25/06/2016

Europe-souveraineté et démocratie

Lorsqu’il y a un divorce, c’est rarement la faute d’une seule des parties. Il faut remonter loin, jusqu’au début d’une union pour déceler les premiers germes nocifs. On ne sait pas si les six ministres des affaires étrangères des six pays membres fondateurs de l’Union européenne, qui se sont réunis à l’initiative de l’Allemagne, se sont livrés à cet exercice. Ils ont plutôt parlé des modalités du brexit britannique. Pourtant, ils auraient lieu de s’interroger. La Communauté européenne, prise par une mécanique du mouvement ne s’est-elle pas élargie trop vite , avant d’avoir pu vraiment approfondir son fonctionnement et, surtout, avant d’avoir vraiment trouvé son âme ? Au début, que notamment, l’Allemagne fédérale, treize ans seulement après la mort de Hitler, ait rejoint la France , l’Italie et le Bénélux pour créer les CEE : Quel tournant historique ! Les opinions de ces pays en étaient conscientes. Derrière et au dessus des projets d’harmonisations économiques, cet événement historique marquait les esprits. Robert Schumann, Français de l’Est et Luxembourgeois par sa mère, tendait la main à Conrad Adenauer le rescapé intact de la peste brune. Tous deux retrouvaient à Rome de Gasperi l’Italien. Un berceau émouvant accueillait une nouvelle naissance. Mais pour voir grandir quel être vivant ? Au sortir de la guerre, Winston Churchill évoquait des Etats-Unis d’Europe. Belle vision, mais qui ne précisait guère la forme et qui laissait entendre que le Royaume Uni aurait des liens forts, mais n’en serait pas complètement ; sa vocation particulière l’ouvrant au grand large commercial et stratégique, l’attachant particulièrement aussi aux Etats Unis d’Amérique. De Gaulle avait bien perçu cette ambiguïté britannique. Il ne voulait pas qu’elle entrât dans la Communauté. Mais Londres, constatant une force irrésistible dans cette création, voyant que l’AELE ne pourrait pas la supplanter, voulait rejoindre la CE et finit par y réussir. Or, dans son optique, il fallait empêcher toute tentation insistante de supranationalité et limiter au maximum les atteintes aux souverainetés nationales. L’homme dangereux, aux yeux de Londres, fut Jacques Delors, le Président de la Commission qualifié de Français jacobin Les années ont passé. La portée et la vibration historiques se sont effacées des esprits. Les opinions ont pris l’habitude d’observer les grands marchandages entre les pays : combien pour la politique agricole commune et à l’avantage de qui ? Quelles normes sur la concurrence entre les entreprises ? Quelles règles normatives en tous domaines ? Et puis vint l’Euro. Et puis encore ces adhésions en cascade des anciens pays communistes. Les grands débats sur la question de la souveraineté, sur la question de la démocratie n’ont pu être menés franchement et au grand jour. Souveraineté d’un Etat et démocratie dans son cadre sont constitutifs de nos vies politiques. Lorsque la Suisse moderne s’est créée, en 1848, ce fut la grande question : quid de l’Etat fédéral et quid des cantons ? En 1874 et en 1891 furent mis en place les mécanismes de démocratie directe au sein de l’Etat fédéral. La Suisse n’est pas un modèle. Toutefois, les développements institutionnels se sont faits au rythme des développements économiques. Croire que les peuples pouvaient intérioriser un patriotisme européen au fil de rendez vous essentiellement économiques était une erreur d’aiguillage. Et le cafouillage sur le dossier de la migration n’arrange rien. Certes il est facile d’en juger après coup, mais le constat n’en est pas moins évident. Sans des répartitions claires et bien comprises de compétences entre l’Union européenne et ses Etats membres ; sans une pareille lumière sur les processus de décision et leurs validations démocratiques, on allait vers des réactions au sein des peuples concernés. Pour les partis populistes, Bruxelles devient le monstre froid, anonyme et sans cœur, qui détruit la souveraineté des pays et le contrôle démocratique des peuples. L’Union européenne a-elle donc raté et est-elle vouée à se dissoudre ? Non, telle n’est pas une fatalité. Elle a eu ses ratés et subit ses lacunes. Il faut la réinventer avec de nouveaux traités. Certaines personnalités politiques en sont convaincues. Sans doute, faut-il envisager une Europe à plusieurs cercles, à plusieurs vitesses, ainsi que le préconisait un Raymond Barre, par exemple. A terme, si une telle construction se fait, ou pourrait imaginer des articulations et des regroupements différents suivant les domaines, ou à différents étages de concertation: politiques et stratégiques, économiques et financiers , sociaux, écologiques et autres… Surtout, établir des processus de ratification démocratique mettant en connexion l’Europe et ses Etats membres. Dans le meilleur des cas, cela va prendre des années. Mais le défi est crucial. Et la Suisse, dans tout cela ? Jusqu’au vote de dimanche on pouvait suivre la ligne du Conseil fédéral. Préparer la loi d’application de l’Initiative de l’UDC sur l’immigration, la tenir prête pour les sessions parlementaires de septembre et de décembre ; et parallèlement arracher, cet été, un accord avec l’UE tournant autour de la clause de sauvegarde. Ainsi, au dernier moment, l’accord se grefferait sur la loi : le tour serait joué, l’UE serait apaisée et l’UDC bon gré mal gré serait obligée de prendre acte. Eh bien, le calendrier n’est plus tenable. Bruxelles a un autre calendrier avec la sortie du Royaume uni. Rappelons que la mise en application de l’Initiative doit être faite d’ici à février prochain. On va donc vers une clause de sauvegarde unilatérale qui rendra les choses très difficiles. Dès lors, on ne voit plus d’autre solution que de provoquer un nouveau vote populaire sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne. Le Conseil fédéral pourra dire qu’il s’est engagé de bonne foi pour respecter le vote populaire tout en négociant avec l’UE. Il doit mettre désormais tout son poids en faveur d’une ratification par le peuple suisse et les cantons de la libre circulation ; ce qui n’enlèvera pas les éléments de l’Initiative concernant la migration non européenne. Voilà pour le proche avenir. A plus long terme, on aimerait que Berne suive attentivement les efforts de rénovation, à la fois d’approfondissement et de flexibilité du puzzle européen. On aimerait que la réflexion le débat, les propositions remettent la Suisse dans une perspective d’intérêt réel pour la rénovation européenne qui s’impose. Elle pourrait y trouver sa place.

