Le Temps passe... - Page 2

  • Un rêve libéral

    Après ces élections fédérales, le PLR genevois est secoué, contrairement au PLR vaudois qui perd, certes, un siège au Conseil national mais conserve superbement celui du Conseil des États. Du coup, la question des alliances revient fortement dans les discussions. Évidemment, si au deuxième tour pour les Etats à Genève, on avait eu un rassemblement des voix PLR_PDC_UDC etVerts libéraux derrière le candidat PLR, ce serait peut être bien ce dernier qui serait à la place du Socialiste ; comme chez les Vaudois. Et si, en plus, on n’avait pas eu cette affaire Maudet qui a jeté le discrédit sur le PLR et a incité nombre d’électeurs à le bouder ! N’abordons pas ici ce volet pénible dont les péripéties judiciaires ne tardent que trop.


    Les alliances. Il est clair que la discussion a une résonance à la fois cantonale et fédérale. Dans le Canton de Vaud, l’UDC et le PLR ont estimé que leurs divergences communes avec les options de gauche , plus la volonté d’avoir au moins un duo politiquement équilibré et représentatif à la Chambre des cantons valait de conclure une alliance électorale au deuxième tour. Pas à Genève où, de plus, le PDC, traditionnel partenaire du PLR, était farouchement contre. La question : continuer ainsi est- ce construire une machine à perdre dans toutes les élections au scrutin majoritaire ? Certes, des sujets clivants séparent l’UDC, tant nationale que cantonale, duPLR et du PDC. Les relations avec l’Union européenne, les modalités de la politique d’immigration et aujourd’hui les éléments d’une politique de l’environnement. En revanche, il y a des ponts évidents en matière de politique financière, de politique économique, sociale et sur la politique de sécurité ; autant de sujets où une Droite élargie peut contrer une Gauche unie redoutablement étatiste et voulant mettre l’économie libérale sous tutelle. Même sur les sujets durs, il n’est pas exclu trouver parfois des compromis avec certains UDC. On a vu qu’une Céline Amaudruz n’était pas toujours d’accord avec l’UDC zurichoise.


    Il y a donc lieu, notamment à Genève, de reconsidérer cette question des alliances ; mais cela sans renier les positions de chacun. Toutefois, ces réflexions nécessaires sur les alliances ne sauraient éviter un débat plus fondamental, indispensable et qui concerne la Droite libérale au sens large. Comment être libéral aujourd’hui ? En insistant bien sûr encore et toujours sur la valeur qu’est la Liberté. Mais ne doit on pas introduire davantage certaines composantes qui se réclament de la responsabilité. On ne peut plus dire simplement que l’économie libérale doit laisser le champ libre à une concurrence cherchant la meilleure rentabilité financière, le meilleur profit en jouant sur les prix. S’il convient de rappeler tout ce que l’économie libérale a apporté comme richesses particulières et générales, l’équation réduite à cela est devenue trop simple. Prenons les nouvelles exigences en matière de protection de l’environnement et de transport. On voit bien le danger que ces préoccupations, sous l’impulsion d’une Gauche-Verte, ne conduise à des excès fiscaux, bureaucratiques et réglementaires de toutes sortes ; que la Liberté personnelle et économique n’en soit fâcheusement affectée. C’est aux Libéraux de privilégier des incitations, de faire appel à une nouvelle conscience afin que de nouveaux paramètres guident les stratégies d’entreprise et les comportements des particuliers. Après tout, cet élargissement de l’approche est un retour à une philosophie libérale qui défend la liberté mais demande aussi la responsabilité . Oui, c’est dans les gênes d’une philosophie libérale de concilier ces deux termes.


    Et là, franchement, contre des propositions lourdement étatistes, il y a place pour des politiques cohérentes, larges, innovatrices, favorisant les nouvelles technologies, diminuant le gaspillage, la pollution, soutenant les comportements adéquats et permettant une croissance plus intelligente. A cette fin, ne pourrait-on pas envisager des coordinations de l’action politique regroupant le PLR-Le PDC-Les Verts libéraux-le petit PBD ? Et bien sûr, il devrait y avoir des recherches de compromis, mais quand quand c’est possible, avec les Socialistes, les Verts et aussi avec l’UDC. De telles majorités un peu structurées, non pas d’opportunisme mais d’équilibres, correspondraient très probablement à ce que souhaite une majorité des Suisses.

    Il y a donc bien deux débats à ouvrir simultanément au sein de la Droite au sens large. D’une part une réflexion sur des alliances électorales surmontant les différences ; d’autre part une volonté de réunir les bonnes volontés au service d’une bonne politique conjuguant au mieux liberté et responsabilité. Ne serait-ce que le rêve mélo d’un Libéral ? Et si c’était la condition pour un avenir humain durable !

