22/05/2018

Ils ont su résister

Le nouveau Conseil d’Etat a réparti les responsabilités. Pierre Maudet devient Président en gardant la sécurité et l’aéroport. Certains, dans les médias, auront grinçé des dents. Or, ne leur en déplaise, c’est une information réconfortante. Les six collègues de Pierre Maudet ont résisté à la pression qui visait, au minimum, à écarter le premier de classe de la Présidence. On l’a déjà dit : lorsque la presse et les médias audio visuels informent sur un fait qui pose des questions, ils font leur travail positif d’investigation. Lorsque cela tourne à l’information orientée, ils ne sont plus dans le bon axe de la démocratie. Cette information orientée date de l’ère Pilet, dans les années quatre vingt. Elle susccédait à l’information conventionnelle, peu curieuse ,dont l’auteur de ces lignes se contentait trop à l’époque. Il faut être capable d’autocritique,—-ce qui n’est guère le cas de nombreux journalistes comme de nombreux politiciens. Mais l’information orientée a ses dérives. On donne les réponses insérées dans le soupçon, plutôt que de se contenter de poser des questions sans préjugé sur la conclusion à tirer. Et , à force d’insister, on pense avoir condamné publiquement l’accusé sur la place publique ; en attendant avec gourmandise une sanction politique que l’on aurait presque dictée. Parfois, cela marche. Parfois, cela ne marche pas. Anne Emery-Torracinta avait commis une maladresse, voire une faute politique autour de l’affaire Ramadan. Pas de quoi l’invalider sur toute son action a jugé le peuple lui-même. Elle a été réélue. Le peuple a eu une réaction saine.

Pierre Maudet a commis une imprudence politique, a mal communiqué au début. Pas de quoi le marginaliser politiquement ont estimé ses collègues. Il ont n’ont donc pas cédé à une pression hors proportion et ils ont été fidèles à la lucidité politique, à la loyauté collégiale. iIs ont respecté la démocratie en portant à leur présidence celui qui fut élu au premier tour et porte les couleurs du parti ayant obtenu le plus de sièges au Parlement. Toute autre décision eût été une marque de faiblesse et de fragilité.

Or, si un Gouvernement doit être attentif à ce que révèlent des médias, si chaque ministre doit s’efforcer d’être exemplaire, et savoir reconnaître une erreur commise, en tirer la leçon, un Gouvernement digne de ce nom doit être solide , être en tout temps capable de résister aux pressions, aux déstabilisations, conscient qu’il tire sa légitimité et son autorité du peuple et de lui seul.

Pierre Maudet n’a plus, maintenant, qu’à mériter cette confiance du Collège gouvernemental. Il va, dans les jours qui viennent, orchestrer l’élaboration du discours de St-Pierre. On en revient à l’essentiel au service de Genève.

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19/05/2018

Sur Maudet ça suffit!

Depuis une semaine, certains médias genevois font d’une erreur de Pierre Maudet une affaire gravissime. Oui, le magistrat a fait preuve d’imprudence, de naïveté et d’une temporaire perte de conscience du risque de confusion des genres. C’est regrettable. Lorsque l’on occupe une telle charge, la vigilance constante dans ce domaine est de mise. Le malaise qu’il a ressenti très vite au sujet du financement et des conditions de ce voyage montre qu’il l’a finalement compris ; mais clairement un peu tard. C’était il y a deux ans et demi. La dénonciation tardive qui a révélé ce fait n’émane évidemment pas d’un esprit pur, qui serait animé par le seul souci d’éthique. Le désir de nuire est évident ici. Mais passons…


Oui, un journal, une radio sont dans leur rôle en informant le public sur tel ou tel dérapage d’une personnalité politique. Rien à dire là-dessus. Toutefois, si ce rôle est vraiment branché sur l’éthique, un critère essentiel est celui de la proportionnalité. Ajoutons la prudence et la rigueur professionnelle qui doivent encadrer cette mission d’investigation et d’information. Une balance doit évidemment être tenue entre d’éventuels accusateurs et la personne visée. En somme, être journaliste d’investigation, ce n’est pas être procureur-accusateur. A l’heure actuelle, il y a probablement des journalistes qui admirent par exemple Mediapart et son responsable Eddy Plenel. Heureusement, on a pu entende aussi des journalistes français de très bonne réputation avoir un regard très critique sur ce Média, et sur ce personnage ambigü qui n’exhale un parfum ni de pureté, ni d’objectivité. Ce n’est vraiment pas un modèle.


