• Prudence sans panique

    Allons, commençons par une observation qui soulèvera des critiques. Une fois de plus, le coronavirus vient de Chine. Et, n’en déplaise au respect dû à une si vielle civilisation, à une si grande puissance, ce n’est pas étonnant. On sait que l’hygiène personnelle et collective des Chinois n’est pas leur fort. On sait que leur manière de se nourrir, de nourrir leurs animaux en les mélangeant est inquiétante. Tout est acquis pour la profusion et la diffusion de sales ennemis. Ce n’est pas une raison pour boycotter la Chine. Ce serait d’ailleurs impossible. Elle est partout dans l’économie mondiale, y compris en Europe et en Suisse. Cela pourrait tout de même susciter une réflexion. Ne pourrions nous pas produire davantage sur sol européen, dans des conditions claires ; et revoir nos conditions d’importation .

    Cela étant, il y a des quoi être un peu choqué par les réflexes de certains qui glissent de la prudence nécessaire à un début d’angoisse et de panique. Des gens qui se ruent dans les pharmacies pour acheter des masques largement inutiles. Les mêmes ou d’autres qui accumulent des provisions, comme aux plus beaux jours de la guerre froide. C’est presque indécent.


    Encore une fois, une prudence adéquate est de mise. Les pécautions simples recommandées par l’Office fédéral sont bienvenues. Le Conseil fédéral a suspendu pour un temps les grands rassemblements. Bien. Mais souvenons-nous que la grippe saisonnière tue aussi, particulièrement des personnes vulnérables. Quant à celles atteintes chez nous par ce virus, elles sont en grande majorité bien en vie. Et voici la science. On devrait attendre bientôt d’Amérique un vaccin, que l’on aura trouvé grâce à la découverte de notre récent prix Nobel, Jacques Durochet, honoré avec ses collègues. Pas mal, non !

    Donc un peu de recul, de grâce, de discipline calme, individuelle et collective et foin de la panique. Le médecin cantonal genevois, à la Radio, s’en est un peu pris aux médias qui répètent en boucle les informations alarmantes, laissant à l’arrière plan une mise en place de tous les paramètres. La bien connue mécanique médiatique.


    Enfin, ce virus chinois nous rappelle que, de tout temps, l’humanité a subi des épidémies. On est mieux armé aujourd’hui. Mais cela nous rappelle aussi que l’espèce humaine, comme les autres espèces, n’a pas de garantie absolue sur sa santé et sa pérennité. Elle n’a aucun droit à l’immortalité terrestre. Cette conscience d’une fragilité de nature a de quoi susciter quelques méditations sur le sens de la vie. Un François Cheng, (tiens un Chinois de naissance) nous le dit si bien.

    Ne nous moquons pas du coronavirus qui fait des victimes, mais ne le laissons pas être un virus qui altérerait nos esprits.

  • Pollution politique et médiatique

    La pollution abîme notre planète et nos poumons. Mais il y a une autre pollution : celle qui détériore notre vie en société. Juste deux exemples, d’un côté et de l’autre de l’Atlantique. Le président Trump peut se targuer de son bras de fer économique et commercial avec la Chine. Il peut se féliciter d’un tableau flatteur sur la croissance et l’emploi dans son grand pays ,où tant de gens sont pourtant dans la précarité. Laissons à d’autres le soin d’évaluer ce qui lui est dû et d’analyser les perspectives à long terme. Mais nul besoin de laisser à d’autres le soin d’évoquer la vulgarité, l’imprévisibilité en politique étrangère, et, surtout, la violence verbale, la dégradation incroyable de l’image présidentielle avec, dans la foulée, la dégradation de l’ambiance politique en général. Cette grande démocratie, que Tocqueville s’était plu à décrire, —non sans en apercevoir déjà des failles—, va-t-elle verser dans un spectacle pemanent de jeux du cirque électrisés par les médias et, surtout, les réseaux sociaux ? Or, la question se pose : où va une démocratie qui expulse de son fonctionnement la dignité et le respect ?


    Revenons de ce côté ci de l’Atlantique. L’affaire Griveaux. Évidemment, lorsque l’on a été ministre et que l’on est candidat à la mairie de Paris, mieux vaut éviter le risque de se faire piéger dans l’expression visualisée d’une pulsion sexuelle. Mais ici n’est pas le propos. Le fait grave est que les auteurs du forfait ont trouvé le moyen de tuer politiquement un homme en captant et en diffusant une image relevant de son intimité. Des délinquants dont on souhaite la punition pénale.Toutefois, ils ont réussi leur coup. On pensait qu’un pays comme la France était immunisé contre ce genre de poison trempé, dans ce triste breuvage du puritanisme anglo-saxon. Eh bien, ce n’est plus le cas, semble-t-il. On rêvait de réseaux sociaux facilitant des Iiens directs, chaleureux entre les personnes, ouvrant des chemins de participation citoyenne et civique. Or, force est de constater que cette communication électronique frénétique isole plus qu’elle ne relie. Elle attire les pédophiles. Mais elle offre aussi des outils aux violeurs de la sphère privée et de l’intimité. Or, la question se pose : où va une démocratie qui expulse de son fonctionnement la sphère privée et l’intimité ?

    Une qualité du régime démocratique tient à sa qualité d’adaptation ; ce qui le distingue d’un régime autoritaire s’accrochant à ses rigidités. Mais une démocratie peut s’écarteler de ses dérives. Ceux qui l’aiment et la défendent doivent renforcer, haut et fort, une capacité de résistance. Résister à la vulgarité, à la violence, au simplisme dans les échanges politiques. Résister au voyeurisme, au puritanisme agressif livrant des proies ciblées à la morsure des hyènes médiatiques.

    On pensait que la vocation des démocraties était de résister à la menace des dictatures extérieures. On voit que leur devoir est aussi de résister aux multiples dérives et tyrannies de l’intérieur ; dont les réseaux sociaux sont comme des porteurs dangereux du virus meurtrier. Dans cette affaire, il y a un enjeu : celui de la pérennité d’une société et de La Liberté des personnes. Résistons !