14/03/2017

Démocratie:conviction et contradiction

Longtemps, l’autorité politique s’est réclamée du droit divin. Les conceptions ont évolué. Aujourd’hui, sous nos latitudes, s’est ancré le principe de laïcité. Cela n’extirpe pas nos racines. Ainsi, la réflexion sur la politique peut utilement se nourrir de réflexions sur la spiritualité. Récemment, la pasteur Marion Muller- Collard, dans un petit livre accrocheur intitulé <l’intranquillité>, s’inspire de Blaise Pascal. L’idée est que la vérité ne vient pas à l’esprit d’un coup, ne se traduit pas dans un bloc immuable. En Chrétienne, la pasteur cite évidemment Jésus : <je suis le chemin, la vie>. Autrement dit, il faut marcher sur un chemin tout sauf facile. Suivre une ligne directrice, guidée en l’occurrence par la foi ; mais sans éluder jamais les questions difficiles. Blaise Pascal pratiquait l’exercice de la contradiction : un argument devant rencontrer nécessairement un argument contraire avant de se développer pleinement. A la fin, loin d’être affaiblie, la conviction ne peut en sortir qu’élargie, éventuellement corrigée, certainement renforcée.
Ne devrait-il pas en être ainsi en politique, dans un véritable esprit démocratique. Or, on constate très souvent ceci : dès que l’on parle politique, giclent les affirmations péremptoires, la condamnation immédiate de la contradiction. L’art du dialogue, de la confrontation des idées laisse place au choc des émotions. Lors de la discussion politique, on glisse vite dans un mécanisme cérébro- hormonal qui n’est plus très rationnel. En temps normal, la conséquence n’est pas grave mais dérériore la qualité du débat. En temps troublé, on sait où cela peut mener. Le non art de la contradiction débouche sur un terrain miné et la conflagration.
Certes, la politique est aussi un combat.Il peut être rude. Il ne s’agit pas de faire dans l’angélisme. Mais un vrai Libéral, viscéralement attaché à une vraie démocratie, aura toujours à cœur et à l’esprit de frotter sa conviction à la contradiction. Car tel est le chemin, la vie…

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04/03/2017

L'alpiniste qui dévisse

François Fillon, l’alpiniste accompli, est dans la tourmente mais il s’accroche, enfonce son piolet dans une roche devenue soudain friable, ne renonce pas, ou pas encore, refuse de faire demi tour. Du courage ? De la ténacité ? Des qualités qui pourraient être nécessaires dans la fonction de Président ? Sans doute. Et puis, on a le droit d’exprimer une certaine empathie. Ce qu’on lui reproche, ce dont on le soupçonne est-il si grave ? En Suisse, un parlementaire fédéral reçoit, outre son indemnité, une somme ,--il est vrai assez modeste--, qu’il peut utiliser ou non pour rémunérer un assistant l’ aidant dans dans son travail. En France, c’est l’État qui paye le soutien, pour une assistance annoncée en bonne et due forme.

Soit. Mais la déclinaison de cette activité est en main du député. Alors, entre l’emploi fictif et coupable et l’assistance vraiment pleine et dense, il y a tout un éventail de prestations dont les contours sont difficiles à préciser. La pauvre Pénélope s’est probablement perdue de bonne foi dans ce flou juridique et pratique.

Autre remarque. Le lâchage en cascade des <amis> auquel on assiste ne respire pas tellement le courage et la loyauté. Au lieu de serrer les rangs on s’exfiltre. Certains ont envie de ne pas être repérés plus longtemps comme étant les matelots d’un capitaine en perdition. Ce n’est pas forcément le sentiment vertueux qui les anime.

Bon ! mais une fois cela dit, on voit d’autres aspects du caractère de François Fillon. Comme il arrive souvent aux politiques, il confond son destin personnel avec l’intérêt général. Oui, avant la tempête, il était fondé à coonsidérer que le redressement de la France passait par lui. Il était la chance d’une vraie alternance. Mais aujourd’hui, que ce soit injuste ou non, sa personne devient la garantie, pour la droite, de perdre l’élection. L’alpiniste, qui s’accorche et croit voir le sommet malgré les vents contraires, est en train de dévisser comme un somnambule. Or, sa chute sera celle de son camp. Du courage, on passe à l’obstination, de la ténacité à l’égocentrisme. Perte de lucidité et du sens de la responsabilité,

Car, de surcroît, l’imprudent, qui se voyait comme l’incarnation de la vertu et de la transparence, stigmatisait en douce ses rivaux à la primaire.. <Imagine-ton de Gaulle mis en examen ?>. Et pif sur le nez de Sarkozy et aussi de Juppé condamné naguère. Et cette phrase : <je ne me retirerai que si je suis mis en examen>. Il va l’être et ne se retire pas. Dès lors, il est pris au piège de sa propre posture. L’image se lézarde. Les qualités ne sont plus retenues. Le programme devient inaudible.

Sa dignité eût été de passer aussitôt la main, quitte à appeler le remplaçant à endosser des points forts de son programme, lequel lui avait fait gagner la primaire de la Droite et du Centre. Enfin, il y a une leçon à recevoir devant cette péripétie électorale et judiciaire. En politique, il ne faut pas jouer au grand vertueux devant l’Eternel. Il faut être lucide, cohérent, crédible. En somme, toute personnalité politique ambitieuse devrait avoir autour d’elle un ou deux compagnons de route à l’écoute du monde extérieur, brisant le vase clos et faisant office de garde fou. Pénélope, sans doute femme aimante et dévouée, mais peut être trop pour avoir été cet ange gardien nécessaire. Vous savez, on aimerait presque la consoler.

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