• Bertrand Piccard mais pas seulement

    Une Fondation à but écologique, et pédagogique dans ce sens, a récemment organisé des conférences de Bertrand Piccard devant de nombreux élèves de plusieurs écoles privées. Un succès ! Star charismatique, explorateur-psychiatre, il captiva son auditoire juvénile. Le message était fort. Comme moi, dit-il en substance, vous pouvez réaliser vos rêves. J’en ai eu le désir, la volonté, la constance, la capacité de m’en donner les moyens, la concentration. Champion d’Europe de vol delta acrobatique, Piccard a ensuite réalisé le tour du monde en ballon. Ce fut d’abord un échec. Il a appris de cet échec. Il a changé ce qu’il fallait pour réussir. Plus récemment, ce fut le tour du monde par étapes avec un prototype d’avion à batteries solaires. Une date dans l’histoire de l’écologie. Dans un délai peut être proche, aurons-nous, pour les vols relativement courts, des avions de transport nourris uniquement à l’énergie solaire ? Des voitures électriques à foison ? En somme, le message était un peu celui-ci : on ne va pas casser la croissance, ni changer trop nos haitudes de vie ; mais on va trouver les moyens technologiques, en nous adaptant aussi, de rendre tout cela écologico-compatible ; pour le meilleur de notre planète à protéger.


    Autre ambiance, quelques semaines auparavant, avec un culte réunissant la pasteur Marie Cénec et le grand chef de file écologique qu’est Philippe Roch ; par ailleurs de formation scientifique. Ici, il était question de quête spirituelle, philosophique, en s’appuyant notamment sur des interprétations éclairantes de textes bibliques. L’interrogation se voulait fondamentale. Si nous cherchions à faire sortir de notre ombre notre être caché, authentique, possible ; celui de notre vérité refoulée par l’extérieur et par nous même mais qui demanderait à naître, ne changerions nous pas naturellement de manière de vivre ? Ne contribuerions nous pas à des changements dans la manière collective de vivre ? Pas de slogan idéologique pour une décroissance générale, donc ; mais l’idée d’un développement plus respectueux de ce qui nous entoure, plus modéré quant à la consommation, plus partageur aussi et donc gage d’une humanité moins en risque d’explosions nationales et internationales. En somme une humanité qui puiserait, à des sources essentielles retrouvées, les équilibres permettant une bonne vie.


    Des êtres habités par la recherche spirituelle ont poussé à l’extrême ce recentrage sur l’essentiel. Durant quinze jours, dans l’église Sainte Thérèse, le photographe Bruno Rotival a présenté des photos magnifiques qu’il a prises dans des monastères ; particulièrement celui de Chartreux en France. Des visages recueillis, apaisés, bienveillants, heureux. De ces portraits en noir et blanc émanent une lumière. De cette existence apparemment si restreinte sort une énergie troublante, revitalisante. Et si, demain comme avant-hier, nous avions un besoin vital de ces ilôts monastiques d’où sortes des ondes mystérieuses qui nous enveloppent ?


    En tout cas, ce sont bien des questions graves que posent des jeunes qui manifestent pour le climat. Impressionnant ! On pense à cette adolescente suédoise aux yeux fixes qui nous demande quand les Etats, les politiciens, les acteurs de l’économie, les particuliers aussi feront ce qu’il convient pour empêcher la destruction de la planète et des espèces vivantes,—dont la nôtre—, qui l’habitent ? On est loin des fantasmes du transhumanisme et de la folie d’aucuns qui visent à une longévité posible de la vie humaine, flirtant avec le rêve d’immortalité. Un cauchemar ! Le mythe grec de Prométhée et celui de la tour de Babel seraient de bonne lecture.


    Finalement, sommes-nous prêts à tendre nos esprits, nos volontés, tels des explorateurs concentrés et sans peur afin de développer et d’utiliser les technolgies du futur ? Bertrand Piccard nous y invite. Sommes nous , toutefois, prêts aussi à considérer que nos comportements individuels et collectifs, mieux reliés à nos vérités intimes, devraient être plus économes du superflu, plus concentrés sur l’essentiel ? L’humain de ce siècle, sur cette planète en péril, sera-t-il inspiré à la fois par un Bertrand Piccard, par des religieux qui prient pour nous, par des jeunes qui nous demandent des comptes et veulent des actions pour le climat. Rien n’est simple. Il y a une complexité des choses, des nécessités économiques et sociales, des réalités politiques. Mais, afin d’ empoigner cette complexité sans baisser les bras aussitôt, on a besoin de ces hommes et de ces femmes qui bousculent nos esprits et décapent nos âmes.