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Commentaires

"Il (le CF) doit mettre désormais tout son poids en faveur d’une ratification par le peuple suisse et les cantons de la libre circulation".

Bref vous recommandez que les suisses acceptent benoitement ce qu'ils ont justement refusé et ce que de nombreux pays de l'UE rejettent. A commencer par l'Angleterre. Et à continuer par la France, la Hollande, l'Autriche, le Danemark et bien d'autres.
Cette libre circulation dogmatique et mal pensée est un leurre qui force l'UE et la Suisse à rabaisser leurs conditions de vie et à exploser leurs chômages par l'arrivée incontrôlée d'une main d'œuvre bon marché et plus ou moins compétente.
Recrutement par copinage sans consultation aucune des candidatures locales, ("J'ai un poste pour toi, viens en Suisse, en Angleterre, en Allemagne, en Hollande, au Danemark, on y vit mieux que chez nous").

Oui, la libre circulation devrait être la règle. Mais une circulation réfléchie qui tient compte des besoins et des conditions locales.
Or aujourd'hui c'est du n'importe quoi et si l'UE maintient sa position arrogante et dogmatique, elle risque d'exploser par d'autres EXITS.

Les peuples développés en ont marre d'une administration non élue qui ne sait être que bureaucratique et penser technocrate et ne sait répondre aux besoins des peuples que par des statistiques et des normes ubuesques. Comme de définir le nombre de trous que doit contenir un Emmental certifié UE.

Tout comme dans trop de grandes entreprises où, sur la base de prévisions technocratiques sans aucune relation avec les conditions du terrain, la direction impose les objectifs qui lui plaisent bien qu'ils soient inatteignables. Un monde kafkaïen devenu réalité.

Écrit par : Lambert | 26/06/2016

Monsieur,
Votre article nous expose ce que nous savons déjà.
Néanmoins vous proposez un nouveau vote populaire sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne.
Ma grand-mère me disait à juste titre que les plats réchauffés n'avaient malheureusement jamais le même goût. Ce que vous proposez, c'est du cuit et recuit, c'est franchement indigeste.

Une réglementation sur la migration sera certainement bien vu par les milieux économiques (pas toujours très respectueux des conditions sociales), mais beaucoup moins par une grande partie de la population qui verra dans ces nouveaux migrant une dégradation de leurs conditions sociales et non une amélioration de leurs conditions de vie.

Bonjour les conflits sociaux.

La paix social (ou le vivre ensemble comme on dit maintenant) sont des intérêts bien supérieurs à des intérêts économiques qui ne profiteront qu'à une petite minorité.

Pour faire simple : mieux vaut être moins riche, mais vivre en paix.

Quand à votre proposition de faire revoter les citoyens, franchement cette idée me dérange. Elle me fait penser à un gamin capricieux qui veut jouer aux dés ad æternam et arrêter lorsqu'il a gagné.

C'est une conception de la démocratie (ou du jeu) qui n'est pas la mienne. Effectivement je pense que les gens n'aiment pas jouer avec des tricheurs.
Pour votre information : je n’étais pas favorable à l’initiative du 9.2.2014

Écrit par : Boccard | 26/06/2016

Pour qu'il y ait divorce, il faudrait d'abord que le mariage ait été consommé !

