23/06/2014

J'ai mal à ma police

J’ai mal à ma police

 

Jamais je n’aurais cru que j’écrirai un jour ces lignes. Le Je, peu habituel, traduit ici une émotion, l’indignation d’un homme politique libéral attaché aux institutions, convaincu que la démocratie, la sécurité  et les libertés ont besoin d’organes de justice et de police qui les protègent et assurent un ordre permettant la vie en commun. Bref : un homme politique de droite prompt à défendre les policiers, lesquels assument à ses yeux des fonctions essentielles et nobles  au service de la population. Il y a évidemment un corollaire. On veut  des agents exemplaires dans leur manière d’agir et d’être.

Hélas, trois fois hélas. L’autre jour à la fête de la musique face à face avec deux policiers débraillés, en bermudas, juste reconnaissables par leur bandeau  sur leur poitrine.  Le vieux citoyen genevois que je suis n’a pu s’empêcher de leur dire que c’était honteux. Quelle image ! Ce lundi la Tribune en montre un, manifestant avec une cagoule pour couvrir son visage ; comme les casseurs masqués voulant éviter d’être identifiés. Devant une telle photo on ne peut que réagir par deux adjectifs : honteux et lâche. Mais on veut croire que beaucoup d’autres déplorent cette dérive.  

Comment a-t-on pu, dans cette Cité, laisser les syndicats de police prendre une telle autonomie corporatiste  perdant de vue l’essence même de la fonction : qui devrait être un engagement, un service autant qu’un métier.  

Beaucoup de Citoyens ont le sentiment que le statut de policier genevois est enviable, si on l’évalue en termes comparatifs. Cela n’enlève rien au fait que la tâche est parfois lourde : heures supplémentaires, risques, charges administratives inutiles… Il y a de quoi discuter et nul doute que le Conseiller d’Etat Pierre Maudet, ministre responsable en est parfaitement conscient. Et il faut rendre hommage à tous ces hommes et ces femmes qui font ce dur et noble métier avec une belle âme chevillée au corps.  Mais rien n’excuse la dérive. On se met à rêver d’une troupe qui, sans être lié à l’armée, n’en serait pas moins astreinte à une discipline militaire. Cela à Genève comme ailleurs.

Oui, messieurs, vous abîmez votre image et entamez votre légitimité. Comment des Citoyens genevois auxquels vous ferez une remontrance, infligerez une sanction pourront-ils l’accepter facilement dès lors qu’ils ne respecteront plus des fonctionnaires violant eux-mêmes la loi et leur règlement ? Il faut arrêter ce spectacle affligeant. A défaut, on ne comprendrait pas que des sanctions, des retenues de salaires ou autres mesures ne soient pas prises par l’autorité politique.

Oui, messieurs les policiers nous, citoyens genevois, patriotes de toujours et soutiens d’un ordre démocratique, nous supportons mal que vous nous offriez l’image de votre désordre interne et de votre perte de repères. Ressaisissez vous.  

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15/06/2014

Confédérés: n'oubliez ni le français ni l'allemand!

La semaine dernière au Conseil des Etats a été marquée par l’expression d’une inquiétude confédérale. Plusieurs Conseillers aux Etats ont demandé au Conseiller fédéral Alain Berset s’il n’était pas temps que la Berne fédérale rappelle divers Cantons alémaniques à leur devoir de cohésion nationale afin qu’ils renoncent à deux tentations : premièrement celle de retarder de plusieurs années scolaires le début de l’apprentissage du français en donnant la priorité à l’anglais qui ouvre la porte sur le monde et, deuxièmement,  celle de pratiquer le dialecte dans les écoles maternelles, voire de l’envisager aussi pour des degrés primaires ; cela en mettant de côté le hoch deutsch vu comme une langue étrangère. Comme par hasard ces deux tendances pointent  leur nez dans les mêmes Cantons. Le fait heureux est que, pour le français, ce ne furent pas seulement des Conseillers aux Etats romands qui ont réagi mais aussi des députés suisses allemands, dont un Zurichois. Il n’empêche que l’inquiétude est là et que le Conseil fédéral la partage. Toutefois, ce dernier préférerait que le signal du stop soit brandi dans ces Cantons plutôt que d’imposer une exigence fédérale ; même si la Confédération aurait la compétence pour cela. Il a raison car une intervention fédérale dans ce domaine de l’Instruction publique heurterait le sentiment fédéraliste. C’est un des derniers domaines où les compétences cantonales sont prioritaires, où l’on table aussi sur une collaboration horizontale entre les Cantons.