  • La grave question identitaire

    Qui aurait pensé que la question identitaire, liée en partie à l’appartenance religieuse, referait surface avec tant d’acuité ? Le débat est vif en France. On se réfère à la loi de 1905 sur la laïcité pour justifier des positions ; soit , par exemple, une interdiction large du voile dans toutes les activités reliées à un service public, ou bien, au contraire, une interprétation large de la loi s’ouvrant sur la compréhension des affirmations extérieures de son identité religieuse et culturelle. A Genève, c’est la nouvelle Constitution qui a explicité les principes guidant les relations entre l’Etat et les Communautés religieuses. Une loi sur la laïcité en a découlé. Elle a été approuvée par le peuple genevois en votation populaire. Ainsi, par exemple, le voile n’est pas autorisé à quiconque se trouve dans l’exercice d’une activité directement en lien avec l’Etat : fonctionnaire, élue…


    A l’origine, cette affirmation de la laïcité résulta des tensions religieuses du x1x ième siècle. A l’époque, c’est vis-à-vis surtout d’un activisme politique, réel puis craint, de l’Eglise catholique que les bornes ont été posées. Aujourd’hui, il faut dire les choses clairement. Il s’agit surtout des relations avec une certaine façon de se revendiquer de l’Islam. Relevons que bien des Musulmans et des Musulmanes, chez nous et dans les pays d’origine, voient dans ces vêtements cachant peu ou prou la femme une entrave à sa liberté, à son humanité, une relégation choquante de son statut par rappport à l’homme. Ne parlons même pas évidemment de l’invraisemblable Burka. Il est curieux d’observer, à cet égard, un rétropédalage au détriment des femmes dans plusieurs pays musulmans, par rapport à ce qu’il en était avant : Turquie, Égypte, Tunisie. Là bas, des femmes luttent pour ne pas finir encagées.

    Le voile est un point de focalisation. Bien sûr, le débat doit être plus large. Ceux qui crient à l’Islamo phobie disent que l’identité au singulier n’existe pas. Il est vrai que tous nos pays occidentaux sont des agglomérats d’identités multiples. Au fil des invasions et des immigrations, nos populations ont été le résultat d’un brassage continu. C’est évidemment une vitalité et une richesse. Toutefois, le problème naît sur l’équilibre à tenir entre diversité, et une intégration suffisante de ces éléments pour assurer une cohésion légale, nationale, sociétale. Pour dire les choses autrement, comment ne pas mettre en péril des acquis laborieusement consolidés au travers de notre histoire ?


    Oui, la question de l’identité se prolonge sur des interrogations essentielles. Comment respecter la diversité culturelle et religieuse chez nous en exigeant simultanément l’adhésion pleine et entière au socle de valeurs communes ; en préservant des règles balisant le chemin de l’intégration nécessaire, excluant un communautarisme contraire à une telle intégration ? C’est à cette aune, et non en raison d’irritations, de rejets épidermiques, que l’on peut comprendre les impératifs de laïcité dans la sphère publique et la volonté légitime d’en écarter les signes ostentatoires .

    Un dernier mot. Les relations entre l’Etat, l’ensemble de la société et les églises chrétiennes, sans oublier les principales communautés juives, ont pu trouver leur point d’équilibre grâce aussi à l’évolution interne des responsables religieux qui ont accepté les critères de laïcité et le but général d’intégration. On attend des milieux religieux de l’Islam des positions beaucoup plus claires sur ce qu’on appellera la Pacte sociétal et politique. Il ne suffit pas de dénoncer , souvent avec un manque de véhémence, les exemples de radicalisation islamique . Il y aurait aussi une distance à proclamer hautement envers toute tentation d’un repli communautariste ; et cela sans s’abriter derrière un reproche selon lequel l’identité musulmane ne serait pas assez prise en compte. On ne veut pas de ce double discours dont un Taric Ramadan était un champion.

     

    Encore une fois, si l’identité est multiple, elle trouve son unité dans une adhésion sans restrictions aux valeurs qui nous lient; ce qui doit exclure toute dérive dissolvante vers le communautarisme. Il faut sur cette question de l’identité un langage de clarté, de vérité et peut être aussi, aujourd’hui, de courage.

     

     

  • Vers des alliances à géométrie variable

    Pas question de minimiser le succès éclatant des Verts lors de ces élections fédérales ; et avec certes une moindre portée, celui des Verts libéraux. Du côté des perdants, en suffrages, il y a le Parti socialiste, nettement plus que le PLR et que le PDC qui sont quasiment stables. Naturellement, il n’en demeure pas moins qu’il y a perte de sièges à droite et gain de sièges à gauche. Mais la mine un peu déconfite de Christian Levrat, le Président socialiste était assez parlante ; quand bien même il se félicitait de l’avancée de la Gauche : entendez, grâce à l’avancée des Verts.

    Sur ce point, il avait raison. Beaucoup de Verts-Verts sont en vérité Verts-Rouge. A Genève, la jeune Verte et le Socialiste blanchi sous le harnais sont favoris pour le deuxième tour de l’élection au Conseil des États. Tous deux sont députés sortants du Conseil national. Tous deux, par leurs votes au cours des quatre ans écoulés, se sont montrés les plus à gauche des deux-cents Conseillers nationaux. Curieuse représentation de Genève à la Chambre des cantons si leur élection commune vient confirmer les pronostics. Il est vrai que, parfois, des élus changent un peu en changeant de cadre. A suivre éventuellement.


