31/01/2017

RIE 3: vision économique contre myopie comptable

Disons le tout net, les interventions des anciennes Conseillères fédérales Evelyne Widmer-Schlumpf et Ruth Dreifuss contre le projet fiscal fédéral RIE3 nous ont choqué. Il y a le devoir de réserve, sauf en cas de renversement politique majeur. Qu’Obama critique la décision inacceptable de Trump sur les immigrés musulmans, c’est bien. Que les deux anciennes membres du Collège gouvernemental se lancent ici dans l’arène, c’est déplacé.

Sur le fond, l’ancienne ministre fédérale et cantonale des finances aurait pu se demander pourquoi tant de ministres cantonaux, à l’instar du Conseil fédéral et du Parlement, sont pour la réforme. Ruth Dreifuss, elle, pourrait s’interroger sur le choix, par exemple, de la ministre socialiste des finances à Bâle, laquelle soutient résolument le projet fiscal. De même, l’engagement conjoint du PLR Pascal Broulis et du Socialiste Pierre-Yves Maillard dans le Canton de Vaud ne semble pas la troubler. Ils savent que 82% de leur impôt cantonal sur les bénéfices vient des multinationales. Presque 70% à Genève.

En fait, on voit bien deux approches. Visant le recul, dans un tout premier temps, des recettes fiscales fédérales et cantonales résultant du projet, la Gauche crie au risque d’affaiblissement de la fonction publique et à la menace contre les prestations sociales. L’épisode précédent de RIE2 a pourtant démontré le contraire. Il y a toujours, à gauche, cette agressivité plus ou moins affirmée contre le Capital. L’égalité de traitement exigée par l’accord avec l’UE fait se rejoindre vers un taux de l’ordre de 13% les impôts sur le bénéfice de toutes les entreprises. Les grandes multinationales perdent leur statut spécial mais les entreprises indigènes voient leur taux baisser. Logique et raisonnable, non dissuasif et équitable. En plus, certaines déductions seront possibles pour l’impôt cantonal parallèle, en regard de leur degré de capitalisation. Scandale s’offusque la Gauche. Des cadeaux prévisibles aux actionnaires ! Tandis que les habitants non privilégiés, eux… Relevons ici, en passant, que Genève a des taux d’impositions particulièrement élevés sur les hauts revenus et les classes moyennes dites aisées ; tandis que 34% de particuliers ne payent aucun impôt sur le revenu. L’assiette fiscale est déséquilibrée. C’est malsain. C’est contraire à une équité fiscale et à une conscience civique qui voudraient que chacun contribue, si peu que ce soit, à l’effort commun. Mais, à Genève surtout, court cette obsession de surtaxer les riches, les patrons, leurs entreprises et de redistribuer au maximum. On aura toujours et encore, ce parfum persistant de lutte des classes.

A l’inverse, il y a une vision économique à moyen et long terme que partagent la Droite et les Sociaux-démocrates réalistes. De ce côté, on a compris que comptent l’attractivité, la compétitivité permises par le lieu d’implantation ; c'est-à-dire, chez nous, nos cantons et notre Confédération. Les entreprises multinationales doivent contribuer, bien sûr, aux rentrées fiscales, mais dans une mesure qui les rassure, les incite à demeurer, à venir. Les entreprises indigènes, grandes, petites ou moyennes doivent aussi contribuer à l’effort fiscal ; mais dans une mesure qui les rassure, les incite à investir, à prospérer, à embaucher. Car oui, le prolongement de ce dynamisme en continu se traduit par des emplois. Et à terme, tout cela assure des rentrées fiscales dans la durée. Trop d’impôts tuent l’impôt. Une économie sans trop de boulets fiscaux crée l’impôt.

On nous parle de la fonction publique qui serait en péril. A Genève, qui ne voit qu’elle est trop nombreuse et financièrement trop lourde. Mais c’est un autre débat. De toute manière, sa pérennité dépend de la solidité financière de l’Etat, laquelle dépend de la vitalité économique.

On l’observe donc : vision comptable à court terme contre vision économique à moyen et long terme. Quelle est l’approche qui donne, finalement, le plus de champs au progrès social ? Poser la question c’est y répondre. Voilà, mesdames les anciennes Conseillères fédérales, ce que vous auriez pu au moins retenir comme étant une argumentation défendable. A défaut de vous convaincre, cela aurait dû vous amener à ne pas déroger à votre devoir de réserve.

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26/01/2017

Mort de l'Hebdo: et ensuite?

