27/09/2018

Un salut aux deux ministres sortants

Pour un Parlementaire, l’élection puis la démission d’un Conseiller fédéral est toujours un moment d’une certaine émotion. On s’habitue , entre temps, à avoir tel répondant au banc de l’Exécutif dans les débats. Pourtant, personne n’est irremplaçable. Et le système collégial fait que les Conseillers fédéraux, d’élus en élus, sont toujours sept à table.


Cela étant, le système n’échappe pas tout à fait à la personnalisation du pouvoir. Alors, bien sûr, les fées étaient réunies au berceau de Doris Leuthard. L’essentiel tient, certes, à son intelligence, à sa force de travail, à sa ténacité, à son caractère équilibré, à sa capacité d’entrer en discussion sur des dossiers qu’elle connaît toujours à fond. Qui dit mieux ! Mais elle ajoute à cela une séduction, une chaleur humaine, une intelligence émotionnelle, une approche presque tactile de ses interlocuteurs. Nicolas Sarkozy, après une rencontre à Davos, avait dit qu’on n’échappait pas à Doris Leuthard. Oui, elle a toujours défendu avec une totale loyauté l’esprit de collégialité du Conseil fédéral, mais en apportant son équation personnelle dans la politique. Cela n’a pas peu contribué à ce qu’elle gagne, au nom du Gouvernement, presque toutes les votations populaires concernant son Département.


Évidemment, Johan Schneider- Ammann ne possède pas un registre aussi large. Sa démission a suscité ici trop d’éloges et là trop de critiques. Conseiller fédéral à l’ancienne mode, ne cherchant pas la lumière des projecteurs, affranchi de tout narcissisme, simple, authentique, il a défendu avec conviction sa conception libérale de l’économie qui, à ses yeux, a forgé le succès de la Suisse. Les Parlementaires de gauche, qui avaient assuré son élection il y a huit ans, le voyaient comme un entrepreneur ouvert au dialogue social. Mais ils ont mal regardé, Etre un entrepreneur apprécié de ses collaborateurs, discutant avec les syndicalistes n’en faisait en aucune façon un adepte de l’interventionisme étatique. En revanche, quel engagement pour ouvrir des marchés à l’économie suisse ! Que de voyages avec des chefs d’entreprises ; États-Unis, Chine, Iran et tant d’autres destinations. Mais, c’est vrai, il n’aura jamais eu l’impact charismatique de sa collègue et les Romands se souviendront de son français très laborieux.


Cela étant, quelle étroitesse de réflexion que d’écrire et de dire, dans certains médias, qu’il aurait manqué sa sortie en annonçant sa démission le mardi plutôt que le vendredi. Accorder de l’importance à cet épisode est de l’enfantillage théâtral,. Ce qui compte, c’est de parler du parcours et de la personnalité du ministre. Alors, c’est évident, avec les temps qui ont changé, on a davantage envie de Conseillers fédéraux qui s’intègrent parfaitement dans le système collégial mais qui crêvent un peu l’écran et exercent un effet d’entrainement. A cet égard, Doris Leuthard restera une référence. Parmi les considération pour choisir les successeurs, ces qualités devraient être retenues.Cela plaide pour l’élection de Karin Keller- Suter, laquelle a une maitrise impressionnante des langues nationales ; ce qui est bon pour la cohésion confédérale.


Toutefois, même si les temps changent et si les profils des candidats doivent s’y adapter, le durcissement de la politique (au Parlement, entre les partis, lors des campagnes populaires) demande plus que jamais une collégialité solide du Conseil fédéral. S’il doit y avoir encore une instance où causer à l’abri des regards reste possible, si un consensus entre ministres issus de partis différents est réalisable, c’est bien au Conseil fédéral. Encore faut-il que la position collégiale ne soit pas simplement le plus petit dénominateur commun, mais qu’il s’agisse d’une collégialité dynamique, engagée, ayant un effet rassembleur.

17:04 | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Commentaires

Je m'incline !

Écrit par : Corto | 28/09/2018

On pourrait aussi parler de Cendrillon et de Droopy afin d'imager les partants de 2018 !

L'une fait partie du camp Disney et l'autre du camp Tex Avery !

Aucun doute que Tex Avery était plus à droite que Disney !

Écrit par : Corto | 28/09/2018

Les commentaires sont fermés.