    Cela étant, nul doute que l’ambiance déjà, et certains votes très probablement vont différer de ce qu’il en a été durant la législature finissante. Mais les Socialistes plus les Verts ne font pas une majorité. D’ailleurs, aucun parti, aucune alliance fixe de partis ne prétend à une majorité automatique dans ce Parlement bicaméral. On assiste à des majorités à géométrie variable. Ce devrait être encore davantage le cas.


    Les Verts-libéraux ne seront pas très nombreux mais ils sont un appoint non négligeable. S’ils rejoignent les Verts-rouge pour proclamer l’urgence climatique, ils ne partagent pas l’hostilité idéologique envers l’économie libérale. L’une de leur chef de file à Berne l’a bien dit dimanche. Ils envisagent leur action pour le climat avec les entreprises ; et non pas systématiquement contre. Cela fait une sacrée différence. Dimanche soir, c’était presque une main tendue, —et qui ne semblait pas être refusée—, au PLR et au PDC, lesquels ont acquis, même si c’est un peu tard, une conscience écologique au diapason de leurs électeurs. Dès lors, on verra quelles seront les alliances, notamment à propos de taxes éventuelles et de leurs affectations.


    Et il y a d’autres sujets. Sur la prévoyance vieillesse, pourquoi pas une alliance PLR-PDC-Verts libéraux ? Avec l’UDC sur certains sujets financiers ? Qu’en sera-t-il sur la migration ? Sur l’Europe, on pourrait avoir le même genre d’alliance, contre l’UDC évidemment. Ici, les réticences à motivations sociales des Socialistes et des Verts-rouge pourraient servir l’UDC.

    Bref, tout cela demande à être testé. Dans ces conditions les Verts, devenus puissants mais nullement dominants, vont devoir montrer s’ils ont la capacité de construire des ponts afin que se dégagent des solutions, ou s’ils en resteront aux discours intransigeants. N’oublions tout de même pas qu’au Conseil des États, Chambre des cantons, le PDC demeure très puissant.Et il a montré , lui, sa capacité à construire des alliances.

    Dès lors, les bruissements sur un changement, en décembre, de la compositions du Conseil fédéral ne deviendront pas un bruit assourdissant. Ce ne sera pas le moment pour éjecter un Conseiller fédéral en fonction, candidat à sa réélection ; pour donner son siège à un Vert. Un changement de la formule magique demande du temps. L’UDC, alors même qu’elle était devenue le premier parti de Suisse,—ce qu’elle est toujours—, a dû attendre avant de ravir un siège au PDC. Si, dans quatre ans, les Verts confirment leur avancée, un tel changement pourrait être envisagé alors par le Parlement, qui élit le Conseil fédéral. Durant les quatre ans qui viennent, que les Verts se testent dans leur nouvelle position, et que les autres les testent aussi. Oui, il va y avoir une vie parlementaire intéressante et plus mouvante au cœur de notre fonctionnement institutionnel.

  • Gros dossiers fédéraux ouverts

    Dans moins de deux semaines on connaîtra les résultats des élections fédérales ; sauf en ce qui concerne le deuxième tour pour le Conseil des États. Recul pour tels ou tels des partis gouvernementaux ? Confirmation des prévisions sur une avancée verte ? La Suisse électorale connait des variations ; rarement de grands bouleversements. On est donc prêt à parier que ce nouveau Parlement, en décembre, élira les mêmes Conseillers fédéraux et respectera la même composition politique du Gouvernement. C’est au Parlement que pourraient se faire jour des inflexions nouvelles dans les votes.

    En fait, ce sont surtout les dossiers ouverts qui vont dicter le calendrier. Les mesures contre le réchauffement climatique vont devoir être renforcées. Mais il faudra trouver un consensus parlementaire, à la fin, qui puisse tenir le choc devant le peuple. Sans oublier ce qu’il pourra advenir de telle ou telle Initiative populaire dans ce domaine. Certes, il y a urgence mais ce ne sera pas facile. Un exemple pittoresque et pourtant sérieux : trop de vaches polluent beaucoup. Or, on est en pleine discussion sur une politique agricole qui cherche des adaptation plus écologiques. Il y a, bien sûr, la question de l’Assurance maladie. Comment faire baisser les coûts médicaux sans menacer l’accès général aux soins et leur qualité ; cela aussi en regard de l’augmentation encore prévisible des personnes âgées vulnérables ? Diminuer le montant obligatoire des réserves des caisses ? Trouver un mécanisme de péréquation entre elles ? Créer des surveillances, voire des caisses cantonales ? Plafonner les primes, quitte à reporter des coûts sur les impôts ? Calculer les primes en fonction du revenu, comme pour les impôts ; idée de la Gauche ? Les projets foisonnent au gré de la confrontation politique. Mais, ici encore, à la fin devra se dégager une piste capable d’affronter le verdict populaire.

    Quant à la prévoyance vieillesse, avec ses trois piliers, elle repose sur des principes sains. Toutefois, ils nécessitent des aménagements. Les dernières enquêtes font craindre un appauvrissement des séniors, de plus en plus nombreux. Cela pourrait devenir un grand problème humain, social et financier. Le deuxième pilier est -il suffisamment solide pour l’avenir ?Faudrait-il envisager un mécanisme fin de solidarité ; par une péréquation à travers un fonds commun s’ajoutant aux capitaux de chaque caisse ? Et quid pour les Indépendants fragiles ? Les députés, à l’instigation du Conseil fédéral, devront faire preuve de lucidité, d’imagination, d’une capacité de dialogue ; quitte à laisser certains dogmatismes idéologiques au vestiaire. Et pour le premier pilier de l’AVS, pourra-t-on éviter longtemps la nécessité d’élever l’âge de référence du droit à la retraite, moyennant certaines nuances ?


