22/09/2014

Pas de régions sans Etats

Pas de Régions sans Etats

 

Beaucoup se sont réjouis que les Ecossais aient, en majorité, rejeté l’option de l’indépendance. René Longet, lui, le regrette. Cet ancien député socialiste et ancien Président du Parti socialiste genevois nous fait le coup d’un nostalgique des idées si belles et si fortes de Denis de Rougemont. On sait que ce dernier voyait le mal que les affrontements entre Etats ceinturés de leurs frontières avaient fait à l’Europe. Il prônait la réémergence et le développement des régions naturelles, par-dessus les frontières,  régions ayant  vécu depuis des siècles leurs complémentarités multiples. C’est dans ce registre que pourraient  le mieux s’affirmer des identités de proximité, des harmonisations économiques évidentes, des relations de vie neutralisant les instincts de guerre des Etats bardés de fer.

Fort bien, mais cet excellent René Longet confond les enjeux. Certes, l’Europe doit être celle des Régions naturelles et il importerait que ni les Etats, ni les organes européens supranationaux n’empêchent ce dynamisme. Toutefois, ce développement doit se faire en articulation et non en opposition avec la connexion des Etats de l’Europe, grands ou petits. Car l’histoire de l’Europe est aussi celle des Etats, qu’on le veuille ou non. Car c’est d’eux qu’est venu le projet d’une certaine unité européenne excluant la malédiction séculaire des guerres intra européennes. Enfin, ce sont eux qui, en organisant mieux leur conjonction, pourraient amener l’Europe à s’affirmer politiquement dans un jeu mené  par les anciennes et les nouvelles super-puissances : USA, Russie, Chine et progressivement d’autre Etats pesant de plus en plus lourd. Dès lors, il faudrait craindre, qu’à rebours de l’histoire,  des régions, précisément, veuillent devenir des Etats. Il y a encore davantage à craindre. Si l’Ecosse, la Catalogne, le pays basque, demain la Corse ou la Bretagne s’y mettaient, si, hypothèse nullement improbable, la Belgique flamande  rejetait la partie Wallonne, quelle régression ! Poussé jusqu’au bout le mouvement finirait par indiquer qu’il ne pourrait plus y avoir d’Etat sans uniformité géographique, linguistique, et pourquoi pas culturelle et religieuse. Ce serait nier l’Europe elle-même dans sa diversité.

Bref, cher ancien collègue René Longet,  n’utilisons pas Denis de Rougemont pour faire du dogmatisme régional qui remettrait en question et les assemblages  ayant constitué plusieurs Etats européens et la construction européenne elle-même. Un avenir positif ne s’appuiera que sur un équilibre intelligent des pouvoirs entre les localités, les régions, y compris transfrontalières, les Etats et des instances proprement européennes. La Suisse, Certes à sa manière,  est  aussi impliquée dans ce grand défi.

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18/09/2014

Ces vieux sans sagesse

Ces vieux sans sagesse

Ces vieux sans sagesse

Les Anciens respectaient leurs aînés. Leur littérature ainsi les place dans une position de sagesse. Forts de leur expérience, ayant traversé les vicissitudes de la vie, n’ayant plus d’ambition à réaliser ils avaient le recul, la hauteur, le détachement nécessaires à la réflexion. On les voyait  distribuer des conseils avisés, libérés qu’ils étaient, pensait-on,  de cette Ubris (démesure faisant perdre la tête) tant critiquée dans la pensée grecque classique. Nuances et équilibre  inspiraient leur parole.

En vérité la vieillesse n’offre pas toujours à la personne cette évolution intellectuelle et psychologique heureuse. Il arrive que des traits de caractère plutôt négatifs s’alourdissent avec les ans. Nous en voulons comme démonstration deux cas suisses qui font parler d’eux dans les médias. L’un est anecdotique, celui du Conseiller national Jacques Neirynck qui aura 84 ans l’année prochaine, année d’élections fédérales. Voici un homme qui occupe un siège PDC vaudois au Conseil national. Assurément, son gabarit intellectuel, sa connaissance de certains dossiers, sa réputation universitaire ont largement contribué à l’obtention de ce siège PDC. Mais, réciproquement, sans le support de son parti il ne l’aurait pas obtenu. Or, le voici scandalisé devant le fait que ce même parti qui l’a porté songe à une relève pour les prochaines élections et n’envisage pas de le présenter pour le Conseil des Etats. Le voici donc prêt à changer de parti (le PBD de Mme Widmer- Schlumpf) ou à se présenter en Indépendant. C’est un peu triste et un peu ridicule. Un député âgé ne maitrisant plus son égo, qui ne voit que ce qu’il a donné et nullement ce qu’il a reçu. Ce député de valeur finit accompagné de commentaires peu amènes des observateurs sur un égocentrisme devenu spectaculaire.  Le souvenir de cette petite fin de parcours risque de faire oublier les moments de qualité de sa carrière  politique.

