13/10/2013

Ne pas élire Mauro Poggia

Ne pas élire Mauro Poggia

 

S’il devait y avoir une seule raison d’élire au Conseil d’Etat genevois le MCG Mauro Poggia ce ne serait en tout cas pas celle de Maître Charles Poncet. Lui trouve qu’un Clown au milieu de tant de nuls ferait au moins rire. Pauvre Charles Poncet. Il ne fait plus rire personne. Et dire que cet homme fut député et Conseiller national libéral.  Et dire qu’il a du talent. Quel gâchis à cause d’un caractère qui, évidemment, ne s’améliore pas avec le vieillissement.

Mais non, Mauro Poggia n’est pas un clown. Et il peut séduire un électorat normalement attaché à l’Entente. N’est-il pas plus modéré, moins brutal, moins vulgaire, moins extrémiste qu’un Eric Stauffer ? Sa présence au Conseil d’Etat ne donnerait-il pas au MCG une conscience gouvernementale ?

Quel trompe l’œil ! Puissent les électeurs du PLR et du PDC ne pas commettre la faute de le rajouter ! Tout d’abord, que penser d’un homme dont les fidélités changent au gré des vents extérieurs et de ses états d’âme.  Chacun est libre de professer la religion de son choix. Mais ce n’est pas être islamophobe que de se demander comment un homme public peut naître et grandir comme un catholique d’origine italienne et se retrouver musulman dit convaincu. S’il n’y avait que cela, que l’on a le droit de considérer comme étant un peu troublant, surtout en regard des phobies du MCG. Mais le personnage commence par militer comme libéral, puis devient PDC et s’affiche désormais comme une figure de proue du MCG. Où est la continuité, la cohérence d’une pensée, d’une action ? Il est permis de s’interroger sur la question de l’impulsivité, de l’instabilité  voire de l’opportunisme. On ne devrait pas faire confiance à un candidat qui présente ce genre de parcours si peu rectiligne ; en tout cas pas pour une élection au Gouvernement.

Quant à la modération du ton ! Vous avez lu et vu le livre de la jungle de Wall Disney. Certes, le tigre est violent mais le serpent qui sait être suave est-il vraiment moins méchant ? Avez-vous entendu le candidat Poggia à l’émission de Pascal Decaillet ? Le sujet était l’économie, l’emploi, le chômage. Le journaliste excusait Isabel Rochat dont le département s’occupe de cela. Elle devait, à la même heure, présider le Conseil d’administration de l’aéroport. Mauro Poggia  perfide : mais c’est plutôt que le PLR lui interdit de parler car elle est si nulle et son bilan est si mauvais. Quelle élégance ! On se demande si Eric Stauffer n’aurait pas eu moins de venin.

L’ennui pour Mauro Poggia est qu’Isabel Rochat avait été excellente à l’émission infra rouge de la TV romande. Tous les observateurs attentifs reconnaissent que, malgré la difficulté pour elle de se confronter au Département de la sécurité, aux syndicats de policiers elle a labouré et préparé le terrain dont profite maintenant Pierre Maudet.   Ainsi pour l’élément crucial qu’est la nouvelle loi sur la police. Les mêmes observateurs relèvent son engagement intense à la tête de son nouveau département afin, notamment,  de lutter contre le chômage, de faciliter la réinsertion dans le marché du travail. Et puis il y a sa collégialité sans faille, sa loyauté, son élégance à elle d’esprit et d’allure. Quel contraste !

Au premier tour, des bulletins du PLR et du PDC sont sortis avec le nom d’Isabel Rochat barré. Une aberration. Mauro Poggia n’attend que cela. C’est le siège qu’il convoite, qu’il pense être à portée de son désir.  C’est le siège qu’il ne faut pas lui donner. Isabel Rochat mérite la confiance pour la législature qui va commencer. Elle est un pôle de stabilité et un facteur positif pour un fonctionnement collégial de l’exécutif.  Pensons à Genève.  

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03/10/2013

Genève: quel Parlement nous attend?

Genève : quel Parlement nous attend ?

 

L’Assemblée constituante a gardé l’exigence d’un quorum de 7% pour qu’un parti soit représenté au Grand Conseil. Heureusement .L’extrême Gauche , présente à la Constituante, avait hurlé. Une exigence anti-démocratique selon elle. De toute manière, lorsqu’elle a vu se dessiner une négociation incluant les Socialistes afin d’aboutir à une Constitution pouvant passer l’obstacle du vote populaire, elle a hurlé de plus belle. Elle a accusé les Socialistes d’être des <social traitres>. Elle a prédit l’échec au vote populaire et ce fut son échec à elle.

