24/12/2016

Voila le monde tel qu'il est

Voir le monde tel qu’il est!

 

Quelle fin d’année ! Les images d’Alep dévastée. Un marché de Noël à Berlin victime d’un terroriste. Comment prêcher l’amour, la paix au milieu des folies meurtrières. Il y a une semaine, 'l’Appel Spirituel' conviait à sa rencontre annuelle une invitée principale: une femme écrivain musulmane, Karina Berger. Elle a mal à son Islam. Elle a expliqué, exprimé plutôt de manière émouvante ce qu’était le sien, sa lecture du Coran ; si loin des dévoiements, si proche du meilleur de toutes les confessions. Oui, ces messages, ces appels à autre chose, il faut les écouter, s’en imprégner.

 

Et pourtant, dans la perception du monde compliqué, pour une maitrise relative des événements, il y a aussi une responsabilité de lucidité et de réalisme. Dans les guerres, notamment civiles, il y a rarement un camp totalement du bien contre un camp totalement du mal. Ceux qui se parent de vertu ont souvent des arrières pensées, des intérêts qui n’ont rien de pur. Et à ceux qui croient partir en croisade, il faut leur rappeler l’adage ironique qui dit que l’enfer peut être pavé de bonnes intentions. Quelques exemples: l’Occident a fait tomber Kadhafi en Libye sans assurer le suivi. Il s’en suit, notamment, un chaos politique et le passage d’un flux si périlleux mais aussi inquiétant de migrants africains vers l’Italie.

 

Les Etats Unis ont éliminé Saddam Hussein. Que de désordres et de guerre depuis en Irak. Et l’avènement de Daech. On a les yeux braqués sur Alep la tragique. Mais les opposants dits modérés et divisés ont très vite été noyautés par les extrémistes, lesquels ont pris en otage les civils dans leur résistance à Alep. Ces gens là n’ont rien à voir avec la liberté. On critique beaucoup la Russie de Poutine. Cetes, le personnage n’est pas un enfant de cœur et n’a pas été nourri au biberon de l’esprit démocratique. La Russie n’a pas de tradition à cet égard. Mais que d’erreurs l’Occident n’a-t-il pas commises. Analyses simplificatrices sur l’Ukraine, condamnations précipitées, sanctions discutables, provocations politico-militaires donnant aux Russes un sentiment d’injustice, d’encerclement et suscitant la nationalisme.

 

Parfois, on se met presque à regretter des politiciens au sang froid, des Nixon ou des Kissinger. Ils manquaient de sensibilité pour les droits de l’homme qu’il ne faut jamais oublier ; mais ils ne commettaient pas d’erreurs d’analyses majeures. En cela, ils donnaient de meilleures chances à la paix. Un mot en cette période de Noël sur les réfugiés, les requérants d’asile chez nous: oui, on est choqué lorsqu’une décision fédérale de renvoi frappe des personnes semblant déjà bien intégrées et appréciées de leur entourage. Toutefois, comme l’a relevé franchement Pierre Maudet, ce serait hypocrite de ne pas voir le problème d’ensemble, la nécessité d’un cadre légal, d’une loi définissant les critères d’admission. L’ignorer serait tendre la perche aux nationalistes outranciers.

 

On le constate : rien n’est simple dans cet écheveau international et national. Formulons un vœu pour l’année prochaine : que se découvrent plus et mieux les intersections favorables aux élans du coeur et aux actions réalistes. L’humanité se perdra si elle oublie trop la compassion, la fraternité et l’amour. Mais elle explosera si des esprits lucides aux commandes ne prennent pas en compte les complications et les contradictions du monde afin de trouver des équilibres realists.

 

Joyeux Noël!

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08/12/2016

Fillon:quelques mois pour convaincre

En France, Manuel Valls a beau être totalement impliqué dans le quinquennat de François Hollande, sa manière personnelle d’être et d’agir pourrait lui valoir de gagner la primaire de la Gauche. A droite, François Fillon est le candidat bien affirmé. Il est favori mais il est bien placé pour savoir que les sondages ne sont que la photographie d’un moment et que rien n’est joué pour lui.

 

Beaucoup pensaient qu’Alain Juppé rassemblerait plus la Droite et le Centre. Or, la primaire a fait émerger le candidat de la clarté sans concessions, de la vérité dite crûment. La question est de savoir si la majorité des électeurs est prête à avaler les remèdes forts qu’il propose. C’est vrai que la France, si riche de talents et de possibilités traine des boulets qui entravent son vol. Divisions chroniques, bureaucraties paralysantes, fonction publique pléthorique, syndicats aussi politisés que peu représentatifs et archaïques, droit du travail écrasant dissuadant notamment les PME d’investir et d’embaucher, fausse protection sociale dans la durée à cause des effets pervers de la rigidité sur les licenciements, braquée uniquement sur le court terme, répartition confuse entre les différents échelons politiques tels l’Etat, les régions, les départements, les communes.

 

On pourrait continuer le catalogue. Il y a aussi cette propension bien française à dramatiser des débats théoriques, idéologiques et cette difficulté à nouer des dialogues politiques, économiques et sociaux constructifs. En caricaturant, on dirait que la France, après avoir tué la monarchie tout en gardant son parfum, dans une éternelle valse hésitation entre Robespierre et Bonaparte. Un vrai courant libéral, moderne et réformateur est un ruisseau que l’on peine à trouver.

 

Alors François Fillon ? Serait-il le premier à oser dire toutes les choses, à proposer un véritable programme de réformes ? On en a l’impression et on aimerait tellement qu’il réussisse. Il va lui falloir rassembler, donc arrondir certains angles sans dénaturer ses idées.

 

Il devra persuader les fonctionnaires qu’ils auront à gagner d’un statut plus mobile et tendu vers l’efficacité. Quant aux suppressions, la méthode sera importante et nécessitera un dialogue. En outre, il faudra des garanties de qualité par exemple pour l’enseignement et la police. Il faudra démontrer que cette qualité et l’efficacité ne sont pas liées uniquement au nombre des professeurs ou des policiers.

 

Il y a aussi particulièrement la question des soins médicaux, de l’assurance maladie. Rationaliser, éviter les abus, soit ! Mais il importe que toute personne aux bas revenus n’ait pas de problème financier pour bénéficier des soins de base. François Fillon a compris qu’il devait clarifier vraiment ce point. Bref, cela va être un combat avec des réactions plus que vives. Si Fillon est élu, s’il tient ensuite le choc sur l’essentiel tout en nuançant là où ce sera nécessaire, s’il entraine le pays dans ce mouvement décisif il aura une chance d’entrer dans l’histoire comme celui qui aura enfin permis à la France de s’adapter au contexte mondial et d’entrer pleinement, avec ses atouts, dans le XXI ème siècle.

17:24 | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | |