11/04/2017

Pas de vie sans la mort

Un exposé et une prédication entendus, la même semaine : Marie Cénec et Vincent Schmitt. C’est probablement ce que l’on peut entendre de mieux actuellement au sein de l’église protestante genevoise. Un regret : que ces réflexions fortes, incitatives à la méditation et à la sensation n’aient pas à disposition les voies et moyens d’un écho plus large. Un problème actuel des églises.
Que retenir ? L’homme peut-il vivre sans Dieu ? Oui, sans aucun doute. Peut-il atteindre personnellement le même niveau d’éthique, d’humanité, de moralité qu’un croyant ? Oui encore, sans aucun doute. Alors pourquoi se prendre la tête et vouloir qu’une foi apporte des réponses aux mystères insondables ?
Or, il y a d’abord une observation . Les religions ont, certes, souvent déroulé le pire dans l’histoire des hommes. Tuer au nom de Dieu, quelle abomination ! Mais elles ont aussi inspiré le meilleur. Nombre d’intellectuels athées, agnostiques le reconnaissent. Les bases, le socle de nos valeurs qui irriguent nos sociétés viennent de nos racines spirituelles. Il a fallu une dimension de transcendance originelle pour développer des sociétés civilisées.

Mais il y a plus à dire. L’homme sans Dieu admet donc que sa vie est un bref parcours finissant dans le néant. Logiquement, il doit également penser que l’univers né du bing bang n’est que le fruit du hasard et de la nécessité, pour parler comme Jacques Monod. Or, si vraiment, nos société n’étaient plus que La réunion d’hommes ne ressentant aucune expérance au-delà de la vie terrestre, tout l’édificie se voulant auto-suffisant deviendrait bien fragile. La mort, porte close après la courte vie et porte ouverte sur le rien ! Quelle que soit l’exigence éthique de l’athée, n’y a-t-il pas un arrière- fond de désespérance, une arrière-goût d’absurde ?

D’ailleurs, si certains s’en arrangent, on voit poindre la tentation de conjurer cette échéance de la mort, d’apporter sinon un espoir d’immortalité totale, du moins une perpective de longévité inouïe qui y tende. C’est à quoi visent les théories trans-humanistes qui fleurissent particulièrement aux Etats-Unis. En pays francophone, un Luc Ferry en a présenté une analyse. On voit des milliardaires américains foncer et investir dans ces recherches vertigineuses. A la fin du siècle présent, les gens qui le voudront pourront vivre mille ans, déclare l’un d’eux le plus sérieusement du monde. Avec quel corps aux organes constamment renouvelés ? Avec quelles connexions entre le cerveau et des robots ? Ce serait, aux yeux des ces mordus, l’ouverture d’une aventure humaine passionnante.

On n’ose pas imaginer les ruptures d’équilibre géo-politiques, économiques et sociales qui pourraient découler de cette <aventure passionnante>. Car la mort, soit La durée limitée des corps vivants est au cœur des équilibres de la création. En fait, s’agirait-il encore de l’espèce humaine ?

Il ne s’agit pas de jouer ici au vieux ronchon faussement austère. La durée de vie des hommes s’est énormément allongée ; grâce à une élévation du niveau économique, à la médecine, à l’hygiène, au soin que l’on prend de sa personne. On ne peut que s’en féliciter. Mais, si sa propre personne devient l’unique objet de sa préoccupation, si la partie est obsessionnelement prise pour le tout, alors, où se placent le sens, la dimension de la vie ? Que devient l’interrogation troublante mais tellement essentielle sur le mystère de la création, sur la relation de l’homme avec cette dimension, sur le devenir de quelque chose de soi après la mort ? Tous les grands mythes, toutes les grandes religions, toutes les grandes philosophies ont discuté de cela. Quel serait l’intérêt de la condition humaine, sans réflexion et intuition à ce sujet ?