Toutefois, elle a tiré les conséquences quant au quorum pour le Grand Conseil. Il y a quatre ans, faute d’entente entre ses divers éléments, souvent en bisbilles personnelles, elle n’était pas entrée au Parlement. Cette fois, ces mêmes branches ont noué la gerbe pour l’occasion. Tout porte à croire donc que , dimanche, l’extrême Gauche aura des députés.   Ce ne sera pas une bonne nouvelle. Elle va peser lourdement sur les débats parlementaires. Elle va dire non à tout car elle met en cause toute la politique du canton sur fond d’opposition à tout le système qui fonde la Suisse. Elle dégagera un volume sonore qui le disputera à celui du MCG. Les débats vont perdre ce qui leur restait de sérénité , sous les yeux navrés des téléspectateurs. Tous les débats seront plus longs, mettant la patience des députés soucieux de travailler à rude épreuve. La pression sur le Groupe socialiste sera constante, rendant plus difficile sa participation au consensus.  

Face à ce poids, puisse une force de Centre droit solide se dégager au Parlement et correspondre à une Majorité  au Conseil d’Etat. Seule une telle constellation , capable certes de négocier avec les Socialistes et les Verts mais aussi capable d’aller de l’avant sans se laisser paralyser pourra conduire le Canton à surmonter les difficultés qui l’attendent. Quant à l’extrême gauche elle se plait à dire qu’il est bien mieux qu’elle provoque les discussions  au Grand Conseil plutôt que d’être cantonnée à l’opposition extérieure. C’est une plaisanterie car tout dépend de l’attitude que l’on a. En fait, elle doublera  son opposition virulente et systématique de l’extérieur par la même, du même style et préalable, de l’intérieur. Et elle gagnera en visibilité.

Les électeurs qui n’ont pas encore voté devraient penser encore à tout cela d’ici dimanche à midi.

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16/09/2013

vis à vis des criminels: changer l'approche

Vis à vis des criminels : changer l’approche

 

Ce qui suit ne sera pas politiquement correct et ne répondra pas à la modération habituelle de ces chroniques. Ceci ne sera pas cependant l’expression d’une réaction émotive simplement au diapason de l’émotion soulevée par le drame de Bellevue ; mais l’expression d’une réflexion et d’une position de longue date sur le sujet. Il s’agit d’un domaine où une intransigeance voire une dureté sont légitimes.

Les juristes, les magistrats et nombre de politiciens se félicitent du fait que notre Code pénal est, comme on dit, individualisé et largement orienté vers la progression et la réinsertion des  délinquants .  On admire le fait que des condamnations pour des crimes n’entrainent que relativement peu d’années de prison et que le condamné puisse bénéficier souvent rapidement de mesures d’allégement, sorties réglementées, sans parler de la libération conditionnelle bien avant la fin théorique du temps de condamnation. Eh bien nous osons affirmer ici que l’on a fait fausse route.

Il n’est pas question ici de prôner un retour à l’idée de jadis que le sang doit laver le sang et de réintroduire la peine de mort. Mais il est question de redonner la priorité au geste de l’Etat, de la Justice envers les victimes. Il est en fait intolérable pour la mémoire d’une jeune femme ou jeune fille assassinée, pour ses proches que l’assassin puisse être libéré au bout de quelques années, se promener, vivre normalement tandis qu’une vie a été brisée et que des proches ont été cassés irrémédiablement. Pour cette raison déjà des crimes de sang devraient être sanctionnés beaucoup plus durement beaucoup plus longtemps. Il y a des cas où la condamnation à perpétuité devrait être vraiment à perpétuité. Et que l’on ne nous fasse plus pleurer sur le prisonnier mais, jusqu’au bout, sur la victime et ses proches. On nous dit que le condamné ne s’amende pas si le séjour carcéral dure trop longtemps. Et alors ? D’une manière générale, par rapport à certains crimes vraiment odieux, particulièrement ceux qui traduisent une pathologie terrible nous ne croyons pas aux possibilités d’un changement fondamental. Pourtant, dans les cas où il semble y en avoir une chance, à tout le moins la porte entre ouverte ne doit elle l’être qu`après longtemps. Et l’action doit être entourée de mille précautions, d’une surveillance étroite durant, elle aussi, suffisamment longtemps. C’est le souci de sécurité qui doit passer avant la chance offerte. C’est tout le contraire de ce qui a eu lieu lors des tragédies que l’on a connues. Le fait que ces tragédies sont en petit nombre par rapport aux sorties réussies n’est pas un argument. Nous ne pouvons d’ailleurs nous défendre de l’impression que nombre de  repentis ont davantage peur de la spirale qu’ils ont connue plutôt que d’être tenaillé par un  profond et bouleversant remords menant à une rédemption. N’est pas le héros du crime et châtiment de Dostoiewski qui veut et les feux verts des responsables de l’application des peines font plus penser au passage de l’éponge sur un tableau noir qu’à une lumière surgissant de l’âme. Mais,  encore une fois, si une porte doit être ouverte vers une réinsertion : beaucoup de temps avant et mille précautions.

