20/03/2018

La Russie sœur difficile mais soeur

La Russie sœur difficile mais sœur


Le Général de Gaulle parlait de l’Europe de l’Atlantique à l’Oural. Il préférait aussi évoquer l’éternelle Russie, jugeant, de sa hauteur, que l’URSS ne serait qu’éphémère dans son histoire. Cela a quand même duré quelque septante années semées d’horreurs. Le Général semblait être, aux yeux de certains, un homme du passé. Il arrive que les personnalités qui ont une culture historique et le sens du temps long soient les plus lucides sur l’avenir.


Certes, l’URSS de Staline, et de ses successeurs jusqu’à Gorbatchev, était un danger grave pour l’Occident. Ce fut la raison d’être de la P26 en Suisse par exemple. Certes, les pays libérés de la tutelle de Moscou, tels les pays baltes et la Pologne, ont eu des raisons légitimes, dont une mémoire cuisante, de se méfier de ce voisin même amoindri ; de s’appuyer sur l’Union européenne, sur les États-Unis, sur l’OTAN. Il n’en demeure pas moins que l’attitude des Occidentaux à l’égard de la Russie post-communiste a singulièrement manqué de profondeur historique. L’auteur de ces lignes,—-à l’époque membre d’une commission d’étude paraparlementaire sur la politique de sécurité suisse—-, se souvient très bien des échanges ayant eu lieu à Moscou avec des personnalités politiques, académiques, journalistiques et militaires sur les relations souhaitables entre la Russie et l’Ouest. On n’était plus dans la propagande d’antan. Or, tous étaient d’accord pour estimer qu’une présence trop affirmée de l’OTAN, de ses forces armées aux frontières de la Russie amoindrie donnerait aux Russes un sentiment d’humiliation et d’encerclement. Tous conseillaient la prudence, imaginaient une zone démilitarisée, une collaboration résolue, un vrai partenariat pour la paix OTAN-Russie.

Dans l’ensemble et dans le désordre, l’Ouest a préféré une politique classique d’endiguement. On a pris en compte les rancunes et les craintes de ex pays satellites . On a fait peu de cas de la sensibilité d’une Russie secouée et traumatisée. Sans doutes, des aides économiques à la Russie n’ont pas manqué. Oui, la corruption, des enrichissements personnels indécents, la mauvaise gouvernance ont pu susciter la méfiance. Et puis on sentait bien que le KGB n’était pas vraiment mort. D’ailleurs, l’homme fort actuel en est directement issu. Il n’empêche que la bonne politique eût été de tout faire en vue d’arrimer pacifiquement la Russie à une Europe pacifique et démocratique. Cela n’aurait pas exclu des réactions fermes aux ressurgences de pratiques détestables. Mais ces réactions eussent été inscrites dans un cercle établi malgré tout.


Avec un Pierre le grand, —sauvage des steppes mais tourné vers l’Europe—, Catherine 2, Alexandre 1er l’ami de la Suisse au Congrès de Vienne, la Russie a participé pleinement aux péripéties de l’Europe. Si la contamination communiste, tel un poison mortel, a imposé un cordon sanitaire pour les démocraties, la chute du communisme et l’explosion de l’URSS eussent dû créer une renaissance des liens naturels.


Oh oui, Vladimir Poutine multiplie les coups d’échec gagnants et inquiétants. Pas d’angélisme à son sujet ! Toutefois, il faut rappeler que la Crimée était une vraie terre russe et que son rattachement à l’Ukraine fut une décision administrative autoritaire d’un Kroutchev n’imaginant pas une seconde la dissolution de l’URSS. En ce qui concerne le séparatisme à l’Est de l’Ukraine, c’est une autre affaire à considérer. Quant à l’interventionisme russe en Syrie, il est à mettre en regard de l’incapacité des États-Unis et de l’Union européenne à intervenir à bon escient et en temps voulu. Si tel n’avait pas été le cas on n’aurait peut être plus Assad, on n’aurait peut être pas eu Daech, on ne verrait peut être pas des Kurdes rêvant d’autonomie se faire massacrer par les Turcs d’Erdogan, Il est vrai qu’avec des si…Mais que de souffrances infinies , dans l’histoire des hommes, auront résulté d’occasions perdues ou ratées.


Tout cela pour conclure ,—-en dépit des espions empoisonnés et des actions critiquables—, que la Russie de Poutine ne doit pas être perçue comme un ennemi inapte au dialogue. C’est une sœur européenne difficile, ombrageuse, aux pulsions nationalistes et jouant sur nos nerfs ; mais c’est une sœur envers et contre tout. Couper le lien familial serait plus qu’inopportun. Ce serait une erreur culturelle et politique majeure.

