01/07/2017

Ce que nous dit Simone Vei

De Simone Veil beaucoup a été dit et va être dit. Osons retenir ici trois aspects de ce qu’elle fut et de ce qu’elle fit. Tout d’abord, ce tournant tragique de sa vie. Jeune fille heureuse en famille, belle et intelligente, elle se retrouve brusquement arrêtée et déportée avec sa mère et sa sœur à Auschwitz, tandis que son père et son frère le sont aussi dans un autre camp. Ni sa mère, ni son père, ni son frère n’en reviendront.

Elle a exliqué sa survie dans son livre autobiographique écrit très tard. Une chance, un regard improbable avec une gardienne touchée par son charisme et, surtout, une volonté, une force de caractère, une dureté même dans un sens de   vitalité animale a-t-elle reconnu en évoquant cette année épouvantable. Elle a survécu, en est sortie, certes mal en point mais s’est rétablie.

Et La voici relancée dans la vie, les études supérieures, le mariage, la maternité puis une carrière de juriste, jusqu’à l’apogée politique.  Alors, bien sûr, aussi forte qu’elle ait été, le traumatisme, la souffrance intérieure, l’extermination de ses êtres les plus chers vont hanter à jamais ses jours et ses nuits. Et c’est avec cela qu’elle va pourtant mener des actions publiques remarquables.

Aujourd’hui, et malgré des commémorations, on pourrait ne plus tellement penser à cette monstruosité nazie abominable d’extermination des Juifs. L’actualité, telle que la politique consternante du Gouvernement israélien vis-à-vis des Palestiniens, avec implantations croissantes de colonies, pourrait en quelque sorte nous distraire du devoir impérieux de mémoire. Or, si la critique d’une politique est légitime et si l’on ne saurait s’en dispenser par crainte de passer pour un anti-sémite, il importe de se garder de toute approche mélangeant les choses.

Pour l’Europe entière, Suisse comprise, la Shoah est une page horrible de l’histoire. Jean- Pascal Delamuraz, au moment de la crise sur les Fonds juifs dans les banques helvétique, et tandis que la Suisse était acerbement accusée, s’était écriée : < ce n’est quand même pas nous qui avions fait Auschwitz>. Il disait ce que beaucoup pensaient, se rebiffant contre des attaques sans nuances. Mais, avec le recul, il faut considérer que la phrase était malheureuse. Le nazisme fanatiquement anti juif est bien sorti d’un antisémitisme européen ambiant plus ou moins assumé ou refoulé. Il y a donc une exigence de prise de conscience générale qui impose deux attitudes mentales et morales : cultiver le devoir de mémoire de cette tragédie et combattre toute résurgence d’antisémitisme. Simone Veil a été exemplaire à cet égard. Jamais elle n’a rendu l’ensemble du peuple allemand responsable de l’horreur. Mais sans cesse elle a dénoncé les expressions violentes, meurtrières ou verbales qui ont ressurgi et qui, chaque fois, la blessaient au cœur. Honorer donc cette très grande personnalité, c’est jurer devant elle de ne jamais oublier…et de transmettre la mémoire.

Un deuxième aspect à retenir est précisément la voie qu’elle indiquait pour ne plus jamais trahir le meilleur d’une civilisation ; c’est-à-dire construire une Europe harmonisée cimentée par la réconciliation franco-allemande. Le fait que cette rescapée du Camp a été la première Présidente d’un Parlement européen élu par les peuples européens fut un événement très important. Plus important encore, le fait que cette élection a pu avoir lieu par la concordance des votes des députés européens français et allemands. L’engagement européen de Simone Veil ne répondait pas seulement à son appréciation de la réalité économique et politique du Continent ; il puisait sa source et sa dimension morale dans son histoire personnelle. Une histoire que les jeunes générations devraient connaître, tant il est vrai que des personnalités hors norme sont des repères et des sources d’inspiration.

L’épisode le plus connu est son combat devant l’Assemblée nationale française afin de légaliser l’interruption de grossesse. Elle ne le mena pas en féministe idéologue mais en démontrant une réalité qui amenait des femmes privilégiées à faire interrompre leur grossesse à l’étranger et des non privilégiées à recourir aux avortements clandestins pleins de dangers pour leur santé. Elle essuya à ce moment là, et même par la suite, les insultes les plus honteuses. Mais, avec cette loi de 1974, elle est entrée dans l’histoire politique française, comme un Robert Badinter avec la suppression de la peine de mort.

