04/05/2014

Salaires en danger

Salaires en danger

 

L’Initiative pour un salaire minimum  illustre l’adage selon lequel le mieux peut être l’ennemi du bien. C’est d’ailleurs pourquoi des politiciens de gauche et des syndicalistes marquent un certain embarras lorsqu’ils la défendent. Evidemment, lorsque l’on entend parler de bas salaires au -dessous de 4000 frs par mois et qu’on les met en regard du coût de la vie en Suisse on ne peut qu’admettre les difficultés de personnes  face au quotidien. Toutefois, les analyses nuancent le tableau général des bas salaires. Il y a beaucoup de couples concernés. Avec deux fois un salaire minimum de 4000 frs sur 13 mois ils arriveraient à quelque 10.000 frs par mois ; ce qui change les données.

 Soit, ce n’est pas une réponse pour bien d’autres. Mais là encore, nuance.  Les passants peuvent voir les affiches habiles mais réalistes montrant des jeunes qui disent en substance : «  Voulez-vous me priver de mon premier salaire, parallèlement à ma formation et dans une perspective d’intégration au marché du travail ? ». Car, en effet, ce sont nombre de premiers petits emplois pour ces jeunes qui disparaîtront.

Mais revenons aux emplois durables peu rémunérés. Il est illusoire de croire que l’on pourrait, d’un coup d’un seul, remonter les minimaux actuels sans relever logiquement ceux qui sont au-dessus. Comment une personne ayant, par exemple, suivi une formation spécialisée de plusieurs années, peut-être en ayant travaillé à côté, et qui ne gagne guère plus que 4000 frs par mois, pourrait-elle trouver normal que sa voisine sans aucune formation gagne presque autant pour un emploi de base ? Autrement dit, le salaire minimum obligatoire et général, c’est un coup de pouce fort pour élever une partie de l’échelle des salaires vers le haut, toutes branches confondues.

C’est là que le bât blesse. Nombre de branches, nombre d’entreprises, voire d’indépendants ne sont pas en mesure d’encaisser cette évolution dirigiste, contrainte et forcée. La conséquence prévisible sera une diminution de l’embauche, voire des licenciements. Au pire, quelquefois, des fermetures par exemple de petites PME. Ce n’est pas peindre le diable sur la muraille. Des témoignages de petits patrons sont clairs à ce sujet.

Enfin, qu’ont les syndicats à gagner dans ce coup porté à la réussite enviée du partenariat social en Suisse ? Avec la souplesse, l’adéquation aux possibilités de rémunération branche par branche, les négociations et les conventions collectives de travail sont un élément de la paix sociale et d’une prospérité qui se greffe sur un équilibre entre une compétitivité préservée, non entravée par des coûts excessifs et une redistribution salariale adéquate. Le résultat peut être mesuré par la comparaison avec l’Etranger. Envions-nous la France et sa presque non culture du partenariat social ? Avec son Etat intrusif à tout va ?

Il y a des arguments en faveur de l’Initiative qui ne laissent pas indifférents. Il n’est pas mauvais non plus de rappeler aux nantis que des gens, des voisins doivent se débrouiller avec peu face à des charges incontournables. On peut être agité de sentiments divers à cet égard. Mais à la fin, la question se pose ainsi : un salaire minimum tel que proposé par l’Initiative, aurait-il un effet dominant positif ou négatif ? Il y a assez d’éléments d’appréciation qui démontrent la dominante de l’effet négatif. Une majorité du peuple devrait le comprendre et rejeter cette fausse générosité.  

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26/04/2014

Ukraine:guerre mondiale?

Ukraine :guerre mondiale ?

 

Le Premier ministre du Gouvernement provisoire à Kiev, non reconnu par Moscou, a déclaré sur un ton dramatique que Poutine poussait ses pions jusqu’au risque réel d’une troisième guerre mondiale. A l’Ouest personne ne croit vraiment à ce risque et l’on voit dans ces propos une surenchère verbale d’acteurs des événements qui sont à bout de nerfs. Toutefois, celui qui s’intéresse à l’histoire réfléchit souvent à des exemples d’escalades incontrôlées. On s’occupe, cette année, du centième anniversaire du déclanchement de la première guerre mondiale. Lors du Traité de Versailles, qui mit l’Allemagne à genoux, il fut établi que cette dernière était seule responsable de toute la tragédie. Aujourd’hui, les analyses sont plus nuancées. Guillaume 2 n’espérait-il pas une réponse serbe à l’ultimatum autrichien qui eût fait descendre la pression ? Si la réponse venue avait été connue plus tôt les deux Empires centraux n’eussent-ils pas accepté une négociation générale ? A Moscou Nicolas 2 n’a-t-il pas, d’abord, incité son cousin allemand à la modération, avant d’être l’otage du parti de la guerre ? En Angleterre même, le Premier ministre et son entourage ne la désiraient-ils pas ? En France, le rêve d’une revanche et d’une récupération de l’Alsace et de la Lorraine ne fut-il pas déterminant ? Sans compter, ensuite de part et d’autre,  l’engrenage des alliances.

