04/03/2017

L'alpiniste qui dévisse

François Fillon, l’alpiniste accompli, est dans la tourmente mais il s’accroche, enfonce son piolet dans une roche devenue soudain friable, ne renonce pas, ou pas encore, refuse de faire demi tour. Du courage ? De la ténacité ? Des qualités qui pourraient être nécessaires dans la fonction de Président ? Sans doute. Et puis, on a le droit d’exprimer une certaine empathie. Ce qu’on lui reproche, ce dont on le soupçonne est-il si grave ? En Suisse, un parlementaire fédéral reçoit, outre son indemnité, une somme ,--il est vrai assez modeste--, qu’il peut utiliser ou non pour rémunérer un assistant l’ aidant dans dans son travail. En France, c’est l’État qui paye le soutien, pour une assistance annoncée en bonne et due forme.

Soit. Mais la déclinaison de cette activité est en main du député. Alors, entre l’emploi fictif et coupable et l’assistance vraiment pleine et dense, il y a tout un éventail de prestations dont les contours sont difficiles à préciser. La pauvre Pénélope s’est probablement perdue de bonne foi dans ce flou juridique et pratique.

Autre remarque. Le lâchage en cascade des <amis> auquel on assiste ne respire pas tellement le courage et la loyauté. Au lieu de serrer les rangs on s’exfiltre. Certains ont envie de ne pas être repérés plus longtemps comme étant les matelots d’un capitaine en perdition. Ce n’est pas forcément le sentiment vertueux qui les anime.

Bon ! mais une fois cela dit, on voit d’autres aspects du caractère de François Fillon. Comme il arrive souvent aux politiques, il confond son destin personnel avec l’intérêt général. Oui, avant la tempête, il était fondé à coonsidérer que le redressement de la France passait par lui. Il était la chance d’une vraie alternance. Mais aujourd’hui, que ce soit injuste ou non, sa personne devient la garantie, pour la droite, de perdre l’élection. L’alpiniste, qui s’accorche et croit voir le sommet malgré les vents contraires, est en train de dévisser comme un somnambule. Or, sa chute sera celle de son camp. Du courage, on passe à l’obstination, de la ténacité à l’égocentrisme. Perte de lucidité et du sens de la responsabilité,

Car, de surcroît, l’imprudent, qui se voyait comme l’incarnation de la vertu et de la transparence, stigmatisait en douce ses rivaux à la primaire.. <Imagine-ton de Gaulle mis en examen ?>. Et pif sur le nez de Sarkozy et aussi de Juppé condamné naguère. Et cette phrase : <je ne me retirerai que si je suis mis en examen>. Il va l’être et ne se retire pas. Dès lors, il est pris au piège de sa propre posture. L’image se lézarde. Les qualités ne sont plus retenues. Le programme devient inaudible.

Sa dignité eût été de passer aussitôt la main, quitte à appeler le remplaçant à endosser des points forts de son programme, lequel lui avait fait gagner la primaire de la Droite et du Centre. Enfin, il y a une leçon à recevoir devant cette péripétie électorale et judiciaire. En politique, il ne faut pas jouer au grand vertueux devant l’Eternel. Il faut être lucide, cohérent, crédible. En somme, toute personnalité politique ambitieuse devrait avoir autour d’elle un ou deux compagnons de route à l’écoute du monde extérieur, brisant le vase clos et faisant office de garde fou. Pénélope, sans doute femme aimante et dévouée, mais peut être trop pour avoir été cet ange gardien nécessaire. Vous savez, on aimerait presque la consoler.

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Commentaires

"il confond son destin personnel avec l’intérêt général": ce que Fillon a toujours fait, ce qui ne peut être un programme - effet boomerang, retour de bâton à l'égo-centré, ses équipes ont attendu de voir le mur avant de s'en convaincre (que FF ne respecterait, pas plus que dans le passé, ni personne ni programme)

Propos de Fillon:
« Quand on fera le bilan de Chirac, on ne se souviendra de rien. Sauf de mes réformes. () En me virant du gouvernement, ils ont fait de moi un directeur de campagne avant l’heure »

Commentaires d'Axel Kahn
"Cet homme politique (Fillon) est à ce point convaincu que sa place naturelle est au gouvernement qu’il détermine son action future non en fonction de sa vision du bien public mais animé du désir de punir Jacques Chirac et son nouveau chef de gouvernement de l’éviction dont il (FF) a été victime.