Quelle dureté nous jetteront des contradicteurs. Eh bien oui. Il y a une balance à tenir. A force d’individualiser la norme et l’application pénales on a, --qu’on le reconnaisse ou non--, relativisé la valeur de la vie, l’exigence du respect de l’intégrité physique, la référence  solennelle à cette valeur sacrée de la part de l’Etat démocratique. On banalise le mal. Or, pour la société, la nécessité de cette référence est bien plus importante que ce chemin pénal vers l’individualisation de la peine et la priorité donnée à la volonté de réinsérer. Il y a des choix, précisément, de société. On ne peut pas toujours tout concilier.

Oh, cette banalisation touche aussi la petite délinquance, vols et autres. Au demeurant on observe ici un glissement de ces actes contre le patrimoine vers plus de violence contre les personnes.

Bref, nous pensons que notre Etat, notre justice, les autres instances concernées ont fait fausse route. Il ne s’agit pas de populisme, d’envie de hurler avec les loups vertueux. Nous pensons qu’il faudrait, avec d’autres repères, une inversion accentuée des priorités, une révision profonde du Code pénal et de son application judiciaire et administrative. Qui osera le proposer clairement au Parlement ? En attendant, les professionnels du pénal trop enfermés dans leurs pratiques qu’ils estiment humanistes, --alors qu’ils relativisent inconsciemment le caractère sacré de la personne humaine--, oseront ils admettre que, même avec le système actuel il importe de durcir considérablement l’application ?  

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12/09/2013

Les sens de l'armée

Les sens de l’armée

 

Une fois de plus on va voter sur l’armée. Cette fois le Groupement pour une Suisse sans armée essaye le tir de biais. Ayant échoué à obtenir sa suppression pure et simple il tente de convaincre qu’une armée purement professionnelle serait bien plus opportune. Et il veut nous persuader que ce serait bien moins cher ; l’agent dégagé pouvant alors servir à des dépenses sociales tellement plus importantes.

L’ennui pour lui est que les experts démontrent qu’une armée professionnelle serait plus chère pour l’Etat, donc pour les contribuables. Il aurait pu évoquer les entreprises dont les absences de leurs employés et cadres pour cause de service militaire posent quelques problèmes d’organisation. Mais ce n’est vraiment pas leur souci. Bref, sur le terrain en trompe l’œil qu’il a choisi dans l’idée de vider peu à peu notre armée de sa substance, le GSSA ne trompera évidemment pas la majorité des citoyens qui voteront.

Reste donc à rappeler quelques éléments d’analyse justifiant notre armée de milice.  Il est vrai qu’elle n’a pas eu à se battre contre des ennemis extérieurs depuis la création de l’Etat fédéral en 1848. On se souviendra tout de même qu’elle a préservé l’unité du pays lors de la guerre du Sonderbund. Mais, surtout, avec tous les problèmes et les couacs que les historiens ont débusqués elle a été déterminante lors des deux guerres mondiales qui ont ravagé l’Europe. Elle a été la pierre angulaire d’une politique de Neutralité qui nous a valu notamment la Croix rouge internationale et toute la Genève internationale au service de la paix et du monde. Au travers de variations  et de turbulences notre armée de milice a été et demeure un volet essentiel de notre politique de sécurité, de notre politique étrangère.

