23/10/2017

Pour une civilisation sexuée

On a tant dit sur l’affaire Weinstein, ce producteur, harceleur de jeunes actrices qui profitait de sa position dominante pour en abuser. On ne va donc pas revenir là-dessus pour entonner la même musique qui déferle sur les réseaux sociaux et les médias. Comme l’a relevé Raphaël Enthowen, cette cascade de dénonciation a , comme beaucoup de choses, sa légitimité et son excès . Sutout, puisque c’est venu des États-Unis, voyons un peu la forêt plutôt que les arbres scandaleux qui captent l’attention.
Commençons par une annecdote illustrative. Il y a quelques années, au sein d’une grande organisation internationale sise à Genève, une haute collaboratrice, d’origine française, monte en ascenseur avec son chef , français lui aussi, et un collègue américain. Admirative, elle dit à son chef qu’il a une cravate superbe. L’autre sourit. Une heure plus tard, il l’appelle pour prendre un café et lui raconte ceci : l’Américain l’a assuré que s’il déposait plainte pour harcèlement lui serait volontiers son témoin. Le Français a eu toutes les peines du monde pour lui expliquer que l’on n’était pas aux États-Unis, qu’il avait au contraire trouvé la remarque très gentille. Il aurait pu ajouter qu’à Genève, jusqu’à preuve du contraire, on n’était pas dans une société de refoulement à psychanalyser en ce qui concerne les relations entre hommes et femmes. Cela s’applique aussi entre personnes du même sexe. Dans un télé-journal d’une chaîne française, dans le contexte de l’affaire Weinstein, des jeunes étudiantes américaines, de jeunes employées, un homme aussi et un responsable d’entreprise étaient interogés. Effarant ! Surtout ne pas s’approcher physiquement l’un de l’autre à moins d’une distance respectable, évaluée en chiffres. Surtout ne jamais avoir un entretien professionnel seule avec un collègue ou un chef. Surtout garder toujours les portes ouvertes. Surtout, dans les entreprises, avoir des parois transparentes. De plus, d’une manière générale, même si l’on est partenaires, mariés, que sais-je, ne pas avoir de démonstration affective, ne pas se tenir la main ; c’est très mal vu. Bref, le puritanisme a débouché sur une sorte de vision d’un danger , d’une menace permanente, particulièrement dans la relation homme-femme. Il faut des règles strictes, rigides de comportement préventif, défensif. Quelle horreur !
Alors, évidemment, il y a l’hypocrisie. Et le milieu du cinéma de Los Angeles, a développé les perversités cahées. Mais là encore, n’a-ton pas le droit, sans être foudroyé, de se poser une ou deux questions ? Parmi les témoignages d’actrices au sujet du gros et dégoûtant producteur harceleur, l’une a raconté comment elle l’avait tout simplement et sèchement remis en place. Point final. Certes, elle n’a pas eu le rôle évoqué par lui. D’autres, subissant une attitude agressive, n’auraient-elles pas été en mesure de l’envoyer sur les roses, ou plutôt les orties ? Certes, avec un risque pour leur carrière débutante. Mais si elles avaient été plusieurs à se donner le mot, sa capacité de nuisance dominatrice aurait été bien réduite. Que penser encore de celles qui ont accepté de l’argent pour se taire.Sans doute y avait-il des cas où c’était trop difficile. Pour celles-là, tant mieux si la parole se libère. Mais cette sorte de victimisation générale des femmes est vraiment du féminisme à rebours. C’est ce que disait très justement l’avocate spécialiste de la famille à la dernière émission d’Infra-rouge sur la chaîne romande. L’égalité entre hommes et femmes, à tous égards, demande une affirmation sans peur de sa personnalité sexuée..
Pour autant, la bonne évolution ne va pas dans le sens du puritanisme maladif américain. Puisse survivre une civilisation occidentale vraiment égalitaire et vraiment sexuée. En effet, une égalité notamment professionnelle ne devrait jamais escamoter la richesse d’une cohabitation entre les deux sexes. L’auteur de ces lignes a aimé travailler avec des femmes : sous une rédactrice en chef, au côté de parlementaires, de journalistes, de directrices sous sa présidence, de Conseillères d’Etat, de Conseillères fédérales. Toujours il a respecté leur fonction, leur compétence. Mais jamais il n’a oublié qu’il était homme, qu’elles étaient femmes. Toujours, il a eu envie de ce petit plus enrichissant, inhérent à cette relation sainement sexuée. Même face à une adversaire politique au physique et à l’allure plus qu’austères, il la complimentait sur son foulard. Et cela donnait un tour moins agressif, ensuite, à la confrontation polique.
Dans l’émission infra-rouge, la jeune féministe virulente rendait triste. On ne pouvait s’empêcher de s’interroger. Si à travers les siècles de belle civilisation occidentale, de telles féministes écorchées vives avaient eu le pouvoir, aurions-nous eu l’amour courtois du Moyen-âge, Ronsard, Châteaubriand, Victor Hugo, Lamartine, Aragon et tant d’autres. Il est à craindre que non. Parmi les Américians interrogés par la chaine française, un pauvre jeune homme avouait qu’il avait toujours peur de franchir une ligne rouge inconnue et de subir une dénonciation. On songe à un François Mitterrand, évoqué par Mauriac ; l’homme qui sortait du Palais Bourbon et Humait le parfum de jolies femmes qui passaient. Un homme qui a su écrire aussi de belles lettres. Et Léon Blum, le politicien moral par excellence. Étudiant, il a suivi dans tout Paris une jeune étudiante, jusqu’à ce qu’elle l’accoste en se moquant de lui. Ils se sont mariés.
Il y a les féministes qui réclament l’égalité des droits, des salaires, des fonctions. Elles ont raison. Il y a les féministes qui veulent punir des hommes abusant de leur pouvoir pour exercer des contraintes sexuelles. Elles ont raison. Cela nous éloigne d’un long passé trop machiste et embrasse la nécessaire modernité. Mais il y a aussi des féministes qui mélangent tout, qui ne comprennent rien à l’électricité positive parcourant une relation homme-femme, qui tueraient les poètes, qui assécheraient et robotiseraient nos sociétés, qui feraient de l’Europe de la Renaissance un triste appendice d’une Amérique névrotique.
Ah oui, plaidons jusqu’à notre dernier souffle pour une civilisation occidentale réprimant les violences, les dominations, les abus sexuels mais s’affirmant par la nature, par les sens et par l’esprit comme étant , sans peur ni reproche, résolument sexuée.

