux commandes ce qui n’était pas le mieux pour défendre la Suisse.

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28/11/2013

Lettre ouverte à Anne Emery-Torracinta

Madame la Conseillère d’Etat

Je ressens le besoin de vous écrire cette lettre ouverte en raison de qui vous êtes et de la charge que vous allez prendre à la tête de l’Instruction publique.  Mais d’abord permettez-moi de vous féliciter de votre élection. J’ai voté compact PLR, par cohérence et fidélité, mais je pensais qu’une présence socialiste était nécessaire et j’espérais que ce fût vous.  Peut être ma sympathie doit-elle quelque chose à celle que je porte à votre père Claude Torracinta, une grande figure du journalisme romand. J’ai toujours admiré son professionnalisme, sa culture, sa rigueur et son honnêteté intellectuelle. Je ne vous connais guère mais j’ai l’impression que le fruit n’est pas tombé loin de l’arbre. Trêve de compliments. Vous allez quitter votre poste d’enseignante, et d’enseignante d’histoire plus particulièrement si j’ai bien compris. C’est pourquoi je vous écris ces lignes. Les circonstances de la vie m’ont amené à enseigner l’histoire, et plus précisément l’histoire suisse dans une école privée, en complément à mes activités journalistiques et politiques. Je le fais encore et je m’attache à transmettre des connaissances sur notre pays,  à faire comprendre son évolution qui éclaire sa nature et la manière dont il peut vivre en Europe et dans ce monde. Je crois vraiment que nos citoyens et nos habitants  sauront mieux se comporter collectivement et individuellement s’ils bénéficient, au terme de leur parcours scolaire,  d’une certaine profondeur de vue sur la Suisse. Cela suppose qu’ils en connaissent  la trame historique, au moins dans ses grandes lignes et autour de quelques grands points de repère.  Il en va en partie d’une question d’identité, mais aussi d’une capacité de réflexion et de conscience politique nourrie d’une culture nécessaire. Il n’en va pas du tout d’un nationalisme étroit, encore moins d’un parfum discriminatoire au détriment d’élèves d’origine non helvétique. Mais lorsque l’on vit dans un pays, dans un canton comme les nôtres, on se doit d’en connaître les fondements.

Or, madame la Conseillère d’Etat, je ne vous apprendrai rien en vous disant que l’école publique genevoise est loin du compte dans ce domaine. Ne parlons pas des discontinuités dans l’enseignement d’histoire générale qui voit des élèves aborder cinq fois la Révolution française et pas grand-chose d’autre. J’ai des exemples. En histoire suisse, il arrive que l’on aborde le Rapport Bergier et ses critiques sur la Suisse durant la deuxième guerre mondiale. En soi c’est salutaire mais c’est évidemment partiel et insuffisant. Sur l’histoire suisse en général, dans son contexte européen ? Si peu ! J’exagère me direz-vous. Peut être un peu. Un peu seulement.

Madame la Conseillère d’Etat, vous êtes la mieux placée pour observer ces carences et pour vous efforcer d’y remédier. Je pense bien que la solution n’est pas d’agir de manière autoritaire, brutale vis-à-vis de professeurs revendiquant leur liberté. Il faudrait donc de la concertation et du temps. Toutefois, n’est-il pas possible d’imprimer un mouvement vers un contenu défini, une continuité dans l’abord des chapitres, une harmonisation suffisante au sein de l’école genevoise quant aux programmes d’histoire, particulièrement d’histoire suisse ? N’est-il pas possible de rendre cela visible afin que ces  balises  deviennent peu à peu évidentes.  Madame la Conseillère d’Etat, je fonde des espoirs sur vous à ce sujet. Ai-je tort ?