Et pourquoi de milice ? Autour d’un noyau de cadres  professionnels les citoyens miliciens donnent la substance humaine, démocratique à cette volonté de défense sans laquelle un pays accepte de ne plus avoir de prise sur son destin en cas de malheur. Bien sûr, personne n’imagine encore un risque direct d’invasion. La continuité dans une préparation limitée mais de qualité à la défense du pays, donc la préservation d’un cœur de compétences n’en est pas moins nécessaire. Et c’est bien ce que les autres pays attendent de nous aussi.  C’est une affirmation identitaire à la fois matérielle et politique. On aimerait que s’étoffe le volet de la participation  à des actions de paix sous l’égide de l’ONU. Il s’agit d’un débat qu’il convient de mener contre les tenants d’une conception trop axée sur la défense du territoire. Mais c’est une autre discussion.

Insistons également sur l’aspect fédérateur d’une armée de milice qui incorpore des jeunes gens de toutes les régions du pays. Ni la cohabitation de nos cultures ni notre fédéralisme ne sont des dons du ciel acquis pour l’éternité. Il y faut un sentiment commun d’appartenance  nationale, d’adhésion à une culture politique. L’armée de milice est sur ce point un élément clé. Les experts ajoutent que la qualité des miliciens impressionne souvent les observateurs étrangers et que les synergies entre expériences civiles et militaires sont loin d’être négligeables. Alors, bien sûr, il y a les pertes de temps,  les instructions défaillantes, la rencontre, parfois, avec des chefs médiocres et se valorisant dans l’autoritarisme simpliste. Mais c’est un peu comme dans nombre de secteurs de la vie. Certes, bien des choses sont à maitriser, améliorer. Mais là encore. Sans doute, beaucoup échappent au service militaire. Assurément les réflexions sur un vaste service national méritent discussions. Tout cela n’invalide en rien le fait que notre armée de milice, avec le principe de l’obligation de servir fait partie de notre histoire, de notre présent et doit nécessairement faire partie de notre avenir. Vouloir sa mort c’est ne plus comprendre ni vouloir vraiment la Suisse.

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01/08/2013

Fête nationale- une histoire vraie

Fête nationale : une vraie histoire Récemment, un historien dont la sensibilité de gauche transpirait à chaque ligne s’est plu, dans la presse locale, à remettre en cause toute l’histoire que l’on raconte le 1er août sur la fondation de la Suisse. Non sans fondement et rigueur scientifique. Le Pacte de 1291 aurait été écrit bien après et anti daté afin de créer une base vénérable et glorieuse à l’élaboration de notre Confédération. A aucun moment les contractants des alliances successives n’auraient eu la conscience ni la volonté de créer une véritable nation. Ce n’est que très tard, et sous la pression des événements extérieurs, que cette idée est devenue réalité. En fait, la Suisse n’existerait véritablement que depuis 1848 de par la victoire des uns sur les autres dans une guerre entre cantons. Et c’est dans la réconciliation des forces bourgeoises qui s’étaient affrontées au Sonderbund, forces désireuses de consolider un certain ordre politique et social face au socialisme menaçant, que l’on a codifié, sacralisé un passé mythique comme élément clé d’un patriotisme conservateur. Et l’auteur regrette clairement que la Gauche se soit en quelque sorte, selon lui, laissé prendre au piège et ait endossé ce passé mythique récupéré par les forces conservatrices. Mon Dieu que cette position, apparemment objective est à courte vue ! Qui conteste que l’évolution vers l’autonomie et les alliances aient été une longue marche en progression vers un but non défini à l’avance ? Qui conteste que la Suisse s’est faite dans la conjonction d’une volonté et des événements européens l’englobant, avec leurs conséquences ? Assurément la Suisse moderne date de 1848. Depuis lors elle a dû affirmer dans des circonstances terriblement dangereuses sa volonté d’indépendance et sa Neutralité pierre angulaire de sa cohésion nationale. Alors, oui le passé en partie réel en partie réinventé a été utilisé. Heureusement. Quel beau coup patriotique que cette réunion des Officiers au Grutlli par le Général Guisan en 1940. Ce n’était pas un acte de droite ou de gauche. C’était un acte de résistance contre le Nazisme. La Gauche était autant concernée, que l’on sache. L’interprétation intériorisée d’un passé en partie réel en partie réajusté participe d’une volonté toujours plus et mieux affirmée de proclamer la Suisse : celle de tous ses citoyens ouverte à tous ses habitants. On peut avoir des sensibilités, des visions différentes. Les discours bien différents des Conseillers fédéraux Ueli Maurer et Didier Burckhalter l’illustrent. Mais tant le rappel d’une volonté historique d’indépendance que celui, d’une réalité tout aussi historique d’imbrication de la Suisse dans le monde ont droit de Cité en ce jour de fête nationale. Et le mythe a toute sa place, toute sa nécessité. Alors, n’en déplaise aux grincheux, vive la fête nationale pour tous, vive la Suisse de tous.