Eviter l’escalade irrémédiable était-il possible ? Jusqu’à quel moment ? Une guerre limitée débouchant rapidement sur une négociation était-elle envisageable, comme beaucoup le pensaient à Vienne et à Berlin, tandis que d’autres voulaient affaiblir durablement la Russie et mettre la France ko pour le compte. On était bien loin de Bismarck et de son habileté à maitriser des virages contrôlés.

Alors l’Ukraine ? Toute crise à des causes immédiates et des causes antérieures. Le statut de l’Ukraine au sein de feu l’URSS, la répartition démographique, linguistique, culturelle au sein de son territoire : autant de facteurs à considérer. Comme il faut bien voir que l’éclatement de l’URSS a été un événement traumatisant pour de nombreux Russes, dont Poutine. Et il faut aussi redire que l’Ouest, de Berlin à Washington en passant par les autres pays de l’actuelle Union européenne n’ont pas eu l’intelligence, l’instinct, la vision politique et culturelle de tout faire pour établir une relation confiante avec les Russes qu’il eût été indispensable d’aider à fond, économiquement et financièrement. Erreur peut être historique.

A kiev, le nouveau Gouvernement issu des grandes manifestations populaires n’a rien eu de plus pressé que d’interdire l’usage de la langue russe dans les écoles et pour les démarches officielles ; cela dans les régions très largement russophones. Aberrant. Enfin, soyons lucides. Au sein de la coalition qui a pris le pouvoir à Kiev, il n’y a pas que des enfants de cœur et des démocrates fiables. L’extrême droite a une présence certes très minoritaire mais inquiétante.

Cela étant, les manoeuvres de Poutine pour soutenir les séparatistes de l’Est sont évidemment graves. Après avoir obtenu la Crimée, il aurait dû, au plus,  réclamer une évolution fédéraliste en Ukraine sans jouer en même temps avec les infiltrations de ses forces secrètes et camouflées. Cet ancien du KGB, formé aux coups tordus et adepte des épreuves de force, nostalgique de l’URSS, tendu vers un but de reconstitution d’un ensemble euro-asiatique sous dominante russe, imprégné de rancune (explicable) envers l’Occident est évidemment un personnage dont on se demande si la pulsion n’obscurcit pas le raisonnement. Tant l’Union européenne que les Etats Unis se devaient de réagir. Mais ne faudrait-il pas, dans un équilibre des pressions, agir aussi su Kiev, avec l’aide de l’OSCE, afin d’ouvrir une perspective de fédéralisation de l’Ukraine sans la faire exploser ; une perspective de rétablissement progressif d’une coopération avec la Russie sans la couper de ses liens économiques avec l’UE ?

Non, il n’y aura pas de guerre mondiale à cause de l’Ukraine. Mais un retour de tensions débouchant sur une remilitarisation de part et d’autre, des conséquences énergétiques, économiques : ce sont déjà de gros dégats. Y a-t-il une possibilité d’une diplomatie forte mais concertée et intelligente afin de recadrer tout cela ? C’est la question.

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10/04/2014

Le respect devrait habiter la politique

Le respect devrait habiter la politique

La semaine qui s’achève a été marquée par le discours de politique générale du nouveau Premier ministre Manuel Valls. L’opposition avait le droit et le devoir de relever des contradictions, des imprécisions et des illusions. Il est évident que le Président et le Premier ministre sont écartelés entre leur analyse de la réalité et les turbulences agitant une majorité qui est de moins en moins homogène. En fait, c’est toute l’ambiguïté de la campagne présidentielle ayant porté François Hollande au pouvoir qui éclate au grand jour.

Il n’empêche qu’un effort, une tentative de redressement, un engagement réel émanent du Président et de son Gouvernement. Il aurait donc été normal, qu’avant de critiquer le discours de Manuel Valls, l’opposition l’écoutât avec l’attention requise par l’événement et le respect dû à la fonction. Au lieu de cela, l’opposition s’est excitée à l’Assemblée nationale, faisant monter les décibels à un niveau digne d’un chahut estudiantin. Les téléspectateurs n’auront pu qu’être consternés par cette ambiance. Leur estime pour la politique et les politiciens aura encore baissé d’un cran.

L’ancien ministre de droite et commentateur de philosophie, Luc Ferry, ne s’y est d’ailleurs pas trompé ; il a dénoncé avec colère ce comportement. Non, le débat politique, dans une démocratie saine, n’autorise pas l’ensevelissement de toute éducation. Oui la confrontation vive est l’essence du parlement. Mais elle n’empêche pas une maitrise de soi qui ne perde jamais de vue le respect des contradicteurs en tant que personnes et le respect de leur fonction. En Suisse, les débats parlementaires dérapent un peu moins. Oh, il ne s’agit pas de prôner le silence religieux. Quelques éclats de protestation, de rire même, des gestes d’irritation et un certain bruit de fond sont dans la nature des choses. Mais au-delà, c’est la politique et ses acteurs qui perdent le respect et la confiance. Or la démocratie mérite des citoyens et des représentants dignes d’elle.  