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09/03/2018

Ignnazio Cassis face à l’UDC

Une meilleure prise de conscience du dossier et des réalités semble avoir rendu notre ministre des Affaires étrangères à l’exigence de vérité. Peut être que son entourage au Département, à commencer par les deux Secrétaires d’Etat, y sont pour quelque chose.


Car enfin, Ignazio Cassis déroutait et inquiétait un peu. Sa manière de dire qu’il fallait appuyer sur le bouton stop, reprendre le dossier européen à zéro, changer de vocabulaire, parler d’accords sur l’accès au marché plutôt que d’un Accord institutionnel sentait le politicien jouant sur les mots pour calmer les eurosceptiques. Il avait l’air de vouloir se démarquer de son prédécesseur afin de trouver un souffle nouveau. Nouveau pour aller où ? On ne peut s’empêcher de penser que l’obtention des voix UDC pour son élection au Conseil fédéral passait, à ses yeux, par cette gymnastique verbale. Donnons lui toutefois le crédit d’une volonté de trouver une pédagogie permettant de gagner un soutien populaire à sa politique européenne. Or, au contraire, l’impression progressive d’enfumage verbal ne pouvait que risquer de braquer un peu tout le monde.


Le Conseil fédéral et le Département semblent avoir retrouveé la ligne droite ; la seule crédible et possible. La première amélioration doit être un respect de la collégialité ; notamment de la part des deux Conseillers fédéraux UDC. Qu’ils se taisent en public s’ils n’adèrent pas à la ligne gouvernementale. Or donc, l’évidence est là. Il faut accepter de négocier cet Accord institutionnel avec l’UE ; soit un cadre, un enclenchement immédiat de négociation au fur et à mesure d’une évolution du Marché intérieur de l’UE. Ce sera, pour la Suisse, la meilleure garantie de non discrimination. Tant mieux si Berne peut obtenir la création d’un Tribunal arbitral. Mais, à la fin, ce sera toujours la Cour européenne de l’UE qui dira le droit au sujet d’un accord. On ne pourra que négocier une marge d’interprétation. En revanche, il faut rappeler que si, sur tel accord, ou telle interprétation juridique la Suisse n’est pas satisfaite, elle pourra dire non. Évidemment, avec la conséquence d’une discrimination sur le domaine concerné, discrimination dont elle ne pourra que négocier les limites. In fine, ce ne seront pas <les juges étrangers> qui auront le dernier mot mais la Suisse, en toute responsabilité politique. Imaginer que l’on puisse négocier autrement que sur les acquis communautaires, à reprendre ou refuser, est pure illusion entretenue et diffusée par l’UDC.


Cette dernière, d’ailleurs, a compris cette logique mais elle la rejette au nom de notre souveraineté. Or c’est une mauvaise appréciation de notre souveraineté et une mauvaise défense de nos intérêts nationaux. L’affrontement politique est donc inévitable sur ce sujet des relations avec l’Union européenne. Ignazio Cassis, l’habile candidat au Conseil fédéral va devoir endosser pleinement le costume de l’homme d’Etat ; aussi bien dans la négociation avec Bruxelles que dans la confrontation démocratique en Suisse. Finis les faux-fuyants et les mots élastiques. Face à l’UDC, le temps est venu d’un langage de vérité, Les yeux dans les yeux. Cela, c’est de la vraie politique. Bon vent, monsieur le Conseiller fédéral.

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21/02/2018

Non à

Cette votation sur l’Initiative <no bilag> ouvre une discussion sur le libéralisme. Il y a des Libéraux, particulièrement des jeunes PLR, qui défendent cette Initiative. Ils en ont bien le droit. Et, jusqu’à des limites qui les rendraient incohérents, des membres du PLR se réclamant d’un libéralisme affirmé et complet, y compris dans le domaine de l’information, ont bien le droit de contester la redevance perçue très largement au profit de la SSR.


Mais il importe aussi de remettre le libéralisme dans son vrai registre ; qui n’est pas doctrinal, encore moins doctrinaire, mais philosophique. La philosophie libérale postule certes une liberté responsable. Autrement dit, dans le domaine des libertés individuelles de base comme dans le domaine économique, le postulat est de faire confiance aux personnes, aux entreprises, à une saine concurrence, là où il y a toutes les raisons de le faire.