Mais cette dérive personnelle n’a aucune importance pour la Suisse. Celle de Christoph Blocher est autrement plus grave. Là encore, l’âge durcit les traits de caractère, rend l’instinct combattif plus obsessionnel et rétrécit la faculté d’analyse. A ses yeux, l’Union européenne est devenue le monstre bureaucratique et politique qui menace l’identité même de la Suisse. Les Conseillers fédéraux, les députés fédéraux à l’exception de fidèles UDC, les diplomates sur le front sont tous des traîtres à la patrie. D’ailleurs, pour lui, il faut empêcher le Gouvernement et le Parlement de conduire le pays. C’est le peuple qui devrait directement consolider les digues protectrices et indiquer le chemin. On lui donnera les armes à coups d’initiatives à répétition liant les représentants, certes élus mais devenus, dans l’optique blochérienne,  illégitimes par leur déviance.

Tel est le crédo. Certains, tel Adolf Ogi, dénoncent cette attitude. Mais les gros bataillons de l’UDC suivent et les propos critiques ne se chuchotent que dans les corridors. Pourtant, toute cette dérive est contraire à l’histoire de la Suisse, à sa culture politique. La santé de notre démocratie semi-directe réside dans un équilibre des pouvoirs, des responsabilités. Le Conseil fédéral a sa sphère de compétences, le Parlement la sienne. Les droits directs du peuple ont leur place. Le Référendum est un instrument donné à des minoritaires pour certains sujets mais n’a pas été conçu comme arme de destruction massive contre le Parlement. De même pour l’Initiative. Elle est apparue dans la Constitution lorsque le vieux système majoritaire aux élections laissait les Radicaux dominer abusivement le Parlement. C’était le recours de minoritaires, de fédéralistes qui ne voulaient pas être laminés à coups de lois centralisatrices. L’Initiative , conçue dans cet esprit est devenue aujourd’hui un instrument de campagne politique permanente ponctuant une méfiance systématique envers le Gouvernement et le Parlement. Cette stratégie du harcèlement est mise au service de la vision totalement irréaliste d’une Suisse qui n’aurait pas besoin de liens institutionnels, de relations négociées avec ses voisins européens et qui assurerait sa prospérité à long terme par une glorieuse résistance et un splendide isolement. Or c’est tout simplement contraire à toute l’Histoire, et cela depuis les premiers âges de la Suisse. Il y a toujours eu une balance entre une singularité à affirmer et des articulations avec l’extérieur à négocier.

La dérive blochérienne n’est pas seulement celle d’un homme vieillissant et de ses fidèles. Si on ne réagit pas elle empoisonnera progressivement l’ambiance politique, psychologique, civique, morale même dans notre démocratie et au sein de notre construction fédéraliste. Il est grand temps que se rassemblent des personnalités pour réagir : dans le respect du débat démocratique, sans agressivité contre les personnes mais avec fermeté dans la défense de valeurs fondamentales. Ces valeurs qu’il ne faut pas permettre à Christoph Blocher d’anesthésier avant de les enfermer un jour dans sa tombe. Car nous voulons que la Suisse, telle qu’elle s’est construite, puisse continuer à vivre.    

