Le Temps passe... - Page 2

  • Un oui normal sur la laïcité

    Quel va être le résultat du vote concernant la loi sur la laïcité ? Ses opposants donnent de la voix. On nous parle de discrimination, d’atteinte à La liberté personnelle, à l’égalité des citoyens, d’hostilité à l’Islam, d’incitation aux tensions confessionnelles. Tout cela est faux pour qui voit dans une telle loi sur la laïcité un cadre équilibré et rassurant, permettant des relations saines entre notre Etat laïc et les communautés religieuses organisées sur sol genevois. Il n’y a donc aucun problème pour les églises parfaitement en adéquation avec ces règles du jeu. Il devrait être déterminant, dans l’esprit des votants, de constater que les trois églises chrétiennes traditionnelles de Genève recommandent sans état d’âme de voter oui. Or, il a fallu une belle évolution historique pour en arriver à cette concordance entre elles et notre Etat laïc. Ce projet de loi confirme la volonté réciproque d’entretenir des relations à la fois réservées et positives entre l’Etat et les communautés religieuses. En revanche, ce texte ferme la porte au risque d’une évolution vers un communautarisme, à des différenciations pesantes qui finiraient par juxtaposer des habitants se référant à leurs normes particulières, jusques dans l’exercice de fonctions publiques.


    Soyons clair, sans langue de bois, sans auto-censure par crainte de se faire accuser de préjugés anti-musulmans. Oui, ce projet gêne directement des Musulmans fondamentalement allergiques au principe de laïcité. Un Hanni Ramadan, dans sa fidélité intime aux frères musulmans, en est une illustration ; lui qui comprend la lapidation des femmes dites infidèles et ose dénoncer chez nous une discrimination. Or, chez nous, il s’agit, au contraire, d’une égalité requise en regard de ce principe de laïcité. Il est assez piquant de regarder telles personnalités de gauche, notamment des femmes, qui brandissent les valeurs de liberté et d’égalité ; alors que chacun sait, par exemple, que certaines tenues vestimentaires masquant la femme sont très souvent l’illustration de leur soumission. Ah, quand le féminisme ne sait plus très bien où il en est ! Si l’on n’y prend pas garde en temps voulu, le risque de grignotage anti laïque peut aller loin. En France, il a fallu remettre à l’ordre une juge qui envisageait la charria, reconnue légalement, pour des litiges entre Musulmans. En Grande-Bretagne, il y a des dérives incroyables dans ce sens, qui est un contre sens d’une politique d’intégration.


    Il n’y a aucun parti pris anti Musulmans dans ces lignes. Il y a simplement le constat que c’est là que se situe une crispation, soutenue par des élus qu’aveuglent leur crédo en faveur du multiculturalisme. Demander à des femmes exerçant une fonction publique de ne pas arborer des signes d’identité religieuse trop marquants, attendre de résidentes à Genève ayant à utiliser l’Etat que leur visage soit visible : où est le scandale ? C’est simplement affirmer que l’Etat doit être laîque et donc neutre jusques dans son apparence. C’est affirmer que cet Etat neutre, laïque est celui de tous, que la réserve et la transparence qu’il s’impose et qu’il impose a une vertu d’intégration et de barrière contre une tendance au communautarisme. La loi genevoise sera une loi de collaboration ( par exemple en offrant un support administratif aux églises pour leur recherche de financement), et une loi de prévention contre des dérives possibles, dont l’évocation ne relève nullement de la paranoia.

     

    Cette loi ne discrimine aucune religion. Elle incite même à ce que l’école informe sur elles. Elle s’adresse à toutes sur pied d’égalité en leur disant : avec, certes, vos spécificités vous avez à respecter les règles en vigueur dans ce canton ; lequel a son histoire, ses acquis, son exigence de laïcité et ses normes minimales garantissant une vie en commun.

     

  • Pierre Maudet s’aveugle

    De l’Assemblée générale du PLR genevois, mardi dernier, il y a au- moins un fait plutôt positif à relever. Introduite par le Président Alexandre de Senarclens qui a touvé les mots justes, démontré sa classe et son intégrité, elle n’a pas donné lieu à des affrontements oratoires violents. C’est un atout pour préserver l’unité du parti. N’en déplaise à ceux qui, au café du commerce et dans les salons mondains où l’on cause, croient de bon ton d’afficher une critique sans nuances, une suffisance agressive à l’égard de la politique et des politiciens, la confrontation vive et très franche n’exclut pas le respect des contradicteurs. Cela s’appelle l’esprit démocratique et la culture politique suisse. Il faut avoir des convictions, des positions fortes, monter au front mais ne jamais glisser dans l’excommunication généralisée et le mépris.