Mais si le mouvement devait persister voire, pire, s’accentuer, le holà fédéral s’imposerait car il en va bel et bien, dans la durée, de la cohésion confédérale. Il faut lancer un appel à nos Confédérés alémaniques. Certes le français est une langue difficile à apprendre mais elle est celle que parle une partie essentielle de la Suisse. Dans l’histoire de ce pays, combien de fois des personnalités romandes ont-elles joué un rôle déterminant ? A travers une compréhension suffisante du français nos Confédérés peuvent ressentir ce lien, cette histoire, cette identité commune qui nous unissent. Avec un effort tardif pour cette rencontre linguistique, ils se sentiront de plus en plus éloignés de ces Welches si peu dans leur familiarité quotidienne. La réciproque est vraie. Il appartient aux écoles des Cantons romands de commencer l’apprentissage de l’allemand le plus tôt possible, avec les mêmes arguments.

Oui mais voici le hic. L’allemand serait une langue étrangère pour les Alémaniques. Faudrait-il que les Romands parlent le dialecte ? Lequel ? L’identité familière réside précisément dans le fait que chaque Canton alémanique a son propre dialecte, même si la compréhension mutuelle est assurée. Certes, tant mieux si des Romands plongent dans le bain du dialecte au fil de leurs relations, notamment professionnelles, avec des Confédérés d’outre Sarine. Mais leur demander un effort général à cet égard n’aurait pas de sens.

Surtout, les personnes d’influence dans les Cantons alémaniques devraient insister sur une réalité. L’allemand n’est pas une langue étrangère pour eux même si elle est à distance de leur vie quotidienne, de leur proximité la plus familière. Elle exige un effort mais elle leur appartient cependant. C’est l’arrière fond culturel germanique qu’ils ont en partage avec les Allemands. Goethe, Schiller, lui qui a honoré Guillaume Tell, sont des sources vives auxquelles ils ont autant le droit et le devoir de puiser que tous les peuples germaniques. En se coupant presque agressivement du hoch deutsch, ils couperaient leurs propres racines, s’isoleraient d’un si riche patrimoine européen qu’ils ont en partage et compliqueraient leurs relations avec les Romands. Quelle funeste pente ! Etre Suisse c’est, à la fois, intérioriser une singularité commune et s’adosser aux différents éléments qui nous entourent et nous irriguent : germanique, français et italien (n’oublions jamais non plus la Suisse italienne); et les utiliser dans notre cohésion confédérale faite de cette diversité rassemblée en conscience nationale.

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05/06/2014

Jura: la deuxième mort de Roland Béguelin

Jura : la deuxième mort de Roland Béguelin

Il était l’âme du Rassemblement jurassien. Il était l’éditorialiste flamboyant du <Jura libre>. Il fut le Premier Président du Parlement jurassien.  Roland Béguelin, le Saint Just de Delémont, n’était pas pleinement heureux en fêtant la  création du Canton du Jura. En effet, une procédure de plébiscite en cascade permit aux trois districts du Sud d’exprimer leur volonté de demeurer bernois. Une procédure scélérate clama Roland Béguelin, un reniement d’une histoire ancestrale qui postulait l’unité des six districts francophones, à réunir dans le nouveau canton. Mais les oppositions de religion, de tempérament, d’intérêts économiques aussi l’emportèrent sur la communauté de langue française. Le Jura fut coupé en deux. Ah si, à l’époque on avait pu mettre sur pied un statut d’autonomie au sein du Canton de Berne, comme l’avait imaginé Max Petitpierre,  quitte à ouvrir pour le futur une perspective d’indépendance complète ! Aurait-on évité la division ?