   

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12/08/2014

Michel Halpérin: le meilleur de Genève

Michel Halpérin : le meilleur de Genève

 

Il y a dans le Judaïsme une discipline morale de fidélité à ce qui vous dépasse et vous guide. Il y a en même temps, je le pense, une exigence intellectuelle tendant à une réflexion personnelle jamais en sommeil. Il y a, je le pense aussi, un appel à l’engagement, à la responsabilité, au mouvement individuel dans les cadres reçus de solidarité. Tout ce bagage génétique, cet héritage de conscience les Grands-parents de Michel Halpérin les ont amenés à Genève lorsqu’ils ont fui les persécutions à l’encontre des Juifs qui se généralisaient en Russie. Tant le père que l’oncle de Michel ont été des figures éminentes, des repères intellectuels et moraux au sein de la Communauté juive de Genève. Pour Michel, le chemin était donc tracé. Entre la tradition si forte dont il était porteur et le meilleur de l’histoire genevoise, il ne pouvait y avoir qu’un mariage indissoluble.  Etre l’un des plus brillants avocats de la place, un bâtonnier respecté ne suffisait pas. Il y a joint l’engagement politique, avec une élégance impressionnante, un talent captivant mais une ligne très ferme dans la défense de la liberté, et des libertés petites ou grandes. Cela l’a conduit à dénoncer l’accumulation des entorses à ces liberté, notamment de la part d’un Etat mécaniquement interventionniste. Michel Halpérin trouva donc naturellement sa place au sein du Parti libéral genevois dont il devint l’une des grandes figures humanistes.  Il le présida dans un moment critique et le remit sur pied. Député écouté, il fut un Président indiscuté et admiré du grand-Conseil.  D’autres engagements se greffèrent sur ses activités principales tout au long de sa carrière : telle la présidence du Conseil des HUG.

Lorsqu’un homme de cette envergure disparait, la question se pose : quelle trace laissera-t-il ? La réponse n’est pas simple. Un Olivier Reverdin disait que l’on est là pour agir au plus de ses capacités avant de passer le témoin. Toujours cette idée de fidélité et de continuité ; où les valeurs juives et protestantes  incarnées par ces deux personnalités, marchant sans peur et sans reproche au cœur de la Cité,  se rejoignent si parfaitement. Ces êtres qui marquent leur entourage mettent à leur tour en mouvement ceux et celles qui se sont laissés imprégnés. Ici, il y a d’abord les proches. J’ai eu la chance de voir agir et grandir Lionel, le fils de Michel,  au sein de l’Assemblée constituante dans laquelle il a joué un rôle déterminant. Lui aussi avocat, lui aussi député au Grand Conseil, il est, comme les membres de sa famille, de son clan au meilleur sens du terme, dans la foulée du disparu. Il y a une communion des vivants et des morts lorsqu’ils ont marché et marchent dans le même sens. Et précisément la vie de Michel Halpérin eu un sens. Dans le mystère des transmissions de témoin sa trace ne disparaitra pas ; elle habitera ceux et celles qui continueront  à vouloir ces hauteurs de vue et d’action. Oui, dans son chemin de vie Michel Halpérin a présenté le meilleur de Genève.

Jacques-Simon Eggly

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31/07/2014

Suisse européenne et singulière

Suisse européenne et singulière

 

Le 1er Juin, Genève a fêté le débarquement au Port noir, en 1814, d’un contingent de troupes fribourgeoises et soleuroises venant lancer en quelque sorte le mouvement qui allait faire de Genève le vingt deuxième canton de la Confédération. Evénement essentiel mais inscrit dans une logique historique de longue date. Tant la situation géographique  de la Suisse que les articulations politiques expliquent finalement la cohérence de ce curieux pays. Ainsi, Genève comme le Uri de Guillaume Tell ont affirmé leur personnalité dans le cadre très large du St-Empire romain germanique. Oui, dans les deux cas, il y a eu un regard politique germanique et européen.

Pourquoi cette évocation d’un passé lointain ? Cela afin de rappeler que la Suisse ne s’est jamais construite en vase clos. Le contexte européen a été déterminant dès l’origine. Mais quand une histoire vous est donnée, il s’agit de la recevoir, de la comprendre et d’en tirer une volonté politique commune. Car il s’agit bien de culture politique et de volonté.

