05/11/2018

Le sale coup sur Moutier

On doit croire à la bonne foi et à la rigueur de l’examen juridique de la préfète du Jura bernois qui a annullé la votation de Juin ; soit un vote par lequel la ville et district de Moutier avait décidé de quitter le canton de Berne et de rejoindre la Cantondu Jura. Certes, le vote fut acquis à une très courte majorité Mais enfin, on a cru un moment que cela mettrait un terme à la très longue et pénible affaire jurassienne qui dure depuis des décennies. On s’attendait à ce que les modalités pratiques prennent du temps. On imaginait bien des recours portés par des gens mécontents. Mais, franchement, même si des irrégularités avaient pu avoir lieu, on ne pensait pas qu’un scrutin, surveillé notamment par des observateurs fédéraux, serait invalidé. Formellement, puisque la votation avait lieu dans une ville du Canton de Berne, il est compréhensible que le contôle de régularité ait été le fait d’une déléguée du gouvernement bernois. Mais, dans le contexte, cela laisse forcément un sentiment de malaise.


Évidemment, il est difficile d’avoir un commentaire objectif. Toutefois, pour qui a suivi depuis longtemps l’affaire jurassienne, le passage de Moutier du Canton de Berne au Canton du Jura parait assez logique. Après Delémont et Porrentruy, les séparés des votations de 1973, tout montrait que Moutier était en orbite et allait faire mouvement vers le nouveau canton ; ce qui n’apparaissait pas du tout dans les autres districts ayant à l’époque choisi de demeurer bernois. Et pour la Confédération comme pour l’ensemble du canton de Berne, ce passage de Moutier aurait très probablement l’avantage de clore l’affaire jurassienne. Si l’annulation du vote est confirmée en appel puis au Tribunal fédéral, ce sont de nouvelles années de tension qui se préparent, bien regrettables autant pour le canton de Berne que pour la Confédération. Si on comprend la démarche des anti-séparatistes qui ont réussi à faire annuler le vote, on peut leur dire qu’ils n’ont pas rendu service au Canton qu’ils ne veulent pas quitter ; alors qu’en acceptant le verdict ils auraient pu sans doute obtenir des garanties au sein du canton du Jura ; qu’il s’agisse d’éléments comme la scolarité ou l’hôpital de Moutier.


En fait, cette histoire jurassienne remonte au Congrès de Vienne ; lorsque les grandes puissances ont attitbué à Berne, —qui ne le demandait pas—, ce Jura francophone. Que les districts du Nord, catholiques, aient pu arracher leur indépendance de Berne et se faire accueillir comme Canton ; voilà qui était logique. Que Moutier, en proie à la suite de l’effervescence séparatiste finisse par rejoindre ce Canton du Jura, voilà qui semble inscrit dans l’histoire. Que les autres districts du sud préfèrent, même avec un reste de territoire francophone devenu très petit, demeurer bernois car leurs habitants sont très majoritairement reliés personnellement et collectivement au vieux canton ; voilà une réalité que l’on se résignait à admettre dans le canton du Jura. Pour en finir donc, il fallait que les citoyens de Moutier votent en majorité pour le Jura et non pas contre. Cela semblait fait. Si la justice confirme l’annulation prononcée par un préfet bernois, tout sera à refaire ; car on ne pourra pas en rester là durant des décennies, n’en déplaise aux recourants. Au fond, tout le monde, ou presque, se serait bien passé de leur coup juridique. Puisse au moins la suite ne pas baigner dans la violence. Une réussite helvétique, dans cette longue crise jurassienne, a été de maîtriser la violence. C’est le souhait immédiat.

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Commentaires

Typique de l'élitisme antidémocratique. Et moi qui croyais que la Suisse était un pays de démocratie politique où le peuple était SOUVERAIN politiquement. Economiquement c'est une autre histoire. Il devrait exister un article du code pénal pour non respect d'une décision du PEUPLE. Atteinte à l'ordre consitutionnel?

Écrit par : Daniel | 05/11/2018

Voulu ou non, il y a quelque chose de machiavélique dans la décision de la préfète (enfin, peut-être n'était-elle pas toute seule...). Ces gens connaissent le sang chaud des Jurassiens. Tableraient-ils sur une bonne vieille émeute avec casseurs qui donnerait inévitablement la victoire aux anti-séparatistes en cas de nouveau vote ? Les vieux routiers de la politique locale n'arrêtent pas d'appeler au calme : ils ont vu le piège...

Écrit par : Géo | 06/11/2018

Le transfert de Moutier dans le canton du Jura provoquera ou provoquerait l'éclatement de la "Couronne Prévôtoise". Moutier est entourée de plusieurs villages facilement accessibles à pied au sein d'une vallée étroite. Ces villages vont rester bernois. La "solution qui arrange tout le monde" diviserait la vallée de Moutier en quatre morceaux et provoquerait peut-être la déstabilisation de la région.
On assiste aussi depuis quelques temps à une révolte chez les pro-Bernois qui sont l'objet d'un mépris et d'une haine implacable (tout le monde s'en plaint dans le Jura Bernois). Quand il s'agit d'élire leurs autorités, ils choisissent des personnes susceptibles de défendre au mieux leurs intérêts, avec le risque que ces personnes le fassent avec des méthodes radicales.
Ce ne sont donc pas les méchantes autorités bernoises germanophones qui ont comploté contre le peuple jurassien, comme on l'entend maintenant. L'affaire a été traitée par la préfète élue par les pro-Bernois en majorité francophones et monolingues. Elle l'a fait avec rigueur en prenant son temps, de la même manière qu'une demande de regroupement familial adressée à l'office de la population. Il y a aussi eu une erreur de jugement de la part de la mairie de Moutier qui a cru bon de recourir contre la préfète pendant la procédure, ce qui a encore fait traîner les choses.
On ne peut pas juger de cette décision sans examiner le dossier en profondeur, mais on peut se poser des questions:
Un sale coup sur Moutier ? Quel Moutier ? Légitime défense de quelques citoyens qui se sentaient abandonnés de tous ? Vengeance politique ?
J'ai envie de dénoncer l'attitude irresponsables des politiques, autonomistes et pro-Bernois qui ont permis ce vote communaliste. Il faut parfois aller jusqu'au bout d'un chemin pour réaliser qu'on s'est trompé.

Écrit par : Jean-Philippe R. | 10/11/2018

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