• Vers des alliances à géométrie variable

    Pas question de minimiser le succès éclatant des Verts lors de ces élections fédérales ; et avec certes une moindre portée, celui des Verts libéraux. Du côté des perdants, en suffrages, il y a le Parti socialiste, nettement plus que le PLR et que le PDC qui sont quasiment stables. Naturellement, il n’en demeure pas moins qu’il y a perte de sièges à droite et gain de sièges à gauche. Mais la mine un peu déconfite de Christian Levrat, le Président socialiste était assez parlante ; quand bien même il se félicitait de l’avancée de la Gauche : entendez, grâce à l’avancée des Verts.

    Sur ce point, il avait raison. Beaucoup de Verts-Verts sont en vérité Verts-Rouge. A Genève, la jeune Verte et le Socialiste blanchi sous le harnais sont favoris pour le deuxième tour de l’élection au Conseil des États. Tous deux sont députés sortants du Conseil national. Tous deux, par leurs votes au cours des quatre ans écoulés, se sont montrés les plus à gauche des deux-cents Conseillers nationaux. Curieuse représentation de Genève à la Chambre des cantons si leur élection commune vient confirmer les pronostics. Il est vrai que, parfois, des élus changent un peu en changeant de cadre. A suivre éventuellement.


    Cela étant, nul doute que l’ambiance déjà, et certains votes très probablement vont différer de ce qu’il en a été durant la législature finissante. Mais les Socialistes plus les Verts ne font pas une majorité. D’ailleurs, aucun parti, aucune alliance fixe de partis ne prétend à une majorité automatique dans ce Parlement bicaméral. On assiste à des majorités à géométrie variable. Ce devrait être encore davantage le cas.


    Les Verts-libéraux ne seront pas très nombreux mais ils sont un appoint non négligeable. S’ils rejoignent les Verts-rouge pour proclamer l’urgence climatique, ils ne partagent pas l’hostilité idéologique envers l’économie libérale. L’une de leur chef de file à Berne l’a bien dit dimanche. Ils envisagent leur action pour le climat avec les entreprises ; et non pas systématiquement contre. Cela fait une sacrée différence. Dimanche soir, c’était presque une main tendue, —et qui ne semblait pas être refusée—, au PLR et au PDC, lesquels ont acquis, même si c’est un peu tard, une conscience écologique au diapason de leurs électeurs. Dès lors, on verra quelles seront les alliances, notamment à propos de taxes éventuelles et de leurs affectations.


    Et il y a d’autres sujets. Sur la prévoyance vieillesse, pourquoi pas une alliance PLR-PDC-Verts libéraux ? Avec l’UDC sur certains sujets financiers ? Qu’en sera-t-il sur la migration ? Sur l’Europe, on pourrait avoir le même genre d’alliance, contre l’UDC évidemment. Ici, les réticences à motivations sociales des Socialistes et des Verts-rouge pourraient servir l’UDC.

    Bref, tout cela demande à être testé. Dans ces conditions les Verts, devenus puissants mais nullement dominants, vont devoir montrer s’ils ont la capacité de construire des ponts afin que se dégagent des solutions, ou s’ils en resteront aux discours intransigeants. N’oublions tout de même pas qu’au Conseil des États, Chambre des cantons, le PDC demeure très puissant.Et il a montré , lui, sa capacité à construire des alliances.

    Dès lors, les bruissements sur un changement, en décembre, de la compositions du Conseil fédéral ne deviendront pas un bruit assourdissant. Ce ne sera pas le moment pour éjecter un Conseiller fédéral en fonction, candidat à sa réélection ; pour donner son siège à un Vert. Un changement de la formule magique demande du temps. L’UDC, alors même qu’elle était devenue le premier parti de Suisse,—ce qu’elle est toujours—, a dû attendre avant de ravir un siège au PDC. Si, dans quatre ans, les Verts confirment leur avancée, un tel changement pourrait être envisagé alors par le Parlement, qui élit le Conseil fédéral. Durant les quatre ans qui viennent, que les Verts se testent dans leur nouvelle position, et que les autres les testent aussi. Oui, il va y avoir une vie parlementaire intéressante et plus mouvante au cœur de notre fonctionnement institutionnel.