Ce libéralisme là n’est cependant ni l’anarchisme ni la loi de la jungle. Il ne nie pas l’Etat, il le régule et le circonscrit autour de ses tâches nécessaires. Prenons la sécurité. Des sociétés privées de sécurité existent mais elles ne sauraient remplacer les polices de l’Etat. Prenons l’école. Des écoles privées existent , sont complémentaires mais ne sauraient éliminer l’instruction publique. Et puis, en Suisse, le libéralisme a toujours été associé au fédéralisme. Cela indique une place laissée , autant que possible, aux souverainetés cantonales. Mais cela indique également une solidarité confédérale, laquelle prend en compte la représentation et la protection des minorités.


Pourquoi tous ces rappels ? Parce que la question des médias en Suisse n’échappe pas à ces critères et à ces valeurs. Parce que trop d’équilibres sont en jeu pour que l’on affaiblisse gravement la SSR ; pour qu’on la plonge dans un bain frénétique de concurrence, dans une saturation publicitaire, dans un tourbillon d’émissions venues d’ailleurs et branchées principalement sur la recherche du taux d’audience. Sans la redevance, les émissions les plus qualitatives, l’information rigoureuse exigeant le plus de préparation passeraient certainement à la trappe. Le devoir de montrer la Suisse dans ses diversités serait largement oublié. Sans elle, de surcroît, les radios et les télévisions régionales qui bénéficient d’un bout de la redevance ne tiendraient très probablement pas le coup. La Suisse romande, quant à elle, deviendrait de plus en plus, dans le domaine télévisuel, une sorte d’appendice du marché français. Sans doute que les grands éditeurs suisses de presse et de numérique supplanteraient une SSR bien déplumée et désarmée , courant affolée à la quête de publicité.


Alors, cela ne va pas. Oh, il y a des choses à dire sur le comportement parfois suffisant de certains journalistes de la SSR qui se croient dépositaires de la bonne parole. Beaucoup ont une sensibilité personnelle de gauche. Cela ne les autorise pas à rudoyer, par exemple lors d’émissions, des élus UDC dont les propos ne leur plaisent pas. On peut combattre politiquement l’UDC. Il n’en est pas moins le plus grand parti de Suisse. La SSR, à la faveur de la nouvelle loi qui attend le résultat de la votation pour devenir opérante, devra maigrir un peu et s’astreindre à l’introspection autocritique. Mais aucune irritation ne justifierait ce qu’on appelle volontiers en Suisse allemande : jeter le bébé avec l’eau du bain.


Bref, un Libéral qui tient à son pays, à ses équilibres fédéralistes, à une information de qualité nourrissant la démocratie ne peut suivre l’Initiative. Le libéralisme de réaction idéologique peut rêver de concurrence totale dans les médias. Le libéralisme responsable met, ici comme ailleurs, les enjeux à leur juste place. Le libéralisme ne peut être de gauche car il n’est pas doctrinaire. Il ne peut pas être jusqu’au-boutiste car il ne tourne pas sur lui-même. Il a ses racines spirituelles, éthiques, patriotiques et civiques. Il est philosophique et pragmatique.< No bilag> ne peut donc pas se réclamer de ce libéralisme là car il lui dit clairement non.

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28/01/2018

Lumières et trompe l’oeil de Davos

Si le WorldTour Economic Forum n’existait pas , il faudrait l’inventer. Or, un professeur d’économie, Klaus Schwab, l’a bel et bien créé et lançé. C’est devenu un rendez vous annuel incontournable. Les manifestations contre lui,- acusé d’être le rassemblement de luxe des riches et des puissants à la barbe des opprimés-, n’ont plus vraiment d’écho. Le Forum a démontré sa capacité à laisser s’exprimer des opinions contrastées, voire divergentes.

On le sait, Davos est une occasion d’échanges entre des cercles et des sphères qui peuvent tirer de ces contacts un suivi positif. De grands responsables politiques, économiques, scientifiques peuvent s’y rencontrer et parler en tête à tête. Mais c’est, bien sûr, l’occasion d’entendre des discours forts et attendus de la part de chefs d’Etats. On a donc l’impression de recevoir une lumière plus claire sur le train du monde.

Enfin, quand on dit lumière plus claire ! L’année dernière, le Président chinois s’était posé en chantre du libre échange commercial, en adversaire du protectionnisme. Amusant lorsque l’on voit, en contraste, une crispation américaine et européenne sur le sujet. Cette année, c’est le Premier ministre indou qui afficha la même posture. Fort bien et tant mieux si ces deux grandes puissances de notre siècle vont dans ce sens. Mais gare au trompe l’œil. Ces deux pays constituent une course d’obstacles pénible pour les exportateurs et investisseurs étrangers. Leur bureaucratie et leur interventionnisme administratif valent moult barrières protectionnistes. On est loin de la réciprocité. De la parole à la réalité il y a encore une belle distance.

