01/11/2018

L’Initiative anti-suisse

Des trois sujets soumis au vote populaire, le plus important est évidemment l’Initiative de l’ UDC dite pour <le droit suisse au lieu de juges étrangers>. Beaucoup a déjà été exprimé sur les conséquences négatives qu’aurait ce texte s’il était accepté et inscrit dans notre Constitution. Ce serait un renversement d’attitude et d’image de la Suisse sur la scène internationale, et européenne plus particulièrement. D’ailleurs à Bruxelles, on attend le vote helvétique avant poursuivre les négociations si nécessaires en vue d’un acccord institutionnel général. Il devrait cadrer la marche à suivre pour établir la succession des accords bilatéraux qui éviteront à la Suisse d’être en décalage, soit en risque d’être discriminée. Dans le journal le Temps du lundi 29 octobre, le Conseiller d’Etat Piere Maudet a parfaitement décrit le décrochage qu’un succès de l’Initiative entraînerait, au détriment de la Suisse en tous domaines, et aussi de Genève évidemment.

On a un exemple qui concerne nos universités, nos hautes écoles, nos chercheurs et nos étudiants. Depuis le fameux vote de l’Initiative contre l’immigration de masse, impliquant l’Accord avec l’UE sur la libre circulation des personnes, notre participation aux programmes européens de recherche a considérablement diminué. On mesure mal, —mais elles seront inéluctables—, les conséquences dommageables pour la haute formation en Suisse, base sur laquelle s’appuie notre économie et donc condition de notre prospérité. Alors, comment peut-on prendre un tel risque ?

Cela nous fait penser au débat que nous avons mené, il y a un an, avec Christoph Blocher. Ce dernier, parlant du projet d’Accord institutionnel avec l’UE a fait une déclaration étonnante. Comme entrepreneur, a-t-il dit, je devrais être pour ; ce que me disent mes collègues entrepreneurs. Mais tant pis si c’est plus difficile. Je suis un patriote et pour moi prime la sauvegarde de notre souveraineté et de notre démocratie, lesquelles sont liées à notre histoire et notre identité. N’est-ce pas une belle déclaration ? Or, elle ne correspond nullement à notre histoire.

Certes, dans le pacte fédéral de 1291, est affirmé le refus de se soumettre aux juges étrangers ; qu’ils fussent autrichiens ou de l’Empire germanique. Et la figure de Guillaume Tell incarne la résistance. Mais Christoph Blocher a tort de se prendre pour un fils adultérin du héros légendaire. Même à l’époque, il était question de traités avec l’Empereur. Plus tard, la Suisse put s’affermir au fil de traités avec la France. La Neutralité consacrée en 1815 le fut par les traités avec les puissances européennes. Au fil de tous les événements qui suivirent, ce furent des négociations avec nos partenaires et les institutions internationales qui confortèrent notre assise de pays indépendant et notre collaboration avec l’extérieur ; dans notre intérêt et dans l’intérêt général.


Notre apport, précisément, tout comme la défense de nos intérêts sont reliés à notre réputation de fiabilité juridique. Notre signature est sûre et crue. Imaginons un peu, —si l’Initiative passait—, des négociations au cours desquelles nos partenaires penseraient : quelle confiance accorder à la Suisse, dès lors que des juges suisses seraient priés de ne pas tenir compte du traité passé avec nous s’ils voyaient, sur tel ou tel point, une contradiction avec l’ordre juridique indigène ? Finie la belle maxime <Pacta sont servanda>. Or , cette acceptation d’un engagement international dans les ordres juridiques internes est justement la cause que ne cesse de défendre la Suisse : pour un monde de paix, pour davantage de respect des droits humains. Notre souveraineté, notre identité sont faites de cette dimension intégrée dans notre Droit et nos consciences.

Quant à la Cour européenne des droits de l’homme, cible de l’UDC, elle ne corrige pas souvent le législateur ou le juge suisse. Et les recours à cette instance sont le fait de personnes habitant la Suisse. C’est donc un surcroît , et non pas un abandon, des droits démocratiques.

Mais assez. La majorité des Suisses dira non à cette Initiative qui nous serait nuisible et ne correspond pas à notre identité ni à notre rôle dans le monde.