Simone Veil n’a pas été Présidente de la République, ni Premier ministre. Mais elle compte assurément parmi les grandes figures politiques et morales du vingtième siècle. Cette grande dame juive, française patriote et européenne engagée aurait vraiment sa place au Panthéon. De nombreux Suisses reconnaissants et impressionnés par cette vie en seraient heureux.

 

Jacques-Simon Eggly

21:12 | Lien permanent | Commentaires (13) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Commentaires

En Suisse, on ne parlait pas de "légaliser" l'avortement mais de le décriminaliser.

Ce qui fut obtenu.

Les militantes féministes, dont je fus, insistaient: "jamais l'avortement ne devrait devenir un moyen de contraception". Pas question de cet "IVG" qui banalise l'acte d'avorter.

L'avortement, en Suisse, ne devrait être accordé que s'il ne se présentait aucune autre issue.

A propos de la victoire de Simone Veil, victime des camps de concentration, à propos de l'IVG

la démarche de Simone Veil peut surprendre parce qu'il s'agissait en ces camps de se débarrasser de ce qui dérange, non sans l'appui ardent du Grand Mufti de Jérusalem, d'alors, il s'agissait de se débarrasser d'êtres vivants

ce qu'est également, en formation, un fœtus qui dérange et dont on ne veut pas.

Écrit par : Marie de Koriacis | 02/07/2017

Voilà qui remet à l'heure les odieuses critiques que l'on peut lire sur le site "les observateurs" sous la plume de cette petite clique de cathos fachos (français ou écônards) qui y sévit...

"c’est-à-dire construire une Europe harmonisée cimentée par la réconciliation franco-allemande." Ce n'est pas le sujet, mais c'est bien là la clé de l'anti-européisme de la majorité des peuples européens. L'Europe a tendance à être ou devenir un empire franco-allemand au détriment de tous les autres peuples...

Écrit par : Géo | 02/07/2017

Il faudrait plus de Simone Veil dans la politique européenne ou les partis d`extreme-droite rebaptisés "nationalistes" se multiplient ces dernieres années et font souvent plus de boucan que les autres réunis.

Écrit par : jean jarogh | 02/07/2017

De la même époque et en tant que femme suisse, je partage le même avis que Marie de Koriacis sur le fait de décriminaliser et non légaliser.

Et plus crûment, est-ce qu'il est indécent aujourd'hui de se poser la question : "Tous ces enfants "manquants" ne nous auraient-ils pas été salutaires puisqu'aujourd'hui on parle d'une Europe vieillissante qui a besoin d'immigrants pour sa survie......?!

Oser poser la question, n'est-ce pas y répondre?

J'ai beaucoup d'admiration pour Simone Veil, mais je pense qu'elle a été, déjà à son époque l'instrument des machos-pervers (sa loi a passé grâce à la gauche) qui avaient déjà le dessein d'une Europe qui avorterait en temps et en heures voulues....pour la grâce de son renouvellement métissé!

Écrit par : Corélande | 03/07/2017

"Tous ces enfants "manquants" ne nous auraient-ils pas été salutaires puisqu'aujourd'hui on parle d'une Europe vieillissante qui a besoin d'immigrants pour sa survie......?!"
1.- Enfants à produire en n'importe quelles conditions ? Non merci.
2.- Des immigrants pour sa survie ? Pour sa mort, vous voulez dire...

"déjà à son époque l'instrument des machos-pervers (sa loi a passé grâce à la gauche) qui avaient déjà le dessein d'une Europe qui avorterait en temps et en heures voulues." C'est ça, les filles qui ne voulaient pas mourir sous le coup des aiguilles à tricoter complotaient pour la domination des machos-pervers. Cela s'appelle du délire, Corélande.

Écrit par : Géo | 03/07/2017

Je n'appréciai pas Jean Paul II, notamment, non pas tant l'interdiction de l'avortement (à la limite, s'agissant d'un pape!?) mais son intolérance lui qui ne tolérait (et de quel droit!?) la contraception dite des bébés OGINO: prise anale de la température chaque matin
avec pourcentage élevés d'échecs.

Alors que dénonçant l'avortement ce pape aurait dû informer sur les différentes méthodes de contraception, dont la pilule, évidemment, afin d'éviter... les avortements.

Mais Jean Paul II, un jour, a dit qu'il se demandait si parmi les fœtus débarrassés certains auraient été de grands artistes, scientifiques, etc.

indispensables à l'évolution de l'humanité?!