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16/03/2014

Suisse contre et par l'Europe

Suisse contre et par l’Europe

C’est peut être une marotte mais au vu de l’incertitude où est plongée la Suisse depuis le 9 février on a envie de se référer à l’histoire pour se remettre les idées en place. Etre fidèle à la Confédération c’est admettre qu’il n’y a pas de plus Suisses que d’autres : ni les Alémaniques par rapport aux Romands ni les ruraux par rapport aux urbains ni les gagnants du 9 février par rapport aux battus. La Suisse n’a cessé d’être tiraillée entre des opinions et des sentiments contraires. Sa réussite est d’avoir trouvé des équilibres et des mécanismes de vie en commun.  

Mais ce qui retient l’attention ici c’est le fil historique de ses relations avec l’Europe environnante. L’ancien Conseiller fédéral Georges-André Chevallaz, historien patriote, avait dérouté beaucoup de monde lorsqu’il avait pris position en 1992 contre l’Accord sur l’EEE, alors qu’il était à la retraite et que son successeur, Jean-Pascal Delamuraz, se battait comme un beau diable en faveur de cet Accord. C’est que le premier y décelait un danger pour la libre décision de la Suisse, pour sa souveraineté. Aurait-il voté l’Initiative UDC le 9 février ? Chevallaz voyait dans le destin helvétique une nécessité d’être toujours certes en articulation avec l’Europe environnante mais aussi à juste distance, en contre point comme il disait. Or, l’Union européenne rechercherait les alignements.

En fait, n’en déplaise à la mémoire de cet historien et homme politique de haut vol, les choses ont été et sont plus compliquées. Tous les débuts de ce que l’on appelle la Suisse se sont construits dans un cadre européen mouvant, soit le St. Empire romain germanique. Et si la prise de distance a été progressive pour une Confédération en consolidation il y a bel et bien eu une histoire singulière fortement imbriquée dans une histoire européenne. Et puis cette construction n’aurait peut être pas tenue sans l’influence protectrice de la France, dès le 16 ième siècle. Enfin, que serait devenue cette Confédération sans Bonaparte en 1803 et sans les grandes puissances de la Restauration en 1815 ? Et c’est bien en partie grâce à cette sorte d’utilité pour l’Europe reconnue par les puissances voisines que la Suisse a traversé les tragédies du vingt ième siècle. Sa propre volonté d’indépendance, déterminante assurément, n’eût cependant pas suffi à elle seule.

Au fond, c’est à une sorte d’endormissement général que l’on a assisté depuis plus de vingt ans. Au Conseil fédéral de négocier bilatéralement avec l’Union européenne des accords sectoriels, et à l’opinion de ne pas trop réfléchir, de ne pas trop débattre sur la nature et l’avenir de notre relation avec l’Europe. Pragmatisme : voilà quel était le maître mot. Or, il est évident que des questions se posent. Peut-on sauvegarder sa souveraineté, sa libre décision, par exemple sur l’immigration, en préservant ses intérêts au travers des échanges de toutes sortes tellement  cruciaux avec l’Union européenne ? Qu’est-ce que la souveraineté dans un tel contexte ? Est-elle mieux protégée en reprenant après coup des acquis communautaires ou en pesant sur l’élaboration des décisions ? L’Autriche, la Suède sont-elles moins souveraines que la Suisse, plus vulnérables dans les domaines délicats (immigration, sécurité…) moins attachées à leur identité nationale et à leur manière de vivre en commun ?

Au-delà des pistes que le Conseil fédéral, le Parlement, les partis vont devoir ouvrir et expliquer durant ces prochains mois le temps  n’est-il pas venu d’un débat démocratique plus large, plus approfondi ? Cela dans toutes les régions du pays. L’idée du Conseil fédéral était l’approche pragmatique, à petits pas, n’effrayant pas. Or, on voit que l’UDC fait de chaque pas un débat national émotif. Donc ce cheminement en clair obscur ne suffira plus. A plusieurs reprises au cours de son histoire la Suisse n’a plus très bien su où elle en était :ni en elle-même ni par rapport aux autres. Les décennies qui viennent devraient forcer à un vrai débat politique. La Suisse existant par l’Europe ou contre elle ? Ou un peu des deux manières mais alors dans quel équilibre ? La réponse n’est pas simple mais les questions ne peuvent plus être diluées sinon escamotées. Etre ou ne pas être ; ou plutôt quelle Suisse demain et comment ?

