14/06/2018

L’UE tourne en désordre autour de son âme

L’Union européenne, à l’approche de son sommet problématique, ne sait plus très bien où elle en est : et la Suisse, par rapport à cette UE, ne le sait plus très bien non plus. La semaine dernière ont eu lieu, sous l’égide de la Fondation Tocqueville, du Figaro et d’un groupe de réflexion, des échanges de très haut niveau sur les défis les plus importants qui se présentent au monde en général et à l’Europe en particulier. On peut en retrouver un survol dans Le Figaro de lundi dernier. Arrêtons-nous sur la question européenne.


L’Europe est un très ancien espace culturel, historique, couturé malheureusement de constants affrontements nationaux. Au dix-huitième siècle on parlait largement français à la Cour de Berlin et à celle de Vienne ; tandis que l’on s’affrontait en même temps dans une guerre de sept ans. L’Europe napoléonienne a explosé de son <ubris>. Au début du siècle passé, l’élite intellectuelle et artistique sautait allègrement par-dessus les frontières ; tandis que se préparait la grande guerre qui allait casser la primauté de l’Europe dans le monde. Et durant la deuxième guerre mondiale, un Stéphan Zweig se suicidait de désespoir devant ce qu’il ressentait comme étant le suicide de la civilisation européenne.


Alors, évidemment, n’en déplaise à certains Helvètes, sceptiques de toujours, la création de ce qui est devenu l’Union européenne levait un espoir de résurrection d’un esprit européen séculaire ; en même temps que de la naissance d’une entité politique et économique de poids, respectueuse et riche des nations, des peuples la composant. Un chemin esquissé vers une réussite à la Suisse, en somme. Or, tout est allé trop vite avec la chute du mur de Berlin. L’élargissement accéléré n’a pas pris vraiment les traces des chenilles de l’approfondissement.


Au séminaire Tocqueville, la question fut posée à Hubert Védrine, l’ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand. Qu’est-ce qui coince le plus actuellement dans l’UE ? Eh bien d’abord le fait que l’évolution des institutions, les mécanismes conduisant à des accords parlent de moins en moins aux peuples. Un écart s’est creusé entre les élites en charge du fonctionnement et les opinions. Cela n’a pas favorisé, avec en outre les confrontations d’intérêts nationaux à défendre, une conjonction de l’âme et de l’esprit. Il y aurait donc un nouveau dosage à inventer, à trouver afin de mieux impliquer les peuples dans les processus européens ; cela en évitant trop de possibilités de blocages et de paralysies. Plus facile à dire qu’à faire ! C’est d’autant plus difficile que se pose avec une grande acuité la question de la migration. On n’y était pas préparé. Ici, faute d’une coordination politique claire, les membres se divisent sur le sujet. Entre l’exigence humanitaire et celle de la protection légitime, une balance non trouvée. Cela se double d’une hésitation fragilisante sur cette question fondamentale de l’identité culturelle, juridique, politique dans nos démocraties face à un Islam radicalisé. Il est, certes, minoritaire mais il est agissant et rend l’Islam euro compatible plus ou moins aphone. La clarté et la fermeté sont des conditions clés de l’intégration, avec, bien sûr, les actions sociales et pour la formation . Faute de savoir relever ces défis, l’Union européenne sera condamnée aux dissonances, aux tensions internes dans des pays membres, à une montée de populisme nationaliste et à une certaine inconsistance sur la scène internationale en regard de grandes puissances jouant bilatéralement sur les rapports de force.


Et la Suisse ? Eh bien, quitte à passer une fois encore pour un Europhile psycho rigide, répétons qu’elle ne peut s’abstraire des défis posés à l’Union européenne. Il faut qu’elle réussisse à consolider son lien institutionnel, à négocier avec cette UE. C’est la condition des collaborations indispensables en tous domaines. Il y faut une action diplomatique claire, mais aussi un engagement résolu sur le front intérieur, afin de combattre l’illusion agissante conduite par les tenants aveugles de la souveraineté absolue.

Que de défis ! Que de motifs d’inquiétude ! Mais que de raisons de s’engager ! Voici que se présente plus encore la nécessité et la noblesse de la Politique.

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