 

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18/11/2013

IN 1.12: éviter l'auto goal

L’Initiative 1.12 : éviter l’auto goal

 

Il arrive que dans une partie de football un défenseur se prenne la tête dans les mains ; consterné d’avoir par une mauvaise idée et maladresse fait glisser le ballon contre son camp jusqu’au filet. C’est le risque qu’ont pris les auteurs de l’Initiative 1.12 qui ne veut pas qu’un salaire d’un dirigeant d’entreprise soit plus que 12 fois plus élevé que le salaire le moins élevé. Pourtant le sentiment qui se cache derrière cet Initiative est compréhensible. Notre ministre de l’économie, le Conseiller fédéral Schneider Amann en convient, d’ailleurs, lui qui, il y a dix ans en tant que Chef d’entreprise et Président de l’Association de l’Industrie des machines mettait en garde contre les abus de rémunérations, provocateurs, indécents et susceptibles d’entrainer un jour une réaction visant à un contrôle étatique. Eh bien nous y sommes.

Dans la Suisse de l’Ancien régime les Gouvernements patriciens de Berne, Zurich et Bâle interdisaient aux privilégiés d’afficher un luxe ostentatoire de nature à provoquer l’envie et l’irritation, propres à perturber un ordre social généralement admis. C’était d’ailleurs l’époque où les élites, peu enclines à une perspective de démocratie, estimaient de leur devoir de montrer un exemple de vertu et de mesure. On ne devrait pas trop en rire car cela n’avait pas que des côtés négatifs. De même peut-on regretter que la démocratie et la liberté économique aient perdu certains repères et certaines mesures. Cela étant il faut être clair : cette Initiative est mauvaise par essence et offre des suites éventuelles dangereuses.

Mauvaise car il n’appartient pas à l’Etat  de régler l’échelle des salaires dans l’économie privée. La question du salaire minimum peut se poser, bien qu’une telle norme ait elle aussi des effets négatifs. On l’a souvent dit, le recrutement de hauts cadres pour des entreprises suisses ne peut échapper au marché de travail à ce niveau qui dépasse nos frontières ; sauf à nous priver de personnes dont on a besoin. Certes, il y a l’indécence dont on semble un peu se rendre compte puisque les rémunérations des grands managers seraient, parait-il, à la baisse. Il est vrai que l’on n’avait pas vu arriver le succès de l’Initiative Minder. Mais il s’agissait là de mettre les grandes rémunérations sous le contrôle de l’Assemblée des actionnaires. Il n’y avait pas irruption et corsetage de l’Etat. Bref, avec la réussite de cette Initiative la Suisse tournerait en partie le dos à ce principe de liberté de l’Economie privée qui a tellement profité à l’ensemble de la population. Comparons nos structures et nos pratiques à celles de la France et comparons aussi les deux situations économiques et sociales.

Et il y aurait très vite d’autres conséquences. Les Cantons et la Confédération perdraient  des impôts. La Confédération perdrait des ressources pour l’AVS. Ces pertes probables ont été évaluées et sont importantes. Indirectement un affaiblissement économique et du chômage seraient à craindre.

Alors quoi ! Notre pratique des négociations entre partenaires sociaux, lesquelles imprègnent particulièrement les grandes entreprises, n’ont –elles pas démontré leur efficacité ? Pourquoi nous éloigner de cette voie si helvétique ? Une réflexion quelque peu pointue ne peut qu’amener au rejet de cette Initiative.

Elle fait appel à l’émotion, c'est-à-dire à une irritation devant des rémunérations ressenties comme indécentes. Il y a évidemment une connotation d’envie chez certains, peut être de jalousie envers tel ou tel dont les médias font étalage. Or, ces sentiments, encore une fois pour compréhensibles qu’ils soient, ne font pas de bonne politique. On veut croire à un retour progressif des bases éthiques et des repères, à un meilleur sens de la mesure parmi les cercles  de la libre économie ; cela aussi en prise de conscience du sentiment populaire. En revanche, blâmer ne veut pas dire dériver. Cette Initiative éloignerait peut être quelques privilégiés au scintillement d’argent indécent mais elle nuirait surtout au plus grand nombre des non privilégiés. Il faut résister à ses humeurs et voter lucidement non.  

