27/12/2017

Le défi européen de la Suisse en 2018

En cette fin d’année, on aura à nouveau entendu parler des relations entre la Suisse et l’Union européenne, et des problèmes qu’elles posent. Dire, qu’en 2013, la voie blatérale semblait dégagée et que la discussion pour mettre sur pied un Accord cadre semblait bien progresser. Le succès de l’Initiative contre l’immigration de masse a compliqué la donne, l’Accord de libre circulation des personnes avec l’UE étant évidemment concerné. Le Conseil fédéral et le Parlement ont manœuvré comme ils ont pu, ce qui irrite l’UDC et motive une Initiative en cours, directement dirigée contre l’Accord de libre circulation.


Cette dernière tient à un Accord cadre. On la comprend. Au lieu de, chaque fois, fixer avec la Suisse un calendrier de négociation bilatérale en regard de chaque amélioration de son propre Marché intérieur, un tel Accord permettrait un système automatique de négociation bilatérale , au rythme de l’évolution de ce Marché intérieur européen. Oui, l’UE y tient, mais comment ne pas voir l’intérêt aussi pour la Suisse ? Au lieu de, chaque fois, aller frapper à la porte de Bruxelles afin que son économie ne se retrouve pas en décalage et discriminée, la Suisse aurait ainsi la garantie d’une telle négociation. Comment peut- on, comme chez l’UDC, y voir un danger et non pas un avantage ?

 

Ah les juges étrangers qui supprimeraient notre souveraineté ! Or, c’est archi faux. Chaque accord, découlant de chaque négociation, serait soumis à notre procédure de ratification démocratique. Et la Suisse pourrait ne pas accepter une interprétation juridique par la Cour européenne de justice. Donc l’UDC pourrait toujours et encore clamer ses oppositions. Évidemment, en cas de refus , par exemple populaire, d’un accord, certaines mesures de discrimination de la part de l’UE seraient inévitables. C’est là-dessus que porterait alors une négociation. Eh bien oui, c’est le prix à payer pour le respect de notre fonctionnement institutionnel, de notre souveraineté. Mais que l’on cesse de nous dire qu’elle serait bradée. De fausses allégations répétées ne font pas une vérité.


On a donc joué avec des fantasmes à propos de cet Accord cadre . L’ennui, c’est que notre nouveau ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis , a un peu pris en compte ce jeu lorsqu’il a voulu amadouer l’UDC pour son élection au Gouvernement. Il a parlé de pause, de nouveau vocabulaire, de réflexion générale…Bref, de quoi calmer certains à l’intérieur mais de quoi susciter de la méfiance à Bruxelles.


Certes, Le Conseil fédéral doit convaincre l’opinion intérieure. Il doit tout faire afin d’éviter un nouveau rejet populaire. Mais il ne gagnera pas sur ce front avec des faux semblants. L’important est d’avoir une ligne claire, une explication vraiment pédagogique, un engagement du Gouvernement résolu et collégial. Il ne s’agit pas de recourir à une dramatisation qui ne serait pas crédible. Bien sûr, sans Accord cadre avec l’UE, tout ne sera pas perdu pour la Suisse. Mais, assurément, tout sera plus difficile avec un raidissement de l’UE inévitable. Quitte à se faire dire par l’UDC qu’il oublie un peu ses propos de campagne, Ignazio Cassis devrait convenir à voix haute qu’un encadrement de la voix bilatérale et de son mouvement est logique et serait bénéfique à l’intérêt national ; qu’une relation fructueuse et réaliste avec l’UE passe par cela et que notre souveraineté, notre fonctionnement démocratique n’en seront pas altérés.


C’est avec de telles données que le Conseil fédéral pourrait envisager une votation fédérale portant sur nos relations avec l’Union européenne. Mais la question se pose : le Collège gouvernemental dans son ensemble et Ignazio Cassis en particulier seront-ils, en 2018, à la hauteur de ce défi euroéen ; sur les fronts extérieur et intérieur ? Poser la question, c’est ne pas y répondre encore.

