09/03/2018

Ignnazio Cassis face à l’UDC

Une meilleure prise de conscience du dossier et des réalités semble avoir rendu notre ministre des Affaires étrangères à l’exigence de vérité. Peut être que son entourage au Département, à commencer par les deux Secrétaires d’Etat, y sont pour quelque chose.


Car enfin, Ignazio Cassis déroutait et inquiétait un peu. Sa manière de dire qu’il fallait appuyer sur le bouton stop, reprendre le dossier européen à zéro, changer de vocabulaire, parler d’accords sur l’accès au marché plutôt que d’un Accord institutionnel sentait le politicien jouant sur les mots pour calmer les eurosceptiques. Il avait l’air de vouloir se démarquer de son prédécesseur afin de trouver un souffle nouveau. Nouveau pour aller où ? On ne peut s’empêcher de penser que l’obtention des voix UDC pour son élection au Conseil fédéral passait, à ses yeux, par cette gymnastique verbale. Donnons lui toutefois le crédit d’une volonté de trouver une pédagogie permettant de gagner un soutien populaire à sa politique européenne. Or, au contraire, l’impression progressive d’enfumage verbal ne pouvait que risquer de braquer un peu tout le monde.


Le Conseil fédéral et le Département semblent avoir retrouveé la ligne droite ; la seule crédible et possible. La première amélioration doit être un respect de la collégialité ; notamment de la part des deux Conseillers fédéraux UDC. Qu’ils se taisent en public s’ils n’adèrent pas à la ligne gouvernementale. Or donc, l’évidence est là. Il faut accepter de négocier cet Accord institutionnel avec l’UE ; soit un cadre, un enclenchement immédiat de négociation au fur et à mesure d’une évolution du Marché intérieur de l’UE. Ce sera, pour la Suisse, la meilleure garantie de non discrimination. Tant mieux si Berne peut obtenir la création d’un Tribunal arbitral. Mais, à la fin, ce sera toujours la Cour européenne de l’UE qui dira le droit au sujet d’un accord. On ne pourra que négocier une marge d’interprétation. En revanche, il faut rappeler que si, sur tel accord, ou telle interprétation juridique la Suisse n’est pas satisfaite, elle pourra dire non. Évidemment, avec la conséquence d’une discrimination sur le domaine concerné, discrimination dont elle ne pourra que négocier les limites. In fine, ce ne seront pas <les juges étrangers> qui auront le dernier mot mais la Suisse, en toute responsabilité politique. Imaginer que l’on puisse négocier autrement que sur les acquis communautaires, à reprendre ou refuser, est pure illusion entretenue et diffusée par l’UDC.


Cette dernière, d’ailleurs, a compris cette logique mais elle la rejette au nom de notre souveraineté. Or c’est une mauvaise appréciation de notre souveraineté et une mauvaise défense de nos intérêts nationaux. L’affrontement politique est donc inévitable sur ce sujet des relations avec l’Union européenne. Ignazio Cassis, l’habile candidat au Conseil fédéral va devoir endosser pleinement le costume de l’homme d’Etat ; aussi bien dans la négociation avec Bruxelles que dans la confrontation démocratique en Suisse. Finis les faux-fuyants et les mots élastiques. Face à l’UDC, le temps est venu d’un langage de vérité, Les yeux dans les yeux. Cela, c’est de la vraie politique. Bon vent, monsieur le Conseiller fédéral.

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Commentaires

Si je vous comprends bien c'est "ferme ta gueule, tu n'as rien à dire".
Tant pour la Suisse dans le concert des nations dont elle est un nain, qu'en interne, dans cette formule magique de collégialité qui suggère que seul le CF s'exprime d'une seule voix concordante.
Pathétique et tellement méprisant du souhait de plus d'un tiers des Suisses !

Écrit par : Pierre Jenni | 09/03/2018

Si la souveraineté c'est de décider de dire toujours OUI alors vous avez raison notre souveraineté n'es pas menacée.

Écrit par : norbert maendly | 09/03/2018

Mais tout a fait d'accord: "le temps est venu d’un langage de vérité, Les yeux dans les yeux."
Et surtout que chacun dise les yeux dans les yeux pour qui il travaille réellement, et là votre regard fuyant vous rendra service.

Écrit par : Eastwood | 17/03/2018

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