 

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11/11/2013

Bonne chance au Gouvernement collégial

Bonne chance au Gouvernement collégial

Il fut un temps pour s’inquiéter, il est le temps d’espérer. Une majorité des électeurs a voulu un Conseil d’Etat où soient représentées les trois alliances présentes au Grand Conseil. Des électeurs PDC et surtout PLR ont barré Isabel Rochat et, ou, rajouté Mauro Poggia. Souvent le raisonnement fut de distinguer l’élection du Gouvernement au scrutin majoritaire de l’élection du Parlement au scrutin proportionnel par liste. Pour le Gouvernement on choisit aussi des personnalités et l’on peut voter pour des candidats divers et représentatifs que l’on désire voir collaborer. Bien sûr cela se tient. Pourtant, il serait normal de considérer aussi que certains partis ont l’habitude de la répartition des rôles entre l’exécutif et le législatif tandis que d’autres voient plutôt un combat simultané, aux deux échelons du pouvoir,  de leur force politique. Les commentaires, dimanche soir, d’Eric Stauffer allaient plutôt dans ce sens. Mais il est vrai que Mauro Poggia évoquait la possibilité pour lui, dans certains cas, d’expliquer à ses troupes le pourquoi de certaines décisions du Collège et faisait miroiter son influence afin de les faire accepter par les siens au Grand conseil. Dont acte. On veut le croire.  

Oui, le moment est venu du pari sur l’espoir et du désir sincère de se laisser gagner par la confiance. Nous voulons croire à une alchimie de collégialité dans le mouvement et dans une optique d’intérêt général. On peut penser que les quatre élus de l’Entente joueront  un rôle déterminant à cet égard sous l’impulsion d’un Président qui sera évidemment l’un d’eux.   Nous voulons croire que ce Collège saura organiser, dans le respect du huis clos, les inévitables et normales confrontations de positions initiales sur les sujets délicats ; et qu’ensuite ce Collège gouvernemental présentera et défendra comme tel sa position devant un Grand conseil qui ne manquera pas d’être agité, et devant l’opinion.

Un dernier mot pour saluer la dignité, le cran et la classe d’Isabel Rochat dimanche soir. Gageons que son image de maillon faible n’eût pas été la même si ses collègues ne lui avaient pas attribué, il y a quatre ans, ce Département de la sécurité alors en pleine instabilité. Des hésitations et des pannes de communication ont masqué le travail de fond commencé dont a bénéficié son successeur.

Il a été dit qu’avec l’échec personnel d’Isabel Rochat c’était un échec libéral. C’est se connecter sur le passé. Au moment de la fusion libérale-radicale, il y eut deux Libéraux et un Radical. Puis, à cause des circonstances que l’on sait, deux anciens Radicaux et une ancienne Libérale. Nous voici avec deux anciens Radicaux élus en tête. Et alors ? La prochaine fois, après le départ de François Longchamp, on aura peut être bien un ancien Libéral. Il faut partir du neuf : le grand Parti PLR, premier parti du canton, premier groupe du Grand conseil, plaçant en tête ses deux locomotives pour l’élection au Conseil d’Etat et qui donnera le Premier Président du Gouvernement tel que le définit la nouvelle Constitution. Alors, hommage et merci à Isabel Rochat mais pas de résurgence nostalgique aux effets négatifs. Les vrais Libéraux sont aujourd’hui des vrais PLR branchés sur leurs valeurs et tournés vers l’avenir.

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31/10/2013

Voter en cohérence

On vote pour ce deuxième tour qui doit désigner nos sept Conseillers d’Etat et donc notre Gouvernement cantonal genevois  jusqu’au printemps 2018. Les partis ont raison de trouver trop long le temps entre le premier et le deuxième tour.  La nouvelle Constitution n’a pas prescrit le délai. Il appartiendra au Grand conseil de fixer un intermède plus raisonnable lassant moins les acteurs et les spectateurs et ne laissant pas trop longtemps le fonctionnement de l’Etat au ralenti.