    Enfin, sur la politique extérieure. Vivement que le peuple fasse un sort à cette funeste Initiative populaire contre la libre circulation des personnes avec l’Union européenne ! Et vivement que le Conseil fédéral et le Parlement, s’appuyant sur des partenaires sociaux capables de se décrisper, de voir un peu loin, concluent enfin cet Accord institutionnel dynamique avec l’UE ! Comment ne pas comprendre que ce sera dans l’intérêt réciproque et que l’économie suisse, donc les Suisses dans leur ensemble, ont tout à y gagner. Cela d’autant plus que des mécanismes de surveillance sociale existeront toujours. Quant au contrôle démocratique pour tout développement de l’Accord, il sera garanti. Oui, en 2020, Gouvernement et Parlement vont devoir prendre enfin leurs responsabilités dans ce dossier et s’engager à fond. Cette nouvelle législature devrait vraiment voir se confirmer et se renforcer une articulation consentie et maîtrisée de la Suisse avec ses partenaires européens, aussi vitaux que naturels .

    Volà. Reste à souhaiter que les élus soient à la hauteur des enjeux.

     

  • Pour des candidats vrais

    Il y a quarante cinq à peu près, le professeur de droit radical, Gilles Petitpierre, se lançait dans la politique en affichant des convictions écologiques fortes. Il fit toute une série d’élections brillantes, au Conseil national puis au Conseil des États. Le respect et l’estime étaient unanimes à son endroit. Mais il se retrouva souvent minoritaire, notamment dans son offensive contre le nucléaire. Son aura, ses prévisions pessimistes sur l’avenir ne convainquirent que partiellement. Jeudi dernier, cette figure éminente, se situant clairement au Centre droit, participait à la réunion électorale de l’Entente (PLR-PDC). Ce fut l’occasion, pour l’auteur de ces lignes, d’assister dans un coin à un échange assez intense entre Gilles Petitpierre et Simone de Montmolin, une candidate PLR au Conseil national de plus en plus reconnue dans le monde politique. Ce n’étaient pas seulement des mots de circonstance qui furent entendus, comme souvent en période électorale. Il y avait comme un échange de vibrations humaines, une anthenticité réciproque, des analyses pointues et larges de la situation et une préoccupation sincère pour l’avenir des générations à venir.


    Retenons une réflexion de Gilles Petitpierre. C’est la première fois, dans toute l’histoire de l’humanmité, que tous les humains , de toutes les régions du globe, sont confrontés simultanément et face à l’avenir aux mêmes problèmes. Le climat, le développement partagé, la démographie liée à la migration, la transformation économique et technologique, la paix. Comment, s’interroge-t-il, tous les responsables nationaux et ceux des instances internationales ne se mobilissent-ils pas ensemble pour affronter ces immenses défis ? Comment ne ressentent-ils pas tous l’urgence climatique, n’en tirent-ils pas ensemble les conclusions ? Oui, répondit Simone de Montmolin, et la Suisse doit plaider à fond dans ce sens. Il y a aussi et déjà un débat national sur ces sujets qu’il faut assumer franchement et complètement. Mais elle pense également que cet engagement doit être branché sur une écoute attentive, une prise en compte des différents paramètres afin que la dialogue soit producif et qu’on évite trop de crispation. Ce qui ne doit pas empêcher la parole d’être claire et sans ambiguïté sur les convictions.

    L’échange continua dans cet esprit entre deux interlocuteurs qui sentaient presque physiquement leur honnêteté et leur volonté réciproques. On se disait que ces deux voix mériteraient d’être entendues par tous. Selon les deux, la mobilisation des jeunes pour le climat est une raison d’espérer ; même s’il y a aussi des gens excessifs, réducteurs , et idéologiquement marqués parmi eux. Peu importe : il faut s’appuyer sur la pression et l’élan que cela peut donner. Après, ce sera précisément le devoir d’élus de qualité, à la vision large d’ouvrir les chemins des équilibres à trouver le plus rapidement possible.

    On aimerait que les élus, dans un mois, aient cette force de conviction, cette authenticité, cette vérité de l’être qui émanaient des deux interlocuteurs de jeudi soir : la référence et l’engagée.

  • Ne pas réduire le débat politique

    La campagne pour les élections fédérales est bien lancée. Des débats ont lieu dans sur les chaînes de télévision et de radio. C’est bien. Quant aux slogans et aux affiches , ils fleurissent. C’est la loi du genre. Certains médias veulent apporter ce qu’ils appellent un plus démocratique en invitant les candidats à se prononcer de manière précise et catégorique,—-pratiquement par oui ou non—, sur des questions posées. Eh bien, à ce sujet, on peut se poser des questions.