Nous avons personnellement trop fréquenté, au cours de notre parcours journalistique, les réunions de rédaction pour être, à notre tour, de vieux naïfs. Le phénomène d’auto-allumage, la trouvaille de l’os qu’il faut exploiter à fond, la stratégie du feuilleton , jour après jour, afin de peser sur la suite des événements, la mise en évidence par des affiches et des titres accrocheurs susceptibles de capter des lecteurs, une ambiance d’excitation du chasseur : tout cela nous le connaissons fort bien. On ne nous la fait pas. Le manteau du chevalier blanc gardien de la vertu démocratique poursuivant les fautifs et les égarés est un manteau qui peu cacher bien des choses. L’homme est complexe ; le journaliste donc aussi. Ce dernier devrait d’ailleurs se souvenir que, pour l’indice de confiance au sein de la population, il partage un score peu enviable avec le politicien. De quoi rendre l’un et l’autre modestes.


Mais revenons à Pierre Maudet. La faute est patente. L’étonnement devant l’imprudence est exprimée. Faut-il en ajouter et en rajouter encore ? Non ! Il se trouve que cette histoire de voyage malencontreux cadre très mal avec la personnalité d’un homme connu pour être sobre, aux loisirs simples ; bref très éloigné du monde de La Jet-Set. Ce détournement d’image est donc vraiment bête. Va-t-on dès lors poursuivre avec cette image là un homme dont nous sommes convaincu de l’honnêteté fondamentale ?


Mais il y a beaucoup plus à considérer. Pierre Maudet , élu dès le premier tour au Gouvernement, est un homme d’Etat pivot pour Genève. Il est devenu connu en Suisse. Notre Canton aurait grand profit à le retrouver à la présidence du Conseil d’Etat, présidence accompagnée de la direction d’un Département. On devrait compter sur lui pour une conjonction d’équilibre, de cohérence et de dynamisme gouvernemental durant la législature qui s’ouvre. Va-t-on gâcher cette chance, diminuer sa marge d’action politique dans l’intérêt de Genève ? Oh, la réponse vient. C’est lui qui a gâché les choses avec cette affaire. Encore une fois, l’erreur est indéniable, reconnue. Mais une autre erreur, plus néfaste, serait de perdre le sens de la mesure, le critère essentiel de proportionnalité, la capacité de résister au goût de la chasse à l’homme et à la satisfaction professionnelle de tirer en longueur sur un bon coup.

En un mot comme en cent : sur Maudet, ça suffit. Laissons le maintenant travailler, avec tout son potentiel, au service des Genevois et de Genève.

 

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16/05/2018

Ah si c’était Jérusalem la lumineuse

Les morts palestiniens de Gaza au moment de l’inauguration festive de l’ambassade américaine à Jérusalem ont choqué. Donal Trump, avec son simplisme ravageur, ne cesse de souffler sur des braises. Le contraste des images n’a été bon ni pour Israël ni pour les États-Unis. Il faut, pourtant, essayer d’aborder la question de Jérusalem dans sa profondeur historique et son étendue politique. Franchement, quel Israélien, quel Juif de par le monde pourrait contester, dans son cœur et son esprit, que Jérusalem est la capitale de l’État hébreu ? Il ne saurait admettre que le lien incontestable entre cette ville et les Juifs puisse être relativisé.