Écrit par : Marie de Koriacis | 03/07/2017

Non Géo, cela s'appelle du vécu! Il faudrait remettre tout cela dans le contexte de l'époque.
La liberté sexuelle toute fraîche a grandement servi les hommes. Ils ont pu totalement se désolidariser de leurs responsabilités et se sont les femmes;
jeunes filles de l'époque qui assumaient et payaient le prix!

Les mêmes hommes, ou leurs pères en tout cas, se sont vites empressés de faire une loi pour ce-lavage-des-fautes-du-fiston, afin de ne pas -encoubler- le futur ou les études de leurs rejetons mâles.

Il n'était pas question de -produire- genre Daech aujourd'hui, il était question de changement de société avec toutes les conséquences en raison très souvent du manque d'information pour les jeunes filles naïves que nous étions. (Les mamans ne parlaient surtout pas de sexualité à leurs filles).

Bien sûr que les nouveaux immigrants on nous les présentes comme une chance
et grâce à eux le renouvellement, vous écoutez comment le discours des autorités en charge ?
Certes pour nous ce sera la mort -violente- au bout du compte, et pour les femmes avant les hommes, encore une fois les femmes de l'occident paieront le prix fort!

Comme il a été dit, en Suisse nous avons bénéficier de la décriminalisation
et pourtant le parcours était loin d'être facile. Le restant de votre vie vous pensez à cet enfant qui n'a pas vu le jour, par votre faute.
Le père lui, il a vécu tranquille, sans rien porter du fardeau!!!!!!!! merci papa.......pfffffffffff!

Écrit par : Corélande | 03/07/2017

J'ai vécu cette époque, Corélande. C'est votre interprétation que je récuse. trop facile de mettre sempiternellement en cause les machos-pervers. Les femmes étaient aussi en cause dans cet état de fait. Pour exemple : Au Burkina, Fati notre "aide de ménage" avait raconté à ma compagne les affres de la circoncision qu'elle avait subie. Mais quelques temps après, on a appris qu'elle avait fait circoncire ses filles...
L'idéologie chrétienne régissait nos vies et il était interdit de parler du corps, selon les principes de cette idéologie. Et aujourd'hui, à lire les commentaires anti-avortement, les chrétiens catholiques en particulier veulent nous faire replonger dans leurs ténèbres...

Écrit par : Géo | 03/07/2017

Magnifique de dignité et de simplicité, Simone Veil a sa place parmi les grands du Panthéon. C'est surtout en tant qu'icône d'un "fraternalisme" franco-allemand promulgué pour faire oublier les horreurs nazies, qu'elle fut nommée première présidente du Parlement européen.
Les femmes surtout, plus que les politiques, l'ont hissée sur ce piédestal, et si elle a su transformer chacun de ses essais et rester magnifiquement belle au-delà des épreuves, son intelligence et ses multiples compétences étaient mises en retrait.

Aujourd'hui reconnaître sa grandeur d'âme et rendre hommages à Simone Veil, c'est aussi ne pas oublier les combats qu'elle a traversé pour faire passer la légalisation de l'IVG dans les faits.
Encore une fois ici, contexte suisse déformé par Marie de Koriacis-allias MB: contrairement à ses propos, dès débuts septante en Suisse, pas de criminalisation, au contraire, accès à IVG sans procédure, & tolérance bien plus répandue qu'en France (ai déjà du la corriger pour les mêmes faussetés sur un autre billet).
De fait, la légalisation de l'IVG de 1975 en France ne permettait pas sauf rares cas, aux françaises des années septante, à accéder à temps à l'IVG (payante).

Jusqu'en fin septante, celles-ci devaient vite se dégotter un rdv "à l'étranger" et la Suisse était l'un des 3 lieux de recours, avec Londres et Amsterdam (plus large en termes de délais). La Suisse était connue en France pour être l'objet de ce tourisme discret, où il suffisait de prendre rdv par tél pour se rendre dans l'une des nombreuses cliniques privées, à Genève & ailleurs. Ai vécu cette époque en Suisse, en Allemagne & me base sur le vécu en 3 pays/même époque, comparé avec mes soeurs binationales françaises vivant en France.

Comme Géo, je réfute les douteuses appréciations & motifs précédents.

Quelle régression décadente chez certains ici, après l'esprit de Simone Veil.
On est en pleine phase de mariage pour tous généralisé, et bam! Voilà le retour en force des morales anti-IVG, prônées par Maria de Koriacis-MB ou sur blog.24h par le bourguignon et UDC vaudois Stéphane Montabert

Loin de l'esprit lumineux qu'était Simone Veil, ceux qui se divertissent à oeuvrer contre le libre-arbitre -ici féminin, ignorent la dignité.