    Notre idée de la politique est que les politiciens et les partis doivent avoir des lignes générales claires, des repères et des projets reconnaissables. Il ne s’agit pas de se réfugier dans la langue de bois et les paroles vagues. Il importe qu’apparaisse ce que l’on souhaite pour le pays et la population, et que les moyens prévus à cet effet soient expliqués. Cela dit, la politique implique des recherches d’équilibres, parfois difficiles à construire. Si une politique marquée du souci de l’environnement est indispensable, on sait qu’il va falloir trouver les bonnes articulations avec les préoccupations économiques. Et si les défis sociaux se profilent devant nous, on sait que les moyens financiers qu’il faut prévoir ne seront pas faciles à dégager. Si la fiscalité, dans toutes ses variations, est un outil pour organiser la solidarité, on sait que, trop lourde, elle va entraîner des conséquences néfastes. Et ainsi de suite.

    A cela s’ajoute le fait qu’aucun parti ne peut imposer sa loi. La Suisse fonctionne avec la recherche de compromis ; au Conseil fédéral et au Parlement. Lorsqu’ils n’ont pas eu lieu, le peuple tranche au travers de la démocratie directe. On le voit, tout celas mérite , certes, une vraie confrontation des idées, mais avec la possibilité de les développer devant les électeurs. La maturité civique postule une capacité à reconnaître la complexité des choses. Or, une pression, notamment médiatique, afin d’obliger à une simplification du discours ne relève pas de l’enrichissement démocratique ; au contraire.


    Dès lors, on peut comprendre que certains candidats résistent à cette pression et se méfient des questions simplistes. Il ne s’agit pas de laisser les candidats aux élections noyer le poisson à propos des grands enjeux. Mais il importe d’échapper à l’inquisition qui se pare d’une fausse vertu et qui mène à une réduction politique. Le peuple suisse mérite mieux que cela.

  • Avec les femmes mais sans trop d’Etat

    Le Conseil des États s’est rallié au Conseil national et au Conseil fédéral pour introduire dans la loi sur les Sociétés anonymes des valeurs indicatives ( pression psychologique mais non obligation)élevant à 30% la présence des femmes dans les Conseils d’administration des Sociétés cotées en bourse ; et à 20% dans leurs directions. La Conseillère fédérale Karin Keller-Suter a qualifié cette réforme de raisonnable. C’était le mot juste. Rien de moins mais rien de plus. Une forte incitation mais pas une contrainte légale .


    Évidemment, les féministes les plus militantes auraient voulu bien plus et bien plus contraignant. Elles rêvent de quotas partout. Mais cette approche en uppercut néglige la vue d’ensemble d’une question,—-la place des femmes dans la vie économique, professionnelle, politique—-, qui ne se réduit pas à des shémas simplificateurs. Relevons d’abord que les petites et moyennes entreprises, non cotées en bourse, échappent à la pression politique votée par les Chambres. Et c’est tant mieux. La vie de maintes entreprises, comme celle de maints indépendants, est de plus en plus alourdie par les exigences légales, administratives de l’Etat. On peut évoquer les médecins, les banquiers et une multitude de petits patrons. Ils passeront bientôt plus de temps à remplir des papiers, à répondre de tous leurs actes qu’à exercer leurs métiers, assurer la rentabilité de leurs affaires et l’emploi de leurs collaborateurs. L’interventionnisme croissant de l’Etat est l’illustration de la formule un peu excessive mais quand même assez vraie :< l’enfer est pavé de bonnes intentions>.


    Parmi d’autres revendications, il y a le congé parental : soit l’inclusion du père dans la diponibilité envers l’enfant qui vient de naître. La durée est en discussion. Il faut un consensus majoritaire au Parlement. L’idée est juste. Elle correspond à un désir de plus en plus affirmé des deux jeunes parents. Elle rejoint une évolution générale des esprits. Mais, là encore, gare à ne pas imposer des contraintes d’organisation trop compliquées aux petites entreprises. Là encore, puisse se décider une solution raisonnable.


    Élargissons le champ de vision. La revendication consistant à faire mieux respecter la loi sur un salaire égal pour un travail égal est absolument fondée. Désirer que davantage de femmes postulent pour une carrière à des postes élevés, —ce qui enlèverait, ici ou là, des justifications à certaines différences de salaire : voilà ce que l’on ne peut que saluer et soutenir. C’est d’ailleurs dans l’intérêt de l’économie en général et pourrait même baisser les nécessités de recruter des cadres étrangers. Seulement tout n’est pas aussi simple. Les circonstances de la vie, la coexistence difficile entre la maternité, l’éducation des enfants et la prise en continu de responsabilités professionnelles : tout cela ne se résout pas sur un claquement de doigts ou de loi. C’est toute une évolution de la société qui doit rechercher de nouveaux équilibres. Travail à temps partiel pour les deux conjoints, réorganisation en équipes pour des postes à responsabilité, processus de réadaptation pour relancer une carrière après une interruption, plus de crêches à disposition etc… Mais l’idéologie féministe, qui parle beaucoup de dignité et de valorisation humaine, devrait se garder de culpabiliser les femmes qui donnent , temporairement ou définitivement, leur piorité à leur vie de famille. Et puis, une fois encore, attention de ne pas trop compliquer les choses pour les PME.