On vote et des électeurs balancent entre fidélité à leurs convictions générales, lorsqu’ils en ont, et envie de réunir des personnalités qu’ils estiment représentatives, proches de leurs préoccupations et qui leur plaisent. C’est légitime et inhérent à une élection majoritaire portant sur des personnalités. Mais il y a un danger. On entend, par exemple, des militants PLR ou PDC exprimer l’intention de rajouter à leurs cinq candidats le MCG Mauro Poggia. On les entend dire, par exemple,  qu’ils le préfèrent à Anne Torracinta et à Antonio Hodgers. Le problème est que la plupart de ceux qui vont voter pour les trois nommés n’auront pas ce genre d’états d’âme. Chacun fera le plein ou peu s’en faudra des militants de son parti. Et soyons réaliste : la socialiste avec la discipline de gauche, l’écologiste avec sa belle image médiatique ont de fortes chances.  Il y a donc peu de chance pour que les militants PLR ou PDC qui se laisseront aller à rajouter Poggia barrent ainsi la route à la candidate de gauche enracinée et au charmeur qui surfe au dessus du reflux de son parti. Non, rajouter Mauro Poggia c’est mettre en danger l’un des deux candidats PDC ou, plus vraisemblablement encore la candidate PLR Isabel Rochat. Est-ce vraiment ce résultat que souhaitent ceux qui flirtent avec cette envie ? Ne vont-ils pas raisonner et admettre qu’un socle solide et majoritaire PLR-PDC est lui souhaitable au Conseil d’Etat ? Dans les mois et les années qui viennent il y aura besoin de stratégies, de décisions, d’actions cohérentes et reconnaissables. Il y aura besoin d’un Gouvernement capable de tenir son rôle devant les turbulences prévisibles du Grand conseil.  Il y aura besoin de personnalités libres ,au clair sur leurs valeurs, capables de collégialité, de loyauté et n’ayant pas un chef de parti omniprésent sur le dos, tel un Eric Stauffer derrière Mauro Poggia. Il ne s’agira pas d’un gouvernement monocolore. Les élus minoritaires   auront leur influence. Mais dans l’ensemble et sur une ligne générale un socle de l’Entente majoritaire pourra donner le ton, ferme mais sans outrance et simplifications trompeuses. Alors, de grâce, chez ceux qui ont un lien avec les deux partis fondamentaux de l’Entente genevoise pas de rajout inopportun.

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14/10/2013

Poggia: rectifier et préciser

Poggia : rectifier et préciser

 

Mon dernier Blog titré, <ne pas élire Mauro Poggia> semble avoir suscité un malentendu. Pascal Decaillet, --avec lequel j’ai également de très bons souvenirs et dont j’estime grandement la culture--, pense que j’ai déraillé en évoquant le passage de Mauro Poggia du Catholicisme à l’Islam. Peut être, en effet mon cher Pascal, que j’aurai pu m’abstenir d’évoquer ce point que je mettais en relation avec les autres changements de gîte de ce candidat. Mais je me dois de rectifier une interprétation erronée de mon intention et de préciser mon appréciation.

Non, le Libéral que je suis ne mettra jamais en cause la liberté personnelle de conscience et le droit d’être attaché à une religion ou une philosophie, dans le cadre toutefois des valeurs humaines et de l’ordre démocratique.  Non, le fait que ce candidat est musulman ne me choque pas du tout. Une fois ou l’autre il y aura sûrement un élu au Gouvernement de cette confession. Notre Etat est laïque. La nouvelle Constitution, à l’élaboration de laquelle j’ai collaboré, l’affirme clairement. Et oui, on a bien le droit de changer de conviction spirituelle : après tout, sans St-Paul tombant de cheval qui serions-nous ?

