12/12/2018

Des gilets jaunes excusent la violence

Les gilets jaunes vont-ils remettre cela samedi ? Après le drame de Srasbourg, après les dégâts considérables qui ont accompagné leurs manifestations, après l’épuisement de forces de l’ordre exemplaires ? Ont-il la conscience d’une triste contradiction ? Alors qu’ils protestent légitimement contre leur faible niveau de vie, leur faible pouvoir d’achat, leur action a causé de terribles manques à gagner pour de nombreux commerçants, restaurateurs, hôteliers en cette fin d’année, en cette veille de Noël. Il y aura sans doute des faillites, des mises forcées au chômage, des impossibilités de meilleures rémunérations ; même si Emmanuel Macron semble obtenir des gestes de la part de quelques grandes entreprises. Mais les petites et les moyennes ! Il y a le risque que la France perde la confiance des investisseurs que les efforts du Président regagnaient peu à eu. Car il ne s’agissait pas de cadeaux aux riches et aux capitalistes pour qu’ils jouent plus au golf ,mais d’incitation aux investisseurs et aux entrepreneurs afin qu’ils crèent de l’emploi. Bien sûr, il y faut un surcroît d’attachement à l’intérêt général, une meilleure fibre sociale. Mais en attendant, on craint le déficit public que les mesures immédiates annoncées par Emmanuel Macron vont causer. Bruxelles s’en émeut déjà. Bref, la détérioration d’image pour le pays, l’entrave à l’engagement sur le plan européen, une plus grande peine à redresser et à réformer un pays qui traine des boulets : voilà des conséquences de la révolte des gilets jaunes. Ne pas le voir serait faire l’autruche se cachant la tête dans le sable.

Évidemment, la facilité pour les gilets jaunes est de répondre qu’ils ne sont en rien responsables des dégâts et des conséquences négatives de ces samedis noirs ; que tout découle des erreurs, de la surdité , de l’aveuglement, de l’insensibilité sociale et de l’arrogance du pouvoir ; que ce Président des riches est déconnecté des Français qui rament, qui souffrent au quotidien. Cette impression a été analysée par de nombreux commentateurs durant ces derniers jours. Ces augmentations de taxes inopportunes ont provoqué une colère compréhensible qui montait depuis longtemps. Car, si des erreurs ont été commises depuis dix-huit mois, le mal est profond et vient de loin. La France est le pays européen dont les prélèvements obligatoires sur les citoyens sont les plus lourds. Certes, elle affiche ce qu’elle appelle son modèle social, sa large sécurité sociale, son niveau de soins ; mais elle présente aussi la fonction publique la plus pléthorique, une des bureaucraties administratives les plus compliquées, centralisées, décourageantes.

On peut comprendre que des gilets jaunes, eux, ne comprennent pas ce qu’ils appellent les cadeaux faits aux riches dans la fiscalité. Renaît aussi ce vieil esprit de lutte des classes qui n’a jamais vraiment disparu. Or, ce que veut Macron, c’est inciter les entrepreneurs, les capitalistes à investir, à entreprendre en France afin de relancer un dynamisme économique et donc à créer des emplois dûment rémunérés, donc du pouvoir d’achat ; cela en s’inscrivant dans la transformation inévitable du tissu des métiers, ce qui exige l’adaptation des formations. En fait, la politique est un exercice très difficile. Il faut imprimer un mouvement selon un diagnostic, une vision, une stratégie ; et il faut, en même temps, être attentif aux besoins, aux souffrances des hommes et des femmes qui s’étirent sur ce chemin où ils voient souvent plus d’épines que de roses. Il y faut un dosage de mesures sociales et une communication, une pédagogie qui ne soient pas abstraites. La France est un pays de verticalité avec un Etat dont on attend toujours beaucoup trop. Les Rois, Bonaparte et Robespierre ne sont jamais loin les uns des autres.


Espérons que le Président Macron va reprendre la main, son élan vers des réformes et des assouplissements indispensables ; mais en trouvant des voies nouvelles de dialogue, de large participation, de concordance négociée. Non pas copier la Suisse, mais assembler de vrais ingrédients français nouveaux.