    Cela étant, quelle histoire déplorable ! Quel gâchis ! Quelle situation lourde de conséquences ! Il était évident qu’on allait avoir une assemblée divisée entre ceux qui attendent une démission de Pierre Maudet afin d’assainir un climat pourri et ceux pour lesquels la fidélité au magistrat attaqué, en difficulté reste prioritaire. Un Parti, comme toutes les autres entités de la société, est un cercle où se mêlent des idéaux, des références éthiques, des convictions, un désir de servir mais aussi des jeux de pouvoir, des mégalomanies, des ambitions, des rivalités, des égos narcissiques. Allez dire que l’on ne retrouve pas ce mélange au sein des entreprises, des universités, des organisations humanitaires et même des églises ! On pourrait en donner maints exemples. Partout, il y a des pulsions, des émotions positives et négatives.


    Lors de l’Assemblée, les politiciens les plus connus ont été de ceux qui jugent la situation intenable, moralement inacceptable et souhaitent la démission. Ce sont plutôt les militants attachés à la figure du chef qui ont arraché la courte majorité de soutien au magistrat. Une majorité que souhaitait Pierre Maudet, même si, compte tenu des abstentions, cela ne faisait pas une majorité des participants. Une division et des esprits déroutés : voilà l’effet pervers de l’exercice. Naguère, Elisabeth Kopp avait dû démissionner du Conseil fédéral. Or, plus tard, elle fut acquitée par le Tribunal fédéral qui écarta toute faute pénale, Mais sa situation politique, surtout à cause de son mensonge, était devenue intenable. Elle en tira tristement la conséquence.


    Dans l’affaire Maudet, on a le même décalage entre le temps de la justice et le temps politique. Peut être, qu’à la fin, Pierre Maudet ne sera pas condamné. Mais la procédure d’investigation va durer des mois. Et quoi qu’il en soit, le mensonge avéré et admis a plombé sa crédibilité politique. La confiance n’existe plus entre lui et ses collègues ; plus entre lui et le Parlement ; plus entre lui et la moitié de son parti ; plus entre lui et le PLR suisse. L’image de Genève en souffre. La méfiance des gens envers les politiciens en est stimulée. La crise interne au sein du PLR risque de lui nuire, déjà, lors des élections fédérales. Et Pierre Maudet, élu comme l’homme fort du Gouvernement, se retrouve avec un dicastère tout rétréci. Il était sur le siège présidentiel. Il est de bizingue sur un strapontin proche d’une sortie de secours.


    Tout ce qui faisait la force de l’homme se retourne en éléments négatifs. Il y a confusion entre la volonté de se défendre, la capacité de résister, le désir affiché de poursuivre un engagement et une fausse appréciation de l’intérêt général. Personne ne peut contraindre Pierre Maudet à se retirer. Lui seul est devant sa responsabilité : face à son Parti, aux institutions, aux Genevois. Lui seul peut se demander si son maintien envers et contre tout ne fait pas du mal à Genève. Lui seul est devant sa conscience formée dans une tradition religieuse. En tirera-t-il finalement une conclusion, dans une perception retrouvée de l’intérêt général ?

  • Noël sans haine

    Dans ce monde où tant de choses sont si dures, on entend parler de la joie de Noël. Récemment,lors de sa prédication, La pasteur Marie Cénec évoqua l’attentat criminel perpétré au réputé marché de Noël à Strasbourg. Pour elle, native de cette ville où elle a passé son enfance, cet acte odieux résonnait particulèrement. Mais elle mit en évidence les rassemblements des habitants qui eurent aussitôt lieu. On entendit des paroles émouvantes. Revenait ce message fort : la haine ne nous gagnera pas, la joie de Noël ne nous abandonnera pas. Et le marché féérique continua d’éblouir les passants, comme une offrande aussi aux victimes. Comme après d’autres attentats ignobles, une certitude s’imposait : la terreur peut faire renaître le meilleur de ce que les hommes savent aussi développer.


    A cet égard, les Chrétiens, qui n’ont pas le monopole d’une révélation religieuse, sont porteurs d’un message. La naissance évoquée de Jésus annonce la destinée d’un homme relié à ce qui nous dépasse mais peut nous habiter et nous guider ; une destinée qui va offrir l’idée que la mort n’est pas la fin de tout, que la vie a un sens et qu’un mouvement de resésurrection mystérieuse est en travail en chacun de nous. Le message est d’autant plus fort qu’il passe par le chemin de croix, soit la rencontre du mal et de la souffrance. Or, au début et à la fin, le cœur du message chrétien porte la joie, l’amour et l’espérance. On peut en penser ce que l’on veut, mais ce n’est pas mal et l’histoire humaine en a été marquée à jamais.