    En conclusion, disons que la loi peut donner des incitations, assouplir des comportements, déchiffrer une musique qui émane de la société civile. Mais refusons les dictats idéologiques. Enfin, osons un post-scriptum, en prenant le risque d’être lapidé par quelques unes… Puisse notre siècle cultiver encore et toujours le parfum d’une délicieuse différence (le contraire de l’indifférenciation et de l’ennui qui naquit un jour de l’uniformité) entre les hommes et les femmes. Puissions nous conserver ce zeste de galanterie, de séduction réciproque dans le respect mutuel, jusques dans le quotidien de nos activités professionnelles. La perspective d’une Société à genres neutres, plombée par un puritanisme parano à l’américaine, fait horreur. A quand la greffe de robots ! Laissons place à la poésie de la différence qui a inspiré les plus grands poètes, les plus grands romanciers et qui a fait , pour une part, la beauté de la civilisation enropéenne.

  • Calvin contre Calvin

    Retombé sur un petit livre brûlant et très bien traduit de Stefan Zweig. Il fut écrit vers la fin des années trente ; tout un arrière-fond pour ce Juif autrichien qui se donna la mort en exil, et en désespéré. On peut donc transposer la réflexion d’une époque à l’autre, mais l’époque et le sujet choisis ont de quoi perturber un vieux Protestant genevois. Son intitulé annonce la couleur : <conscience contre violence, ou Castellion contre Calvin. >

    Calvin avait quitté la France en protestant contre l’étau de l’église catholique. Chaque Chrétien devait être seul face à son Dieu dont la Bible seule disait la volonté. Mais, on le sait, un révolutionnaire arrivé au pouvoir devient souvent un terrible dominant. Calvin a voulu faire de Genève la nouvelle Jérusalem. La puissance de sa volonté, sa personnalité hors norme, la constance de sa ligne, son rayonnement intellectuel et théologique, la qualité de ses écrits, l’efficacité de ses réseaux ont eu une influence considérable bien au-delà de sa Cité exemplaire. De celle-ci, il fit un centre intellectuel irradiant. Il marqua une façon d’être et d’agir des Genevois, courant sur des des générations. L’héritage est trop spectaculaire pour qu’on puisse le banaliser ; et Stefan Zweig le reconnaît.

    Oui, mais à quel prix ? Sans exercer de charges publiques Calvin tint les autorités de Genève à sa main. Qu’il s’agisse de la foi, de la pratique religieuse, du comportement quotidien, tout devait aller selon ses prescriptions. Son interprétation de la Bible était la seule qui valait et gare à qui la contestait. Michel Servet, qui eut l’imprudence de venir le faire à Genève , le paya de la prison dans des conditions atroces et d’une mise à mort la plus atroce qui fût ; couvert d’insultes et de mépris par Calvin et Farel. Certes, arrêté en pays catholique, il n’aurait pas eu meilleur sort. Mais où était le jeune Calvin qui s’indignait contre la tyrannie éclésiastique catholique ?


    Un homme, un grand intellectuel, théologien et humaniste osa dénoncer le crime : Castellion. Ayant quitté Genève, il professait à l’université de Bâle et marquait les esprits par sa haute stature intellectuelle, à l’instar d’un Erasme par exemple. Pour lui, la Bible pouvait être sujette à bien des interprétations . Et même si telle ou telle pouvait essuyer la critique, aucune ne méritait de conduire ses auteurs aux supplices. Jamais le Christ n’avait préconisé cela. Tout au contraire, il avait subi le supplice à cause du dogmatisme sec des gardiens rigides de la loi. Calvin, par sa certitude implacable et sa dictature théocratique trahissait et le Christ, et les valeurs humanistes, et le fondement philosophique du protestantisme ; lequel mettait en avant la responsabilité personnelle.


    Calvin et Théodore de Bèze ne supportèrent pas cette dénonciation. Ils réussirent, par leurs pressions, leurs jeux d’influence, leurs insultes et leurs menaces à isoler Castellion, à empêcher largement la publication de ses écrits et surtout leur diffusion. Castellion fut tout prêt d’être, à Bâle, mis en accusation pour hérésie, à coups de témoignages manipulés. Il mourut opportunément juste avant, un an avant Calvin.


    Mais Zweig souligne un paradoxe, avec un zeste d’ironie. Aux Pays bas en lutte contre l’Espagne, ailleurs aussi, c’est au nom de la liberté de conscience que se levèrent des révoltés aux motivations religieuses et politiques. Et ces gens se réclamèrent de Calvin. Les Puritains qui fondèrent des communautés dans les futurs États-Unis étaient influencés par les idées de Calvin et eurent une influence déterminante. Autrement dit, c’est le Calvin du rayonnement intellectuel, celui qui posait des repères éthiques et moraux (rapport avec l’argent par exemple), qui passa à la postérité et non le dictateur tirant les ficelles d’une théocratie capable de briser ses opposants. Mais le Castellion mis en évidence par Zweig nous montre tellement bien que des idéologies, religieuses ou laïques, peuvent justifier les violences les plus inhumaines dès lors que leurs champions réussissent à étouffer la conscience critique et à faire accepter la banalisation de la violence. Alors oui : retenons en héritage le meilleur de Calvin et mettons nous du côté de Castellion pour en dénoncer le pire ; et du côté de Zweig pour en appeler à La Liberté de pensée, à l’intégrité et à la pérennité de la conscience.