On peut être inquiet en observant que plusieurs cantons alémaniques n’estiment plus prioritaire un apprentissage du français  tôt à l’école. La conscience que cet effort est nécessaire aux liens du cœur et de l’esprit entre Confédérés semble s’affaiblir. Effort tout aussi nécessaire pour les Romands, lesquels ne sauraient se détourner de ce socle germanique du pays. Mais alors que dire de ces propositions dans des cantons alémaniques visant à ce que le dialecte et non plus le hoch deutsch soit utilisé durant  les premières années scolaires ? Le bon allemand étant ressenti comme une langue étrangère. Or, n’est-elle pas la langue écrite et de culture commune à tout le monde germanique ? Goethe, Schiller appartiennent autant aux Suisses allemands qu’aux Allemands. Et comme par hasard c’est dans les mêmes cantons que se fait jour  la distance envers le français et l’allemand. On nous dit que l’anglais, après tout, permet de se comprendre…Il ne s’agirait plus, à terme, de la même compréhension ni surtout de la même attention confédérale.

Cette affaire n’est pas anecdotique. Un pays fédéraliste a la double exigence  de soigner ce qui le singularise et de faire fructifier les divers apports qui l’irriguent. Sans le monde allemand et la France,. sans parler de l’Italie, la Suisse n’existerait pas. Elle ne saurait l’oublier dans la diversité de sa vie intérieure.

En revanche, faut-il, le 1er Août, invoquer Nicolas de Flüe et se rassembler dans un camp retranché mental devant les désordres du monde et les soubresauts de l’Union européenne ? Ici encore se trouve une double exigence. Oui, la Neutralité helvétique a encore un sens. Elle indique une vocation particulière pour la paix, le droit humanitaire ; le refus de tout alignement sur des alliances militaires à tentation impérialiste.

Mais elle demande aussi que soit bien visible la solidarité, la participation aux efforts de résorption des crises. Deux exemples : la disponibilité et l’engagement diplomatique de notre ministre des Affaires étrangères devant la guerre civile en Ukraine et les terribles affrontements à Gaza.  Et Comment ne pas sentir que la Suisse partage le problème de l’immigration avec toute l’Europe, cela face aux violences et aux dénuements si répandus sur tous les continents.

En résumé, le 1er août devrait être une occasion de réfléchir : à notre histoire singulière mais raccordée aux autres ; à nos responsabilités  internes et vis-à-vis de l’extérieur. Il y faut une connaissance, une conscience et une volonté.

Mais bien sûr aussi, c’est l’occasion de se réjouir, d’être à la fête, de rassembler les générations dans chaque commune autour d’un feu éclairant une saine émotion collective, humaine et  patriotique.  

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23/06/2014

J'ai mal à ma police

J’ai mal à ma police

 

Jamais je n’aurais cru que j’écrirai un jour ces lignes. Le Je, peu habituel, traduit ici une émotion, l’indignation d’un homme politique libéral attaché aux institutions, convaincu que la démocratie, la sécurité  et les libertés ont besoin d’organes de justice et de police qui les protègent et assurent un ordre permettant la vie en commun. Bref : un homme politique de droite prompt à défendre les policiers, lesquels assument à ses yeux des fonctions essentielles et nobles  au service de la population. Il y a évidemment un corollaire. On veut  des agents exemplaires dans leur manière d’agir et d’être.

Hélas, trois fois hélas. L’autre jour à la fête de la musique face à face avec deux policiers débraillés, en bermudas, juste reconnaissables par leur bandeau  sur leur poitrine.  Le vieux citoyen genevois que je suis n’a pu s’empêcher de leur dire que c’était honteux. Quelle image ! Ce lundi la Tribune en montre un, manifestant avec une cagoule pour couvrir son visage ; comme les casseurs masqués voulant éviter d’être identifiés. Devant une telle photo on ne peut que réagir par deux adjectifs : honteux et lâche. Mais on veut croire que beaucoup d’autres déplorent cette dérive.  

Comment a-t-on pu, dans cette Cité, laisser les syndicats de police prendre une telle autonomie corporatiste  perdant de vue l’essence même de la fonction : qui devrait être un engagement, un service autant qu’un métier.  

Beaucoup de Citoyens ont le sentiment que le statut de policier genevois est enviable, si on l’évalue en termes comparatifs. Cela n’enlève rien au fait que la tâche est parfois lourde : heures supplémentaires, risques, charges administratives inutiles… Il y a de quoi discuter et nul doute que le Conseiller d’Etat Pierre Maudet, ministre responsable en est parfaitement conscient. Et il faut rendre hommage à tous ces hommes et ces femmes qui font ce dur et noble métier avec une belle âme chevillée au corps.  Mais rien n’excuse la dérive. On se met à rêver d’une troupe qui, sans être lié à l’armée, n’en serait pas moins astreinte à une discipline militaire. Cela à Genève comme ailleurs.