    Oui,mais gare pour autant à l’angélisme, à l’oubli de la réalité. Le mal, la perversion de l’esprit et de l’émotion existent jusques dans le domaine religieux. Il faut regarder cela en face, lucidement. Soyons clair. L’Islam d’aujourd’hui, tel qu’il a parfaitement droit de cité dans nos villes européennes, n’a pas su neutraliser une action persistante et tenace d’un islamisme de non intégration et d’agressivité. Que ce soit le fait d’une petite minorité, qu’il faille se garder de tout amalgame, qu’une politique large d’intégration, notamment par la scolarité et la formation, soit nécessaire : voilà qui n’empêche pas de constater une inquiétante force de pénétration. Face à cette réalité, le rappel de nos valeurs humaines, sociales, politiques, institutionnelles est un devoir vital. Les règles de nos démocraties, les critères de notre vie collective, dont la laïcité, doivent être affirmés sans la moindre faiblesse. Gardons nous du relativisme dans ce domaine et de la gélatine trop explicative. La détection, la répression, la sanction sont les instruments de la guerre légitime et impérative à mener contre les semeurs et les inspirateurs de haine.


    Noël n’en a pas moins toute sa lumière et pleinement son sens. On doit mener la guerre contre les forces de destruction, mais sans la haine qui nous mettrait à leur triste diapason. Une part essentielle de la résistance est la résilience. Il donc bon d’être animé, rassemblé par la joie de Noël. Les Chrétiens en particulier, tout en pensant à la souffrance si lourde dans ce monde, ont une chance de s’ouvrir à la possibilité de la joie ; grâce à une bonne nouvelle qui a du sens et qui rassemble.

  • Des gilets jaunes excusent la violence

    Les gilets jaunes vont-ils remettre cela samedi ? Après le drame de Srasbourg, après les dégâts considérables qui ont accompagné leurs manifestations, après l’épuisement de forces de l’ordre exemplaires ? Ont-il la conscience d’une triste contradiction ? Alors qu’ils protestent légitimement contre leur faible niveau de vie, leur faible pouvoir d’achat, leur action a causé de terribles manques à gagner pour de nombreux commerçants, restaurateurs, hôteliers en cette fin d’année, en cette veille de Noël. Il y aura sans doute des faillites, des mises forcées au chômage, des impossibilités de meilleures rémunérations ; même si Emmanuel Macron semble obtenir des gestes de la part de quelques grandes entreprises. Mais les petites et les moyennes ! Il y a le risque que la France perde la confiance des investisseurs que les efforts du Président regagnaient peu à eu. Car il ne s’agissait pas de cadeaux aux riches et aux capitalistes pour qu’ils jouent plus au golf ,mais d’incitation aux investisseurs et aux entrepreneurs afin qu’ils crèent de l’emploi. Bien sûr, il y faut un surcroît d’attachement à l’intérêt général, une meilleure fibre sociale. Mais en attendant, on craint le déficit public que les mesures immédiates annoncées par Emmanuel Macron vont causer. Bruxelles s’en émeut déjà. Bref, la détérioration d’image pour le pays, l’entrave à l’engagement sur le plan européen, une plus grande peine à redresser et à réformer un pays qui traine des boulets : voilà des conséquences de la révolte des gilets jaunes. Ne pas le voir serait faire l’autruche se cachant la tête dans le sable.

    Évidemment, la facilité pour les gilets jaunes est de répondre qu’ils ne sont en rien responsables des dégâts et des conséquences négatives de ces samedis noirs ; que tout découle des erreurs, de la surdité , de l’aveuglement, de l’insensibilité sociale et de l’arrogance du pouvoir ; que ce Président des riches est déconnecté des Français qui rament, qui souffrent au quotidien. Cette impression a été analysée par de nombreux commentateurs durant ces derniers jours. Ces augmentations de taxes inopportunes ont provoqué une colère compréhensible qui montait depuis longtemps. Car, si des erreurs ont été commises depuis dix-huit mois, le mal est profond et vient de loin. La France est le pays européen dont les prélèvements obligatoires sur les citoyens sont les plus lourds. Certes, elle affiche ce qu’elle appelle son modèle social, sa large sécurité sociale, son niveau de soins ; mais elle présente aussi la fonction publique la plus pléthorique, une des bureaucraties administratives les plus compliquées, centralisées, décourageantes.