  • Pour le climat mais en même temps...

     


    On prévoit une forte progression des Verts lors des élections au Parlement européen. Mais on prévoit aussi une progression des droites nationalistes. C’est l’illustration d’une conjonction de problèmes et de réactions, ces dernières n’allant pas forcément dans la même direction.


    La détérioration du climat, c’est grave et il y a urgence. Des dégâts, sans doute irréversibles. ont eu lieu. De même en ce qui concerne la pollution. Des espèces vivantes, inhérentes aux équilibres de la nature, sont en voie d’extinction. Une disparition des grands singes , par exemple, est liée au rétrécissement des forêts,lesquelles assurent l’air que nous respirons. Et ainsi de suite. Il faut être capable d’un méa culpa. Nous sommes nombreux, en ce domaine, tant dans la politique que dans l’économie, à n’avoir prêté qu’une oreille distraite aux lanceurs d’alerte dans les années soixante, septante, quatre vingt et même nonante. Il passaient quelquefois pour des oiseaux de mauvais augure, des gens à contre-sens qui prônaient une dangereuse décroissance. Peu à peu, des prises de conscience ont eu lieu, mais des actions déterminées et concertées en résultant manquaient largement.

    Il faut à la vérité et à la réalité de dire que les choses ne sont pas simples. En effet, qui peut nier que la croissance économique a eu des effets bénéfiques ? Même si tant d’inégalités sont à relever, la prospérité, le niveau de vie dans le monde sont beucoup plus élevés qu’ils n’étaient il y a quelques décennies. Nombre de pays, naguère désespérément sous-développés, sont devenus émergents, voire redoutablement émergés sur la scène mondiale : pensons à la Chine. Toutefois, les inégalités, les tragédies politiques, les manques de perspectives pour les jeunes, la démographie galopante en Afrique et ailleurs ont suscité des vagues migratoires qui inquiètent notamment les pays européens. Ces derniers ne sont toujours pas capables de se coordonner pour réguler ce phénomène L’aspect humain est évident. Il y a aussi le fait du vieillissement des populations de nos vieux pays qui appelle à une dose d’immigration nécessaire. Il n’en demeure pas moins,—n’en déplaise aux bonnes âmes de chez nous—, que cette immigration pose aussi des problèmes d’intégration et donc de cohésion autour de valeurs communes. Ne pas le voir et ne pas prendre des mesures à la fois positives et sécuritaires, c’est s’asseoir sur une bombe à retardement ; dont le risque de faire le lit des partis xénophobes, à l’égard desquels il faut naturellement garder toutes ses distances. Pas simple tout cela, mais incontournable.


    Même les actions apparemment en faveur du climat montrent des contradictions. Prenons la Chine qui se lance dans les innovations technologiques. Demain, ses voitures électriques pourraient inonder notre marché. Gare aux éléments de fabrication des batteries et à leur recyclage en bout de course. Surtout, cette même Chine exploite à fond du charbon de mauvaise qualité et en vend. Prenons aussi les contradictions sur le terrain. La crise des gilets jaunes a commencé avec une hausse annoncée, mal préparée, de la taxe carbonne. En fait, cela a révélé un malaise social profond et une méfiance accumulée envers les autorités politiques.


    Oui, Emmanuel Macron avait raison de dire : <il faut en même temps…>. Il faut, en même temps, conduire des politiques internationales et nationales de protection du climat, de la nature et des espaces ; susciter une croissance nationale et internationale qui trouve ou retrouve des équilibres sociaux et interrégionaux ; avoir des échanges diplomatiques qui aident à résoudre les conflits et fassent avancer la paix ; maîtriser, avec un dosage d’ouverture et de fermeté, le fait migratoire. Qui a la solution nous conduisant à des équilibres parfaits ? Dans cette période historique d’incertitudes multiples, il nous faut bien sûr des rappels forts de l’urgence. En ceci, les manifestations de jeunes pour le climat sont importantes. Elles peuvent réveiller les décideurs trop alanguis . Mais, pour ne parler que de notre continent et de son influence posssible au-delà, que l’on aimerait voir se déployer une véritable politique européenne, incluant la Suisse. Heureusement, il y a des pistes. Investissements massifs dans les énergies renouvelables ; taxes sur ce qui pollue,—y compris pour les transports en avion- ; placements financiers recherchant des critères éthiques et des garanties de développement réels et durables (restauration donc du lien abîmé entre finance et économie ). Ajoutons encore, dans cette période de mouvements accélérés, un accent mis sur la formation scolaire et professionnelle : gage de capacité d’adaptation.


    Oui, il faut envisager et renforcer tout cela. Toutefois, s’il ne s’agit pas de rêver d’un monde redevenant sage et sobre à tous égards, nous devons nous interroger. Nos sociétés pourront-elles s’en tirer sans des retours aux sources ? Entendons par là, des réflexions sur la vie et sur nous-mêmes, des quêtes de sens. Préciséement à cause de l’accérlération de tout, y compris dans la communication, n’est-il pas impératif de renouer avec des dimensions philosophiques, éthiques, spirituelles ? Le siècle amorçé sera celui du numérique, de l’intelligence artificielle, des technologies inouïes à disposition de l’homme, des percées vertigineuses dans la connaissance de l’univers, ou plutôt des univers en mouvement. Quel galop ! Mais comment tenir les rênes de ce char emballé ? Ce sera peut être le destin de ce siècle de trouver, ou non, des réponses, une maîtrise, du sens.