Écrit par : Corto | 26/06/2016

Et pour la première fois de son histoire, l'Angleterre aura son "Independance Day" !!

Écrit par : Corto | 26/06/2016

Ecoutez MCR aux infos de ce soir. Elle est certes favorable à un contre-projet RASA, mais suggère d'attendre. Wait and see.
Car l'UE et la GB devront bien ratifier des accords qui devraient ressembler aux nôtres et la menace de la clause guillotine a perdu son sens.
Quoiqu'il en soit, si vous prenez le risque de faire revoter sur l'initiative du 9 février 2014 vous paierez vraisemblablement le prix fort du mépris affiché envers la moitié des Suisses. Et vous prenez l'autre moitié pour des imbéciles en suggérant que les accords bilatéraux seront dénoncés. C'est juste l'inverse qui est en train de se produire car si l'UE ne trouve pas le moyen de respecter les particularismes des Etats, le Brexit n'aura été que l'apéro.

Écrit par : Pierre Jenni | 27/06/2016

Pierre, premièrement je n'écouterai pas MCR, de grès ou de force, ensuite l'Angleterre ne ratifiera pas des accords semblables aux nôtres, justement pas, les anglais ne sont d'abord pas dans la même situation que la Suisse et secondo, le courant socialo-mondialiste-universaliste etc... a pris un sérieux revers glacé dans les bronches, on peut même affirmer que d'ici peu, l'Europe entière va rejeter tout ce qui ressemble ou flair la gauche.

Il y avait, il y a peu de temps l'Auxit, qui aurait échoué à quelques voies près, sauf qu'il y a eu des bourrages d'urnes de dernière minutes ordonnées par Bruxelles, l'une des ville autrichienne avait une participation de 583%, rien d'anormal pour les bien-pensants en culottes de cuir, mais l'affaire autrichienne est loin d'être enterrée. Et maintenant que des échéances politiques vont traduire d'énormes mécontentements notamment en France et en Allemagne, les partis béni-oui-oui pro-immigration et internationalistes vont se prendre un méchant courant d'air dans la nuque.

Donc l'Angleterre ne va plus surfer ni skier dans les mêmes traces que la Suisse, c'est tout le contraire, d'ailleurs, ça a déjà commencé, l’article 50 des traités, qui déclenche la procédure de sortie de l’Union européenne, devait être utilisé immédiatement en cas de victoire du « Leave » et non pas dans 3 mois ou d'ici la fin de l'année comme souvent allégué depuis quelques jours.

Re-Donc, l'annonce faite par Cameron comme quoi il va rester le temps de sortir de l'Europe et ensuite remettre les clés du 10 Downing Street semble également compromis, si il remet sa montre à la nouvelle heure insulaire, il ne devrait déjà plus être en poste et transmettre immédiatement son post à, pourquoi pas, Boris Johnson, ce qui devrait faire fondre les vagues espoirs de ce qu'il reste de la gauche et faire comprendre à MCR qu'elle risque encore, de déraper grave !

Écrit par : Corto | 27/06/2016

Et que la Suisse de MCR est enfin prête d'entrer en Europe, enfin, pas avant le jour où l'UE sera définitivement dissoute !

Écrit par : Corto | 27/06/2016

- « Et pour la première fois de son histoire, l'Angleterre aura son "Independance Day" !! »

Et comme un "Independance Day" peut en cacher un autre, ... les anglais risquent bien d'en avoir un deuxième après que l'Ecosse leur accorde aussi leur indépendence.

Écrit par : Chuck Jones | 27/06/2016

Je comprends tes réticences Corto. Mais si même MCR en vient à suggérer d'attendre c'est dire ce qu'en pensent les autres, même s'ils n'osent pas le dire.
Je trouve l'attitude de la droite détestable à vouloir surfer sur la peur après ce vote courageux des Anglais. Schneider-Amman ressemble de plus en plus à une marionnette dans les mains de l'économie.
La gauche est totalement schizophrène et défend une Europe ultra-libérale qui fait le lit des populismes.
Les Anglais signeront des accords bilatéraux pour la simple et bonne raison que c'est aussi à l'avantage des autres pays, comme c'est d'ailleurs le cas pour la Suisse.
J'espère sincèrement que la campagne menée par l'alliance contre-nature du PLR et des Socialistes pour instiller la peur de la dénonciation des accords bilatéraux sera balayée par un camouflet sur l'éventuel contre-projet RASA. Le votre britannique a supprimé la menace de la clause guillotine.

Écrit par : Pierre Jenni | 27/06/2016

Chuck Jones,

L'Ecosse votera encore moins dans le sens d'une séparation avec l'Angleterre depuis que celle-ci est sortie de l'Europe, tout ce serait le cas avec le pays de Galle et l'Irlande, quoi que pour l'Irlande, les données soient moins clear-cut.