    On peut comprendre que des gilets jaunes, eux, ne comprennent pas ce qu’ils appellent les cadeaux faits aux riches dans la fiscalité. Renaît aussi ce vieil esprit de lutte des classes qui n’a jamais vraiment disparu. Or, ce que veut Macron, c’est inciter les entrepreneurs, les capitalistes à investir, à entreprendre en France afin de relancer un dynamisme économique et donc à créer des emplois dûment rémunérés, donc du pouvoir d’achat ; cela en s’inscrivant dans la transformation inévitable du tissu des métiers, ce qui exige l’adaptation des formations. En fait, la politique est un exercice très difficile. Il faut imprimer un mouvement selon un diagnostic, une vision, une stratégie ; et il faut, en même temps, être attentif aux besoins, aux souffrances des hommes et des femmes qui s’étirent sur ce chemin où ils voient souvent plus d’épines que de roses. Il y faut un dosage de mesures sociales et une communication, une pédagogie qui ne soient pas abstraites. La France est un pays de verticalité avec un Etat dont on attend toujours beaucoup trop. Les Rois, Bonaparte et Robespierre ne sont jamais loin les uns des autres.


    Espérons que le Président Macron va reprendre la main, son élan vers des réformes et des assouplissements indispensables ; mais en trouvant des voies nouvelles de dialogue, de large participation, de concordance négociée. Non pas copier la Suisse, mais assembler de vrais ingrédients français nouveaux.


    Cela étant, revenons aux manifestations. Il y a une mentalité inquiétante chez de nombreux gilets jaunes. On en a entendu plusieurs. Certes, ils n’ont pas décidé la casse. Mais ils sont montés à Paris et vers d’autres villes sans autre précaution que l’appel à la mobilisation. Pas d’organisateurs-interlocuteurs reconnus, pas de service d’encadrement filtrant les arrivants suspects, pas de contact préalable avec les autorités de police. Et puis, devant le spectacle désolant des exploits de casseurs, parfois des commentaires incroyables et scandaleux. <Que voulez-vous, c’était inévitable, c’est la faute du Président et du Gouvernement, il faut admettre ces dommages collatéraux>. Voire : <cela a obligé le pouvoir à prendre conscience des choses…>. Quel réconfort d’entendre un Alain Juppé dire aux gilets jaunes qu’ils savaient que lancer des manifestations massives dans ces conditions était une invitation aux casseurs ; ou bien une Ségolène Royal rappeler que rien n’excusait ces actes odieux contre les personnes et les institutions. Quelle honte, en revanche, que ces tentatives de récupération par certains politiciens. A noter que Marine Le Pen a mieux ressenti la dérive qu’un Jean-Luc Mélanchon qui s’est déshonoré, tout comme ses amis. Oui, le plus grave est cette acceptation de la violence et cette manière désinvolte de s’en accommoder, de trouver que c’était le prix à payer en marge de manifestations pour une juste cause.


    Dans une démocratie, lorsque des personnes, qui se présentent comme des citoyens de base, ne sont plus scandalisés par des voyous et des graines de meurtriers qui infiltrent et débordent leurs cortèges, il y a un ver dans le fruit. Que serait-il advenu sans l’engagement admirable des forces de l’ordre engagés jusqu’à l’épuisement. Oui, en profondeur, cet accommodement au pire est grave. Si cela devait se renouveler, le rassemblement sonore d’une majorité des Français dans la condamnation rassurerait sur la France. Puisse samedi prochain n’être pas une nouvelle réplique. Puisse la France de Macron,—comme celle de de Gaulle après mai 68–, capter certes quelque chose de ce qui aura eu lieu, en tirer des leçons mais se retrouver sur ses deux pieds afin de pouvoir reprendre sa marche en avant.

  • Pas de Gilets jaunes à croix suisse

    Les dégâts provoqués,à Paris surtout, par les manifestations des gilets jaunes laissent pantois. Oh, les Genevois ont eu aussi leurs casseurs. On se souvient des aimables à côtés du G7 d’Evian. On peut même parler de schémas analogues en ceci : des manifestants nombreux, bruyants mais pacifiques se font infiltrer par des casseurs. Pour la police, la tâche est très difficile. Comment arrêter ces voyous avant qu’ ils ne passent à l’action en groupes distincts des manifestants ? Est-ce à dire que des protestataires devraient renoncer aux manifestations de masse, à cause du risque que tout dégénère ? Évidemment non. Ce serait, au nom de la sécurité, étouffer un droit démocratique important.


    Cela étant, oui ceux qui appellent à manifester ont une responsablité. Il ne peuvent tout attendre de la police. Ils doivent mettre sur pied leur propre service d’ordre, organiser des moyens d’expulser du cortège ceux qui montrent des signes avant-coureurs de ce qu’ils recherchent. Plus facile à dire qu’à faire, bien sûr. Il faut donc des responsables reconnus qui s’entendent avec les autorités chargées du maintien de l’ordre afin de fixer et de maintenir le plus possible les règles du jeu. La désorganisation des gilets jaunes a pesé lourd. Il n’empêche que le risque d’une dérive existe toujours. Il faut savoir que, dans une foule chauffée à blanc, la dynamique de groupe flirte avec l’explosion. Une personne prise dans ce genre d’ambiance n’est plus tout à fait elle-même ; cela quelle que soit la cause proclamée.