  • Gros dossiers fédéraux ouverts

    Dans moins de deux semaines on connaîtra les résultats des élections fédérales ; sauf en ce qui concerne le deuxième tour pour le Conseil des États. Recul pour tels ou tels des partis gouvernementaux ? Confirmation des prévisions sur une avancée verte ? La Suisse électorale connait des variations ; rarement de grands bouleversements. On est donc prêt à parier que ce nouveau Parlement, en décembre, élira les mêmes Conseillers fédéraux et respectera la même composition politique du Gouvernement. C’est au Parlement que pourraient se faire jour des inflexions nouvelles dans les votes.

    En fait, ce sont surtout les dossiers ouverts qui vont dicter le calendrier. Les mesures contre le réchauffement climatique vont devoir être renforcées. Mais il faudra trouver un consensus parlementaire, à la fin, qui puisse tenir le choc devant le peuple. Sans oublier ce qu’il pourra advenir de telle ou telle Initiative populaire dans ce domaine. Certes, il y a urgence mais ce ne sera pas facile. Un exemple pittoresque et pourtant sérieux : trop de vaches polluent beaucoup. Or, on est en pleine discussion sur une politique agricole qui cherche des adaptation plus écologiques. Il y a, bien sûr, la question de l’Assurance maladie. Comment faire baisser les coûts médicaux sans menacer l’accès général aux soins et leur qualité ; cela aussi en regard de l’augmentation encore prévisible des personnes âgées vulnérables ? Diminuer le montant obligatoire des réserves des caisses ? Trouver un mécanisme de péréquation entre elles ? Créer des surveillances, voire des caisses cantonales ? Plafonner les primes, quitte à reporter des coûts sur les impôts ? Calculer les primes en fonction du revenu, comme pour les impôts ; idée de la Gauche ? Les projets foisonnent au gré de la confrontation politique. Mais, ici encore, à la fin devra se dégager une piste capable d’affronter le verdict populaire.

    Quant à la prévoyance vieillesse, avec ses trois piliers, elle repose sur des principes sains. Toutefois, ils nécessitent des aménagements. Les dernières enquêtes font craindre un appauvrissement des séniors, de plus en plus nombreux. Cela pourrait devenir un grand problème humain, social et financier. Le deuxième pilier est -il suffisamment solide pour l’avenir ?Faudrait-il envisager un mécanisme fin de solidarité ; par une péréquation à travers un fonds commun s’ajoutant aux capitaux de chaque caisse ? Et quid pour les Indépendants fragiles ? Les députés, à l’instigation du Conseil fédéral, devront faire preuve de lucidité, d’imagination, d’une capacité de dialogue ; quitte à laisser certains dogmatismes idéologiques au vestiaire. Et pour le premier pilier de l’AVS, pourra-t-on éviter longtemps la nécessité d’élever l’âge de référence du droit à la retraite, moyennant certaines nuances ?


    Enfin, sur la politique extérieure. Vivement que le peuple fasse un sort à cette funeste Initiative populaire contre la libre circulation des personnes avec l’Union européenne ! Et vivement que le Conseil fédéral et le Parlement, s’appuyant sur des partenaires sociaux capables de se décrisper, de voir un peu loin, concluent enfin cet Accord institutionnel dynamique avec l’UE ! Comment ne pas comprendre que ce sera dans l’intérêt réciproque et que l’économie suisse, donc les Suisses dans leur ensemble, ont tout à y gagner. Cela d’autant plus que des mécanismes de surveillance sociale existeront toujours. Quant au contrôle démocratique pour tout développement de l’Accord, il sera garanti. Oui, en 2020, Gouvernement et Parlement vont devoir prendre enfin leurs responsabilités dans ce dossier et s’engager à fond. Cette nouvelle législature devrait vraiment voir se confirmer et se renforcer une articulation consentie et maîtrisée de la Suisse avec ses partenaires européens, aussi vitaux que naturels .

    Volà. Reste à souhaiter que les élus soient à la hauteur des enjeux.