Cette lutte jurassienne entre séparatistes et anti séparatistes fut âpre. Depuis ces années septante, il y eut maintes tentatives pour faire évoluer la situation. Finalement, l’année dernière et avec l’accord des autorités bernoises, une consultation de tous les Jurassiens eut lieu. La question : voulez vous effacer le Canton du Jura actuel, réduit aux anciens districts du Nord,  afin de créer un nouveau Canton  comprenant le Nord et le Sud ? Eh bien, au Nord, on a voté oui, mais sans les trépidations héroïques rythmées à l’époque par feu Roland Béguelin. Mais au Sud, on a récidivé dans le non et la volonté de demeurer bernois ; sauf en ville de Moutier, de peu.

Désabusé, voulant tourner la page, le Gouvernement jurassien vient de faire savoir que la réunification n’était plus son objectif et que la collaboration serait le chemin à suivre. Dire que le Projet de Constitution jurassienne avait contenu, d’abord, un article exigeant l’engagement du Gouvernement dans un combat en vue de la réunification. Les Chambres fédérales ne l’acceptèrent pas car il était contraire à la paix confédérale. L’article voulu par Roland Béguelin n’eut donc aucune valeur juridique.

Les temps ont changé. La passion n’est plus au rendez vous. Tout reste en l’état. Pour Roland Béguelin, l’idéologue romantique de la francophonie, c’est comme une deuxième mort. Mais non, ne concluons pas ainsi. Il restera à jamais le héros consacré dans l’histoire jurassienne.  On n’oubliera simplement pas que cette création du Canton du Jura a finalement été une démonstration de vitalité pour nos Institutions confédérales, lesquelles ont su résorber une crise grave.

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26/05/2014

Europe: mal aimée incontournable

S’il est un parti suisse qui se réjouit de la percée des Droites nationalistes en France, au Royaume Uni, au Danemark et en Autriche c’est bien l’UDC , avec son vieux Chef de file Christoph Blocher en tête. Mais qu’ils ne rêvent pas. Cette poussée  ne changera pas les données fondamentales du Parlement européen. Et la Suisse, demain comme hier, devra bien s’arranger avec l’UE, sa Commission, les Gouvernements des pays membres afin d’établir des relations de partenariat évitant l’isolement. Il n’y a pas eu d’ouragan général balayant la construction européenne.

C’est évidemment le résultat français qui a frappé nos esprits, alors que les résultats allemand et italien sont fort convenables. On peut d’ailleurs sourire du fait que Marine Le Pen a exulté dimanche soir dans une salle de Nanterre située rue des Suisses… Cela ne s’invente pas. 

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19/05/2014

Responsables politiques malmenés

S’en prendre, même un peu, à l’expression de notre démocratie directe est presque commettre un sacrilège. Lorsque le Président allemand, en visite officielle, a émis des doutes sur l’étendue de cette démocratie directe helvétique en regard des interactions internationales, le Président de la Confédération s’est vu obligé de répondre que, pour nous Suisses, elle était comme le sang qui nous irrigue. Bien répondu. Et pourtant, une interrogation plus raisonnée qu’émotionnelle est-elle illégitime ?

 

Franchement, l’Initiative contre l’immigration massive, qui mettait à mal un traité liant la Suisse, devait-elle être jugée recevable sans autre hésitation ? Evidemment, baigné dans la politique à température chaude, le Parlement n’ose quasiment jamais déclarer une initiative irrecevable, bien que ce soit de sa compétence. Et comme l’on considère que des juges ne sauraient être au- dessus du peuple suisse, le Tribunal fédéral n’a pas le droit d’écarter une initiative violant par exemple le droit international ou contredisant un Traité. Or, quel que soit le respect à ressentir envers le peuple, donner à l’Initiative et au Référendum une puissance apte à tout balayer sur leur passage pourrait bien revenir à introduire un ver destructeur à terme dans un fruit rare et précieux. Nous sommes de ceux qui aiment la démocratie directe dont les péripéties sont souvent excitantes ; mais aussi de ceux qui pensent qu’elle doit s’insérer dans un cadre juridique et politique lui conférant une assise et permettant à l’Etat d’assurer une continuité.

