28/03/2018

Plus de religieux ensemble pour les valeurs communes

Une parole étonne d’autant plus lorsqu’elle est prononcée par une personnalité que l’on n’attendait pas forçément dans ce registre. Oui, c’est Michel Camdessus, —-notable de la scène économique et financière mondiale, ancien Gouverneur de la Banque de France, ancien Directeur du Fonds monétaire international —-, qui la prononce. Si l’on veut conjurer le sombre avenir qui se profile à l’horizon de l’humanité, il faudrait retrouver un chemin de l’action qui repose sur des valeurs éthiques influençant les comportements, les échanges entre les hommes et les nations. Or, pour offrir cette parole, qui devraient être les mieux placés que les témoins des grandes religions et des grandes philosophies ? Oui, ce financier international en appelle à la spiritualité ; occasion de découvrir qu’il est , lui-même, un chrétien engagé. Il dit plus encore. Ce serait bien si les servants de chacune de ces grandes religions ou philosophies disait publiquement quelle valeur centrale d’une autre est à reconnaître, à accueillir à faire sienne.


Oh, l’homme rompu, sinon fourbu sous le harnais n’est pas du genre à tomber dans l’angélisme. Son diagnostic, son analyse des probabilités sont inquiétants. Il parle de la détérioration climatique, des crises politiques et des conflits dramatiques, des risques économiques et financiers. Il parle aussi de ce fait des migrations massives qui devient,—comme le dit Finkelkraut,— un facteur de changement et de déstabilisation dont on ne mesure pas encore l’ampleur. Il y a notamment l’Afrique. Sa progression démographique est affolante. Sa progression économique, celle du niveau de vie pour beaucoup est incontestable ; mais insuffisante pour absorber l’explosion démographique. En dépit de toutes les mesures sécuritaires, aux limites du manque d’humanité souvent, le risque d’un afflux massif et continu d’Africains vers l’Europe est considérable. Dans cinquante ans, dans cent ans encore davantage, l’Europe historique, dans ses identités séculaires risque de ne plus exister. Comment conjurer le péril ? Sans aucun doute dans une idée de partage. Engagement accru, non paternaliste mais sous contrôle, pour le développement en Afrique ; jusqu’à inciter de plus en plus de jeunes Africains à croire en leurs chances chez eux. Mais il y a aussi , dans une approche plus large, une nouvelle manière de penser, de se comporter, de se détourner d’une recherche effrénée de profits immédiats, de consommer plus sobrement, de protéger l’environnement qui pourrait jeter des ponts entre les cultures.


On insiste beaucoup sur la läcité, garante d’une adhésion à ce que les Français appellent le Pacte républicain. Certes, le religieux ne doit pas empiéter sur le terrain de l’Etat laïque. Les fanatiques Musulmans qui glorifient le meurtre doivent être, le mieux et le plus possible, mis hors d’état de nuire. Mais la guerre, comme l’intégration ne pourront réussir que si la solidité culturelle et démocratique se renforce. Il est grand temps de s’appuyer sur le meilleur des héritages, des traditions, des fois religieuses. La laïcité a été un grand progrès ; mais elle a aussi distillé un virus de dilution de l’âme : donc de la solidarité, de la fraternité, de la recherche du sens à la condition humaine. Au point où nous passons, sans nous en rendre compte, les grands mythes et les grandes révélations nous interrogent. Prométhée, la Genèse et le péché originel, Caïn et Abel, la distanciation du Bouddha, le questionnement et l’écoute fascinants inhérents au Judaïsme, la fraternité au quotidien dictée par le meilleur de l’Islam. Et puis, bien sûr, cette histoire inouïe, dramatique et pleine d’espérance du Jésus prenant sur lui le mal pour en sortir par une résurrection à laquelle il invite chacun dans son intimité et sa communion avec les autres. N’est -ce pas, plus que jamais, une histoire à comprendre et à méditer.


L’humanité glisse t-elle vers sa perte ? Ou vers une manière d’exister qui ne ressemblerait plus trop à notre humanité ? Ou bien se lèvent-ils peu à peu des renouveaux, des recentrages de l’âme, une mondialisation de l’intelligence et du cœur qui redresseront la barre d’un navire livré à tous les vents. Guillaume le Taciturne aimait dire qu’il n’était pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer. C’est du protestantisme un peu austère. Il faut l’espérance ; et quand on peut, jouir de la vie. Croyants ou non,—Camdessus aime Camus l’athée moral—, imprégnons nous de Pâques et de son message. Bonnes fêtes.

 

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Commentaires

"(...) imprégnons nous de Pâques et de son message."
C'est quoi le message de Pâques, d'après vous?

Écrit par : Mario Jelmini | 28/03/2018

De deux choses l'une: soit Jésus est mort sur la croix et il n'est pas ressuscité, soit il n'est pas mort sur la croix. Tout le reste n'est que mythes et légendes.

Écrit par : Mario Jelmini | 28/03/2018

L`idée est sympathique mais pourquoi les décideurs politiques qui menent le bal sur cette planete feraient-ils différemment si les chefs religieux se mettaient a faire des communiqués sur leurs valeurs communes? Et quid des lobbies financiers derriere les décideurs politiques, n`adorant que le dieu du profit maximalisé?

Écrit par : JJ | 31/03/2018

La religion chrétienne comprenant aussi bien le catholicisme que le protestantisme drainait malgré les horreurs de l'Inquisition, abus et superstitions, sectes... de l'éthique ce qui a disparu de la civilisation de marché et rien que de marché sans valeurs autres que mercantiles et pécuniaires: gains et profits avides conduisant à l'aridité sociale entre humains.

A nous de renouer avec le progrès: l'évolution comme processus pérenne indispensable... incontournable

tout particulièrement en tenant compte avec un "sens cultivé, persévérant et actif!" de nos responsabilités concernant l'avenir de nos descendants.

Écrit par : MB | 31/03/2018

En réfléchissant au religieux on risque de se poser la question de savoir ce que l'on ne nous aura pas fourré dans la tête...

le plus naturellement du monde, ce tout évacué, demeureraient le bon sens la bonne volonté et la gentillesse ces trois qualités nullement incompatibles avec l'ensemble, pour le meilleur, de l'enseignement religieux en tenant compte de l'Evangélique "Ce ne sont pas ceux qui me disent Seigneur! Seigneur! mais ceux qui font la volonté divine"!

Et si l'on peut se permettre une précision ce qui est le plus important n'est pas l'homme Jésus mais Celui qui l'inspirait: nous dirions le Saint-Esprit.

Jésus précisait: "Celui qui m'envoie"!

Il parlait également d'EAU VIVE"

dans un jardin un arrosoir.
Symboliquement il représenterait Jésus.

Pour les fleurs la survie ne sera pas assurée par l'arrosoir, le contenant
mais par l'eau... le contenu dans l'arrosoir.

La loi sur la laïcité mériterait d'être relue, corrigée et complétée car elle date d'une époque où l'islamisme dans nos pays ne posait aucun problème.

Écrit par : MB | 03/04/2018

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