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08/03/2014

Crimée: comprendre un peu les Russes

Crimée : comprendre un peu les Russes

 

D’accord, Wladimir Poutine n’est pas rassurant. Certes, il ne craint pas l’épreuve de force. Sans aucun doute, son protégé, le Président ukrainien déchu et corrompu jusqu’à l’os ne méritait-il pas un meilleur sort. Et puis l’ordre international, donc la sécurité générale, postule le respect des entités nationales constituées, des intégrités territoriales. Mais les Occidentaux sont-ils très crédibles en donneurs de leçon se référant au droit et au respect de la souveraineté d’un pays ? Dans leur condamnation des velléités séparatistes ? Lorsque la Yougoslavie a éclaté on les a vus reconnaitre bien vite les différentes nouvelles Républiques indépendantes. Lorsque le Kosovo a voulu se séparer de la Serbie, on les a vus l’encourager, Micheline Calmy Rey parmi les premiers, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Quant aux Etats Unis, leur politique n’a cessé de viser à une sphère d’influence garantissant leurs marges de sécurité stratégique et leurs approvisionnements économiques, énergétiques. Alors, de grâce, pas trop d’hypocrisie.

On sait qu’il y a de mauvais souvenirs quant à la sécurité en Europe. Les Anglais et les Français laissant Hitler récupérer la minorité allemande de la Tchécoslovaquie : ce fut Munich qui l’encouragea à la suite. Mais Poutine présente-t-il le même risque d’engrenage vers une guerre de conquête ? Il faut tout de même se souvenir que la Crimée n’a été rattachée à l’Ukraine que dans les années cinquante, laquelle Ukraine était alors une République intégrée dans l’URSS. Il fait savoir que toute la politique séculaire de la Russie a tendu vers une maitrise de cette région, pour des raisons stratégiques, économiques et par rapport à l’identité des populations concernées.

Alors, bien sûr, on aimerait qu’une partition de l’Ukraine soit évitée et que Russes, Américains, Européens, l’OSCE que préside actuellement la Suisse s’entendent avec Kiev pour un apaisement et une solution de compromis. A cette fin, le nouveau pouvoir à Kiev

doit revenir sur des gestes malheureux et neutraliser ses nationalistes extrémistes.  Décréter que dans tout le pays, y compris dans les régions à majorité russophone, seule la langue ukrainienne serait langue officielle, langue enseignée dans les écoles, utilisée pour les contacts avec l’administration était une provocation qui a mis le feu aux poudres. Imaginons que Fribourg ou le Valais, cantons bilingues, décrètent que les Alémaniques devront apprendre et utiliser uniquement le français.

Il faut aussi se situer dans une perspective plus large. L’Occident s’est réjoui de l’éclatement de l’URSS et de l’effondrement du communisme. Il n’a pas tendu la main aux Russes autant qu’ il aurait fallu. Il ne les a pas suffisamment aidés. L’extension de l’UE et de l’OTAN jusqu’à leurs frontières les a secoués. Il y a de l’humiliation chez les Russes. Poutine joue sur un sentiment de fierté retrouvé et il lui doit sa popularité envers et contre tous les aspects critiquables. Il serait bon que les Occidentaux trouvent ici, avec lui, un compromis et ne cherchent pas une victoire diplomatique humiliante qui n’ouvrirait pas des lendemains rieurs, ni du point de vue économique, ni sous l’angle de la sécurité. Les Russes ne sont pas nos ennemis potentiels ; ils sont des partenaires à respecter jusques dans leur histoire et leurs émotions.

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13/02/2014

Christoph Blocher est "unschweizerich"

Le jugement porté par Christoph Blocher sur les Romands a suscité des commentaires indignés. Pour un ancien Conseiller fédéral, dire que si les Romands en majorité ont refusé l’Initiative UDC contre l’immigration c’est parce qu’ils ont moins de sentiment patriotique, c’est insultant. Tous ceux qui ont consacré une partie de leur vie à servir leur pays de diverses manières ont de quoi être blessés.

 

En fait de patriotisme, ce fils de pasteur devrait mieux consulter notre histoire nationale. Jamais la Suisse n’a pu trouver son équilibre sans négocier ses relations avec l’extérieur, particulièrement avec le monde germanique et avec la France. En relation et en contre-point, là furent les deux éléments de sa cohésion et de sa pérennité.

 

Mais parlons de la cohésion. A plusieurs reprises ce sont des personnalités romandes qui se sont engagées afin de la préserver, tandis qu’elle était mise à mal. Sans remonter trop loin, qui a joué un rôle crucial en 1815 pour le retour de la Suisse à une vraie indépendance ? le Genevois Pictet de Rochemont. Qui a eu une action à la fois de combat rapide et de réconciliation lors de la guerre du Sonderbund ? Encore un Genevois, Guillaume-Henri Dufour. Qui ont lié la Neutralité suisse à sa vocation humanitaire, donnant à ce pays une sorte d’aura internationale ? Les fondateurs du CICR. Et en 1917, tandis que les Suisses allemands Hofmann au Conseil fédéral et Wille à la tête de l’armée se conduisaient de manière ambigüe, aux limites de la trahison envers la Confédération qui a rétabli le courant avec les alliés et l’honneur de la Suisse ? le Genevois Gustave Ador. Enfin, durant la seconde guerre mondiale, si le Conseiller fédéral Pilez Golaz a dérapé, qui a incarné la cohésion nationale sinon le Général Guisan, un Vaudois au patriotisme suisse chevillé au corps. Oui, sans les Romands, la Suisse existerait-elle encore ?