  • Les Gilets jaunes déshonorés

    C’est vrai, et sans doute trop longtemps, on a eu de la compréhension, voire de l’empathie pour les Gilets jaunes. C’est une certaine France d’en bas qui s’exprimait, qui souffre souvent au quotidien, qui se sent incomprise, abandonnée. Une hausse justifiée en principe de la taxe carbone, mais mal encadrée dans une action plus générale, mal vendue a mis le feu aux poudres. C’est alors, une multitude de revendications, souvent incompatibles entre elles, qui se sont fait jour. La réalisation de toutes ces revendications serait impossible pour l’Etat français, déjà fort obéré par un déficit budgétaire et une dette lourde. Pourtant, des gestes sociaux ont été faits par le Président et son Gouvernement. Et puis, il y a eu l’ouverture de ce grand débat dont on ne sait trop ce qu’il va donner mais qui ouvre quelques pistes. Or, les Gilets jaunes l’ont largement boudé. Ils ont choisi une suite de manifestations de rue dansl’idée de faire plier le Pouvoir.

    Quel contraste, samedi dernier ! En Algérie, une déferlante populaire énorme, jusqu’ici dans la dignité et la maîtrise. Un retournement étonnant. L’ancienne puissance coloniale offre un spectacle désolant et l’ancienne colonie fait une démonstration civique impressionnante. En France même, comme dans d’autres pays dont la Suisse, on a eu des marches pour le climat , avec beaucoup de jeunes. Là encore, des manifestations dans le calme et l’engagement civique pacifique. En ce qui concerne les événements liés aux manifestations des Gilets jaunes, samedi dernier et particulièrement à Paris, il est impératif de quitter les propos lénifiants et de dire les choses franchement. Tout d’abord, insistons sur la responsabilité indéniable de l’ensemble des manifestants quant aux violences, dégradations, atteintes aux biens et mises en danger des personnes. C’est un miracle qu’il n’y ait pas eu de morts, notamment avec l’incendie d’un immeuble. Honneur aux forces de l’ordre et aux pompiers exemplaires. Ces manifestants savaient parfaitement que la nature de leurs cortèges permettaient aux casseurs de s’y fondre , de s’y cacher et de surgir aux moments choisis pour commettre leurs méfaits de voyous pleins de haine et de violence. Les organisateurs de cette nouvelle manifestation et leurs suiveurs ont accepté ce risque sans malaise. Il y a pire. D’après des témoignages cueillis à chaud par des journalistes, nombre d’entre eux trouvaient, qu’après tout, la casse était normale. Certains s’en félicitaient même. Ce serait le seul moyen de faire plier le Président et le Gouvernement. Plier pour faire quoi ? Les Gilets jaunes commettent une erreur d’appréciation. Leur dérive ne peut que renforcer un Etat protecteur.


    En fait, les Gilets jaunes se sont déshonorés moralement et décrédibilisés poliquement. On ne retient plus leurs motifs du début mais leur dérive de copinage avec les voyous et les casseurs. Quant à ces Français qui continuaient de leur accorder leur sympathie, voire leur soutien, il feraient bien de se réveiller enfin. La France n’a plus rien à gagner et beaucoup à perdre avec les Gilets jaunes tels qu’ils sont devenus. Par ailleurs, les partis qui, tel le Parti républicain, utilisent l’événement pour talquer Emmanuel Macron ne font pas preuve de responsabilité. Il faudrait laisser cela à Mélanchon et à Marine Le Pen. Les partis gouvernementaux devraient présenter un front républicain uni pour la défense des institutions et de l’ordre démocratique.


    Cette crise des Gilets jaunes est une alerte et une sacrée secousse de plus. Il faut des changements ; mais pas forçéement ceux que souhaitent à court terme les manifestants. La France a besoin de profondes réformes. Ce n’est pas de creuser le déficit, de gonfler la dette déjà considérable, de décourager les investissements, et de paralyser les offres d’emploi de la part des entreprises qui amélioreraient la situation. Tout au contraire, et là-dessus le Président Macron a raison. Il faut désétatiser cette France si peu libérale. Mais comment redonner du pouvoir d’achat aux Français sans multiplier les subventions et aides à tort et à travers ? Comment comprimer une fonction publique démesurée qui pompe les ressources de l’État ? Comment mettre fin à ces régimes spéciaux pour les retraites , illégitimes et onéreuses ? Comment, à l’instar de ce qu’il en est dans d’autres pays, envisager une hausse de l’âge de la retraite ? Comment libérer l’économie des lourdeurs et tracasseries administratives en tous genres ? Comment organiser une vraie décentralisation avec de vrais pouvoirs et moyens aux régions ? Comment réformer la France par la prise de conscience civique des enjeux et des nécessités ? Une France qui oscille éternellement entre Bonaparte et Robespierre : dans ce sens ou en sens inverse.