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Commentaires

Merci pour ces mots sans âge, la sagesse et la façon.

Écrit par : Pierre Jenni | 23/10/2017

Il y a une dérive grave du féminisme lequel demandait simplement le droit de vote, l'égalité des salaires et la contraception.
En cas de situation socio-économique précaire ou abandon, trop grande insécurité amicale, affective ou familiale... la décriminalisation de l'avortement.

Les féministes équilibrées (il y avait déjà de nombreux "couacs" il faut être lucide) ont insisté sur non l'"égalité mais la complémentarité" des sexes.

Ce qui permet de rejoindre également les évangiles, dont celui de Thomas: "Quand des deux (sexes) vous ferez l'Un... ce que vous demanderez, fût-ce aux montagnes, se fera."!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 23/10/2017

Excellent!

Écrit par : Mère-Grand | 24/10/2017

Visiblement le vieux bouc bande encore !!! Bravo !

Écrit par : Anastase de Saint-Senestre | 27/10/2017

Vous etes, je présume, un gentleman, monsieur Eggly. Il y a cependant beaucoup d`hommes qui ont une conception tres différente de "l’électricité positive parcourant une relation homme-femme" et il n`est peut-etre pas mauvais que la loi protége les femmes contres ceux-la, meme si cela rigidifie un peu les relations homme-femme. En attendant que la grande majorité des hommes soit composée de gentlemen.

Écrit par : JJ | 30/10/2017

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