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Le défi européen de la Suisse en 2018

En cette fin d’année, on aura à nouveau entendu parler des relations entre la Suisse et l’Union européenne, et des problèmes qu’elles posent. Dire, qu’en 2013, la voie blatérale semblait dégagée et que la discussion pour mettre sur pied un Accord cadre semblait bien progresser. Le succès de l’Initiative contre l’immigration de masse a compliqué la donne, l’Accord de libre circulation des personnes avec l’UE étant évidemment concerné. Le Conseil fédéral et le Parlement ont manœuvré comme ils ont pu, ce qui irrite l’UDC et motive une Initiative en cours, directement dirigée contre l’Accord de libre circulation.


Cette dernière tient à un Accord cadre. On la comprend. Au lieu de, chaque fois, fixer avec la Suisse un calendrier de négociation bilatérale en regard de chaque amélioration de son propre Marché intérieur, un tel Accord permettrait un système automatique de négociation bilatérale , au rythme de l’évolution de ce Marché intérieur européen. Oui, l’UE y tient, mais comment ne pas voir l’intérêt aussi pour la Suisse ? Au lieu de, chaque fois, aller frapper à la porte de Bruxelles afin que son économie ne se retrouve pas en décalage et discriminée, la Suisse aurait ainsi la garantie d’une telle négociation. Comment peut- on, comme chez l’UDC, y voir un danger et non pas un avantage ?

 

Ah les juges étrangers qui supprimeraient notre souveraineté ! Or, c’est archi faux. Chaque accord, découlant de chaque négociation, serait soumis à notre procédure de ratification démocratique. Et la Suisse pourrait ne pas accepter une interprétation juridique par la Cour européenne de justice. Donc l’UDC pourrait toujours et encore clamer ses oppositions. Évidemment, en cas de refus , par exemple populaire, d’un accord, certaines mesures de discrimination de la part de l’UE seraient inévitables. C’est là-dessus que porterait alors une négociation. Eh bien oui, c’est le prix à payer pour le respect de notre fonctionnement institutionnel, de notre souveraineté. Mais que l’on cesse de nous dire qu’elle serait bradée. De fausses allégations répétées ne font pas une vérité.


On a donc joué avec des fantasmes à propos de cet Accord cadre . L’ennui, c’est que notre nouveau ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis , a un peu pris en compte ce jeu lorsqu’il a voulu amadouer l’UDC pour son élection au Gouvernement. Il a parlé de pause, de nouveau vocabulaire, de réflexion générale…Bref, de quoi calmer certains à l’intérieur mais de quoi susciter de la méfiance à Bruxelles.


Certes, Le Conseil fédéral doit convaincre l’opinion intérieure. Il doit tout faire afin d’éviter un nouveau rejet populaire. Mais il ne gagnera pas sur ce front avec des faux semblants. L’important est d’avoir une ligne claire, une explication vraiment pédagogique, un engagement du Gouvernement résolu et collégial. Il ne s’agit pas de recourir à une dramatisation qui ne serait pas crédible. Bien sûr, sans Accord cadre avec l’UE, tout ne sera pas perdu pour la Suisse. Mais, assurément, tout sera plus difficile avec un raidissement de l’UE inévitable. Quitte à se faire dire par l’UDC qu’il oublie un peu ses propos de campagne, Ignazio Cassis devrait convenir à voix haute qu’un encadrement de la voix bilatérale et de son mouvement est logique et serait bénéfique à l’intérêt national ; qu’une relation fructueuse et réaliste avec l’UE passe par cela et que notre souveraineté, notre fonctionnement démocratique n’en seront pas altérés.


