26/01/2017

Mort de l'Hebdo: et ensuite?

L’annonce de la disparition de l’Hebdo a été un coup de tonnerre et fait un peu mal. L’auteur de ces lignes ayant eu, comme base, une activité de journaliste, qu’il lui soit permis, pour une fois, un ton personnel. Je sais ce qu’est, pour ceux qui en vivaient, la disparition d’un journal. Je porte encore le deuil de celle du Journal de Genève. J’ai une pensée pour Jacques Pilet, son fondateur. Pourtant, je n’ai pas toujours apprécié sa ligne consistant en un journalisme d’investigation ou d’information orientée ; c’est à dire d’enquêtes dont on savait dès la première ligne quelle serait la conclusion. Conscient de mes lacunes dans ce genre de journalisme là, je préférais la rigueur d’un Roger de Diesbach par exemple. Toutefois, l’hebdo fut une belle histoire. Je pense à tous les rédacteurs en chef qui se sont succédé avec une pensée particulière pour Ariane Dayer, dont le talent, heureusement, a pour trouver sa place au Matin Dimanche. Surtout, l’Hebdo a créé des événements, des forums de réflexion, des discussions. Il s’est engagé dans des débats sur l’Europe. Il a fait vivre intellectuellement, politiquement la Suisse romande. Un périodique comme l’Illustré prendra-t-il un peu la relève ? Ce ne pourra être la même envergure. Les éditeurs, Ringier-Springer, ont-ils voulu choisir entre l’Hebdo et le Temps, quotidien à vocation romande ? On aimerait croire au moins à la pérennité de ce quotidien, plutôt que de craindre la fragilisation de l’autre enfant du Groupe après l’abandon de son aîné.

 

Bien sûr, la presse écrite est en danger. Certes, une évolution se fait vers les textes en ligne, de plus en plus utilisés par les jeunes générations. Pourtant, afin de permettre des réflexions bien communes, des discussions, des relectures à tête reposée, le texte électronique aura-il le même apport que le texte imprimé ? J’en doute. J’ai des craintes quant à la nourriture intellectuelle et civique, quant à la présence médiatique en Suisse romande face à la Suisse allemande majoritaire ; ce qui a des incidences sur l’articulation confédérale de notre pays.

 

Je ne crois pas à la vertu du soutien direct de l’Etat. Mais je pense que des milieux économiques, intellectuels, politiques devraient entrer dans des échanges approfondis pour savoir comment garder une presse de qualité de référence assumant un rôle essentiel pour tous et pour chacun.

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Commentaires

Si l'on ne peut qu'approuver voter appel en faveur d'une presse "de qualité de référence", force est malheureusement de constater que l'Hebdo ne répondait plus à ce critère depuis des années.

Écrit par : Déblogueur | 26/01/2017

Je partage pour bonne part les opinions émises dans cette note, dont l'allusion au fait que "on savait dès la première ligne quelle serait la conclusion". Je le disais ainsi, expliquant à des amis les raisons de mon désabonnement: il suffisait de lire le titre et la signature pour savoir ce qu'il y avait entre les deux... Mais il est une action de l'Hebdo que je tiens à relever c'est celle du BondyBlog créé en 2005. Là bravo d'avoir eu l'idée et d'avoir trouvé les moyens de réaliser cette aventure hors du commun dans les banlieues françaises. Je n'ai pas eu vent de pareille audace et intelligence journalistique et politique.

Écrit par : Daniel Neeser | 26/01/2017

Il y en a un qui doit jubiler ; en voie de radicalisation Decaillet n'en peut plus de vitupérer la presse conformiste au dépend d'une presse conservatrice en devenir en Suisse Romande à la condition que la plus fortunée des parlementaires mette la main à la poche.
Ma tutto per lui?

Écrit par : briand | 27/01/2017

La presse écrite en danger, peut-etre (surement), mais -me semble-t-il- on ne "consomme" pour autant pas moins de matiere journalistique dans les pays a haut niveau de vie. Simplement, les gens rechignent a s`abonner a un canard particulier quand l`internet leur offre la possibilité de grapiller a de multiples sources. Ce n`est pas forcément la question d˙économiser le prix du journal écrit que le fait du temps de lecture fatalement limité qui tend a etre épuisé par ce grapillement. L`évolution des technologies n`a pas fini de changer les modes de vie.

Écrit par : jean jarogh | 27/01/2017

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