 

Tout cela pour dire qu’une Cour constitutionnelle aux réflexes prudents mais aux notions claires serait sans doute bienvenue. Elle n’est pas pour demain. En attendant… Le Parlement devrait prendre la mesure de sa responsabilité. L’initiative sur les minarets n’aurait pas dû être déclarée recevable. L’initiative contre l’immigration de masse non plus, en tout cas pas avant que la question de la libre circulation avec l’UE n’ait été éclaircie. Certes, on a beaucoup vanté la sagesse du peuple suisse. Le refus du salaire minimum légal et la confiance dans les Conventions collectives en donneraient une preuve. Mais en plusieurs occasions et nettement plus souvent qu’auparavant le caractère émotionnel du vote s’affirme.

 

Dimanche, le Conseil fédéral a été battu deux fois. L’échec du Gripen vient sans doute d’une série de couacs qui ont marqué les esprits. Il n’y a pas péril immédiat en la demeure mais cet échec n’en est pas moins préoccupant si l’on envisage la continuité d’une défense moderne et crédible. Pourquoi diable avoir créé ce fonds spécial pour l’aviation en l’ancrant dans une loi ? Le peuple doit se prononcer sur les principes de la politique de sécurité. Mais quelle idée de l’appeler aux urnes pour le choix d’un avion ! En revanche, l’acceptation de l’Initiative interdisant tout contact professionnel avec des jeunes à quiconque aura violé la loi dans ce domaine n’est pas une surprise. Ici c’est au Législateur et aux Juges de d’entamer leur propre examen critique. Notre Code pénal n’est pas du tout assez sévère envers les criminels dangereux et l’on a beaucoup trop sacrifié à l’idéologie de la réinsertion, en relativisant trop l’acte criminel et en ne prenant  pas assez en compte la justice qu’attendent les victimes et leurs proches.  C’est le manque de sensibilité en amont qui provoque ce raidissement en aval. On pourrait dire la même chose à propos d’un autre domaine sensible : précisément celui de l’immigration.

 

Dimanche, on a remarqué le vote des Genevois. Sur les TPG, il n’est pas raisonnable. Qui paiera pour le manque à gagner ou bien quelle stratégie de développement des prestations devra être revue ? Plus grave est le refus de cofinancer des parkings en France voisine. C’est pourtant dans l’idée qu’on trouverait de tels parkings dégorgeant les accès routiers vers Genève que l’on avait voté pour le CEVA. Bref, ici on ne saurait mettre en cause la légitimité des votes. En revanche, Genève illustre le fossé qui se creuse entre le peuple et ses élus. Pour le Gouvernement, le Parlement, les Partis habitués à des consensus majoritaires, le défi est grand.

 

En résumé, oser tracer des limites explicables aux droits populaires ; remettre en cause un héritage législatif et judiciaire trop laxiste envers les criminels ; enfin, expliquer sans relâche les nécessités de cohérence dans l’action  politique : tels sont les efforts indispensables.  Oui, il y a de quoi faire pour redresser la barque, assurer solidité, crédibilité et pérennité à notre  démocratie directe.     

 

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11/05/2014

On ne vote pas seulement sur le Gripen

Dimanche prochain on saura si le Gripen a décollé pour emporter le oui du peuple suisse. Rien n’est moins certain. Ceux qui hésitent encore devraient réfléchir : il ne s’agit pas que du choix d’un avion par rapport à d’autres qui eussent été possibles. Au demeurant, est-ce bien normal que les citoyens se prononcent sur un type d’avion de combat ? Jusqu’ici, les crédits pour les avions militaires, comme les autres crédits militaires étaient de la compétence du Parlement. Ils faisaient partie d’un programme de défense nationale dont le principe, approuvé par le peuple, est inscrit dans la Constitution. Et les citoyens ont à plusieurs reprises sèchement remis à leur place ceux qui remettaient en question cette défense nationale. Une fois, c’est vrai, les adversaires de l’armée ont, par Initiative, voulu interdire l’achat des FA18. Seul moyen à leur disposition puisque le Référendum facultatif n’existait pas en la matière. Drôle d’idée du Conseil fédéral et du Parlement d’avoir voulu consolider la légitimité et la solidité du support financier et politique pour l’aviation de combat en créant un fonds spécial basé sur une loi. D’où, soudain, une possibilité de Référendum facultatif qui fut saisi par les adversaires chroniques de l’armée, désireux d’enfoncer un coin dans l’édifice à défaut de pouvoir jeter le tout. Or, ces « anti-armée » ont vu avec plaisir des gens les rejoindre contre le Gripen avec des motifs évidemment différents. C’est ce que Lénine appelait des alliés conjoncturels objectifs à utiliser. En fait il les qualifiait d’une formule que l’on ne retiendra pas ici. En effet, il y a ceux qui doutent de l’utilité d’une aviation de combat ; ceux qui pensent que l’on pourrait attendre avant de lancer le mécanisme de renouvellement de la flotte actuelle ; ceux, enfin, qui ne sont pas convaincus par le choix du Gripen et qui auraient voulu un autre type d’avion. Ces derniers, ayant cueilli au passage quelques avis sceptique,  s’érigent en experts improvisés. Cette coalition pourrait coller au sol mouvant de notre démocratie directe ce Gripen suédois de la dernière génération.

