Des gilets jaunes excusent la violence

Les gilets jaunes vont-ils remettre cela samedi ? Après le drame de Srasbourg, après les dégâts considérables qui ont accompagné leurs manifestations, après l’épuisement de forces de l’ordre exemplaires ? Ont-il la conscience d’une triste contradiction ? Alors qu’ils protestent légitimement contre leur faible niveau de vie, leur faible pouvoir d’achat, leur action a causé de terribles manques à gagner pour de nombreux commerçants, restaurateurs, hôteliers en cette fin d’année, en cette veille de Noël. Il y aura sans doute des faillites, des mises forcées au chômage, des impossibilités de meilleures rémunérations ; même si Emmanuel Macron semble obtenir des gestes de la part de quelques grandes entreprises. Mais les petites et les moyennes ! Il y a le risque que la France perde la confiance des investisseurs que les efforts du Président regagnaient peu à eu. Car il ne s’agissait pas de cadeaux aux riches et aux capitalistes pour qu’ils jouent plus au golf ,mais d’incitation aux investisseurs et aux entrepreneurs afin qu’ils crèent de l’emploi. Bien sûr, il y faut un surcroît d’attachement à l’intérêt général, une meilleure fibre sociale. Mais en attendant, on craint le déficit public que les mesures immédiates annoncées par Emmanuel Macron vont causer. Bruxelles s’en émeut déjà. Bref, la détérioration d’image pour le pays, l’entrave à l’engagement sur le plan européen, une plus grande peine à redresser et à réformer un pays qui traine des boulets : voilà des conséquences de la révolte des gilets jaunes. Ne pas le voir serait faire l’autruche se cachant la tête dans le sable.

Évidemment, la facilité pour les gilets jaunes est de répondre qu’ils ne sont en rien responsables des dégâts et des conséquences négatives de ces samedis noirs ; que tout découle des erreurs, de la surdité , de l’aveuglement, de l’insensibilité sociale et de l’arrogance du pouvoir ; que ce Président des riches est déconnecté des Français qui rament, qui souffrent au quotidien. Cette impression a été analysée par de nombreux commentateurs durant ces derniers jours. Ces augmentations de taxes inopportunes ont provoqué une colère compréhensible qui montait depuis longtemps. Car, si des erreurs ont été commises depuis dix-huit mois, le mal est profond et vient de loin. La France est le pays européen dont les prélèvements obligatoires sur les citoyens sont les plus lourds. Certes, elle affiche ce qu’elle appelle son modèle social, sa large sécurité sociale, son niveau de soins ; mais elle présente aussi la fonction publique la plus pléthorique, une des bureaucraties administratives les plus compliquées, centralisées, décourageantes.

On peut comprendre que des gilets jaunes, eux, ne comprennent pas ce qu’ils appellent les cadeaux faits aux riches dans la fiscalité. Renaît aussi ce vieil esprit de lutte des classes qui n’a jamais vraiment disparu. Or, ce que veut Macron, c’est inciter les entrepreneurs, les capitalistes à investir, à entreprendre en France afin de relancer un dynamisme économique et donc à créer des emplois dûment rémunérés, donc du pouvoir d’achat ; cela en s’inscrivant dans la transformation inévitable du tissu des métiers, ce qui exige l’adaptation des formations. En fait, la politique est un exercice très difficile. Il faut imprimer un mouvement selon un diagnostic, une vision, une stratégie ; et il faut, en même temps, être attentif aux besoins, aux souffrances des hommes et des femmes qui s’étirent sur ce chemin où ils voient souvent plus d’épines que de roses. Il y faut un dosage de mesures sociales et une communication, une pédagogie qui ne soient pas abstraites. La France est un pays de verticalité avec un Etat dont on attend toujours beaucoup trop. Les Rois, Bonaparte et Robespierre ne sont jamais loin les uns des autres.


Espérons que le Président Macron va reprendre la main, son élan vers des réformes et des assouplissements indispensables ; mais en trouvant des voies nouvelles de dialogue, de large participation, de concordance négociée. Non pas copier la Suisse, mais assembler de vrais ingrédients français nouveaux.


Cela étant, revenons aux manifestations. Il y a une mentalité inquiétante chez de nombreux gilets jaunes. On en a entendu plusieurs. Certes, ils n’ont pas décidé la casse. Mais ils sont montés à Paris et vers d’autres villes sans autre précaution que l’appel à la mobilisation. Pas d’organisateurs-interlocuteurs reconnus, pas de service d’encadrement filtrant les arrivants suspects, pas de contact préalable avec les autorités de police. Et puis, devant le spectacle désolant des exploits de casseurs, parfois des commentaires incroyables et scandaleux. <Que voulez-vous, c’était inévitable, c’est la faute du Président et du Gouvernement, il faut admettre ces dommages collatéraux>. Voire : <cela a obligé le pouvoir à prendre conscience des choses…>. Quel réconfort d’entendre un Alain Juppé dire aux gilets jaunes qu’ils savaient que lancer des manifestations massives dans ces conditions était une invitation aux casseurs ; ou bien une Ségolène Royal rappeler que rien n’excusait ces actes odieux contre les personnes et les institutions. Quelle honte, en revanche, que ces tentatives de récupération par certains politiciens. A noter que Marine Le Pen a mieux ressenti la dérive qu’un Jean-Luc Mélanchon qui s’est déshonoré, tout comme ses amis. Oui, le plus grave est cette acceptation de la violence et cette manière désinvolte de s’en accommoder, de trouver que c’était le prix à payer en marge de manifestations pour une juste cause.


