10/10/2016

Identité heureuse?

Identité heureuse ?

 

Les Suisses romands sont ébahis devant les soubresauts de la politique française, mais, à la fois voyeurs et intéressés, ils la suivent de près. Ainsi, la primaire de la Droite vaut son pesant de spectacle. Signe des temps et des questions graves qui se posent, la notion d’identité au sein de la Communauté nationale nourrit les débats. Ils en deviennent réducteurs à cause de la recherche électoraliste, forcément populiste, d’adhérents par les candidats.

 

Toutefois, derrière l’écume, il y a en effet de vraies questions : ainsi celle de l’identité. Nicolas Sarkozy dépense un peu son énergie hors norme à sauter d’une jambe sur l’autre. Ce qu’il dit n’est pas toujours ce qu’il disait. Qu’importe ici. Son cri patriotique : "nos ancêtres les Gaulois" a fait mouche ; mais en partie contre lui. Il a essayé de nuancer, d’expliquer , mais ses rivaux ont eu beau jeu de le critiquer. Slogan maladroit, sans aucun doute. En revanche, en écartant le politiquement correct, il y a des socles et des mouvements historiques à rappeler, qui ont formé une nation. Il serait si nécessaire d’expliquer aux jeunes, surtout à l’école, comment s’est développée à travers les siècles la France Chrétienne, capétienne, révolutionnaire ; sans tout focaliser, par exemple, sur la méchante colonisation et la normale immigration à assumer avec une dimension de culpabilité.

 

Autrement dit, oui, d’une connaissance, même en survol, des principaux repères historiques à une adhésion aux valeurs fondamentales de l’Etat et de la Société, il y a une relation évidente. On penserait que ces mots s’adressent essentiellement aux immigrés et enfants d’immigrés, particulièrement musulmans. Or, la professeur de philosophie Bérénice Levet, au cours d’ un entretien conduit par le Figaro du 25 septembre, montre que l’ignorance de repères en histoire et en instruction civique atteint tous les jeunes.

 

Citons : "après quarante-cinq années de désidentification religieuse, culturelle et nationale, l’égalité par le bas est presque parfaite entre les jeunes Français de longue généalogie et leurs jeunes concitoyens d’origine immigrée".

 

En somme. À vouloir obstinément écarter les repères nationaux, en croyant écarter les différences discriminatoires et faciliter ainsi l’intégration, on a obtenu l’évolution contraire. L’effacement d’une attraction commune risque de laisser place aux juxtapositions communautaristes.  Le Breton pure souche aux cheveux roux et l’immigré de parents ou grands parents algériens risquent de ne plus avoir le même drapeau et de se regarder en chiens de faïence. Beau résultat !

 

Faut-il tout de même rêver, à l’instar d’Alain Juppé, "d’une identité heureuse" pour tous les habitants de ce qui redeviendrait la douce France de Charles Trenet ? Sans doute, le candidat maire de Bordeaux a-t-il raison de viser ce qui pourrait éclaircir le climat et rassembler des compagnons de route, aptes à concilier leurs appartenances propres et leur habitation nationale commune. Optimiser la démarche plutôt que de dramatiser la situation ? soit ! Il faut en effet distiller un message positif et proposer le respect, les mains réciproquement tendues. Toutefois, puisse le candidat septuagénaire qui en appelle aux jeunes ne pas devenir un marchand d’illusions, une fois la présidence gagnée. Son mentor Jacques Chirac fut un assaillant du pouvoir formidable mais un Roi craignant les remous. Bousculer sans déchirer, bien ; mais bousculer assez et corriger les nombreuses sorties de route serait impératif. Par exemple, revoir de fond en comble l’enseignement de l’histoire et remettre en place une sorte de service national obligatoire, aussi court soit-il.

 

Que de propos sur la France de la part d’un Suisse ! Eh bien, si la toile de fond est bien moins préoccupante pour l’instant, la question de l’identité et de sa prise de conscience se pose aussi ; avec les données de la démocratie et du fédéralisme propres à la Suisse. Dès lors, oui, ce débat français mérite d’être suivi. Ne parlons pas d’Identité heureuse ni de nos ancêtres les Helvètes ; mais trouvons le chemin conciliant fidélité à notre trame de l’histoire et ouverture aux autres. C’est un défi du siècle.