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Commentaires

"Même à l’époque, il était question de traités avec l’Empereur." Et alors ? Voulez-vous signifier qu'après une acceptation de l'initiative UDC il n'y aurait plus d'accord avec l'empire franco-allemand ? Vous savez bien que ce n'est pas le cas et que telle n'est pas la question. Dans sa Constitution de 1848, les Suisses dans leur très grande sagesse ont refusé la création d'une Cour constitutionnelle. Vous pouvez admirer les dégâts que fait ce genre d'institution aux USA actuellement. Un seul juge peut faire la pluie et le beau temps pour plus de 200 millions de personnes...
Dans la construction des états démocratiques modernes, la relation du 3ème pouvoir avec les autres et la société reste un point de grande fragilité. Les juges ne sont absolument pas neutres politiquement et je pense que l'on peut affirmer sans trop de risque de se tromper qu'ils sont majoritairement nettement socialistes en Suisse romande.
Il y a plusieurs sources de droit dont l'une très importante : la jurisprudence.
En déléguant son pouvoir à une cour européenne, la CEDH, le peuple suisse et ses représentants perd tout contrôle sur son corpus juridique. Si les Européens décident que les minarets peuvent être construits partout sans restriction, la Suisse verra s'ériger des dizaines de milliers de minarets et n'aura aucun droit de s'y opposer. Pas besoin de lire Houellebecq pour voir que les temps sont à la soumission en Europe et que donc cette hypothèse n'a rien de ridicule.
Bien entendu, si les partis du centre-droit et du centre-gauche sont contre cette initiative, c'est pour de toutes autres raisons. L'acceptation du futur accord -cadre institutionnel avec l'Europe, où l'on verra la Suisse se diluer complétement dans l'UE. Ce sera la fin de l'aventure "Suisse".
Est-ce bien cela que vous défendez ?

Écrit par : Géo | 01/11/2018

Je proteste! On ne m'enlèvera pas de la tête que la plus importante des trois initiatives soumises au peuple le 25 novembre est celle intitulée "Pour la dignité des animaux de rente agricole", vulgairement ramenée au rang d' "initiative pour les vaches à cornes".
Mais il n'y a pas que le sort des cornes des vaches qui doit nous alarmer: celui réservé aux plumes des ailes des poules est tout aussi poignant. Aussi viens-je de lancer une pétition intitulée "Pour des volailles au plumage intact" que j'invite chacun à signer en se rendant sur https://www.change.org/p/conseil-fédéral-suisse-pour-la-dignité-des-animaux-de-basse-cour.

Déjà que les poules n'ont pas de dents ni de cornes, si en plus on leur rogne les ailes...

Écrit par : Mario Jelmini | 01/11/2018

Avant d'aller voter, lisez et écoutez ceci:
https://arretsurinfo.ch/attali-les-elus-nont-plus-de-pouvoir-et-voici-votre-avenir-effrayant/

et vous comprendrez très vite quel est votre intérêt.

Écrit par : Daniel | 01/11/2018

Le CF qui rêve de l'entrée de la Suisse dans l'UE n'applique souvent plus les décisions du peuple suisse pour nous rendre plus euro-compatibles, ce qui revient dèjà à nous forcer à accepter les décisions de l'UE par la force. Le dernier exemple en date est la loi contre l'immigration de masse qui n'a pas été appliquée mais détournée et tronquée, même Doris Leuthart l'a admis à l'émission Infrarouge. Un autre exemple est la loi sur les armes.

C'est justement pour mettre fin au détournement de la volonté populaire que l'initiative de l'UDC est nécessaire et il n'est pas difficile d'imaginer ce qui adviendra le jour où nous devrons nous plier au droit de l'UE. On déjà vu le chantage de l'UE qui menace de ne pas nous renouveler l'équivalence boursière. C'est normal, quand on se comporte comme nous, on se fait traiter comme un paillasson.

Et voici encore un petit exemple de la démocratie à la sauce UE comme vous semblez tant l'aimer. Ça s'appelle de la démocrature, M. Eggly

https://www.youtube.com/watch?v=ZSzvwhTiaYs

Tous les pays nous envient notre démocratie directe et nos référendum, mais dans le droit de l'UE un referendum est une exception qui confirme la règle ... car il n'y en a quasiment jamais. Si la video de Segolene Royale explique les idees dictatoriales de l'UE ne vous a pas convaincu, voici encore deux célèbres citations de Jean-Claude Juncker pour confirmer ce principe:

"les traités européens sont au-dessus de la Démocratie…"

et

"Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens."

M. Eggly, il ne faudra pas venir pleurer sur votre blog quand le peuple suisse sera sous la botte du droit européen et que tout référendum sera rendu impossible, car tué dans l'oeuf.