Voilà pourquoi , rien n’est plus beau, plus fort, plus perturbant mais profondément émouvant que cette histoire humaine et post-humaine de Pâques ; c’est-à-dire de mort puis de résurrection, soit une incarnation indiquant une continuité au-delà de la mort : mais autrement, vers autre chose. Finalement---et ceci est évidemment une conviction personnelle---, l’homme sans Dieu et visant uniquement sa longévité---, serait une sorte de mort vivant. Nous voulons penser que cela n’adviendra pas et que l’homme intégrant en lui le fait la mort prolongera sa raison d’être.

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Commentaires

Le Big Bange, ce n'est pas le Début, c'est juste le commencement de notre univers, donc de notre vie.
Le Début, ce qui a créé l'énergie du Big Bang, personne ne sait d'où cela vient. Que cette énergie viennent d'un trou noir d'un univers parallèle ne change rien, parce que la question reste, d'où vient cet autre univers :
Seul l'Eternité peut être un créateur, ce qui ressemble à la définition d'un Dieu.

Sans la mort l'humain ne serait pas là, sous cette forme du moins. Malgré la peur qu'elle nous inspire, elle finit par nous soulager.
Cette Eternité créateur, on en fait peut-être partie, et en quittant ce monde, cet univers physique, nous rejoignons un autre monde qui espérons nous donne l'envie d'y rester éternellement.

La résurrection, c'est l'Espérance de ce monde meilleur, et que finalement, la mort n'est pas une fin, mais une étape.

En attendant, "travaillons" pour que ce monde physique ne soit pas l'enfer avant le paradis. La philosophie de Jésus est là pour nous guider.

Écrit par : motus | 11/04/2017

"(...) réflexions fortes, incitatives à la méditation et "à la sensation": pourquoi "sensation?

Il y a bien longtemps nous pensions rencontrer un prêtre modeste assis tout devant, parce qu'invité à s'exprimer, en attendant qu'on lui donne la parole.

Du temps passa, un peu de retard, puis cet imaginé petit prêtre modeste arriva "avec son équipe" non sans, franchement, parader.

En ce qui me concerne, les écailles me tombant des yeux, pour reprendre un épisode Paulinien, ce fut fichu¨¨comme

tombant en une eau chère à un certain Narcisse...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 11/04/2017

Profonde réflexion sur probablement la seule question essentielle a laquelle il nous est impossible de répondre catégoriquement. Sommes-nous, comme le pense un athéiste "enragé" comme le Prof. Richard Dawkins, une masse de protéines intelligente mais éphémere servant de véhicule (vecteur) a des genes capables ainsi individuellement de se transmettre et donc de "vivre" tant que durera l`espece humaine? Sommes-nous au contraire, comme le pensent les croyants des grandes religions, des créatures dont le corps biologique serait une sorte de chenille dont peut (a condition de respecter certaines regles de vie communes aux grandes religions) émerger le "papillon" éternel de l`ame? Vous etes un sage, monsieur Eggly, de ne pas vouloir vous donner une réponse autre que l`espoir. On serait en-effet embété d`avoir une réponse sans appel car, comme vous le dites bien, la certitude athéiste de la vie éphémere ressemblerait a de la désespérance alors que la certitude d`une vie "éternelle" nous ferait passer notre vie biologique pleine de vicissitudes (maladies, vieillesse, frustrations, regrets, etc...) a souhaiter qu`elle s`acheve enfin. Comme vous le dites justement: "Quel serait l’intérêt de la condition humaine, sans réflexion et intuition à ce sujet?"

