28/01/2018

Lumières et trompe l’oeil de Davos

Si le WorldTour Economic Forum n’existait pas , il faudrait l’inventer. Or, un professeur d’économie, Klaus Schwab, l’a bel et bien créé et lançé. C’est devenu un rendez vous annuel incontournable. Les manifestations contre lui,- acusé d’être le rassemblement de luxe des riches et des puissants à la barbe des opprimés-, n’ont plus vraiment d’écho. Le Forum a démontré sa capacité à laisser s’exprimer des opinions contrastées, voire divergentes.

On le sait, Davos est une occasion d’échanges entre des cercles et des sphères qui peuvent tirer de ces contacts un suivi positif. De grands responsables politiques, économiques, scientifiques peuvent s’y rencontrer et parler en tête à tête. Mais c’est, bien sûr, l’occasion d’entendre des discours forts et attendus de la part de chefs d’Etats. On a donc l’impression de recevoir une lumière plus claire sur le train du monde.

Enfin, quand on dit lumière plus claire ! L’année dernière, le Président chinois s’était posé en chantre du libre échange commercial, en adversaire du protectionnisme. Amusant lorsque l’on voit, en contraste, une crispation américaine et européenne sur le sujet. Cette année, c’est le Premier ministre indou qui afficha la même posture. Fort bien et tant mieux si ces deux grandes puissances de notre siècle vont dans ce sens. Mais gare au trompe l’œil. Ces deux pays constituent une course d’obstacles pénible pour les exportateurs et investisseurs étrangers. Leur bureaucratie et leur interventionnisme administratif valent moult barrières protectionnistes. On est loin de la réciprocité. De la parole à la réalité il y a encore une belle distance.

Au fond, deux présidents ont eu une parole vraiement crédible. Le nôtre, Alain Berset et le Président français Emmanuel Macron. La Suisse est, depuis belle lurette, l’avocate du libre échange ; sous réserve du secteur agricole. Elle est aussi en recherche constante d’un point d’équilibre entre l’ouverture au monde et l’affirmation de sa souveraineté, garante de sa singularité fédéraliste et démocratique. Davos aurait pu être, pour elle, une occasion de contacts positifs avec l’Union européenne ; cela dans une phase délicate. Or, force est de constater des dissonances fâcheuses entre les membres du Conseil fédéral à propos d’un Accord institutionnel ; dissonances aux limites d’une rupture de collégialité. Cela rappelle les mêmes avant la votation de 1992 sur l’Espace économique européen (EEE). Il est urgent de redresser la barre et de retrouver une discipline et une loyauté collégiales.

L’autre discours intéressant fut, à l’évidence, celui du Président Macron ; dont la différence de profondeur et de Style avec celui du Président américain frappa et sidéra tant les participants que les observateurs. Il n’y a aucun doute ; le jeune Président français a une envergure d’homme d’Etat. Sa pédagogie explicative sur la complexité des choses et du monde commence à imprégner les esprits au-delà de l’hexagone. Son volontarisme à la fois libéral et social, sa profession de foi pour soutenir l’excellence et demander le partage (dans les nations et entre les nations) ouvrent des perspectives économiques, sociales, politiques mais aussi éthiques et psychologiques. Avec lui, la station grisonne a été davantage qu’une tribune offerte. Sous l’oriflamme du <en même temps> on a eu peut être le meilleur appel de Davos.

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