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Fête nationale: une vraie histoire

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30/06/2013

Démocratie suisse à l'épreuve du droit

Démocratie suisse à l’épreuve du droit

 

Arthur Grosjean a écrit il y a quelques jours dans la tribune de Genève un commentaire pertinent sur les réactions des autorités face à des initiatives populaires embarrassantes. Il cite l’application envisagée de l’Initiative Franz Weber qui fait dire au vieux lutteur que l’on trahit la volonté du peuple. Il cite aussi l’Initiative de l’UDC sur le renvoi des étrangers délinquants, dont certains requérants d’asile. Là  encore, l’application un peu distante prévue fait hurler l’UDC et pourrait donner des chances à leur nouvelle Initiative.

Ce n’est pas nouveau. Pourtant il y a de quoi s’interroger. Lorsqu’une Initiative n’a pas de vice de forme mais qu’elle est manifestement excessive, la tendance du Conseil fédéral et du Parlement est de la laisser aller vers la votation populaire en recommandant le non. La plupart du temps, dans notre histoire constitutionnelle, cela a suffi et l’initiative a été rejetée par un peuple imbibé de sagesse. En principe, la grande raison pour déclarer une initiative populaire non valable et pour ne pas la soumettre au vote était le non respect de l’unité de la matière. En pratique les Chambres fédérale ont élargi au maximum l’adage : in dubio pro populo et très rares furent les cas où une Initiative fut invalidée par le Parlement. Mais les temps ont changé. Mal à l’aise devant certains excès, certaines pressions, --telle la spéculation immobilière, l’atteinte aux paysages ou bien le flux d’immigration et des faits d’insécurité,--le peuple tend davantage l’oreille aux projets invitant à des solutions tranchées, à des coups de frein brutaux. Du coup, la parade des autorités, entre finesse et finasserie, devient moins efficace.   Ainsi Gouvernement et Parlement se retrouvent à essayer de tempérer les effets d’initiatives votées par des applications légales aux limites de l’infidélité. Ce n’est pas bon pour la confiance, laquelle est le ciment vivant de notre démocratie.

Il vaudrait mieux miser sur la transparence et la clarté. Si une Initiative est excessive mais répond à une vraie et légitime préoccupation, lui opposer un contre-projet  constitutionnel clair et précis plutôt que de se référer à ce qu’on appelle un contre-projet indirect : soit une loi en attente sur le sujet . Si une Initiative est nettement contraire au Droit international auquel la Suisse a souscrit, avoir le courage de déclarer cette Initiative non recevable et ne pas la soumettre au vote populaire. La encore une solution de rechange peut être un projet du Conseil fédéral et du Parlement. C’est mieux qu’une application biaisée d’une initiative votée,  acceptée par le peuple et les cantons.

Bref, il serait bon, à l’avenir, d’éviter le flou et le un peu tordu. Jouons franc jeu devant le peuple. Dans la durée, il préférera cela et la démocratie suisse à l’épreuve du droit s’en portera mieux.

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20/06/2013

La dignité du Parlement

La dignité du Parlement

 

On peut avoir des frissons après le rejet du projet de  loi urgente par le Conseil national. Quelle seront les réactions des autorités américaines : ministère de la justice, procureurs, juges… On peut se demander si les collaborateurs des banques suisses auront encore les maigres garanties que semblait leur promettre cette loi. On peut s’interroger sur les conséquences pour certaines banques, soit déjà dans le collimateur soit en passe de l’être. Et, naturellement le danger pour l’ensemble de la place financière suisse, avec les retombées négatives sur toute notre économie, ne saurait être tout simplement ignoré.

Pourtant, à la place de la majorité des Conseillers nationaux j’aurais eu la même attitude. J’aurais voté non. Pourquoi ?