Au fond, deux présidents ont eu une parole vraiement crédible. Le nôtre, Alain Berset et le Président français Emmanuel Macron. La Suisse est, depuis belle lurette, l’avocate du libre échange ; sous réserve du secteur agricole. Elle est aussi en recherche constante d’un point d’équilibre entre l’ouverture au monde et l’affirmation de sa souveraineté, garante de sa singularité fédéraliste et démocratique. Davos aurait pu être, pour elle, une occasion de contacts positifs avec l’Union européenne ; cela dans une phase délicate. Or, force est de constater des dissonances fâcheuses entre les membres du Conseil fédéral à propos d’un Accord institutionnel ; dissonances aux limites d’une rupture de collégialité. Cela rappelle les mêmes avant la votation de 1992 sur l’Espace économique européen (EEE). Il est urgent de redresser la barre et de retrouver une discipline et une loyauté collégiales.

L’autre discours intéressant fut, à l’évidence, celui du Président Macron ; dont la différence de profondeur et de Style avec celui du Président américain frappa et sidéra tant les participants que les observateurs. Il n’y a aucun doute ; le jeune Président français a une envergure d’homme d’Etat. Sa pédagogie explicative sur la complexité des choses et du monde commence à imprégner les esprits au-delà de l’hexagone. Son volontarisme à la fois libéral et social, sa profession de foi pour soutenir l’excellence et demander le partage (dans les nations et entre les nations) ouvrent des perspectives économiques, sociales, politiques mais aussi éthiques et psychologiques. Avec lui, la station grisonne a été davantage qu’une tribune offerte. Sous l’oriflamme du <en même temps> on a eu peut être le meilleur appel de Davos.

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27/12/2017

Le défi européen de la Suisse en 2018

En cette fin d’année, on aura à nouveau entendu parler des relations entre la Suisse et l’Union européenne, et des problèmes qu’elles posent. Dire, qu’en 2013, la voie blatérale semblait dégagée et que la discussion pour mettre sur pied un Accord cadre semblait bien progresser. Le succès de l’Initiative contre l’immigration de masse a compliqué la donne, l’Accord de libre circulation des personnes avec l’UE étant évidemment concerné. Le Conseil fédéral et le Parlement ont manœuvré comme ils ont pu, ce qui irrite l’UDC et motive une Initiative en cours, directement dirigée contre l’Accord de libre circulation.


Cette dernière tient à un Accord cadre. On la comprend. Au lieu de, chaque fois, fixer avec la Suisse un calendrier de négociation bilatérale en regard de chaque amélioration de son propre Marché intérieur, un tel Accord permettrait un système automatique de négociation bilatérale , au rythme de l’évolution de ce Marché intérieur européen. Oui, l’UE y tient, mais comment ne pas voir l’intérêt aussi pour la Suisse ? Au lieu de, chaque fois, aller frapper à la porte de Bruxelles afin que son économie ne se retrouve pas en décalage et discriminée, la Suisse aurait ainsi la garantie d’une telle négociation. Comment peut- on, comme chez l’UDC, y voir un danger et non pas un avantage ?

 

Ah les juges étrangers qui supprimeraient notre souveraineté ! Or, c’est archi faux. Chaque accord, découlant de chaque négociation, serait soumis à notre procédure de ratification démocratique. Et la Suisse pourrait ne pas accepter une interprétation juridique par la Cour européenne de justice. Donc l’UDC pourrait toujours et encore clamer ses oppositions. Évidemment, en cas de refus , par exemple populaire, d’un accord, certaines mesures de discrimination de la part de l’UE seraient inévitables. C’est là-dessus que porterait alors une négociation. Eh bien oui, c’est le prix à payer pour le respect de notre fonctionnement institutionnel, de notre souveraineté. Mais que l’on cesse de nous dire qu’elle serait bradée. De fausses allégations répétées ne font pas une vérité.


On a donc joué avec des fantasmes à propos de cet Accord cadre . L’ennui, c’est que notre nouveau ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis , a un peu pris en compte ce jeu lorsqu’il a voulu amadouer l’UDC pour son élection au Gouvernement. Il a parlé de pause, de nouveau vocabulaire, de réflexion générale…Bref, de quoi calmer certains à l’intérieur mais de quoi susciter de la méfiance à Bruxelles.