Pour nous, l’équation est pourtant simple. Il nous faut une politique de sécurité, de Neutralité armée. Elle postule une armée de milice, avec un noyau de professionnels. Il y faut une formation des hommes , mais aussi des armes modernes de prévention et de combat qui soient crédibles. L’aviation en est un élément essentiel. La protection de notre ciel lors d’événements sur notre sol est de notre responsabilité (conférences diplomatiques et autres…)  Tous les états majors qui nous observent attendent de la Suisse qu’elle ait une aviation d’interception et de combat à la hauteur. A défaut, c’est toute la crédibilité de notre défense, de notre volonté d’indépendance qui serait entamée. Il faut donc, à un moment donné, commencer le processus de renouvellement de la flotte. C’est un processus lent. D’ici à ce que les Gripen soient opérationnels chez nous, les avions qu’ils devront remplacer seront vraiment en bout de vie, avec des pièces de rechange se raréfiant. Et croit-on que si le crédit est refusé, on trouvera rapidement un consensus pour un autre type d’avions ? Croit-on qu’un Référendum ne sera pas à nouveau lancé par ceux qui se réjouissent de toute cette incertitude affaiblissant notre défense ; ce qui est leur but.

Vraiment, il serait plus que raisonnable de laisser de côté irritations, hésitations et autres sentiments : Ce serait faire preuve de sens politique, de responsabilité que de donner le feu vert au Gripen.    

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04/05/2014

Salaires en danger

Salaires en danger

 

L’Initiative pour un salaire minimum  illustre l’adage selon lequel le mieux peut être l’ennemi du bien. C’est d’ailleurs pourquoi des politiciens de gauche et des syndicalistes marquent un certain embarras lorsqu’ils la défendent. Evidemment, lorsque l’on entend parler de bas salaires au -dessous de 4000 frs par mois et qu’on les met en regard du coût de la vie en Suisse on ne peut qu’admettre les difficultés de personnes  face au quotidien. Toutefois, les analyses nuancent le tableau général des bas salaires. Il y a beaucoup de couples concernés. Avec deux fois un salaire minimum de 4000 frs sur 13 mois ils arriveraient à quelque 10.000 frs par mois ; ce qui change les données.

 Soit, ce n’est pas une réponse pour bien d’autres. Mais là encore, nuance.  Les passants peuvent voir les affiches habiles mais réalistes montrant des jeunes qui disent en substance : «  Voulez-vous me priver de mon premier salaire, parallèlement à ma formation et dans une perspective d’intégration au marché du travail ? ». Car, en effet, ce sont nombre de premiers petits emplois pour ces jeunes qui disparaîtront.

Mais revenons aux emplois durables peu rémunérés. Il est illusoire de croire que l’on pourrait, d’un coup d’un seul, remonter les minimaux actuels sans relever logiquement ceux qui sont au-dessus. Comment une personne ayant, par exemple, suivi une formation spécialisée de plusieurs années, peut-être en ayant travaillé à côté, et qui ne gagne guère plus que 4000 frs par mois, pourrait-elle trouver normal que sa voisine sans aucune formation gagne presque autant pour un emploi de base ? Autrement dit, le salaire minimum obligatoire et général, c’est un coup de pouce fort pour élever une partie de l’échelle des salaires vers le haut, toutes branches confondues.