    Ah oui, c’est un grand défi. On aime la France. L’Europe a tellement besoin d’elle ; la Suisse aussi et depuis toujours. Mais pour s’engager plus avant dans ce chemin semé d’embûches, le Pouvoir, en France n’a plus droit à la moindre complaisance envers des manifestants infectés par des voyous. A l’instar de ce que l’on aimerait entendre désormais d’une très grande majorité des Français, disons aux Gilets jaunes : enlevez vos gilets, on ne veut plus vous voir ni vous entendre. Vous vous êtes exclus vous-mêmes du grand débat démocratique.

     

  • Regarder l’UE dans les yeux

    Le Président Macron s’est adressé aux Européens par le truchement de plusieurs journaux de différents pays. Saluons son Initiative. Certes, l’Union européenne est grippée. Mais on peut continuer, vaille que vaille, à marcher lorsque l’on a la grippe ; et l’on peut retrouver une marche vaillante lorsque l’on est guéri. En l’occurrence, un test s’annonce : les élections au Parlement européen. La Suisse n’y participe pas mais elle est concernée. Elle est imbriquée dans la réalisation des libertés de circulation inhérentes au marché homogène ; y compris la libre circulation des personnes.


    Contrairement à ce que des Euro-sceptiques de chez nous pensent, la Suisse ne saurait se réjouir du Brexit britannique. Elle a tout lieu de souhaiter un accord de l’UE avec la Grande-Bretagne. La Suisse ne saurait non plus voir dans les divergences au sein de l’Union européenne une justification à un repli indigène. Les poussées nationalistes dans divers pays, les turbulences italiennes n’ ont rien qui puissent la rassurer ; ni pour sa prospérité, ni pour sa sérurité en général. L’une et l’autre sont reliées à un équilibre européen et à une large liberté des échanges.


    Le dernier Congrès du Parti socialiste est une semi bonne surprise. La démission spectaculaire d’une jeune députée a-t-elle joué un rôle ? Elle ne supportait plus l’opposition déclarée de la présidence du parti au projet d’Accord institutionnel avec l’UE ; en contradiction avec la sensibilité européenne affichée auparavant. Cette façon de rejoindre sur son terrain l’UDC nationaliste lui a déplu ; même si la justification était la défense des travailleurs. Or, au Congrès,la position socialiste est apparue moins rigide.

    Bien sûr, la protection des salariés suisses est importante. Bien sûr, la question des travailleurs détachés sur le marché helvétique par des entreprises eurpéennes est objet de discussions avec Bruxelles. Bien sûr, nos mécanismes bien rôdés de lutte contre la sous-enchère salariale doivent être présevés, voire renforçés. Mais l’important tient à la réalité de La protection sur le terrain. On ne saurait s’achopper sur des modalités ; délais d’annonce imposés aux entreprises européennes par exemple.


    Car enfin, il est aussi de l’intérêt de la Suisse qu’un Accord général institutionnel permette, automatiquement, une négociation d’harmonisation entre Bruxelles et Berne, dès lors qu’une évolution des règles européennes touchera tel ou tel domaine. Marcher du même pas, ne pas etre décalé, discriminé , ne pas être chaque fois demandeur d’une négociation de rattrapage : n’est-ce pas cela défendre nos intérêts, notre souveraineté dans le cadre d’une inter-connexion évidente ? D’autant plus,—-en fait de souveraineté—, que le Parlement suisse, voire le peuple avec le Référendum auront toujours le dernier mot.


    Regardons l‘Union européenne dans les yeux car nous y trouverons notre propre reflet. Certes la Suisse est en lisière puisqu’elle n’est pas membre de l’UE. Toutefois, elle est partie prenante d’un destin européen dont l’UE est le pivot. Les grands problèmes à résoudre, tel celui de la migration, sont aussi les nôtres. Quelles que soient les divergences au sein de l’UE, cette articulation européenne tourne encore et toujours le dos à une histoire tragique qui a mis l’Europe à feu et à sang ; et qui a mis la Suisse en si grand danger. L’Accord institutionnel avec l’UE doit être l’illustration d’un esprit, d’une confiance, d’une projection vers l’avenir, d’une volonté politique et d’un attachement à des valeurs communes n’éliminant pas nos particularités propres. Alors oui, regardons l’UE dans les yeux et concluons sans trop tarder cet Accord institutionnel