09/03/2015

Pour les policiers test de respect

Il est rageant pour des battus d’une votation de perdre à une poussière de voix près. Et la satisfaction est un peu grinçante pour les vainqueurs à ce compte-là. Mais la démocratie a ses règles et c’est ainsi. Contester une victoire étroite, --dès lors que le résultat vérifié  est confirmé--,  serait affaiblir cette démocratie précieuse, clé de voûte de notre vie nationale avec le fédéralisme. Après tout, l’Initiative fédérale contre l’immigration de masse a passé avec une marge infime à l’échelle suisse. Et s’il est un corps qui a le devoir de protéger nos valeurs c’est bien celui de la police. Les forces de l’ordre, dans un pays comme le nôtre, sont une garantie essentielle de notre ordre démocratique, précisément. On leur doit estime et soutien. Mais on les veut exemplaires et strictement fidèles aux autorités politiques.

 

Certes, il y a les syndicats et le dialogue entre partenaires sociaux. Mais, en ce qui concerne Genève,  on a l’impression que dans cette relation, les syndicats de police ont apporté parfois davantage d’instinct  pour le rapport de force que de conscience du devoir, de la fidélité et du service avant tout. Au travers de plusieurs péripéties au cours des dernières décennies, on a pu s’en étonner, jusques dans les autres cantons et dans les couloirs de la Berne fédérale. Une <Genferei> de plus.

Vu de l’extérieur aussi, on constate combien les fonctionnaires de police genevois, et les fonctionnaires en général, dont les enseignants, bénéficient d’avantages professionnels importants,  remarqués loin à la ronde. Salaires, avancement et annuités, âge de la retraite, conditions financières de cette retraite et on en passe…Si l’on y ajoute la garantie de l’emploi il y a de quoi établir des comparaisons avec l’ensemble des travailleurs du secteur privé. Il est étonnant de voir certains journalistes défendre systématiquement et idéologiquement les avantages de la fonction publique, eux qui savent pourtant ce qu’est la fragilité de leurs positions dans leur propre branche.

Bien sûr, le Conseil d’Etat en tant qu’employeur doit mener des négociations avec les partenaires sociaux que sont les syndicats. Bien sûr il ne peut s’agir pour lui de mettre sur la table des projets  en faisant la sourde oreille aux préoccupations et revendications de ces partenaires. Toutefois, le Conseil d’Etat est responsable de l’Etat dans son ensemble, en regard des intérêts du Canton et de la population dans son ensemble. La fonction publique n’est pas une corporation sans lien avec le contexte général. Le Gouvernement et le Parlement doivent notamment tenir le budget, garder une fiscalité qui n’entrave pas la vitalité économique, seule source de prospérité. Les décisions politiques allant dans ce sens, prises démocratiquement, déterminent un cadre général dans lequel les discussions particulières doivent obligatoirement s’inscrire. Les syndicats de la fonction publique ne peuvent imposer leurs revendications en ignorant ce cadre général. Que les négociations portent sur des adaptations, des modalités, des délais, des étalements dans le temps, des nuances, soit : mais les autorités politiques responsables et démocratiquement légitimées ne sauraient trahir leur serment de servir les intérêts de la République : cela sous l’effet de pressions syndicales visant à faire plier le Gouvernement comme dans un tournoi en champs clos.

 

Pour autant que le résultat de dimanche soit confirmé, on attend des policiers au service de la communauté qu’ils prennent acte avec respect de la décision du peuple. Et on attend du Conseil d’Etat, du Grand conseil qu’ils avancent sans peur et sans reproche sur le chemin d’une rationalisation des conditions cadre régissant la fonction publique car tel est sans aucun doute l’un de leurs devoirs vis à vis  des citoyens qui les ont démocratiquement élus.   

14:48 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | |  Facebook | | | |