15/07/2017

Nos repères politiques bousculés

En 1974, au Tour de France, un mage de mauvais augure prédit que Jacques Anquetil ferait une chute mortelle. Le champion courut avec une angoisse serrant l’estomac, mais il gagna le tour. On ne connaît pas la suite de la carrière du mage. Les devins peuplent l’histoire de l’antiquité. A l’ère moderne, des hommes d’Etat n’hésitaient pas à consulter des astrologues. Ce fut prouvé pour Mitterrand.
Pourtant, après la dernière guerre mondiale, il semblait que la politique suivait des schémas clairs avec des repères lisibles. La guerre froide, c’était facile à comprendre. L’OTAN pilotée par les États-Unis, c’était rassurant. Le facisme disparaissait en Espagne et au Portugal. Les partis communistes occidentaux s’affaiblissaient au rythme de l’affaissement soviétique. Et puis, l’Europe nouvelle semblait naître vigoureusement, lançant sa coordinattion et aspirant à l’unité dans la diversité. Un repère suisse en quelque sorte.
Or, voici que l’on ne sait plus trop où l’on en est. L’Amérique protectrice devient imprévisible. Son Président ne voit pas l’enjeu crucial que représente la lutte contre le réchauffement climatique. On ne sait plus trop où va sa politique étrangère. On craint une décision sans consultation de frappes massives en Corée du Nord. La Chine monte en puissance sans résoudre ses déséquilibres régionaux. Elle perturbe les esprits libéraux qui croyaient qu’un libéralisme économique s’installant entrainerait dans sa suite un libéralisme politique. Quant à la Russie de Poutine, elle déstabilise les gouvernements occidentaux. On ne lui a, sans doute, pas assez tendu la main après la chute du communisme et l’éclatement de l’URSS. On s’est peut être sommairement réjoui à l’idée de la confiner en lui ôtant ses zones d’influence séculaires, en lui donnant un sentiment d’encerclement. Ce qui n'a pas empêché des saisissements interloqués à chaque fois que Poutine avance un pion. Bref, tout cela devient compliqué.
C’est pourquoi, on a envie de croire à une nouvelle efficacité franco-allemande animée par le duo Merckel-Macron. Encore faut-il, afin d’être crédible, que Macron réussisse à réformer la France. Oui, on aimerait que se dessine une politique de l’Europe renouvelée, tant pour sa construction interne, solide et ouverte, que pour sa relation avec le reste du monde. En somme, on a envie de retrouver confiance en des chefs de file qui aient une une culture, une réflexion philosophique, éthique et, bien sûr, politique. Ajoutons une capacité de réagir aux crises, mais possédant aussi une vision, une volonté de tenir un cap, un talent pédagogique et une force de conviction qui puisse entraîner l’adhésion démocratique.
Il y a un danger indistinct lorsque la politique se déroule à l’aveuglette et sans direction perceptible. De réactions en réactions au coup par coup peuvent sortir des secousses et des engrenages que l’on ne voit pas venir. On a souvent vu, au fil du destin européen, que, faute d’analyses lucides, de convictions fermes, de maitrise du dialogue, fût-il musclé, le pire est advenu. Nous ne l’imagions pas mais le flou ouvre à l’imprévisible.
Il y a aujourd’hui plusieurs problèmes lourds qui pourraient avoir des conséquences graves à moyen et à long terme. Le terrorisme, certes, est angoissant ; Mais aussille réchauffement climatique et les conséquences imaginables d’un afflux migratoire non maitrisé, notamment venu d’une Afrique en démographie galopante. Des équilibres de société, des identités nationales pourraient être mis en cause. Le Président Macron se méfie des journalistes qui s’addonent aux délices de la chasse aux sorcières au nom, bien lucratif pour leurs médias, de la transparence. Ils ne seraient guère intéressés par la complexité des choses. D’où son inclination à un exercice pédagogique direct devant les Parlementaires et les Citoyens. On ne peut pas lui donnez tout à fait tort sur ce point, même si le danger serait de se raidir dans une telle attitude. Il nous dit qu’il faut agir <en même temps> ici et là. Fort bien, mais posons alors nettement, explicitement les données compliquées, tout en dégageant clairement le cap. Cela peut être un débat démocratique vivifiant sous la lumière non pas dispersante mais éclairante de nos responsables politiques. Si l’on y songe, c’est bien ici le cœur de la culture politique et démocratique suisse. Le débat éclairé est bien consubstantiel à nos institutions. Or, le risque, à notre échelle helvétique, est que notre Gouvernement collégial ne montre pas assez bien le cap qu’il invite à suivre sur des sujets sensibles : l’Europe, la migration, le climat, le point d’équilibre entre l’ouverture et l’affirmation de valeurs s’appliquant à tous…
Oui, nombre de nos repères sont bousculés. Ce peut être une chance si , en Suisse et en Europe nous savons nous repositionnner intelligemment pour nous insérer dans le mouvement de l’histoire.