Seulement voilà : Jérusalem est aussi une ville exceptionnelle pour les Musulmans et pour les Palestiniens en particulier. Comment s’en sortir ? On sait bien que tout a commencé à se compliquer dès la première guerre mondiale. On a connu l’effondrement de l’Empire ottoman, le mandat froid des Britanniques, l’entrée régulière de Juifs dynamiques retrouvant la terre promise , terre de refuge et d’identité. C’est à la fin du dix neuvième siècle, en pleine affaire Dreyfus et dans un climat d’anti-sémitisme en Europe qui allait déboucher sur l’horreur, que l’idée d’un Etat juif s’est mise à cheminer. Les pères fondateurs, les Ben Gourion et autres, voulaient un Etat laïc mais la religion et les religieux ont évidemment marqué le processus. La guerre de 1848,—la catastrophe pour les Palestiniens—, était-elle inévitable ? Oui, dès lors que les Arabes refusaient absolument la création de cet Etat d’Israël. Celles de 1956 et de 1968 ? Oui, si l’on se souvient que Nasser voulait cimenter une unité arabe dans un exercice de destruction d’Israël. Si l’on veut être Lucide et équitable, il ne faut jamais oublier ce passé.

 

C’est après que la politique israélienne a progressivement dérapé. Les assassinats de Sadate et de Rabin ont été un malheur. Ces deux guerriers devenus hommes d’Etat visaient la paix. La création de deux Etats, avec la même ville comme capitale selon un arrangement à organiser, se présentait comme une belle perpective. Hélas, l’intransigeance de mouvements palestiniens d’un côté et l’implantation systématique de colonies israéliennes en Cisjordanie occupée de l’autre ont obscurci cette perspective. Ajoutons l’isolement de Gaza avec une surpopulation complètement coincée. Tout n’est pas de la faute d’Israël. Que d’occasions perdues, sans compter les luttes internes, du côté palestinien. Il n’empêche que les autorités israéliennes se croient réalistes en voulant créer une impasse irréversible pour les Palestiniens. Elles ne font qu’attiser le désespoir et la haine.


Oui un désespoir des Palestiniens. Ils n’ont plus guère de poids politique dans le contexte régional de la rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran ; de la situation en Syrie ; de la lutte contre le terrorisme international ; de la tension entre l’Iran et les Etats-Unis encouragés par Israël. Quant à l’Europe, on perçoit avec chagrin les limites de son influence. L’ancien Secrétaire d’Etat suisse Edouard Brunner misait à terme sur une prise de conscience de la diaspora juive, particulièrement américaine, afin qu’une pression s’exerce sur Israël et l’incite à des initiatives généreuses et historiques. Mais, avec notamment 500.000 colons installés en Cisjordanie occupée, n’est-ce pas trop tard ? Alors, un mouvement irréversible : mais vers quoi ?


Quant à Jérusalem ! Si le principe d’une ville capitale de l’Etat hébreu ne peut qu’être reconnu, l’implantation pratique mais aussi symbolique d’ambassades occidentales aurait dû et devrait être subordonnée à l’avancement réel d’un processus de négociations en vue d’une paix globale. Il y faudrait la création d’un vrai Etat palestinien trouvant sa place aux côtés de l’Etat hébreu. Hélas, avec la rigidité des autorités israéliennes confortée par le simplisme politique des États-Unis de Trump, et se justifiant aussi devant l’intransigeance de certains mouvements palestiniens un processus de paix est-il encore imaginable ? Ajoutons à cela une indifférence environnante dans une région qui a d’autres problèmes. La masse humaine palestinienne, déstructurée, pourra-t-elle secréter autre chose qu’une jeunesse désespérée ?


Oh Jérusalem, tu devrais être une lumière de concorde et de paix dans le monde, avec ta dimension culturelle et spirituelle unique. Tu pourrais être Jérusalem la lumineuse universelle. Pourquoi restes tu la ténébreuse ?

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08/05/2018

Quelle alchimie pour le Conseil d’Etat?

Lorsque l’on rentre de Belgique, —où l’on a pu échanger quelques propos sur les systèmes institutionnels suisse et belge—, on se dit que la Confédération helvétique est un sacré pays issu d’une sacrée histoire. Elle vaudrait la peine d’être plus et mieux racontée dans nos écoles.