 

En outre, le jugement blochérien est simpliste car les villes de Zurich, de Berne, de Bâle, de Zoug ont voté comme la majorité des Romands. Donc c’est une analyse sociologique et psychologique qui s’impose en regard des villes et des régions rurales ; comme si souvent dans l’histoire suisse. Heureusement, le clivage linguistique n’est pas déterminant.

 

Ou disons : pourvu qu’il ne le devienne jamais. Il faut admettre, en effet, que le sentiment des Suisses alémaniques vis-à-vis des Romands perd en empathie. Tous ceux qui occupent des charges, assument des mandats dans un cadre confédéral l’observent. On a plus de peine à accepter des Romands à des fonctions dirigeantes, surtout s’ils parlent français dans les séances ; une langue qui est de moins en moins recherchée l par nos compatriotes. Leurs ainés trouvaient cette langue confédérale séduisante et sa connaissance nécessaire. Cela s’étiole. Les évolutions des programmes scolaires dans plusieurs cantons alémaniques en témoignent.

 

En Suisse, il ne peut y avoir de patriotisme fécond que dans un esprit fédéraliste. Ce dernier doit de nourrir de respect mutuel  et , précisément,  de la conviction qu’il n’y a pas de Confédérés plus suisses que d’autres ; cela au dessus de leur diversité d’opinions sur les divers sujets. C’est triste de le constater mais les commentaires de Christoph Blocher sont <unschweizerich> et , au contraire des grandes figures romandes citées plus haut, il est un réducteur et un diviseur. Même au sein de l’UDC, même chez toux ceux qui ont voté oui dimanche dernier il s’agit de prendre ses distances avec les mots et les réactions qui nuisent à l’entente confédérale, donc à la patrie suisse.  

 

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10/02/2014

Trouver le chemin étroit

Trouver le chemin étroit

Avons-nous vieilli ? Mûri ? En 1992 lors du rejet de l’accord sur l’EEE nous comprenions Jean-Pascal  Delamuraz qui parlait d’un dimanche noir. Commentaire qui, surtout en Suisse allemande, fut considéré comme témoignant d’un manque de respect envers le peuple et la démocratie. Dimanche dernier, à l’instar du Conseil fédéral, ce fut tout de suite l’interrogation : comment faire maintenant ?

Pourtant, il y avait de quoi s’étrangler ; un score incroyablement serré. Les grandes villes du pays qui comptent le plus d’étrangers ont voté non. Les cantons frontières les plus concernés, sauf le Tessin bien sûr, ont voté non : tels Bâle ville, Genève, Vaud. Et dans un canton comme Berne, la ville a voté non. Mais c’est ainsi. On pourrait commenter également en relevant que si , en Suisse romande, il y avait eu un peu moins de oui, si au Tessin que l’on a délaissé il y avait eu un peu moins de oui l’Initiative eût été rejetée. Une majorité populaire nationale se forme partout. Certes, il y a un clivage entre Romands et Alémaniques ; mais pas absolu puisque Bâle ville, Zoug et Zurich ont voté non : mais pas assez. Bref, rien ne sert de commenter les divisions. Après tout, si les Appenzellois, sans beaucoup d’étrangers, ont des craintes pour leur identité, cela fait partie de l’alchimie confédérale.

Cela étant, quelle sera la suite. A chaud, le Président de la Confédération a déclaré que le Gouvernement ne dénoncerait pas l’Accord sur la libre circulation des personnes et que ce serait l’Union européenne qui en prendrait le cas échéant la responsabilité. Mais lundi soir, à la radio suisse romande, le ministre belge des affaires étrangères a dit un peu le contraire. C’est au Gouvernement helvétique d’expliquer sa position, comment il entend traduire l’Initiative dans les faits et l’UE verra si cela peut être compatible avec le principe de la libre circulation. En outre il a bel et bien laissé entendre que les accords de base passés avec la Suisse, --sept sauf erreur--, étaient liés. On ne peut pas, concluait-il, se féliciter, par exemple, de la libre circulation des capitaux et ne pas vouloir la libre circulation des personnes. Quant à la constatation selon laquelle la Suisse recevait plus de 80-000 étrangers par an, elle ne l’émouvait pas. Pour la plupart, ne répondent-ils pas à des demandes de l’économie ou des services dans notre pays.