Écrit par : divergente | 03/07/2017

La femme de ménage de la compagne de Géo parlait sans doute de l'intervention à propos du clitoris.
La circoncision concernant le prépuce... malgré toute la bonne volonté du monde... ne peut concerner que les garçons...

Il y a catholicisme et catholicisme.

Certains prêtres, non pédophiles, aux jeunes parlaient de la beauté des corps nus.
Des religieuses enseignaient aux filles la beauté, la grâce des corps nus.

Au Moyen âge, en revanche, les religieuses se baignaient habillées et les prêtres tenaient leur membre viril entre deux baguettes quand ils allaient aux toilettes se soulager la vessie.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 03/07/2017

Mea maxima culpa : excision, pas circoncision...

Écrit par : Géo | 04/07/2017

On ne peut pas pratiquer de circoncision sur les filles.
Il s'agit d'excision.

Savoir ce que dirait Simone Veil, parler à sa place?


En revanche il serait possible de lui demander de soutenir une initiative visant à condamner la circoncision comme l'excision démarches contraignantes, intrusives sans que les êtres vivants concernés puissent s'opposer à l'atteinte de l'intégrité de leurs corps.

Sans oublier la non moins contraignante et intrusive puce électronique bientôt "imposée" si tel est le bon plaisir de ceux qui nous gouvernent..

La circoncision chez les Juifs signe d'alliance avec Dieu fut le moyen par lequel pendant la Seconde Guerre mondiale on reconnaissait les hommes juifs dans les toilettes publiques... les dénonçaient afin de les faire déporter.
Il faut, concernant les croyances du passé, admettre d'ouvrir les yeux.

Dans le désert conduits par l'Egyptien Moïse le manque d'eau posait problème d'hygiène et la coutume égyptienne de la circoncision était la mesure à adopter.
Mais extrêmement douloureuse à l'âge adulte.
On imagine le refus.
Donc, pour faire accepter la circoncision, il restait à Moïse le moyen de l'appel aux forces divines.
La circoncision?
"Parole du Seigneur!"

De l'Islam, les femmes pauvres d'antan qui pratiquaient l'excision précisaient que... "comme cela, c'est plus propre!"
En même temps que si peu que ce soit pour elles mesure de survie.

Chez nous, concernant les avortements, les "faiseuses d'anges"!

Écrit par : Marie de Koriacis | 04/07/2017

@ divergente

Avant de vous en prendre au pseudonyme d'autrui... pourquoi ne pas vous présenter sous vos propres prénoms et noms?

Ayant milité dans la voie de Simone Yeil, notamment, pour la mise sur pied d'un planning à Renens non loin de Lausanne, je suis en mesure d'insister sur le fait qu'il arrive que les rapports sexuels, en couple, d'une très jeune fille soient "prématurés" comme à l'occasion d'un deuil, faire son deuil, étant une chose, "faire l'amour" en étant une autre.

Deux très jeunes filles amies inséparables comme elles le sont toutes, un temps, jusqu'au moment où l'une des deux rencontre un jeune homme et, par le fait, délaisse son amie qui se dépêche de trouver également "quelqu'un"!
Question: non laissée en plan par son amie aurait-elle par la suite forcément choisi de sortir avec le même jeune homme?
La jeune femme a épousé cet homme puis a divorcé non sans maint épisodes... à sensation (pour le dire ainsi).

Concernant la jeune fille en deuil une parente aimante et responsable lui ayant demandé d'attendre le temps que les choses se soient un peu tassées, concernant son deuil, a vu revenir sa jeune parente qui la narguait ayant obtenu "tout ce qu'elle voulait" au planning,

Côté planning, selon les situations, l'âge des jeunes personnes, n'y a-t-il pas risque d' usurpation d'autorité parentale?

Chaque mère, parce qu'elle l'est, est-elle automatiquement "abusive et castratrice", ou autre?

Il se présente des conflits entre mères et filles qui se régleraient au mieux en les accueillant au planning afin de faire comprendre aux mères qu'un premier rapport prématuré est une erreur, certes, mais qu'une grossesse non prévue, non souhaitée par des jeunes encore aux études, en apprentissage, etc., elle, cette grossesse, serait une catastrophe.

Votre animosité me concernant, divergente, est notoire (autres blogs) mais les questions ci-dessus visent le bien-être des jeunes.

Écrit par : Marie de Koriacis | 04/07/2017

Les commentaires sont fermés.