La question n’est pas là. Elle est sur les signes que cela indique sur un caractère. Tourner le dos à une confession qui vous a formé et accompagné durant des années n’est pas courant. Et alors, dira-t-on ? Oui, mais voilà que le même homme change tout autant de paroisse politique, passant du Parti libéral, au PDC pour devenir enfin une locomotive du MCG. On a envie de dire : et après ? Bouddhiste et écologique ? Ou bien d’extrême gauche ? Vous savez bien, mon cher Pascal Decaillet que  l’histoire a connu de ces gens qui passent d’un gîte à l’autre au gré des vents et de leurs pulsions intérieures. Souvent, ce ne furent pas des destins très rassurants. Et cela interroge sur la fiabilité, la cohérence d’une personnalité et sur la loyauté, la fidélité d’un caractère. Laissons donc la conversion spirituelle puisque j’ai été mal compris. Mais tout de même, être PDC avec ce que cela comporte et se retrouver MCG avec ce que cela montre ! On a bien le droit de s’interroger en effet sur un tel candidat qui passe si aisément d’un habit à l’autre ; surtout s’il prétend entrer au Gouvernement de Genève. Alors oui, en effet, je déplorerais qu’il prenne la place d’une candidate qui est tout le contraire par sa rectitude, sa continuité, sa cohérence , sa loyauté et sa fidélité sans failles aux valeurs qui l’ont formée : Isabel Rochat.  

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13/10/2013

Ne pas élire Mauro Poggia

Ne pas élire Mauro Poggia

 

S’il devait y avoir une seule raison d’élire au Conseil d’Etat genevois le MCG Mauro Poggia ce ne serait en tout cas pas celle de Maître Charles Poncet. Lui trouve qu’un Clown au milieu de tant de nuls ferait au moins rire. Pauvre Charles Poncet. Il ne fait plus rire personne. Et dire que cet homme fut député et Conseiller national libéral.  Et dire qu’il a du talent. Quel gâchis à cause d’un caractère qui, évidemment, ne s’améliore pas avec le vieillissement.

Mais non, Mauro Poggia n’est pas un clown. Et il peut séduire un électorat normalement attaché à l’Entente. N’est-il pas plus modéré, moins brutal, moins vulgaire, moins extrémiste qu’un Eric Stauffer ? Sa présence au Conseil d’Etat ne donnerait-il pas au MCG une conscience gouvernementale ?

Quel trompe l’œil ! Puissent les électeurs du PLR et du PDC ne pas commettre la faute de le rajouter ! Tout d’abord, que penser d’un homme dont les fidélités changent au gré des vents extérieurs et de ses états d’âme.  Chacun est libre de professer la religion de son choix. Mais ce n’est pas être islamophobe que de se demander comment un homme public peut naître et grandir comme un catholique d’origine italienne et se retrouver musulman dit convaincu. S’il n’y avait que cela, que l’on a le droit de considérer comme étant un peu troublant, surtout en regard des phobies du MCG. Mais le personnage commence par militer comme libéral, puis devient PDC et s’affiche désormais comme une figure de proue du MCG. Où est la continuité, la cohérence d’une pensée, d’une action ? Il est permis de s’interroger sur la question de l’impulsivité, de l’instabilité  voire de l’opportunisme. On ne devrait pas faire confiance à un candidat qui présente ce genre de parcours si peu rectiligne ; en tout cas pas pour une élection au Gouvernement.

Quant à la modération du ton ! Vous avez lu et vu le livre de la jungle de Wall Disney. Certes, le tigre est violent mais le serpent qui sait être suave est-il vraiment moins méchant ? Avez-vous entendu le candidat Poggia à l’émission de Pascal Decaillet ? Le sujet était l’économie, l’emploi, le chômage. Le journaliste excusait Isabel Rochat dont le département s’occupe de cela. Elle devait, à la même heure, présider le Conseil d’administration de l’aéroport. Mauro Poggia  perfide : mais c’est plutôt que le PLR lui interdit de parler car elle est si nulle et son bilan est si mauvais. Quelle élégance ! On se demande si Eric Stauffer n’aurait pas eu moins de venin.