Ce qui relève des habitudes politiques tient à ces gouvernements de coalition que l’on retrouve aussi bien dans les Cantons qu’à l’échelon fédéral. Le mécanisme de démocratie directe y a incité. A Genève, on a eu, certes, une domination radicale mais c’était dans des temps anciens. Les dernières élections genevoises ont vu deux alliances (le PS et les Verts d’une part, le PLR et le PDC d’autre part) se retrouver à égalité de sièges au Grand-conseil. Des majorités pourraient s’y former au gré d’alliances avec l’UDC et le MCG d’un côté ; le PS et ensemble à Gauche de l’autre. Mais les côtés ne sont pas dessinés avec précision. Ainsi, le MCG a montré déjà ses capacités de jouer à la balançoire.


C’est dire l’importance qu’aura le Collège exécutif. On attendrait avec davantage de confiance une ligne générale claire si l’on avait encore quatre élus de l’Entente. Certes, arithmétiquement, en regard de la composition du Parlement, la nouvelle répartition au Conseil d’Etat est logique. Mais, politiquement, avec quatre de l’Entente, les décisions gouvernementales, certes collégiales, auraient plus sûrement une connotation Centre -droit ; même si les élus Gauche-Verts seraient évidemment pris en considération pour la formation de la décision. Or, désormais, avec deux groupes de trois, ce sera le septième Conseiller d’Etat, à savoir le MCG Mauro Poggia, qui va trouver une possibilité accrue d’influencer la décision gouvernementale. Il s’est réjoui d’ailleurs d’endosser ce maillot d’arbitre. Ce n’est pas une si bonne nouvelle ; car la meilleure efficacité d’un Collège découle probablement d’un dosage subtil entre une cohabitation des forces politiques principales et une couleur modérément majoritaire permettant une cohérence et une continuité plus affirmées.


Il y a quatre ans et demi, on se posait des questions légitimes sur Mauro Poggia. Comment pouvait-on avoir été libéral, puis PDC et être devenu un chef de file MCG ? Eh bien, l’honnêteté oblige à reconnaître que le Conseiller d’Etat a levé beaucoup de doutes. Il est entré pleinement dans sa fonction. On peut discuter de ses positions, notamment à propos des frontaliers, des cliniques privées ou de l’assurance -maladie. Mais personne ne conteste sa compétence et sa détermination. Le peuple en a jugé ainsi en lui offrant une très belle élection.


Reste cette nouvelle interrogation. Résistera-t-il au plaisir de la balançoire, en entraînant son Groupe MCG au Grand-conseil ? Ou bien, d’une manière générale, Mauro Poggia s’inscrira-t-il dans un certain élan majoritaire face aux défis à relever ? Le Président incontournable de ce Gouvernement, le brillant Pierre Maudet, fera tout pour insuffler une vraie dynamique gouvernementale. S’il en était ainsi, le Conseil d’Etat pourrait inciter le Parlement à un travail positif. Genève pourrait avancer mieux vers des solutions nécessaires plutôt que de s’empêtrer, comme trop souvent, dans des oppositions et des contradictions sans fin. On va voir. Espérons.

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02/05/2018

Souvenirs de Mai 68

A chacun, pourvu qu’il ait l’âge correspondant, ses souvenirs de Mai 68. Pour l’auteur de ces lignes, alors jeune rédacteur au Journal de Genève, ce furent plutôt les trois premiers jours de Juin. Le vent avait tourné. De Gaulle , à la radio, s’était ressaisi et avait retrouvé sa voix des grandes heures. Une énorme manifestation en sa faveur avait eu lieu sur les Champs-Elysées. Toutefois, la Sorbonne, l’Odéon et nombre d’usines étaient toujours occupés. L’essence était toujours rare ; d’où la folie d’être monté à Paris en voiture avec le coffre bourré de bidons d’essence.
Souvenir…Arrivant à la Sorbonne ressemblant à un camp de vacances, quoi de mieux que d’aborder une charmante étudiante en lui demandant de se situer iéologiquement. <Je suis marxiste-trostkiste- révolutionnaire> répondit-elle avec un joli sourire. C’était bon pour l’interview. Avec ce visage, la révolution était rassurante.