Certes, Le Conseil fédéral doit convaincre l’opinion intérieure. Il doit tout faire afin d’éviter un nouveau rejet populaire. Mais il ne gagnera pas sur ce front avec des faux semblants. L’important est d’avoir une ligne claire, une explication vraiment pédagogique, un engagement du Gouvernement résolu et collégial. Il ne s’agit pas de recourir à une dramatisation qui ne serait pas crédible. Bien sûr, sans Accord cadre avec l’UE, tout ne sera pas perdu pour la Suisse. Mais, assurément, tout sera plus difficile avec un raidissement de l’UE inévitable. Quitte à se faire dire par l’UDC qu’il oublie un peu ses propos de campagne, Ignazio Cassis devrait convenir à voix haute qu’un encadrement de la voix bilatérale et de son mouvement est logique et serait bénéfique à l’intérêt national ; qu’une relation fructueuse et réaliste avec l’UE passe par cela et que notre souveraineté, notre fonctionnement démocratique n’en seront pas altérés.


C’est avec de telles données que le Conseil fédéral pourrait envisager une votation fédérale portant sur nos relations avec l’Union européenne. Mais la question se pose : le Collège gouvernemental dans son ensemble et Ignazio Cassis en particulier seront-ils, en 2018, à la hauteur de ce défi euroéen ; sur les fronts extérieur et intérieur ? Poser la question, c’est ne pas y répondre encore.

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Le défi européen de la Suisse en 2018

En cette fin d’année, on aura à nouveau entendu parler des relations entre la Suisse et l’Union européenne, et des problèmes qu’elles posent. Dire, qu’en 2013, la voie blatérale semblait dégagée et que la discussion pour mettre sur pied un Accord cadre semblait bien progresser. Le succès de l’Initiative contre l’immigration de masse a compliqué la donne, l’Accord de libre circulation des personnes avec l’UE étant évidemment concerné. Le Conseil fédéral et le Parlement ont manœuvré comme ils ont pu, ce qui irrite l’UDC et motive une Initiative en cours, directement dirigée contre l’Accord de libre circulation.


Cette dernière tient à un Accord cadre. On la comprend. Au lieu de, chaque fois, fixer avec la Suisse un calendrier de négociation bilatérale en regard de chaque amélioration de son propre Marché intérieur, un tel Accord permettrait un système automatique de négociation bilatérale , au rythme de l’évolution de ce Marché intérieur européen. Oui, l’UE y tient, mais comment ne pas voir l’intérêt aussi pour la Suisse ? Au lieu de, chaque fois, aller frapper à la porte de Bruxelles afin que son économie ne se retrouve pas en décalage et discriminée, la Suisse aurait ainsi la garantie d’une telle négociation. Comment peut- on, comme chez l’UDC, y voir un danger et non pas un avantage ?

 

Ah les juges étrangers qui supprimeraient notre souveraineté ! Or, c’est archi faux. Chaque accord, découlant de chaque négociation, serait soumis à notre procédure de ratification démocratique. Et la Suisse pourrait ne pas accepter une interprétation juridique par la Cour européenne de justice. Donc l’UDC pourrait toujours et encore clamer ses oppositions. Évidemment, en cas de refus , par exemple populaire, d’un accord, certaines mesures de discrimination de la part de l’UE seraient inévitables. C’est là-dessus que porterait alors une négociation. Eh bien oui, c’est le prix à payer pour le respect de notre fonctionnement institutionnel, de notre souveraineté. Mais que l’on cesse de nous dire qu’elle serait bradée. De fausses allégations répétées ne font pas une vérité.


On a donc joué avec des fantasmes à propos de cet Accord cadre . L’ennui, c’est que notre nouveau ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis , a un peu pris en compte ce jeu lorsqu’il a voulu amadouer l’UDC pour son élection au Gouvernement. Il a parlé de pause, de nouveau vocabulaire, de réflexion générale…Bref, de quoi calmer certains à l’intérieur mais de quoi susciter de la méfiance à Bruxelles.


Certes, Le Conseil fédéral doit convaincre l’opinion intérieure. Il doit tout faire afin d’éviter un nouveau rejet populaire. Mais il ne gagnera pas sur ce front avec des faux semblants. L’important est d’avoir une ligne claire, une explication vraiment pédagogique, un engagement du Gouvernement résolu et collégial. Il ne s’agit pas de recourir à une dramatisation qui ne serait pas crédible. Bien sûr, sans Accord cadre avec l’UE, tout ne sera pas perdu pour la Suisse. Mais, assurément, tout sera plus difficile avec un raidissement de l’UE inévitable. Quitte à se faire dire par l’UDC qu’il oublie un peu ses propos de campagne, Ignazio Cassis devrait convenir à voix haute qu’un encadrement de la voix bilatérale et de son mouvement est logique et serait bénéfique à l’intérêt national ; qu’une relation fructueuse et réaliste avec l’UE passe par cela et que notre souveraineté, notre fonctionnement démocratique n’en seront pas altérés.


