• Sur ces scandales sexuels

    Certains sages disent que lorsqu’il y a une opinion publique semblant unanime, il faut se méfier. Ce n’est pas toujours vrai. Qui, aujourd’hui, oserait encore banaliser les horreurs commises par les Nazis envers les Juifs ? Mais qu’en est-il des scandales d’ordre sexuel, avérés ou dénoncés ? Évidemment, tout le monde parle du <consentement>, livre écrit par Vanessa Springora sur sa relation avec l’écrivain Gabriel Matzneff lorsqu’elle avait quatorze ans. Dans un article du <Point>, Peggy Sastre relève que l’auteure rappelle dans son livre son dépit amoureux. Si l’écrivain quinquagénaire l’avait vraiment aimée, et aimé qu’elle alors, écrit-elle encore aujourd’hui, notre passion extraordinaire aurait été sublime. Seulement, elle découvrit qu’elle n’était qu’une proie parmi d’autres, et cela la détruisit. Or, cette inclination à la chasse aux mineures, assumée par l’écrivain, bénéficia d’une indulgence des milieux culturels parisiens dont on a raison d’être choqué aujourd’hui. Un des prolongements de ce mai 68 qui a aveuglé tant de gens. Or, en tout temps, les mineurs devaient et doivent toujours être protégés. En tout temps aussi, les personnes en situation d’ascendant devant des mineurs ont un devoir de maitrise et de réserve, quitte à juguler leurs éventuelles pulsions. Le pire, à cet égard, est relaté dans l’affaire du prêtre pédophile actuellement en jugement. Il est bien essentiel de dénoncer ces scandales. Sans préjuger le jugement, Taric Ramadan est accusé d’avoir profité de son ascendant pour amener des jeunes filles dans ses filets.


    Aux États-Unis, le procès Wettstein s’est ouvert. Mais ici, au risque de se faire lapider par des féministes de choc, on a le droit de trouver que le contexte est différent. Bien sûr, s’il y a eu des violences physiques, elles doivent être sanctionnées. En revanche, il y a de quoi s’étonner que des actrices majeures soient montées volontairement dans la chambre d’un producteur avec l’espoir de décrocher un rôle. Une actrice a raconté avec ironie qu’elle était montée, mais avec son petit ami. C’est vrai, elle n’a pas eu le rôle convoité. Elle en a eu d’autres. Naturellement, il faut prendre en considération la place prépondérante de ce producteur à Hollywood face à de jeunes actrices ambitieuses. On a toutefois le droit de se poser des questions. Questions que l’avocate femme du prévenu ne manquera pas de poser à des plaignantes qui sont sorties du bois tant d’années après. En tout cas, cela mérite un vrai procès équitable.

    Il est vrai que les temps changent. La revendication légitime des femmes à briser l’immunité machiste change les mentalités des hommes aussi. C’est bien. Toutefois, gare à ce que le balancier n’aille pas vers l’excès, l’absurde, la paranoïa. On entendait récemment à une radio française une sociologue s’exprimer en direct des Etats Unos. Elle critiquait vertement cette tradition , voire cette exception de galanterie française qui n’était, selon elle, qu’un alibi des hommes pour ne voir dans les femmes que des gibiers de chasse, pour conforter leur instinct machiste de domination. Cette victimisation à priori des femmes a été justement critiqué par certaines, et non des moindres : Elisabeth Badinter, Catherine Deneuve et d’autres. Bref, cette voix d’outre atlantique préconisait que l’on imite un usage et même une norme pénale américaine. Un regard d’hiomme trop insistant sur une jolie femme serait un délit, voire considéré comme un viol virtuel. Là on devient fou. Heureusement pour l’auteur de ces lignes, les réactions des femmes de son entourage étaient à son unisson. Les féministes de choc n’ont pas le monopole de la parole féminine, malgré le vent médiatique actuel, et sont loin de représenter toutes les femmes. Nombre d’entre elles, intellectuelles, femmes d’affaire, journalistes, commerçantes, politiciennes seraient attristées que disparaisse une forme de galanterie à la française et que le puritanisme névrotique et paranoïaque à l’américaine devienne l’habitude et la loi chez nous. Le Coca-Cola et le Fast-Food criminels pour l’estomac et la ligne, cela suffit. Ah oui, que l’on enquête un peu objectivement : on peut être engagée pour l’égalité hommes-femmes, avoir une réussite professionnelle et aimer sentir le pouvoir de sa séduction dans le regard masculin. A condition que les lignes rouges ne soient pas franchies ; ce qui implique une qualité d’éducation et de civilisation.


    Voilà qui n’affaiblit en rien, et même au contraire, la conviction qu’une plus grande sévérité, voire une sanction implacable devraient être appliquées aux violeurs, aux assassins pervers sexuels. Conviction aussi que l’indulgence ne devrait pas être de mise envers les personnes qui jouent de leur fonction et de leur ascendant pour assouvir leurs pulsions sur des mineurs. Naturellement, il faut juger cas par cas. Il y a des rencontres plutôt romantiques. Brigitte Macron n’a pas été condamnée parce qu’elle a laissé Emmanuel devenir amoureux. On connait un cas de ce genre qui a eu lieu dans une école privée genevoise ; même si plus tard, cela a fini par un divorce. Mais, de manière générale, la protection des mineurs est fondamentale. Simplement, encore une fois, il ne faut pas tout mélanger. Expurger le machiste inégalitaire, oui. Tuer tout élément de séduction dans la relation entre hommes et femmes, non merci.