Mais soyons sérieux. Au fil du reportage, on observait que l’apparente conjonction entre étudiants et ouvriers était trompeuse. Ces derniers, visités aussi, voyaient en nombre d’étudiants des jeunes bourgeois se payant le luxe et l’ivresse du désordre ; tandis qu’eux avaient des revendications sociales et politiques, relayées notamment par la CGT et la Parti communiste. La Gauche en général se voyait déjà au pouvoir. Même le rigoureux Mendès-France y perdit sa lucidité. Les revendications sociales furent en partie satisfaites au terme des accords de Grenelles. Mais enfin, tout ça pour quoi ?


Eh bien, déjà à l’époque, un jeune journaliste , pourtant bourgeois et conventionnel, pouvait sentir que s’il y avait des ferments dangereux de dilution dans cette aventure, il y avait aussi une explosion explicable, qui avait quelque chose de nécessaire. Par exemple, tous ceux qui étaient sortis récemment de l’université,—à Genève aussi—, avaient éprouvé la rigidité, la scolarité un peu sclérosée de l’enseignement. Indiscutablement, il y avait quelque chose de pesant dans l’air ambiant. On pouvait dénoncer les dérives mais on sentait également une rafale d’air frais. Il y a bien sûr eu de la démagogie, des récupérations opportunistes, des pertes de pédales. Le vieux Jean-Louis Barrault s’écriant >Barrault est mort> était pathétique. Une Jeanne Hersch, droite dans ses bottes, ne se laissait pas ébranler et ne cédait rien sur son exigence de rigueur intellectuelle. Mais, si la violence dans les rues faisait horreur, il y avait en même temps une gaité, une chaleur humaine, une envie de rêver la société qui ne laissait pas indifférent. Tout était mêlé.


Récemment, Daniel Cohn-Bendit a très bien évoqué cet aspect, cette ambiance, cette soudaine joie de vivre. Lui, n’a jamais eu la moindre tentation marxiste. Étonnant de l’entendre, lui le Juif, dénoncer pareillement le totalitarisme nazi et le totalitarisme communiste. Naturellement, une Société et un Etat ne fonctionnent pas dans le rêve ; même s’il en faudrait plus à chacun et à tous. Que de décrues négatives, particulièrement dans l’enseignement et l’éducation, Que de réintégrations de certains jeunes dans les cercles les plus conventionnels ; tandis que d’autres n’ont plus très bien trouvé leur place. Rares ont été ceux qui ont vraiment réfléchi et ont pu ensuite se définir clairement. Il est amusant de lire dans la revue des deux mondes un dialogue fictif entre Charles de Gaulle et Daniel Cohn -Bendit. Tous deux moins bourgeois qu’un Pompidou. Ils sont en opposition bien sûr mais, par certains côtés, plus proches que l’on imaginerait. Sans doute cet idéalisme et cette manière de rêver sa vie dans l’action.


Il est intéressant de comparer les étudiants échevelés de 68 imaginant un monde nouveau et les manifestants d’aujourd’hui dans les universités. Ces derniers sont des conservateurs, assis sur des critères inadaptés et refusant des réformes indispensables. A cet égard, ils ressemblent, cette fois, à la CGT et aux cheminots. Même peur, d’ailleurs compréhensible, du changement et crispation. L’imagination, la volonté d’adaptation, —maïs dans sa froideur—, elle serait plutôt macronienne.
Que peut conclure, cinquante ans après, le jeune journaliste ayant plongé un peu dans cette ambiance ? Il y a eu une excitation, une ivresse, des illusions et des dérives aux conséquences lourdes. Mais il y a eu en même temps ungoût très fort de La Liberté, une envie d’inventer, de faire vibrer les relations humaines. C’est un parfum qui a laissé quelques traces. Et puis quand même, sur le terrain, moins de rigidités structurelles et morales. Encore que…Aujourd’hui, bien des choses nous font peur. Et si le mieux à retenir était de ne pas avoir peur de vivre pleinement sa vie et d’y inviter les autres ?

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