    Il y a autre chose à considérer. C’est l’histoire et la culture politique de la France. Ce beau pays, forgé par le haut, n’à cesé de balancer entre la tradition monarchique, sous diverses formes, et la tentation révolutionnaire. Louis xv1, Robespierre et Napoléon étaient des contemporains bien français. Manque de concertations naturelles, peu de participations citoyennes au fonctionnement politique : le face à face périodique entre le pouvoir et la rue est, en quelque sorte, génétiquement programmé.


    Cela devrait montrer à tous les Citoyens suisses combien l’histoire, la structure, la culture politique et le fonctionnement institutionnel de ce petit pays sont des atouts précieux et des garants d’une paix civile. Le Référendum et l’Initiative ne sont pas des instruments en main du pouvoir ; ils sont en main du peuple. Ce partage horloger des pouvoirs complique certes le processus de décision. Mais ce que nous voyons chez nos voisins ne peut que nous le rendre attachant. Tout n’est pas parfait. Il y a abus des Initiatives conçues, à l’origine, comme une possibilité de recours au peuple par des minorités non ou mal représentées au parlement. Les deux plus grands partis, l’UDC et le PS , y recourent abusivement. Les grandes associations aussi. Mais, tout étant considéré, ne grognons pas trop.


    Attention, cependant, de ne pas nous sentir supérieurs à nos voisins auxquels nous sommes liés par tant d’intérêts et de valeurs. Leurs déboires doivent nous inquiéter ; leurs équilibres maintenus ou retrouvés nous rassurer. On ne peut que souhaiter à la France une voie apaisée vers des réformes conduites en concertation.

  • Pour un Conseil fédéral moteur

    Ouf ! L’Initiative de l’UDC a fait chou blanc. N’y revenons pas. Ah, si la mobilisation avait été pareille contre celle sur l’immigration, tout serait plus facile. Depuis trop longtemps, l’UDC dicte le calendrier politique en matière de politique étrangère. L’actuel Chef du Département a commencé par laisser du flou sur la conduite des affaires, sur la ligne à suivre dans les négociations avec l’ Union européenne. On a eu un peu l’impression, qu’à force de tâter le terrain politique intérieur, le Gouvernement risquait de ressembler à un Général qui laisserait des troupes diséminées s’aventurer au hasard sur un champ suspecté de contenir des mines à retardement ; quitte à reprendre le pilotage si ça n’explosait pas trop. Exagération ? Oui, mais c’est pour carricaturer une impression ressentie.

    Dans une chronique, l’ancien Ambassadeur François Nordmann a parfaitement décrit un risque de dérive institutionnelle. La politique étrangère est une matière complexe qui exige un engagement clair. C’est pourquoi cette responsabilité doit être , en amont, le propre du Gouvernement. A lui, ensuite, de s’engager pédagogiquement devant le Parlement et, au besoin, démocratiquement devant le peuple. Qu’il consulte avant, soit. Mais c’est à lui d’éclairer la route , de négocier en solidité et crédibilité avec nos partenaires.


    Le résultat de la votation devrait remettre notre gouvernement fermement en selle. A lui, malgré ou avec le Brexit anglais, en obtenant des garanties sociales légitimes, de négocier un Accord général de principe et de procédures avec l’UE. A lui,ensuite, de s’engager devant le Parlement et devant le peuple avec conviction. Karin Keller-Suter a dit qu’elle voulait un Gouvernement collégial reprenant mieux l’initiative politique. Raison de plus pour souhaiter son élection le 5 décembre. Personne ne veut d’un Gouvernement autoritaire. Ce serait contraire à nos institutions et à notre culture. Mais on veut un Conseil fédéral -moteur ; pas un semi-remorque.

  • Le sale coup sur Moutier

    On doit croire à la bonne foi et à la rigueur de l’examen juridique de la préfète du Jura bernois qui a annullé la votation de Juin ; soit un vote par lequel la ville et district de Moutier avait décidé de quitter le canton de Berne et de rejoindre la Cantondu Jura. Certes, le vote fut acquis à une très courte majorité Mais enfin, on a cru un moment que cela mettrait un terme à la très longue et pénible affaire jurassienne qui dure depuis des décennies. On s’attendait à ce que les modalités pratiques prennent du temps. On imaginait bien des recours portés par des gens mécontents. Mais, franchement, même si des irrégularités avaient pu avoir lieu, on ne pensait pas qu’un scrutin, surveillé notamment par des observateurs fédéraux, serait invalidé. Formellement, puisque la votation avait lieu dans une ville du Canton de Berne, il est compréhensible que le contôle de régularité ait été le fait d’une déléguée du gouvernement bernois. Mais, dans le contexte, cela laisse forcément un sentiment de malaise.