Écrit par : Jean Jarogh | 11/04/2017

Votre réflexion me semble être celle d'un chrétien protestant moderne et intelligent, qui se caractérise notamment par un rejet d'un dogmatisme étroit qui ferait de la religion la seule source des vertus humaines.
En cela elle laisse une place à la discussion ou même à la controverse, non seulement sur votre propre formulation, mais aussi sur certaines de vos affirmations qui trouveraient probablement l'approbation des théologiens, du moins de ceux qui partagent votre foi.
Cela nous repose des discours dogmatiques en vigueur dans d'autres communautés passées ou présentes et encouragent l'exercice de la réflexion et permet à un athée (au sens de "sans dieu"modéré si je puis dire) de culture protestante de faire quelques remarques qui se veulent comme un début de critique de texte, bien incomplet et bien modeste face à l'importance des questions soulevées et des compétences qu'elle exigerait.
"L’homme sans Dieu admet donc que sa vie est un bref parcours finissant dans le néant." Dans l'ordre de la nature le parcours d'une vie individuelle aboutit dans la majorité des des cas à la naissance d'une génération suivante, et ainsi de suite. Ce n'est que si on considère la fin de l'Homme, sous quelque forme que ce soit et à quelle échéance que ce soit que nous le constat de ce "néant" aurait un sens.
"n’y a-t-il pas un arrière-fond de désespérance, une arrière-goût d’absurde ?" Cette question réthorique est fruit du désir de vivre, qui est indubitablement, sous sa forme première, une exigence biologique. Le terme de désir est évidemment mal choisi, mais il remplace tout ce que l'on peut mettre à l'origine de la tendance du vivant à se perpétuer et, avant cela, à naître (ou à se produire). Même si on ne s'en remet pas à l'hypothèse divine pour expliquer l'émergence du vivant, cette tendance à la perpétuation de sa propre vie et donc au rejet de sa mort est nécessaire et peut entraîner très logiquement la notion de l'absurdité et même une forme de désespoir. Si on ne fait pas de l'Homme l'aboutissement d'un plan divin entraînant une suite de formes vivantes de plus en plus perfectionnées qui s'épanouissent en une entité biologique capable, de par l'évolution de son cerveau, de désirer et de désespérer (et bien d'autres sentiments plus ou moins admirables) il n'y aucune raison pour que les deux émotions négatives de la citation fassent pas partie de l'ensemble des émotions naturelles. Cela serait d'ailleurs tout à fait conforme au titre quelque peu taoïste de votre essai "pas de vie sans mort", que l'on pourrait compléter par "pas l'espoir sans désespoir
(interruption provisoire ou définitive pour des raisons indépendantes ...)

Écrit par : Mère-Grand | 11/04/2017

"c’est-à-dire de mort puis de résurrection, soit une incarnation indiquant une continuité au-delà de la mort : mais autrement, vers autre chose."
"Croire en dieu ne se résume-t-il pas en fait à espérer qu'il existe ?" Jean d'Ormesson
Je me souviens de quelques secondes assez importantes dans ma vie, celles qui séparaient l'arrivée de l'avalanche dans laquelle j'étais pris vers le sommet de la falaise que j'avais grimpé avec mon frère quelques années auparavant. Je savais que j'allais mourir, j'en étais totalement persuadé. Je descendais tête en avant, comme un fétu de paille dans un fleuve. J'ai mimé un signe de croix alors que je suis protestant et je me suis moqué de moi-même. J'ai eu un grand shoot d'espérance dans la mythologie dans laquelle j'avais été éduqué, le christianisme, et juste après me suis rendu compte que j'étais juste comique.
L'avalanche s'est arrêtée juste avant la falaise. Des boucles de mes chaussures avaient été arrachées, un de mes skis carrément chanfreiné. Chez moi, tout était intact. J'ai vécu sur un petit nuage les trois mois suivants et je ne crois toujours pas en dieu. Quelques secondes avant ma mort, je me souviendrai que ce n'est pas la peine d'essayer...
L'illusion de l'immortalité vient du Tout, l'Humanité, que l'on a tendance à tort à croire immortelle. Nous n'en sommes que les cellules, tout aussi mortelles que celles de notre corps...

