18/10/2017

La Catalogne dans un fédéralisme

La violence de l’affrontement entre les indépendantistes de Catalogne et le Gouvernement national de Madrid a sidéré nombre d’Européens. C’est évident : si , au nom du droit à la libre détermination des régions de chaque pays en Europe, on admet le risque d’une explosion des Etats, on glissera vers un désordre endémique, avec des risques graves de déstabilisation générale. Lorsque Denis de Rougemont imaginait l’affirmation des régions et leur collaboration naturelle, ce n’est pas une destruction révolutionnaire des Etats qu’il préconisait. La perspective était une articulation s’appuyant sur l’histoire, inscrivant, à la fois , le fédéralisme au sein des Etats et les complémentarités naturelles entre les régions par-dessus les frontières des Etats. Ce n’est que sur cette articulation que peut se concevoir un rassemblement des pays européen au sein d’une entité en partie supra-nationale, telle l’Union européenne.
Or, il est visible que les données actuelles ne répondent pas à cette articulation idéale. Les Etats qui se sont forgés dans une structure fédéraliste puisent, dans leur passé historique, une adaptation à la modernité ; à savoir un équilibre entre les identités diverses qui le composent et une identité nationale qui surplombe sans étouffer. Il est clair que pour des Etats qui se sont formés par une action progressive du pouvoir central , avalant peu à peu par la force diverses régions, le fil historique est beaucoup plus fragile que pour des Etats qui ont englobé des entités historiques, politiquement structurées ; et cela en reconnaissant pleinement l’identité séculaire de chacune. Ou, pour être plus clair, comparons l’Allemagne, les États-Unis et , bien sûr, la Suisse avec des Etats comme la France ou l’Espagne. Ces derniers, dits de tradition centralisatrice, ont accompli et accomplissent des efforts de décentralisation et de reconnaissance culturelle. Mais ce n’est pas la même chose qu’une continuité historique aboutissant naturellement à un fédéralisme. La Suisse est un bel exemple, chanceux mais qui mérite une constante attention. Ce n’est pas un hasard si, du côté de la Catalogne, on a évoqué une possibilité de médiation suisse. Il y faudrait un accord des deux parties, tenant compte aussi de tous les non indépendantistes catalans. En fait , on se prend à songer au processus remarquable qui a permis de surmonter la crise jurassienne au sein de notre Confédération.
Autrement dit, si on veut éviter un effet de contagion, les divers pays européens les plus concernés devraient aller au-delà de l’effort ciblé pour organiser telle ou telle autonomie relative particulière d’une région : par exemple la Catalogne, les Pays basque pour l’Epagne, l’Ecosse pour le Royaume Uni, la Corse pour la France ….Il faudrait, en tout cas dans les pays où la tension est palpable, organiser un fédéralisme adapté à leur histoire. La France ne deviendra jamais la Suisse des cantons ou l’Allemagne des Lander. Mais, même là, des actions de décentralisation pourraient épouser mieux les identités régionales historiques plutôt que de s’en tenir à des décentralisations surtout administratives. Enfin, c’est à voir… En tout cas, pour un pays comme l’Espagne, la nécessité d’une révision constitutionnelle allant dans ce sens paraît s’imposer. Simultanément à une fermeté écartant toute atteinte à l’unité de l’Espagne, le Gouvernement serait bien inspiré de proposer vraiment et rapidement un chantier de révision de la Constitution, dans un sens clairement fédéraliste. Cela concernerait toutes ses régions. l’Union européenne devrait soutenir une telle évolution. En effet, seul un équilibre à cultiver, à retrouver, à inventer entre les identités particulières et l’identité rassembleuse pourra donner à l’Europe un avenir apaisé et fructueux. Puissent donc les Catalans se railler à ce chantier construisant une Espagne fédéraliste. Ce sera bon pour eux, pour les Espagnols et pour les Européens en général.

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Commentaires

La Catalogne est un exemple parfait de manipulation national-populiste. Cela ne marcherait toutefois pas a Geneve car les Genevois n`ont pas de complexe d`infériorité ou de supériorité vis-a-vis de la Confédération, condition nécessaire a l`hystérie indépendantiste. La prochaine tentative de manipulation national-populiste aura probablement lieu en Italie du Nord mais les Italiens du Nord, s`ils ont un petit complexe de supériorité par rapport au pouvoir central de Rome, sont trop pusillanimes pour se laisser abrutir de la sorte.

Écrit par : J.S. | 20/10/2017

L Europe s'est faite sans les peuples elle sera défaite par les peuples.
L'Europe décide de l'avenir de ses habitants sans en avoir de ces mêmes habitants reçu le mandat. Pas étonnant que les régions décident de gérer elles mêmes leurs affaires puis que les Etats dont elles font parties ne sont que des administrateurs, intéressés, des directives européennes

Écrit par : Maendly Norbert | 22/10/2017

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