Écrit par : Armando M. | 02/11/2018

Dans cet excellent article (en trois parties assez courtes) de Stéphane Montabert (un français naturalisé suisse, mais plus patriote et fier de la Suisse que beaucoup de suisses) l'auteur nous explique les vrais enjeux de l’initiative sur les juges étrangers. Il nous dit tout ce que l’on ne nous dira jamais ni dans les journaux ni à la télévision qui tous nous rabâchent une opinion formatée conforme à la pensée unique.

Les enjeux sont beaucoup plus importants qu’on ne le pense. Il nous explique aussi pourquoi la droite affairiste est main dans la main avec la gauche immigrationniste pour s’y opposer et quels sont leurs intérêts respectifs:

partie 1

http://stephanemontabert.blog.24heures.ch/archive/2018/10/22/juges-etrangers-enjeux-partie-1.html

partie 2

http://stephanemontabert.blog.24heures.ch/archive/2018/10/23/juges-etrangers-enjeux-partie-2.html

partie 3

http://stephanemontabert.blog.24heures.ch/archive/2018/10/27/juges-etrangers-enjeux-partie-3.html

Écrit par : Jemma Gardner | 02/11/2018

Avant de voter souvenez-vous du "Chant des Suisses", paroles de René Morax, "Le peuple des bergers est libre sur sa terre" et vous comprendrez vite qu'il faut accepter cette initiative avant de regretter de se faire "farcir" par le conseil fédéral qui veut absolument nous faire entrer dans cette pseudo-UE qui n'est pas démocratique et en faillite !

Écrit par : Yvan Descloux-Rouiller | 02/11/2018

Comment avoir oublié que Mme Micheline Calmi-Rey très officiellement avait estimé qu'invité à voter jamais le peuple suisse n'accepterait d'entrer dans l'UE raison pour laquelle, en conséquence, avait-elle précisé, "nous l'y ferons entrer… en "biaisant" ce qui pourrait précisément, entre autres, concerner les juges étrangers…

Etant donné la conjoncture ne serait-il pas temps, avant tout, Suisses, de participer à une refondation de l'UE?

Quitte à la suggérer en en prenant l'initiative?

Pour une fois ne pas viser juste aux intérêts de certains, lesquels?
Toujours les mêmes.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 02/11/2018

Monsieur Eggly, vos arguments sont plausibles et totalement défendables, cependant, même si une majorité de votant rejettent l'initiative de l'UDC sur l'abandon des conventions ratifiées et autres futures conventions concernant la souveraineté judiciaire helvétique, il serait également temps de reconnaître que la Suisse a refusé de devenir membre de l'union européenne et que jusqu'à maintenant, tous les accords bilatéraux ne sont pas palpables pour la population suisse : les frontières sont ouvertes aux européens pour qu'ils travaillent en Suisse mais fermées dès que vous voulez importer ou exportés des marchandises, au niveaux des échanges commerciaux rien n'a vraiment changer et si vous revenez de France avec plus de 3 bouteilles de vin, vous êtes agrafé par les douanes et soumis à une amende.

Écrit par : Corto. | 02/11/2018

Suite

Que si vous importez quoi que ce soit, vous êtes astreint à des déclarations que même les douaniers n'arrivent parfois pas à remplir correctement, c'est la réalité palpable à laquelle les suisses se confrontent dans leur quotidien, malgré le fait que les politiques surfent sur des interminables négociations abstraites et sans conséquences visible dans le quotidien des helvètes !

Et voilà qu'on leur demande de faire encore un pas vers cette Europe d'apparence hostile à leurs attentes, cette Europe abstraite, cette Europe qui laisse apparaître de plus en plus de fissures au niveau de sa cohésion !

Il me semble que l'Europe devrait aussi faire quelques pas vers la Suisse, surtout au moment où l'Angleterre risque également de marquer une rupture douloureuse et quand plusieurs pays se montrent de plus en plus inflexibles face aux rigidités technocrates de cet empire presque mort-né !

Écrit par : Corto. | 02/11/2018

"nous l'y ferons entrer… en "biaisant"
Il y a juste un "i" (avec éventuellement un "les" en plus pour rendre la proses plus précise) de trop pour que cela décrive très précisément le comportement qu'elle entendait avoir à l'égard des électeurs qui n'étaient pas de son camp.