L’annonce de la disparition de l’Hebdo a été un coup de tonnerre et fait un peu mal. L’auteur de ces lignes ayant eu, comme base, une activité de journaliste, qu’il lui soit permis, pour une fois, un ton personnel. Je sais ce qu’est, pour ceux qui en vivaient, la disparition d’un journal. Je porte encore le deuil de celle du Journal de Genève. J’ai une pensée pour Jacques Pilet, son fondateur. Pourtant, je n’ai pas toujours apprécié sa ligne consistant en un journalisme d’investigation ou d’information orientée ; c’est à dire d’enquêtes dont on savait dès la première ligne quelle serait la conclusion. Conscient de mes lacunes dans ce genre de journalisme là, je préférais la rigueur d’un Roger de Diesbach par exemple. Toutefois, l’hebdo fut une belle histoire. Je pense à tous les rédacteurs en chef qui se sont succédé avec une pensée particulière pour Ariane Dayer, dont le talent, heureusement, a pour trouver sa place au Matin Dimanche. Surtout, l’Hebdo a créé des événements, des forums de réflexion, des discussions. Il s’est engagé dans des débats sur l’Europe. Il a fait vivre intellectuellement, politiquement la Suisse romande. Un périodique comme l’Illustré prendra-t-il un peu la relève ? Ce ne pourra être la même envergure. Les éditeurs, Ringier-Springer, ont-ils voulu choisir entre l’Hebdo et le Temps, quotidien à vocation romande ? On aimerait croire au moins à la pérennité de ce quotidien, plutôt que de craindre la fragilisation de l’autre enfant du Groupe après l’abandon de son aîné.

 

Bien sûr, la presse écrite est en danger. Certes, une évolution se fait vers les textes en ligne, de plus en plus utilisés par les jeunes générations. Pourtant, afin de permettre des réflexions bien communes, des discussions, des relectures à tête reposée, le texte électronique aura-il le même apport que le texte imprimé ? J’en doute. J’ai des craintes quant à la nourriture intellectuelle et civique, quant à la présence médiatique en Suisse romande face à la Suisse allemande majoritaire ; ce qui a des incidences sur l’articulation confédérale de notre pays.

 

Je ne crois pas à la vertu du soutien direct de l’Etat. Mais je pense que des milieux économiques, intellectuels, politiques devraient entrer dans des échanges approfondis pour savoir comment garder une presse de qualité de référence assumant un rôle essentiel pour tous et pour chacun.

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09/01/2017

Plaidoyer pour l'élégance

Plaidoyer pour l’élégance

 

Chaque premier de l’An l’Eurovision diffuse le concert du nouvel an donné par l’orchestre philharmonique de Vienne. Chaque fois, c’est un honneur et manifestement un plaisir pour le chef invité. Ce l’est aussi pour le public, d’une élégance vestimentaire que ne le cède en rien à celle des musiciens. Les Srauss père et fils sont incontournables et tout le monde les attend, les accompagne. Les téléspectateurs ont droit, en sus, aux évolutions des danseurs de l’Opéra de Vienne. Il y a comme un parfum de nostalgie de l’Empire Austro-hongrois, comme si, avec Stephan Zweig, on voyait le train pour l’exil emmener le dernier Empereur Charles.

 

Ce concert, événement un peu décalé d’un temps révolu ? Sans doute. Mais que ce petit moment d’élégance est agréable à voir, à entendre, à ressentir. Elégance, le mot est lâché, quitte à se faire moquer et traiter d’élitiste. On a l’impression qu’elle seperd. La grande avancée bienfaisante de la démocratisation, y compris culturelle, devait-elle fatalement diminuer le champs vivant de l’élégance, introduire de l’uniformité gris souris ? Oh, il ne s’agit pas seulement de l’élégance vestimentaire, encore que l’on puisse regretter que les gens ne s’habillent pas pour honorer, suivant la nature du spectacle, les artistes qu’ils vont voir ou entendre. Mais on pense aussi à l’élégance du langage, du comportement.

 

Soyons lucides. Des personnes présentant bien, comme on dit, s’exprimant bien peuvent cacher une vulgarité de pensées et de sentiments. Tout au contraire, tels ou tels ne se souciant guère de leur apparence et de leur vocabulaire, ou qui les cherchent à leur manière provocatrice et marginale peuvent avoir une noblesse intérieure. Ne soyons pas des doctrinaires de l’apparence.

 

Toutefois, il y a quand même un certain lien entre les aspects de l’élégance. Celui qui aime la belle littérature, qui admire les belles choses, qui goûte la beauté de ce qu’il voir, qu’il entend, qui prend soin de sa personne, qui cultive la richesse de sa langue maternelle , qui pratique la courtoisie dans sa relation à autrui, bref qui conjugue l’élégance personnelle et le respect de l’autre, oui celui- là, à son échelon, fait oeuvre de civilisation.

 

A l’échelle collective, cela concourt à une civilisation. Même dans la confrontation politique, il est possible de garder l’élégance dela forme et le respect du contradicteur, de ferrailler sur les idées sans attaquer la personne ; pour autant que cette dernière soit bien sûr estimable, ce qui est le plus souvent le cas.

 

Beaucoup de vœux, de souhaits ont été exprimés en ce début d’année. Eh bien, que s’exprime ici le léger plaidoyer pour l’élégance.

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