20/03/2018

La Russie sœur difficile mais soeur

La Russie sœur difficile mais sœur


Le Général de Gaulle parlait de l’Europe de l’Atlantique à l’Oural. Il préférait aussi évoquer l’éternelle Russie, jugeant, de sa hauteur, que l’URSS ne serait qu’éphémère dans son histoire. Cela a quand même duré quelque septante années semées d’horreurs. Le Général semblait être, aux yeux de certains, un homme du passé. Il arrive que les personnalités qui ont une culture historique et le sens du temps long soient les plus lucides sur l’avenir.


Certes, l’URSS de Staline, et de ses successeurs jusqu’à Gorbatchev, était un danger grave pour l’Occident. Ce fut la raison d’être de la P26 en Suisse par exemple. Certes, les pays libérés de la tutelle de Moscou, tels les pays baltes et la Pologne, ont eu des raisons légitimes, dont une mémoire cuisante, de se méfier de ce voisin même amoindri ; de s’appuyer sur l’Union européenne, sur les États-Unis, sur l’OTAN. Il n’en demeure pas moins que l’attitude des Occidentaux à l’égard de la Russie post-communiste a singulièrement manqué de profondeur historique. L’auteur de ces lignes,—-à l’époque membre d’une commission d’étude paraparlementaire sur la politique de sécurité suisse—-, se souvient très bien des échanges ayant eu lieu à Moscou avec des personnalités politiques, académiques, journalistiques et militaires sur les relations souhaitables entre la Russie et l’Ouest. On n’était plus dans la propagande d’antan. Or, tous étaient d’accord pour estimer qu’une présence trop affirmée de l’OTAN, de ses forces armées aux frontières de la Russie amoindrie donnerait aux Russes un sentiment d’humiliation et d’encerclement. Tous conseillaient la prudence, imaginaient une zone démilitarisée, une collaboration résolue, un vrai partenariat pour la paix OTAN-Russie.

Dans l’ensemble et dans le désordre, l’Ouest a préféré une politique classique d’endiguement. On a pris en compte les rancunes et les craintes de ex pays satellites . On a fait peu de cas de la sensibilité d’une Russie secouée et traumatisée. Sans doutes, des aides économiques à la Russie n’ont pas manqué. Oui, la corruption, des enrichissements personnels indécents, la mauvaise gouvernance ont pu susciter la méfiance. Et puis on sentait bien que le KGB n’était pas vraiment mort. D’ailleurs, l’homme fort actuel en est directement issu. Il n’empêche que la bonne politique eût été de tout faire en vue d’arrimer pacifiquement la Russie à une Europe pacifique et démocratique. Cela n’aurait pas exclu des réactions fermes aux ressurgences de pratiques détestables. Mais ces réactions eussent été inscrites dans un cercle établi malgré tout.


Avec un Pierre le grand, —sauvage des steppes mais tourné vers l’Europe—, Catherine 2, Alexandre 1er l’ami de la Suisse au Congrès de Vienne, la Russie a participé pleinement aux péripéties de l’Europe. Si la contamination communiste, tel un poison mortel, a imposé un cordon sanitaire pour les démocraties, la chute du communisme et l’explosion de l’URSS eussent dû créer une renaissance des liens naturels.


Oh oui, Vladimir Poutine multiplie les coups d’échec gagnants et inquiétants. Pas d’angélisme à son sujet ! Toutefois, il faut rappeler que la Crimée était une vraie terre russe et que son rattachement à l’Ukraine fut une décision administrative autoritaire d’un Kroutchev n’imaginant pas une seconde la dissolution de l’URSS. En ce qui concerne le séparatisme à l’Est de l’Ukraine, c’est une autre affaire à considérer. Quant à l’interventionisme russe en Syrie, il est à mettre en regard de l’incapacité des États-Unis et de l’Union européenne à intervenir à bon escient et en temps voulu. Si tel n’avait pas été le cas on n’aurait peut être plus Assad, on n’aurait peut être pas eu Daech, on ne verrait peut être pas des Kurdes rêvant d’autonomie se faire massacrer par les Turcs d’Erdogan, Il est vrai qu’avec des si…Mais que de souffrances infinies , dans l’histoire des hommes, auront résulté d’occasions perdues ou ratées.


Tout cela pour conclure ,—-en dépit des espions empoisonnés et des actions critiquables—, que la Russie de Poutine ne doit pas être perçue comme un ennemi inapte au dialogue. C’est une sœur européenne difficile, ombrageuse, aux pulsions nationalistes et jouant sur nos nerfs ; mais c’est une sœur envers et contre tout. Couper le lien familial serait plus qu’inopportun. Ce serait une erreur culturelle et politique majeure.

20:27 | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Commentaires

Les russes sont nos cousins, les turcs ne l'ont jamais été. Les alliances contre nature dénaturent les alliances.

Écrit par : norbert maendly | 20/03/2018

"on n’aurait peut être pas eu Daech" Difficile de vous suivre sur ce point. Daech a été constitué par une alliance des débris de l'armée de Saddam Hussein et des islamistes. Qui s'est réfugiée en Syrie pour mieux revenir en Irak, jusque pas très loin de Bagdad...
Daech est une création 100% George W. Bush...

Écrit par : Géo | 21/03/2018

"en dépit des espions empoisonnés et des actions critiquables" Il serait tout de même assez important de savoir qui a empoisonné ces espions avant d'automatiquement accuser Poutine. Pour ma part, je suis sûr que moi, je n'en suis pas coupable, et que la personne la moins suspecte sur toute la planète à part moi, c'est Poutine...
Il suffit d'y réfléchir deux secondes...

Écrit par : Géo | 21/03/2018

lA FRANCHISE DE POUTINE PLAIT !UN EXEMPLE POUR LES GAUCHO DEMAGO BISOUNOUNOURS ...

Écrit par : SYLVIE RG | 21/03/2018

"l’Ouest a préféré une politique classique d’endiguement"
Cela a été une décision politique d'une rare stupidité. Comme celle de Busch en Irak, le monde entier en paie le prix.

Écrit par : Mère-Grand | 22/03/2018

Les commentaires sont fermés.