Une scission entre l'Ecosse et l'Angleterre dans l'actuel contexte serait d'autant plus pénalisant pour l'Ecosse qu'elle ne l'a été avant le Brexit !

Autre remarque, celle concernant l'immigration, que ferait l'Ecosse avec les millions de migrants localisés actuellement en Angleterre et ne voyant guère d'avenir avec (futures) restrictions anglaises, choisiront-ils de passer en Ecosse afin d'y trouver un blanc-seing lié aux partages institués par l'UE ?

Ne pas oublier que selon des enquêtes, plus de 70% de ceux qui ont voté le Brexit, l'on fait en rapport à l'immigration et aux problème naissants dû à cette situation tendue.

Pierre, plus de 400'000 posts de travail de haut-niveau sont occupés par des européens en Angleterre, sans parler des plombiers polonais et des carreleurs portugais, 400'000 emplois à haute valeur ajoutée et l'Angleterre a besoin de cerveaux, son économie se porte à merveille, donc, qui tient le couteau par le manche lors d'éventuels accords bilatéraux ?

Des centaines de milliers d'européens travaillant en Angleterre qui devront très rapidement obtenir des permis de travail et de résidences, alors que le chômage explose les compteurs du coté français et dans la majorité des pays européens, cet un luxe que l'UE ne pourra pas se payer, surtout avec des salaires dépassant les 10'000 euros par mois !

Ce n'est pas tellement l'idée d'une Europe unie qui a provoqué le vote des anglais, mais des politiques sociales de gauche impossibles à juguler, donc, ce sera l'Angleterre qui sera aux commandes des futures accords entre l'UE et cette nouvelle Angleterre élégante saura, comme elle toujours su le faire, pour gérer ses frontières indiscutables.

J'avais fait une parenthèse sur l'Irlande, vous verrez qu'une Irlande indépendante de l'UE deviendra un eldorado technologique d'ici 5 ans !

Écrit par : Corto | 27/06/2016

C'était en 2013

Le Premier ministre britannique David Cameron va annoncer mardi 29 octobre un nouvel "indice islamique" à la Bourse de Londres et révéler ses plans pour lancer une obligation islamique en Grande-Bretagne.

David Cameron s'exprimera devant plus de 1.800 dirigeants politiques et hommes d'affaires lors du 9ème forum économique du monde islamique à Londres, qui se tient pour la première fois en dehors d'un pays musulman. Le Premier ministre entend ainsi renforcer les liens financiers entre la Grande-Bretagne et le monde islamique.

"Aujourd'hui, la Bourse de Londres annonce la création de nouveaux indices", va-t-il indiquer, selon un extrait du discours remis par ses services de Downing Street.
"Cela signifie la création d'un nouveau moyen de découvrir des opportunités de finance islamique", selon lui.

La Grande-Bretagne deviendrait ainsi le premier pays occidental à prendre une telle initiative.
L'indice des valeurs islamiques réunira les entreprises répondant aux principes d'investissements traditionnels de l'islam. (Note de VV&D : la finance islamique n'est pas du tout traditionnelle, c'est une création de l'OCI - Organisation de la Coopération Islamique - en 1970 qui a été développée pour introduire la charia dans les sociétés par le biais de la finance et des banques. La première banque islamique a été créée en 1974)
Premières obligations pour 200 millions d'euros

L'investissement islamique se fonde sur le principe qu'il doit être structuré sur l'échange de propriété ou d'actifs et que la monnaie est utilisée uniquement comme un étalon de valeur.
Les obligations islamiques -- appelées Sukuks -- respectent les principes financiers islamiques qui interdisent le paiement d'intérêts. (Note de VV&D : les principes islamiques dont on parle sont ceux de la charia)

"Depuis des années, les gens évoquent la création d'un (...) Sukuk hors du monde islamique", devrait souligner David Cameron. "Mais cela ne s'est jamais fait. Changer cela est une question de pragmatisme et de volonté politique. Et ici, en Grande-Bretagne, nous avons les deux". (Note de VV&D : David Cameron est ici en train d'affirmer officiellement sa volonté politique de pratiquer une charia financière d'état en grande-Bretagne. Notez comme la formulation nous présente la chose comme quelque chose de formidable. On croirait entendre du Christine Lagarde !)

"Le Trésor est actuellement en train de plancher sur le lancement des premières obligations islamiques pour un montant d'environ 200 millions de livres (234 millions d'euros), devrait-il révéler.

Les investissements islamiques au niveau mondial devraient s'élever aux alentours de 1.300 milliards de livres l'année prochaine, soit une progression de 150% depuis 2006.

Écrit par : Corto | 28/06/2016

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