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Commentaires

"les conséquences imaginables d’un afflux migratoire non maitrisé, notamment venu d’une Afrique en démographie galopante."
Vous reprenez là un des pires clichés des immigrationnistes : on ne peut rien faire contre les flux migratoires. C'est ridicule. Actuellement, la marine italienne, censée défendre l'Italie, va chercher en mer les radeaux de migrants à quelques kilomètre des côtes libyennes, aidés aussi par les innombrables ONGs subsidiées par les impôts européens. Nous ne sommes pas obligés de contribuer à notre propre désastre, provoqué par un flux constant d'illettrés qui vont coûter de plus en plus cher à entretenir à ne rien faire chez nous...
Et par pitié, ne nous parlez pas de charité : les immigrationnistes en manquent totalement pour les peuples européens, qui existent aussi...

Écrit par : Géo | 16/07/2017

Cher Monsieur, votre billet est d'un vague... qui n'a pas la force d'une vague venant chambouler la vacuité de l'action de nos responsables, supposés appliquer la dernière mouture de notre Constitution.
Ceci dit, j'ai rien dit. Pas plus que vous.

Car en attendant, vous le Co-président de la Constituante de Genève,

que nous dites-vous voir venir du côté de l'application attendue depuis 2014 de la loi sur la laïcité, prévue par la mouture constitutionnelle de 2012?

Merci. Ou Dois-je encore ici me faire une copie de ce commentaire, au cas où celui-ci passerait à la trappe de Blogspirit?

Écrit par : divergente | 16/07/2017

De toute maniere, l`Europe est a un tournant de son histoire. Soit la structure et le fonctionnement de l`Union Européenne sont mis en phase avec les réalités politiques et économiques, soit l`UE tombe en piece. Le grand match commence apres les élections allemandes et devra etre gagnée par l`Europe dans les quatre annérs qui viennent car, a défaut, dans quatre ans les extreme-droites isolationnistes prendront le controle de l`Europe.

Écrit par : jean jarogh | 17/07/2017

Vous écrivez, Monsieur Jacques-Simon Eggly, que le Président Donald Trump ne voit pas l'enjeu crucial que représente la lutte contre le réchauffement climatique.

Le Président Trump ne voit-il pas cet enjeu crucial ou ne veut-il pas le voir, si oui, pourquoi sinon pour des affaires de gains et profits voraces, sauvages!?

Est-il concevable que les autres Etats ne disposent pas de moyens pour améliorer la vue de M. Trump (éventuellement d'autres, encore) y compris accélérer en la rendant toujours plus efficace la lutte contre le réchauffement climatique?

Quelqu'un, dans la presse, se demandait si les médias qui sont les mieux placés pour savoir exactement ce qui se passe ne devraient pas songer à former un contre-pouvoir!?

Écrit par : Marie de Koriacis | 21/07/2017

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