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Commentaires

Nous ne naissons pas égaux mais, en Suisse, nous avons invoqué les "forces vives de la nation" avec la devise solidaire.

Un pour tous, tous pour un

un pays au sein des nations

citoyens suisses, citoyens du monde

A quand la fin de la panade UE/mondialisation avec retour à la raison non les uns contre les autres, sans les autres... ou avec les autres avec nos semblables être humains d'ici comme d'ailleurs.

la géographie, les climats et contextes sont à la source même des religions.
Imaginez simplement que vous marchez à la montagne respirez le grand air voyez les sommets :"Je lève les yeux vers les montagnes (psaume biblique)
Marchez en plaine, dans les rues, au bord d'un lac
ou pénétrez en forêt vos pieds s'enfonçant doucement dans les sentiers (chez certains Anciens pieds siège de l'âme)... Jésus lavant les pieds de ses disciples...

sentiers valaisans... voulons-nous laisser tout démolir foi et lois, social diminuer comme peau de chagrin...culture indispensable à la civilisation?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 10/10/2016

L'identité, c'est l'héritage culturel/traditionnel modelé à travers les siècles.
Avoir une identité suisse, ce n'est pas d'avoir une lignée familial jusqu'à la création de la Suisse, mais c'est d' "embrasser" cet héritage.
On en vient à la naturalisation. Celui / celle qui fait la demande doit ajouté à son héritage, celui hérité par les suisses.

Le communautarisme implique une identité communautaire qui primera sur l'identité du pays. Pour autant, en cas de danger, on peut s'attendre à ce que le communautarisme s'efface pour défendre le pays derrière une identité commune.
L'exemple des USA qui, parce qu'il porte toujours un regard vers l'avenir, trouve une stabilité malgré les communautarismes.

L'Europe marqué par l'Histoire, n'arrête pas de regarder en arrière et donc n'a pas la capacité d'accepter le communautarisme. L'équilibre se trouve dans l'absence du communautarisme.

Le lien entre les américains est la constitution. En Europe, dans chaque pays, c'est l'héritage culturel.

Les pays européens se doivent d'intégrer les étrangers, ce qui implique un effort de la population de transmettre cet héritage au lieu de fuir l'étranger. Et pour l'étranger, d'accepter cette nouvelle culture.
Et là on touche un point sensible.
Une forte immigration est incompatible avec une intégration, d'autant plus que la différence culturel est grande.

En Europe, comme dans la majorité des vieux pays, l'intégration devrait être de règle. Ce qui pose la question dans le contexte actuel, du rapport entre l'humanitaire et la stabilité interne des pays lors d'une forte migration.
Il n'y a que de mauvaises réponses et je suis content de ne pas à avoir prendre des décisions si difficiles.

Faire un débat sur l'identité, tel en France, ne sert à rien. Par contre un débat sur la transmission de l'identité, les moyens d'y parvenir sont primordiaux pour une intégration réussie.

Écrit par : motus | 10/10/2016

Notre identité réelle n'est-elle pas celle du cœur de nos amis le sentiment étant l'"essence même" de la vie?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 11/10/2016

Je continue à vous lire malgré ma désespérance devant tant d'angélisme.
Vous suggérez de revitaliser l'enseignement de l'histoire alors que l'actualité quotidienne s'accélère et que les citoyens et leurs représentants ne savent plus de quoi hier était fait.
Pour ne prendre qu'un exemple révélateur, le parlement genevois vient de voter, une fois de plus, la nouvelle loi sur les taxis sans qu'un seul commissaire de la Commission des transport ne connaisse l'historique récent et les raisons de l'échec de la loi précédente.
Alors, avant de faire la leçon aux gens qui peinent à suivre, il s'agirait au moins de donner l'exemple au niveau du législateur.
L'Histoire s'écrit chaque jour et personne ne sera prêt à faire l'effort de comprendre d'où nous venons. Il ne sera dès lors pas étonnant de vérifier très rapidement le chaos que nos élus nous promettent par leur incurie et la médiocrité de leur performance.
Nous ne pourrons nous en prendre qu'à nous-même puisque nous les avons élus. Mais il ne faudra pas s'étonner qu'on veuille en changer. A un rythme qui s'accélère.
Vivement la démocratie liquide.

Écrit par : Pierre Jenni | 18/10/2016

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