Oui, messieurs, vous abîmez votre image et entamez votre légitimité. Comment des Citoyens genevois auxquels vous ferez une remontrance, infligerez une sanction pourront-ils l’accepter facilement dès lors qu’ils ne respecteront plus des fonctionnaires violant eux-mêmes la loi et leur règlement ? Il faut arrêter ce spectacle affligeant. A défaut, on ne comprendrait pas que des sanctions, des retenues de salaires ou autres mesures ne soient pas prises par l’autorité politique.

Oui, messieurs les policiers nous, citoyens genevois, patriotes de toujours et soutiens d’un ordre démocratique, nous supportons mal que vous nous offriez l’image de votre désordre interne et de votre perte de repères. Ressaisissez vous.  

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15/06/2014

Confédérés: n'oubliez ni le français ni l'allemand!

La semaine dernière au Conseil des Etats a été marquée par l’expression d’une inquiétude confédérale. Plusieurs Conseillers aux Etats ont demandé au Conseiller fédéral Alain Berset s’il n’était pas temps que la Berne fédérale rappelle divers Cantons alémaniques à leur devoir de cohésion nationale afin qu’ils renoncent à deux tentations : premièrement celle de retarder de plusieurs années scolaires le début de l’apprentissage du français en donnant la priorité à l’anglais qui ouvre la porte sur le monde et, deuxièmement,  celle de pratiquer le dialecte dans les écoles maternelles, voire de l’envisager aussi pour des degrés primaires ; cela en mettant de côté le hoch deutsch vu comme une langue étrangère. Comme par hasard ces deux tendances pointent  leur nez dans les mêmes Cantons. Le fait heureux est que, pour le français, ce ne furent pas seulement des Conseillers aux Etats romands qui ont réagi mais aussi des députés suisses allemands, dont un Zurichois. Il n’empêche que l’inquiétude est là et que le Conseil fédéral la partage. Toutefois, ce dernier préférerait que le signal du stop soit brandi dans ces Cantons plutôt que d’imposer une exigence fédérale ; même si la Confédération aurait la compétence pour cela. Il a raison car une intervention fédérale dans ce domaine de l’Instruction publique heurterait le sentiment fédéraliste. C’est un des derniers domaines où les compétences cantonales sont prioritaires, où l’on table aussi sur une collaboration horizontale entre les Cantons.

Mais si le mouvement devait persister voire, pire, s’accentuer, le holà fédéral s’imposerait car il en va bel et bien, dans la durée, de la cohésion confédérale. Il faut lancer un appel à nos Confédérés alémaniques. Certes le français est une langue difficile à apprendre mais elle est celle que parle une partie essentielle de la Suisse. Dans l’histoire de ce pays, combien de fois des personnalités romandes ont-elles joué un rôle déterminant ? A travers une compréhension suffisante du français nos Confédérés peuvent ressentir ce lien, cette histoire, cette identité commune qui nous unissent. Avec un effort tardif pour cette rencontre linguistique, ils se sentiront de plus en plus éloignés de ces Welches si peu dans leur familiarité quotidienne. La réciproque est vraie. Il appartient aux écoles des Cantons romands de commencer l’apprentissage de l’allemand le plus tôt possible, avec les mêmes arguments.

Oui mais voici le hic. L’allemand serait une langue étrangère pour les Alémaniques. Faudrait-il que les Romands parlent le dialecte ? Lequel ? L’identité familière réside précisément dans le fait que chaque Canton alémanique a son propre dialecte, même si la compréhension mutuelle est assurée. Certes, tant mieux si des Romands plongent dans le bain du dialecte au fil de leurs relations, notamment professionnelles, avec des Confédérés d’outre Sarine. Mais leur demander un effort général à cet égard n’aurait pas de sens.