C’est là que le bât blesse. Nombre de branches, nombre d’entreprises, voire d’indépendants ne sont pas en mesure d’encaisser cette évolution dirigiste, contrainte et forcée. La conséquence prévisible sera une diminution de l’embauche, voire des licenciements. Au pire, quelquefois, des fermetures par exemple de petites PME. Ce n’est pas peindre le diable sur la muraille. Des témoignages de petits patrons sont clairs à ce sujet.

Enfin, qu’ont les syndicats à gagner dans ce coup porté à la réussite enviée du partenariat social en Suisse ? Avec la souplesse, l’adéquation aux possibilités de rémunération branche par branche, les négociations et les conventions collectives de travail sont un élément de la paix sociale et d’une prospérité qui se greffe sur un équilibre entre une compétitivité préservée, non entravée par des coûts excessifs et une redistribution salariale adéquate. Le résultat peut être mesuré par la comparaison avec l’Etranger. Envions-nous la France et sa presque non culture du partenariat social ? Avec son Etat intrusif à tout va ?

Il y a des arguments en faveur de l’Initiative qui ne laissent pas indifférents. Il n’est pas mauvais non plus de rappeler aux nantis que des gens, des voisins doivent se débrouiller avec peu face à des charges incontournables. On peut être agité de sentiments divers à cet égard. Mais à la fin, la question se pose ainsi : un salaire minimum tel que proposé par l’Initiative, aurait-il un effet dominant positif ou négatif ? Il y a assez d’éléments d’appréciation qui démontrent la dominante de l’effet négatif. Une majorité du peuple devrait le comprendre et rejeter cette fausse générosité.  

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26/04/2014

Ukraine:guerre mondiale?

Ukraine :guerre mondiale ?

 

Le Premier ministre du Gouvernement provisoire à Kiev, non reconnu par Moscou, a déclaré sur un ton dramatique que Poutine poussait ses pions jusqu’au risque réel d’une troisième guerre mondiale. A l’Ouest personne ne croit vraiment à ce risque et l’on voit dans ces propos une surenchère verbale d’acteurs des événements qui sont à bout de nerfs. Toutefois, celui qui s’intéresse à l’histoire réfléchit souvent à des exemples d’escalades incontrôlées. On s’occupe, cette année, du centième anniversaire du déclanchement de la première guerre mondiale. Lors du Traité de Versailles, qui mit l’Allemagne à genoux, il fut établi que cette dernière était seule responsable de toute la tragédie. Aujourd’hui, les analyses sont plus nuancées. Guillaume 2 n’espérait-il pas une réponse serbe à l’ultimatum autrichien qui eût fait descendre la pression ? Si la réponse venue avait été connue plus tôt les deux Empires centraux n’eussent-ils pas accepté une négociation générale ? A Moscou Nicolas 2 n’a-t-il pas, d’abord, incité son cousin allemand à la modération, avant d’être l’otage du parti de la guerre ? En Angleterre même, le Premier ministre et son entourage ne la désiraient-ils pas ? En France, le rêve d’une revanche et d’une récupération de l’Alsace et de la Lorraine ne fut-il pas déterminant ? Sans compter, ensuite de part et d’autre,  l’engrenage des alliances.

Eviter l’escalade irrémédiable était-il possible ? Jusqu’à quel moment ? Une guerre limitée débouchant rapidement sur une négociation était-elle envisageable, comme beaucoup le pensaient à Vienne et à Berlin, tandis que d’autres voulaient affaiblir durablement la Russie et mettre la France ko pour le compte. On était bien loin de Bismarck et de son habileté à maitriser des virages contrôlés.

Alors l’Ukraine ? Toute crise à des causes immédiates et des causes antérieures. Le statut de l’Ukraine au sein de feu l’URSS, la répartition démographique, linguistique, culturelle au sein de son territoire : autant de facteurs à considérer. Comme il faut bien voir que l’éclatement de l’URSS a été un événement traumatisant pour de nombreux Russes, dont Poutine. Et il faut aussi redire que l’Ouest, de Berlin à Washington en passant par les autres pays de l’actuelle Union européenne n’ont pas eu l’intelligence, l’instinct, la vision politique et culturelle de tout faire pour établir une relation confiante avec les Russes qu’il eût été indispensable d’aider à fond, économiquement et financièrement. Erreur peut être historique.