Cependant, on pouvait entre les mots deviner une petite ouverture. La libre circulation des personnes n’est pas absolue entre les pays de l’UE. La Belgique, par exemple, réserve la préférence nationale dans quelques secteurs. Donc, pourrait-on imaginer, sans que l’UDC ne crie au scandale, un contingentement partiel dans un cadre relativisé mais non effacé de libre circulation avec l’UE ? Très difficile à concevoir mais c’est le chemin étroit que le Conseil fédéral, nos diplomates vont devoir trouver. Le Parlement devra les épauler. Et, s’il le faut, le résultat pourrait faire l’objet d’un nouveau vote populaire.

Evidemment, la réaction du peuple suisse trouve des échos dans les pays de l’UE. Les citoyens de ces pays sont nombreux à s’inquiéter non seulement de l’immigration extra européenne mais aussi intra européenne. Au sein même du Gouvernement français il y a des ministres qui prônent un rétablissement de limites. Quant  au sentiment des Anglais, il tracasse fortement les instances bruxelloises. Et puis, d’une façon générale il ya des préoccupations légitimes sur les effets de la croissance démographique et sur les brassages de population qui rendent plus flous les repères nationaux rassembleurs. Cela pourrait être un élément incitant nos interlocuteurs de l’UE à la discussion. Mais cela pourrait aussi les inciter à proclamer de façon plus rigide des principes qu’ils sentent menacés par l’état d’esprit de leurs populations. On ne va pas tarder à observer ce qu’il en sera.

Dimanche soir, les présidents de partis s’envoyaient des piques. Peut on espérer un concours de bonnes volontés politiques afin de soutenir le Conseil fédéral dans sa recherche d’un chemin étroit qui ne renie pas la décision du peuple mais ne coupe pas trop de ponts avec une Union européenne dont nous avons besoin. Il y a tout de même des intérêts réciproques permettant d’espérer que cela ne sera pas mission impossible.

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03/02/2014

NSH: à la pointe du civisme

 

Samedi à Bienne la Nouvelle Société Helvétique a fêté ses cent ans. Si l’on prend en compte la vie de sa mère la Société Helvétique, fondée au 18ème siècle, c’est une histoire et une vocation vénérables que l’on célébrait. Relevons que l’Organisation des Suisses de l’Etranger est une fille de la NSH, devenue autonome mais toujours en osmose patriotique. Elle fêtera son centenaire dans deux ans.

 

Depuis le début, la NSH se donne le devoir de concourir à la cohésion nationale à travers un fédéralisme de concordance, autour de valeurs communes. Depuis toujours, elle entend, par des appels, des manifestations, des débats sur tout stimuler l’engagement civique. Il y a eu des époques où l’existence même de la Suisse était en jeu. Aujourd’hui nous n’en sommes pas là mais c’est une couche d’indifférence civique qui affaiblit le Corps Helvétique. Cette indifférence est engluée dans une méconnaissance largement répandue de l’Histoire nationale, des histoires cantonales, de la structure et du fonctionnement de nos institutions démocratiques.  A Bienne, on a entendu des jeunes débattre dans un jeu à deux contre deux, sur des sujets politiques : notamment à propos de la prochaine votation sur l’immigration. Un jeu puisque certains ont du plaider contre leurs convictions. Mais des échanges argumentés, un dialogue respectueux. C’était réconfortant.

 

La NSH entend donner un nouveau souffle à l’éducation à la citoyenneté. Quelle bonne initiative ! Elle veut mettre sur pied un Centre de compétence nationale réunissant tout ce qui se fait, à titre public et privé : un centre qui ouvrirait  des pistes de collaborations fructueuses tendant vers cette régénération citoyenne. Elle imagine la mise sur pied d’équipes de jeunes observant les votations.

 

En fait, l’idée est d’établir une véritable plate-forme nationale pour la formation politique. Des soutiens financiers de la Confédération, des cantons et de la société civile sont espérés.

 

Tout cela est-il utile en regard de ce qu’il est prévu de faire sous l’égide de la Conférence des Conseillers d’Etat chargés de l’instruction publique. Naturellement la question se posait en écoutant l’exposé de la Conseillère d’Etat du canton du Jura, Mme Elisabeth Baume-Schneider. Eh bien la réponse est oui, cela est utile pour ne pas dire nécessaire. Certes, il y a le concordat inter-cantonal romand qui prévoit dans les programmes cette formation citoyenne. On parle de réflexions sur de grands textes. Il y a des débats parfois organisés dans les classes. On entend éduquer à la démocratie par un certain dialogue et une certaine gestion de discipline démocratique dans les écoles elles-mêmes. Mais, n’en déplaise à des notables de l’instruction publique dans les divers cantons, il y a loin des intentions affichées à la réalité sur le terrain. Trop de témoignages concordants et persistants le démontrent pour que le déni des lacunes soit crédible. Une professeure d’histoire à Genève nous expliquait avec réalisme que cela était très difficile. Les programmes n’ont cessé de s’élargir. On a des exigences sur l’informatique, la musique, l’art, la gymnastique, etc. en plus de celles sur les matières fondamentales. Les heures manquent. Le résultat c’est que sur l’histoire, et surtout sur l’Histoire nationale et l’Instruction civique on surfe le plus souvent d’une petite vague à l’autre sans aucune continuité chronologique. Un éminent politicien genevois d’extrême gauche nous parlait de la méconnaissance crasse d’une majorité des élus au Conseil municipal et au Grand Conseil sur un minimum d’Histoire du canton et du Pays où ils exercent leur mandat. Aucun recul disait-il. Hier est encore vaguement présent ; avant-hier n’existe plus.