Surtout, les personnes d’influence dans les Cantons alémaniques devraient insister sur une réalité. L’allemand n’est pas une langue étrangère pour eux même si elle est à distance de leur vie quotidienne, de leur proximité la plus familière. Elle exige un effort mais elle leur appartient cependant. C’est l’arrière fond culturel germanique qu’ils ont en partage avec les Allemands. Goethe, Schiller, lui qui a honoré Guillaume Tell, sont des sources vives auxquelles ils ont autant le droit et le devoir de puiser que tous les peuples germaniques. En se coupant presque agressivement du hoch deutsch, ils couperaient leurs propres racines, s’isoleraient d’un si riche patrimoine européen qu’ils ont en partage et compliqueraient leurs relations avec les Romands. Quelle funeste pente ! Etre Suisse c’est, à la fois, intérioriser une singularité commune et s’adosser aux différents éléments qui nous entourent et nous irriguent : germanique, français et italien (n’oublions jamais non plus la Suisse italienne); et les utiliser dans notre cohésion confédérale faite de cette diversité rassemblée en conscience nationale.

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05/06/2014

Jura: la deuxième mort de Roland Béguelin

Jura : la deuxième mort de Roland Béguelin

Il était l’âme du Rassemblement jurassien. Il était l’éditorialiste flamboyant du <Jura libre>. Il fut le Premier Président du Parlement jurassien.  Roland Béguelin, le Saint Just de Delémont, n’était pas pleinement heureux en fêtant la  création du Canton du Jura. En effet, une procédure de plébiscite en cascade permit aux trois districts du Sud d’exprimer leur volonté de demeurer bernois. Une procédure scélérate clama Roland Béguelin, un reniement d’une histoire ancestrale qui postulait l’unité des six districts francophones, à réunir dans le nouveau canton. Mais les oppositions de religion, de tempérament, d’intérêts économiques aussi l’emportèrent sur la communauté de langue française. Le Jura fut coupé en deux. Ah si, à l’époque on avait pu mettre sur pied un statut d’autonomie au sein du Canton de Berne, comme l’avait imaginé Max Petitpierre,  quitte à ouvrir pour le futur une perspective d’indépendance complète ! Aurait-on évité la division ?

Cette lutte jurassienne entre séparatistes et anti séparatistes fut âpre. Depuis ces années septante, il y eut maintes tentatives pour faire évoluer la situation. Finalement, l’année dernière et avec l’accord des autorités bernoises, une consultation de tous les Jurassiens eut lieu. La question : voulez vous effacer le Canton du Jura actuel, réduit aux anciens districts du Nord,  afin de créer un nouveau Canton  comprenant le Nord et le Sud ? Eh bien, au Nord, on a voté oui, mais sans les trépidations héroïques rythmées à l’époque par feu Roland Béguelin. Mais au Sud, on a récidivé dans le non et la volonté de demeurer bernois ; sauf en ville de Moutier, de peu.

Désabusé, voulant tourner la page, le Gouvernement jurassien vient de faire savoir que la réunification n’était plus son objectif et que la collaboration serait le chemin à suivre. Dire que le Projet de Constitution jurassienne avait contenu, d’abord, un article exigeant l’engagement du Gouvernement dans un combat en vue de la réunification. Les Chambres fédérales ne l’acceptèrent pas car il était contraire à la paix confédérale. L’article voulu par Roland Béguelin n’eut donc aucune valeur juridique.

Les temps ont changé. La passion n’est plus au rendez vous. Tout reste en l’état. Pour Roland Béguelin, l’idéologue romantique de la francophonie, c’est comme une deuxième mort. Mais non, ne concluons pas ainsi. Il restera à jamais le héros consacré dans l’histoire jurassienne.  On n’oubliera simplement pas que cette création du Canton du Jura a finalement été une démonstration de vitalité pour nos Institutions confédérales, lesquelles ont su résorber une crise grave.

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26/05/2014

Europe: mal aimée incontournable

S’il est un parti suisse qui se réjouit de la percée des Droites nationalistes en France, au Royaume Uni, au Danemark et en Autriche c’est bien l’UDC , avec son vieux Chef de file Christoph Blocher en tête. Mais qu’ils ne rêvent pas. Cette poussée  ne changera pas les données fondamentales du Parlement européen. Et la Suisse, demain comme hier, devra bien s’arranger avec l’UE, sa Commission, les Gouvernements des pays membres afin d’établir des relations de partenariat évitant l’isolement. Il n’y a pas eu d’ouragan général balayant la construction européenne.

