08/05/2018

Quelle alchimie pour le Conseil d’Etat?

Lorsque l’on rentre de Belgique, —où l’on a pu échanger quelques propos sur les systèmes institutionnels suisse et belge—, on se dit que la Confédération helvétique est un sacré pays issu d’une sacrée histoire. Elle vaudrait la peine d’être plus et mieux racontée dans nos écoles.


Ce qui relève des habitudes politiques tient à ces gouvernements de coalition que l’on retrouve aussi bien dans les Cantons qu’à l’échelon fédéral. Le mécanisme de démocratie directe y a incité. A Genève, on a eu, certes, une domination radicale mais c’était dans des temps anciens. Les dernières élections genevoises ont vu deux alliances (le PS et les Verts d’une part, le PLR et le PDC d’autre part) se retrouver à égalité de sièges au Grand-conseil. Des majorités pourraient s’y former au gré d’alliances avec l’UDC et le MCG d’un côté ; le PS et ensemble à Gauche de l’autre. Mais les côtés ne sont pas dessinés avec précision. Ainsi, le MCG a montré déjà ses capacités de jouer à la balançoire.


C’est dire l’importance qu’aura le Collège exécutif. On attendrait avec davantage de confiance une ligne générale claire si l’on avait encore quatre élus de l’Entente. Certes, arithmétiquement, en regard de la composition du Parlement, la nouvelle répartition au Conseil d’Etat est logique. Mais, politiquement, avec quatre de l’Entente, les décisions gouvernementales, certes collégiales, auraient plus sûrement une connotation Centre -droit ; même si les élus Gauche-Verts seraient évidemment pris en considération pour la formation de la décision. Or, désormais, avec deux groupes de trois, ce sera le septième Conseiller d’Etat, à savoir le MCG Mauro Poggia, qui va trouver une possibilité accrue d’influencer la décision gouvernementale. Il s’est réjoui d’ailleurs d’endosser ce maillot d’arbitre. Ce n’est pas une si bonne nouvelle ; car la meilleure efficacité d’un Collège découle probablement d’un dosage subtil entre une cohabitation des forces politiques principales et une couleur modérément majoritaire permettant une cohérence et une continuité plus affirmées.


Il y a quatre ans et demi, on se posait des questions légitimes sur Mauro Poggia. Comment pouvait-on avoir été libéral, puis PDC et être devenu un chef de file MCG ? Eh bien, l’honnêteté oblige à reconnaître que le Conseiller d’Etat a levé beaucoup de doutes. Il est entré pleinement dans sa fonction. On peut discuter de ses positions, notamment à propos des frontaliers, des cliniques privées ou de l’assurance -maladie. Mais personne ne conteste sa compétence et sa détermination. Le peuple en a jugé ainsi en lui offrant une très belle élection.


Reste cette nouvelle interrogation. Résistera-t-il au plaisir de la balançoire, en entraînant son Groupe MCG au Grand-conseil ? Ou bien, d’une manière générale, Mauro Poggia s’inscrira-t-il dans un certain élan majoritaire face aux défis à relever ? Le Président incontournable de ce Gouvernement, le brillant Pierre Maudet, fera tout pour insuffler une vraie dynamique gouvernementale. S’il en était ainsi, le Conseil d’Etat pourrait inciter le Parlement à un travail positif. Genève pourrait avancer mieux vers des solutions nécessaires plutôt que de s’empêtrer, comme trop souvent, dans des oppositions et des contradictions sans fin. On va voir. Espérons.

22:24 | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Commentaires

Je ne partage pas vos inquiétudes car les élus de ce collège sont plutôt consensuels et l'ont affiché. Particulièrement les deux nouveaux arrivés. Je pense que Pierre Maudet va jouer un rôle autrement plus important que François Longchamp avec un dicastère élargit. Je me réjouis de voir s'il a enfin compris que ses façons autoritaires sont rédhibitoires pour accéder à la dernière marche.

Écrit par : Pierre Jenni | 09/05/2018

Les commentaires sont fermés.