 

En fait, il s’agit d’une prise de conscience à favoriser qui devrait inciter à un renversement des priorités scolaires. Plutôt que l’accumulation de connaissances, vite oubliées dans des matières qui pourront être approfondies par les élèves plus tard, il faut offrir aux adolescents une culture générale et une connaissance historique, une éducation citoyenne qu’ils n’auront plus l’occasion d’obtenir dans les tourbillons professionnels ultérieurs. Et comme notre civisme est basé sur l’engagement de milice, donnons aux citoyens les bases nourrissant leurs engagements de milice dans la Cité.

 

La section de Genève de la NSH a décidé d’adresser au Conseil d’Etat et au Grand Conseil une pétition munie de nombreuses signatures. Elle demande, précisément, que l’éducation citoyenne passant par l’étude de l’Histoire nationale et cantonale et par l’étude des Institutions redevienne une priorité ; quitte à réaménager les répartitions dans les programmes. Encore une fois, que l’on ne vienne pas nous dire que c’est inutile et hors des réalités parce que le mouvement vers le possible serait officiellement organisé par les cantons.

 

Oui, l’enjeu est national. C’est même à se demander si l’on ne devrait pas songer à une initiative fédérale inscrivant dans la Constitution des devoirs très clairement définis en matière d’éducation citoyenne.

 

Cela ne serait pas très fédéraliste comme démarche mais le fédéralisme horizontal sera-t-il à la hauteur de l’enjeu qui concerne l’irrigation de notre précieux pays, de nos cantons et de nos cités par un flux civique venant de l’esprit et du cœur.

 

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16/01/2014

Immigration: l'UDC voit trouble

Immigration : l’UDC voit trouble

Les autorités et l’ensemble des partis politiques ne s’y trompent pas :l’initiative de l’UDC  <contre l’immigration de masse> présente un enjeu de très grande importance. Sans doute le succès de l’Initiative n’entrainerait-elle pas un effondrement immédiat et mécanique de notre vie économique et sociale mais elle dresserait devant nous des difficultés considérables.

Pourtant cette Initiative ne vient pas de nulle part. Elle s’inscrit dans le droit fil d’un sentiment ayant toujours parcouru la population suisse. Or, aujourd’hui, le sentiment de perte d’identité propre, de perte du contrôle sur une immigration dont certains aspects choquent stimule un besoin de resserrer les limites. Il y a cette idée que des travailleurs étrangers prendraient la place de Suisses, qu’ils pousseraient les salaires à la baisse, qu’ils créeraient les difficultés des transports, seraient cause de la pénurie du logement et de son coût. Sans parler du sentiment d’insécurité avec les délits commis par des étrangers et devant ces spectacles de trafic de drogue offerts dans des quartiers urbains. Bref, on mélange un peu tout et du coup sort la formule magique : encadrer strictement le flux migratoire par un système de contingents limités, chiffrés, calculés selon les besoins à chaque fois précisément définis.

L’ennui c’est que l’UDC voit trouble et trouble la vision de ceux qui la suivent sur ce sujet. On a déjà connu le système des contingents à définir, à calculer. Il en était résulté toute une paperasse, une bureaucratique lourde pour les entreprises et les administrations tant fédérale que cantonales. Cela donnait une rigidité peu compatible avec la souplesse nécessaire de l’économie et du marché du travail. Enfin, depuis nous avons conclu des accords avec l’Union européenne incluant le principe de la libre circulation des travailleurs. On peut, sans doute, contrôler encore plus les conditions d’embauche des travailleurs européens, combattre avec les syndicats encore mieux les abus dans ce domaine. En revanche, remettre en cause l’Accord de libre circulation avec l’UE compliquerait terriblement nos relations générales déjà laborieuses avec cette dernière : alors que c’est avec elle que se déploie la plus grande partie de nos échanges à tous égards. Et puis, alors que nous essayons de convaincre nos partenaires européens que la Suisse peut être à la fois européenne et singulière, au bénéfice d’accords particuliers que nous cherchons à resserrer, comment imaginer une relation saine et fructueuse après que nous aurions fait un coup pareil ?

On se doit aussi d’être concret.  Le plus souvent les travailleurs européens qualifiés qui sont en Suisse répondent à des besoins pour lesquels il n’y avait pas de Suisses disponibles. Il n’y a pas de razzia étrangère sur nos branches professionnelles. Quant aux problèmes de logement, de transport et autres ils résultent largement d’un manque de prévision, d’anticipation sur les mesures à prendre et ce n’est pas un coup de frein démographique artificiel qui va rééquilibrer les éléments d’un ensemble. Casser ou tout au moins compliquer un développement naturel ne pourrait qu’entrainer des chocs en retour.