Il y avait quelque chose d’indécent à demander aux députés de voter une loi sans qu’ils sachent vraiment ce qu’elle allait recouvrir. Il y avait quelque chose d’humiliant à renoncer au droit suisse et à inviter officiellement les banques à se mettre à disposition du droit et des tenailles américaines. Ce sont les banques qui se sons mises dans ce pétrin et le Parlement devrait leur donner bénédiction pour pénitences et punitions décrétées outre atlantique ; cela au mépris de notre attachement à notre droit et à notre souveraineté. Impossible ensuite de ne pas s’aplatir de même devant tous les autres pays. Le Conseil fédéral doit-il, par voie d’urgence, rattraper le coup, en quelque sorte, comme le préconise Patrick Odier afin d’ouvrir quand même à nos banques ce chemin de Canossa d’où elles reviendraient sans bosses trop gravissimes ? Je ne sais trop. Attendons sa position. Mais les élus du peuple ne sont pas seulement là pour esquiver des coups sur un ring. Il n’est pas mauvais que l’on comprenne, aux Etats Unis que la lex américana n’est pas le décret impérial devant lequel tout pays devrait se courber, yeux bandés et bouche cousue. L’expression d’une certaine volonté de résistance et le rappel de notre propre ordre juridique pourraient avoir des prolongements positifs. On ne sait rien sur les catastrophes annoncées mais nous devons marquer plus clairement nos principes et nos positions sur la scène internationale. L’adhésion à des standards internationaux, oui. La révérence à l’ultimatum du puissant, non.  Encore une fois, les banques, ou tout au moins certaines, ont été d’une légèreté invraisemblable. La manière de dirigeants de se défausser sur des collaborateurs qui n’avaient que suivi des instructions est indigne. Le Parlement, lui, a pris des risques mais il a sauvé sa dignité. Tout étant considéré, cela aussi peut être payant.      

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26/05/2013

Conseil fédéral: le peuple ne voudra pas d'un cadeau empoisonné

Conseil fédéral : le peuple ne voudra pas d’un cadeau empoisonné

 

Pour la troisième fois depuis 1848 la proposition de faire élire le Conseil fédéral par le peuple suisse est sur la table. Un projet en ce sens de révision de la Constitution fédérale est donc soumis au vote du peuple et des cantons. Or, les sondages prédisent qu’une large majorité du peuple suisse ne voudra pas de ce cadeau empoisonné que veut lui offrir l’UDC. Quelques voix incongrues de gauche, dont celle de Micheline Calmy Rey,  appuient cette Initiative . Les Conseillers fédéraux, pour ces voix là, en tireraient une légitimité plus grande et le Conseil fédéral comme tel une plus grande autorité. Quelle erreur d’appréciation !  

La vérité c’est que l’esprit de cette Initiative se place bien dans la ligne de mire de l’UDC : méfiance envers les organes représentatifs en général, volonté de mettre les institutions et les hommes sous pression populaire, désir d’accroitre la capacité d’opposition interne des élus UDC. Bref il s’agirait d’inverser une culture et une habitude politiques qui tend vers la collégialité gouvernementale et les équilibres fédéralistes.

Certes, les partisans de l’Initiative donnent l’exemple des gouvernements cantonaux, tous élus aujourd’hui par les citoyens de  ces cantons. Or, on observe que les campagnes électorales rendent ensuite plus difficile l’exercice de la collégialité gouvernementale. Mais, surtout, comment comparer ? Dans un canton, même un grand,  le peuple a des échos constants, des repères pour situer les candidats. Avec l’élection du Conseil fédéral par le peuple, il faudra veiller aux équilibres régionaux et linguistiques. Mais les candidats, Suisses allemands ou Latins, devront faire une campagne intense, coûteuse dans tout le pays. A peine élus, ils devront songer à leur réélection et affronter les attaques personnelles ; alors que des non réélections par le Parlement sont vraiment exceptionnelles. Le cas Metzler-Blocher.

Oui il s’agit bel et bien de politiser un système fédéral dont une certaine sérénité est la marque de fabrique remarquée et enviée à l’étranger.  Avec des données confédérales relativement compliquées, n’est-ce pas aux Chambres fédérales que peut se faire le mieux la sélection ? Et si elles n’ont pas toujours élu les meilleurs au Gouvernement le processus dans l’ensemble et la continuité n’a-t-il pas assez bien fonctionné ?