L’ennui pour Mauro Poggia est qu’Isabel Rochat avait été excellente à l’émission infra rouge de la TV romande. Tous les observateurs attentifs reconnaissent que, malgré la difficulté pour elle de se confronter au Département de la sécurité, aux syndicats de policiers elle a labouré et préparé le terrain dont profite maintenant Pierre Maudet.   Ainsi pour l’élément crucial qu’est la nouvelle loi sur la police. Les mêmes observateurs relèvent son engagement intense à la tête de son nouveau département afin, notamment,  de lutter contre le chômage, de faciliter la réinsertion dans le marché du travail. Et puis il y a sa collégialité sans faille, sa loyauté, son élégance à elle d’esprit et d’allure. Quel contraste !

Au premier tour, des bulletins du PLR et du PDC sont sortis avec le nom d’Isabel Rochat barré. Une aberration. Mauro Poggia n’attend que cela. C’est le siège qu’il convoite, qu’il pense être à portée de son désir.  C’est le siège qu’il ne faut pas lui donner. Isabel Rochat mérite la confiance pour la législature qui va commencer. Elle est un pôle de stabilité et un facteur positif pour un fonctionnement collégial de l’exécutif.  Pensons à Genève.  

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03/10/2013

Genève: quel Parlement nous attend?

Genève : quel Parlement nous attend ?

 

L’Assemblée constituante a gardé l’exigence d’un quorum de 7% pour qu’un parti soit représenté au Grand Conseil. Heureusement .L’extrême Gauche , présente à la Constituante, avait hurlé. Une exigence anti-démocratique selon elle. De toute manière, lorsqu’elle a vu se dessiner une négociation incluant les Socialistes afin d’aboutir à une Constitution pouvant passer l’obstacle du vote populaire, elle a hurlé de plus belle. Elle a accusé les Socialistes d’être des <social traitres>. Elle a prédit l’échec au vote populaire et ce fut son échec à elle.

Toutefois, elle a tiré les conséquences quant au quorum pour le Grand Conseil. Il y a quatre ans, faute d’entente entre ses divers éléments, souvent en bisbilles personnelles, elle n’était pas entrée au Parlement. Cette fois, ces mêmes branches ont noué la gerbe pour l’occasion. Tout porte à croire donc que , dimanche, l’extrême Gauche aura des députés.   Ce ne sera pas une bonne nouvelle. Elle va peser lourdement sur les débats parlementaires. Elle va dire non à tout car elle met en cause toute la politique du canton sur fond d’opposition à tout le système qui fonde la Suisse. Elle dégagera un volume sonore qui le disputera à celui du MCG. Les débats vont perdre ce qui leur restait de sérénité , sous les yeux navrés des téléspectateurs. Tous les débats seront plus longs, mettant la patience des députés soucieux de travailler à rude épreuve. La pression sur le Groupe socialiste sera constante, rendant plus difficile sa participation au consensus.  

Face à ce poids, puisse une force de Centre droit solide se dégager au Parlement et correspondre à une Majorité  au Conseil d’Etat. Seule une telle constellation , capable certes de négocier avec les Socialistes et les Verts mais aussi capable d’aller de l’avant sans se laisser paralyser pourra conduire le Canton à surmonter les difficultés qui l’attendent. Quant à l’extrême gauche elle se plait à dire qu’il est bien mieux qu’elle provoque les discussions  au Grand Conseil plutôt que d’être cantonnée à l’opposition extérieure. C’est une plaisanterie car tout dépend de l’attitude que l’on a. En fait, elle doublera  son opposition virulente et systématique de l’extérieur par la même, du même style et préalable, de l’intérieur. Et elle gagnera en visibilité.

Les électeurs qui n’ont pas encore voté devraient penser encore à tout cela d’ici dimanche à midi.

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16/09/2013

vis à vis des criminels: changer l'approche

Vis à vis des criminels : changer l’approche

 

Ce qui suit ne sera pas politiquement correct et ne répondra pas à la modération habituelle de ces chroniques. Ceci ne sera pas cependant l’expression d’une réaction émotive simplement au diapason de l’émotion soulevée par le drame de Bellevue ; mais l’expression d’une réflexion et d’une position de longue date sur le sujet. Il s’agit d’un domaine où une intransigeance voire une dureté sont légitimes.