  • L’inquiétante bêtise de la lutte des classes

    A propos des prochaines votations , fleurissent sur les panneaux disposés à cet effet les affiches des différents partis genevois avec leurs recommandations de vote. Celle du Parti dit communiste, qui se veut plus à gauche que le Parti du travail, fait tomber l’argent des poches d’un bourgeois plus ou moins pendu à l’envers. Le message est clair : il n’y a qu’à prendre l’argent chez ceux qui en ont et tous les problèmes financiers seront résolus. C’est d’une bêtise affligeante mais aussi d’une agressivité, d’une violence inquiétante. C’est un slogan illustratif d’une vision de lutte des classes. On s’étonne que les médias ne s’en étonnent pas ; tant cela détonne par rapport à une certaine culture helvétique.

    Ce vent là n’est pas général mais il existe. On l’a constaté en France au fil des manifestations de gilets jaunes, avec leurs dérives violentes. Il y a, en plus de revendications des moins argentés, un parfum lourd de haine des riches. Pour déboucher sur quoi de bénéfique ? Lorsqu’un malaise social se transforme en éruption, il est beaucoup question d’inégalité et, donc, d’une exigence d’égalité. Or, s’il est un mot trompeur, porteur d’illusions, c’est bien celui-là. Le projet de société absolument égalitaire, après élimination des capitalistes et bourgeois, a débouché, par exemple, sur le stalinisme, le maoïsme avec les années de terreur qui en ont été la marque de fabrique.


    En fait, une société, pour tenir debout, doit se référer au critère de l’équité, voulue et ressentie. C’est toute autre chose qu’une égalité imposée ; d’ailleurs toujours gérée par une nomenclatura privilégiée et implacable. L’équité, c’est d’attendre de chacun , dans un cadre d’une liberté notamment économique, une contribution visible au bien commun. Autrement dit, le bénéficiaire d’un capital et d’un haut revenu doit évidemment s’acquitter d’impôts en proportion, en tant que contribution à la communauté solidaire ; ce qui implique que le prélèvement ne soit pas démesuré. Le capital et les bénéfices des entreprises florissantes répondent aux mêmes obligations morales et légales. Toutefois, l’essentiel est leur apport au dynamisme économique offrant les conditions d’un niveau de vie convenable pour le plus grand nombre ; ce qui implique qu’elles ne soient pas trop chargées. Qu’il y ait des riches, des pas très riches et des pas riches du tout n’est pas un défaut, si le tout s’inscrit dans un équilibre équitable et produit une efficacité générale où chacun finit par trouver son compte.

    En France, des gens se plaignent à juste titre de leur faible niveau de vie. Il ne voient pas que cette situation ne résulte pas d’un accaparement des biens par quelques riches. Cela vient de multiples facteurs, dont l’excès de charges et contraintes en tous genres qui plombent l’activité économique, notamment des petites et moyennes entreprises. Ce n’est pas un hasard si l’économie suisse va mieux et si le niveau de vie est généralement supérieur.

    Mais n’ayons pas une approche unilatérale. Il est vrai que la cohésion sociale, le sentiment d’appartenir à la même communauté de destin dépendent aussi de l’image qui est donnée. Lorsque le PDG de Danone renonce au montant faramineux de la retraite qui lui est promis, il fait preuve d’éthique mais surtout de lucidité et de sensibilité. Il sent que l’étalage d’un tel avantage peut susciter de l’incompréhension, voire de la colère. Il y a donc bien, à côté du critère de l’équité, celui de la sensibilité et donc de la mesure. Cela appartient aux racines philosophiques du libéralisme. D’ailleurs Calvin, dans une conception spirituelle, assignait à la richesse, au capital l’obligation morale de s’investir dans des opérations ayant un sens et une utilité pour la communauté. On voit, notamment à propos du climat, des investissements capitalistes qui recherchent un tel sens. Sans aucun doute, s’ils ont une réflexion sur le long terme et une sensibilité au monde qui les entoure, les chefs d’entreprise, les détenteurs de gros capitaux devraient tirer une meilleure prise de conscience des conditions d’équilibre sociétal, à l’échelon national comme à l’échelon mondial.


    Lorsque l’on a ainsi admis cette responsabilité, on est d’autant plus à l’aise pour dénoncer les relents inquiétants de lutte des classes que l’on perçoit ici et là. En Suisse, nous avons relativement bien préservé cette cohésion sociétale trempée dans une culture politique recherchant le consensus, avec la soupape de la démocratie directe. On aimerait que la haine stérile et destructrice des riches , —ou imaginés tels—, ne puisse s’y infiltrer. On aimerait que des affiches, comme celle du Parti communiste genevois, soient ressenties comme étant aussi choquantes que stupides. La lutte des classes : il n’y a que des aveugles haineux pour la souhaiter.