    Évidemment, il est difficile d’avoir un commentaire objectif. Toutefois, pour qui a suivi depuis longtemps l’affaire jurassienne, le passage de Moutier du Canton de Berne au Canton du Jura parait assez logique. Après Delémont et Porrentruy, les séparés des votations de 1973, tout montrait que Moutier était en orbite et allait faire mouvement vers le nouveau canton ; ce qui n’apparaissait pas du tout dans les autres districts ayant à l’époque choisi de demeurer bernois. Et pour la Confédération comme pour l’ensemble du canton de Berne, ce passage de Moutier aurait très probablement l’avantage de clore l’affaire jurassienne. Si l’annulation du vote est confirmée en appel puis au Tribunal fédéral, ce sont de nouvelles années de tension qui se préparent, bien regrettables autant pour le canton de Berne que pour la Confédération. Si on comprend la démarche des anti-séparatistes qui ont réussi à faire annuler le vote, on peut leur dire qu’ils n’ont pas rendu service au Canton qu’ils ne veulent pas quitter ; alors qu’en acceptant le verdict ils auraient pu sans doute obtenir des garanties au sein du canton du Jura ; qu’il s’agisse d’éléments comme la scolarité ou l’hôpital de Moutier.


    En fait, cette histoire jurassienne remonte au Congrès de Vienne ; lorsque les grandes puissances ont attitbué à Berne, —qui ne le demandait pas—, ce Jura francophone. Que les districts du Nord, catholiques, aient pu arracher leur indépendance de Berne et se faire accueillir comme Canton ; voilà qui était logique. Que Moutier, en proie à la suite de l’effervescence séparatiste finisse par rejoindre ce Canton du Jura, voilà qui semble inscrit dans l’histoire. Que les autres districts du sud préfèrent, même avec un reste de territoire francophone devenu très petit, demeurer bernois car leurs habitants sont très majoritairement reliés personnellement et collectivement au vieux canton ; voilà une réalité que l’on se résignait à admettre dans le canton du Jura. Pour en finir donc, il fallait que les citoyens de Moutier votent en majorité pour le Jura et non pas contre. Cela semblait fait. Si la justice confirme l’annulation prononcée par un préfet bernois, tout sera à refaire ; car on ne pourra pas en rester là durant des décennies, n’en déplaise aux recourants. Au fond, tout le monde, ou presque, se serait bien passé de leur coup juridique. Puisse au moins la suite ne pas baigner dans la violence. Une réussite helvétique, dans cette longue crise jurassienne, a été de maîtriser la violence. C’est le souhait immédiat.

  • L’Initiative anti-suisse

    Des trois sujets soumis au vote populaire, le plus important est évidemment l’Initiative de l’ UDC dite pour <le droit suisse au lieu de juges étrangers>. Beaucoup a déjà été exprimé sur les conséquences négatives qu’aurait ce texte s’il était accepté et inscrit dans notre Constitution. Ce serait un renversement d’attitude et d’image de la Suisse sur la scène internationale, et européenne plus particulièrement. D’ailleurs à Bruxelles, on attend le vote helvétique avant poursuivre les négociations si nécessaires en vue d’un acccord institutionnel général. Il devrait cadrer la marche à suivre pour établir la succession des accords bilatéraux qui éviteront à la Suisse d’être en décalage, soit en risque d’être discriminée. Dans le journal le Temps du lundi 29 octobre, le Conseiller d’Etat Piere Maudet a parfaitement décrit le décrochage qu’un succès de l’Initiative entraînerait, au détriment de la Suisse en tous domaines, et aussi de Genève évidemment.

    On a un exemple qui concerne nos universités, nos hautes écoles, nos chercheurs et nos étudiants. Depuis le fameux vote de l’Initiative contre l’immigration de masse, impliquant l’Accord avec l’UE sur la libre circulation des personnes, notre participation aux programmes européens de recherche a considérablement diminué. On mesure mal, —mais elles seront inéluctables—, les conséquences dommageables pour la haute formation en Suisse, base sur laquelle s’appuie notre économie et donc condition de notre prospérité. Alors, comment peut-on prendre un tel risque ?

    Cela nous fait penser au débat que nous avons mené, il y a un an, avec Christoph Blocher. Ce dernier, parlant du projet d’Accord institutionnel avec l’UE a fait une déclaration étonnante. Comme entrepreneur, a-t-il dit, je devrais être pour ; ce que me disent mes collègues entrepreneurs. Mais tant pis si c’est plus difficile. Je suis un patriote et pour moi prime la sauvegarde de notre souveraineté et de notre démocratie, lesquelles sont liées à notre histoire et notre identité. N’est-ce pas une belle déclaration ? Or, elle ne correspond nullement à notre histoire.