Les juristes, les magistrats et nombre de politiciens se félicitent du fait que notre Code pénal est, comme on dit, individualisé et largement orienté vers la progression et la réinsertion des  délinquants .  On admire le fait que des condamnations pour des crimes n’entrainent que relativement peu d’années de prison et que le condamné puisse bénéficier souvent rapidement de mesures d’allégement, sorties réglementées, sans parler de la libération conditionnelle bien avant la fin théorique du temps de condamnation. Eh bien nous osons affirmer ici que l’on a fait fausse route.

Il n’est pas question ici de prôner un retour à l’idée de jadis que le sang doit laver le sang et de réintroduire la peine de mort. Mais il est question de redonner la priorité au geste de l’Etat, de la Justice envers les victimes. Il est en fait intolérable pour la mémoire d’une jeune femme ou jeune fille assassinée, pour ses proches que l’assassin puisse être libéré au bout de quelques années, se promener, vivre normalement tandis qu’une vie a été brisée et que des proches ont été cassés irrémédiablement. Pour cette raison déjà des crimes de sang devraient être sanctionnés beaucoup plus durement beaucoup plus longtemps. Il y a des cas où la condamnation à perpétuité devrait être vraiment à perpétuité. Et que l’on ne nous fasse plus pleurer sur le prisonnier mais, jusqu’au bout, sur la victime et ses proches. On nous dit que le condamné ne s’amende pas si le séjour carcéral dure trop longtemps. Et alors ? D’une manière générale, par rapport à certains crimes vraiment odieux, particulièrement ceux qui traduisent une pathologie terrible nous ne croyons pas aux possibilités d’un changement fondamental. Pourtant, dans les cas où il semble y en avoir une chance, à tout le moins la porte entre ouverte ne doit elle l’être qu`après longtemps. Et l’action doit être entourée de mille précautions, d’une surveillance étroite durant, elle aussi, suffisamment longtemps. C’est le souci de sécurité qui doit passer avant la chance offerte. C’est tout le contraire de ce qui a eu lieu lors des tragédies que l’on a connues. Le fait que ces tragédies sont en petit nombre par rapport aux sorties réussies n’est pas un argument. Nous ne pouvons d’ailleurs nous défendre de l’impression que nombre de  repentis ont davantage peur de la spirale qu’ils ont connue plutôt que d’être tenaillé par un  profond et bouleversant remords menant à une rédemption. N’est pas le héros du crime et châtiment de Dostoiewski qui veut et les feux verts des responsables de l’application des peines font plus penser au passage de l’éponge sur un tableau noir qu’à une lumière surgissant de l’âme. Mais,  encore une fois, si une porte doit être ouverte vers une réinsertion : beaucoup de temps avant et mille précautions.

Quelle dureté nous jetteront des contradicteurs. Eh bien oui. Il y a une balance à tenir. A force d’individualiser la norme et l’application pénales on a, --qu’on le reconnaisse ou non--, relativisé la valeur de la vie, l’exigence du respect de l’intégrité physique, la référence  solennelle à cette valeur sacrée de la part de l’Etat démocratique. On banalise le mal. Or, pour la société, la nécessité de cette référence est bien plus importante que ce chemin pénal vers l’individualisation de la peine et la priorité donnée à la volonté de réinsérer. Il y a des choix, précisément, de société. On ne peut pas toujours tout concilier.

Oh, cette banalisation touche aussi la petite délinquance, vols et autres. Au demeurant on observe ici un glissement de ces actes contre le patrimoine vers plus de violence contre les personnes.

Bref, nous pensons que notre Etat, notre justice, les autres instances concernées ont fait fausse route. Il ne s’agit pas de populisme, d’envie de hurler avec les loups vertueux. Nous pensons qu’il faudrait, avec d’autres repères, une inversion accentuée des priorités, une révision profonde du Code pénal et de son application judiciaire et administrative. Qui osera le proposer clairement au Parlement ? En attendant, les professionnels du pénal trop enfermés dans leurs pratiques qu’ils estiment humanistes, --alors qu’ils relativisent inconsciemment le caractère sacré de la personne humaine--, oseront ils admettre que, même avec le système actuel il importe de durcir considérablement l’application ?  