Cela étant, revenons aux manifestations. Il y a une mentalité inquiétante chez de nombreux gilets jaunes. On en a entendu plusieurs. Certes, ils n’ont pas décidé la casse. Mais ils sont montés à Paris et vers d’autres villes sans autre précaution que l’appel à la mobilisation. Pas d’organisateurs-interlocuteurs reconnus, pas de service d’encadrement filtrant les arrivants suspects, pas de contact préalable avec les autorités de police. Et puis, devant le spectacle désolant des exploits de casseurs, parfois des commentaires incroyables et scandaleux. <Que voulez-vous, c’était inévitable, c’est la faute du Président et du Gouvernement, il faut admettre ces dommages collatéraux>. Voire : <cela a obligé le pouvoir à prendre conscience des choses…>. Quel réconfort d’entendre un Alain Juppé dire aux gilets jaunes qu’ils savaient que lancer des manifestations massives dans ces conditions était une invitation aux casseurs ; ou bien une Ségolène Royal rappeler que rien n’excusait ces actes odieux contre les personnes et les institutions. Quelle honte, en revanche, que ces tentatives de récupération par certains politiciens. A noter que Marine Le Pen a mieux ressenti la dérive qu’un Jean-Luc Mélanchon qui s’est déshonoré, tout comme ses amis. Oui, le plus grave est cette acceptation de la violence et cette manière désinvolte de s’en accommoder, de trouver que c’était le prix à payer en marge de manifestations pour une juste cause.


Dans une démocratie, lorsque des personnes, qui se présentent comme des citoyens de base, ne sont plus scandalisés par des voyous et des graines de meurtriers qui infiltrent et débordent leurs cortèges, il y a un ver dans le fruit. Que serait-il advenu sans l’engagement admirable des forces de l’ordre engagés jusqu’à l’épuisement. Oui, en profondeur, cet accommodement au pire est grave. Si cela devait se renouveler, le rassemblement sonore d’une majorité des Français dans la condamnation rassurerait sur la France. Puisse samedi prochain n’être pas une nouvelle réplique. Puisse la France de Macron,—comme celle de de Gaulle après mai 68–, capter certes quelque chose de ce qui aura eu lieu, en tirer des leçons mais se retrouver sur ses deux pieds afin de pouvoir reprendre sa marche en avant.

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02/12/2018

Pas de Gilets jaunes à croix suisse

Les dégâts provoqués,à Paris surtout, par les manifestations des gilets jaunes laissent pantois. Oh, les Genevois ont eu aussi leurs casseurs. On se souvient des aimables à côtés du G7 d’Evian. On peut même parler de schémas analogues en ceci : des manifestants nombreux, bruyants mais pacifiques se font infiltrer par des casseurs. Pour la police, la tâche est très difficile. Comment arrêter ces voyous avant qu’ ils ne passent à l’action en groupes distincts des manifestants ? Est-ce à dire que des protestataires devraient renoncer aux manifestations de masse, à cause du risque que tout dégénère ? Évidemment non. Ce serait, au nom de la sécurité, étouffer un droit démocratique important.


Cela étant, oui ceux qui appellent à manifester ont une responsablité. Il ne peuvent tout attendre de la police. Ils doivent mettre sur pied leur propre service d’ordre, organiser des moyens d’expulser du cortège ceux qui montrent des signes avant-coureurs de ce qu’ils recherchent. Plus facile à dire qu’à faire, bien sûr. Il faut donc des responsables reconnus qui s’entendent avec les autorités chargées du maintien de l’ordre afin de fixer et de maintenir le plus possible les règles du jeu. La désorganisation des gilets jaunes a pesé lourd. Il n’empêche que le risque d’une dérive existe toujours. Il faut savoir que, dans une foule chauffée à blanc, la dynamique de groupe flirte avec l’explosion. Une personne prise dans ce genre d’ambiance n’est plus tout à fait elle-même ; cela quelle que soit la cause proclamée.


Il y a autre chose à considérer. C’est l’histoire et la culture politique de la France. Ce beau pays, forgé par le haut, n’à cesé de balancer entre la tradition monarchique, sous diverses formes, et la tentation révolutionnaire. Louis xv1, Robespierre et Napoléon étaient des contemporains bien français. Manque de concertations naturelles, peu de participations citoyennes au fonctionnement politique : le face à face périodique entre le pouvoir et la rue est, en quelque sorte, génétiquement programmé.


Cela devrait montrer à tous les Citoyens suisses combien l’histoire, la structure, la culture politique et le fonctionnement institutionnel de ce petit pays sont des atouts précieux et des garants d’une paix civile. Le Référendum et l’Initiative ne sont pas des instruments en main du pouvoir ; ils sont en main du peuple. Ce partage horloger des pouvoirs complique certes le processus de décision. Mais ce que nous voyons chez nos voisins ne peut que nous le rendre attachant. Tout n’est pas parfait. Il y a abus des Initiatives conçues, à l’origine, comme une possibilité de recours au peuple par des minorités non ou mal représentées au parlement. Les deux plus grands partis, l’UDC et le PS , y recourent abusivement. Les grandes associations aussi. Mais, tout étant considéré, ne grognons pas trop.


Attention, cependant, de ne pas nous sentir supérieurs à nos voisins auxquels nous sommes liés par tant d’intérêts et de valeurs. Leurs déboires doivent nous inquiéter ; leurs équilibres maintenus ou retrouvés nous rassurer. On ne peut que souhaiter à la France une voie apaisée vers des réformes conduites en concertation.

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