C’est évidemment le résultat français qui a frappé nos esprits, alors que les résultats allemand et italien sont fort convenables. On peut d’ailleurs sourire du fait que Marine Le Pen a exulté dimanche soir dans une salle de Nanterre située rue des Suisses… Cela ne s’invente pas. 

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19/05/2014

Responsables politiques malmenés

S’en prendre, même un peu, à l’expression de notre démocratie directe est presque commettre un sacrilège. Lorsque le Président allemand, en visite officielle, a émis des doutes sur l’étendue de cette démocratie directe helvétique en regard des interactions internationales, le Président de la Confédération s’est vu obligé de répondre que, pour nous Suisses, elle était comme le sang qui nous irrigue. Bien répondu. Et pourtant, une interrogation plus raisonnée qu’émotionnelle est-elle illégitime ?

 

Franchement, l’Initiative contre l’immigration massive, qui mettait à mal un traité liant la Suisse, devait-elle être jugée recevable sans autre hésitation ? Evidemment, baigné dans la politique à température chaude, le Parlement n’ose quasiment jamais déclarer une initiative irrecevable, bien que ce soit de sa compétence. Et comme l’on considère que des juges ne sauraient être au- dessus du peuple suisse, le Tribunal fédéral n’a pas le droit d’écarter une initiative violant par exemple le droit international ou contredisant un Traité. Or, quel que soit le respect à ressentir envers le peuple, donner à l’Initiative et au Référendum une puissance apte à tout balayer sur leur passage pourrait bien revenir à introduire un ver destructeur à terme dans un fruit rare et précieux. Nous sommes de ceux qui aiment la démocratie directe dont les péripéties sont souvent excitantes ; mais aussi de ceux qui pensent qu’elle doit s’insérer dans un cadre juridique et politique lui conférant une assise et permettant à l’Etat d’assurer une continuité.

 

Tout cela pour dire qu’une Cour constitutionnelle aux réflexes prudents mais aux notions claires serait sans doute bienvenue. Elle n’est pas pour demain. En attendant… Le Parlement devrait prendre la mesure de sa responsabilité. L’initiative sur les minarets n’aurait pas dû être déclarée recevable. L’initiative contre l’immigration de masse non plus, en tout cas pas avant que la question de la libre circulation avec l’UE n’ait été éclaircie. Certes, on a beaucoup vanté la sagesse du peuple suisse. Le refus du salaire minimum légal et la confiance dans les Conventions collectives en donneraient une preuve. Mais en plusieurs occasions et nettement plus souvent qu’auparavant le caractère émotionnel du vote s’affirme.

 

Dimanche, le Conseil fédéral a été battu deux fois. L’échec du Gripen vient sans doute d’une série de couacs qui ont marqué les esprits. Il n’y a pas péril immédiat en la demeure mais cet échec n’en est pas moins préoccupant si l’on envisage la continuité d’une défense moderne et crédible. Pourquoi diable avoir créé ce fonds spécial pour l’aviation en l’ancrant dans une loi ? Le peuple doit se prononcer sur les principes de la politique de sécurité. Mais quelle idée de l’appeler aux urnes pour le choix d’un avion ! En revanche, l’acceptation de l’Initiative interdisant tout contact professionnel avec des jeunes à quiconque aura violé la loi dans ce domaine n’est pas une surprise. Ici c’est au Législateur et aux Juges de d’entamer leur propre examen critique. Notre Code pénal n’est pas du tout assez sévère envers les criminels dangereux et l’on a beaucoup trop sacrifié à l’idéologie de la réinsertion, en relativisant trop l’acte criminel et en ne prenant  pas assez en compte la justice qu’attendent les victimes et leurs proches.  C’est le manque de sensibilité en amont qui provoque ce raidissement en aval. On pourrait dire la même chose à propos d’un autre domaine sensible : précisément celui de l’immigration.

 

Dimanche, on a remarqué le vote des Genevois. Sur les TPG, il n’est pas raisonnable. Qui paiera pour le manque à gagner ou bien quelle stratégie de développement des prestations devra être revue ? Plus grave est le refus de cofinancer des parkings en France voisine. C’est pourtant dans l’idée qu’on trouverait de tels parkings dégorgeant les accès routiers vers Genève que l’on avait voté pour le CEVA. Bref, ici on ne saurait mettre en cause la légitimité des votes. En revanche, Genève illustre le fossé qui se creuse entre le peuple et ses élus. Pour le Gouvernement, le Parlement, les Partis habitués à des consensus majoritaires, le défi est grand.