Écrit par : Géo | 11/04/2017

Reprise"En fait, s’agirait-il encore de l’espèce humaine ?"
Très bonne question, très complexe aussi, puisqu'elle pose le problème de la définition de l'espèce humaine. Depuis quelques années on a tendance à en repousser l'origine de plus en plus loin dans le passé, en élargissant peut-être quelque peu les critères qui la définissent. La notion de culture est un élément essentiel de cette définition, mais jusqu'à présent cette notion, si elle englobait des éléments de modification passagère de l'apparence du corps, ne comportait pas une modification définitive (c'est-à-dire héréditaire) du corps ni de cerveau.
Or c'est de cela qu'il s'agit dans les processus envisagés d'intelligence (ou de certaines capacités intellectuelles) augmentées et cela pose en effet la question de la définition de l'espèce. Notons cependant que ce qui est toujours en jeu reste le désir d'échapper à la mort individuelle avant tout et seulement accessoirement celui de l'espèce. J'ai peine à envisage que le prolongement de la vie, quelle que soit la durée envisagée, résolve les problèmes de la vie et des souffrances qu'elle comporte, car même si on parvient à éliminer totalement les souffrances physiques, les souffrances psychiques, dont l'ennui, vont demeurer.
De toutes les utopies qui ont été développées jusqu'à présent et qui essaient d'imaginer une société composées d'êtres vivant dans la béatitude permanente, aucune n'a réussi à en donner une image convaincante ou rassurante. Mais peut-être est-ce justement parce qu'elles mettaient en scène un humanité telle que nous la connaissons ou proche d'elle.
Les religions nous promettent toutes d'échapper, à des degrés divers ou pour une part d'entre nous, à ce qui constitue justement notre humanité, avec ses souffrances et ses désespoirs sans nous donner une image convaincante de ce que pourrait être une vie éternelle faite uniquement de bonheur. Devant notre demande d'éclaircissement elles ne peuvent que répondre qu'il faut faire le saut dans la "foi", ce qui est au-delà étant inconnaissable pour nos esprits d'ici et maintenant.
On doit constater qu'avec ou sans religion le problème reste la même. C'est la raison pour laquelle le bouddhisme Zen, pour prendre l'exemple presque extrême d'un système qui promet une délivrance, voit l'ensemble des interrogations sur ces questions de Vérité absolue comme un attachement illusoire à nos processus de pensée.

Écrit par : Mère-Grand | 11/04/2017

@Mere-Grand Il y a une différence entre "avec" ou "sans" religion. L`espoir d`une vie meilleure apres celle-ci aide la plupart des croyants a suivre les préceptes de leur religion qui, en général, vont dans le sens d`un meilleur controle sur les affects négatifs qui empoisonnent la vie sociale et empechent d`accéder a une certaine harmonie intérieure. Cela est vrai aussi pour le bouddhisme ou la récompense supreme est la fin des incarnations et donc des vicissitudes existentielles. Une minorité parvient a accéder au controle de soi par la réflexion sur soi et les autres mais c`est un cheminement exigeant d`etre suffisamment affranchi des nécessités matérielles. Cela dit, le fait que la religion soit ainsi utile a la société et a l`individu ne signifie nullement qu`elle soit une invention humaine et que Dieu n`existe pas.

Écrit par : jean jarogh | 11/04/2017

A propos de la réincarnation une amie me donna à réfléchir.
Je tiens à inventer une petite histoire à ce propos.