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12/09/2013

Les sens de l'armée

Les sens de l’armée

 

Une fois de plus on va voter sur l’armée. Cette fois le Groupement pour une Suisse sans armée essaye le tir de biais. Ayant échoué à obtenir sa suppression pure et simple il tente de convaincre qu’une armée purement professionnelle serait bien plus opportune. Et il veut nous persuader que ce serait bien moins cher ; l’agent dégagé pouvant alors servir à des dépenses sociales tellement plus importantes.

L’ennui pour lui est que les experts démontrent qu’une armée professionnelle serait plus chère pour l’Etat, donc pour les contribuables. Il aurait pu évoquer les entreprises dont les absences de leurs employés et cadres pour cause de service militaire posent quelques problèmes d’organisation. Mais ce n’est vraiment pas leur souci. Bref, sur le terrain en trompe l’œil qu’il a choisi dans l’idée de vider peu à peu notre armée de sa substance, le GSSA ne trompera évidemment pas la majorité des citoyens qui voteront.

Reste donc à rappeler quelques éléments d’analyse justifiant notre armée de milice.  Il est vrai qu’elle n’a pas eu à se battre contre des ennemis extérieurs depuis la création de l’Etat fédéral en 1848. On se souviendra tout de même qu’elle a préservé l’unité du pays lors de la guerre du Sonderbund. Mais, surtout, avec tous les problèmes et les couacs que les historiens ont débusqués elle a été déterminante lors des deux guerres mondiales qui ont ravagé l’Europe. Elle a été la pierre angulaire d’une politique de Neutralité qui nous a valu notamment la Croix rouge internationale et toute la Genève internationale au service de la paix et du monde. Au travers de variations  et de turbulences notre armée de milice a été et demeure un volet essentiel de notre politique de sécurité, de notre politique étrangère.

Et pourquoi de milice ? Autour d’un noyau de cadres  professionnels les citoyens miliciens donnent la substance humaine, démocratique à cette volonté de défense sans laquelle un pays accepte de ne plus avoir de prise sur son destin en cas de malheur. Bien sûr, personne n’imagine encore un risque direct d’invasion. La continuité dans une préparation limitée mais de qualité à la défense du pays, donc la préservation d’un cœur de compétences n’en est pas moins nécessaire. Et c’est bien ce que les autres pays attendent de nous aussi.  C’est une affirmation identitaire à la fois matérielle et politique. On aimerait que s’étoffe le volet de la participation  à des actions de paix sous l’égide de l’ONU. Il s’agit d’un débat qu’il convient de mener contre les tenants d’une conception trop axée sur la défense du territoire. Mais c’est une autre discussion.

Insistons également sur l’aspect fédérateur d’une armée de milice qui incorpore des jeunes gens de toutes les régions du pays. Ni la cohabitation de nos cultures ni notre fédéralisme ne sont des dons du ciel acquis pour l’éternité. Il y faut un sentiment commun d’appartenance  nationale, d’adhésion à une culture politique. L’armée de milice est sur ce point un élément clé. Les experts ajoutent que la qualité des miliciens impressionne souvent les observateurs étrangers et que les synergies entre expériences civiles et militaires sont loin d’être négligeables. Alors, bien sûr, il y a les pertes de temps,  les instructions défaillantes, la rencontre, parfois, avec des chefs médiocres et se valorisant dans l’autoritarisme simpliste. Mais c’est un peu comme dans nombre de secteurs de la vie. Certes, bien des choses sont à maitriser, améliorer. Mais là encore. Sans doute, beaucoup échappent au service militaire. Assurément les réflexions sur un vaste service national méritent discussions. Tout cela n’invalide en rien le fait que notre armée de milice, avec le principe de l’obligation de servir fait partie de notre histoire, de notre présent et doit nécessairement faire partie de notre avenir. Vouloir sa mort c’est ne plus comprendre ni vouloir vraiment la Suisse.

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