    Certes, dans le pacte fédéral de 1291, est affirmé le refus de se soumettre aux juges étrangers ; qu’ils fussent autrichiens ou de l’Empire germanique. Et la figure de Guillaume Tell incarne la résistance. Mais Christoph Blocher a tort de se prendre pour un fils adultérin du héros légendaire. Même à l’époque, il était question de traités avec l’Empereur. Plus tard, la Suisse put s’affermir au fil de traités avec la France. La Neutralité consacrée en 1815 le fut par les traités avec les puissances européennes. Au fil de tous les événements qui suivirent, ce furent des négociations avec nos partenaires et les institutions internationales qui confortèrent notre assise de pays indépendant et notre collaboration avec l’extérieur ; dans notre intérêt et dans l’intérêt général.


    Notre apport, précisément, tout comme la défense de nos intérêts sont reliés à notre réputation de fiabilité juridique. Notre signature est sûre et crue. Imaginons un peu, —si l’Initiative passait—, des négociations au cours desquelles nos partenaires penseraient : quelle confiance accorder à la Suisse, dès lors que des juges suisses seraient priés de ne pas tenir compte du traité passé avec nous s’ils voyaient, sur tel ou tel point, une contradiction avec l’ordre juridique indigène ? Finie la belle maxime <Pacta sont servanda>. Or , cette acceptation d’un engagement international dans les ordres juridiques internes est justement la cause que ne cesse de défendre la Suisse : pour un monde de paix, pour davantage de respect des droits humains. Notre souveraineté, notre identité sont faites de cette dimension intégrée dans notre Droit et nos consciences.

    Quant à la Cour européenne des droits de l’homme, cible de l’UDC, elle ne corrige pas souvent le législateur ou le juge suisse. Et les recours à cette instance sont le fait de personnes habitant la Suisse. C’est donc un surcroît , et non pas un abandon, des droits démocratiques.

    Mais assez. La majorité des Suisses dira non à cette Initiative qui nous serait nuisible et ne correspond pas à notre identité ni à notre rôle dans le monde.

  • Oser dire les choses

    Le week-end dernier, on a pu lire que des propos du Conseiller national Benoît Genecand avaient suscité des remous. Peut être qu’il aurait pu s’épargner quelques compléments à son message principal, lequel était de dénoncer le deal de rue dans son quartier de Genève ; en précisant que ces dealers étaient essentiellement des Noirs. S’il avait dit Africains, particulièrement de l’Afrique de l’ouest, aurait-il moins fait réagir ? Car, évidemment, ses phrases lancées sur un réseau social ont été qualifiées de racistes et xénophobes.


    On a envie de dire aux censeurs : <ça suffit>. Cet excès de zèle, au nom de la lutte contre la xénophobie et le racisme, va exactement à fin contraire. De plus en plus de citoyens sont irrités par cette constante pression bien pensante qui vise à obtenir une auto-censure. La Liberté d’expression en est atteinte et le débat démocratique pourrait risquer d’être mis sous tutelle moralisante. Parfois, on frise le ridicule. Oh, que l’on ne nous fasse pas dire ce que nous ne disons pas. Nous avions soutenu avec engagement la loi contre le racisme et l’anti-sémitisme. Il fallait une barrière, en regard du passé et en prévision de l’avenir. Mais rapprocher toujours plus cette barrière de la parole libre devient inacceptable. Un vrai démocrate ne peut que le ressentir.


    Écrire , par exemple, que tous les Africains seraient des traficants, des délinquants : voilà qui serait évidemment raciste et xénophobe. Mais écrire que le trafic de rue dans un quartier de Genève est largement le fait d’Africains : est ce du racisme ? On plaisante. C’est une constatation que tout le monde peut faire. Aussi dans d’autres quartiers. Ne pas oser le dire ou l’écrire par crainte de se faire accuser de racisme et de xénophobie : voilà qui est une sorte d’abdication sur La Liberté d’expression, une petite lâcheté démocratique.


    Cela n’indique pas que l’on doive suivre l’UDC ou le MCG quant aux remèdes préconisés. Par rapport à nos liens avec l’Afrique, par exemple, l’auteur de ces lignes a croisé le fer vivement avec Christoph Blocher en personne, lors d’un débat. L’avenir commande des relations de partenaires entre l’Europe et l’Afrique ; sur pied d’égalité et dans l’intérêt mutuel. Et, par ailleurs, nous n’apprécions pas toutes les positions exprimées par Benoît Genecand, notamment en ce qui concerne notre Accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne.Mais c’est un autre sujet.