Un potentat connu pour sa cruauté et ses injustices à la fin lassé par autant d'exécutions de rebelles convoqua ses conseillers.
Il leur donna l'ordre d'inventer quelque chose pour légitimer l'ensemble de ses traitements abusifs sans quoi, leur promit-il, "je vous ferai couper en petits morceaux".
Les conseiller se retirèrent.
Un peu plus tard revinrent en traînant derrière eux un misérable. Ils lui demandèrent d'exposer sa révolte, Comme ce pauvre homme regardait le tyran avec terreur lui-même lui dit de n'avoir pas peur.
Il exposa donc l'objet de sa révolte.
L'un des conseillers lui dit alors: "Mais tu sais bien pourquoi, à cause de tes fautes, notre pauvre et bien malheureux dirigeant ne peut pas te traiter autrement?!
Mais non, répond l'homme, d'ailleurs ma conduite est droite et je suis bienveillant.
Dans cette vie, dit le conseiller, d'accord, mais dans une autre vie?
- Comment, quelle autre vie?
- Comment, mais tu ne sais pas!?
- Je ne sais pas... "quoi"?
- Que nous ne vivons pas qu'une fois, évidemment. Dans cette vie tu es droit et bienveillant, certes, mais en d'autres vies, antérieures, non.
Acceptes donc d'"un cœur reconnaissant" tes souffrances présentes... ainsi, la prochaine fois que tu vivras, tu seras au bénéfice d'une naissance bien meilleure.

Il y a des temps immémoriaux qu'advint ce qu'ici rapporté mais la... "réincarnation"... (avec le karma) venait d'avoir été inventée par les conseillers du dictateur^en question.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 12/04/2017

@jean jargon
J'ai répondu de manière détaillée à votre missive du 11.04.17. Elle n'est pas encore parue, mais je vous remercie déjà de la manière dont vous avez nourri le débat. Si ma réponse s'est perdu je la publierai encore une fois, mais comme je n'en ai pas gardé le brouillon, je ne suis pas certain de trouver l'énergie pour le faire.

Écrit par : Mère-Grand | 12/04/2017

Vanitas, Vanitas !
Notre besoin irrépressible de donner du sens et des réponses aux questions existentielles nous force à imaginer une suite. Nous voulons laisser une trace, par nos réalisations, au travers de notre progéniture. A défaut ou en sus, nous imaginons une réincarnation ou une résurrection. Que de divagations en zig-zag qui nous empêchent de vivre l'instant dans sa plénitude.
L'imperfection fait partie de la perfection de la création à laquelle elle donne le mouvement.

Écrit par : Pierre Jenni | 12/04/2017

On peut être croyant sans Dieu ! C'est le cas du Prof. med. Robert Molimard qui, se réclamant de Spinoza, vient de publier:

L'Homme, avatar de Dieu (I) par Prof. Robert Molimard

http://tinyurl.com/lx94dww

A 90 ans, le Prof. Robert Molimard traduit son ouvrage en ...espéranto ! (II)

http://tinyurl.com/lpgnajt

Dieu, avatar de la Nature ? (III)

http://tinyurl.com/j6pbhq7

Pour Spinoza, il n'est nul Dieu récompensant les bonnes actions et punissant les mauvaises.

En revanche, il distingue les pratiques utiles ou nuisibles...

On est donc loin des conceptions du taoisme (le yin et le yang indissociables) ou du "pavé mosaïque" (damier) vénéré dans les temples maçonniques.

Spinoza a payé son audace hérétique de sa vie !

L'ouvrage du Prof. Robert Molimard mérite vraiment d'être lu. Surtout par les "incroyants"...