J’ai trouvé singulier dans ces conditions que ce dernier abandonne le navire menacé
pour se faire benoitement élire dans une circonscription taillée sur mesure pour lui et a priori imperdable pour l’UMP.

Pour moi, mais peut-être suis-je idéaliste, un homme politique de premier plan et aux ambitions nationales élevées se devait de mener bataille là ou sa notoriété et son expérience auraient pu faire la différence,
et non déserter un combat important pour la majorité sortante.

()j'avoue n'avoir pas eu une très grande estime pour ce parcours d’héritier qui n’a jamais connu de la vie professionnelle qu’un parcours de politicien de métier entamé à 22 ans et tracé d’avance,
un homme prompt à éviter les risques pour une carrière qu’il m’apparait placer devant l’intérêt général et même devant celui de son propre camp, un « faux gentil » capable de se comporter de manière impitoyable pour écarter ceux qui se mettent en travers de sa route (),
aux fidélités fluctuantes en fonction des circonstances et de leurs conséquences pour son destin."

Axel Kahn, le vingt novembre 2016
http://axelkahn.fr/francois-fillon/

Écrit par : divergente | 04/03/2017

Avec Fillon la droite n`a guere de chances face a Macron et encore moins avec un remplacant au pied levé. D`autre part, si Fillon se retirait maintenant, ce serait largement percu comme un aveu de culpabilité. Avec cette affaire sur le dos, sa carriere politique est terminée. Monsieur Eggly, honnetement, a sa place sacrifieriez-vous votre honneur en vous retirant pour laisser la place a un autre dans un combat perdu d`avance?

Écrit par : jean jarogh | 05/03/2017

Décidément, vos billets m'interpellent.
Vous être un des rares blogueurs qui m'inspirent une émotion contradictoire. J'hésite toujours à vous lire car j'apprécie le bon gars rempli de bonnes intentions, mais supporte mal les compromis qui lui permettent de se regarder dans la glace.
Et j'en ai un peu marre de critiquer, de voir ce qui ne joue pas. J'aimerais développer un peu plus l'approche du verre à moitié plein.
Mais bon, faut croire que ce sera dans une autre vie.

Donc.
Vous commencez par relever les qualités du candidat et allez jusqu'à éprouver de l'empathie pour une homme dont la faute est discutable, relative et largement pratiquée dans le milieu.
Soit.

Vous poursuivez en compatissant devant les épreuves de cette fidèle épouse éconduite et stigmatisée.
C'est déjà du remplissage.

Puis vous fustigez les "amis" qui ont du vous en faire voir de belles au long de votre carrière politique.
C'est presque mignon.

Tout ça pour en arriver à l'abnégation pour la formation, le parti qui vous a permis d'arriver où vous êtes même si ce parcours vous a obligé de la fermer plus souvent qu'à votre tour.
Là on touche à la caricature du monde politique.

Et tout ça pour quoi ? Pour faire passer les idées d'un courant politique, pour défendre votre famille, envers et contre tout et tous.

Votre innocence est presque touchante.

Écrit par : Pierre Jenni | 09/03/2017

"La "pauvre" Pénélope s'est probablement perdue de bonne foi dans ce flou juridique et pratique"!

Un brin d'humour, la "pauvre" Pénélope, jamais de refus.
Tous ces agneaux innocents candidats à la présidentielle que l'on mène quotidiennement à l'abattoir... Justice coupable, coupables, s'il ne s'agissait d'eux, innocents persécutés.
Fillon, selon lui-même, "assassiné"!

Vite, allons chercher un mouchoir pour "pauvre Pénélope"!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 12/03/2017

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