C’est avec de telles données que le Conseil fédéral pourrait envisager une votation fédérale portant sur nos relations avec l’Union européenne. Mais la question se pose : le Collège gouvernemental dans son ensemble et Ignazio Cassis en particulier seront-ils, en 2018, à la hauteur de ce défi euroéen ; sur les fronts extérieur et intérieur ? Poser la question, c’est ne pas y répondre encore.

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20/12/2017

La P-26 enfin sérieusement racontée

Dans l’histoire, il arrive que l’on dramatise jusqu’à l’hystérie et la paranoia la découverte d’un fait qui méritait simplement d’être analysé sereinement. Ainsi en a-t-il été de la fameuse P-26, soit l’Organisaton secrète de défense, découverte dans la suite des enquêtes sur l’affaire des fiches. En fouillant dans les dossiers du Département de la défense, on a trouvé cette P-26. L’émission >Temps présent> diffusée ce jeudi soir 21 décembre, lui est consacrée.


De quoi s’agissait-il ? Mise sur pied bien avant la chute du mur de Berlin, elle s’inscrivait dans le scénario connu qui aurait vu se déclancher une guerre en Europe. L’hypothèse était que la Suisse aurait été occupée par l’armée du Pacte de Varsovie, que nos autorités civiles et notre armée n’auraient plus eu prise sur notre territoire. Bref, une situation d’occupation incitant à une résistance. Un scénario que la France et d’autres pays ont connu entre 1940 et 1945.

Précisément, l’idée était que cette résistance puisse s’organiser et fonctionner aussi tôt que possible, avec le moins de dégâts possibles. D’où l’option de mettre sur pied une organisation secrète de cadres, volontaires bien sûr, astreints à des exercices correspondant à une action de résistance. Les armes étaient naturellement confinées dans des dépôts. C’est ainsi que des hommes et des femmes, tous d’âge mûr, mais à la fibre patriotique et démocratique chevillée à l’âme, certains d’être des résistants en cas d’invasion, convaincus qu’une préparation secrète professionnelle était une bonne chose ont été sollicités. Ils se sont fait un devoir, un honneur d’accepter cette charge. Ils y ont consacré beaucoup de temps, en toute discrétion et sans attendre aucun avantage. Cinq parlementaires, dont l’auteur de ces lignes, partageaient le secret.


Et voici que la découverte a soulevé une tempête médiatique et politique. Sans aucune précaution avant une enquête un peu rigoureuse, on a crié à la menée fasciste, au complot contre la démocratie, au mépris des garanties institutionnelles, et même à la préparation dans l’ombre d’on ne sait quel coup d’Etat. Or, les membres de la P-26, ayant prêté serment de se taire, n’ont rien pu dire durant des années. Récemment seulement, le secret a été levé pour eux et ils peuvent enfin s’exprimer. Ils en sont soulagés, tant les attaques dont ils faisaient l’objet étaient blessantes, pour ne pas dire traumatisantes.


Un livre bien documenté a déjà remis toute cette affaire à sa juste place. Mais, surtout, ce jeudi 21 décembre au soir, l’émission <Temps présent> sur la chaîne 1 de la télévision romande présentera donc cette histoire de la P-26. Cette émission a pu être regardée à l’avance par des personnes concernées. Elle est bonne. C’est du vrai travail journalistique professionnel. L’approche est vivante, personnalisée mais rigoureuse et objective. Les journalistes, les politiciens et autres inquisiteurs de circonstance qui étaient, à l’époque, montés sur leurs grands chevaux, devraient, s’ils ont une petite capacité auto-critique, se sentir un peu gênés ; même si on veut bien faire la part du choc de la découverte. Les journalistes, en regard de cette affaire, devraient tout de même se poser quelques questions fondamentales sur les exigences d’un bon journalisme d’enquête et d’information. Raison de plus pour saluer ce <Temps présent> et inviter à le regarder.

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07/12/2017

Donald Trump ou le simplisme dangereux

Toute l’expérience de Donald Trump est celle d’un homme d’affaires audacieux, sûr de lui, prenant des risques, essuyant des mécomptes mais se refaisant une santé financière et jouant un nouveau coup. Le problème , c’est que cet homme est devenu le Président des États-Unis. Il n’est pas question de nier sa légitimité démocratique. Il correspond à des colères, à des réactions d’un électorat qui l’a porté à la Présidence, même s’il n’avait pas obtenu la majorité sur l’ensemble du pays. Il a découvert que les pouvoirs d’un président américain sont assez limités par ceux du Congrès. Mais un président a une bonne marge d’autonomie en matière de politique extérieure. Et, ici, franchement, cela fait peur.