Écrit par : Jacques-Andre WIDMER | 12/04/2017

@jean jargon
La réponse à laquelle j'ai fait allusion n'ayant pas paru pour une raison que je ne connais pas, mais qui très bien être de mon fait, j'en reprends, sous forme très condensée une partie, car votre intervention est très intéressante:
"L'espoir d'une vie meilleure apres celle-ci aide la plupart des croyants a suivre les préceptes de leur religion ..."
Il n'y a aucune doute que cet espoir est d'un grand secours pour la plupart des croyants. Je soupçonne qu'il comporte, comme composante (excusez la suite des "co") essentielle et premier la promesse de ne pas disparaître à tout jamais (comme dans les peurs enfantines avec l'endormissement). Quoi qu'il en soit, il assure certainement la pérennité des religions aussi longtemps que l'espèce humaine durera sous sa forme actuelle ou proche d'elle. Cela ne me pose aucune problème en tant qu'athée de "formation" protestante et mariée à une femme catholique qui se rend à la messe aux occasions importantes. Il faut admettre, cependant, que cet aspect positif a, et a surtout a eu dans notre civilisation, un revers de médaille des plus violents et parfois même inhumain.
"pour le bouddhisme ou la récompense supreme est la fin des incarnations et donc des vicissitudes existentielles"
C'est surtout vrai dans certaines formes du bouddhisme, comme c'était le cas pour l'hindouisme qui lui a précédé. Je suis très content que vous mettez en évidence "la fin des incarnations", une grande partie des occidentaux quelque peu naïfs ayant pris l'idée de la réincarnation comme une promesse de survie après la mort. Selon certaines interprétation du bouddhisme qui, comme toute autre religion (je sais que cette qualification est niée par certains) comporte de nombreuses formes, dont le bouddhisme tibétains qui est très à la mode grâce à des figures connues, l'idée de la réincarnation fait partie des illusions à dissiper. C'est le cas du Zen japonais, auquel j'ai fait allusion.
"mais c'est un cheminement exigeant d'être suffisamment affranchi des nécessités matérielles"
Peut-être bien. Il exige surtout la capacité de s'affranchir de certains conditionnement de son enfance, ainsi que de l'accès à des connaissances scientifiques qui peuvent tenir lieu dans certains cas à une forme de "sympathie" avec l'histoire de l'univers telle que nous la connaissons, avec ses bouleversements, ses extinctions et ses renouvellement et même ce que nous pouvons imaginer de son destin.
"le fait que la religion soit ainsi utile a la société et a l'individu ne signifie nullement qu`elle soit une invention humaine et que Dieu n'existe pas."
A une certaine époque et sous la plume certains penseurs ou écrivains, comme Dostoïevski, ce sont les horreurs de l'histoire humaine qui paraissaient une preuve que Dieu n'existe pas. Mais il y a longtemps que tout le monde s'est mis d'accord sur le fait qu'il ne pouvait pas y avoir de preuve (dans l'acception courante ou scientifique du terme) ni de l'existence, ni de l'inexistence, de Dieu.
Voilà. Encore merci d'avoir mis en ligne des pensées riches et intéressantes sur un sujet si important.

Écrit par : Mère-Grand | 13/04/2017

Croyant ou non.
Que l'on croie en un Dieu créateur.
Ou en l'Evolution.
Comment peut-on saccager et laisser saccager cette planète tout, croyant, en présentant ses prières au Dieu créateur?

Parler Evolution sans évoluer (en commençant par le respect dû à l'environnement)?!

Ou laisser saccager cette planète sans intervenir comme il conviendrait?

Pour le créateur, présenté père (et mère?) les enfants insupportables, "foncièrement", qui viennent parfois "présenter leurs câlins" à leur parents ne sont-ils pas franchement ressentis odieux?

De quoi se priver, pour les croyants, des faveurs divines.
Pour l'environnement progressivement empoisonné qu'en penseront nos descendants.
Nous présenteront-ils leur compliments accompagnés de l'expression de leur vive gratitude?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 13/04/2017

@Mere-Grand Merci pour le compliment que je vous retourne car vous me paraissez avoir pas mal réfléchi a ces choses probablement essentielles. Puisque vous etes d`avis que la preuve rationnelle de l`existence de Dieu nous est inaccessible, n`etes-vous pas plutot agnostique qu`athée, l`athéisme étant elle-meme une "croyance"? Quant a moi, la seule certitude métaphysique que je puisse avoir est que nous devons etre des créatures bien bornées pour ne pouvoir concevoir l`univers ni "auto-créé", ni créé par une "volonté extérieure". En fait, nous ne pouvons pas meme concevoir que l`univers soit fini, pas plus qu`il soit infini. Ergo, la seule attitude raisonnable me parait etre l`extreme humilité.