Écrit par : Mère-Grand | 02/11/2018

"les traités européens sont au-dessus de la Démocratie…"
et
"Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens."
Ces déclarations de Juncker, relevés par Armando M. annoncent déjà qu'il finira sa carrière chez Goldman et Sachs, comme son prédécesseur (ou l'un d'entre eux).
Je m'étonne qu'elles ne soient pas systématiquement citées par les maudis "partis populistes" qui abhorrent l'UE, à raison si on écoute ce genre de déclarations.

Écrit par : Mère-Grand | 02/11/2018

La charia est supérieure aux lois humaines.
Le droit Européen à notre Constitution.
Offrons nous en sacrifice.

Écrit par : suiveur | 02/11/2018

Inutile de fare l’echos sur ce qui a été déjà dit sur Calmi-Rey et l’UE!
Vous avez dit la mouche du coche....!?

Écrit par : Patoucha | 02/11/2018

Ce que dit suiveur n'est jamais relevé par les pro-Europe, bizarre !

Écrit par : Corto. | 02/11/2018

"Il faut entrer dans l'espace Schengen. Il n'y aura pas plus de nouvelles 8000 arrivées en Suisse par an et la criminalité ne va pas augmenter" nous disait-on à l'époque!

Et au bout du compte il y au moins 80.000 nouveaux venus en Suisse chaque année, les bus sont bondés, la vie est devenue invivable, on pollue plus et la criminalité a augmenté en flèche!

On sait donc à quoi s'en tenir et il est clair quil faut voter OUI à l'initiative de l'UDC.

Écrit par : Albert Schneubli | 02/11/2018

La refondation de l'UE devrait prendre pour socle l'éclairage du Conseil national de la Résistance… On s'en informe simplement en consultant Google en précisant encore social

le texte est trop long pour le reproduire maintenant mais il vaut la peine d'être longuement réfléchi.

Egalement un commentaire concernant le Conseil National de la Résistance dans le blog de Pascal Décaillet.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 02/11/2018

Vous êtes comme un coq qui chante dans son poulailler et qui croit qu'il serait encore entendu dans un élevage de poules en batterie.

Écrit par : norbert maendly | 03/11/2018

Quand les poules s'endorment en philosophant, elles se réveillent en caquetant !

Écrit par : Corto. | 03/11/2018

Il serait clair d'indiquer à qui on s'adresse.

Celui ou celle qui chante comme un coq
introduit une autre chanson... celle du petit chevrier
interprétée à ravir en cours d'une Fête des vignerons

"J'aurai mes quinze ans...

je chante souvent
dans les éboulis
pour rien pour personne
tout l'après-midi(…)

Mieux vaut chanter pour rien au moins pour éviter un rétrécissement de poitrine, un coeur rabougri ou "sclérosé" (évangiles).

Écrit par : Myriam Belakovsky | 03/11/2018

Impayable Myriam !

Concernant l'Europe, il faudra prévoir de gros gros ploufs assez rapidement !

Écrit par : Corto. | 03/11/2018

Bientôt un virage à droite du coté de l'Allemagne, ensuite le criseux à sa maman et à son petit copain Benalla donne le ton, il traite ses membres européens de lépreux et de nationalistes alors qu'il renvoie des migrants en Italie, le monde devient fou !

Écrit par : Corto. | 03/11/2018

Islande :

Katrin Jakobsdottir, Premier ministre islandais depuis novembre 2009 et leader du Mouvement des verts et de gauche de son pays, ne s’est pas montrée tendre avec l’Union européenne (UE) dans une interview publiée le 29 octobre par le journal en ligne Eurobserver. «Je ne pense pas que nous devrions entrer dans l’UE maintenant. Je pense qu’il n’y a aucune raison de postuler», déclare-t-elle en premier lieu. Elle se dit ainsi «critique» à l’égard des politiques économiques de l’UE, en s’étonnant que la zone euro ait été créée «sans qu’aucune politique fiscale et d’imposition ne soit réellement centralisée».

Katrin Jakobsdottir lance en outre une violente diatribe contre les institutions de l’UE, considérant la Banque centrale européenne comme «très puissante sans être très démocratique». Elle constate de fait que «les politiques économiques de l’UE sont très éloignées des citoyens de la zone euro et ont créé des divisions qui ne devraient pas exister».

Écrit par : Corto. | 04/11/2018

Excellente et courte vidéo sur le sujet, à ne pas manquer:

https://www.youtube.com/watch?v=YaRAZSnjodI

Écrit par : Jean-Blaise | 07/11/2018

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