Dans une démocratie, lorsque des personnes, qui se présentent comme des citoyens de base, ne sont plus scandalisés par des voyous et des graines de meurtriers qui infiltrent et débordent leurs cortèges, il y a un ver dans le fruit. Que serait-il advenu sans l’engagement admirable des forces de l’ordre engagés jusqu’à l’épuisement. Oui, en profondeur, cet accommodement au pire est grave. Si cela devait se renouveler, le rassemblement sonore d’une majorité des Français dans la condamnation rassurerait sur la France. Puisse samedi prochain n’être pas une nouvelle réplique. Puisse la France de Macron,—comme celle de de Gaulle après mai 68–, capter certes quelque chose de ce qui aura eu lieu, en tirer des leçons mais se retrouver sur ses deux pieds afin de pouvoir reprendre sa marche en avant.

Commentaires

  • Aie vous êtes en plein délire c'est sans doute dû à l'âge! Les fake new's vous connaissez????

  • Soyez explicite, Dominique Degoumois. De quels fake news voulez-vous parler?
    On peut ne pas être d'accord avec les opinions et l'analyse de M. Eggly, mais encore faudrait-il argumenter.
    Dire qu'il est "en plein délire, c'est sans doute dû à l'âge" n'est pas un argument.
    En quoi son billet serait-il délirant, selon vous?
    M. Eggly a 76 ans. Vous qui êtes sur le point de fêter votre 64e anniversaire, je vous souhaite d'être aussi avisé que lui quand vous aurez son âge.

  • C'est vraiment un excellent billet. Ce qui explique la réaction haineuse de Degoumois...

  • Il semble qu'un commentaire se permettant d'attirer l'attention sur le désarroi réel des classes moyennes et populaires françaises, leurs souffrances, avec prière, par ce commentaire, de ne pas "orienter" l'opinion publique plutôt sur les voyous... ne trouve pas sa place en ces lieux. (à moins d'un problème pour l'envoi ou la réception du commentaire).

    Les gilets jaunes sont pacifiques et les spectateurs de la TV samedi passé ont vu en tout début d'émission des gilets jaunes situés dans une rue adjacente aux Champs-Elysées soudain bombardés au gaz lacrymogène alors qu'ils étaient simplement présents sans la moindre violence.

    Le soir de ce même samedi des journalistes ont dénoncé, si l'on peut dire, avec témoignages à l'appui tant d'arrestations ou de gardes à vue de personnes simplement présentes n'attaquant rien, ni biens ni vies humaines.

    La Suisse qui s'exprime sur les blogs de la TDG, tant mieux pour ce pays, n'a pas plus connu la Seconde guerre mondiale que la misère comme elle sévit en France…

    On dénonce avec raison les méfaits des "casseurs" mais par les pouvoirs successifs en France combien de vies brisées d'innocents tels ces chômeurs qui ne demandant qu'à travailler ou ces victimes de salaires dérisoires, délocalisations, licenciements à tire-larigot sans avoir aucune justification à présenter… et ce sont les gilets jaunes qu'il faudrait renvoyer au plus vite chez eux afin qu'ils ne dérangent pas: en réalité, combien de vies des classes moyennes et populaires "dérangées" par les pouvoirs successifs de ces dernières années?

    A voir la réalité sociale de Charles de Gaulle à Emmanuel Macron progressivement démantelée, "détricotée"... le marasme français, les "affaires"... concernant tant de dirigeants… en parlant "voyous"...!?

  • Voir les choses de son propre côté celui des nantis et des privilégiés ne conduira à rien sinon... à force d'étrangler et d'étouffer les opprimés et les exploités en les chargeant de tous les maux à commencer par celui de la fainéantise "à un nouveau non pas tant mai 68 que 1789"!

    Admettons enfin que nous ne naissons pas égaux tant en biens matériels qu'intellectuels avec, par le fait, le devoir... prudent, prévoyant ("charité pas totalement désintéressée": Jacques Attali) par soins attentifs et compétents, avec efficacité, de combler au moins comme faire se peut tant de fossés y compris par la misère et sa détresse aliénants

    sans quoi, une fois de plus, pas de Noël "selon Christ"!

    Juste celui des multinationales dans l'ordre nouveau de la mondialisation marchande officiellement déclarée (et acceptée) sans éthique...

  • "ou bien une Ségolène Royal rappeler que rien n’excusait ces actes odieux contre les personnes et les institutions"
    Mais elle a aussi déclaré qu'il était insensé de lier écologie et taxation, ce qui implique qu'une connerie (celle des GJ ou de certains d'ente eux, si on prend ce point de vue) ne fait que répondre à une connerie de la présidence.
    L'une devrait, en principe, être plus excusable que l'autre, puisque s'y opposent des professionnels supérieurement doués à des gens ordinaires de la population.

Les commentaires sont fermés.