Écrit par : jean jarogh | 13/04/2017

@jean jargon
"n'êtes-vous pas plutôt agnostique qu'athée, l'athéisme étant elle-même une "croyance"?"
Un vieux débat que j'ai tranché de la manière suivante: je prends athée dans le sans étymologique de "sans dieu" et non "contre dieu", qui définit ma manière de vivre et de penser dans le monde. D'un point de vue logique je devrais évidemment me qualifier d'agnostique, en raison mêne de ma position sur la preuve de l'existence ou de la non-existence de dieu. Les dictionnaires acceptent d'ailleurs les variantes en question dans les définitions d'athéisme.
J'ai cependant l'impression, pas la certitude, que nombre d'agnostiques préfèrent cette appellation par une sorte de prudence ou même, parfois, de crainte d'un châtiment, au cas ou leur affirmation d'athéisme devait se révéler fausse à la fin des temps. Moi-même, je refuse cette crainte, étant persuadé, dans ma naïveté peut-être que si Dieu existe, il ne peut être qu'une dieu d'amour et de pardon et non un Dieu de vengeance et de punition.
"l'athéisme étant elle-meme une "croyance"?"
Il est difficile de persuader un croyant (en dieu) que vous vous ne partagez pas une croyance au sens où il conçoit la sienne. C'est une piège logique du langage qui est à l'origine de ce malentendu, car personne ne m'accusera d'avoir une "croyance" si je lui dis que je ne crois pas dans les fantômes ou les soucoupes volantes. C'est pourquoi dans toutes sortes de contextes, d'autres formulations sont utilisées, telles que "intuition" ou "conviction intime" pour désigner des choix liés tant à l'intellect qu'à l'émotion.
"nous devons etre des créatures bien bornées pour ne pouvoir concevoir l`univers ni "auto-créé", ni créé par une "volonté extérieure"."
J'avoue ne pas bien comprendre cette phrase, sauf si je le reformule de la manière suivante: incapables de comprendre comment quelque chose naît de rien ou sans auteur (cette dernière hypothèse faisant nécessairement surgir la question de l'origine de l'auteur). Nous sommes évidemment "bornés" pour reprendre votre terme tout en lui enlevant sa connotation négative. Le problème de ce qu'une intelligence faisant partie d'un tout peut comprendre de ce tout fait partie de chaque discussion sur les théories de la connaissance, l'épistémologie.
"la seule attitude raisonnable me parait être l'extrême humilité."
D'accord, si vous entendez par là l'acceptation de nos limites et des limites de nos connaissances et le mot extrême n'est pas nécessaire. Si vous entendez que la seule manière de manifester cette humilité est de croire en dieu, vous sortez du champ de la simple discussion sur le savoir. L'utilisation du terme humilité comporte évidemment souvent une composante morale qui renvoie chez nous au message religieux des vertus énoncées par le Nouveau Testament. Pour nombre de croyants l'incroyance est alors un acte contraire à cette humilité et facilement vu comme un acte d'insoumission agressif contre dieu et les croyants.
Pour la plupart ou tous les dieux (je me permets de rappeler le fait qu'il en existe et qu'il en a existé un nombre presque infini au cours de l'histoire humaine, même si chaque culture se réfère nécessairement au sien propre, ou bien aux siens propres pour les polythéismes) celui qui se dit sans dieu est nécessairement un ennemi et un pêcheur, même s'il ne déclare pas comme tel et cette attitude est souvent imitée par les croyants eux-mêmes, parfois prompts à la haine alors même qu'il leur est proposé une message d'amour. Sur le fond c'est un problème pour théologiens. Personnellement j'ai la faiblesse d'avoir du respect pour les messages divins et les croyants qui proposent l'amour et le pardon plutôt que la haine et la vengeance. Il est vrai que j'ai fait ma confirmation dans l'Eglise protestante, ce qui laisse probablement "peser" sur moi le soupçon que je suis "une athée croyant" ou un croyant qui se croit athée ;-)
Encore merci pour cet échange et courage dans la poursuite de votre réflexion.

Écrit par : Mère-Grand | 14/04/2017

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