C’est avec de telles données que le Conseil fédéral pourrait envisager une votation fédérale portant sur nos relations avec l’Union européenne. Mais la question se pose : le Collège gouvernemental dans son ensemble et Ignazio Cassis en particulier seront-ils, en 2018, à la hauteur de ce défi euroéen ; sur les fronts extérieur et intérieur ? Poser la question, c’est ne pas y répondre encore.

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20/12/2017

La P-26 enfin sérieusement racontée

Dans l’histoire, il arrive que l’on dramatise jusqu’à l’hystérie et la paranoia la découverte d’un fait qui méritait simplement d’être analysé sereinement. Ainsi en a-t-il été de la fameuse P-26, soit l’Organisaton secrète de défense, découverte dans la suite des enquêtes sur l’affaire des fiches. En fouillant dans les dossiers du Département de la défense, on a trouvé cette P-26. L’émission >Temps présent> diffusée ce jeudi soir 21 décembre, lui est consacrée.


De quoi s’agissait-il ? Mise sur pied bien avant la chute du mur de Berlin, elle s’inscrivait dans le scénario connu qui aurait vu se déclancher une guerre en Europe. L’hypothèse était que la Suisse aurait été occupée par l’armée du Pacte de Varsovie, que nos autorités civiles et notre armée n’auraient plus eu prise sur notre territoire. Bref, une situation d’occupation incitant à une résistance. Un scénario que la France et d’autres pays ont connu entre 1940 et 1945.

Précisément, l’idée était que cette résistance puisse s’organiser et fonctionner aussi tôt que possible, avec le moins de dégâts possibles. D’où l’option de mettre sur pied une organisation secrète de cadres, volontaires bien sûr, astreints à des exercices correspondant à une action de résistance. Les armes étaient naturellement confinées dans des dépôts. C’est ainsi que des hommes et des femmes, tous d’âge mûr, mais à la fibre patriotique et démocratique chevillée à l’âme, certains d’être des résistants en cas d’invasion, convaincus qu’une préparation secrète professionnelle était une bonne chose ont été sollicités. Ils se sont fait un devoir, un honneur d’accepter cette charge. Ils y ont consacré beaucoup de temps, en toute discrétion et sans attendre aucun avantage. Cinq parlementaires, dont l’auteur de ces lignes, partageaient le secret.


Et voici que la découverte a soulevé une tempête médiatique et politique. Sans aucune précaution avant une enquête un peu rigoureuse, on a crié à la menée fasciste, au complot contre la démocratie, au mépris des garanties institutionnelles, et même à la préparation dans l’ombre d’on ne sait quel coup d’Etat. Or, les membres de la P-26, ayant prêté serment de se taire, n’ont rien pu dire durant des années. Récemment seulement, le secret a été levé pour eux et ils peuvent enfin s’exprimer. Ils en sont soulagés, tant les attaques dont ils faisaient l’objet étaient blessantes, pour ne pas dire traumatisantes.


Un livre bien documenté a déjà remis toute cette affaire à sa juste place. Mais, surtout, ce jeudi 21 décembre au soir, l’émission <Temps présent> sur la chaîne 1 de la télévision romande présentera donc cette histoire de la P-26. Cette émission a pu être regardée à l’avance par des personnes concernées. Elle est bonne. C’est du vrai travail journalistique professionnel. L’approche est vivante, personnalisée mais rigoureuse et objective. Les journalistes, les politiciens et autres inquisiteurs de circonstance qui étaient, à l’époque, montés sur leurs grands chevaux, devraient, s’ils ont une petite capacité auto-critique, se sentir un peu gênés ; même si on veut bien faire la part du choc de la découverte. Les journalistes, en regard de cette affaire, devraient tout de même se poser quelques questions fondamentales sur les exigences d’un bon journalisme d’enquête et d’information. Raison de plus pour saluer ce <Temps présent> et inviter à le regarder.