A kiev, le nouveau Gouvernement issu des grandes manifestations populaires n’a rien eu de plus pressé que d’interdire l’usage de la langue russe dans les écoles et pour les démarches officielles ; cela dans les régions très largement russophones. Aberrant. Enfin, soyons lucides. Au sein de la coalition qui a pris le pouvoir à Kiev, il n’y a pas que des enfants de cœur et des démocrates fiables. L’extrême droite a une présence certes très minoritaire mais inquiétante.

Cela étant, les manoeuvres de Poutine pour soutenir les séparatistes de l’Est sont évidemment graves. Après avoir obtenu la Crimée, il aurait dû, au plus,  réclamer une évolution fédéraliste en Ukraine sans jouer en même temps avec les infiltrations de ses forces secrètes et camouflées. Cet ancien du KGB, formé aux coups tordus et adepte des épreuves de force, nostalgique de l’URSS, tendu vers un but de reconstitution d’un ensemble euro-asiatique sous dominante russe, imprégné de rancune (explicable) envers l’Occident est évidemment un personnage dont on se demande si la pulsion n’obscurcit pas le raisonnement. Tant l’Union européenne que les Etats Unis se devaient de réagir. Mais ne faudrait-il pas, dans un équilibre des pressions, agir aussi su Kiev, avec l’aide de l’OSCE, afin d’ouvrir une perspective de fédéralisation de l’Ukraine sans la faire exploser ; une perspective de rétablissement progressif d’une coopération avec la Russie sans la couper de ses liens économiques avec l’UE ?

Non, il n’y aura pas de guerre mondiale à cause de l’Ukraine. Mais un retour de tensions débouchant sur une remilitarisation de part et d’autre, des conséquences énergétiques, économiques : ce sont déjà de gros dégats. Y a-t-il une possibilité d’une diplomatie forte mais concertée et intelligente afin de recadrer tout cela ? C’est la question.

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10/04/2014

Le respect devrait habiter la politique

Le respect devrait habiter la politique

La semaine qui s’achève a été marquée par le discours de politique générale du nouveau Premier ministre Manuel Valls. L’opposition avait le droit et le devoir de relever des contradictions, des imprécisions et des illusions. Il est évident que le Président et le Premier ministre sont écartelés entre leur analyse de la réalité et les turbulences agitant une majorité qui est de moins en moins homogène. En fait, c’est toute l’ambiguïté de la campagne présidentielle ayant porté François Hollande au pouvoir qui éclate au grand jour.

Il n’empêche qu’un effort, une tentative de redressement, un engagement réel émanent du Président et de son Gouvernement. Il aurait donc été normal, qu’avant de critiquer le discours de Manuel Valls, l’opposition l’écoutât avec l’attention requise par l’événement et le respect dû à la fonction. Au lieu de cela, l’opposition s’est excitée à l’Assemblée nationale, faisant monter les décibels à un niveau digne d’un chahut estudiantin. Les téléspectateurs n’auront pu qu’être consternés par cette ambiance. Leur estime pour la politique et les politiciens aura encore baissé d’un cran.

L’ancien ministre de droite et commentateur de philosophie, Luc Ferry, ne s’y est d’ailleurs pas trompé ; il a dénoncé avec colère ce comportement. Non, le débat politique, dans une démocratie saine, n’autorise pas l’ensevelissement de toute éducation. Oui la confrontation vive est l’essence du parlement. Mais elle n’empêche pas une maitrise de soi qui ne perde jamais de vue le respect des contradicteurs en tant que personnes et le respect de leur fonction. En Suisse, les débats parlementaires dérapent un peu moins. Oh, il ne s’agit pas de prôner le silence religieux. Quelques éclats de protestation, de rire même, des gestes d’irritation et un certain bruit de fond sont dans la nature des choses. Mais au-delà, c’est la politique et ses acteurs qui perdent le respect et la confiance. Or la démocratie mérite des citoyens et des représentants dignes d’elle.  