Oh, des changements seraient bienvenus. Une législature de cinq ans au lieu de quatre. Un Président titulaire en même temps des affaires étrangères pour la durée de la législature. Monter de sept à neuf le nombre des membres du Conseil fédéral afin d’assurer en permanence la présence de deux Romands et d’un Tessinois ou d’un Grison italophone.  Quant aux membres actuels du Conseil fédéral on en attendrait davantage encore d’expression collégiale au dessus des partis, un retour d’autorité remettant les présidents de partis à leur place , et une ligne d’action plus claire, plus visible. Un succès de l’Initiative de l’UDC irait assurément en sens contraire. En fait, le Peuple, qui n’est pas dupe, a déjà compris de quoi il retournait dans cette affaire. Le Non à l’Initiative claquera net. Et l’on pourra réfléchir à mieux.

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22/05/2013

Asile: morale et politique

Asile : morale et politique

 

On vote au sujet de la révision de la loi sur l’asile. Les églises ont pris position contre ce projet ; y compris les évêques, ce qui embarrasse quelque peu le PDC. Que les églises estiment de leur devoir de rappeler des principes d’humanité, en se basant notamment sur l’évangile , voilà qui ne peut leur être reproché ; encore que faire au projet un procès de manque total d’humanité serait faux et injuste. Il ne s’agit pas d’une inversion de la politique d’asile mais d’une inflexion comprenant même l’idée de tester certaines mesures. On peut discuter du bien fondé de supprimer la possibilité de déposer des demandes d’asile dans les ambassades sauf cas humanitaires avérés. Mais tous les pays occidentaux ont pris la même décision afin d’enrayer un flux trop facile de demandes. Même réaction commune à propos des déserteurs sauf, là aussi cas particuliers justifiant protection. Reste cette nouveauté de permettre à la Confédération d’organiser dans les bâtiments lui appartenant des centres de regroupements de requérants et de regrouper à part sous surveillance des requérants récalcitrants et posant des problèmes évidents. Or, on attendait quelque chose de ce genre depuis longtemps.  En revanche, qui, --hormis des professionnels de la défense des requérants,-- peut critiquer la volonté d’accélérer les procédures et d’exécuter les décisions de renvoi dans des délais beaucoup plus brefs ?

Cela étant, bien sûr qu’une approche se revendiquant uniquement de la morale et de l’humanité, épousant étroitement la perception de la détresse humaine, y compris économique, incitera à trouver que la loi actuelle est déjà trop dure et que la révision proposée accentue cette dureté .Sur ces sujets il y a un devoir impérieux d’être franc, honnête et de ne pas se tordre dans tous les sens dans les méandres  d’une bonne conscience. La politique ne saurait ignorer la morale, la contredire sans vergogne. La politique doit garder ses repères se réclamant de valeurs fondamentales liées à des racines humanistes et spirituelles. Mais la politique n’est pas sœur jumelle de la morale. Elle a d’autres angles de vue obligatoires, d’autres exigences à observer. Elle ne peut surexposer des cas humains particuliers. Elle a des équilibres, des cohésions de société à sauvegarder. Elle doit aussi tenir compte, sans démagogie mais sans aveuglement, de la sensibilité ambiante et des préoccupations de la population ; par exemple dans le domaine de l’ordre public, de la sécurité et de l’intégration culturelle.   La politique d’un pays se préoccupe nécessairement en priorité de ce qui touche ses citoyens et ses résidents. Il y a donc forcément un écart entre cette approche et celle qui aborde tout être humain en frère, lui ouvre ses bras et son foyer. Jésus surplombe certes de son Amour universel nos vieilles terres chrétiennes mais il n’est pas aux commandes délicates et aux responsabilités diverses de notre pays.  Il y a dans <les frères Karamazov> de Dostoïevski un passage saisissant à cet égard. Tout cela pour dire que la révision de la loi sur l’asile, si elle ne remet pas en cause le statut de vrais réfugiés, n’ira pas sans quelques pressions supplémentaires sur des personnes vulnérables qui cherchent des existences plus enviables. Il n’y a pas de quoi s’en réjouir ni l’ignorer. La rappel des églises oblige à en prendre conscience. Mais, à la fin, tout étant considéré cette révision est opportune et devrait obtenir l’approbation d’une majorité des citoyens.    

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