Le voici qui vient de décider le transfert de son ambassade en Israël, de Tel-Aviv à Jérusalem. Certes, il en avait parlé durant sa campagne, Certes, les milieux juifs américains le réclamaient depuis longtemps. Il n’est pas question non plus, ici, de nier l’importance religieuse, politique, culturelle, identitaire que revêt Jérusalem pour les Juifs en général et les Israéliens en particulier. Seulement, il se trouve que cette même ville a des résonances profondes pour les Arabes en général et les Palestiniens en particulier. Ben Gourion avait reconnu la difficulté de faire coexister deux peuples se disputant la même terre. Dans les déchirement issus des deux guerres mondiales, les guerres du proche Orient, ayant abouti à la création puis à la consolidation de l’Etat d’Israël, étaient hélas inévitables. On en connaît la trame.


Or, n’est-il pas de la responsabilité des Etats, particulièrement de l’Europe et des Etats Unis, de concourir au maximum à l’ouverture d’un chemin menant vers la paix ? La politique du Gouvernement israélien, sous pression des partis religieux, suit un chemin inverse. Oh, il serait faux de minimiser les menaces dont fait toujours l’objet Israël, les menées terroristes dont il est victime. Au regard d’une histoire européenne tragique, on ne peut que vouloir absolument la sécurité pour Israël. Mais, à long terme, cette sécurité devrait s’appuyer sur une cohabitation de voisinage avec un Etat palestinien viable, sur des relations apaisées avec les voisins arabes. Qui ne voit l’accumulation des obstacles sur ce chemin. En cis-jordanie, partiellement sous une autorité palestinienne branlante et limitée par l’Etat hébreu, une floraison ininterrompue de colonies. On en est, sauf erreur, à quelque 500.000 ou 600.000 colons résolument implantés en ces territoires conquis ; cela contrairement au droit international et aux résolutions de l’ONU. Quant à Jérusalem, peu à peu des Israéliens soutenus par les autorités y investissent la partie Est ; cette partie de La Cité sacrée pour eux aussi dont les Palestiniens aimeraient faire la capitale de leur Etat.


Comment tout cela peut-il tourner ? Une même ville étant deux capitales de deux Etats ? Ou bien une autre formule avec des garanties apaisant les Arabes ? C’est une situation bien difficile. En revanche, pour la communauté internationale, il y a un devoir de comprendre les aspects symboliques, émotifs de cette situation. Face à une impasse politique actuelle et dans l’espérance d’une reprise d’un mouvement vers la paix, laisser les ambassades occidentales à Tel-Aviv, ne pas les implanter à Jérusalem , c’est prendre acte d’un gros problème, ménager les deux parties au conflit et marquer son attente, son espoir d’une négociation décisive. Lorsque le Président américain dit que sa décision ne change rien à son engagement pour trouver un accord de paix, il se comporte en homme d’affaires et non pas en homme d’Etat qui comprend la complication des choses. On aimerait bien croire avec lui que, malgré cette décision à contre sens, les chances de dialogue n’auront pas diminué encore. Mais on a peine à le croire. Tout processus de paix aura besoin des États-Unis. Leur crédibilité vient d’être entamée par un président qui agit par à coups et ne réfléchit pas en profondeur, en largeur, en durée. C’est inquiétant.

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25/11/2017

Tariq Ramadan dcrédibilisé

Cher monsieur Anastase,

Vous critiquez vivement la conclusion de mon Blog sur Tariq Ramadan. Vous estimez que je me rabaisse en souhaitant que sa perte de crédibilité personnelle, à cause des accusations dont il fait l’objet, entraîne une perte de crédibilité de son discours en général. Vous estimez que cela n’entame en rien ses positions idéologiques. . Et vous citez Céline et Aragon à l’appui de votre critique à mon égard.
Permettez moi de vous dire que vous confondez les cas. Céline était un afreux anti-sémite mais, comme le disait André Chavanne, il n’en était pas moins un romancier de génie ayant écrit un chef d’œuvre. On peut donc parler de cet aspect sans parler de l’autre. De même pour Aragon, zélateur aveugle du communisme stalinien. Il n’en était pas moins un romancier et un poète remarquable.
Tariq Ramadan n’est ni romancier ni poète. Il est tout entier dans son discours politique, sociologique, religieux. Il appuie sur la morale stricte qui doit régir les relations entre hommes et femmes. Il met en cause, à cet égard, notre notion de liberté et d’égalité entre les sexes. Bref, chez lui tout se tient. Il s’est posé en référence à la fois intellectuelle, religieuse et personnelle.
Que ses soucis judiciaires le décrédibilisent sur l’ensemble est donc logique et heureux. Cela peut contribuer à réveiller des esprits endormis. Sur le cas de Frère Tariq, ne vous en déplaise, je persiste donc et signe.