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16/03/2014

Suisse contre et par l'Europe

Suisse contre et par l’Europe

C’est peut être une marotte mais au vu de l’incertitude où est plongée la Suisse depuis le 9 février on a envie de se référer à l’histoire pour se remettre les idées en place. Etre fidèle à la Confédération c’est admettre qu’il n’y a pas de plus Suisses que d’autres : ni les Alémaniques par rapport aux Romands ni les ruraux par rapport aux urbains ni les gagnants du 9 février par rapport aux battus. La Suisse n’a cessé d’être tiraillée entre des opinions et des sentiments contraires. Sa réussite est d’avoir trouvé des équilibres et des mécanismes de vie en commun.  

Mais ce qui retient l’attention ici c’est le fil historique de ses relations avec l’Europe environnante. L’ancien Conseiller fédéral Georges-André Chevallaz, historien patriote, avait dérouté beaucoup de monde lorsqu’il avait pris position en 1992 contre l’Accord sur l’EEE, alors qu’il était à la retraite et que son successeur, Jean-Pascal Delamuraz, se battait comme un beau diable en faveur de cet Accord. C’est que le premier y décelait un danger pour la libre décision de la Suisse, pour sa souveraineté. Aurait-il voté l’Initiative UDC le 9 février ? Chevallaz voyait dans le destin helvétique une nécessité d’être toujours certes en articulation avec l’Europe environnante mais aussi à juste distance, en contre point comme il disait. Or, l’Union européenne rechercherait les alignements.

En fait, n’en déplaise à la mémoire de cet historien et homme politique de haut vol, les choses ont été et sont plus compliquées. Tous les débuts de ce que l’on appelle la Suisse se sont construits dans un cadre européen mouvant, soit le St. Empire romain germanique. Et si la prise de distance a été progressive pour une Confédération en consolidation il y a bel et bien eu une histoire singulière fortement imbriquée dans une histoire européenne. Et puis cette construction n’aurait peut être pas tenue sans l’influence protectrice de la France, dès le 16 ième siècle. Enfin, que serait devenue cette Confédération sans Bonaparte en 1803 et sans les grandes puissances de la Restauration en 1815 ? Et c’est bien en partie grâce à cette sorte d’utilité pour l’Europe reconnue par les puissances voisines que la Suisse a traversé les tragédies du vingt ième siècle. Sa propre volonté d’indépendance, déterminante assurément, n’eût cependant pas suffi à elle seule.

Au fond, c’est à une sorte d’endormissement général que l’on a assisté depuis plus de vingt ans. Au Conseil fédéral de négocier bilatéralement avec l’Union européenne des accords sectoriels, et à l’opinion de ne pas trop réfléchir, de ne pas trop débattre sur la nature et l’avenir de notre relation avec l’Europe. Pragmatisme : voilà quel était le maître mot. Or, il est évident que des questions se posent. Peut-on sauvegarder sa souveraineté, sa libre décision, par exemple sur l’immigration, en préservant ses intérêts au travers des échanges de toutes sortes tellement  cruciaux avec l’Union européenne ? Qu’est-ce que la souveraineté dans un tel contexte ? Est-elle mieux protégée en reprenant après coup des acquis communautaires ou en pesant sur l’élaboration des décisions ? L’Autriche, la Suède sont-elles moins souveraines que la Suisse, plus vulnérables dans les domaines délicats (immigration, sécurité…) moins attachées à leur identité nationale et à leur manière de vivre en commun ?

Au-delà des pistes que le Conseil fédéral, le Parlement, les partis vont devoir ouvrir et expliquer durant ces prochains mois le temps  n’est-il pas venu d’un débat démocratique plus large, plus approfondi ? Cela dans toutes les régions du pays. L’idée du Conseil fédéral était l’approche pragmatique, à petits pas, n’effrayant pas. Or, on voit que l’UDC fait de chaque pas un débat national émotif. Donc ce cheminement en clair obscur ne suffira plus. A plusieurs reprises au cours de son histoire la Suisse n’a plus très bien su où elle en était :ni en elle-même ni par rapport aux autres. Les décennies qui viennent devraient forcer à un vrai débat politique. La Suisse existant par l’Europe ou contre elle ? Ou un peu des deux manières mais alors dans quel équilibre ? La réponse n’est pas simple mais les questions ne peuvent plus être diluées sinon escamotées. Etre ou ne pas être ; ou plutôt quelle Suisse demain et comment ?

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