L’UDC n’en a pas moins, une fois encore, mis le doigt sur des inquiétudes légitimes que les autres acteurs politique ont eu tendance à négliger. Par rapport au sentiment diffus qui traverse notre population, il y a lieu de renforcer la sécurité, d’affirmer mieux nos valeurs, notre identité historique, et de bien poser les conditions de vie en commun dans ce pays pour ceux qui y viennent. Cela étant, après avoir au mieux salué la piqûre de rappel que nous prodigue l’UDC  écartons cette Initiative qui ne propose rien de bon. Elle attire le regard mais offre une vision trouble. Chaussons des lunettes de citoyens lucides pour une analyse claire de l’enjeu.

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22/12/2013

Noël: un repère en péril

Noël : un repère en péril

 

Noël est un repère déterminant, clé de leur foi pour les Chrétiens pratiquants. C’est entendu. Il y a là un mystère qui peut accrocher même ceux pour qui la virginité de Marie et la non paternité de Joseph ne sont pas des articles de foi à prendre à la lettre. On peut croire à la présence divine marquant dès sa naissance un enfant ; lui dont le destin allait exprimer la quintessence de l’amour au cœur d’une humanité constamment agitée de ses démons. Et l’idée de cette naissance aboutissant à une passion rédemptrice pour les hommes, d’où surgit finalement une résurrection, oui cette idée a bouleversé le monde.  Elle a aussi déterminé les fondements culturels d’une Société occidentale judéo-chrétienne imprégnée d’hellénisme. Sans négliger les apports et les circuits arabes on peut vraiment conclure que telles sont bien les lignes de force de  l’héritage.

On doit également observer dans ce cadre l’histoire et le destin de Genève. Que serait-elle sans l’incroyable place où l’avait projetée la Réforme. Le génie du lieu marque une collectivité même lorsque les données démographiques, sociologiques et religieuses ont considérablement changé. Cela fait des décennies que les Protestants sont à Genève bien moins nombreux que les Catholiques. Et les récentes vagues d’immigration ont amené des Musulmans en nombre. Quant aux Juifs, ils participent de longue date à la vie de la Cité, et souvent avec éclat. Il n’empêche que l’emprunte chrétienne et plus particulièrement protestante dans la trame de l’histoire genevoise  appartient, devrait continuer d’appartenir à une mémoire vivante qu’il serait nécessaire d’entretenir.

Or, que voit-on ?  Dans maintes écoles, dans maints lieux de réunion on n’ose plus parler de Noël comme tel. Eventuellement on dit fêtes de Noël, mais plutôt fêtes de fin d’année. Dans un précédent blog, m’adressant à la nouvelle cheffe du Département de l’Instruction publique je m’inquiétais du manque de transmission de connaissances sur l’histoire suisse et l’histoire genevoise. Le plus inquiétant est que cette lacune s’appuie souvent sur un argument selon lequel il faudrait prendre en compte l’aspect multiculturel et multi religieux de notre société. Par respect et tolérance en quelque sorte, surfer avec des généralités sur tout cela à l’intention des élèves. En somme s’adresser à une sorte de rassemblement hétérogène dans un lieu qui serait comme hors sol et sans histoire propre.

  Savoir quelle est l’histoire d’une Cité, d’un pays où l’on vit, en pleine conscience des apports successifs et de la diversité actuelle, intérioriser les notions de respect mutuel, de tolérance  mais sur un socle de connaissance et de reconnaissance d’un héritage qui dessine des contours et des repères pour la vie en commun : Voilà ce qui construit  la colonne vertébrale d’une ville, d’un canton, d’un pays.  Une collectivité invertébrée et sans mémoire historique peinera à maitriser des tiraillements internes. La connaissance de l’histoire est un élément important du pacte républicain et social.    

Revenons à la dimension religieuse. Il n’est pas sans gravité que l’Eglise protestante genevoise soit plongée  dans de grosses difficultés ; que des pasteurs ne soient pas remplacés, que des laïques s’improvisent théologiens sans la formation adéquate. Evidemment, l’église protestante doit s’interroger sur elle-même, trouver des responsables ayant le sens de l’entreprise, du management. Et puis trouver des formes nouvelles captant l’attention. Et bien sûr, les citoyens, les familles ont les églises qu’elles méritent. Mais tout se tient. En laissant s’installer trop de distance entre les jeunes et l’histoire de ce coin de terre on rend plus lointaines aussi des églises qui ont la mission d’attirer des fidèles et de leur transmettre la Parole dont elles sont porteuses.

Alors, oui, si Noël est une naissance symboliquement miraculeuse rêvons d’une réapparition plus nette des repères dont Genève a et aura encore et toujours besoin.    

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