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22/11/2017

La leçon malgré lui de Frère Tariq

Sans trancher sur la seule base de témoignages relayés par les médias, laisssons la justice s’occuper éventuellement des accusations portées contre Tariq Ramadan au sujet de comportements répréhensibles qu’il aurait eus avec quelques jeunes femmes, voire des jeunes filles ; cela en profitant de sa position d’influence. Regrettons peut être que certaines, qui se présentent comme des victimes, n’aient pas su ou pu se rejoindre et adresser à temps , à visage découvert des dénonciations apropriées. Mais ici n’est pas le propos.


Ce qui importe ici est de relever la faible résistance d’intellectuels, de responsables politiques, médiatiques, administratifs ou autres face à la sinuosité et à l’ambiguïté du personnage habile et talentueux. On a assez d’informations pour savoir qu’il adapte très bien ses paroles et ses textes au public qu’il cible. Pour avoir été avec lui sur un plateau de télévision après les attentats de Madrid, il y a quelques années, nous nous souvenons de sa courbe dialectique : <je condamne ces actes mais…> Beaucoup était dans ce mais. Il évoquait des Musulmans pas assez respectés dans leur culture propre, leur identité, discriminés socialement et professionnellement. Il profitait de mettre en cause un contexte nous culpabilisant, expliquant en partie la dérive de certains jeunes. Et voilà, sans avoir l’air d’y toucher, le mal affreux, le crime impardonnable quelque peu enveloppés dans une habile sinuosité dialectique.


Autre exemple illustratif à propos de la lapidation , en certaines régions, de femmes ayant eu un contact sexuel hors mariage. On aurait pu attendre un simple et franc cri d’horreur, un appel à supprimer immédiatement et définitivement une telle abomination au nom de valeurs humaines universelles. Mais non ! Seulement un appel à un moratoire adressé aux pays où existe une telle pratique. Ne pas heurter de front les Musulmans intégristes et leur vision de la femme. Faire la part de la culture, inciter à une évolution autonome, en douceur : Ne surtout rien se voir imposé par un Occident de toute manière dépravé et décadent. A la lumière des révélations actuelles sur le personnage, cela ferait presque rire s’il ne s’agissait pas d’une horreur.


En revanche, rappelons les réactions intransigeantes lorsque tel journal, en Europe, use de sa liberté d’expression pour critiquer l’Islam, caricaturer Mahomet comme il le fait à propos d’autres religions. Rappelons que ce même Tariq avait agi afin que ne soit pas jouée la pièce de Voltaire sur Mahomet car elle heurtait trop, à ses yeux, la sensibilité des Musulmans.


Ainsi apparaît Tariq Ramadan, en réalité vrai petit fils du fondateur des Frères Musulmans. Or, il a su anesthésier nombre de gens en Europe, qu’il séduit habilement. Ces personnes se voient en esprits ouverts, tolérants. Ils mettent en garde contre la tentation de l’islamophobie. Ils comprennent son mais… à propos du terrorisme. Ils comprennent son souci psychologique et pédagogique à propos de la lapidation. Ils ne le considèrent nullement comme une menace insidieuse mais comme un interlocuteur intéressant.


Quelle mollesse de l’esprit et de l’instinct, quelle erreur ! Toutes choses égales d’ailleurs, on pense à ces intellectueéls complaisants envers le fascisme par allergie au communisme ; et, inversement à ceux, nombreux, qui fermaient les yeux sur le stalinisme par crainte de s’allier aux facistes, ou même aux démocrates mais tellement bourgeois capitalistes. Il y a enfin ceux qui préconisent de ne pas faire trop de bruit, par gain de paix, pensent-ils.


Aveuglement, manque de solidité, de force de conviction, indulgence ou indifférence coupable face à des dérives idéologiques, religieuses évidentes, perte de vue des principes cardinaux de notre vie en commun : l’histoire est remplie de ces personnes , de ces personnalités éminentes qui n’ont pas su percevoir et combattre aussitôt les germes de ce qui pouvait conduire au pire. Lénine, qui s’y connaissait en stratégie déstabilisatrice, parlait de ces <idiots utiles> qu’il fallait, précisément, utiliser. Gageons que Frère Tariq a bien compris le message.

Les affaires personnelles dans lesquelles Tariq Ramadan semble être mal engagé peuvent avoir une une conséquence plus large bénéfique ; celle de miner sa crédibilité , de réveiller les endormis sous hypnose, de susciter leur esprit critique, de les amener à retrouver un attachement solide, charpenté aux valeurs fondamentales qui sous-tendent nos Etats laïques et nos Sociétés démocratiques.

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