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07/12/2017

Donald Trump ou le simplisme dangereux

Toute l’expérience de Donald Trump est celle d’un homme d’affaires audacieux, sûr de lui, prenant des risques, essuyant des mécomptes mais se refaisant une santé financière et jouant un nouveau coup. Le problème , c’est que cet homme est devenu le Président des États-Unis. Il n’est pas question de nier sa légitimité démocratique. Il correspond à des colères, à des réactions d’un électorat qui l’a porté à la Présidence, même s’il n’avait pas obtenu la majorité sur l’ensemble du pays. Il a découvert que les pouvoirs d’un président américain sont assez limités par ceux du Congrès. Mais un président a une bonne marge d’autonomie en matière de politique extérieure. Et, ici, franchement, cela fait peur.


Le voici qui vient de décider le transfert de son ambassade en Israël, de Tel-Aviv à Jérusalem. Certes, il en avait parlé durant sa campagne, Certes, les milieux juifs américains le réclamaient depuis longtemps. Il n’est pas question non plus, ici, de nier l’importance religieuse, politique, culturelle, identitaire que revêt Jérusalem pour les Juifs en général et les Israéliens en particulier. Seulement, il se trouve que cette même ville a des résonances profondes pour les Arabes en général et les Palestiniens en particulier. Ben Gourion avait reconnu la difficulté de faire coexister deux peuples se disputant la même terre. Dans les déchirement issus des deux guerres mondiales, les guerres du proche Orient, ayant abouti à la création puis à la consolidation de l’Etat d’Israël, étaient hélas inévitables. On en connaît la trame.


Or, n’est-il pas de la responsabilité des Etats, particulièrement de l’Europe et des Etats Unis, de concourir au maximum à l’ouverture d’un chemin menant vers la paix ? La politique du Gouvernement israélien, sous pression des partis religieux, suit un chemin inverse. Oh, il serait faux de minimiser les menaces dont fait toujours l’objet Israël, les menées terroristes dont il est victime. Au regard d’une histoire européenne tragique, on ne peut que vouloir absolument la sécurité pour Israël. Mais, à long terme, cette sécurité devrait s’appuyer sur une cohabitation de voisinage avec un Etat palestinien viable, sur des relations apaisées avec les voisins arabes. Qui ne voit l’accumulation des obstacles sur ce chemin. En cis-jordanie, partiellement sous une autorité palestinienne branlante et limitée par l’Etat hébreu, une floraison ininterrompue de colonies. On en est, sauf erreur, à quelque 500.000 ou 600.000 colons résolument implantés en ces territoires conquis ; cela contrairement au droit international et aux résolutions de l’ONU. Quant à Jérusalem, peu à peu des Israéliens soutenus par les autorités y investissent la partie Est ; cette partie de La Cité sacrée pour eux aussi dont les Palestiniens aimeraient faire la capitale de leur Etat.


Comment tout cela peut-il tourner ? Une même ville étant deux capitales de deux Etats ? Ou bien une autre formule avec des garanties apaisant les Arabes ? C’est une situation bien difficile. En revanche, pour la communauté internationale, il y a un devoir de comprendre les aspects symboliques, émotifs de cette situation. Face à une impasse politique actuelle et dans l’espérance d’une reprise d’un mouvement vers la paix, laisser les ambassades occidentales à Tel-Aviv, ne pas les implanter à Jérusalem , c’est prendre acte d’un gros problème, ménager les deux parties au conflit et marquer son attente, son espoir d’une négociation décisive. Lorsque le Président américain dit que sa décision ne change rien à son engagement pour trouver un accord de paix, il se comporte en homme d’affaires et non pas en homme d’Etat qui comprend la complication des choses. On aimerait bien croire avec lui que, malgré cette décision à contre sens, les chances de dialogue n’auront pas diminué encore. Mais on a peine à le croire. Tout processus de paix aura besoin des États-Unis. Leur crédibilité vient d’être entamée par un président qui agit par à coups et ne réfléchit pas en profondeur, en largeur, en durée. C’est inquiétant.

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