    En revanche, son propos sur le deal de rue par les Noirs doit être reçu comme étant une constatation d’un fait réel et vérifiable. En démocratie, faire silence sur tel aspect afin de ne pas donner des arguments aux populistes, c’est justement leur donner les meilleurs atouts électoraux. Ils peuvent, non sans raison, dénoncer une propension à masquer des vérités, au nom d’une fausse bonne conscience. Ces obsédés de la non stigmatisation en perdent leur crédibilité, Oui, il y a des limites nécessaires à la liberté d’expression. Mais ces limites doivent être suffisemment larges, concerner des paroles intentionnellement racistes. Elles ne devraient pas être ramenées au point où La Liberté d’expression serait abusivement bridée. La franchise et le réalisme dans la description des faits constituent aussi des valeurs et des repères pour l’action politique. Alors oui, osons sans tabou dire les choses telles qu’elles sont. C’est une des clés de la démocratie.

     

     

  • Un salut aux deux ministres sortants

    Pour un Parlementaire, l’élection puis la démission d’un Conseiller fédéral est toujours un moment d’une certaine émotion. On s’habitue , entre temps, à avoir tel répondant au banc de l’Exécutif dans les débats. Pourtant, personne n’est irremplaçable. Et le système collégial fait que les Conseillers fédéraux, d’élus en élus, sont toujours sept à table.


    Cela étant, le système n’échappe pas tout à fait à la personnalisation du pouvoir. Alors, bien sûr, les fées étaient réunies au berceau de Doris Leuthard. L’essentiel tient, certes, à son intelligence, à sa force de travail, à sa ténacité, à son caractère équilibré, à sa capacité d’entrer en discussion sur des dossiers qu’elle connaît toujours à fond. Qui dit mieux ! Mais elle ajoute à cela une séduction, une chaleur humaine, une intelligence émotionnelle, une approche presque tactile de ses interlocuteurs. Nicolas Sarkozy, après une rencontre à Davos, avait dit qu’on n’échappait pas à Doris Leuthard. Oui, elle a toujours défendu avec une totale loyauté l’esprit de collégialité du Conseil fédéral, mais en apportant son équation personnelle dans la politique. Cela n’a pas peu contribué à ce qu’elle gagne, au nom du Gouvernement, presque toutes les votations populaires concernant son Département.


    Évidemment, Johan Schneider- Ammann ne possède pas un registre aussi large. Sa démission a suscité ici trop d’éloges et là trop de critiques. Conseiller fédéral à l’ancienne mode, ne cherchant pas la lumière des projecteurs, affranchi de tout narcissisme, simple, authentique, il a défendu avec conviction sa conception libérale de l’économie qui, à ses yeux, a forgé le succès de la Suisse. Les Parlementaires de gauche, qui avaient assuré son élection il y a huit ans, le voyaient comme un entrepreneur ouvert au dialogue social. Mais ils ont mal regardé, Etre un entrepreneur apprécié de ses collaborateurs, discutant avec les syndicalistes n’en faisait en aucune façon un adepte de l’interventionisme étatique. En revanche, quel engagement pour ouvrir des marchés à l’économie suisse ! Que de voyages avec des chefs d’entreprises ; États-Unis, Chine, Iran et tant d’autres destinations. Mais, c’est vrai, il n’aura jamais eu l’impact charismatique de sa collègue et les Romands se souviendront de son français très laborieux.


    Cela étant, quelle étroitesse de réflexion que d’écrire et de dire, dans certains médias, qu’il aurait manqué sa sortie en annonçant sa démission le mardi plutôt que le vendredi. Accorder de l’importance à cet épisode est de l’enfantillage théâtral,. Ce qui compte, c’est de parler du parcours et de la personnalité du ministre. Alors, c’est évident, avec les temps qui ont changé, on a davantage envie de Conseillers fédéraux qui s’intègrent parfaitement dans le système collégial mais qui crêvent un peu l’écran et exercent un effet d’entrainement. A cet égard, Doris Leuthard restera une référence. Parmi les considération pour choisir les successeurs, ces qualités devraient être retenues.Cela plaide pour l’élection de Karin Keller- Suter, laquelle a une maitrise impressionnante des langues nationales ; ce qui est bon pour la cohésion confédérale.


    Toutefois, même si les temps changent et si les profils des candidats doivent s’y adapter, le durcissement de la politique (au Parlement, entre les partis, lors des campagnes populaires) demande plus que jamais une collégialité solide du Conseil fédéral. S’il doit y avoir encore une instance où causer à l’abri des regards reste possible, si un consensus entre ministres issus de partis différents est réalisable, c’est bien au Conseil fédéral. Encore faut-il que la position collégiale ne soit pas simplement le plus petit dénominateur commun, mais qu’il s’agisse d’une collégialité dynamique, engagée, ayant un effet rassembleur.