 

En résumé, oser tracer des limites explicables aux droits populaires ; remettre en cause un héritage législatif et judiciaire trop laxiste envers les criminels ; enfin, expliquer sans relâche les nécessités de cohérence dans l’action  politique : tels sont les efforts indispensables.  Oui, il y a de quoi faire pour redresser la barque, assurer solidité, crédibilité et pérennité à notre  démocratie directe.     

 

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11/05/2014

On ne vote pas seulement sur le Gripen

Dimanche prochain on saura si le Gripen a décollé pour emporter le oui du peuple suisse. Rien n’est moins certain. Ceux qui hésitent encore devraient réfléchir : il ne s’agit pas que du choix d’un avion par rapport à d’autres qui eussent été possibles. Au demeurant, est-ce bien normal que les citoyens se prononcent sur un type d’avion de combat ? Jusqu’ici, les crédits pour les avions militaires, comme les autres crédits militaires étaient de la compétence du Parlement. Ils faisaient partie d’un programme de défense nationale dont le principe, approuvé par le peuple, est inscrit dans la Constitution. Et les citoyens ont à plusieurs reprises sèchement remis à leur place ceux qui remettaient en question cette défense nationale. Une fois, c’est vrai, les adversaires de l’armée ont, par Initiative, voulu interdire l’achat des FA18. Seul moyen à leur disposition puisque le Référendum facultatif n’existait pas en la matière. Drôle d’idée du Conseil fédéral et du Parlement d’avoir voulu consolider la légitimité et la solidité du support financier et politique pour l’aviation de combat en créant un fonds spécial basé sur une loi. D’où, soudain, une possibilité de Référendum facultatif qui fut saisi par les adversaires chroniques de l’armée, désireux d’enfoncer un coin dans l’édifice à défaut de pouvoir jeter le tout. Or, ces « anti-armée » ont vu avec plaisir des gens les rejoindre contre le Gripen avec des motifs évidemment différents. C’est ce que Lénine appelait des alliés conjoncturels objectifs à utiliser. En fait il les qualifiait d’une formule que l’on ne retiendra pas ici. En effet, il y a ceux qui doutent de l’utilité d’une aviation de combat ; ceux qui pensent que l’on pourrait attendre avant de lancer le mécanisme de renouvellement de la flotte actuelle ; ceux, enfin, qui ne sont pas convaincus par le choix du Gripen et qui auraient voulu un autre type d’avion. Ces derniers, ayant cueilli au passage quelques avis sceptique,  s’érigent en experts improvisés. Cette coalition pourrait coller au sol mouvant de notre démocratie directe ce Gripen suédois de la dernière génération.

Pour nous, l’équation est pourtant simple. Il nous faut une politique de sécurité, de Neutralité armée. Elle postule une armée de milice, avec un noyau de professionnels. Il y faut une formation des hommes , mais aussi des armes modernes de prévention et de combat qui soient crédibles. L’aviation en est un élément essentiel. La protection de notre ciel lors d’événements sur notre sol est de notre responsabilité (conférences diplomatiques et autres…)  Tous les états majors qui nous observent attendent de la Suisse qu’elle ait une aviation d’interception et de combat à la hauteur. A défaut, c’est toute la crédibilité de notre défense, de notre volonté d’indépendance qui serait entamée. Il faut donc, à un moment donné, commencer le processus de renouvellement de la flotte. C’est un processus lent. D’ici à ce que les Gripen soient opérationnels chez nous, les avions qu’ils devront remplacer seront vraiment en bout de vie, avec des pièces de rechange se raréfiant. Et croit-on que si le crédit est refusé, on trouvera rapidement un consensus pour un autre type d’avions ? Croit-on qu’un Référendum ne sera pas à nouveau lancé par ceux qui se réjouissent de toute cette incertitude affaiblissant notre défense ; ce qui est leur but.

Vraiment, il serait plus que raisonnable de laisser de côté irritations, hésitations et autres sentiments : Ce serait faire preuve de sens politique, de responsabilité que de donner le feu vert au Gripen.    

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